La langue française

Rime

Sommaire

  • Définitions du mot rime
  • Étymologie de « rime »
  • Phonétique de « rime »
  • Citations contenant le mot « rime »
  • Images d'illustration du mot « rime »
  • Traductions du mot « rime »
  • Synonymes de « rime »

Définitions du mot rime

Trésor de la Langue Française informatisé

RIME, subst. fém.

Répétition à la fin de deux ou plusieurs vers de la dernière voyelle accentuée ainsi que des phonèmes qui éventuellement la suivent ou la précèdent. J'inventai ce vers qui n'avait ni rime ni mètre (Claudel, Ville, 1901, iii, p. 488):
Ô rime! Qui que tu sois, Je reçois Ton joug; et long-temps rebelle, Corrigé, je te promets Désormais Une oreille plus fidèle. Sainte-Beuve, Poés., 1829, p. 30.
Vieilli, gén. au plur. Vers. Mettre en rimes. Elle connaissait madame sainte Catherine par des récits tirés de quelque histoire en langue vulgaire (...) en prose ou en rimes (A. France, J. d'Arc, t. 1, 1908, p. 40).
[P. oppos. à raison] La forme (p. oppos. au sens). Ta chanson Est mauvaise, et la rime y gêne la raison (Hugo, Cromw., 1827, p. 179).
Sans rime ni raison. Sans cohérence, sans explication plausible et rationnelle, dépourvu de sens. Ces mots, dont je ne sais même pas le sens (...) me sont venus à la bouche, sans rime ni raison (Proust, Prisonn., 1922, p. 338).
P. méton.
Son qui est répété. Une ballade sonore, à rimes éclatantes (Lemaitre, Contemp., 1885, p. 18).
Rime en (suivi d'une syll.).Rime en -ure. Les mezzos, faisant échos aux rimes, en tin, répètent tin tin tin, pour imiter la cloche de l'angelus. C'est bête à pleurer, ça plaira beaucoup (Colette, Cl. école, 1900, p. 246).
Rime à (suivi d'un mot).Mais, même plus de rimes à lune... Ah! quelle regrettable lacune! (Laforgue, Imit. Lune, 1886, p. 271).
Mot qui contient la rime. Un libraire qui, donnant un dictionnaire de rimes à un poète, lui dit: « Celui-là est bon. » (Renard, Journal, 1900, p. 611).
[Suivi d'un adj. déterminatif qui précise ses caractéristiques]
[Sa sonorité] Rime féminine*. Rime masculine*.
[Sa qualité]
Rime pauvre. Rime constituée par la répétition de la voyelle tonique en finale absolue. On rencontre la même voyelle (rime pauvre) comme dans cela et dada (Mar.Lex.1933).
Rime suffisante. Rime constituée par la répétition de la voyelle tonique et des sons qui la suivent. Sonnets à rimes croisées, à rimes plates, à rimes riches, à rimes suffisantes (Reybaud, J. Paturot, 1842, p. 6).
Rime riche. Rime constituée par la répétition de la voyelle tonique et de sa consonne d'appui. La rime riche est une grâce, sans doute, mais elle ramène trop souvent les mêmes formules (Nerval, Bohême gal., 1855, p. 71).
Rime léonine. V. léonin2.
Rime pour l'œil. Rime semblable graphiquement mais qui diffère phonétiquement d'une autre. Peu à peu l'absurdité des rimes pour l'œil a été perçue; des oreilles ont en vain cherché à différencier tels sons masculins, mer, de tels sons féminins, mère (Gourmont, Esthét. lang. fr., 1899, p. 224).
[Sa place] Rime finale. L'influence − au point de vue technique − de Paul Fort: rimes intérieures (Rivière, Corresp.[avec Alain-Fournier], 1906, p. 94).
Rime batelée. V. batelée2.
Rime couronnée*.
Rime croisée. Rime constituée de deux couples de rimes féminines et masculines entrecroisées. Du fond de ma solitude, j'inonderai le monde d'un déluge de rimes croisées (Musset, Hist. merle bl., 1854, p. 70).
Rime embrassée. Rime constituée d'un couple de rimes d'une espèce (masculines ou féminines) qui enserre un couple d'une autre espèce. D'après l'ordre dans lequel elles se présentent, on distingue des rimes suivies ou accouplées ou plates (aa-bb), croisées (ab-ab), embrassées (abba), enlacées (abc-acb, abc-cba, etc.) (Mar.Lex.1933).
Rime fraternisée*.
Rime plate. Rime qui est accouplée immédiatement à une autre. Un poème de six cents vers à rimes plates (Valéry, Variété[I], 1924, p. 61).
Rime redoublée*.
Prononc. et Orth.: [ʀim]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1165 versif. ([Chrétien de Troyes], Guillaume d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 3); 2. fin xiiie-déb. xives. [ms. du xves.] n'y regarder ne rime ne raison « abandonner toute considération de convenance et de bon sens » (L'Art d'Amours, éd. Br. Roy, 3669); ca 1400 n'y avoir ryme ne raison « n'y avoir ni logique ni cohérence » (Eustache Deschamps, Œuvres, éd. Queux de Saint-Hilaire, t. 7, p. 351, 113); 1405 sans rime et sans raison (Gerson, Œuvres, éd. P. Glorieux, t. 7, p. 1159); 1784 sans rime ni raison (Diderot, Jacques le Fataliste, p. 642). Étymol. incertaine. On a proposé le lat. rhythmus, v. rythme et l'a. b. frq., a. h. all. rim « série, nombre ». Ces 2 hyp. posent le probl. du genre, rhythmus et rim étant masc. tandis que le fr. rime est fém. L'a. prov. rim, masc. considéré jusqu'ici comme la forme primitive à côté du fr. rime et de l'a. prov. rima supposés de formation plus récente, est en fait un doublet de la région toulousaine et langued. du fém. rima (v. P. Zumthor ds Trav. Ling. Litt. Strasbourg t. 2 n o1 1964, p. 188 qui nous montre par ailleurs que l'hyp. du EWFSrime est présenté comme un déverbal de rimer « faire des rimes », d'un gallo-rom. *rimare « disposer sur un rang », repose sur une forte part de probab., ibid., p. 192). L'étymon rhythmus pour lequel on a suggéré l'évol. à partir du sens « vers non métrique » à « vers rimé » puis « rime », se heurte à des difficultés d'ordre phonét. et sém. Les formes *rimmo, *remmo attendues en ital. et les formes intermédiaires *ritme, *ridme attendues en fr. ne sont pas att. et il est difficile de comprendre comment rhythmus qui désigne en b. lat. le vers non métrique simpl. accentué dont le caractère fondamental est la cadence, a pu prendre le sens de « rime », la rime n'y ayant qu'un caractère secondaire. L'a. b. frq. *rim, d'apr. l'a. h. all. rim « série, nombre », phonét. plausible, semble convenir pour le sens (du sens de « suite » on a facilement pu passer à celui de « série de fins de vers semblables » puis « rime »), mais rime serait le seul mot de l'anc. terminol. littér. à provenir du germ. (v. P. Zumthor, op. cit., p. 189). L'orig. de l'expr. sans rime ni raison fait elle aussi difficulté, on peut difficilement retenir l'hyp. retenue par Bl.-W.1-5, qui y voit une formule issue du lat. médiév.: ,,metrum est ratio cum modulatione, rhythmus est modulatio sine ratione``, cette citat. qui omet après ratione l'adj. metrica, étant habilement tronquée; la solution proposée par Rey-Chantr. Expr., qui repose sur une oppos. de la forme poét. (la rime) et du contenu conceptuel ou narratif (la raison) semble plus vraisemblable. V. FEW t. 16, pp. 716b-719b; N. Törnqvist, Zur Geschichte des Wortes Reim, Lund, 1935; P. Zumthor, op. cit., pp. 187-204 et M. Fr. fasc. 14-15, 1984, pp. 419-436. Fréq. abs. littér.: 747. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 812, b) 1 047; xxes.: a) 1 569, b) 978. Bbg. Chausserie-Laprée (J.-P.). Pour une ét. des organisateurs phoniques en poésie: les leçons de la rime. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1978, t. 16, n o2, pp. 251-271. − Jaffré (J.). Sur rime et sens. Fr. auj. 1980, n o51, pp. 43-49. − Morel (M.-A.). Pour une typologie des fig. de rhét. DRLAV. 1982, n o26, p. 55.

