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Rime

Variantes Singulier Pluriel
Féminin rime rimes

Définitions de « rime »

Trésor de la Langue Française informatisé

RIME, subst. fém.

Répétition à la fin de deux ou plusieurs vers de la dernière voyelle accentuée ainsi que des phonèmes qui éventuellement la suivent ou la précèdent. J'inventai ce vers qui n'avait ni rime ni mètre (Claudel, Ville, 1901, iii, p. 488):
Ô rime! Qui que tu sois, Je reçois Ton joug; et long-temps rebelle, Corrigé, je te promets Désormais Une oreille plus fidèle. Sainte-Beuve, Poés., 1829, p. 30.
Vieilli, gén. au plur. Vers. Mettre en rimes. Elle connaissait madame sainte Catherine par des récits tirés de quelque histoire en langue vulgaire (...) en prose ou en rimes (A. France, J. d'Arc, t. 1, 1908, p. 40).
[P. oppos. à raison] La forme (p. oppos. au sens). Ta chanson Est mauvaise, et la rime y gêne la raison (Hugo, Cromw., 1827, p. 179).
Sans rime ni raison. Sans cohérence, sans explication plausible et rationnelle, dépourvu de sens. Ces mots, dont je ne sais même pas le sens (...) me sont venus à la bouche, sans rime ni raison (Proust, Prisonn., 1922, p. 338).
P. méton.
Son qui est répété. Une ballade sonore, à rimes éclatantes (Lemaitre, Contemp., 1885, p. 18).
Rime en (suivi d'une syll.).Rime en -ure. Les mezzos, faisant échos aux rimes, en tin, répètent tin tin tin, pour imiter la cloche de l'angelus. C'est bête à pleurer, ça plaira beaucoup (Colette, Cl. école, 1900, p. 246).
Rime à (suivi d'un mot).Mais, même plus de rimes à lune... Ah! quelle regrettable lacune! (Laforgue, Imit. Lune, 1886, p. 271).
Mot qui contient la rime. Un libraire qui, donnant un dictionnaire de rimes à un poète, lui dit: « Celui-là est bon. » (Renard, Journal, 1900, p. 611).
[Suivi d'un adj. déterminatif qui précise ses caractéristiques]
[Sa sonorité] Rime féminine*. Rime masculine*.
[Sa qualité]
Rime pauvre. Rime constituée par la répétition de la voyelle tonique en finale absolue. On rencontre la même voyelle (rime pauvre) comme dans cela et dada (Mar.Lex.1933).
Rime suffisante. Rime constituée par la répétition de la voyelle tonique et des sons qui la suivent. Sonnets à rimes croisées, à rimes plates, à rimes riches, à rimes suffisantes (Reybaud, J. Paturot, 1842, p. 6).
Rime riche. Rime constituée par la répétition de la voyelle tonique et de sa consonne d'appui. La rime riche est une grâce, sans doute, mais elle ramène trop souvent les mêmes formules (Nerval, Bohême gal., 1855, p. 71).
Rime léonine. V. léonin2.
Rime pour l'œil. Rime semblable graphiquement mais qui diffère phonétiquement d'une autre. Peu à peu l'absurdité des rimes pour l'œil a été perçue; des oreilles ont en vain cherché à différencier tels sons masculins, mer, de tels sons féminins, mère (Gourmont, Esthét. lang. fr., 1899, p. 224).
[Sa place] Rime finale. L'influence − au point de vue technique − de Paul Fort: rimes intérieures (Rivière, Corresp.[avec Alain-Fournier], 1906, p. 94).
Rime batelée. V. batelée2.
Rime couronnée*.
Rime croisée. Rime constituée de deux couples de rimes féminines et masculines entrecroisées. Du fond de ma solitude, j'inonderai le monde d'un déluge de rimes croisées (Musset, Hist. merle bl., 1854, p. 70).
Rime embrassée. Rime constituée d'un couple de rimes d'une espèce (masculines ou féminines) qui enserre un couple d'une autre espèce. D'après l'ordre dans lequel elles se présentent, on distingue des rimes suivies ou accouplées ou plates (aa-bb), croisées (ab-ab), embrassées (abba), enlacées (abc-acb, abc-cba, etc.) (Mar.Lex.1933).
