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La polysyndète - Figure de style [définition et exemples]

Définition de la polysyndète

Une polysyndète est une figure de style qui consiste à répéter la même conjonction de coordination devant chaque terme d’une énumération, ou devant chacun des membres d’une phrase. 

L’accumulation des mots de liaison de nature identique rythme le vers ou la phrase en lui donnant un air envoûtant qui captive le lecteur. 

Par exemple, dans son roman historique « Mémoires d’Hadrien », Marguerite Yourcenar termine une de ses phrases par une polysyndète en répétant la conjonction « et » :

 […] ces hommes qui comme nous croquèrent des olives, burent du vin, s’engluèrent les doigts de miel, luttèrent contre le vent aigre et la pluie aveuglante, et cherchèrent en été l’ombre d’un platane, et pensèrent, et vieillirent, et moururent.

Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien

Même si la répétition se produit fréquemment avec la conjonction « et », cette dernière n’est pas la seule à entraîner des polysyndètes. Par exemple, dans ces vers issus de Brise Marine, Mallarmé relie les termes par la conjonction « ni » :

 […] Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.

Mallarmé, Brise Marine

La mise en relief des mots, produite par le détachement de chaque élément énuméré, accentue le rythme du vers ou de la phrase . Dans ce verset de « Départ », extrait du recueil Les Illuminations, Arthur Rimbaud renforce l’idée de lassitude en jouant sur l’effet cumulatif de la polysyndète :

Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.

Arthur Rimbaud, Les Illuminations, « Départ »

La polysyndète opposée à l’asyndète

​​À l’inverse de la polysyndète qui multiplie les conjonctions pour lier les éléments, l’asyndète fonctionne si les liens de coordination entre deux unités linguistiques sont absents. L’asyndète consiste à supprimer intentionnellement dans une phrase les conjonctions qui y seraient nécessaires pour préciser la liaison logique entre les mots ou les groupes de mots.

Selon Bernard Dupriez, (qui rapporte ce jugement du rhétoricien latin du 1° siècle après J.C., Quintilien), « polysyndète et asyndète sont complémentaires. Ces deux figures ne sont autre chose qu'un amas de mots ou de phrases qu'on entasse ; avec cette seule différence que quelquefois on y ajoute des liaisons ou des particules conjonctives, et quelquefois on les retranche. »

Histoire et étymologie de la polysyndète

Apparu au XVIIIe siècle, le terme polysyndète vient du grec ancien Πολυσύνδετος, polusúndetos, signifiant « qui contient beaucoup de conjonctions ». 

Il est composé de πολὺ/polus/poly pour « nombreux », σύν/sun/syn pour « avec » et δετος/detos/dète pour « lier, unir ».

Exemples de polysyndètes 

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins…
Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne…

Charles Baudelaire, Les bijoux

C’est la fatigue épouvantable, surnaturelle, et l’eau jusqu’au ventre, et la boue et l’ordure et l’infâme saleté. C’est les faces moisies et les chairs en loques et les cadavres qui ne ressemblent même plus à des cadavres, surnageant dans la terre vorace.

Henri Barbusse

Avez-vous dans les airs entendu quelque bruit ?
Les vents nous auraient-ils exaucés cette nuit ?
Mais tout dort, et l’armée, et les vents, et Neptune.

Jean Racine, Iphigénie

Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux.
Et je l'ai trouvée amère.
Et je l'ai injuriée.

Rimbaud, Une saison en enfer

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Paul Verlaine, Poèmes saturniens

Ma chère, joins tes doigts et pleure et rêve et prie.

Émile Nelligan, Poésies complètes

J’ai perdu ma force et ma vie
Et mes amis et ma gaîté

Alfred de Musset, Tristesse

Il faut les croire sur baiser
Et sur parole et sur regard
Et ne baiser que leurs baisers

 Paul Éluard, La Vie immédiate

Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,
Et la mer est amère, et l'amour est amer

Pierre de Marbeuf, Poètes français de l'âge baroque, Anthologie

Et avec quel effroi ! ... Perdu parmi deux millions de fous héroïques et déchaînés et armés jusqu'aux cheveux ?

Céline, Voyage au bout de la nuit

Et Mlle Gamard parut grandir, et ses yeux brillèrent encore, et son visage s’épanouit, et toute sa personne frissonna de plaisir.

Honoré de Balzac, Le curé de Tours

[…] les autres femmes furent jalouses et de la toilette et de la beauté de Valérie.

Honoré de Balzac, La cousine bette

Je dis perdre, à la vérité, ne nous réservant rien qui nous fût propre, ni qui fût ou sien, ou mien.

Montaigne, Essais, De l'amitié

Et leurs visages étaient pâles
Et leurs sanglots s'étaient brisés

Guillaume Apollinaire, La Tête étoilée

Volage adorateur de mille objets divers,
Qui va du Dieu des morts déshonorer la couche ;
Mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche

Jean Racine, Phèdre.

Oui, je le lui rendrai, mais mourant, mais puni
Mais versant à ses yeux le sang qui m’a trahi.

Voltaire, Zaïre 

Le temps ! le temps ! Issoire, Il coule et tourne et gire et vire et filtre en ta passoire…

Jules Romains, Les Copains  

Et quelques pas de deux et quelques pas de danse
Et la nuit est soumise et l’alizé se brise
Aux Marquises.

Jacques Brel, Les Marquises

Puis vient le jour... où l'on sait qu'on est pauvre et misérable et malheureux et aveugle et nu...

Jack Kérouac, Sur la route

Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann

Pour en savoir plus, consultez notre guide des figures de style en français.

Sujets :  figure de style

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Commentaires

Marcus Arbiter

Article intéressant, mais il est dommage que "polysyndète" (qui doit avoir deux "y" dans son orthographe correcte) est écrit de manière erronée à plusieurs reprises.

Répondre
La langue française Bienfaiteur

Bonjour Marcus,
Bien vu, je vous remercie. L'article a été corrigé.

Nicolas.

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