Wiktionnaire

Nom commun

rime \ʁim\ féminin

  1. Retour de la même syllabe dans la terminaison de deux ou plusieurs mots; et spécialement pour les mots qui se trouvent à la fin des vers.
    • Prends l’éloquence et tords-lui son cou !
      Tu feras bien, en train d’énergie,
      De rendre un peu la rime assagie.
      Si l’on n’y veille, elle ira jusqu’où ?
      Ô qui dira les torts de la rime !
      Quel enfant sourd ou quel nègre fou
      Nous a forgé ce bijou d’un sou
      Qui sonne creux et faux sous la lime ?
      — (Paul Verlaine, Art Poétique, Jadis et naguère)
    • Il en est de même de la rime, qu’il n’est pas besoin de faire venir d’Arabie, puisqu’on la voit naître naturellement et par degrés de la poésie latine dégénérée. — (Jean-Jacques Ampère, La Littérature française au moyen-âge, Revue des Deux Mondes, 1839, tome 19)
    • J’avais appris des poésies, à l’école, et j’avais toujours été surpris par la rime, qui arrive à l’improviste au bout d’une ligne ; je pensais que les poètes, capables d’un pareil tour de force, étaient extraordinairement rares et qu’il figuraient tous, sans exception, dans mon livre de classe. — (Marcel Pagnol, Le temps des secrets, 1960, collection Le Livre de Poche, page 97)
    • Eh oui, bien sûr, les pieds et les rimes sont les ressorts – ou les béquilles, comme on voudra – de la mémoire, ce sont des moyens mnémotechniques dont certains ne peuvent se passer. Il y a peu, je pouvais réciter entièrement « La Jeune Parque » de Paul Valéry – ça demandait plus d’une heure –, mais de Saint-John Perse ou de Paul Éluard, rien, pas une strophe, pas un vers. À qui la faute ? Ce n’est pas faute de les aimer pourtant, je le jure. Mais ma mémoire n’enregistre pas ce qui n’a ni rime ni rythme. — (Michel Tournier, Raconte-moi une histoire…, dans Les vertes lectures, collection Folio, 2007, page 21)
  2. (Au pluriel) (Vieilli) Vers.
    • Dans nos cœurs, y a des rengaines
      Dont les rimes incertaines
      Se prenaient pour du Verlaine
      Du Bruant ou du Carco.
      — (Jean-Roger Caussimon, Paris jadis, 1977)
  3. (Linguistique) Rime syllabique. Le noyau (voyelle) et les consonnes le suivant dans une syllabe. Les consonnes devant le noyau dans une syllabe, c’est une attaque.

Forme de verbe

rime \ʁim\

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de rimer.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de rimer.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de rimer.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de rimer.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif présent de rimer.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

RIME. n. f.
Retour du même son dans la terminaison de deux ou plusieurs mots; il se dit spécialement pour les mots qui se trouvent à la fin des vers. Aimer et Charmer, Belle et Rebelle sont de bonnes rimes. Il faut éviter les rimes dans l'intérieur des vers. La contrainte de la rime. Mettre en rimes, mettre en rime, Mettre en vers. Rime masculine, Rime où la dernière syllabe accentuée n'est pas suivie d'un e muet. Rime féminine, Rime où la dernière syllabe accentuée est suivie d'un e muet. Rime riche, Rime pourvue de la consonne dite d'appui. Rime suffisante, Rime qui n'est pas pourvue de la consonne d'appui. Rimes plates, Celles qui se suivent sans s'entrelacer à d'autres. Rimes croisées, Rimes masculines et féminines entrelacées. Rimes embrassées, Deux rimes masculines comprises entre deux rimes féminines, ou inversement. Rimes redoublées se dit quand plus de deux vers ont la même rime. Fig. et fam., Il n'y a ni rime ni raison dans tout ce qu'il dit, dans tout ce qu'il fait, Il n'y a point de bon sens dans ce qu'il dit, dans ce qu'il fait. Tout ce qu'il propose est sans rime ni raison. Se plaindre sans rime ni raison.

