La langue française

Accueil > Dictionnaire > Définitions du mot « pica »

Pica

Définitions de « pica »

Trésor de la Langue Française informatisé

PICA1, subst. masc.

PATHOL. ,,Perversion de l'appétit caractérisée par une tendance à manger des substances impropres à la nutrition`` (Méd. Biol. t.3 1972). Il y a une maladie qui afflige particulièrement les femmes enceintes: c'est le pica; lorsqu'elles en sont affectées, (...) il n'est pas rare de les voir manger les substances les plus dégoûtantes ou les plus insipides (Delécluze, Journal, 1828, p.494).
Prononc. et Orth.: [pika]. Att. ds Ac. 1762-1878. Étymol. et Hist. 1575 (Paré, OEuvres, XVIII, 64, éd. J.-F. Malgaigne, t.2, p.770b). Mot lat. pris au sens de «dépravation de l'appétit», issu du sens class. de «pie» (v. pie), p.allus. à la voracité de cet oiseau (cf. aussi le gr. κ ι ́ σ σ α qui signifie à la fois «geai» et «envie de femme enceinte»).

PICA2, subst. masc.

IMPR., DACTYL. Unité de mesure typographique des pays anglo-saxons équivalent au cicéro; genre de caractères utilisés dans certaines machines à écrire. L'unité typographique anglo-saxonne est le Point (...) Douze points anglais forment un PICA (4,23 mm) (Trait. Textes s.d.).
Prononc. et Orth.: [pika]. Homon. et homogr. picas, (il) piqua. Étymol. et Hist. 1909 can., typogr. (Dionne); 1963 (Comte-Pern.). Empr. à l'angl. pica att. dep. 1588 comme terme de typogr. et se rattachant au moy. angl. pica «recueil de règles pour l'établissement de dates de fêtes religieuses», prob. à cause du corps dans lequel ces recueils auraient été imprimés. Ce dernier terme semble se rattacher au lat. pica «pie» qui est parallèlement à l'orig. de l'angl. pie «pie» qui a servi également à désigner ce genre de rec., mais la raison de cet empl. n'est pas expliquée (v. NED). Fréq. abs. littér.: 11.

Wiktionnaire

Nom commun 2 - français

pica \pi.ka\ masculin

  1. (Typographie) Point typographique de 1/6 de pouce.

Nom commun 1 - français

pica \pi.ka\ masculin

  1. (Médecine) Perversion du goût caractérisée par de l’éloignement pour les aliments ordinaires et par le désir de manger des substances non nutritives, telles que craie, terre, charbon.
    • Des Esseintes huma l’air ; un pica, une perversion s’empara de lui ; cette immonde tartine lui fit venir l’eau à la bouche. — (Joris-Karl Huysmans, À rebours, 1884)
    • Mais pourquoi donc ? Parce que les carences en fer accompagnées d'anémie entraînent fréquemment un comportement que l'on appelle le « pica ». Il se traduit, huit fois sur dix par une... pagophagie, ce qui signifie une absorption massive de glaces ; glaçons en cube , et non pas des glaces en cornet. — (Jean-Marie Bourre, Les Aliments de l'intelligence : Et du plaisir, éd. Odile Jacob, 2001)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Littré (1872-1877)

PICA (pi-ka) s. m.
  • Terme de médecine. Perversion du goût caractérisée par de l'éloignement pour les aliments ordinaires et par le désir de manger des substances non nutritives, telles que craie, terre, charbon.

