La langue française

Octave

Sommaire

  • Définitions du mot octave
  • Étymologie de « octave »
  • Phonétique de « octave »
  • Traductions du mot « octave »

Définitions du mot « octave »

Trésor de la Langue Française informatisé

OCTAVE, subst. fém.

A. − LITURG. CHRÉT.
1. Huitième jour après certaines grandes fêtes (depuis 1955 après Noël, Pâques et la Pentecôte), où l'on célèbre l'office ou la mémoire de cette fête. Synon. plus rare jour octaval (infra rem.).Le dimanche «in albis», le dimanche de Quasimodo, octave de Pâques; jour de l'octave du Saint-Sacrement. Il n'y avoit plus que deux jours de salut, le samedi et le dimanche, jour de l'octave de la Fête-Dieu (Balzac,Annette, t.1, 1824, p.154):
1. L'Église fixe les époques de l'année où il n'est pas permis de se marier; de l'Avent à l'octave de l'Épiphanie, de la Septuagésime à l'octave de Pâques, du troisième jour avant l'Ascension à l'octave de la Pentecôte. Faral,Vie temps st Louis, 1942, p.146.
2. Période de huit jours complets, semaine liturgique faisant suite à chacune des grandes fêtes liturgiques chrétiennes, et durant laquelle on continue de solenniser cette fête (en faisant office ou mémoire de cette fête). (Avant 1955) Octaves privilégiées de premier ordre (Pâques, Pentecôte), de deuxième ordre (Nativité, Ascension, Sacré-Coeur), communes, simples; dimanche dans l'octave de l'Épiphanie; octave de Noël, de Pâques, de la Pentecôte; premier, dernier jour de l'octave; fête avec octave. Ce petit Pierre naissant, la corde au cou, le jour de Notre-Dame de la Merci, libératrice des captifs, et dans l'octave de Notre-Dame des sept douleurs (Bloy,Journal, 1895, p.203):
2. ... il institua, en 1672, une fête spéciale du Coeur de Jésus, qu'il fit célébrer dans toutes ses maisons avec la plus grande solennité, et qu'il enrichit d'une octave. Bremond,Hist. sent. relig., t.3, 1921, p.587.
Emploi apposé, rare, vx. Le mercredi octave de la Toussaint, fête des saintes Reliques, elle fut frappée à mort (Dupanloup,Journal, 1876, p.70).
3. P. ext., littér. Espace d'une semaine:
3. Où que je tourne la tête J'envisage l'immense octave de la Création! Le monde s'ouvre et si large qu'en soit l'empan, Mon regard le traverse d'un bout à l'autre. Claudel,Gdes odes, 1910, p.240.
B. − MÉTR. À l'origine, dans la versification espagnole, italienne, portugaise, stance de huit vers (dont les six premiers sont à rime alternée, les deux derniers à rime plate). L'octave de l'Arioste, du Tasse; poème écrit en octaves, sonnet mesuré en octaves. Elle préluda quelque temps sur sa lyre, et ne divisant plus son chant en octaves, elle s'abandonna dans ses vers à un mouvement non interrompu (Staël,Corinne, t.2, 1807, p.335).Béranger (...) a fait des pièces très belles sur Napoléon, sur les diverses époques de l'Empire: c'est en octaves (Sainte-Beuve,Poisons, 1869, p.91):
4. L'Araucana est mesuré en octaves, comme l'Orlando et la Jérusalem. La littérature italienne donnoit alors le ton à toutes les littératures de l'Europe. Chateaubr.,Génie, t.1, 1803, p.296.
C. − MUSIQUE
1. Intervalle parfait (le plus grand des intervalles simples), extrémités comprises, de huit degrés conjoints de l'échelle diatonique, soit cinq tons et deux demi-tons diatoniques; intervalle de deux fréquences dont l'une est le double de l'autre. Octave augmentée, diminuée, juste; double, triple octave; octave supérieure, inférieure (d'une note); jouer un passage, chanter une octave plus haut, plus bas; règle de l'octave (en harmonie). De molles ondulations d'octaves qui s'élevaient et s'abaissaient comme le sein de la jeune chanteuse (Hugo,N.-D. Paris, 1832, p.79):
