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Épiphore – Figure de style [définition et exemples]

Définition de l'épiphore

Une épiphore est une figure de style qui consiste à répéter un mot ou un groupe de mots en fin de phrase, de paragraphe ou de vers qui se succèdent.

Très répandue dans la poésie, ce procédé littéraire produit un effet d'insistance qui renforce une émotion en rythmant les vers.

Et toujours ce parfum de foin coupé qui venait de Bérénice, qui résumait Bérénice, qui le pénétrait de Bérénice.

Louis Aragon, Aurélien, chap. XXV.

La symétrie ainsi créée par la mise en évidence de mots ou de groupes de mots provoque une réaction d’attente chez le lecteur, soulignant la valeur incantatoire de l’épiphore.

L’épiphore est également très employée dans les discours politiques ou les slogans : en répétant plusieurs fois ses propos, l’orateur accroît ses chances de marquer les esprits. Par exemple, le célèbre « Travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy.

Dans son discours mémorable I have a dream, Martin Luther King Jr. utilise l’épiphore pour faire monter le discours en intensité :

Avec cette foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter ensemble, d'aller en prison ensemble, de défendre la liberté ensemble.

Martin Luther King Jr.

L’épiphore rythme la phrase, accentue un mot et ajoute une musicalité, d’où son utilisation fréquente en chanson. Claude François ponctuait ainsi une de ses chansons à l’aide de l’expression « comme d’habitude » inlassablement reprise.

Sans bruit, je quitte la maison, tout est gris dehors, comme d’habitude.
J’ai froid, je relève mon col, comme d’habitude

Claude François, Comme d'habitude

Épiphore et anaphore : quelle différence ?

Appartenant également à la classe des figures de répétition, l’anaphore est l’opposé ou « l’équivalent symétrique » de l’épiphore. La différence repose sur le schéma de la répétition : l’anaphore reprend un élément identique en début d’énoncé alors que l’épiphore termine les vers et les phrases sur les mêmes mots, facilitant ainsi la recherche de la rime.

En combinant l’anaphore à l’épiphore, on obtient une autre figure de style : la symploque, où les mots sont repris au début et à la fin. Par exemple, dans une de ses nouvelles La mort de Stella, Anne Hébert écrit :

[...] les yeux noirs de Stella, les yeux d’oiseau de Stella, se dilataient dans son visage creusé.

Anne Hébert, La mort de Stella

Étymologie du mot « épiphore »

L’épiphore vient du mot grec ἐπίφορος, epiphorá, qui signifie « porter à la suite de ». Composé du préfixe ἐπὶ (sur) et du verbe φέρω (porter, répéter, ajouter).

Elle est également appelée épistrophe (retour) que le Littré définit comme une « figure de diction, répétition à la fin des membres d’une phrase. » Le terme épiphore reste toutefois le plus courant pour désigner cette figure de style.

Exemples d’épiphores

La littérature, l’art poétique et la chanson ont recours à l’épiphore pour rythmer leurs écrits. Exemples :

Car cette croix étincelante montrait le Christ,
de telle façon que je ne sais pas en trouver un exemple digne ;
mais celui qui prend sa croix et suit le Christ,
encore me pardonnera de ce que je ne dis pas,
en voyant dans cette lueur briller le Christ.

Dante, Paradis


Mais il n’enseignait rien celui-là, ne savait rien, ne souhaitait rien.

Gustave Flaubert, Madame Bovary

Sur le perron une dame apparût, parée pour la visite, coiffée pour la visite, avec des phrases prêtes pour la visite.

Maupassant, Contes et nouvelles

Cette pièce,
j'y restais des heures, des jours dans cette pièce.
Reclus dans cette pièce,
de cette pièce,
la porte était toujours fermée.

Vénitien, Mémoires.

[...] On s’ennuie de tout, mon Ange, c’est une loi de la Nature ; ce n’est pas ma faute.
Si donc je m’ennuie aujourd’hui d’une aventure qui m’a occupé entièrement depuis quatre mortels mois, ce n’est pas ma faute.
Si, par exemple, j’ai eu juste autant d’amour que toi de vertu, et c’est sûrement beaucoup dire, il n’est pas étonnant que l’un ait fini en même temps que l’autre. Ce n’est pas ma faute.
Il suit de là, que depuis quelque temps je t’ai trompée : mais aussi, ton impitoyable tendresse m’y forçait en quelque sorte ! Ce n’est pas ma faute.
Aujourd’hui, une femme que j’aime éperdument exige que je te sacrifie. Ce n’est pas ma faute.
Je sens bien que te voilà une belle occasion de crier au parjure : mais si la nature n’a accordé aux hommes que la constance, tandis qu’elle donnait aux femmes l’obstination, ce n’est pas ma faute.
Crois-moi, choisis un autre amant, comme j’ai fait une autre maîtresse. Ce conseil est bon, très bon ; si tu le trouves mauvais, ce n’est pas ma faute.
Adieu, mon ange, je t’ai prise avec plaisir, je te quitte sans regret : je te reviendrai peut-être. Ainsi va le monde. Ce n’est pas ma faute. [...]

Choderlos de Laclos, Les liaisons dangereuses

Dans son vieux pardessus râpé
Il a pris pendant des années
Le même autobus de banlieue
Mon vieux
Le soir en rentrant du boulot
Il s’asseyait sans dire un mot
Il était du genre silencieux
Mon vieux

Daniel Guichard, Mon vieux

Moi qui n'ai jamais prié Dieu
Que lorsque j'avais mal aux dents
Moi qui n'ai jamais prié Dieu
Que quand j'ai eu peur de Satan
Moi qui n'ai prié Satan
Que lorsque j'étais amoureux
Moi qui n'ai prié Satan
Que quand j'ai eu peur du Bon Dieu

Jacques Brel, La statue

Vous voulez en savoir plus sur les figures de style ? Consultez notre guide des figures de style en français.

Sujets :  figure de style

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Commentaires

Amani Emmanuel
Très intéressant. Qu'en est-il pour ceux-là qui vivent en Afrique, au Canada ou ailleurs? Et quelle est la modalité pour appliquer? Merci
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