La langue française

Mon, ma

Définitions du mot « mon, ma »

Trésor de la Langue Française informatisé

MON, MA, MES, adj. poss.

[Déterm. du subst. ayant d'une part une fonction d'actualisation comparable à celle de l'art. le et, d'autre part, marquant la 1repers. du sing. dans le groupe nom. Comme déterm., il s'accorde en genre et en nombre avec le subst. du groupe nom.; comme 1repers., il est porteur de la marque de nombre (le sing.), mais non de celle de genre]
Rem. Le fém. ma est remplacé par mon devant voyelle ou h «non aspiré»: mon amie, mon habitude.
I. − [En dehors de l'interpellation]
A. − [Exprime une relation interpersonnelle entre le locuteur je et la pers. que désigne le subst.]
1. [Lorsque la pers. est désignée par un subst. exprimant un rapport de parenté ou tout autre type de relations sociales, le poss. est de règle] Mon père, ma soeur, ma grand-mère, mon parrain, ma marraine, mon patron, mon ami, mon collaborateur, ma voisine, etc., m'a dit...
Rem. L'absence de déterm. (ex. mère m'a dit que...) est un archaïsme suggérant une manière de s'exprimer propre à la grande bourgeoisie, à l'aristocratie; l'art. déf. en lieu et place du poss. (la mère m'a dit que... «ma mère» relève d'un niveau de lang. pop. ou partic. à des régions).
2. [Avec les hypocoristiques frérot, maman, papa, ou avec oncle ou tante suivis d'un prénom, le poss. est facultatif; sa présence relève souvent du lang. enf.] Il faisait perdu, mon papa, dans ses vieux vêtements! Ses falzars surtout y tenaient plus à rien! (Céline,Mort à crédit, 1936, p.564).
3. [La présence du poss. devant un prénom confère à la désignation une valeur affective] «Depuis que le Bon Dieu m'a privée de mon Jacques», gémissait-elle, «je ne suis plus que la moitié de rien du tout» (Martin du G.,Thib., Consult., 1928, p.1059).
4. Littér. [Le poss. renvoie au locuteur-narrateur et marque la proximité affective (souvent ironiquement) de celui-ci vis-à-vis des pers. ou personnages dont il parle] − Oh! monsieur, c'en fait bien un peu! Le maître l'envisage, voit que mon Plampougnis estime qu'on lui donne ce morceau de je ne sais combien de livres pesant pour sa part (Pourrat,Gaspard, 1922, p.59).Je m'étais poussé un peu sur la gauche et en arrivant à un sentier qui bordait la lisière, je vois mon Toucheur sauter dans le chemin creux qui mène vers la maison, tu sais bien (Aymé,Jument, 1933, p.57).Par la porte entre-bâillée le gendarme, mon gendarme de la rue Santénika, m'aperçoit, me fait signe d'entrer, me pousse au premier rang (...). Ce que c'est, quand même, que d'avoir fermé les yeux sur le bagne de femmes annexé à la prison militaire! (Vercel,Cap. Conan, 1934, p.81):
1. ... quand elle entrait dans une boîte tout le monde la regardait, ça faisait une sorte de silence... Mon François était fier comme un paon... Vailland,Drôle de jeu, 1945, p.59.
B. − [Exprime une relation de dépendance (de ce que désigne le subst. par rapport au locuteur je)]
1. [La relation est celle d'une possession «inaliénable»] Mon corps, mes yeux; je perds mon sang, mes forces; je reprends mes esprits; je l'aime de tout mon coeur. (...) Vous n'avez pas été suivie? − Je ne crois pas, j'ai pris mes jambes à mon cou (Triolet,Prem. accroc, 1945, p.79).
Rem. 1. P. oppos. à le (la, les) art. de la généralité, dans les expr. du type j'ai mal à la tête désignant une variété de malaise, ou je serre les poings exprimant un geste symbolique (colère), le poss. marque une référence concr.: j'ai mal à ma tête, je serre mes poings. 2. Le poss. est exclu avec les verbes réfl.: *je me gratte ma tête, *je me lave mes cheveux, ou avec les verbes admettant un compl. datif à qqn: *elle me relève ma tête, *elle me lave mes cheveux.