Rime fraternisée*.
Rime plate. Rime qui est accouplée immédiatement à une autre. Un poème de six cents vers à rimes plates (Valéry, Variété[I], 1924, p. 61).
Rime redoublée*.
Prononc. et Orth.: [ʀim]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1165 versif. ([Chrétien de Troyes], Guillaume d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 3); 2. fin xiiie-déb. xives. [ms. du xves.] n'y regarder ne rime ne raison « abandonner toute considération de convenance et de bon sens » (L'Art d'Amours, éd. Br. Roy, 3669); ca 1400 n'y avoir ryme ne raison « n'y avoir ni logique ni cohérence » (Eustache Deschamps, Œuvres, éd. Queux de Saint-Hilaire, t. 7, p. 351, 113); 1405 sans rime et sans raison (Gerson, Œuvres, éd. P. Glorieux, t. 7, p. 1159); 1784 sans rime ni raison (Diderot, Jacques le Fataliste, p. 642). Étymol. incertaine. On a proposé le lat. rhythmus, v. rythme et l'a. b. frq., a. h. all. rim « série, nombre ». Ces 2 hyp. posent le probl. du genre, rhythmus et rim étant masc. tandis que le fr. rime est fém. L'a. prov. rim, masc. considéré jusqu'ici comme la forme primitive à côté du fr. rime et de l'a. prov. rima supposés de formation plus récente, est en fait un doublet de la région toulousaine et langued. du fém. rima (v. P. Zumthor ds Trav. Ling. Litt. Strasbourg t. 2 n o1 1964, p. 188 qui nous montre par ailleurs que l'hyp. du EWFSrime est présenté comme un déverbal de rimer « faire des rimes », d'un gallo-rom. *rimare « disposer sur un rang », repose sur une forte part de probab., ibid., p. 192). L'étymon rhythmus pour lequel on a suggéré l'évol. à partir du sens « vers non métrique » à « vers rimé » puis « rime », se heurte à des difficultés d'ordre phonét. et sém. Les formes *rimmo, *remmo attendues en ital. et les formes intermédiaires *ritme, *ridme attendues en fr. ne sont pas att. et il est difficile de comprendre comment rhythmus qui désigne en b. lat. le vers non métrique simpl. accentué dont le caractère fondamental est la cadence, a pu prendre le sens de « rime », la rime n'y ayant qu'un caractère secondaire. L'a. b. frq. *rim, d'apr. l'a. h. all. rim « série, nombre », phonét. plausible, semble convenir pour le sens (du sens de « suite » on a facilement pu passer à celui de « série de fins de vers semblables » puis « rime »), mais rime serait le seul mot de l'anc. terminol. littér. à provenir du germ. (v. P. Zumthor, op. cit., p. 189). L'orig. de l'expr. sans rime ni raison fait elle aussi difficulté, on peut difficilement retenir l'hyp. retenue par Bl.-W.1-5, qui y voit une formule issue du lat. médiév.: ,,metrum est ratio cum modulatione, rhythmus est modulatio sine ratione``, cette citat. qui omet après ratione l'adj. metrica, étant habilement tronquée; la solution proposée par Rey-Chantr. Expr., qui repose sur une oppos. de la forme poét. (la rime) et du contenu conceptuel ou narratif (la raison) semble plus vraisemblable. V. FEW t. 16, pp. 716b-719b; N. Törnqvist, Zur Geschichte des Wortes Reim, Lund, 1935; P. Zumthor, op. cit., pp. 187-204 et M. Fr. fasc. 14-15, 1984, pp. 419-436. Fréq. abs. littér.: 747. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 812, b) 1 047; xxes.: a) 1 569, b) 978. Bbg. Chausserie-Laprée (J.-P.). Pour une ét. des organisateurs phoniques en poésie: les leçons de la rime. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1978, t. 16, n o2, pp. 251-271. − Jaffré (J.). Sur rime et sens. Fr. auj. 1980, n o51, pp. 43-49. − Morel (M.-A.). Pour une typologie des fig. de rhét. DRLAV. 1982, n o26, p. 55.