HISTORIQUE

XVIe s. Aucunes ont appetit depravé, avec nausée, dit des anciens pica, faisant qu'elles desdaignent les bonnes viandes, et quelquefois appetent choses contre nature, Paré, XVIII, 64.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

PICA, s. m. (Medec. pratiq.) ce mot désigne une maladie dont le caractere distinctif est un dégoût extrême pour les bons alimens, & un appétit violent pour des choses absurdes, nuisibles, nullement alimenteuses. Les étymologistes prétendent qu’on lui a donné ce nom qui dans le sens naturel signifie pie, parce que comme cet oiseau est fort varié dans ses paroles & son plumage, de même l’appétit dépravé de cette espece de malade s’étend à plusieurs différentes choses, & se diversifie à l’infini ; n’auroit-on pas pu trouver un rapport plus sensible & plus frappant entre cet oiseau remarquable par son babil, & les personnes du sexe, qui sont les sujets ordinaires de cette maladie ? est-ce un pareil rapport qui auroit autorisé cette dénomination ? ou plutôt ne seroit-ce pas parce que la pie, comme l’ont écrit quelques naturalistes, se plaît à manger des petites boules de terre ? On voit aussi que le mot grec, par lequel on exprime cette maladie, κίσσα, ou, suivant la dialecte attique, κίττα, est le nom de la pie ; quelques auteurs, comme il s’en trouve souvent, préférant aux explications naturelles les sens les plus recherchés, ont tâché de trouver au mot κίσσα une autre étymologie, ils l’ont dérivé de κισσὸς, qui veut dire lierre, établissant la comparaison entre la maladie dont il s’agit & cette plante parasite, sur le nombre & la variété des circonvolutions & détours qu’elle fait à l’aide des autres corps qui lui servent d’appui : quoi qu’il en soit de la justesse de ces étymologies & de ces commentaires, laissons cette discussion de mots pour passer à l’examen des chose.

L’objet de l’appétit des personnes attaquées du pica est extrèmement varié ; il n’y arien de si absurde qu’on ne les ait vû quelquefois desirer avec passion, la craie, la chaux, le mortier, le plâtre, la poussiere, les cendres, le charbon, la boue, le dessous des souliers, le cuir pourri, les excrémens même, le poivre, le sel, la cannelle, le vinaigre, la poix, le coton, &c. & autres choses semblables, sont souvent recherchées par ces malades avec le dernier empressement. Il y a une observation rapportée par M. Nathanael Fairfax, Act. philosoph. anglic. num. 29. cap. v. §. 5. d’une fille qui avoit un goût particulier pour l’air qui sortoit des soufflets ; elle étoit continuellement occupée à faire jouer les soufflets, & avaloit avec un plaisir délicieux l’air qui en étoit exprimé. Cette maladie est très-ordinaire aux jeunes filles, elle peut même passer pour une de ces affections qui leur sont propres. Quoiqu’il y ait quelques observations rapportées par Riviere Rhodius & Schenkius qui prouvent que les hommes n’en sont pas tout-à-fait exemts, ces faits sont très rares & souvent peu constatés, il en est de même des prétentions de Reiselius & de Primerose, & des histoires qu’ils rapportent, d’où il résulteroit que des maris ont été attaqués de cette maladie lorsque leurs femmes étoient enceintes, ou s’étoient exposés aux causes qui la produisent ordinairement, ou, pour mieux dire, ces histoires sont évidemment fausses, & ces prétentions ridicules ; il ne manqueroit plus pour porter le dernier coup à l’état de mari, que de lui faire partager les maladies de sa femme, & de le charger des peines de ses dérangemens après l’avoir rendu responsable de sa sagesse, en le couvrant de ridicule & de honte lorsqu’elle en manque. On assûre aussi que les animaux sont sujets au pica ; Schenkius dit l’avoir observé dans des chats, centur. 4. observ. 45. On en voit aussi des exemples dans les chiens & les cochons, rapportés dans les actes philosophiques anglois, vol. I. p. 741. Les pigeons, sans en être attaqués, mangent souvent du petit gravier du sable, béquetent les murs, & les autruches dévorent du fer, d’autres oiseaux avalent des cailloux, mais c’est plutôt pour aider leur digestion naturelle que par maladie.