5. Deux sirènes reprirent ensemble, une octave plus haut, le cri de celle qui venait de s'éteindre, comme si quelque animal énorme enveloppé dans ce silence était à l'affût. Malraux,Cond. hum., 1933, p.243.
P. métaph. [En parlant d'un registre de sentiments, etc.] De petites dames qui se croient des protectrices des arts parce qu'elles reprennent un octave au-dessous les manières de ma belle-soeur Guermantes, à la façon du geai qui croit imiter le paon (Proust,Prisonn., 1922, p.234).Érane (...) passa (...) de l'invective au gémissement, puis aux cris mineurs, enfin aux hurlements (...) Arnaud, ce fielleux, eût sans doute laissé Arthur dépasser le second octave; Suif intervint (H. Bazin,Tête contre murs, 1949, p.338).
À l'octave. Une octave plus haut ou plus bas, le plus souvent plus haut, que ce qui est noté. Jouer, chanter à l'octave. Les femmes criaient ou adoptaient des voix de tête (...) tandis que les hommes descendaient à l'octave et se contentaient de fredonner (Queffélec,Recteur, 1944, p.24).V. fredonner ex.1.
Être à la double octave. Offrir une différence de deux octaves. V. doublette ex. de Bouasse.
2. Ensemble des huit degrés d'une octave, étendue des huit tons de la gamme diatonique; consonance, accord de cet intervalle. L'étendue de la voix humaine est de deux octaves. Une suite de tons hauts et bas, dont la totalité peut aller à une octave et demie ou deux octaves, c'est-à-dire à douze ou seize notes (Voy. La Pérouse, t.3, 1797, p.123).Il est de fait, poursuivit l'artiste, que mes dix doigts ayant dix ans de travaux forcés sur les cinq octaves, je manipule assez agréablement l'ivoire et les dièses (Murger,Scènes vie boh., 1851, p.191).
Faire des octaves. Jouer en même temps une note et son octave (au sens infra 3: la même note que la tonique située une octave plus haut ou plus bas). Passage de piano en octaves; octaves doigtées, brisées, coulées, glissées; arpèges d'octaves. Étudié en octaves la Fugue en mi mineur du premier cahier [du Clavecin bien tempéré de J.-S. Bach] (Gide,Journal, 1917, p.611).
P. métaph. Gamme complète, palette de nuances. S'il use peu, en revanche, de toute l'octave cendrée de Tadéma, son dessin ne peut se délivrer des imitations les plus flagrantes (Huysmans,Art mod., 1883, p.214).
3. Huitième degré (en montant ou en descendant) de l'échelle diatonique; son, note portant le même nom que la tonique correspondante mais située une octave plus haut ou plus bas. Une des cloches de Weimar sonne la septième mineure et l'octave, successivement (Berlioz,Souv. voy., 1869, p.65).Deux notes à l'octave se ressemblent plus, qualitativement, que deux notes séparées par tout autre intervalle (Ruyer,Esq. philos. struct., 1930, p.116).
4. Petite flûte (sonnant à l'octave supérieure de la flûte ordinaire). Synon. octavin (infra dér.). (Ds Littré).
5. ORGUE. Jeux d'octave. Jeux à bouche sonnant à l'octave (donnant la fréquence double, la première harmonique). Synon. octavin (infra dér.) (Ds Littré).
D. − ESCR. Huitième parade, l'épée étant dans la ligne du dehors, la pointe en bas, le poignet en supination. «Il y a neuf parades, monsieur Larcher», me disait-il [le professeur d'escrime]. Et il m'expliquait la prime, la seconde, les autres jusqu'à l'octave (Bourget,Physiol. am. mod., 1890, p.343).
