La langue française

Prosodie

Définitions du mot « prosodie »

Trésor de la Langue Française informatisé

PROSODIE, subst. fém.

A. − Vx. Prononciation correcte et régulière des mots selon l'accent et la quantité des syllabes. La prosodie française est moins marquée que celle des autres langues (Ac.1835-1935).Par le mot Prosodie on entend la manière de prononcer régulièrement dans les mots chaque syllabe prise à part et considérée en elle-même (Banville, Pt traité poés. fr., 1881, p.43).
B. − MÉTR. Ensemble des règles de versification qui concernent la quantité des voyelles, les faits accentuels et mélodiques, surtout en grec et en latin (d'apr. Mounin 1974). Fautes de prosodie, les règles de la prosodie classique. Notre prosodie fourmille encore de petites règles absurdes provenant presque toutes de cette idée fausse qu'il faut aussi rimer pour les yeux (Lemaitre, Contemp., 1885, p.87).Commodien, Prudence et Fortunat qui naquirent tous trois en des jours ténébreux où l'on ne savait plus ni la prosodie ni la grammaire (A. France, Île ping., 1908, p.166):
. Distinguer dans les vers le fond et la forme; un sujet et un développement; le son et le sens; considérer la rythmique, la métrique et la prosodie comme naturellement et facilement séparables de l'expression verbale même, des mots eux-mêmes et de la syntaxe; voilà autant de symptômes de non-compréhension ou d'insensibilité en matière poétique. Valéry, Variété III, 1936, p.50.
P. méton. Ouvrage dans lequel ces règles sont exposées et appliquées. Amidei prenait une prosodie et à grand'peine écrivait un méchant sonnet (Péladan, Vice supr., 1884, p.21).
C. − LINGUISTIQUE
1. ,,Étude de phénomènes variés étrangers à la double articulation mais inséparables du discours, comme la mélodie, l'intensité, la durée, etc.`` (Mounin 1974). Traditionnellement, on limite la prosodie à l'étude de trois éléments tels que l'accent dynamique (...), l'accent d'intonation (...) et la durée (Ling.1972).
2. [Pour certains linguistes amér. ou de l'école angl.] Segmentation de la chaîne parlée selon des traits relevant habituellement de la phonématique mais qui affectent des unités plus étendues que le son minimal (d'apr. Mounin 1974).
D. − MUS. [Dans le chant, la déclamation musicale, les récitatifs] Ensemble des règles concernant les rapports de quantité, d'intensité, d'accentuation entre la musique et les paroles. En même temps que la version allemande [de Salomé], Strauss en écrivait la version française. Sa correspondance avec Romain Rolland publiée montre son souci scrupuleux de résoudre les problèmes de prosodie que lui pose l'accentuation du texte français (Dumesnil, Hist. théâtre lyr., 1953, p.170).Sorte de chant improvisé qui se soucie peu de la prosodie (Menon, Lecotté, Vill. Fr., 2, 1954, p.20).
Prononc. et Orth.: [pʀ ɔzɔdi]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1572 gramm. «prononciation régulière des mots conformément à l'accent et à la quantité» (Ramus, Gramm. fr., p.4); 1573 «traité de ces règles» (J. de La Taille, Man. de faire des vers en franç., fo4 ro, éd. 1573 ds Gdf. Compl.); av. 1593 mus. (Amyot, Musique, 3 ds Hug.). Empr. au lat. prosodia «accent tonique ou mélodique», du gr. π ρ ο σ ω δ ι ́ α «chant pour accompagner la lyre», «variation dans le niveau de la voix» notamment «prononciation d'une syllabe accentuée» «plus généralement incluant les autres différences normalement non écrites de prononciation, comme quantité et respiration» «signe donnant des indications de prononciation», dér. de π ρ ο σ ω δ ο ́ ς «que l'on chante avec accompagnement d'un instrument», fig. «qui s'accorde avec», de π ρ ο ́ ς «à côté de» et α ́ δ ω «chanter». Au sens 1 l'angl. prosody est att. dep. ca 1450 ds NED: prosodye. Fréq. abs. littér.: 82.
DÉR. 1.
Prosodier, verbe trans.Marquer la prosodie, respecter les accents, la durée des syllabes, les règles de la prosodie musicale. La traduction allemande de mon Faust était (...) prosodiée de telle sorte qu'il n'y avait pas moyen de la chanter (Berlioz, Souv. voy., 1869, p.238).J'ai envie de rire, à présent, en entendant le Méphistophélès qui détaille les couplets de la puce si burlesquement prosodiés que Berlioz a dû le faire exprès (Colette, Cl. Paris, 1901, p.122). [pʀ ɔzɔdje], (il) prosodie [pʀ ɔzɔdi]. 1resattest. a) 1805 (U. Domergue, Manuel des étrangers amateurs de la lang. françoise, p.392: celle des deux pages qui est prosodiée joint à l'avantage d'universaliser la prononciation de Paris, celui d'accoutumer l'oeil et la main à l'orthographe de la raison), b) 1842 (Ac. Compl.: Prosodier. [musique] Observer avec soin les longues et les brèves); de prosodie, dés. -er.
2.
Prosodiste, subst.,rare. Spécialiste de la prosodie (supra B). Ce sont là les mystères de l'art; mais vous les connaissiez comme poëte avant de les expliquer comme prosodiste (Hugo, Corresp., 1843, p.597).Un pauvre diable de prosodiste latinisant, un chevalier sans gloire du dactyle et du spondée (L. Febvre, Sur Rabelais, [1931] ds Combats, 1953, p.252). [pʀ ɔzɔdist]. 1reattest. 1843 (Hugo, loc. cit.); de prosodie, suff. -iste*. L'angl. prosodist de même sens est att. dep. 1779-81 ds NED.
BBG.Fonagy (I.), Fonagy (J.). Prosodie prof. et chang. prosodiques. Fr. mod. 1976, t.44, pp.193-228. _ Jaffré (J.). Prosodie et signif. Lang. fr. 1974, no23, pp.119-127. _ Khomsi (A.). Prosodie et synt. Trav. du Lab. de Phonét. de Tours. 1977, t.3, pp.39-54 ; Struct. prosodique et lang. BREF. 1975, no2, pp.31-43. _ Konopczynski (G.). Le Statut de la prosodie... In: [Mél. Faure (G.)]. Probl. de prosodie. 1. Ottawa, 1980, pp.49-59. _ Kukenheim (L.). Rôle de la prosodie ds l'hist. de la lang. fr. In: [Mél. Boutière (J.)]. Liège, 1971, t.1, pp.317-331. _ Univ. des lang. et des lettres. Grenoble. Rech. sur la prosodie du fr. Grenoble, 1979, 210 p._ Wimmer (Ch.). La Prosodie et le syst. de la lang. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1975, t.13, no1, pp.277-298. _Zwanenburg (W.). Rech. sur la prosodie de la phrase fr. Leiden, 1965, 135 p.

