La langue française

Abeille

Définitions du mot « abeille »

Trésor de la Langue Française informatisé

ABEILLE, subst. fém.

Insecte hyménoptère vivant en colonie et produisant la cire et le miel.
A.− ENTOMOL. et lang. commune :
1. Dans le calice d'une fleur La guêpe un jour voyant l'abeille, S'approche en l'appelant sa sœur. J.-P.-C. de Florian, Fables,La Guêpe et l'abeille, 1792, p. 190.
2. C'est parmi les hyménoptères que se trouvent les insectes les plus industrieux, et notamment les abeilles. G. Cuvier, Leçons d'anatomie comparée,1805, p. 87.
3. La raison est abeille, et l'on n'exige d'elle que son produit; son utilité lui tient lieu de beauté. Mais l'esprit n'est qu'un papillon, et un esprit sans agrément est comme un papillon sans couleurs : il ne cause aucun plaisir. J. Joubert, Pensées,1824, p. 165.
4. Lorsque sous la colline, au creux de la prairie, Je puis errer enfin, tout à ma rêverie, Comme loin des frelons une abeille à son miel, Et que je suis bien seul en face d'un beau ciel; Alors... Ch.-A. Sainte-Beuve, Poésies,Promenade, 1829, p. 78.
5. Chaque flot du temps superpose son alluvion, chaque race dépose sa couche sur le monument, chaque individu apporte sa pierre. Ainsi font les castors, ainsi font les abeilles, ainsi font les hommes. Le grand symbole de l'architecture, Babel, est une ruche. V. Hugo, Notre-Dame de Paris,1832, p. 132.
6. Ces animaux apprivoisés avaient l'air de lui faire cortège et de comprendre son amitié pour eux. Je n'aurais pas été étonné de le voir suivre par les abeilles et par les insectes de l'enclos. A. de Lamartine, Le Tailleur de pierre de Saint-Point,1851, p. 443.
7. Ni l'araignée, hydre étoilée, Au centre du mal se tenant, Ni l'abeille, lumière ailée, Ni la fleur, parfum rayonnant; Ni l'arbre où sur l'écorce dure L'amant grave un chiffre d'un jour, Que les ans font croître à mesure Qu'ils font décroître son amour. V. Hugo, Les Contemplations,Magnitudo parvi, 1856, p. 317.
8. La solidarité profonde, merveilleuse, qui existe dans les insectes supérieurs (abeilles, fourmis, etc.), ne se trouve point chez les oiseaux. Les bandes y sont communes, mais les vraies républiques, rares. J. Michelet, L'Oiseau,1856, p. 291.
9. Puis comme elle avait fait la veille, Au joug du labeur se mettant, Cigale en même temps qu'abeille, Elle travaillait en chantant. H. Murger, Les Nuits d'hiver,Marguerite, 1861, p. 84.
10. Le fait est que les anglaises sont d'adorables filles. Cette blondeur douce (...); cette taille si harmonieusement grecque : non pas une taille d'abeille prétentieuse, mais une taille d'ange qui reploierait ses ailes sous son corsage! S. Mallarmé, Correspondance,1862, p. 27.
11. Dans l'exemple qui nous occupe, la nature veut donc, en vue de la fécondation croisée, que l'accouplement du faux bourdon et de la reine abeille ne soit possible qu'en plein ciel. M. Maeterlinck, La Vie des abeilles,1901, p. 225.
12. Les bourdons, ces grosses abeilles velues, sonores, effrayantes mais pacifiques et que nous connaissons tous, sont d'abord solitaires. M. Maeterlinck, La Vie des abeilles,1901p. 287.
13. Mais que ne devrait pas savoir le petit scarabée dont on a si souvent raconté l'histoire, le sitaris? Ce coléoptère dépose ses œufs à l'entrée des galeries souterraines que creuse une espèce d'abeille, l'antophore. H. Bergson, L'Évolution créatrice,1907, p. 147.