Rem. On note des hésitations quant au genre du mot. V. supra C 1 ex. au masc. de Proust et H. Bazin.
REM.
Octaval, -ale, -aux, adj.,liturg. chrét. Jour octaval. Synon. vx et inusité de octave (v. supra A 1). (Ds Rob.).
Prononc. et Orth.: [ɔkta:v]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. 1. Ca 1208 «période de huit jours pendant laquelle, dans l'Église catholique, on célèbre chacune des principales fêtes de l'année» (G. de Villehardouin, La Conquête de Constantinople, 76, éd. E. Faral, t.1, p.76: octaves de la feste Saint Remi); 2. mus. a) 1534 «intervalle de 8 degrés de la gamme diatonique» (Lefèvre d'Etaples, Bible, I Chr. 15, 21 d'apr. FEW t.7, p.304a); b) 1535 nom donné à l'un des jeux de l'orgue (doc. Arch. Saône-et-Loire, E 1425, no143 ds B. archéol. du Comité des travaux hist. et sc., 1885, p.102). II. 1694 «stance de huit vers» (Corneille). III. 1826 escr. (Vigny, Cinq-Mars ds OEuvres, éd. F. Baldensperger, t.2, p.117). I empr. au lat. médiév. octava, fém. substantivé de octavus «huitième», att. aux sens 1 et 2 a dep. le ixes. (v. Blaise Latin. Med. Aev. et Nov. gloss.). II adaptation de l'ital. ottava (rima) «id.», att. dep. 1618 (M. Buonarroti d'apr. DEI). III empr. tardif au lat. octavus (cf. quarte, quinte). Fréq. abs. littér.: 172.
DÉR. 1.
Octavier, verbe,mus. a) Emploi intrans. [Le suj. désigne un instrument et p. méton. un musicien] .Faire entendre accidentellement (quand on force le vent) l'octave supérieure de ce qui est noté. Le tuyau [d'orgue] monte quand on force le vent; il tend à octavier si sa bouche est basse (Bouasse,Intrum. à vent, 1930, p.276).Les bourdons n'octavient pas, n'ayant que des partiels correspondant aux harmoniques impairs de leur fondamental (Mus.1976).b) Emploi trans. dir. [Le suj. désigne un musicien] Jouer à l'octave supérieure ou inférieure de ce qui est noté (p. ex. sur un instrument ayant une tessiture à l'octave). Octavier un morceau, un passage. On fera donc bien de (...) perfectionner (...) la sûreté des mouvements du poignet en octaviant tous les accords (A. Cortot,Ét. piano Chopin, 1917, p.27). [ɔktavje]. 1resattest. 1737 intrans. (J.-Ph. Rameau, Génération harmonique, ou Traité de mus. théorique et pratique, p.2), 1778 trans. (Buffon, Hist. nat. des oiseaux, t.5, p.97); de octave, dés. -ier.
2.
Octavin, subst. masc.,mus. Petite flûte, instrument qui sonne une octave au-dessus de la flûte ordinaire dite grande flûte. Synon. vx et rare octave (v. supra C 4).[La petite flûte] produit des sons placés à l'octave supérieure de ceux de la grande flûte tout en lisant les mêmes notes écrites sur la portée. On a, à cause de cela, donné également le nom d'octavin à la petite flûte (Rougnon1935, p.230).En partic. Jeu d'orgue à bouche, ,,flûte harmonique de deux pieds, moins agressive que la doublette, d'une grande finesse et propre à être employée dans les effets de détail`` (A. Cellier, Orgue mod., 1913, p.30). 3eclavier, récit expressif (de l'orgue du Conservatoire royal de Bruxelles) (...) [dans la nomenclature des jeux] [Octavin, 2 pieds] (Gevaert,Instrument.,1885,p.306). [ɔktavε ̃]. Att. ds Ac. 1835, 1878. 1resattest. a) 1803 «petite flûte» (Boiste), b) 1885 nom d'un des jeux de l'orgue (Gevaert, loc. cit.); de octave, suff. -in*.
BBG.Kohlm. 1901, p.23 (s.v. octavin).