Wiktionnaire

Nom commun

prosodie \pʁɔ.zɔ.di\ féminin

  1. (Vieilli) Prononciation régulière des mots conformément à l’accent et à la quantité.
    • C'est qu'on n'a jamais voulu admettre dans les livres des vers composés sans souci de la rime, de la prosodie et de la syntaxe. — (Gérard de Nerval, Les Filles du feu, Chansons et légendes du Valois, 1854)
    • On crie et on chante. Le boulangisme engendre toute une littérature de chansons - souvent d'une prosodie peu heureuse. — (Alexandre Zévaès, Histoire de la Troisième République 1870 à 1926, Éditions Georges-Anquetil, 1926, p.299)
  2. (Linguistique) Aspects non purement verbaux d’une langue (variations d’intensité et de débit, variations de hauteur (ton et intonation), variations de durée (accentuation et rythme).
    • Un bébé de 3 mois ne maîtrise pas le langage, mais il a déjà une très jolie prosodie communicationnelle : on sait s’il a faim, s’il est fatigué ou s’il fait une crise d’autorité. — (Véronique Aubergé interrogée par Laure Cailloce, Comment les humains s’attachent aux robots, CNRS le journal le 16 janvier 2017)
    • Les signes sont nombreux : retard de communication et de langage devenant patent vers 18-30 mois, prosodie particulière, centrage d’intérêt de plus en plus exclusif sur les écrans, difficulté de contact avec les autres enfants, conduites d’allure agressive, agitation et instabilité d’attention, manque d’intérêt pour les jeux habituels… — (Pascale Santi, « L’exposition précoce aux écrans est un nouveau trouble neuro-développemental », Le Monde. Mis en ligne le 30 avril 2018)
  3. (Versification) Connaissance des règles de la quantité en grec et en latin et, plus généralement, des règles de la versification en toutes langues.
    • […], Hilperik avait pris quelques uns des goûts de la civilisation romaine. Il […] avait la prétention d’être grammairien, théologien et poète. Ses vers latins, où les règles du mètre et de la prosodie étaient rarement observées, trouvaient des admirateurs parmi les nobles gaulois qui applaudissaient en tremblant, […]. — (Augustin Thierry, Récits des temps mérovingiens, 1er récit : Les quatre fils de Chlother Ier — Leur caractère — Leurs mariages — Histoire de Galeswinthe (561-568), 1833–1837)