RIMES au pluriel s'emploie pour signifier Vers. Je vous envoie mes rimes. Dans ses rimes légères, il a chanté le vin et l'amour. Il est vieux.

Littré (1872-1877)

RIME (ri-m') s. f.
  • 1Uniformité de son dans la terminaison de deux ou de plusieurs mots. Il faut avoir un grand soin d'éviter les rimes en prose, où elles ne sont pas un moindre défaut qu'elles sont un des principaux ornements de notre poésie, Vaugelas, Rem. t. I, p. 398. De grâce, enseigne-moi l'art de trouver la rime ; Ou, puisque enfin tes soins y seraient superflus, Molière, enseigne-moi l'art de ne rimer plus, Boileau, Sat. II. Maudit soit le premier dont la verve insensée… Voulut avec la rime enchaîner la raison ! Boileau, ib. Que toujours le bon sens s'accorde avec la rime ; L'un l'autre vainement ils semblent se haïr ; La rime est une esclave et ne doit qu'obéir, Boileau, Art p. I. Si je pense exprimer un auteur sans défaut, La raison dit Virgile et la rime Quinault, Boileau, Sat. II. Peu de gens font réflexion pourquoi les rimes, qui font une partie de l'agrément des vers, sont insupportables dans la prose, Fontenelle, Réfl. poét. Œuv. t. III, p. 200, dans POUGENS. On a osé faire des tragédies depuis Racine ; mais ce sont des tragédies en rimes, et non pas en vers, Voltaire, Lett. St-Lambert, 7 mars 1769. Il est indubitable que la rime n'a été inventée que pour l'oreille ; c'est le retour des mêmes sons, ou des sons à peu près semblables qu'on demande, et non pas le retour des mêmes lettres, Voltaire, Comm. Corn. Rem. Médée, I, 5. Il est vrai que la rime ajoute un mortel ennui aux vers médiocres ; le poëte alors est un mauvais mécanicien qui fait entendre le bruit choquant de ses poulies et de ses cordes, Voltaire, Dict. phil. Rime. Nous avons remarqué que l'Arioste a fait quarante-huit mille rimes de suite dans son Orlando, sans ennuyer personne, Voltaire, ib. Je ne puis souffrir qu'on sacrifie à la richesse de la rime toutes les autres beautés de la poésie, Voltaire, Œdipe, 5e lett. Les Anglais ont un autre avantage sur nous, c'est de se passer de rime ; le mérite de nos grands poëtes est souvent dans les difficultés de la rime surmontées, et le mérite des poëtes anglais est souvent dans l'expression de la nature, Voltaire, Lett. Saurin, 28 févr. 1764. Je ne sais ce qui arrivera des vers sans rime ; mais je ne désespère pas que, s'ils s'établissent jamais, l'usage ne commence par nos vers lyriques, par ceux qui sont faits pour être chantés, D'Alembert, Œuv. t. IV, p. 112. Quand la rime qu'on emploie est trop abondante, comme celle des mots en ant, on regarde comme une négligence la rime qui n'est que dans le son, et qui n'est pas dans la consonne, Marmontel, Œuv. t. X, p. 111. Boileau appelait rimes de bouts rimés, celle de Sphinx et de Syrinx, et la reprochait à Lamotte, Marmontel, ib. p. 120.

    Familièrement et par plaisanterie. Mettre en rimes, mettre en rime, mettre en vers. Vais-je d'un pape illustre [Innocent X], armé contre tes crimes [de l'équivoque], à tes yeux mettre ici toute la bulle en rimes ? Boileau, Sat. XI. Là des Turcs amoureux, soupirant des maximes, Débitent galamment Sénèque mis en rimes, Gilbert, le XVIIIe siècle.

    Rime pleine, ou, plus ordinairement, rime riche, celle où non seulement le son, mais l'articulation est la même, comme vertu et abbattu, étude et solitude.

    Rime suffisante, celle où le même son est suivi de la même articulation, comme plaisir et saphir, timide et rapide.

    Rime pauvre, celle qui n'est que dans le son, et non dans l'articulation, comme vertu et vaincu, jardin et destin.

    Fausse rime, celle qui n'est pas juste pour l'oreille, quoique admise par la coutume, comme vertus et Brutus.

    Rime féminine, rime qui se termine par un e muet. Les rimes féminines qui donnent une grâce singulière à notre poésie, Bouhours, Entret. d'Ariste et d'Eug. II.

    Rime masculine, celle qui ne se termine pas par un e muet. Quinault a grand soin de finir, autant qu'il le peut, ses couplets par des rimes masculines ; et c'est ce que recommandait le grand musicien Rameau à tous les poëtes qui composaient pour lui, Voltaire, Mél. litt. à l'abbé d'Olivet, sur la prosodie. La rime masculine est double, lorsque non-seulement la finale sonore, mais la pénultième, a le même son, comme attirer, respirer, Marmontel, Œuvr. t. X, p. 112. On dit mieux aujourd'hui rime superflue.

    Dictionnaire de rimes, dictionnaire où l'on trouve, à chaque finale rangée alphabétiquement, tous les mots qui se terminent par cette finale. Il [Richelet] est le premier auteur des dictionnaires de rimes, Voltaire, Louis XIV, Écrivains, Richelet.