Wiktionnaire

Nom commun

octave \ɔk.tav\ féminin Note : Le mot octave est parfois utilisé au masculin.

  1. Huitaine, espace de huit jours consacré, dans l’église romaine, à solenniser quelque grande fête.
    • Octave de pâques, de la Pentecôte, de la Dieu.
    • Le premier, le dernier jour de l’octave.
    • Prêcher une octave.
    • C’était pendant la première semaine de novembre, la semaine où se célèbre l’octave des morts. — (Joris-Karl Huysmans, En route, 1895)
    • Dès le IXe siècle, jusque vers la fin du XIIe, au moins, la célébration de la fête des Miracles resta fixée au 2 juin ; cependant si ce jour se trouvait compris dans les octaves de l’Ascension, elle était remise au lendemain. — (Marie-Claude Guigue, Recherches sur les merveilles, Henri Georg, Lyon, 1887, page 8)
  2. (En particulier) Dernier jour de l’octave, qui correspond, comme jour de la semaine, à la fête qu’on célèbre.
    • C’est aujourd’hui l’octave du Saint Sacrement.
    • Le jour de l’octave.
  3. (Musique) Intervalle de huit degrés.
    • Sous l’agitation des trémolos de violon qui la protégeaient de leur tenue frémissante à deux octaves de là — et comme dans un pays de montagne, derrière l’immobilité apparente et vertigineuse d’une cascade, on aperçoit, deux cents pieds plus bas, la forme minuscule d’une promeneuse — la petite phrase venait d’apparaître, lointaine, gracieuse, protégée par le long déferlement du rideau transparent, incessant et sonore. — (Marcel Proust, Un amour de Swann, 1913, réédition Le Livre de Poche, page 101)
    • L’octave supérieure, inférieure.
    • Chanter à l’octave.
    •  \new Staff \with {\remove "Time_signature_engraver"} {do'2 do''2}
  4. Consonance que font deux notes éloignées l’une de l’autre de huit degrés, les deux extrêmes comprises.
    • L’octave est la plus parfaite des consonances.
  5. Huit notes comprises dans cet intervalle.
    • Une fois castré, l’enfant ne connaissait plus la mue, c’est à dire que sa voix ne baissait pas d’une octave comme chez les autres garçons. Elle restait « haute », pour employer le terme très général, à mi-chemin entre celle de l’enfant et celle de la femme […] — (Patrick Barbier, Histoire des Castrats, Grasset , 1989, page 23)
  6. (Versification) Stance de huit vers employées dans la poésie italienne, espagnole et portugaise.
    • Les poèmes de l’Arioste, du Tasse, de Camoëns sont écrits en octaves.
    • Chacun est occupé consciencieusement à ne rien faire : la galanterie, la cigarette, la fabrication des quatrains et des octaves, et surtout les cartes, suffisent à remplir agréablement l’existence. On ne voit pas là cette inquiétude furieuse, ce besoin d’agir et de changer de place, qui tourmentent les gens du Nord. — (Théophile Gautier, Voyage en Espagne, 1840, édition Charpentier, 1859)
  7. (Escrime) Huitième position de l’épée, que l’on tient le poignet en supination.
  8. (Métrologie) En joaillerie c’est la huitième partie d’un marc soit 30,59 grammes, en draperie c’est la huitième partie d’une aune soit presque 14 centimètres.

Nom commun 2

octave \ɔk.tav\ masculin

  1. (Métrologie) Mesure anglo-saxonne utilisée pour les tonneaux à whisky, qui vaut selon les sources entre 10 et 16 gallons (46 à 73 litres).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

OCTAVE. n. f.
Huitaine, espace de huit jours consacré, dans l'Église romaine, à solenniser quelque grande fête. Octave de Pâques, de la Pentecôte, de la Fête-Dieu. Le premier, le dernier jour de l'octave. Prêcher une octave. Il se dit particulièrement du Dernier jour de l'octave, qui correspond, comme jour de la semaine, à la fête qu'on célèbre. C'est aujourd'hui l'octave du Saint Sacrement. Le jour de l'octave. En termes de Musique, il se dit d'un Intervalle de huit degrés. L'octave supérieure, inférieure. Chanter à l'octave. Il désigne aussi la Consonance que font deux notes éloignées l'une de l'autre de huit degrés, les deux extrêmes comprises. L'octave est la plus parfaite des consonances. Il se dit également des Huit notes comprises dans cet intervalle. Parcourir toute l'octave. Double octave, L'octave de l'octave.

OCTAVE se dit encore, en termes de Versification, des Stances de huit vers employées dans la poésie italienne, espagnole et portugaise. Les poèmes de l'Arioste, du Tasse, de Camoëns sont écrits en octaves. Il se dit aussi, en termes d'Escrime, de la Huitième position de l'épée, que l'on tient le poignet en supination.

Littré (1872-1877)

OCTAVE (o-kta-v') s. f.
  • 1Huitaine consacrée, dans l'Église romaine, à solenniser les grandes fêtes. L'octave de Pâques.

    Le dernier jour de cette huitaine. C'est aujourd'hui l'octave du Saint-Sacrement. Le jour de l'octave. Ainsi se célébrera l'octave de votre délivrance, Bossuet, Lett. Corn. 54.