Wiktionnaire

Nom commun - français

rime \ʁim\ féminin

  1. Retour d'un ou plusieurs phonèmes à la fin de deux ou plusieurs vers ; ce phonème ou ces phonèmes eux-même.
    • Prends l’éloquence et tords-lui son cou !
      Tu feras bien, en train d’énergie,
      De rendre un peu la rime assagie.
      Si l’on n’y veille, elle ira jusqu’où ?
      Ô qui dira les torts de la rime !
      Quel enfant sourd ou quel nègre fou
      Nous a forgé ce bijou d’un sou
      Qui sonne creux et faux sous la lime ?
      — (Paul Verlaine, Art Poétique, Jadis et naguère)
    • Il en est de même de la rime, qu’il n’est pas besoin de faire venir d’Arabie, puisqu’on la voit naître naturellement et par degrés de la poésie latine dégénérée. — (Jean-Jacques Ampère, La Littérature française au moyen-âge, Revue des Deux Mondes, 1839, tome 19)
    • J’avais appris des poésies, à l’école, et j’avais toujours été surpris par la rime, qui arrive à l’improviste au bout d’une ligne ; je pensais que les poètes, capables d’un pareil tour de force, étaient extraordinairement rares et qu’il figuraient tous, sans exception, dans mon livre de classe. — (Marcel Pagnol, Le temps des secrets, 1960, collection Le Livre de Poche, page 97)
    • Eh oui, bien sûr, les pieds et les rimes sont les ressorts – ou les béquilles, comme on voudra – de la mémoire, ce sont des moyens mnémotechniques dont certains ne peuvent se passer. Il y a peu, je pouvais réciter entièrement « La Jeune Parque » de Paul Valéry – ça demandait plus d’une heure –, mais de Saint-John Perse ou de Paul Éluard, rien, pas une strophe, pas un vers. À qui la faute ? Ce n’est pas faute de les aimer pourtant, je le jure. Mais ma mémoire n’enregistre pas ce qui n’a ni rime ni rythme. — (Michel Tournier, Raconte-moi une histoire…, dans Les vertes lectures, collection Folio, 2007, page 21)
  2. (Au pluriel) (Vieilli) Ensemble de vers, poème.
    • Les rimes légères et spirituelles de Voltaire.
    • Dans nos cœurs, y a des rengaines
      Dont les rimes incertaines
      Se prenaient pour du Verlaine
      Du Bruant ou du Carco.
      — (Jean-Roger Caussimon, Paris jadis, 1977)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

RIME. n. f.
Retour du même son dans la terminaison de deux ou plusieurs mots; il se dit spécialement pour les mots qui se trouvent à la fin des vers. Aimer et Charmer, Belle et Rebelle sont de bonnes rimes. Il faut éviter les rimes dans l'intérieur des vers. La contrainte de la rime. Mettre en rimes, mettre en rime, Mettre en vers. Rime masculine, Rime où la dernière syllabe accentuée n'est pas suivie d'un e muet. Rime féminine, Rime où la dernière syllabe accentuée est suivie d'un e muet. Rime riche, Rime pourvue de la consonne dite d'appui. Rime suffisante, Rime qui n'est pas pourvue de la consonne d'appui. Rimes plates, Celles qui se suivent sans s'entrelacer à d'autres. Rimes croisées, Rimes masculines et féminines entrelacées. Rimes embrassées, Deux rimes masculines comprises entre deux rimes féminines, ou inversement. Rimes redoublées se dit quand plus de deux vers ont la même rime. Fig. et fam., Il n'y a ni rime ni raison dans tout ce qu'il dit, dans tout ce qu'il fait, Il n'y a point de bon sens dans ce qu'il dit, dans ce qu'il fait. Tout ce qu'il propose est sans rime ni raison. Se plaindre sans rime ni raison.

RIMES au pluriel s'emploie pour signifier Vers. Je vous envoie mes rimes. Dans ses rimes légères, il a chanté le vin et l'amour. Il est vieux.