  • 2Rime parlante, s'est dit de vers qui sur une même rime font un sens complet, comme dans ces vers : Bon génie, On envie Ton industrie, Merc. Galant, sept. 1682, t. II, p. 273.

    Rimes croisées, rimes masculines et féminines qui se succèdent alternativement.

    Rimes plates, rimes qui se suivent deux à deux, comme le Lutrin. Les poëmes d'aventures, dans le moyen âge, sont en vers de huit syllabes à rimes plates, à la différence des chansons de geste qui sont par couplets monorimes plus ou moins longs.

    Rimes mêlées, celles qui se succèdent sans aucun ordre, en observant seulement de faire alterner les masculines et les féminines.

    Rimes normandes, rimes dans lesquelles on fait rimer er fermé avec er ouvert, comme vanter et Jupiter, ainsi dites parce que les normands donnent à er ouvert le son de er fermé.

    Rimes annexées, concaténées, enchaînées, fraternisées, suite de vers dont chacun commençait par le dernier mot ou par la dernière syllabe du vers précédent.

    Rimes batelées, celles d'une pièce de vers dans laquelle on répétait, à la fin du premier hémistiche de chaque vers, le dernier son du vers précédent.

    Rime couronnée, celle qui se répétait deux fois à la fin de chaque vers.

  • 3 Fig. Il n'y a ni rime ni raison dans…, il n'y a pas de bon sens dans. Il avait observé que, de tout temps, en France la rime avait plus de crédit que la raison, Guez de Balzac, le Barbon. Il n'y a ni rime ni raison avec ces gens-ci [le parlement], Retz, III, 292. Remettons ce discours pour une autre saison ; Monsieur n'y trouverait ni rime ni raison, Molière, Femm. sav. IV, 3. Le paquet est venu fort doucement, nous ne savons pourquoi ; il n'y a ni rime ni raison à la conduite des postes, Sévigné, 10 avr. 1691. Je me porte très bien ; mais, pour mes mains, il n'y a ni rime ni raison, Sévigné, 22 mars 1676.

    On dit de même : cet homme, cette chose n'a ni rime, ni raison. Ceux qui n'ont ni rime ni raison, Sévigné, 240. Une petite évaporée dont les manières n'avaient ni rime ni raison, Hamilton, Gramm. 10.

    N'entendre ni rime ni raison, ne rien entendre, ne vouloir pas écouter, soit par sottise, soit par emportement. Je porte des livres ; je m'en vais, comme une furie, pour me faire payer ; je ne veux entendre ni rime ni raison : c'est une chose étrange que la quantité d'argent qu'on me doit, Sévigné, 3 mai 1680.

    S'il n'y a de la raison, il y a de la rime, se dit de méchants vers.

  • 4 Au plur. Vers. Les rimes légères et spirituelles de Voltaire. Et si, du son hardi de ses rimes cyniques, Il [Régnier] n'alarmait souvent les oreilles pudiques, Boileau, Art p. II.

    On le dit aussi au singulier en ce sens. Les officiers du roi Ne devraient exiger de moi Que de la rime et de la prose, Mainard, dans RICHELET.

HISTORIQUE

XIIIe s. Li sentiers de rime est plus estroiz et plus fors [que la prose], si comme cil qui est clos et fermez de murs et de paliz, ce est à dire de poinz et de numbre et de mesure certaine, de quoi on ne puet ne ne doit trespasser, Latini, Trésor, p. 481. À fere ce qui me delite [plaît], Une aventure à mettre en rime, Lai de l'ombre.

XVe s. Il n'y a rime ne raison En tout quant que vous rafardez, Pathelin. Le chevalier, qui entendoit ceste rime [les affaires d'amour] comme celuy qui y avoit esté versé, Perceforest, t. IV, f° 17. Lequel Guillaume respondi qu'ils ne cesseroient point et feroient la rime [le tapage] et tout le pertinent à chalivaly, Du Cange, rima. Rigme batelée, brisée, en chaînée, à double queue, rigme en forme de complainte amoureuse, Henri de Croy, dans Hist. litt. de la France, t. XXIV, p. 451. À la porte de mon logis et de ma chambre me firent plus de cent croix blanches et des rymes contenant que le roy de France et le conte de Varvic estoient tout ung, Commines, III, 6.

XVIe s. Petrarque aussi, le Romant de la rose, Sont les messels, breviaire et psautier, Qu'en ce saint temple on list, en rithme et prose ; Et les leçons, que chanter on y ose, Ce sont rondeaux, ballades, virelais, Mots à plaisir, rithmes et triolets, Marot, I, 184.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

RIME. Ajoutez :
5Rime en goret, voy. GORET au Supplément.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

RIME, s. f. (Poësie franç.) la rime, ainsi que les fiefs & les duels, doit son origine à la barbarie de nos ancêtres. Les peuples dont descendent les nations modernes & qui envahirent l’empire romain, avoient déja leurs poëtes, quoique barbares, lorsqu’ils s’établirent dans les Gaules & dans d’autres provinces de l’empire. Comme les langues dans lesquelles ces poëtes sans étude composoient n’étoient point assez cultivées pour être maniées suivant les regles du mètre, comme elles ne donnoient pas lieu à tenter de le faire, ils trouverent qu’il y auroit de la grace à terminer par le même son deux parties du discours qui fussent consécutives ou relatives & d’une égale étendue. Ce même son final, répété au bout d’un certain nombre de syllabes, faisoit une espece d’agrément, & il marquoit quelque cadence dans les vers. C’est apparemment de cette maniere que la rime s’est établie.

Dans les contrées envahies par les barbares, il s’est formé un nouveau peuple composé du mélange de ces nouveaux venus & des anciens habitans. Les usages de la nation dominante ont prévalu en plusieurs choses, & principalement dans la langue commune qui s’est formée de celle que parloient les nouveaux venus. Par exemple, la langue qui se forma dans les Gaules, où les anciens habitans parloient communément latin quand les Francs s’y vinrent établir, ne conserva que des mots dérivés du latin. La syntaxe de cette langue se forma très-différente de la syntaxe de la langue latine. En un mot, la langue naissante se vit asservie à rimer ses vers, & la rime passa même dans la langue latine, dont l’usage s’étoit conservé parmi un certain monde. De-là vient qu’au viij. siecle les vers léonins, qui sont des vers rimés comme nos vers françois, prirent faveur, & ne s’éclipserent qu’avec la barbarie au lever de cette lumiere, dont le crépuscule parut dans le xv. siecle.

