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Le roman

Qu’est qu’un roman ?

Un roman est un long récit en prose qui appartient au genre narratif. L’histoire se construit autour de plusieurs personnages fictifs, qui évoluent au cœur d’une intrigue complexe, souvent sur plusieurs années. Contrairement à la nouvelle, qui est également un récit fictif, les histoires de romans se distinguent donc par leur longueur, leurs multiples personnages et leurs descriptions détaillées.

Proches de la réalité, les évènements et aventures qui ont lieu sont, la plupart du temps, inventés. Cependant, les histoires racontées par le narrateur peuvent être inspirées de faits réels

Dans le roman traditionnel, le narrateur connaît ses personnages par cœur : leurs sentiments, leurs motivations, leurs évolutions dans le temps, leurs destins. Le roman invite son lecteur à s’identifier au personnage.


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Selon la tonalité et l’ambiance générale que l’auteur souhaite donner au roman, plusieurs registres littéraires peuvent être employés. Le roman n’est pas attaché à un registre littéraire en particulier.

La Peau de chagrin, par exemple, est un roman appartenant au registre fantastique, écrit par Honoré de Balzac. Il raconte l’histoire de Raphaël, un jeune aristocrate romantique, qui reçoit de la part d’un vieil antiquaire, une peau d’onagre ayant le pouvoir de réaliser tous ses vœux. Celle-ci rétrécira pour chaque vœu exaucé et lui fera perdre un peu de vie.

- Retournez-vous, dit le marchand en saisissant tout à coup la lampe pour en diriger la lumière sur le mur qui faisait face au portrait, et regardez cette PEAU DE CHAGRIN, ajouta-t-il.
Le jeune homme se leva brusquement et témoigna quelque surprise en apercevant au-dessus du siège où il s’était assis un morceau de chagrin accroché sur le mur, et dont la dimension n’excédait pas celle d’une peau de renard ; mais, par un phénomène inexplicable au premier abord, cette peau projetait au sein de la profonde obscurité qui régnait dans le magasin des rayons si lumineux que vous eussiez dit d’une petite comète. Le jeune incrédule s’approcha de ce prétendu talisman qui devait le préserver du malheur, et s’en moqua par une phrase mentale. Cependant, animé d’une curiosité bien légitime, il se pencha pour la regarder alternativement sous toutes les faces, et découvrit bientôt une cause naturelle à cette singulière lucidité : les grains noirs du chagrin étaient si soigneusement polis et si bien brunis, les rayures capricieuses en étaient si propres et si nettes que, pareilles à des facettes de grenat, les aspérités de ce cuir oriental formaient autant de petits foyers qui réfléchissaient vivement la lumière.

Honoré de Balzac, La peau de chagrin

Origine et histoire du roman

Apparu au XIIe siècle, le mot roman désignait un texte en prose ou en vers, écrit en langue romane, réservée pour la lecture à voix haute.

Au fil des siècles, le roman a sans cesse évolué pour prendre des formes diverses et variées comme par exemple : les romans de chevalerie du Moyen-Âge, les romans picaresques de la Renaissance, les romans épistolaires du XVIIIe siècle. C’est au XIXe siècle que ce genre narratif s’est particulièrement développé et où le roman a pris un caractère moraliste et réaliste.

Selon le thème abordé, le mouvement littéraire et la forme du récit, plusieurs catégories très différentes les unes des autres se sont ainsi distinguées : roman sentimental, roman d’aventure, roman policier, roman de science-fiction, roman psychologique, roman fantastique, roman réaliste, roman historique… Nous découvrirons des extraits de textes issus de quelques-unes de ces catégories à la fin de cet article. 

Les romanciers célèbres du XIXe siècle

Émile Zola, Gustave Flaubert, Victor Hugo, Honoré de Balzac, Stendhal sont de grands auteurs reconnus pour leurs œuvres romanesques, devenues de grands classiques. Émile Zola a marqué le registre réaliste au XIXe siècle avec sa série des « Rougon-Macquart », une « histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire », œuvre appartenant au registre réaliste. 

L’extrait qui suit est issu de L’assommoir, un des vingt volumes de la série, dans lequel l’auteur dénonce les conditions du milieu ouvrier en détaillant précisément les personnages, l’environnement et les évènements. 