Forme de verbe

prosodie \pʁɔ.zɔ.di\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent du verbe prosodier.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent du verbe prosodier.
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent du verbe prosodier.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent du verbe prosodier.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif du verbe prosodier.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PROSODIE. n. f.
T. de Grammaire. Prononciation régulière des mots conformément à l'accent et à la quantité. Les règles de la prosodie. Observer la prosodie. Faire une faute contre la prosodie, une faute de prosodie. La prosodie française est moins marquée que celle de plusieurs autres langues. Il se dit aussi de la Connaissance des règles de la quantité en grec et en latin et, plus généralement, des Règles de la versification en toutes langues. Traité de prosodie. Elliptiquement, Une prosodie.

Littré (1872-1877)

PROSODIE (pro-zo-die) s. f.
  • 1 Terme de grammaire. Prononciation régulière des mots conformément à l'accent. On lit plus lentement qu'on ne parle ; ainsi la prosodie doit être plus marquée dans la lecture et bien plus encore au barreau, dans la chaire, sur le théâtre, D'Olivet, Prosod. franç. 5. Puisque nous avons certainement une prosodie, on parviendra tôt ou tard à la bien connaître, D'Olivet, ib. IV. On s'aperçoit facilement des fautes contre la prosodie dans une chanson mal parodiée sur un air connu, D'Alembert, Éloges, Régn. Desmarais note 7.

    Quelquefois prosodie se dit de la longueur ou brièveté des syllabes. La différence peut-être la plus marquée entre la prosodie de la langue française et celle des langue grecque et latine, différence que l'abbé d'Olivet paraît n'avoir pas assez connue, c'est la quantité de syllabes communes que renferme la première, D'Alembert, Éloges d'Olivet, note 7.

  • 2Dans les colléges, connaissance des règles de la quantité en grec et en latin, des syllabes qui sont longues ou brèves ; de la mesure des différents vers. Cet enfant sait bien la prosodie latine.

    Livre qui traite de cette science. Traité de prosodie. Acheter une Prosodie. Les anciens dans ce sens auraient dit plutôt Traité de métrique.

HISTORIQUE

XVIe s. La prosodie et l'orthographe sont repandues dans toute la grammaire, comme le sang et les esprits dans le corps tout entier, Ramus, dans LIVET, Gramm. franç. p. 181.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

PROSODIE, s. f. (Gramm.) « Par ce mot prosodie, on entend la maniere de prononcer chaque syllabe régulierement, c’est-à-dire, suivant ce qu’exige chaque syllabe prise à-part, & considerée dans ses trois propriétés, qui sont l’accent, l’aspiration, & la quantité ». Pros. franç. art. 1. §. 1.

J’ai actuellement sous les yeux un exemplaire de l’ouvrage où parle ainsi M. l’abbé d’Olivet ; & cet exemplaire est apostillé de la main de M. Duclos, l’homme de lettres le plus poli & le plus communicatif. Il observe qu’il falloit dire chaque syllabe d’un mot, parce que chaque syllabe prise à-part & détachée des mots, n’a ni accent, ni quantité. Rien de plus sage que cette remarque : peut-on dire en effet que le son a, par exemple, soit long ou bref, grave ou aigu, en soi, & indépendamment d’une destination déterminée ? C’est tout simplement un son qui suppose une certaine ouverture de la bouche, & naturellement susceptible de telle modification prosodique que les besoins de l’organe, ou les différens usages pourront exiger dans les diverses occasions : ainsi, selon la remarque de M. d’Olivet lui-même, a est long, quand il se prend pour la premiere lettre de l’alphabet ; un petit ā, une panse d’ā : quand il est préposition, il est bref ; je suis ă Paris, j’écris ă Rome, j’ai donné ă Paul. M. Duclos remarque de son côté que dans le premier cas a est grave, & qu’il est aigu dans le second. Cette diversité de modification, selon les occurrences, est une preuve assurée que ce son n’en a aucune qui lui soit propre.