Les jeunes filles aux quelles cette maladie est familiere, commencent souvent d’assez bonne heure à s’y adonner, l’exemple, les invitations de leurs amies, quelquefois l’envie de devenir pâles, un dérangement d’estomac, peut-être aussi d’esprit, sont les premieres causes de cette passion ; dès-lors l’appétit ordinaire cesse, les alimens qu’elles aimoient autrefois leur paroissent insipides, mauvais ; elles deviennent tristes, rêveuses, mélancoliques, fuient la compagnie, se dérobent aux yeux de tout le monde pour aller en cachete satis faire leur appétit dépravé ; elles mangent les choses les plus absurdes, les plus sales, les plus dégoûtantes avec un plaisir infini, les choses absolument insipides flattent délicieusement leur goût ; ce plaisir est bientôt une passion violente, une fureur qu’elles sont forcées de satisfaire, malgré tout ce que la raison peut leur inspirer pour les en détourner ; la privation de l’objet qu’elles appetent si vivement, les jette dans un chagrin cuisant, dans une noire mélancolie, & quelquefois même les rend malades ; si au contraire elles la satisfont librement, leur estomac se dérange de plus en plus, toutes ses fonctions se font mal & difficilement ; il survient des anxiétés, des nausées, des rots, des gonflemens, douleurs, pesanteurs, ardeurs d’estomac, vomissement, constipation ; la langueur s’empare de leurs membres, les roses disparoissent de dessus leur visage, la pâle blancheur du lis ou une pâleur jaunâtre prend leur place, leurs yeux perdent leur vivacité & leur éclat, voyez Pales couleurs, & leur tête panchée languissamment & sans force, ne se soutient qu’avec peine sur le col ; fatiguées au moindre mouvement qu’elles font, elles sentent un malaise ; lorsqu’elles sont obligées de faire quelque pas, & sur-tout si elles montent, alors elles sont essoufflées, ont de la peine à respirer, & éprouvent des palpitations violentes : on dit alors qu’elles ont les pales couleurs, ou qu’elles sont oppilées. Voyez Pales couleurs, Oppilation. Cette maladie ne tarde pas à déranger l’excrétion menstruelle, si son dérangement n’a pas précédé & produit le pica, comme il arrive souvent, à-moins qu’il ne survienne avant l’éruption des regles.