[Le subst. désigne une période appartenant à la biogr. du locuteur] À mon âge. Sur ce coteau consacré au raisin, les pins de mon enfance m'entourent tout à coup (Mauriac,Journal occup., 1942, p.343).De mes premières années, je ne retrouve guère qu'une impression confuse (Beauvoir,Mém. j. fille, 1958, p.9).
2. [Marque un rapport de possession (ma voiture, mes sous) ou une relation de dépendance plus vague (ma chambre «la chambre que j'occupe, qu'on vient de m'allouer», ma lettre «la lettre que j'ai écrite, expédiée», mon image, mon reflet «le reflet que je produis»)] Mon coolie-pousse ruisselle: la course est longue (Malraux,Conquér., 1928, p.11).Certains d'entre nous riaient de pitié quand ils surprenaient d'aventure quelques «culs-terreux» à parler entre eux de leurs travaux, qui disaient mes boeufs, mes vaches, mes betteraves, ma charrue, tous possessifs ridicules au jugement de qui ne connaît pas les champs, et comme chacun s'y identifie avec le bien qu'il fait valoir (Ambrière,Gdes vac., 1946, p.193).Sur une étagère ma photographie souriait (Beauvoir,Mandarins, 1954, p.491).
En partic. [Marque que le locuteur considère qqc. comme un acquis, comme un dû] Et là, après un silence assez long, elle murmura: − «Voilà mon été absolument gâté» (Martin du G.,Thib., Belle sais., 1923, p.922).Déguerpis immédiatement, et qu'on ne te revoie plus ici. Inutile de revenir demain. Allez, calte. − Et ma journée, Monsieur Tortose? (Queneau,Pierrot, 1942, p.31).Je n'ai plus qu'à vivre dans son souvenir et pour son souvenir. J'ai eu mes huit ans de bonheur. C'est immense (Druon,Gdes fam., t.1, 1948, p.65):
2. «Il n'y a plus d'heure française, eh! fada. De Marseille à Strasbourg les Fritz ont imposé la leur.» «Peut se faire, dit le sergent, paisible et têtu. Mais celui qui me fera changer mon [it. ds le texte] heure il est pas encore né». Sartre,Mort ds âme, 1949, p.257.
[Marque l'habitude, l'identification du locuteur à une activité] C'est vrai que je suis toujours en train de faire mon petit travail (...). Mes petites fiches, mes petites notes, mes bouts de papier. Ils finissent par me bouffer complètement, j'y perds le sens des réalités (R. Pinguet,Quelqu'un, Paris, éd. de Minuit, 1965, p.10):
3. Et vous, quel est votre café, si on voulait vous faire dire quelque chose? − Comment, mon café? − Oui, votre café habituel. − Je n'ai pas de café habituel, dit Alban, offensé. Montherl.,Bestiaires, 1926, p.394.
[Le subst. désigne le produit d'une activité] Mon livre, mon article. Le livre, l'article que j'ai écrit.
3. [Le poss. du groupe nom. obj. est coréférent au suj. je de la prop. et présente le procès du point de vue subjectif du locuteur]
[Le poss. est substitué à l'art.] Je fais ma cour, mon choix, mes débuts, mon enquête, mon malin; je pique ma crise; je prends mon élan; je donne mes ordres.
[Le poss. marque qu'une activité est de la responsabilité du locuteur] J'ai des Polonais, on n'arrive pas à écrire leurs noms... Faut pourtant que je tienne mon livre bien à jour (Dabit,Hôtel Nord, 1929, p.116).− Porc de temps! − Chaque fois que je dois aller chercher mon foin, c'est pareil (Giono,Colline, 1929, p.37).
[Dans des expr. lexicalisées] Je fais mon affaire (de); je prends mon parti (de); je prends mon plaisir, mon pied (arg.); je vais mon chemin; je fais de mon mieux, mon possible. C'est à croire que vous n'avez qu'une pensée: m'empêcher de vivre ma vie et de courir ma chance (Duhamel,Combat ombres, 1939, p.35).