On a trouvé la rime établie dans l’Asie & dans l’Amérique. Il y a dans Montagne une chanson en rimes américaines traduite en françois. On lit dans le spectateur la traduction angloise d’une ode laponne qui étoit rimée, mais la plûpart de ces peuples rimeurs sont barbares ; & les peuples rimeurs qui ne le sont plus, italiens, françois, anglois, espagnols & qui sont des nations polies, étoient des barbares & presque sans lettres lorsque leur poésie s’est formée. Les langues qu’ils parloient n’étoient pas susceptibles d’une poësie plus parfaite, lorsque ces peuples ont posé, pour ainsi dire, les premiers fondemens de leur poétique. Il est vrai que les nations européennes, dont je parle, sont devenues dans la suite savantes & lettrées ; mais comme leurs langues avoient déja ses usages établis & fortifiés par le tems, quand ces nations ont cultivé l’étude judicieuse de la langue greque & de la latine, elles ont bien poli & rectifié ces usages, mais elles n’ont pu les changer entierement.

Les Grecs & les Latins, quibus dedit ore rotundo musa loqui, formerent une langue, dont toutes les syllabes pouvoient, par leur longueur ou leur briéveté, exprimer les sentimens lents ou impétueux de l’ame. De cette variété de syllabes & d’intonations résultoit dans leurs vers, & même aussi dans leur prose, une harmonie qu’aucune nation n’a pu saisir après eux. Du mélange de leurs syllabes longues & brèves, suivant la proportion prescrite par l’art, résulte toujours une cadence, telle que l’espece dont sont leurs vers la demande.

L’agrément de la rime n’est pas à comparer avec l’agrément du nombre & de l’harmonie. Une syllabe terminée par un certain son n’est point une beauté par elle-même ; la beauté de la rime n’est qu’une beauté de rapport, qui consiste dans une conformité de désinances entre le dernier mot d’un vers & le dernier mot du vers réciproque. On n’entrevoit donc cette beauté qui passe si vîte qu’au bout de deux vers, & après avoir entendu le dernier mot du second vers qui rime au premier. On ne sent même l’agrément de la rime qu’au bout de trois & de quatre vers, lorsque les rimes masculines & féminines sont entrelacées, de maniere que la premiere & la quatrieme soient masculines, & la seconde & la troisieme féminines ; mélange fort en usage dans plusieurs especes de poésie.

Le rhithme & l’harmonie sont une lumiere qui luit toujours, & la rime n’est qu’un éclair qui disparoît après avoir jetté quelque lueur ; aussi la rime la plus riche ne fait-elle qu’un effet bien passager : c’est la regle de la poësie dont l’observation coute le plus, & qui jette le moins de beauté dans les vers ; pour une pensée heureuse que l’ardeur de rimer richement peut faire rencontrer par hasard, elle en fait certainement employer tous les jours cent autres dont on auroit dédaigné de se servir, sans la richesse ou la nouveauté de la rime que ces pensées amenent. A n’estimer le mérite des vers que par les difficultés qu’il faut surmonter pour les faire, il est moins difficile sans comparaison de rimer richement, que de composer des vers nombreux & remplis d’harmonie. Rien n’aide un poëte françois à vaincre cette derniere difficulté que son génie, son oreille & sa perséverance. Aucune méthode réduite en art ne vient à son secours. Les difficultés ne se présentent pas si souvent quand on ne veut que rimer richement ; & l’on s’aide encore pour les surmonter d’un dictionnaire de rimes, le livre favori des rimeurs séveres, & qu’ils ont tous, quoi qu’ils en disent, dans leur arriere-cabinet.

Mais enfin tel est l’état des choses, que la rime est absolument nécessaire à la poésie françoise ; il n’a pas été possible de changer sa premiere conformation, qui avoit son fondement dans la nature & le génie de notre langue. Toutes les tentatives que quelques poëtes savans ont faites pour la bannir, & pour introduire l’usage des vers mesurés à la maniere des Grecs & des Romains, n’ont pas eu le moindre succès. Corneille & Racine ont employé la rime ; & je crains que si nous voulions ouvrir une autre carriere, ce seroit plutôt dans l’impuissance de marcher dans la route de ces beaux génies, que par le desir raisonnable de la nouveauté. Les Italiens & les Anglois pourroient mieux que nous se passer de rimer, parce que leurs langues ont des inversions, & leur poésie mille libertés qui nous manquent. Chaque langue a son génie particulier ; celui de la nôtre est la clarté, la précision & la délicatesse. Nous ne permettons nulle licence à notre poésie, qui doit marcher comme notre prose dans l’ordre timide de nos idées. Nous avons donc un besoin essentiel du retour des mêmes sons, pour que notre poésie ne soit pas confondue avec la prose. Tout le monde connoît ces beaux vers de Racine :

Où me cacher ? Fuyons dans la nuit infernale !
Mais, que dis-je ? Mon pere y tient l’urne fatale :
Le sort, dit-on, l’a mise en ses severes mains ;
Minos juge aux enfers tous les pâles humains.

Mettez à leur place,

Où me cacher ? Fuyons dans la nuit infernale !
Mais, que dis-je ? Mon pere y tient l’urne funeste :
Le sort, dit-on, l’a mise en ses séveres mains ;
Minos juge aux enfers tous les pâles mortels.