Au milieu de cette existence enragée par la misère, Gervaise souffrait encore des faims qu'elle entendait râler autour d'elle. Ce coin de la maison était le coin des pouilleux, où trois ou quatre ménages semblaient s'être donné le mot pour ne pas avoir du pain tous les jours. Les portes avaient beau s'ouvrir, elles ne lâchaient guère souvent des odeurs de cuisine. Le long du corridor, il y avait un silence de crevaison, et les murs sonnaient creux, comme des ventres vides. Par moments, des danses s'élevaient, des larmes de femmes, des plaintes de mioches affamés, des familles qui se mangeaient pour tromper leur estomac. On était là dans une crampe au gosier générale, bâillant par toutes ces bouches tendues ; et les poitrines se creusaient, rien qu'à respirer cet air, où les moucherons eux-mêmes n'auraient pas pu vivre, faute de nourriture. Mais la grande pitié de Gervaise était surtout le père Bru, dans son trou, sous le petit escalier. Il s'y retirait comme une marmotte, s'y mettait en boule, pour avoir moins froid ; il restait des journées sans bouger, sur un tas de paille. La faim ne le faisait même plus sortir, car c'était bien inutile d'aller gagner dehors de l'appétit, lorsque personne ne l'avait invité en ville. Quand il ne reparaissait pas de trois ou quatre jours, les voisins poussaient sa porte, regardaient s'il n'était pas fini. Non, il vivait quand même, pas beaucoup, mais un peu, d'un oeil seulement ; jusqu'à la mort qui l'oubliait ! Gervaise, dès qu'elle avait du pain, lui jetait des croûtes. 

 

Émile Zola, L’Assommoir

Les caractéristiques d’un roman

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Malgré le manque de codification et de règles comme dans certains genres littéraires, le roman, suit un schéma narratif précis et traditionnel : une situation initiale, un élément déclencheur, des péripéties, un dénouement et une situation finale. Quelle que soit sa catégorie, le roman présente des éléments spécifiques qui lui sont propres, surtout concernant la narration du récit.

La narration et la focalisation dans le roman

Dans un roman, le narrateur est soit intérieur soit extérieur. Il peut ainsi s’exprimer à la première personne quand il fait partie de l’histoire dans laquelle il raconte son vécu. Sinon, le récit est à la troisième personne du singulier, le narrateur relate les faits et décrit toutes les émotions et pensées des personnages. 

Quand il raconte son histoire, le romancier doit choisir un point de vue, appelé aussi focalisation pour décrire les faits rapportés. Plusieurs points de vue permettent à l’auteur de proposer son récit.

Lorsque le narrateur sait tout sur ses personnages, on parle de point de vue omniscient car le lecteur comprend ainsi les ressentis de chacun des personnages. 

Attirée, peut-être à son insu, par la force de l'un ou par la beauté de l'autre, mademoiselle Taillefer partageait ses regards furtifs, ses pensées secrètes, entre ce quadragénaire et le jeune étudiant; mais aucun d'eux ne paraissait songer à elle, quoique d'un jour à l'autre le hasard pût changer sa position et la rendre un riche parti. D'ailleurs aucune de ces personnes ne se donnait la peine de vérifier si les malheurs allégués par l'une d'elles étaient faux ou véritables. Toutes avaient les unes pour les autres une indifférence mêlée de défiance qui résultait de leurs situations respectives.

Honoré de Balzac, Le Père Goriot

Dans le point de vue externe (ou focalisation externe), les évènements sont racontés de façon neutre et objective, le narrateur étant un témoin passif des différentes scènes. Le récit est à la troisième personne et le lecteur prend lentement connaissance de l’histoire, avec les quelques informations données par l’auteur. 

Une jeune dame vient de sortir de sa petite et coquette maison dont la porte est sur la Croisette. Elle s'arrête un instant à regarder les promeneurs, sourit et gagne, dans une allure accablée, un banc vide en face de la mer.

Guy de Maupassant, Première Neige

Lorsque les évènements sont perçus à travers les sensations et pensées du personnage principal, il s’agit d’un point de vue interne (ou focalisation interne). Le récit est raconté de façon subjective, avec le regard d’un seul personnage, auquel peut s’identifier le lecteur. La narration est : 

  • soit à la troisième personne et le lecteur découvre les faits en même temps que le personnage ;
  • soit à la première personne où le narrateur intérieur partage ses pensées et l’évolution de l’histoire avec le lecteur, qui n’a accès qu’à ce seul point de vue. Les romans autobiographiques, par exemple, sont racontés à la première personne par l’auteur qui raconte sa propre vie mais de nombreux romans utilisent également le pronom personnel « je » sans que cela soit une autobiographie.

Un jeune homme de dix-huit ans, à longs cheveux et qui tenait un album sous son bras, restait auprès du gouvernail, immobile. À travers le brouillard, il contemplait des clochers, des édifices dont il ne savait pas les noms ; puis il embrassa, dans un dernier coup d’oeil, l’île Saint-Louis, la Cité, Notre-Dame ; et bientôt, Paris disparaissant, il poussa un grand soupir.

Gustave Flaubert, L’éducation sentimentale

L’intrigue au centre du roman

Un nombre important de péripéties s’enchaîne dans un roman, ce qui pousse l’auteur à être vigilant à la chronologie dont dépend la construction du récit.