On a beaucoup disputé sur la cause & le siege de cette maladie ; les uns ont prétendu que son siege étoit dans l’estomac, & ne dépendoit que de l’accumulation de mauvais sucs ; les autres l’ont regardée comme une maladie de la tête, & en ont fait une espece d’affection mélancolique. Parmi les premiers, les uns ont cru avec Aphrodisée que les mauvais sucs qui se ramassoient dans l’estomac étoient de la même nature que les alimens, ou que les choses qui étoient l’objet de l’appétit, & que c’étoit en vertu de ce rapport, de cette sympathie qu’on les appétoit ; ils se fondoient sur ce que tous les sucs étant viciés, ils devoient exciter l’appétit de mauvais alimens, comme l’estomac sain ou les sucs bons font desirer des alimens de même nature : 2° ceux qui sont d’un tempérament bilieux ne voient en songe que des incendies ; les pituiteux ont toujours devant les yeux de l’eau, des débordemens, &c. il en doit être de même des sucs d’une telle espece déterminée, ils doivent frapper l’imagination d’une telle façon, & lui représenter les alimens analogues ; les sucs acides, faire desirer les fruits aigrelets ; les sucs brûlés, du charbon, &c. & par conséquent en faire naître l’appétit. Les autres pensent avec Avicenne que les sucs de l’estomac sont d’une nature contraire, & que cette contrariété est la cause du pica, alors ces prétendus alimens sont l’effet des remedes ; il ne leur manque pas de raison pour étayer & confirmer leur sentiment. 1° L’appétit des choses analogues au suc de l’estomac ne devroit jamais se rassasier, & devroit au contraire toujours augmenter, parce que ces sucs recevroient toujours plus de force & d’activité de la part des choses qui seroient prises en guise d’aliment ; ce qui n’arrive pas. 2° Est-il probable que les sucs puissent s’altérer au point d’être comme du bois pourri, de la boue, du plomb, &c ? 4° Il n’est pas plus naturel que l’estomac se porte vers des choses dont il regorge. 4° Dans la soif & la faim, les objets desirés sont propres à faire cesser l’état forcé du gosier & de l’estomac, parce qu’ils lui sont contraires, &c. On pourroit encore ajouter à cela que les personnes bilieuses desirent avec ardeur le, fruits acides, opposés à la nature & à l’action de la bile. 2° Que les personnes attaquées du pica sont bien moins incommodées de l’usage des choses absurdes & nuisibles quelque immodéré qu’il soit, qu’elles ne le seroient si elles n’avoient pas cette maladie, si elles ne s’y portoient pas avec cette fureur. 3° Enfin qu’il est rare qu’on souhaite passionnément une chose dont la jouissance n’est pas un besoin, un bien, en même tems qu’elle est un plaisir. Toutes ces raisons donnent beaucoup de vraissemblance à ce sentiment ; les expériences & les observations de M. Reaumur lui donnent encore un nouveau poids. Cet illustre académicien dit avoir trouvé une analogie entre les sucs digestifs de ces malades & les choses qu’ils mangeoient, & cette analogie étoit telle que ces choses se dissolvoient très facilement dans leurs sucs, ainsi que celles qui aimoient la craie, la chaux, &c. avoient des sucs légerement acides qui dissolvoient très-bien tous les absorbans, alkalis, &c. Ces expériences n’ont pas été poussées assez loin, & ne sont pas assez générales pour avoir la force de la démonstration ; mais cette opinion peut toujours passer pour une hypothese ingénieuse, bien fondée & très-vraissemblable. Mais, demandera-t-on, n’y a-t-il point de vice d’imagination, de délire ? Ceux dont nous venons d’exposer le sentiment, prétendent qu’il n’y a point de dérangement de raison, qu’il n’y a qu’une dépravation de cupidité, & qu’ainsi on ne doit pas plus regarder le pica comme délire, que la faim canine, que l’érotomanie, le satyriasis, cas où les besoins naturels sont simplement portés à un trop haut degré & dépravés.

Cependant on ne pourra guere s’empêcher de regarder le pica comme une espece de délire, si l’on fait attention. 2° Qu’on peut délirer & raisonner très-bien. 2° Que le délire n’exclud pas les motifs des actions qu’on fait, qu’il est même très-vraissemblable que la plûpart des délires ne consistent que dans des fausses apperceptions, & qu’étant supposées vraies, comme elles le paroissent au foux, toutes leurs actions faites en conséquence sont raisonnables ; un homme qui regarde tous les assistans comme ses ennemis, comme des gens qui veulent l’assassiner, s’emporte contre eux en injures & en coups quand il peut, y a-t-il rien de plus naturel ? 3° On pourra bien dire qu’une fille mange de la craie, de la chaux, de la terre, parce qu’elle a de l’acide dans l’estomac ; mais expliquera-t-on par-là cette ardeur à se cacher, cette passion violente qui subsiste long-tems après que tous les acides seront détruits ? Et pourquoi tous les enfans qui sont si fort tourmentés par l’acide, n’ont-ils pas le pica, &c ? Comment expliquera-t-on d’ailleurs l’appétit du coton, du plomb, de la poix, de l’air, des excrémens, &c ? y a-t-il des sucs propres à les digérer ? y a-t-il un vice dans ces humeurs qui exige ces corps pour remede & dont le vice en puisse être corrigé ? 4° N’est-il pas naturel de regarder cette affection comme dépendante de la même cause que la passion de compter les carreaux, les vîtres, les solives d’une chambre, de se plaire à la vûe de certains objets laids, sales ou déshonnêtes, de rechercher avec fureur quelque odeur désagréable, comme celle des vieux livres pourris, d’une chandelle, d’une lampe mal éteinte, & même des excrémens ? Ces symptômes familiers, de même que le pica aux chlorotiques, annoncent évidemment & de l’aveu de tout le monde un délire mélancolique, & l’on ne s’avise pas de leur attribuer de l’efficacité pour la guérison du dérangement qui en est la cause. Voyez Pales couleurs. 5° Parcourons les causes qui produisent ordinairement le pica, nous verrons presque toujours un vice dans l’excrétion menstruelle, ou des chagrins, des inquiétudes, des passions vives retenues, des desirs violens étouffés, des besoins naturels, pressans, non satisfaits par vertu, par crainte & par pudeur ; quelles autres causes sont plus propres à déranger l’estomac & l’imagination ? Nous pourrions ajouter bien d’autres preuves qui se tirent de l’état de ces malades, de leur maniere d’agir, de se comporter, &c. qu’on peut voir tous les jours, & qu’on auroit de la peine à décrire : chacun peut là-dessus prendre les éclaircissemens convenables, les occasions en sont malheureusement assez fréquentes.