4. [Dans des loc. circ.] À mon avis, à mon goût, à mon gré, à mon insu, à mon sens. Va t'occuper de ta bagnole, criait-il... Et laisse-moi soigner les chevaux à mon idée! (Dabit,Hôtel Nord, 1929, p.97).Un écrit destiné à paraître sous le manteau, à mes risques et périls (Mauriac,Bâillon dén., 1945, p.387).Pour posséder mon corps hors de toute tâche urgente, pour en jouer à ma fantaisie (Merleau-Ponty,Phénoménol. perception, 1945, p.130).
C. − [Transpose dans le groupe nom. le pron. pers. je (le subst. est un dér. morphol. de verbe ou le subst. compl. d'un verbe opérateur)]
1. [Mon est l'équivalent de je, suj. actif d'un procès ou siège d'un état]
[Le subst. est lié morphol. à un verbe] Mon acceptation, mon accès, mes allées et venues, mon analyse, mon appel, mon arrivée, mon arrêt, mon aveu, mon calcul, mon engagement, etc.
[Le subst. est le compl. d'un verbe opérateur] Mes accusations (les accusations que je porte), mes avances (les avances que je fais), ma commande (la commande que j'ai faite), mon crime (le crime que j'ai commis), mes ordres (les ordres que j'ai donnés), etc.
[Le subst. correspond à des verbes d'état ou des constr. attributives] Mon aisance (je suis à l'aise), mon angoisse (je suis angoissé), mon amertume (je suis amer), mon anxiété (je suis anxieux), mon dégoût (je suis dégoûté), ma faim (j'ai faim), etc.
2. [Le syntagme nom. exprime une action subie par le suj.] Est-ce que je pouvais dire, moi: après mon arrestation, je ferai ceci? (Camus,Peste, 1947, p.1378).
Rem. Liste des princ. subst. à sens passif (ce qui n'exclut pas pour certains la possibilité d'un sens actif): admission, arrestation, assassinat, capture, convocation, défaite, défense, dénonciation, éducation, élection, élimination, enlèvement, examen, exécution, formation, incarcération, inculpation, initiation, inscription, installation, intéressement, jugement, libération, maintien (en fonction, dans les lieux), mise (à l'essai, en condition, etc.), mutation, opération, présentation, prise (en compte), protection, punition, rachat, radiation, renvoi, sélection. Dans des loc. prép.: à mon aide, à ma perte, à ma poursuite, à ma rencontre, à mon secours.
II. − [Dans l'interpellation ou l'exclam.]
A. − [Au vocatif, c'est-à-dire dans une situation d'interpellation]
1. [Les termes de parenté utilisés comme interpellatifs sont en gén. employés sans l'adj. poss.; la présence du poss. marque diverses nuances]
[Devant les hypocoristiques (p. ex. frérot, maman, papa, soeurette, tonton), le poss. renforce l'affectivité inhérente au terme] J'ai encore eu dix sur dix, mon papa, pour le thème (Malègue,Augustin, t.1, 1933, p.61).
[Devant enfant, fille, frère, garçon, mère, père, soeur, etc., la présence du poss. suggère auj. une manière de s'exprimer propre à la grande bourgeoisie ou à l'aristocratie, ou marque une volonté de solennité] Notre père, brusquement et, comme toujours, aussitôt après le Bénédicité, lisse ses moustaches et déclare: − Mes enfants, je suis obligé de vous mettre au collège (H. Bazin,Vipère, 1948, p.270).Dona Inès: Dis-nous, ma mère, les raisons de ta visite? (Camus,Chev. Olmedo, 1957, 1rejournée, 5, p.727).
2. [Le poss. est très fréq. associé à des termes exprimant l'amour ou l'affection]
[Associé aux subst. amour, ami, etc.] Tu te souviens, ma bien-aimée, de ces vomissements? Ta chère main soutenait ma tête (Mauriac,Th. Desqueyroux, 1927, p.183).Jean, mon amour..., murmura-t-elle. Pauvre amour... Mais, comme tu es bouleversé (Daniel-Rops,Mort, 1934, p.194).
[Associé aux noms d'animaux] Ma chatte, ma colombe, mon poussin, etc. Des chuchotements fusèrent un peu partout: Viens! viens! viens! La petite ne bougeait pas; viens, mon poulet, viens, viens, ma cocotte, viens! (Sartre,Mort ds âme, 1949, p.84).