14. Ainsi, l'étude comparative qu'on a faite, dans ces dernières années, de l'instinct social chez les diverses apides établit que l'instinct des méliponines est intermédiaire, quant à la complexité, entre la tendance encore rudimentaire des bombines et la science consommée de nos abeilles : pourtant entre les abeilles et les méliponines il ne peut pas y avoir un rapport de filiation. H. Bergson, L'Évolution créatrice,1907p. 172.
15. La meilleure abeille ed' not' jardin, ça n'est plus rien qu'un' mouche sitôt qu'elle a perdu sa ruche ... R. Martin du Gard, La Gonfle,1928, III, 1, p. 1217.
16. Des avions ronflent dans le ciel, comme des abeilles. P. Morand, Londres,1933, p. 137.
17. Si « l'architecte le plus malhabile se distingue de l'abeille la plus experte en ce qu'il porte d'abord la maison dans sa tête », tandis que l'abeille ne construit sa ruche que dans une suite de moments extérieurs les uns aux autres, c'est que la présence de la triple extériorité du temps dans le projet humain du travail en fait une extase ... J. Vuillemin, L'Être et le travail,1949, p. 22.
Rem. 1. Le mot abeille fonctionne gén. en oppos. avec des noms d'anim. (cf. ex. 5), des noms d'insectes (cf. ex. 1, 3, 4, 9, 11, 12, 15) ou encore avec des termes gén. (ex. 2, 6, 8) et des noms sc. (ex. 13, 14), abeille étant un terme intermédiaire entre hyménoptère (plus gén.) et anthophore (plus part.). 2. Abeille est en oppos. avec les noms d'êtres ou de choses avec lesquels elle présente des points communs : petitesse, bruit, mode de vie, supériorité, etc.; d'où des compar. fréquentes chez de nombreux aut. entre l'abeille, l'homme et l'univers. 3. Aucune attest., dans la docum., des synon. traditionnels relevés par les dict. des synon. et appartenant à des niveaux de lang. différents : mouche à miel (cour. et pop.), avette (vieilli et dial.), apis (sc.). 4. Dans l'ex. 3 abeille, sans art., prend une valeur de qualificatif.
− Assoc. syntagm. Syntagmes les plus fréquents a) Verbes dont abeilles(s) est le suj. : bourdonner (É. Zola, Une page d'amour, 1878, p. 1077) butiner (A. Gide, Les Nourritures terrestres, 1897, p. 189) travailler (H. Barbusse, Le Feu, 1916, p. 96) cf. aussi ex. 9 voler (M. Desbordes-Valmore, Œuvres poétiques, 1833, p. 6) chanter (R. Rolland, Jean-Christophe, La Nouvelle journée, 1912, p. 1565) ronfler (H. Pourrat, Gaspard des montagnes, Le Château des sept portes, 1922, p. 148); cf. aussi ex. 30 b) Adj. constr. avec abeille : domestique (M. Maeterlinck, La Vie des abeilles, 1901, p. 139) petite (J. Green, Journal, Les Pays lointains, 1928-1930, p. 294) sauvage (J.-R. Bloch, Destin du siècle, Seconds essais pour mieux comprendre mon temps, 1931, p. 35) prompte (Ch.-M. Leconte de Lisle, Poèmes antiques, 1874, p. 169) travailleuse (P. Reider, Mademoiselle Vallantin, 1862, p. 45) laborieuse (F.-R. de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 4, 1848, p. 586) infatigable (L.-C. de Saint-Martin, L'Homme de désir, 1790, p. 315) experte (J. Vuillemin, L'Être et le travail, 1949, p. 22) matinale (A. de Lamartine, La Chute d'un ange, 1838, p. 990) joyeuse (V. Hugo, Les Feuilles d'automne, 1831, p. 792) blonde (Ch.