Les femmes enceintes sont sujettes à une dépravation d’appétit fort singuliere, & qui est fort analogue au pica ; les auteurs qui ne se piquent pas d’une exactitude scrupuleuse confondent ordinairement ces deux affections qui sont cependant différentes ; celle qui est propre aux femmes enceintes s’appelle en latin & en françois malacia, nom dérivé du grec μαλαθω, je mollis ; quelques auteurs l’ont attribué à l’état de mollesse, ou de relâchement des femmes enceintes ; ce qui constitue le malacia, est un goût particulier pour une seule espece d’aliment à l’exclusion de toute autre ; mais cet aliment n’est pas nécessairement & par lui-même mauvais, absurde, il est toujours nutritif ; ce sont, par exemple, des fruits d’une telle espece, du riz, des poulets, des anchois, des harengs ; il n’y a que l’aliment pour qui l’on s’est déterminé qui plaise, qui ait un goût délicieux, qui se digere facilement ; les autres rebutent, déplaisent, pesent sur l’estomac : & quoiqu’il y ait de ces alimens dont on dût d’abord s’ennuyer, ou dont on pût être incommodé à la longue, comme des harengs, des anchois ; cependant on ne s’en dégoûte point, & on n’en ressent aucun mauvais effet. Cet appétit déterminé commence à se déclarer pour l’ordinaire vers le quarantieme jour de la grossesse, & cesse à la fin du troisieme mois ou au commencement du quatrieme. Il me paroît qu’on doit distinguer cette affection des envies des femmes enceintes, par lesquelles elles desirent la possession de quelque objet, un joyau, un fruit, un mets particulier, elles sont satisfaites dès qu’elles l’ont obtenu ; & si elles ne peuvent pas l’avoir, ou n’osent pas le demander, elles en sont incommodées, risquent de se blesser, & on prétend que l’enfant en porte la marque. Voyez Envie, Tache, &c.