Quelque poétique que soit ce morceau, dit M. de Voltaire, fera-t-il le même plaisir dépouillé de l’agrément de la rime ? Les Anglois & les Italiens diroient également comme les Grecs & les Romains, les pâles humains, Minos aux enfers juge, & enjamberoient avec grace sur l’autre vers ; la maniere même de réciter en italien & en anglois fait sentir des syllabes longues & brèves, qui soutiennent encore l’harmonie sans besoin de rimes. Nous qui n’avons aucun de ces avantages, pourquoi voudrions-nous abandonner les seuls que la nature de notre langue nous laisse ?

Je sai bien que la rime seule ne fait ni le mérite du poëte, ni le plaisir du lecteur. Ce ne sont point seulement les dactyles & les spondées qui plaisent dans Virgile & dans Homere. Ce qui enchante toute la terre, c’est l’harmonie qui naît de cette mesure difficile. Quiconque se borne à vaincre une difficulté pour le mérite seul de la vaincre, est un fou ; mais celui qui tire du fond de ces obstacles mêmes des beautés qui plaisent à tout le monde, est un homme fort sage & presque unique. Il est très-difficile de faire de beaux tableaux, de belles statues, de bonne musique, de bons vers, &c. Aussi les noms des hommes supérieurs qui ont vaincu ces obstacles dureront-ils peut-être beaucoup plus que les royaumes où ils sont nés ? M. de la Mothe nioit la nécessité de la rime dans notre langue & l’harmonie des vers ; M. de la Faye lui envoyant pour réponse des vers harmonieux, prit un bon parti ; il se conduisit comme le philosophe qui, pour répondre à un sophiste qui nioit le mouvement, se contenta de marcher en sa présence.

Il ne me reste plus que deux choses ; 1° à donner des principes généraux sur la rime ; 2° à indiquer les noms des rimes barbares imaginées par nos ayeux.

On n’admet point pour la rime une seule lettre, quoiqu’elle fasse une syllabe ; ainsi les mots joués & liés ne riment point ensemble. Il y a des mots qui finissant par différentes lettres, peuvent faire une bonne rime, lorsque ces lettres rendent le même son, comme dans les mots sang & flanc, nous & doux.

On a proscrit la rime du simple avec son composé, lorsque l’un & l’autre sont employés dans leur signification naturelle ; ainsi ordre & desordre ne riment pas ensemble, mais front & affront riment bien. Un mot peut rimer avec lui-même lorsqu’il y a deux sens différens ; ainsi pas passus rime avec pas, qui est une particule négative. Dans les pieces régulieres, on ne doit pas mettre de suite plus de deux rimes féminines. Les livres les plus communs vous apprendront le reste. Ainsi je passe à l’explication des noms de rimes inventées par nos anciens poëtes, la rime annexée, batelée, brisée, couronnée, empériere, enchaînée, équivoque, fraternisée, kirielle, retrograde, sénée, &c. & tout sera dit.

Rime annexée, cette rime dont on voit des exemples dans les premiers poëtes françois, consistoit à commencer un vers par la derniere syllabe du vers précédent ; exemple :

Dieu gard’ma maîtresse & régente,

Gente de corps & de façon ;
Son cœur tient le mien en sa tente,
Tant & plus d’un ardent frisson.

Rime bâtelée, c’est le nom qu’on donnoit autrefois au vers dont la fin rimoit avec le repos du vers suivant ; exemple :

Quand Neptune puissant dieu de la mer
Cessa d’armer Caraques & Galées.

Rime brisée, cette rime pratiquée autrefois, consistoit à construire des vers de façon que les repos des vers rimassent entr’eux, & qu’en les brisant ils fissent d’autres vers ; exemple :

De cœur parfait, chassez toute douleur ;
Soyez soigneux ; n’usez de nulle feinte ;
Sans vilain fait entretenez douceur ;
Vaillant & preux, abandonnez la feinte.

en brisant ces vers on lit :

De cœur parfait
Soyez soigneux ;
Sans vilain fait
Vaillant & preux ;
Chassez toute douleur,
N’usez de nulle feinte ;
Entretenez douceur,
Abandonnez la feinte.

Rime couronnée, la rime étoit couronnée, lorsqu’elle se présentoit deux fois à la fin de chaque vers ; exemple :

Ma blanche Colombelle, belle,
Souvent je vais priant, criant ;
Mais dessous la cordelle, d’elle,
Me jette un œil friand, riant.

Rime emperiere, c’étoit le nom de celle qui au bout du vers frappoit l’oreille jusqu’à trois fois :

Benins lecteurs, très-diligens, gens, gens,
Prenez en gré mes imparfaits, faits, faits.

Rime enchaînée, c’est celle qui consiste à reprendre le dernier mot du vers précédent, pour en former le premier du vers suivant. Ce goût barbare en Poésie passoit pour un art très-ingénieux. On peut juger du mérite de ce genre d’esprit, autrefois si fêté, par l’exemple suivant, tiré des bigarrures du sieur des Accords :

Pour dire au tems qui court,
Cour est un périlleux passage ;
Pas sage n’est qui va en cour ;
Cour est son bien & avantage ;
Rage est sa paix ; pleurs ses soulas ;
Las ! c’est un très-piteux ménage ;
Nage autre part pour tes ébats.

Cette rime est la même que la rime annexée ou fraternisée.

Rime équivoque. Nos anciens poëtes françois se servoient quelquefois d’une maniere de rime qu’on appelle rime équivoque, dans laquelle la derniere svllabe de chaque vers est reprise en une autre signification, au commencement ou à la fin du vers qui suit. Richelet en rapporte l’exemple suivant :

En m’ébattant je fais rondeaux en rime,
Et en rimant bien souvent je m’enrime ;
Bref, c’est pitié entre nous rimailleurs,
Car vous trouvez assez de rime ailleurs ;
Et quand vous plaît, mieux que moi rimassez,
Des biens avez, & de la rime assez, &c.

Marot est l’auteur de ces vers bisarres ; c’étoit-là une gentillesse du goût de son siecle. Nous avons de la peine à concevoir aujourd’hui quel sel on pouvoit trouver dans des productions si plates.