S’il étoit permis de proposer quelques doutes après la décision de ces deux illustres académiciens, je demanderois si l’aspiration est bien effectivement du ressort de la prosodie : cette question n’est pas sans fondement. J’ai prouvé, article H, que l’aspiration n’est que la maniere particuliere de prononcer les sons avec explosion ; qu’en conséquence elle est une véritable articulation, comme toutes les autres, qui s’operent par le mouvement subit & instantané des lèvres ou de la langue ; & qu’enfin la lettre h, qui est le signe de l’aspiration, doit être mise au rang des consonnes, comme les lettres qui représentent les articulations labiales & les articulations linguales. Il doit donc y avoir une raison égale, ou pour soumettre au domaine de la prosodie toutes les autres articulations aussi-bien que l’aspiration, ou pour en soustraire l’articulation aspirante aussi-bien que les linguales & les labiales.

« Chaque syllabe, dit M. l’abbé d’Olivet (ibid.), est prononcée avec douceur ou avec rudesse, sans que cette douceur ni cette rudesse ait rapport à l’élévation ni à l’abaissement de la voix ». Il regarde cette douceur & cette rudesse comme variétés prosodiques, propres à nous garantir de l’ennuyeux fléau de la monotonie, & conséquemment comme appartenant autant à la prosodie que les accens & la quantité, qui sont destinés à la même fin.

Que toute syllabe soit prononcée avec douceur ou avec rudesse, c’est un fait ; mais que veut-on dire par-là ? C’est-à-dire que tout son est produit ou avec l’explosion aspirante ou sans cette explosion. Mais ne peut-on pas dire de même que tout son est produit avec telle ou telle explosion labiale ou linguale, ou sans cette explosion ? N’est-il pas également vrai que les différentes articulations sont autant de variétés propres à nous épargner le dégoût inséparable de la monotonie ? Et ira-t-on conclure pour cela que l’usage, le choix, & la prononciation des consonnes est une affaire de prosodie ?

A quoi se réduit après tout ce que l’on charge la prosodie de nous apprendre au sujet de l’aspiration ? A nous faire connoître les mots où la lettre h, qui en est le signe, doit être prononcée ou muette. Eh ! n’avons-nous pas plusieurs autres consonnes qui sont quelquefois prononcées & quelquefois muettes ? Voyez Muet.

Il me semble que je puis croire que M. Duclos est à-peu-près de même avis, & qu’il ne regarde pas l’aspiration comme faisant partie de l’objet de la prosodie. Dans la remarque que j’ai rapportée de lui sur la définition de ce mot par M. d’Olivet, il donne pour raison de la correction qu’il y fait, que chaque syllabe prise à-part n’a ni accent ni quantité ; & il ne fait aucune mention de l’aspiration : d’ailleurs il admet la lettre h, qui la représente, au rang des consonnes, comme on peut le voir dans ses Remarques sur le ij. chap. de la 1. partie de la Grammaire genérale.

J’ai ouvert bien des livres qui traitent de la prosodie des Grecs & des Latins ; prosodie, quelque étendue que l’on donne à ce mot, beaucoup plus marquée que la nôtre ; & j’ai vu que les uns ne font point entrer dans leur système prosodique ce qui concerne l’accent, que les autres ajoutent à la quantité de chaque syllabe des mots, les notions des différens piés qui peuvent en résulter, & la théorie du méchanisme des vers métriques, ou déterminés par le nombre & le choix des piés. J’ai compris par-là que ce n’étoit peut-être que faute de s’en être avisé, que quelque autre auteur n’avoit pas étendu les fonctions de la prosodie jusqu’à fixer les principes méchaniques de ce que l’on appelle nombre ou rythme dans le style oratoire. J’en ai conclu que la véritable notion de ce que l’on doit entendre par le terme de prosodie n’est pas encore trop décidée, & qu’il est encore tems de donner à ce mot une signification qui s’accorde avec l’étymologie.