Le pica est une maladie très-sérieuse ; elle est ordinairement ou la suite & l’effet de quelque obstruction du dérangement du flux menstruel, ou l’avant-coureur & la cause de ces maladies, elle affoiblit toujours le tempérament, gâte l’estomac, & prépare pour la suite une source inépuisable & féconde d’incommodité ; ainsi les filles qui n’en meurent pas, restent long-tems languissantes, maladives, dans une espece de convalescence difficile. Cette maladie est plus ou moins dangereuse, suivant la qualité des objets de l’appétit, suivant la violence de la passion & l’intensité des symptomes qui s’y joignent. Il est évident qu’un usage & un usage immodéré du poivre, du sel, des épiceries peut faire plus de ravages que ce même usage limité, ou que l’usage des terreux, de la craie, &c. Fernel a vu survenir un ulcere à la matrice, dont la malade mourut, à l’appétit déréglé du poivre trop abondamment satisfait ; le danger est bien plus grand, si le plomb & ses préparations sont l’objet de l’appétit ; personne n’ignore les funestes accidens, la terrible colique qu’occasionne ce métal pris intérieurement par lui-même, ou par les parties hetérogenes véneneuses dont il est altéré. Voyez Plomb, Colique des Peintres. Tulpius rapporte l’observation d’une jeune fille, qui mangeoit avec avidité de petites lames de plomb bien divisées ; elle tomba en peu de tems dans une maladie affreuse à laquelle elle succomba ; sa langue étoit seche, ses hypocondres resserrés, la rate obstruée, l’estomac douloureux, le ventre constipé ; sans cesse tourmentée par des suffocations de matrice, par des défaillances fréquentes, elle ne put trouver du soulagement dans aucun remede, Nicol. Tulp. observ. medicar. lib. IV. Ce qui redouble souvent la difficulté de la guérison, c’est que ces malades cachent aussi long-tems qu’il leur est possible leur état, & on ne le découvre que tard, qu’après que le mal est invétéré & rendu plus opiniâtre ; d’ailleurs lors-même qu’on s’en apperçoit & qu’on veut y remédier, les malades sont peu dociles, elles ne veulent pas se priver du plaisir de satisfaire à leur passion, souvent elles ne le peuvent pas ; & si elles rencontrent des medecins imprudens par trop de sévérité, qui leur défende tout usage des mets pour lesquels elles sont passionnées, & des parens trop rigides & trop scrupuleusement attentifs à observer l’ordonnance du médecin, elles deviennent tristes, mélancoliques & sérieusement malades. Le malacia n’est pas une maladie, il n’y a point de danger à laisser suivre aux femmes enceintes leur caprice, il y en auroit à les en empêcher ; elles n’en éprouvent pour l’ordinaire aucune incommodité, ni elles, ni l’enfant qu’elles portent ; cependant lorsque les alimens pour lesquels elle s’est déterminée sont d’un mauvais caractere, trop sales, trop épicés, que ce sont des poissons, par exemple, desséchés & endurcis par le sel & la fumée, il est certain que le chyle qui s’en forme ne sauroit être bien bon ; on doit, autant qu’on peut, faire ensorte par les avis, les invitations, que la femme en use sobrement, il faut aussi pour cela lui présenter des mets agréables, d’une nature opposée qui puisse modérer & contrebalancer l’action des autres, on les mêle pour cela souvent ensemble.