[Associé à des groupes nom. comportant un adj. exprimant l'affection (bon, cher, chéri, doux, etc.), la compassion (pauvre), l'ancienneté des relations (vieux), l'enfance ou l'assimilation à l'enfance (petit), etc.] Mon pauvre Armand, tu es quelquefois d'un cynisme... (Martin du G.,Taciturne, 1932, i, 6, p.1254).Mon cher papa, pardonne-moi, mon cher papa, la peine que j'ai pu te faire (Pagnol,Fanny, 1932, i, 1ertabl., 14, p.53).Ce n'est pas le bon chemin, ma pauvre dame, ici ça ne mène nulle part (Triolet,Prem. accroc, 1945, p.18).
[Avec l'adj. subst. ou avec effacement du subst.] Mon cher, mon/ma chéri(e), mon/ma grand(e), mon/ma petit(e), mon vieux, ma vieille. − Hé, mon brave. Faut aller se coucher. − ... core un petit verre, patron (Dabit,Hôtel Nord, 1929, p.60).Tout son petit corps tremble. − M...! Tu meurs de froid, ma belle (Bernanos,Mouchette, 1937, p.1272).
[Dans des tours du type eh bien, mon cochon, mon salaud, ma vache, exprimant la réprobation (souvent mêlée d'admiration ou d'affection)] Mais ma pauvre petite vache, est-ce que tu te rends bien compte que des centaines et des centaines de types qui ont été au stade et à l'école et tout, y ont laissé leur peau (Cocteau,Machine infern., 1934, i, p.28).
3. [Le poss. de 1repers. est présent dans les vocables servant à l'interpellation polie: madame/mesdames, mademoiselle/mesdemoiselles, monsieur/messieurs; ces vocables sont employés tantôt seuls (hep, monsieur, votre chapeau), tantôt suivis du nom ou du prénom (dites, monsieur Dupont, dites monsieur Jean), tantôt du titre (j'ai l'honneur, Madame la Présidente)]
4. [Un militaire s'adressant à un supérieur doit obligatoirement utiliser le poss. de 1repers. pour les grades supérieurs, dans les armées de terre et de l'air: mon adjudant, mon capitaine, mon colonel, mon général, mon lieutenant; cet usage est exclu pour les grades inférieurs à celui d'adjudant (et, en Belgique, pour adjudant selon Grev. 1980, § 910) ou lorsque l'interpellateur est de rang égal ou supérieur ou encore lorsque le locuteur est une femme]
5. [Lorsque l'interpellateur est un orateur s'adressant à une vaste communauté, le poss. est exclu (citoyens, citoyennes; Français, Françaises; soldats, je suis fier de vous; camarades...); en revanche dans le cas d'une communauté réduite, le recours au poss. suggère des rapports plus personnels (mes chers amis, mes chers collègues); le poss. est d'usage lorsque l'interpellateur est un religieux s'adressant à une assemblée de fidèles: Lorsqu'il attaqua l'assistance d'une seule phrase véhémente et martelée: «Mes frères, vous êtes dans le malheur, mes frères, vous l'avez mérité», un remous parcourut l'assistance jusqu'au parvis (Camus, Peste, 1947, p.1294)]
6. En partic. [Le locuteur invoque Dieu ou ses ancêtres] Le Poëte: Qu'est-ce que c'est, mon Dieu? (Claudel,Endormie, 1883, p.11).Oh! Ma mère! Si tu les avais vus! Les v'là partis à gueuler en charabia, on ne s'entendait plus (Sartre,Mort ds âme, 1949, p.221).
B. − [Dans certaines loc. exclam. par lesquelles le locuteur jure, atteste, défie, récuse] Mon cul ou var. mes couilles/mes fesses (vulg.), ma foi, mon œil, ma parole. − Seigneur, je n'ai plus rien. − Alors, allez-vous-en. Ma parole, si vous reparaissez sans être mieux muni, vous serez mal venu! (Faral,Vie temps st Louis, 1942, p.95).Je l'ai aperçu qui discutait avec un ami (un assez joli garçon, ma foi) (Queneau,Exerc. style, 1947, p.137).On entendit au loin le claquement sec d'une mitrailleuse. − DCA? − DCA, mon cul! c'est l'avion qui tire, oui! (Sartre,Mort ds âme,1949, p.87).
Rem. gén. Le groupe nom. actualisé par l'adj. poss. ne peut, en gén., comporter deux subst. coordonnés: *mes frère et soeur, *mes livres et crayons. L'on ne trouve le cas que dans qq. loc. lexicalisées, toujours au plur.: les allées et venues de M mes allées et venues; mes faits et gestes; à mes risques et périls.