Ce mot est purement grec, προσῳδία, dont les racines sont πρὸς, ad, & ᾠδὴ, cantus : πρὸς ᾠδὴν, ad cantum ; & de-là προσῳδία, institutio ad cantum. Le mot accent, en latin accentus, a une origine toute semblable, ad & cantus ; le d final de ad y est changé en c par une sorte d’attraction. Mais je ferois différemment la construction des racines élémentaires dans ces deux mots composés : je dirois que πρὸς ᾠδὴν, ad cantum, est la construction des racines du mot composé προσῳδία, à cause du mot sous-entendu παιδεία ou ἀγωγὴ, institutio ; mais que cantus ad est la construction des racines du mot accentus, que l’on doit expliquer par cantus ad vocem (chant ajouté à la voix). Cette premiere observation indique que l’accent est du ressort de la prosodie, puisque c’est une espece de chant ajouté aux sons, & que la prosodie est l’art de regler ce chant de la voix.

Au reste les mots ᾠδὴ, cantus, chant, sont employés par catachrese ou extension, parce qu’il ne s’agit pas ici des modifications de la voix qui constituent proprement le chant, mais seulement des agrémens de prononciation qui rapprochent la voix parlante de la voix chantante, en lui donnant une sorte de mélodie par des tons variés, des tenues précises, & des repos mesurés.

L’origine du mot ainsi devéloppée, semble borner les vûes de la prosodie sur les accents & la quantité des syllabes : & Vossius la définit dans sa petite grammaire à l’usage des écoles de Hollande & de West-Frise, page 281 : pars grammaticæ quæ accentus & quantitatem syllabarum docet. Mais sous le titre de prosodie, il enseigne lui-même l’art métrique, qui consiste dans la connoissance des différens piés, & des diverses sortes de vers qui en sont composés : & je crois qu’il a raison. La Musique qui, selon M. l’abbé d’Olivet, page 9. n’est, à proprement parler, qu’une extension de la prosodie, n’est pas bornée à enseigner les différens tons, & leur quantité caractérisée par les rondes, les blanches, les noires, les croches, les doubles-croches, &c. Elle enseigne encore les diverses mesures qui peuvent regler le chant, les propriétés des différentes pieces de musique qui peuvent en résulter, &c. & voilà la modele qui doit achever de fixer l’objet de la prosodie.

Disons donc que c’est l’art d’adapter la modulation propre de la langue que l’on parle, aux différens sens qu’on y exprime. Ainsi elle comprend non seulement tout ce qui concerne le matériel des accens & de la quantité, mais encore celui des piés & de leurs différens mélanges, celui des mesures que les repos de la voix doivent marquer, &, ce qui est bien plus précieux, l’usage qu’il faut en faire selon l’occurrence, pour établir une juste harmonie entre les signes & les choses signifiées. Par-là on réunira des théories éparses, qui ont pourtant un lien commun, & que la réunion rendra plus utiles. Par-là ceux qui écriront sur la prosodie auront la liberté d’écrire en même tems sur l’art métrique, quand il s’agira des langues dont le génie s’est prêté à cette sorte de mélodie : ils pourront s’étendre aussi sur le rythme de la prose, & en détailler les motifs, les moyens, les regles, les écarts, les usages, ainsi que l’a fait Cicéron pour le latin dans son Orateur, & comme M. l’abbé d’Olivet l’a lui-même entrepris par rapport à notre langue.

On ne doit pas s’attendre que j’entre ici dans les détails de cet art séducteur, qui est effectivement l’art de verser le plaisir dans l’ame de ceux qui écoutent, pour en faciliter l’entrée à la vérité même, dont la parole est, pour ainsi dire, le ministre. Cet art existe sans doute par rapport à notre langue, puisque nous en admirons les effets dans un nombre de grands écrivains, dont la lecture nous fait toujours un nouveau plaisir : mais les principes n’en sont pas encore rédigés en système, il n’y en a que quelques-uns épars çà & là ; & c’est peut-être une affaire de génie de les mettre en corps. Ce qu’en a écrit M. l’abbé d’Olivet, tout excellent qu’il est en soi & qu’il paroît aux yeux de tous les connoisseurs, n’est à ceux de l’auteur qu’un foible essai. « Pour l’achever, dit-il à la fin de son Traité, il faut un grammairien, un orateur, un poëte, un musicien ; & j’ajoute un géometre : car tout ce qui demande arrangement & combinaison de principes, a besoin de sa méthode ». Voyez Accent, Quantité, Pied, Vers, Mesure, Nombre, Rythme, &c.