    Station d'un prédicateur qui prêche plusieurs sermons pendant l'octave de la Fête-Dieu ; les huit sermons de ce prédicateur. Il a fait imprimer son octave.

  • 2Stance de huit vers, employée dans la poésie espagnole, italienne et portugaise, et dont les six premiers sont sur deux rimes qui reviennent alternativement ; les deux derniers sont à rime plate ; les grands poëmes épiques italiens, les Rolands, la Jérusalem délivrée, etc. sont écrits en ces octaves. L'octave du Tasse n'est presque jamais pleine, et son vers ne peut être comparé au vers de Virgile, Chateaubriand, Génie, II, 2.
  • 3 Terme de musique. L'intervalle formé par un même son répété à huit degrés d'intervalle, les extrémités comprises. Quand deux ondes d'une note entrent dans l'oreille dans le même temps qu'une onde d'une autre, l'intervalle entre les deux est une octave.

    Les huit degrés pris ensemble. Parcourir toute l'octave. L'octave est la première de toutes les consonnances et celle qui, après l'unisson, est la plus aisément aperçue par l'oreille, Descartes, Musique, De l'octave.

    On donne aussi le nom d'octave à la note qui est la huitième soit en montant soit en descendant : ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut ; cette huitième note a une telle ressemblance avec la première, qu'elle frappe l'oreille comme si c'était la même qui revînt et qu'on a pu l'appeler en général sa réplique, et lui donner le même nom. Un son et son octave.

    Double octave, intervalle composé de deux octaves ; c'est la même chose qu'une quinzième. Pour avoir la double octave, il suffira de diviser par l'expression numérique de l'octave, qui est 1/2, et vous aurez 1/4 ; il me fit voir en effet que le quart de la corde entière sonnait la double octave, Barthélemy, Anach. ch. 27.

    Faire des octaves, jouer en octave au piano.

    Dans la musique gravée, on indique par les mots à l'octave, ou par 8°, abréviation de l'italien ottava, que l'on doit jouer les notes une octave au-dessus de ce qu'elles sont écrites.

  • 4Nom d'une petite flûte, dite aussi octavin, et fort employée dans la musique militaire et les orchestres de danse ; elle est à l'octave de la flûte ordinaire.
  • 5Ancien terme de mesure chez les marchands d'étoffe. Comme la largeur ordinaire du taffetas est d'une demi-aune, on nommait un taffetas de trois octaves, de cinq octaves, etc. celui qui est moindre, ou qui excède.
  • 6Se dit, parmi les joailliers, de la huitième partie du marc, surtout en parlant des diamants.

HISTORIQUE

XIIIe s. Come la dite Nicole eust ainsi esté jusques aus witieves de la resurrection, Mir. de St Louis, p. 163 (plus bas : oitieves). As witaves de cheste chandeleur prochaine à venir, Du Cange, octava. Le lundi après les huitieves de la chandeleur, Du Cange, ib. Disant soi avoir une oictieve en disme en la dismerie de Vi, ou [au] diocese de Chartres, ib. Et ce fu as huitaves de la Saint-Remi, en l'an de l'incarnation Nostre Seigneur mil dui cens et dui ans, Villehardouin, XLIV. Et fist ses hommes semonre pour iestre à son coronement, ces octaves de la mi aoust, Chr. de Rains, 163.

XVIe s. On ne celebre nulles nopces depuis la septuagesime jusques aux octaves de Pasques, Calvin, Inst. 1189. Es muances de la gamme, telle note qui est la plus basse en une octave, est la plus haute au regard d'une autre, Amyot, Comment refréner la colère, 3. La moitié de l'arpent contient 50 perches quarrées ; le quart, 25 ; l'octave, 12 et demie, De Serres, 11. De l'identité de cette huictieme voix avec celles dont on fait l'octave, s'ensuit une autre proprieté de la mesme octave qui est fort considerable à nostre sujet, c'est que l'octave est la voix qui est la plus aisée à discerner et qui se fait connoistre la premiere, Jumillac, Science et pratique du plain-chant, part. II, ch. 13.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

OCTAVE, s. f. (Hist. eccl.) se dit dans l’église romaine d’un espace de tems de huit jours destiné à la célébration d’une fête, dont on en répete en grande partie l’office ; comme les hymnes, les antiennes, les versets, & toujours à matines une leçon relative à cette fête. L’office dans l’octave est ordinairement semi-double, excepté le huitieme & dernier jour, qu’on nomme proprement l’octave, où il est double majeur. Ainsi il y a l’octave de Noël, de Pâques, de la Pentecôte, de la fête Dieu, de la dédicace, &c. Voyez Double, Semi-double, &c.