Prononc. et Orth.: [mɔ ̃], [ma], [me] et [mε] (style oratoire, v. les). Littré: ,,L'n se lie, et la voyelle perd le son nasal: [mɔnami]``. Selon G. Straka ds Trav. Ling. Litt. Strasbourg, t.19, no1, 1981, p.199, la dénasalisation des voyelles nasales à la liaison est signalée dès le xvieou xviies., la lutte entre la phonét. (dénasalisation) et l'anal. (conservation de la voyelle nasale) continuant au début du xxes.: ,,Sarah Bernhardt prononçait la voyelle nasale par ex. dans [sɔ ̃noejʀ ɔ ̃], son œil rond, tandis que Féraudy, un autre acteur renommé de l'époque, disait [mɔnɑ ̃:ʒ], mon ange.`` Auj. la voyelle nasale semble l'emporter: Martinet-Walter 1973 [mɔ ̃nami], [mɔ ̃nɑ ̃fɑ ̃], mon ami, mon enfant 15/20 contre [mɔnami], [mɔnɑ ̃fɑ ̃] 2/20. V. lointain. Homon. mont, mais, mets. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Art. poss. I. Masc. A.1. Cas régime sing. fin xes. mo (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 436: Vedez mo laz); ca 1050 mun (St Alexis, éd. Chr. Storey, 155: pur mun filz; 462: le duel de mun ami); 2. cas suj. sing. ca 1050 mes (St Alexis, 464: Ne puis tant faire que mes quors s'en sazit); id. mun (id., 206: Mais nepurhuec mun pedre me desirret); ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 2050: Ma hanste est fraite e percet mun escut); id. vocatif (id., 136: La vos sivrat, ço dit, mis avoez) - 3. mon précédant un subst. fém. commençant par une voyelle fin xiies. mon airme lorr. (Sermons de St Bernard, éd. W. Foerster, p.7, 6 et p.53, 20); 1remoitié xiiies. men ame (Gaufrey, 10 ds T.-L.). B. 1. Cas régime plur. fin xes. mos (Passion, 435: Vedez mos peds); ca 1100 mes (Roland, 315: A lui lais jo mes honurs e mes fieus); 2. cas suj. plur. ca 1050 mi, mes (St Alexis, 203, 403). II. Fém. A. 1. Cas régime plur. fin xes. mas (Passion, 435: vedez mas mans); ca 1100 mes (Roland, 3282: Mes escheles, tutes les guiereiz); 2. cas suj. plur. ca 1050 mes (St Alexis, 401: O filz qui cui erent mes granz ereditez). B. 1. Cas régime sing. ca 1050 ma (St Alexis, 442: Or vei jo morte tute ma porteüre); ca 1100 élision devant voyelle (Roland, 620: Tenez m'espee), cf. mie* «amie»; 2. cas suj. sing. ca 1050 ma (St Alexis, 207: ... mun pedre me desirret Si fait ma medra...). Mes, mon - mi, mes; ma, mes sont respectivement issus des adj. poss. lat. atones mus, mum - mi, mos; ma, mas, formes réduites du type class. meus, meum - mei, meos; mea, meas, att. au viies. par le grammairien Virgilius Maro (Vään., § 284), constituant dans la langue parlée de Gaule une série distincte de la tonique; ces formes sont prob. analogiques de tuus, suus atones, régulièrement réduits à tus, sus (ibid., § 80). Le maintien du -m final de meum, mum et son amuissement dans mea(m), ma(m) sont à rapprocher de sa stabilité derrière U plus que derrière toute autre voyelle, constatée dans les inscriptions de Pompéi (Vään. Inscr., pp.132-134; F. de La Chaussée, Morphol. hist. de l'a. fr., § 67, 2o, 3o). Mon, cas suj. masc. sing., mes, cas suj. masc. plur. sont à l'orig. des formes du cas régime.
STAT. Fréq abs. littér. Mon: 172714. Ma: 117416. Mes: 71315. Fréq. rel. littér. Mon: xixes.: a) 295942, b) 254350; xxes.: a) 228247, b) 208441. Ma: xixes.: a) 194974, b) 182173; xxes.: a)150259, b) 145004. Mes: xixes.: a)134610, b) 100295; xxes.: a)83607, b) 84405.
BBG. Harris (M.). «Demonstratives», «articles» and «third person pronouns» in Fr.: changes in progress. Z. rom. Philol. 1977, t.93, pp.254. − Sandfeld (Kr.). Synt. du fr. contemp.: les pron. Paris, 1965, pp.178-221.