Prosodies, s. f. (Hist. anc.) especes d’hymnes ou de cantiques en l’honneur des dieux, & en usage chez les anciens grecs qui les appelloient προσοδια ou προσῳδία. C’étoient des chants en l’honneur de quelque divinité, vers l’autel ou la statue de laquelle on s’avançoit en procession. Ces cantiques, selon Pollux, s’adressoient à Apollon & à Diane conjointement. On en attribue l’invention à Cloas poëte, musicien de Thegée en Arcadie, dont parle Plutarque dans son traité de la Musique.

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Étymologie de « prosodie »

Du latin prosōdia, lui-même du grec ancien προσῳδία (« chant accompagné d'un instrument »).
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Lat. prosodia, de προσῳδία, de πρὸς, à, vers, et ᾠδὴ, chant (voy. ODE). Le mot grec signifie primitivement le chant dont on accompagne un instrument, puis la cadence des vers, et, spécialement, l'accent du mot ; enfin la quantité longue ou brève des syllabes, qui déterminent la justesse des vers.

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Phonétique du mot « prosodie »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
prosodie prɔzɔdi

Citations contenant le mot « prosodie »

  • Les exigences d'une stricte prosodie sont l'artifice qui confère au langage naturel les qualités d'une matière résistante, étrangère à notre âme, et comme sourde à nos désirs. De Paul Valéry
  • Il avait une prosodie propre, proche de celle de sa mère, voix murmurée qui allait vers l’intériorité.  France Culture, Valérie Zenatti : "L’hébreu, c’est une langue qui me permet de penser" - Ép. 7/11 - La Nuit rêvée de Valérie Zenatti
  • La prosodie du poète florentin héritée des troubadours et du « doux style nouveau » de son mentor, Guido Cavalcanti (1258-1300), que Danièle Robert a également traduit (Vagabonde, 2012), a constitué en son temps un geste novateur. Il convenait, dit-elle au Monde, de le faire passer dans le langage spécifique des avant-gardes poétiques de chaque siècle. Si le vers libre a caractérisé le XXe, celui de Jacqueline Risset, le retour à la rime s’imposerait, selon elle, pour le suivant. Le Monde.fr, Dante : toute la poésie de « Paradis »
  • L'occasion rare d'entendre une articulation modèle (ou au moins modelée) desservir la prosodie est aussi l'occasion de voir toutes les intentions d'un texte même sans entendre ses paroles. Des intentions que Barbara Hannigan rend à la fois par le jeu d'actrice (même en récital), l'intensité de la direction et le lyrisme vocal. Barbara Hannigan met l'intensité de sa battue au service de son chant et réciproquement. Elle (en)chante et dirige en même temps verbe et son, rendant à la fois les intentions et l'expressivité de la musique de Britten et de la poésie de Rimbaud.  Olyrix.com, Les Illuminations de Barbara Hannigan, le temps retrouvé à Radio France - Actualités - Ôlyrix
  • Il y a toujours comme une forme d’incompatibilité entre le Rock et la langue française, une prosodie et une rythmique des mots qui s’entrechoquent avec une disharmonie. Si l’on poussait le trait encore plus loin, on pourrait dire la même chose du Rap qui se vautre souvent par chez nous dans la variété. Car le Rock est un langage de l’immédiat et de l’instantané, de l’efficacité et du produit de consommation. Bien sûr, il y eu quelques éclaireurs, Serge Gainsbourg, Léo Ferré qui sans être Rock trituraient le chant pour construire un vocabulaire nouveau. Bien sûr, il y eu Manset et Bashung, Marc Seberg et Philippe Pascal. Benzine Magazine, Rodolphe Burger - Environs : entre hermétisme brumeux et ligne claire - Benzine Magazine

Traductions du mot « prosodie »

Langue Traduction
Anglais prosody
Espagnol prosodia
Italien prosodia
Allemand prosodie
Chinois 韵律
Arabe علم العروض
Portugais prosódia
Russe просодия
Japonais 韻律
Basque prosodia
Corse prosodia
Source : Google Translate API

Synonymes de « prosodie »

Source : synonymes de prosodie sur lebonsynonyme.fr

Prosodie

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