-A. Sainte-Beuve, Volupté, t. 2, 1834, p. 162) c) Subst. associés à abeille : ruche (P. Vidal de la Blache, Principes de géographie humaine, 1921, p. 205) miel (A. de Saint-Exupéry, Citadelle, 1944, p. 38); cf. aussi ex. 4 nectar (A. Chénier, Bucoliqūes, 1794, p. 257) bourdonnement (H. Bosco, Le Mas Théotime, 1945, p. 89) murmure (A. Béguin, L'Âme romantique et le rêve, 1939, p. 174) bruit (Ch. Guérin, Le Cœur solitaire, 1904, p. 70) activité (J. Michelet, L'Insecte, 1857, p. 300) essaim (R. Maran, Batouala, 1921, p. 176); cf. aussi ex. 31 cellule (E. Mounier, Traité du caractère, 1946, p. 428) rayon (A. de Lamartine, Harmonies poétiques et religieuses, 1830, p. 385) colonie (M. Maeterlinck, La Vie des abeilles, 1901, p. 117) élevage (M. Maeterlinck, La Vie des abeilles, 1901, p. 1) éleveur (M. Maeterlinck, La Vie des abeilles, 1901, p. 30) 2. Il a paru intéressant de relever qq. syntagmes rares rencontrés dans la docum. a) Sexe : la mère-abeille (J. Michelet, L'Insecte, 1857, p. 320) l'abeille-mère (J. de Pesquidoux, Chez nous, t. 2, 1923, p. 38) la reine abeille (M. Maeterlinck, La Vie des abeilles, 1901, p. 156) une abeille-reine (H. Pourrat, Gaspard des montagnes, A la belle bergère, 1925, p. 250) roi des abeilles (J. Barbey d'Aurevilly, Premier mémorandum, 1838, p. 161) jeune roi d'abeilles (P. Claudel, La Ville, 1reversion, 1893, p. 408) b) Qualités phys. de l'abeille : mielleuse abeille (A. Chénier, Bucoliques, 1794, p. 303) cuivrer une abeille (J. Barbey d'Aurevilly, Premier mémorandum, 1838, p. 208) couper une abeille en deux (Ch.-A. Sainte-Beuve, Mes Poisons, 1869, p. 101) abeille camuse (Ch.-M. Leconte de Lisle, Poèmes antiques, 1874, p. 231) abeilles de phosphore (Saint-John Perse, Exil, 1942, p. 292) la taille d'une abeille (Colette, La Maison de Claudine, 1922, p. 68) abeilles jaunes,... (A. France, Sur la pierre blanche, 1905, p. 208) c) Qualités mor. de l'abeille. − Le mot abeille est accompagné dans la plupart des textes d'épithètes à valeur laud. (gén. abeille laborieuse, active, rapide, prévoyante, etc.). Il a semblé intéressant de noter les ex. dans lesquels les qualificatifs attribués à l'insecte sont dépréc. : perfide abeille (H. de Balzac, Correspondance, 1832, p. 144) abeille prétentieuse (S. Mallarmé, Correspondance, 1871, p. 27) abeilles ténébreuses (V. Hugo, Les Misérables, 1862, p. 410) abeille importune, imprudente (R. de Gourmont, Esthétique de la langue française, 1899, p. 291) insensible abeille (Colette, L'Envers du Music-hall, 1913, p. 77) d) Activité ou organ. : l'abeille picore (Ch.-A. Sainte-Beuve, Poésies, 1829, p. 104) maîtresses-abeilles (J. Michelet, L'Insecte, 1857, p. 332) abeilles qui taraudent leur nid (M. Maeterlinck, La Vie des abeilles, 1901, p. 284) les abeilles nidifient (J. de Gaultier, Le Bovarysme, 1902, p. 143) des abeilles qui mellifient (M. Barrès, Colette Baudoche, 1909, p. 146) vrombissement d'abeilles (M. Genevoix, Raboliot, 1925, p. 313) zonzonnement des abeilles (F. Foch, Mémoires, t. 1, 1929, p. 52) unités abeilles (P.