Wiktionnaire

Adjectif possessif

mon \mɔ̃\

  1. (Génériquement) (Sens propre) Marque la possession ou l’appartenance. Le possesseur est le locuteur, ce qu’il possède est au masculin singulier. Note : Il s’emploie également dans le cas où la chose possédée est un féminin commençant par une voyelle ou un h muet : mon arme (caractère euphonique).
    • Je n’ai pas besoin qu’on ajoute qu’il a les yeux sortants, le ventre protubérant; je l’ai vu, et ces traits, gravés dans ma mémoire, suffisent pour le représenter à mon esprit. — (Nicolas Maximilien Sidoine, marquis Séguier de Saint-Brisson, La philosophie du langage exposée d’après Aristote, à Paris chez Bourgeois-Maze, 1838, page 104)
    • Messieurs, la vérité est que ces prétendues expériences qui auraient fait bonne justice de mon arme, sont de toute fausseté. — (Perrot, Nouvelle Arme de Guerre, 1838, page 11)
  2. (Par extension) (Figuré) Pour exprimer des rapports d’habitude, de connaissance, de proximité, etc.
    • Mon voisin n’a pas respecté les règles du Code civil, que puis-je obtenir en justice ? — (Jean-Michel Guérin, Nathalie Giraud, Gérer les relations de voisinage : À jour des dernières lois, chez Eyrolles, 2012, page 73)
    1. (Familier) Avec, en plus, une note d’affection.
      • Mon bien-aimé le plus chéri, cette nuit sont arrivées les terribles nouvelles de votre duel. — (Viviane Janouin-Benanti, Le chéri magnifique : histoire d’un crime, Cheminements, 2002, page 267)
    2. Avec une marque de respect ou de reconnaissance.
      • La Gloire de mon père — (Marcel Pagnol, La Gloire de mon père, 1957)
    3. Avec un caractère identificatoire.
      • C’est ainsi que j’ai fait de mon docteur Larch un avorteur, et de Homer Wells, le jeune orphelin qu’il forme, quelqu’un qui répugne à pratiquer l’avortement. — (John Irving, Mon cinéma, aux éditions du seuil, 2013)
    4. Avec une marque de subordination.
      • Mon supérieur se sent concerné par le bien être de ses subordonnés. — (Gérard Chasseigne, Cognition, santé et vie quotidienne, Volume 3, chez Publibook, 2010, page 65)
      1. (Militaire) Est une forme d’allégeance ou de soumission (obligatoire dans sa forme vocative). Note : Par dérivation de l’expression ancienne mon sire ou mon sieur. Cette forme ne s’applique pas aux grades inférieurs (caporal, sergent, …), aux maréchaux, aux amiraux et aux femmes gradées.
        • J’ai été réveillé à trois heures et demie du matin par mon adjudant, qui m’a dit : M. le major, dépêchez-vous de vous lever, le commandant vous demande chez lui. — (Causes politiques célèbres du dix-neuvième siècle : Procès du général Malet, chez H. Langlois fils, 1827, page 51)
        • À la caserne, l’adjudant demande à une nouvelle recrue : — Votre nom ? — Lévy, mon adjudant ! — (Bernard Guyso, L'année du rire, City éditions, 2015)

Adverbe

mon \mɔ̃\

  1. (Archaïsme) Assurément, vrai. Note d’usage : Utilisé avec le pronom ce et le verbe être, avoir ou faire[3][4].
    • C’est mon.
    • Ç’a mon.
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)

Interjection

mon \mɔ̃\, parfois \mɔ̃ː\

  1. (Lorraine) (Familier) Interjection exprimant l'étonnement, la surprise ou l'admiration. Note : Abréviation de mon Dieu. [5]
    • Mon ! Le beau petit chien !
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)

Nom commun

mon \mɔn\ masculin

  1. Insigne héraldique japonais.

Adjectif possessif

ma \ma\ féminin

  1. Déterminant au féminin singulier (adjectif possessif) indiquant une relation de dépendance au locuteur je.
    • Je rentre dans ma patrie. J'ai du bon tabac dans ma tabatière.
    • Ma bière est presque finie ; mais il reste de la saucisse pour dix.
    • Je sentais l’intensité du courant grandir et à mesure ma gorge, mes mâchoires, tous les muscles de mon visage, jusqu’à mes paupières se contracter dans une crispation de plus en plus douloureuse. — (Henri Alleg, La Question, 1957)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MON. adj. possessif masculin
, qui répond au pronom personnel Moi, Je. Mon livre. Mon ami. Mon bien. Mon père. Mon frère. Il fait au féminin MA. Ma mère. Ma sœur. Ma maison. Ma chambre. Ma plus grande envie. Ma principale affaire. Mais lorsque le nom ou l'adjectif féminin, devant lequel il est placé, commence par une voyelle ou par h sans aspiration, au lieu de MA, on dit MON. Mon âme. Mon épée. Toute mon espérance. Mon unique ressource. Mon affaire principale. Mon heure n'est pas venue. Devant une h aspirée, on dit Ma au féminin. Ma hallebarde. Ma honte. Il fait au pluriel Mes. Mes amis. Mes livres. Mes affaires. Mes pensées. On s'en sert, familièrement, pour exprimer des rapports d'habitude, de connaissance, etc. C'est mon homme. Voilà bien mon fou. Je connais mon public.