Littré (1872-1877)

RIME (ri-m') s. f.
  • 1Uniformité de son dans la terminaison de deux ou de plusieurs mots. Il faut avoir un grand soin d'éviter les rimes en prose, où elles ne sont pas un moindre défaut qu'elles sont un des principaux ornements de notre poésie, Vaugelas, Rem. t. I, p. 398. De grâce, enseigne-moi l'art de trouver la rime ; Ou, puisque enfin tes soins y seraient superflus, Molière, enseigne-moi l'art de ne rimer plus, Boileau, Sat. II. Maudit soit le premier dont la verve insensée… Voulut avec la rime enchaîner la raison ! Boileau, ib. Que toujours le bon sens s'accorde avec la rime ; L'un l'autre vainement ils semblent se haïr ; La rime est une esclave et ne doit qu'obéir, Boileau, Art p. I. Si je pense exprimer un auteur sans défaut, La raison dit Virgile et la rime Quinault, Boileau, Sat. II. Peu de gens font réflexion pourquoi les rimes, qui font une partie de l'agrément des vers, sont insupportables dans la prose, Fontenelle, Réfl. poét. Œuv. t. III, p. 200, dans POUGENS. On a osé faire des tragédies depuis Racine ; mais ce sont des tragédies en rimes, et non pas en vers, Voltaire, Lett. St-Lambert, 7 mars 1769. Il est indubitable que la rime n'a été inventée que pour l'oreille ; c'est le retour des mêmes sons, ou des sons à peu près semblables qu'on demande, et non pas le retour des mêmes lettres, Voltaire, Comm. Corn. Rem. Médée, I, 5. Il est vrai que la rime ajoute un mortel ennui aux vers médiocres ; le poëte alors est un mauvais mécanicien qui fait entendre le bruit choquant de ses poulies et de ses cordes, Voltaire, Dict. phil. Rime. Nous avons remarqué que l'Arioste a fait quarante-huit mille rimes de suite dans son Orlando, sans ennuyer personne, Voltaire, ib. Je ne puis souffrir qu'on sacrifie à la richesse de la rime toutes les autres beautés de la poésie, Voltaire, Œdipe, 5e lett. Les Anglais ont un autre avantage sur nous, c'est de se passer de rime ; le mérite de nos grands poëtes est souvent dans les difficultés de la rime surmontées, et le mérite des poëtes anglais est souvent dans l'expression de la nature, Voltaire, Lett. Saurin, 28 févr. 1764. Je ne sais ce qui arrivera des vers sans rime ; mais je ne désespère pas que, s'ils s'établissent jamais, l'usage ne commence par nos vers lyriques, par ceux qui sont faits pour être chantés, D'Alembert, Œuv. t. IV, p. 112. Quand la rime qu'on emploie est trop abondante, comme celle des mots en ant, on regarde comme une négligence la rime qui n'est que dans le son, et qui n'est pas dans la consonne, Marmontel, Œuv. t. X, p. 111. Boileau appelait rimes de bouts rimés, celle de Sphinx et de Syrinx, et la reprochait à Lamotte, Marmontel, ib. p. 120.

    Familièrement et par plaisanterie. Mettre en rimes, mettre en rime, mettre en vers. Vais-je d'un pape illustre [Innocent X], armé contre tes crimes [de l'équivoque], à tes yeux mettre ici toute la bulle en rimes ? Boileau, Sat. XI. Là des Turcs amoureux, soupirant des maximes, Débitent galamment Sénèque mis en rimes, Gilbert, le XVIIIe siècle.

    Rime pleine, ou, plus ordinairement, rime riche, celle où non seulement le son, mais l'articulation est la même, comme vertu et abbattu, étude et solitude.

    Rime suffisante, celle où le même son est suivi de la même articulation, comme plaisir et saphir, timide et rapide.

    Rime pauvre, celle qui n'est que dans le son, et non dans l'articulation, comme vertu et vaincu, jardin et destin.

    Fausse rime, celle qui n'est pas juste pour l'oreille, quoique admise par la coutume, comme vertus et Brutus.

    Rime féminine, rime qui se termine par un e muet. Les rimes féminines qui donnent une grâce singulière à notre poésie, Bouhours, Entret. d'Ariste et d'Eug. II.

    Rime masculine, celle qui ne se termine pas par un e muet. Quinault a grand soin de finir, autant qu'il le peut, ses couplets par des rimes masculines ; et c'est ce que recommandait le grand musicien Rameau à tous les poëtes qui composaient pour lui, Voltaire, Mél. litt. à l'abbé d'Olivet, sur la prosodie. La rime masculine est double, lorsque non-seulement la finale sonore, mais la pénultième, a le même son, comme attirer, respirer, Marmontel, Œuvr. t. X, p. 112. On dit mieux aujourd'hui rime superflue.