Octave, se dit aussi d’une station de prédicateur qui prêche plusieurs sermons pendant l’octave de la fête-Dieu. Cette coutume a été établie en France, sur-tout depuis l’hérésie des sacramentaires, pour instruire les peuples plus particulierement sur le sacrement de l’Eucharistie, & les affermir dans la foi de la présence réelle. Ainsi l’on dit que tel prédicateur a préché l’octave dans telle ville, telle cathédrale, telle paroisse.

OCTAVE, (terme de Commerce.) ce mot signifie la huitieme partie ou le demi-quart d’une aune : ainsi quand on dit qu’un taffetas est de cinq octaves, cela doit s’entendre qu’il a cinq huitiemes d’aune, ou une demi-aune demi-quart de large ; qu’un autre est de trois octaves, cela veut dire qu’il est de trois huitiemes, ou d’un quart & demi d’aune de large. On se sert de ce terme d’octave pour distinguer les taffetas qui ont d’autres largeurs que la largeur ordinaire, qui est une demi-aune.

Octave se dit encore dans le commerce du change, d’un certain droit ou salaire qui se paye aux agens, ou courtiers de change, qui est de 2 sous 6 deniers, ou de la huitieme partie d’une livre tournois pour chaque fois cent livres contenus aux lettres & billets de change, ou autres papiers dont ils procurent la négociation ; ce qui est à raison de vingt-cinq sous par mille livres. Savari. (D. J.)

Octave, en Musique, est la plus parfaite des consonnances ; c’est, après l’unisson, celui de tous les accords dont le rapport est le plus simple. L’unisson est en raison d’égalité, c’est-à-dire comme 1 à 1 : l’octave est en raison double, c’est-à-dire comme 1 à 2, & ces deux accords ont entr’eux tant de conformité que dans l’harmonie on les prend presque indifféremment l’un pour l’autre.

Cet intervalle s’appelle octave, parce que, pour marcher diatoniquement d’un de ses termes à l’autre, il faut passer par sept degrés & faire entendre huit sons différens.

Voici les propriétés singulieres qui distinguent l’octave de tous les intervalles.

1°. L’octave renferme entre ses bornes tous les sons primitifs & originaux ; ainsi après avoir établi un système ou une suite de sons dans l’étendue d’une octave, si l’on veut prolonger cette suite, il faut nécessairement reprendre le même ordre dans une seconde octave, & de même pour une troisieme, & une quatrieme, où l’on ne trouvera jamais aucun son qui ne soit la replique de quelqu’un des premiers. Une telle série est appellée échelle de musique. Voyez Échelle & Gamme. C’est en vertu de cette propriété de l’octave qu’elle a été appellée diapason par les Grecs. Voyez Diapason.

2°. L’octave renferme encore toutes les consonnances & toutes leurs différences, c’est-à-dire tous les intervalles simples, tant consonnans que dissonnans, & par conséquent toute l’harmonie. Etablissons toutes les consonnances sur un même son fondamental & commun, nous aurons la table suivante,

120 100 96 90 80 75 72 60

120, 120, 120, 120, 120, 120, 120, 120,


qui revient à celle-ci,


c’est-à-dire qu’on y trouve toutes les consonnances dans cet ordre, la tierce mineure, la tierce majeure, la quarte, la quinte, la sixte mineure, la sixte majeure, & enfin l’octave. Par où l’on voit que les consonnances simples sont toutes contenues entre l’octave & l’unisson : il y a même plus, car elles peuvent être entendues toutes à-la-fois dans l’étendue d’une octave sans aucun mélange de dissonnances. Formez à-la-fois quatre sons, ut, mi, sol, ut, en montant du premier ut à son octave, ils formeront entr’eux toutes les consonnances, & ne formeront nul autre intervalle. Prenez deux de ces sons comme il vous plaira, l’intervalle en sera toujours consonnant. C’est de cette union de toutes les consonnances que l’accord qui les produit s’appelle accord parfait. Voyez Accord.