Rime fraternisée, cette rime qui a bien du rapport avec la rime annexée, si elle n’est la même chose, consistoit suivant nos anciens poëtes, à repéter en entier, ou en partie, le dernier mot d’un vers au commencement du vers suivant ; exemple :

Mets voiles au vent, cingle vers nous, Caron,
Car on t’attend, &c.

Rime kirielle, elle consiste à terminer chaque couplet d’un petit poëme par un même vers :

Qui voudra savoir la pratique
De cette rime juridique,
Saura que bien mise en effet,
La kirielle ainsi se fait
De plates, de syllabes huit ;
Usez-en donc si bien vous duit,
Pour faire le couplet parfait,
La kirielle ainsi se fait.

On voit bien que cet exemple se ressent de l’origine barbare de la kirielle ; mais nous ne manquons pas de couplets de chansons où elle est mise avec esprit.

Rime rétrograde, sous Charles VIII. & Louis XII. les poëtes avoient mis les rimes rétrogrades en vogue ; c’étoit le nom qu’on avoit donné aux vers, lorsqu’en les lisant à-rebours, on y trouvoit encore la mesure & la rime, comme dans ceux-ci ; exemple :

Triomphamment cherchez honneurs & prix,
Désolez, cœurs méchans, infortunés
Terriblement êtes mocquez & pris.

Lisez ces vers en remontant, vous trouverez les mêmes rimes.

Prix & honneurs cherchez triomphamment, &c.

Rime sénée, on nommoit ainsi les vers où tous les mots commençoient par la même lettre ; exemple :

Ardent amour, adorable Angélique.

Un poëme dont tous les vers commençoient par une même lettre, s’appelloit poëme en rimes sénées.

Rime féminine, les vers qui finissent par un mot dont la derniere syllabe a pour voyelle un e muet, excepté dans les imparfaits charmoient, aimoient ; ces vers, dis-je, ont une rime féminine, & on les appelle aussi vers féminins ; exemple :

Victoire Armes
Gloire Charmes

Dans la rime féminine, la ressemblance du son se tire de la pénultieme syllabe, parce que l’e muet ne se faisant point sentir, n’est compté pour rien. Dans le dernier hémistiche des vers de rime féminine, il y a toujours une syllabe de plus que dans les vers masculins, qui est la syllabe formée par cet e muet.

Rime masculine, c’est lorsque la derniere syllabe du dernier mot du vers ne comprend point un e muet, qu’on nomme autrement e féminin ; exemple :

Fierté Soupirs
Beauté Desirs

Dans cette sorte de rime, on ne considere que la derniere syllabe pour la ressemblance du son, & c’est cette syllabe qui fait la rime. Les mots qui ont un e ouvert rimeroient très-mal avec ceux qui ont un e fermé à la derniere syllabe ; ainsi enfer & étouffer seroient des rimes vicieuses : il faut, autant qu’il est possible, que les dernieres syllabes des deux vers qui riment, se ressemblent parfaitement ; cependant on use d’indulgence à cet égard quand le son de la derniere syllabe est plein, ou que les rimes sont rares.

Rime normande, on appelle ainsi des rimes qui ne ressemblent que dans le son, ou dans la maniere de les écrire. Ces rimes quoiqu’autorisées par l’emploi qu’en ont fait des poëtes célebres, paroissent toutefois très-vicieuses ; exemple :

Et quand avec transport je pense m’approcher,
De tout ce que les dieux m’ont laissé de plus cher.

Rime redoublée, Chapelle (Claude l’Huillier), eleve du célebre Gassendi, inspira le goût des rimes redoublées à l’abbé de Chaulieu, à ce qu’il nous dit lui-même :

Chapelle au milieu d’eux, ce maître qui m’apprit
Au son harmonieux de rimes redoublées,

L’art de charmer l’oreille & d’amuser l’esprit,
Par la diversité de cent nobles idées.

Ces vers ont fait croire à bien des gens que Chapelle est le premier qui s’est servi des rimes redoublées : mais c’est une erreur ; d’Assoucy les employa long-tems avant lui, & même avec quelque succès, comme M. de Voltaire l’a remarqué.

Pourquoi donc, sexe au teint de rose,
Quand la charité vous impose
La loi d’aimer votre prochain,
Pouvez vous me haïr sans cause,
Moi qui ne vous fis jamais rien ?
Ah ! pour mon bonheur je vois bien,
Qu’il faut vous faire quelque chose.

(D. J.)

Rime riche, terme de Poésie pour marquer le degré de perfection dans cette partie du vers.

La rime féminine est riche, lorsqu’immédiatement devant la pénultieme voyelle ou diphtongue, il y a une même lettre dans les deux qui font la rime ; exemple :

Victoire Rebelle
Histoire Isabelle

La rime masculine est riche, lorsqu’immédiatement devant la derniere voyelle ou diphtongue, il se trouve quelque lettre semblable dans les deux mots, comme dans heureux, généreux.

Rime suffisante, la rime féminine est suffisante, lorsque la pénultieme voyelle ou diphtongue avec tout ce qui la suit, rendent un même son dans les mots qui ont la rime : Exemple,

Belle, Victoire,
Infidelle. Gloire.

La rime masculine est pareillement suffisante, lorsque la derniere voyelle ou diphtongue des mots avec tout ce qui la suit, rendent un même son : Exemple,

Espoir, Heureux,
Devoir. Honteux.

Rimes croisées, c’est lorsqu’on entrelace les vers des deux especes, un masculin après un féminin, ou deux masculins de même rime entre deux féminins qui riment ensemble. L’ode, le rondeau, le sonnet, la balade, se composent à rimes croisées.

Rimes mélées, c’est lorsque dans le mélange des vers, on ne garde d’autres regles que celle de ne pas mettre de suite plus de deux vers masculins, ou plus de deux féminins. Les fables, les madrigaux, les chansons, quelques idilles, certaines pieces de théâtre, les opéra, les cantates, &c. sont composés de rimes mélées. La répétition de la même consonnance, loin d’être vicieuse dans les rimes mélées, y jette pour l’ordinaire de l’agrément.