Littré (1872-1877)

MON (mon ; l'n se lie, et la voyelle perd le son nasal : mo-n ami ou ma ou mê ; l's se lie : mê-z amis) adj. poss. qui répond au pronom personnel moi, je

MON, au masc.; MA au fém. ; MES au plur. pour les deux genres

  • 1Il exprime la possession qu'a la personne qui parle. Mon bien. Ma mère. Mes malheurs. Mais j'ai suivi mon ordre [l'ordre que j'ai reçu] et n'ai point deviné…, Corneille, Suréna, II, 1. Certains auteurs, parlant de leurs ouvrages, disent : mon livre, mon commentaire, mon histoire ; ils sentent leurs bourgeois qui ont pignon sur rue, Pascal, Pens. XXIV, 68, éd. HAVET. Que je ne cherche point à venger mes injures [les injures que j'ai reçues], Racine, Athal. II, 5. Il y a une conspiration contre moi plus forte que celle de Catilina ; soyez mes Cicérons, Voltaire, Lett. d'Argental, 8 janv. 1752.
  • 2Devant un nom féminin commençant par une voyelle ou par une h muette, au singulier, l'usage veut qu'on emploie le masculin. Mon amie. Mon humeur. Prenons parti, mon âme, en de telles disgrâces, Corneille, Hor. III, 1.
  • 3Il se dit aussi en parlant à une personne ou d'une personne qu'on aime. Rends-moi mon Curiace, ou laisse agir ma flamme, Corneille, Hor. IV, 5. Mon Hermione encor le tient-elle asservi ? Racine, Andr. I, 1. Ma Phoedime, eh ! qui peut concevoir ce miracle ? Racine, Mithr. IV, 1. Aussi bien n'ai-je point vu d'aujourd'hui ma cruelle Marine, c'est ma comtesse à moi, Brueys, Muet, I, 10.
  • 4 Familièrement. Il se met pour désigner des objets qui ne nous appartiennent pas dans le sens précis du mot, mais avec lesquels la personne qui parle a pourtant quelque rapport d'habitude ou de mention faite précédemment, etc. Voilà mes fous. Voilà mon homme pris, et ma vieille attrapée, Corneille, Veuve, IV, 7. Il [le chat] y tombe [dans un piége] en danger de mourir ; Et mon chat de crier, La Fontaine, Fabl. VIII, 22. Notre interprète transmit en indou le discours impie de mon jeune homme, Voltaire, Voyages de Scarmentado. Je connais mon public : l'enthousiasme passe ; il n'y a que l'amitié qui reste, Voltaire, Lett. d'Argental, 11 mars 1752. Je renverrai mon fat, et mon affaire est faite, Gresset, Méchant, III, 10.

    Il se dit dans le même sens devant les noms propres. Non, baron, je connais assez mon Londres, quoique je n'y sois que depuis trois semaines, Boissy, Français à Lond. I, 1. Je ne suis pas scrupuleux ; je lis quelquefois mon Pétrone, Diderot, Essai sur la peint. ch. 5.

  • 5Mon, ma, mes devant les adverbes ou adjectifs comparatifs forment le superlatif. Mon meilleur ami. Ma plus chère espérance. Mes moindres chagrins.

REMARQUE

1. Autrefois on disait ma devant une voyelle et on élidait l'a comme nous l'élidons dans la : m'espée, m'esperance, etc. Il en est resté seulement m'amie, m'amour. C'est dans le courant du XIVe siècle que ce solécisme a commencé à s'introduire et à prendre force d'usage ; vrai solécisme, car le féminin a toujours été ma, ta, sa, et jamais mone, tone, sone. Comment s'est-il fait ? l'ancien picard, qui disait le pour les deux genres, disait aussi pour les deux genres men au lieu de mon, ma ; il est possible que l'influence picarde, qui a été considérable, se soit fait sentir et ait causé devant les voyelles la confusion de mon et de ma.