    Dictionnaire de rimes, dictionnaire où l'on trouve, à chaque finale rangée alphabétiquement, tous les mots qui se terminent par cette finale. Il [Richelet] est le premier auteur des dictionnaires de rimes, Voltaire, Louis XIV, Écrivains, Richelet.

  • 2Rime parlante, s'est dit de vers qui sur une même rime font un sens complet, comme dans ces vers : Bon génie, On envie Ton industrie, Merc. Galant, sept. 1682, t. II, p. 273.

    Rimes croisées, rimes masculines et féminines qui se succèdent alternativement.

    Rimes plates, rimes qui se suivent deux à deux, comme le Lutrin. Les poëmes d'aventures, dans le moyen âge, sont en vers de huit syllabes à rimes plates, à la différence des chansons de geste qui sont par couplets monorimes plus ou moins longs.

    Rimes mêlées, celles qui se succèdent sans aucun ordre, en observant seulement de faire alterner les masculines et les féminines.

    Rimes normandes, rimes dans lesquelles on fait rimer er fermé avec er ouvert, comme vanter et Jupiter, ainsi dites parce que les normands donnent à er ouvert le son de er fermé.

    Rimes annexées, concaténées, enchaînées, fraternisées, suite de vers dont chacun commençait par le dernier mot ou par la dernière syllabe du vers précédent.

    Rimes batelées, celles d'une pièce de vers dans laquelle on répétait, à la fin du premier hémistiche de chaque vers, le dernier son du vers précédent.

    Rime couronnée, celle qui se répétait deux fois à la fin de chaque vers.

  • 3 Fig. Il n'y a ni rime ni raison dans…, il n'y a pas de bon sens dans. Il avait observé que, de tout temps, en France la rime avait plus de crédit que la raison, Guez de Balzac, le Barbon. Il n'y a ni rime ni raison avec ces gens-ci [le parlement], Retz, III, 292. Remettons ce discours pour une autre saison ; Monsieur n'y trouverait ni rime ni raison, Molière, Femm. sav. IV, 3. Le paquet est venu fort doucement, nous ne savons pourquoi ; il n'y a ni rime ni raison à la conduite des postes, Sévigné, 10 avr. 1691. Je me porte très bien ; mais, pour mes mains, il n'y a ni rime ni raison, Sévigné, 22 mars 1676.

    On dit de même : cet homme, cette chose n'a ni rime, ni raison. Ceux qui n'ont ni rime ni raison, Sévigné, 240. Une petite évaporée dont les manières n'avaient ni rime ni raison, Hamilton, Gramm. 10.

    N'entendre ni rime ni raison, ne rien entendre, ne vouloir pas écouter, soit par sottise, soit par emportement. Je porte des livres ; je m'en vais, comme une furie, pour me faire payer ; je ne veux entendre ni rime ni raison : c'est une chose étrange que la quantité d'argent qu'on me doit, Sévigné, 3 mai 1680.

    S'il n'y a de la raison, il y a de la rime, se dit de méchants vers.

  • 4 Au plur. Vers. Les rimes légères et spirituelles de Voltaire. Et si, du son hardi de ses rimes cyniques, Il [Régnier] n'alarmait souvent les oreilles pudiques, Boileau, Art p. II.

    On le dit aussi au singulier en ce sens. Les officiers du roi Ne devraient exiger de moi Que de la rime et de la prose, Mainard, dans RICHELET.

HISTORIQUE

XIIIe s. Li sentiers de rime est plus estroiz et plus fors [que la prose], si comme cil qui est clos et fermez de murs et de paliz, ce est à dire de poinz et de numbre et de mesure certaine, de quoi on ne puet ne ne doit trespasser, Latini, Trésor, p. 481. À fere ce qui me delite [plaît], Une aventure à mettre en rime, Lai de l'ombre.

XVe s. Il n'y a rime ne raison En tout quant que vous rafardez, Pathelin. Le chevalier, qui entendoit ceste rime [les affaires d'amour] comme celuy qui y avoit esté versé, Perceforest, t. IV, f° 17. Lequel Guillaume respondi qu'ils ne cesseroient point et feroient la rime [le tapage] et tout le pertinent à chalivaly, Du Cange, rima. Rigme batelée, brisée, en chaînée, à double queue, rigme en forme de complainte amoureuse, Henri de Croy, dans Hist. litt. de la France, t. XXIV, p. 451. À la porte de mon logis et de ma chambre me firent plus de cent croix blanches et des rymes contenant que le roy de France et le conte de Varvic estoient tout ung, Commines, III, 6.