-J. Proudhon, Qu'est-ce que la propriété?, 1840, p. 319) la monarchie des abeilles (L. Menard, Rêveries d'un paien mystique, 1876, p. 142) une république d'abeilles (A. France, Le Crime de Sylvestre Bonnard, 1881, p. 414) e) L'abeille et ses relations : En relation avec les plantes : ophris-abeille (G. Duhamel, Chroniques des Pasquier, Suzanne et les jeunes hommes, 1941, p. 159) arbres à abeilles (J. de Crèvecœur, Voyage dans la Haute Pensylvanie et dans l'état de New-York, 1801, p. 46) Espèces d'abeilles : abeille arcture (G. Apollinaire, Alcools, 1913, p. 137) abeilles coupeuses de feuilles (G. Cuvier, Leçons d'anatomie comparée, 1805, p. 316) En relation avec l'être humain : femme abeille (V. Hugo, Notre-Dame de Paris, 1832, p. 296) charmeur d'abeilles (L. Cladel, Ompdrailles, 1879, p. 218) chasseur d'abeilles (Ch. Guérin, Le Cœur solitaire, 1904, p. 177) au magasin des abeilles (A. Gide, Souvenirs de la Cour d'Assises, 1913, p. 649) Espace et temps : à vol d'abeille (J. Verne, Le Tour du monde en 80 jours, 1873, p. 186) en ligne d'abeille (A. France, Balthazar, 1889, p. 180) une ligne d'abeille (J. Green, Journal, 1935, p. 141); ligne d'abeille est la trad. littérale et fautive de l'américanisme bee-line « route la plus courte pour se diriger d'un point à l'autre »; faute de Baudelaire dans ses trad. d'E. Poë un temps d'abeilles (G. Bataille, Maman Colibri, 1904, p. 15) « très beau temps permettant aux abeilles de sortir de la ruche » Astres : abeilles-comètes (V. Hugo, La Légende des siècles, 1859, p. 908)
Rem. Journet-Petit 1966 remarquent que abeille est ,,souvent empl. en vers et surtout dans la poésie descriptive, parce que les travaux et les mœurs des abeilles offrent des compar. gracieuses (cf. Besch. 1845 qui donne de nombreux ex.)``.
B.− Au fig.
1. Écrivain au style pur comme le miel (cf. hist.) :
18. ... la Cyropédie me paraît être, à peu de chose près, le vrai modèle des romans historiques. Je dis à peu de chose près, parce que les endroits où la narration m'y semble déparée par des détails minutieux, ou par un badinage de mauvais goût, sont rares, et peut-être même ennoblis dans le texte par le choix exquis, la douceur, la pureté du style de celui que les Grecs appelaient l'abeille. J.-F. Marmontel, Essai sur les romans,1799, p. 351.
19. D'Andilly, par la façon heureuse dont il enchaîne et assortit ces simples histoires, en peut être dit le Rollin et enchante comme lui : c'est l'abeille des déserts. Ch.-A. Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 2, 1842, p. 280.
20. C'est l'abeille de la France. Un tel éloge, dans la bouche de Montesquieu, à l'égard de Rollin, ressemble à une noble et bonne action, et mouille vraiment les yeux de larmes. Ch.-A. Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 3, 1848, p. 545.
2. Terme d'affection, de tendresse pour désigner une pers. :
ma pauvre abeille (J.-P. Sartre, Les Mains sales, 1948, p. 60)
ma petite abeille (J.-P. Sartre, Les Mains sales, 1948, p. 116)
ma petite pauvre abeille (J.-P. Sartre, Les Mains sales, 1948, p. 134)
C.− Emplois techn.