2. Il faut dire : j'ai mal à la tête, et non pas à ma tête, parce que le pronom je montre suffisamment que c'est ma tête dont je veux parler, et que d'ailleurs on ne peut avoir mal à la tête d'un autre. Mais il faudra dire : je vois que ma jambe s'enfle, si je veux parler de ma jambe, et non pas seulement : je vois que la jambe s'enfle, parce que je peux très bien voir la jambe d'un autre s'enfler.

3. Mon, ma, mes se répètent devant chaque substantif et devant chaque adjectif, à moins que ces adjectifs n'aient à peu près le même sens. On dit donc : Mon père et ma mère sont venus ; Je lui ai montré mes beaux et mes vilains habits. Mais on dit : Je lui ai montré mes beaux et brillants équipages. Il est évident dans le dernier exemple que les adjectifs beaux et brillants sont appliqués au même substantif.

HISTORIQUE

IXe s. Si salvarai eo [je] cist [ce] meon fradre Karlo, Serment. Et Karlus meos sendra [mon selgneur], ib.

XIe s. Conseiler mei come mi hume saive [mes hommes sages], Ch. de Rol, II., Que jel suivrai od [avec] mil de mes fedelz, ib. VI. Là vous suirat, ce dist, mis avoez, ib. IX. Tu n'es mes hom, ne je ne sui tis sire, ib. XX.

XIIe s. Baron, amenez-moi mon felon boisseor [trompeur], Ronc. 198. Ma seror te donai par bone volonté, ib. 198. Men escient [à mon escient], ib. p. 26. Tenez m'espée, ib. p. 29. [à] Marsilion de moie part nonciez…, ib. 120. En Rencevals gisent mort mi Frenzois, ib. 137. Que m'amor ne soit doutée, Couci, I. Tuit mi penser sont à ma douce amie, Couci, II.

XIIIe s. Je voudroie, par m'ame, qu'ele fust decolée, Berte, XVI.

XIVe s. Et reçoy m'ame en ta benoite foy, Ménagier, I, 1. J'ay par mon ire esmeu plusieurs à jurer moult vilainement et de moult vilains sermens, ib. I, 3. Et que on le deist en ma presence et à mon ouie, ib. I, 3. Je me suis excusé et mectoie mon excusation premierement, ib.

XVe s. Je ferray [frapperai] d'estoc et de taille De m'espée sur lui tous jours, Resurrect. N. S. Mystère.

XVIe s. Pourtant je veux, m'amie et mon desir…, Marot, I, 343. Sus, louez Dieu, mon ame, en toute chose, Marot, IV, 308. Un soleil voit naistre et mourir la rose ; Mille soleils ont veu naistre m'amour, Ronsard, 52. Il m'est souvenu de mon homme, Montaigne, I, 382. Depuis le temps des rois de très louable memoire, mes pere et aieul, D'Aubigné, Hist. II, 242.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de « mon »

Berry, moun, devant une voyelle : moun âne ; wallon, mi ; Hainaut, mén ; picard, men, min ; au fém. em', ème, emn' ; provenç. mas, mon ; au fém. ma, au plur. mei, miei ; espagn. et ital. mio, mia ; du lat. meum, mea. Dans l'ancienne langue mis, mes était le nominatif singulier, pour le masculin ; mon, le régime singulier ; mi, le nominatif pluriel ; mes, le régime pluriel. Mon, ma, ainsi que le, la, ton, ta, son, sa, se caractérisent comme les seuls mots qui aient gardé les terminaisons latines en um, a ; cela tient à leur enclytisme, faisant que leur finale n'avait pas occasion de tomber.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

(Adjectif possessif) Du latin meum[1], accusatif de meus, réduit en latin tardif à mum, forme atone de meum. Comparer avec ton, son.
(Adverbe) De l’ancien français mon, lui-même probablement issu du latin munde (« proprement »)[2].
(Interjection) Ellipse évitant de dire Mon Dieu !.  (information à préciser ou à vérifier)
(Nom) Du japonais , mon.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « mon »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
mon mɔ̃

Traductions du mot « mon »

Langue Traduction
Anglais my
Espagnol mi
Italien mio
Allemand meine
Chinois 我的
Arabe لي
Portugais meu
Russe мой
Japonais 僕の
Basque nire
Corse u mo
Source : Google Translate API

Mon

Retour au sommaire ➦

Partager