XVIe s. Petrarque aussi, le Romant de la rose, Sont les messels, breviaire et psautier, Qu'en ce saint temple on list, en rithme et prose ; Et les leçons, que chanter on y ose, Ce sont rondeaux, ballades, virelais, Mots à plaisir, rithmes et triolets, Marot, I, 184.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

RIME. Ajoutez :
5Rime en goret, voy. GORET au Supplément.
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Étymologie de « rime »

Prov. rim, s. m. rima, rime, poëme, anc. cat. rim ; espagn. portug. et ital. rima. On hésite entre le latin rhythmus, rhythme, et l'ancien haut-allemand rim, nombre ; allem. mod. Reim, rime (le mot se trouve aussi dans le celtique : ancirl. rîm ; kymri, rhif). Diez se prononce pour l'étymologie allemande, vu que rhythmus ne peut donner en italien rima ; il aurait donné rimmo ou remmo, tandis que toutes les formes romanes sortent sans peine du germanique ou celtique rîm.

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(XIIe siècle)[1] Étymologie incertaine. En occitan rima (« rime, poème »)[2], ancien occitan rim (« rime »), en espagnol et en italien rima. En ancien haut-allemand rim (« nombre ») ; allemand moderne Reim (« rime ») ; peut-être du latin rhythmus (« mesure, cadence ») ; Friedrich Christian Diez se prononce pour l'étymologie allemande[2], vu que rhythmus ne peut donner en italien rima ; il aurait donné *rimmo ou *remmo[1][2]. La graphie de l’anglais rhyme est tardive et due à un rapprochement savant avec rhythm[3].
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Phonétique du mot « rime »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
rime rim

Fréquence d'apparition du mot « rime » dans le journal Le Monde

Source : Gallicagram. Créé par Benjamin Azoulay et Benoît de Courson, Gallicagram représente graphiquement l’évolution au cours du temps de la fréquence d’apparition d’un ou plusieurs syntagmes dans les corpus numérisés de Gallica et de beaucoup d’autres bibliothèques.

Évolution historique de l’usage du mot « rime »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « rime »

  • La vie est lunatique et se plaît à mener les événements comme une fantaisie, sans rime ni raison.
    Roland Dorgelès
  • L’inspiration ne rime pas forcément avec la transpiration.
    Bertrand Lavier — Les Inrocks - 12 Juin 2002
  • La rime est un jupon, et je m'amuse à la suivre.
    Jean Richepin
  • La rime est une esclave et ne doit qu'obéir.
    Nicolas Boileau dit Boileau-Despréaux — L'Art poétique
  • Maudit soit le premier dont la verve insensée Dans les bornes d'un vers renferma sa pensée, Et, donnant à ses mots une étroite prison, Voulut avec la rime enchaîner la raison.
    Nicolas Boileau dit Boileau-Despréaux — Satires
  • Quelque sujet qu'on traite, ou plaisant, ou sublime, Que toujours le bon sens s'accorde avec la rime.
    Nicolas Boileau dit Boileau-Despréaux — L'Art poétique
  • Dans les combats d'esprit savant maître d'escrime, Enseigne-moi, Molière, où tu trouves la rime.
    Nicolas Boileau dit Boileau-Despréaux — Satires
  • Les rimes ? Elles sont dans les vers, non à leur terme.
    Cyprian Norwid
  • Rien ne rime, mais tout dépend de l'esprit dans lequel on l'accomplit.
    Camara Laye — L'Enfant noir
  • Ô qui dira les torts de la Rime ! Quel enfant sourd ou quel nègre fou Nous a forgé ce bijou d'un sou Qui sonne creux et faux sous la lime ?
    Paul Verlaine — Jadis et naguère, Art poétique , Messein
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Traductions du mot « rime »

Langue Traduction
Anglais rhyme
Espagnol rima
Italien rima
Allemand reim
Chinois
Arabe قافية
Portugais rima
Russe рифма
Japonais
Basque errima
Corse rima
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Synonymes de « rime »

Source : synonymes de rime sur lebonsynonyme.fr

Combien de points fait le mot rime au Scrabble ?

Nombre de points du mot rime au scrabble : 6 points

Rime

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