Au cœur de ces actions se trouve l’intrigue qui peut avoir plusieurs formes. Si l’histoire est celle d’un seul personnage, l’intrigue est unique alors qu’elle est dite complexe quand les destins des différents personnages s’entrecroisent. Même si l’histoire peut se dérouler sur plusieurs années, un point commun les relie. 

Exemples de romans célèbres

Voici, à titre d’exemple, une petite sélection de romans célèbres qui sont des succès littéraires.

Et il continua, disant les choses crues de l’existence, l’humanité exécrable et noire, sans quitter son gai sourire. Il aimait la vie, il en montrait l’effort incessant avec une tranquille vaillance, malgré tout le mal, tout l’écœurement qu’elle pouvait contenir. La vie avait beau paraître affreuse, elle devait être grande et bonne, puisqu’on mettait à la vivre une volonté si tenace, dans le but, sans doute, de cette volonté même et du grand travail ignoré qu’elle accomplissait. Certes, il était un savant, un clairvoyant, il ne croyait pas à une humanité d’idylle vivant dans une nature de lait, il voyait au contraire les maux et les tares, les étalait, les fouillait, les cataloguait depuis trente ans ; et sa passion de la vie, son admiration des forces de la vie suffisaient à le jeter dans une perpétuelle joie, d’où semblait couler naturellement son amour des autres, un attendrissement fraternel, une sympathie, qu’on sentait sous sa rudesse d’anatomiste et sous l’impersonnalité affectée de ses études.

Émile Zola,  Le Docteur Pascal

Pour la troisième fois, j'ai refusé de recevoir l'aumônier. Je n'ai rien à lui dire, je n'ai pas envie de parler, je le verrai bien assez tôt. Ce qui m'intéresse en ce moment, c'est d'échapper à la mécanique, de savoir si l'inévitable peut avoir une issue. On m'a changé de cellule. De celle-ci, lorsque je suis allongé, je vois le ciel et je ne vois que lui. Toutes mes journées se passent à regarder sur son visage le déclin des couleurs qui conduit le jour à la nuit. Couché, je passe les mains sous ma tête et j'attends. Je ne sais combien de fois je me suis demandé s'il y avait des exemples de condamnés à mort qui eussent échappé au mécanisme implacable, disparu avant l'exécution, rompu les cordons d'agents. Je me reprochais alors de n'avoir pas prêté assez d'attention aux récits d'exécution. On devrait toujours s'intéresser à ces questions. On ne sait jamais ce qui peut arriver. Comme tout le monde, j'avais lu des comptes rendus dans les journaux. Mais il y avait certainement des ouvrages spéciaux que je n'avais jamais eu la curiosité de consulter. Là, peut-être, j'aurais trouvé des récits d'évasion. J'aurais appris que dans un cas au moins la roue s'était arrêtée, que dans cette préméditation irrésistible, le hasard et la chance, une fois seulement, avaient changé quelque chose. Une fois ! 

Albert Camus, L’étranger

La science-fiction est un univers littéraire captivant et riche à découvrir. Dans les meilleurs romans de science fiction figure Les Fourmis de Bernard Weber, où le lecteur est plongé dans le monde de ces insectes.

Muni d'odeurs passeports valables, le 327e mâle traverse sans encombre leurs postes de filtrage. Les soldates sont calmes. On sent que les grandes guerres territoriales n'ont pas encore commencé. Tout près maintenant de son but, il présente ses identifications aux fourmis concierges puis pénètre dans l'ultime couloir menant à la loge royale. Sur le seuil il s'arrête, écrasé par la beauté qui se dégage de ce lieu unique. C'est une grande salle circulaire construite selon les règles architecturales et géométriques très précises que les reines mères transmettent à leurs filles d'antenne à antenne. La voûte principale mesure douze têtes de haut sur trente-six de diamètre (la tête est l'unité de mesure de la Fédération ; une tête équivaut à trois millimètres d'unité de mesure courante humaine). Des pilastres de ciments rares soutiennent ce temple insecte, qui, avec la forme concave de son sol, est conçu pour que les molécules odorantes émises par les individus rebondissent le plus longtemps possible sans imprégner les murs. C'est un remarquable amphithéâtre olfactif. Au centre repose une grosse dame. Elle est couchée sur le ventre et lance de temps en temps sa patte vers une fleur jaune. La fleur se referme parfois sèchement. Mais la patte est déjà retirée.

Bernard Werber, Les Fourmis
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Natacha Lovato

Natacha Lovato rédige pour La langue française des articles autour de la linguistique, la littérature et les expressions. Passionnée par la langue française, elle s'est aujourd'hui spécialisée dans la communication écrite afin de transmettre ses connaissances. Elle est aussi gérante d'un organisme de formation dédié à la communication écrite, et accompagne les adultes pour des remises à niveaux en français afin de perfectionner leurs écrits professionnels.

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