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Le symbole – Figure de style [définition et exemples]

Définition du symbole

Un symbole est une figure de style qui consiste à représenter une idée ou une chose par une image concrète. L’élément représenté est remplacé par une image ou un emblème significatif.

Plusieurs symboles peuvent représenter une même chose et inversement, plusieurs idées peuvent être représentées par un même symbole.

Par exemple, la balance, le glaive et le bandeau représentent la justice. La balance symbolise le jugement ultime, l’équité, l’harmonie, l’ordre et l’équilibre.

La paix est symbolisée par plusieurs signes : la colombe, la couleur blanche ou le rameau d’olivier. Le chêne représente la longétivité, la santé, la force de caractère et la robustesse. L’eau symbolise la purification, le baptême, la souplesse.

Toutes les couleurs ont également des significations, complexes et ambiguës pour certaines : le rouge est la couleur de l’amour, la passion, du pouvoir mais également de la colère et de la violence ; la couleur verte, symbole de fraîcheur, d’innocence, d’espoir, de croissance est également associée à la mort, la maladie, l’envie ou le diable.

Par exemple, dans le poème « Les corbeaux », Arthur Rimbaud évoque une atmosphère nocturne en utilisant le plumage noir du corbeau, « funèbre oiseau noir » symbolisant les ténèbres, le vide et le néant, la malédiction ou même la mort.

Seigneur, quand froide est la prairie,
Quand dans les hameaux abattus,
Les longs angelus se sont tus...
Sur la nature défleurie
Faites s'abattre des grands cieux
Les chers corbeaux délicieux.
[…]
Par milliers, sur les champs de France,
Où dorment des morts d'avant-hier,
Tournoyez, n'est-ce pas, l'hiver,
Pour que chaque passant repense !
Sois donc le crieur du devoir,
Ô notre funèbre oiseau noir !

Mais, saints du ciel, en haut du chêne,
Mât perdu dans le soir charmé,
Laissez les fauvettes de mai
[…]

Arthur Rimbaud,  Les corbeaux

On peut également voir le symbole de renouveau avec la présence de la « fauvette de mai » qui annonce le Printemps.

Le symbole, représentation significative, est une comparaison suggérée par l’auteur. La connaissance des caractéristiques de l’objet symbolique permet de comprendre les subtilités de sens dans les textes littéraires et la poésie.

Les animaux sont souvent utilisés en littérature car ils créent des symboles que tout le monde comprend de la même façon. Le lion est par exemple un animal qui fait régulièrement son apparition dans les fables Jean de La Fontaine. Souvent associé au soleil, le roi des animaux symbolise puissance, force, pouvoir, souveraineté et cruauté

Gravure de Martin Marvie d'après un dessin de Jean-Baptiste Oudry (1756), La Cour du lion (La Fontaine VII, 6)

Par exemple, dans « La cour du Lion », le Lion est la représentation du roi Louis IV et les autres animaux de la cour : l’ours, le singe et le renard, opposés au lion.

Sa Majesté Lionne un jour voulut connaître,
De quelles nations le Ciel l'avait fait maître.
Il manda donc par députés
Ses vassaux de toute nature,
Envoyant de tous les côtés
Une circulaire écriture,
Avec son sceau. L’écrit portait
Qu’un mois durant le Roi tiendrait
Cour plénière, dont l’ouverture
Devait être un fort grand festin,
Suivi des tours de Fagotin.
Par ce trait de magnificence
Le Prince à ses sujets étalait sa puissance.
En son Louvre il les invita.
Quel Louvre ! un vrai charnier, dont l’odeur se porta
D’abord au nez des gens. L’Ours boucha sa narine:
Il se fût bien passé de faire cette mine,
Sa grimace déplut. Le Monarque irrité
L’envoya chez Pluton faire le dégoûté.
Le Singe approuva fort cette sévérité ;
Et flatteur excessif il loua la colère
Et la griffe du Prince, et l’antre, et cette odeur :
Il n’était ambre, il n’était fleur,
Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie
Eut un mauvais succès, et fut encor punie.
Ce Monseigneur du Lion là,
Fut parent de Caligula.
Le Renard étant proche : Or çà, lui dit le Sire,
Que sens-tu ? dis-le-moi : Parle sans déguiser.
L’autre aussitôt de s’excuser,
Alléguant un grand rhume : il ne pouvait que dire
Sans odorat ; bref il s’en tire.
Ceci vous sert d’enseignement.
Ne soyez à la Cour, si vous voulez y plaire,
Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère ;
Et tâchez quelquefois de répondre en Normand.

Jean de La Fontaine, Fables, La cour du Lion

La confusion entre le symbole et l’allégorie

Comme le symbole, l’allégorie est une forme de métaphore que l’on voie dans les textes littéraires pour représenter de manière indirecte un concept abstrait difficile à appréhender.

Le symbole est une idée représentée par une image concrète tandis que l’allégorie emploie une image, une scène, un être vivant, plus abstrait que le symbole pour exprimer une idée.

Selon Georg Friedrich Creuze, philologue allemand, « la différence entre une représentation symbolique et une représentation allégorique réside dans le fait que la dernière rend uniquement une notion générale, ou une idée qui est différente d’elle-même, tandis que la première est l’idée elle-même, rendue sensible, incarnée. »

Par exemple, la République Française est incarnée par Marianne, ou encore dans ce poème « Mors » extrait du recueil « Les contemplations », Victor Hugo emploi le terme « faucheuse » pour représenter la Mort.

Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ.
Elle allait à grands pas moissonnant et fauchant,
Noir squelette laissant passer le crépuscule.

Victor Hugo, Les contemplations, Mors

Histoire et étymologie du symbole

Apparu à la fin du XIVe siècle, le mot symbole vient du latin symbolus, emprunté au grec ancien σύμϐολον (sumbolon), signifiant « objet de reconnaissance, insigne, emblème, symbole ».

À l’origine, le sumbolon était un objet coupé en deux morceaux et partagé entre deux personnes liées par un contrat ou une amitié. Il désignait également le jeton que les juges à Athènes recevaient en entrant au tribunal et contre lequel leur solde était payée.

Dans la Mer des Histoires (1488), une adaptation en moyen français du Rudimentum novitiorum d'Usuard, il prend le sens de « morceau, portion » : « Cestes norme fut en grec appelée symbole qui vault autant en françois comme morceau ou portion »

Selon le Dictionnaire étymologique de la langue française, le « symbole a pris rapidement des sens plus étendus. (…) Le mot symbolisme a été pris vers 1880 pour désigner l’école poétique (dite par la suite symboliste) de Mallarmé, Verlaine, etc. »

En savoir plus sur le mot symbole >

Exemples de symboles

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrement divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

Arthur Rimbaud, Voyelles

Le poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer
.

Charles Baudelaire, Les fleurs du Mal, L’albatros

Et l'unique cordeau des trompettes marines

Apollinaire, Alcools

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;
J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;

Charles Baudelaire, La Beauté

Vous voulez en savoir ? Consultez notre guide des figures de style en français.

Sujets :  figure de style

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