Rimes plates, c’est lorsque les vers de même rimes se suivent par couples, deux masculins & deux féminins. La comédie, l’églogue & l’élégie, se composent à rimes plates. Pour le poëme épique & la tragédie, ils sont nécessairement assujettis à cette ordonnance de vers. Il faut avoir soin d’éviter la fréquente répétition des mêmes rimes, qui feroient une monotonie desagréable.

Rimes unissonnes, rimes qui ont le même son. L’orthographe différente ne rend point la rime défectueuse, quand le son est le même à la fin des mots. Ainsi les rimes suivantes & autres semblables, sont régulieres. Amant, moment ; départ, hasard ; champêtre, connoître ; sang, flanc ; aime, extrême.

Tout conspire à la fois à troubler mon repos,
Et je me plains ici du moindre de mes maux.

Au reste M. l’abbé Massieu prétend que le plus ancien morceau de poésie rimé qu’il y ait dans toute l’Europe, est la traduction ou le poëme de la grace, composé par Afrid, religieux de Vissembourg, qui vivoit vers le milieu du neuvieme siecle ; c’est du franc tout pur, auquel nous n’entendons plus rien. (D. J.)

Rime, on sousentend longue, (Marine.) commandement à l’équipage d’une chaloupe, de prendre beaucoup d’eau avec les pelles de rames, & de tirer longuement dessus ces rames.

Rime bonne, ou Bonne rime, (Marine.) commandement aux matelots du dernier banc d’une chaloupe, de voguer ou de ramer comme il faut.

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Étymologie de « rime »

Prov. rim, s. m. rima, rime, poëme, anc. cat. rim ; espagn. portug. et ital. rima. On hésite entre le latin rhythmus, rhythme, et l'ancien haut-allemand rim, nombre ; allem. mod. Reim, rime (le mot se trouve aussi dans le celtique : ancirl. rîm ; kymri, rhif). Diez se prononce pour l'étymologie allemande, vu que rhythmus ne peut donner en italien rima ; il aurait donné rimmo ou remmo, tandis que toutes les formes romanes sortent sans peine du germanique ou celtique rîm.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

(Date à préciser) Étymologie incertaine. En occitan rim, rima (« rime, poème »), en espagnol et en italien rima. En ancien haut-allemand rim (« nombre ») ; allemand moderne Reim, peut-être du latin rythmus (le mot se trouve aussi dans le celtique rîm ; kymri, rhif).
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Phonétique du mot « rime »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
rime rim

Citations contenant le mot « rime »

  • La rime est une esclave et ne doit qu'obéir. Nicolas Boileau dit Boileau-Despréaux, L'Art poétique
  • Quelque sujet qu'on traite, ou plaisant, ou sublime, Que toujours le bon sens s'accorde avec la rime. Nicolas Boileau dit Boileau-Despréaux, L'Art poétique
  • Maudit soit le premier dont la verve insensée Dans les bornes d'un vers renferma sa pensée, Et, donnant à ses mots une étroite prison, Voulut avec la rime enchaîner la raison. Nicolas Boileau dit Boileau-Despréaux, Satires
  • Dans les combats d'esprit savant maître d'escrime, Enseigne-moi, Molière, où tu trouves la rime. Nicolas Boileau dit Boileau-Despréaux, Satires
  • […] La rime, oiseau qu'on prenait D'un grain de sel sur la queue. Germain Nouveau, Premiers Vers, Retour , Gallimard
  • Ô qui dira les torts de la Rime ! Quel enfant sourd ou quel nègre fou Nous a forgé ce bijou d'un sou Qui sonne creux et faux sous la lime ? Paul Verlaine, Jadis et naguère, Art poétique , Messein
  • Contemplation rime avec compréhension. De Nicolas Hulot / L’Express magazine - 14 Août 2003
  • O ! Qui dira les torts de la rime. De Paul Verlaine
  • J'ai horreur de la rime. Surtout en prose. De Jules Renard
  • La rime suit l'idée et parfois la précède. De Tristan Bernard
  • L’inspiration ne rime pas forcément avec la transpiration. De Bertrand Lavier / Les Inrocks - 12 Juin 2002
  • La rime est une esclave et ne doit qu'obéir. De Nicolas Boileau
  • Je préférerai toujours les choses aux mots, et la pensée à la rime. De Voltaire / Lettres philosophiques
  • La rime est un jupon, et je m'amuse à la suivre. De Jean Richepin
  • L'amour rime avec toujours... tant qu'il dure. De Carmen Posadas / Petites infamies
  • Rien ne rime, mais tout dépend de l'esprit dans lequel on l'accomplit. De Camara Laye / L'Enfant noir
  • Rimer ne rime à rien si on ôte à la rime ce qui l'anime. Ce qu'il faut, c'est un sentiment qui y mette du mouvement. De Nicolas Certenais
  • La vie est lunatique et se plaît à mener les événements comme une fantaisie, sans rime ni raison. De Roland Dorgelès
  • Rimez, rimez, il en restera toujours quelque prose. De Patrick Coppens
  • Les rimes ? Elles sont dans les vers, non à leur terme. De Cyprian Norwid
  • Lagardère plonge en Bourse, fin de confinement ne rime pas forcément avec redémarrage de l’activité | investir.fr Investir, Lagardère plonge en Bourse, fin de confinement ne rime pas forcément avec redémarrage de l’activité, Actualité des sociétés - Investir-Les Echos Bourse

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Traductions du mot « rime »

Langue Traduction
Anglais rhyme
Espagnol rima
Italien rima
Allemand reim
Chinois
Arabe قافية
Portugais rima
Russe рифма
Japonais
Basque errima
Corse rima
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Synonymes de « rime »

Source : synonymes de rime sur lebonsynonyme.fr
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