Quand on se propose de guérir une fille attaquée du pica, il est très-important de s’attirer sa confiance, de lui faire approuver & desirer le soin qu’on va prendre de sa santé ; on peut réussir en cela, en la plaignant, en compâtissant à ses peines, en se prêtant à ses goûts, à sa passion ; on ne la désaprouve pas, on se garde bien d’en faire un crime & de la défendre ; on assure au contraire que c’est une maladie indépendante de la volonté, qui même peut être bien lorsqu’elle est modérée ; on se contente d’en faire voir les inconvéniens, on insiste-sur tout sur les atteintes que la beauté pourroit en recevoir. On touche rarement cette corde sans succès ; il est facile de prouver combien cet appétit déreglé fait du tort à un joli visage, on a toujours quelques exemples connus à citer ; on peut engager par-là les malades à se modérer dans l’usage de ces choses absurdes, à en diminuer tous les jours la quantité, à faire quelques remedes ; on promet une prompte guérison, le retour de la santé, de la beauté & de l’embonpoint ; on peut aussi en s’insinuant adroitement dans l’esprit de ces jeunes & timides malades, en flattant ainsi leurs desirs, s’instruire de la cause qui a déterminé la maladie & des corps qui en sont l’objet ; choses qu’elles s’obstinent d’autant plus à cacher qu’elles sont plus ridicules & qu’il est cependant très-important que le médecin sache. N’est-il pas bien naturel qu’elles refusent d’avouer que leur appétit les porte violemment à manger du cuir pourri, par exemple, des matieres fécales ? & quand la cause de cette maladie se trouve être une envie de se marier, qu’il leur est défendu de faire paroître & encore plus de satisfaire ; quelle peine ne doit-il pas leur en couter pour rompre le silence ? Cependant de quelle utilité ces sortes d’aveux ne sont-ils pas pour le médecin ? Utilité au reste qui reflue sur la malade. Lorsqu’on est instruit de la cause du mal, on y apporte le remede convenable : dans l’exemple proposé, on n’a point de secours plus approprié que le mariage, il remplit, en guérissant, ces trois grandes conditions si difficiles a réunir, citò tutô & jucunde. Voyez Mariage. Lorsque la maladie est l’effet d’une suppression ou d’un dérangement dans l’excretion menstruelle, il faut avoir recours aux emmenagogues variés suivant les cas. Voyez Regles, Suppression, (maladie de la). Cependant on doit engager la malade à user des mets succulents & de facile digestion, l’estomac affoibli se fortifie par les stomachiques amers, aloétiques ; on distrait & on récrée l’esprit triste & rêveur par les promenades, les parties de plaisir, les compagnies agréables, les spectacles, la musique, les concerts, &c. parmi les remedes intérieurs, il faut choisir ceux qui sont les plus appropries à l’espece de dérangement d’estomac qu’a occasionné l’abus des alimens ou des corps qui étoient l’objet des délires mélancoliques ; il faut opposer aux spiritueux aromatiques, à l’alkali caustique, les legers apéritifs délayans, &c. aux terreux, invisquans, les toniques, les martiaux, les forts apéritifs ; & si quelque maladie comme les obstructions de visceres, les pâles-couleurs y sont survenues, alors il faut diriger & varier le traitement en conséquence. Voyez Obstruction, Pales-Couleurs, &c. (b)

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « pica »

Du latin pica (« pie »), cet oiseau mangeant toute sorte de choses.
(XVIe siècle) Aucunes ont appetit depravé, avec nausée, dit des anciens pica, faisant qu’elles desdaignent les bonnes viandes, et quelquefois appetent choses contre nature. — (Ambroise Paré, XVIII, 64)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Mot de la basse latinité, qui dérive de pica, pie, cet oiseau mangeant toute sorte de choses ; c'est ainsi qu'en grec ϰίσσα signifie à la fois le geai, la pie et le pica.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Phonétique du mot « pica »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
pica pika

Citations contenant le mot « pica »

  • Le pica est un trouble du comportement alimentaire caractérisé par l'ingestion durable de substances non nutritives et non comestibles: terre, craie, sable, papier, plastique, céruse, cendre de cigarette, etc. Pica en fait des œuvres d'art.....ou pas........ ladepeche.fr, Toulouse : tripes à l'air, perforée d'une balle, ou joliment enceinte, découvrez les bittes mutantes de Pica - ladepeche.fr
  •             - la géophagie est la forme de pica la plus courante : ingestion de terre, argile, sable France Bleu, L'étrange syndrome Pica
  • Le pica est un trouble du comportement alimentaire caractérisé par l'ingestion de substances non nutritives et non comestibles : terre, craie, sable, papier, plastique, céruse, haie végétale, couches, cendre de cigarette. BBC News Afrique, Pica: cette maladie qui pousse les femmes enceintes à manger des pierres - BBC News Afrique

Images d'illustration du mot « pica »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « pica »

Langue Traduction
Anglais pica
Espagnol pica
Italien pica
Allemand pica
Chinois 异食癖
Arabe بيكا
Portugais pica
Russe цицеро
Japonais パイカ
Basque pica
Corse pica
Source : Google Translate API

Synonymes de « pica »

Source : synonymes de pica sur lebonsynonyme.fr

Pica

Retour au sommaire ➦

Partager