3°. Tout son consonnant avec un des termes de l’octave est aussi consonnant avec l’autre : par conséquent tout intervalle dissonnant avec l’un est aussi dissonnant avec l’autre.

4°. Enfin l’octave a cette propriété plus singuliere encore que toutes les autres, de pouvoir être ajoutée à elle-même, c’est-à-dire doublée, triplée & multipliée à volonté sans changer de nature, & sans que le produit cesse d’être une consonnance.

Cette multiplication de l’octave est cependant bornée à notre égard par l’étendue de nos perceptions, & un intervalle de huit octaves excede déja cette étendue. Voyez Sons graves, Sons aigus. Les octaves mêmes perdent quelque chose de leur harmonie en se multipliant, une triple octave commence déja à être moins agréable qu’une octave simple, une quatrieme octave moins qu’une triple, & enfin à la cinquieme octave la trop grande composition du rapport, & l’extrème distance des sons ôte presque tout son agrément à la consonnance.

C’est de l’octave qu’on tire la génération de tous les intervalles par des divisions & subdivisions harmoniques. Si vous divisez harmoniquement l’octave 3, 6, par le nombre 4, vous aurez d’un côté la quarte 3, 4, & de l’autre la quinte 4, 6.

Divisez de même la quinte 10, 15, harmoniquement par le nombre 12, vous aurez la tierce mineure 10, 12, & la tierce majeure 12, 15. Enfin divisez la tierce majeure 72, 90, encore harmoniquement par le nombre 80, vous aurez le ton mineur 72, 80, ou 9, 10, & le ton majeur 80, 90, ou 8, 9, &c.

Il faut remarquer que ces divisions harmoniques donnent toujours deux intervalles inégaux, dont le moindre est au grave & le plus grand à l’aigu. Que si l’on fait les mêmes divisions selon la proportion arithmétique, ce qui est encore plus facile, on aura le moindre intervalle à l’aigu & le plus grand au grave. Ainsi l’octave 2, 4, partagée arithmétiquement donnera d’abord la quinte 2, 3, au grave, puis la quarte 3, 4, à l’aigu ; la quinte 4, 6, donnera premierement la tierce majeure 4, 5, puis la tierce mineure 5, 6, & ainsi des autres.

Le système complet de l’octave est de cinq tons & deux semi-tons, formant entr’eux autant de degrés diatoniques sur les sept sons de la gamme jusqu’à l’octave du premier. Mais comme chaque ton peut se partager en deux semi-tons, la même octave se divise aussi chromatiquement en douze intervalles d’un semi-ton chacun formés pour douze sons différens, dont les sept précédens gardent leur nom, & les cinq autres prennent chacun le nom du son diatonique le plus voisin. Voyez Échelle.

Je ne parle point ici des octaves diminuées & superflues, parce que dans l’harmonie ni dans la mélodie les octaves ne s’alterent jamais.

Il est défendu en composition de faire deux octaves de suite entre différentes parties, sur-tout par mouvement semblable ; mais cela est permis & même élégant fait à dessein & à propos dans toute la suite d’un air ou d’un trait de chant : c’est ainsi que dans plusieurs concerto toutes les parties prennent le ripieno par intervalles à l’octave ou à l’unisson. (S)

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Étymologie de « octave »

(Vers 1180) Du latin octavus (« huitième »).
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Provenç. octava, uctava ; port. uitava ; ital. ottava ; du lat. octavus, de octo, huit. Octavus, comme le grec ὄγδοος pour ὄγδοϝος se rattache par le suffixe à la terminaison du sanscrit ashtāu, qui, comme dvāu comme duo, octo, a une flexion de duel. C'est l'u de ce duel qui est devenu consonne en v à cause du suffixe us.

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Phonétique du mot « octave »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
octave ɔktav

Traductions du mot « octave »

Langue Traduction
Anglais octave
Espagnol octava
Italien ottava
Allemand oktave
Chinois 八度
Arabe اوكتاف
Portugais oitava
Russe октава
Japonais オクターブ
Basque zortzidun
Corse ottava
Source : Google Translate API
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