1. [Par réf. à la forme de l'insecte]
a) ASTRON. Constellation australe appelée aussi mouche indienne (Trév. et Littré).
b) BRODERIE. Point d'arrêt en forme d'abeille stylisée ,,Broderie plate, faite avec un cordonnet de soie. Sa forme et la disposition des brins de cordonnet lui donnent l'aspect schématique de l'abeille.`` (Vie Lang. 1966, no169, p. 226) :
21. Un autre [smoking] a ses découpes, le coin de ses poches marqué d'une « abeille » brodée [chez le couturier O' Rossen]. Art. Mode, L'Œuvre,31 mars 1941.
c) HÉRALD. (cf. hist. B 2) :
22. En 1817, dans les contre-allées de ce même champ de Mars, on apercevait de gros cylindres de bois, gisant sous la pluie, pourrissant dans l'herbe, peints en bleu avec des traces d'aigles et d'abeilles dédorées. C'étaient les colonnes qui, deux ans auparavant, avaient soutenu l'estrade de l'empereur au champ de Mai. V. Hugo, Les Misérables,t. 1, 1862, p. 144.
d) JOAILL. Dans l'expr. épingle-abeille :
23. 25 samedi. Noël. Point d'Institut. Extrait Élie Benoit, rendu le manuscrit à M. Haag; puis, au Palais-Royal, cherché une épingle-abeille pour ma femme. J. Michelet, Journal,1858, p. 449.
Assoc. syntagm. :
abeilles d'or (A. Bertrand, Gaspard de la nuit, 1841, p. 224; H. de Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes, 1848, p. 8; F.-R. de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 2, 1848, p. 547)
semé(e) d'abeilles (É. Zola, La Bête humaine, 1890, p. 275)
var. : parsemé d'abeilles (en or) (L.-F. Céline, Mort à crédit, 1936, p. 161)
semis d'abeilles (Mmede Chateaubriand, Mémoires et lettres, 1847, p. 120)
2. Nid d'abeilles [Par réf. à la forme des alvéoles construites par les abeilles et dont l'ensemble forme un nid d'abeilles]
a) AUTOM. et AVIAT. Radiateur en nids d'abeilles :
24. (les) Radiateurs en « nids d'abeilles » ... sont des radiateurs à tubes d'air accolés par soudure à leur extrémité, ... J. Guillemin, Précis de construction, et essais des avions et hydravions,1929, p. 214.
b) COUTURE ou INDUSTR. DU TEXTILE. Pour désigner un ornement en forme de nids d'abeilles (appelé aussi smock) obtenu par le travail du tissu : tissu, serviettes en nids d'abeilles.
3. [Par réf. aux mouvements de l'abeille, et peut-être à la danse qu'elle effectue pour communiquer des inform. à ses compagnes] Nom d'une danse égyptienne, réputée lascive :
25. Un jour que le vent fraîchissant enflait les voiles et que les matelots chantaient en jouant du darabouk autour de l'un d'eux qui dansait l'abeille, j'entendis de grandes clameurs sortir des eaux. M. du Camp, Le Nil, Égypte et Nubie,1854, p. 105.
26. Nous obtenons la danse de l'abeille, purement inepte! E. Fromentin, Voyage en Égypte,1869, p. 107.
4. [Par réf. au sifflement des ailes d'un essaim en vol. Dans le lang. pop.] Balle, éclat d'obus :
27. Plus perfides que les sifflements d'obus, les abeilles nous passent au-dessus de la tête, mais lui-même ne se presse nullement. H. Bordeaux, Les Derniers jours du fort de Vaux,1916, p. 63.
Rem. 1. Cf. le rapprochement abeilles et balles :
28. Aussi la laissa-t-il au fond du jardin, assise par terre en plein soleil, devant une ruche dont les abeilles ronflaient comme des balles d'or sur son cou, le long de ses bras nus, dans ses cheveux, sans la piquer. É. Zola, La Faute de l'Abbé Mouret,1875, p. 1271.
29. Parfois les balles nous accompagnaient comme un essaim d'abeilles et l'eau semblait prolonger leur plainte. H. Bordeaux, Les Derniers jours du fort de Vaux,1916, p. 45.
(Emploi enregistré ds Esn. Poilu, 1919. Cf. hist. B 8 et 9). 2. Par réf. à l'activité de l'abeille, le mot est devenu nom propre de sociétés, de journaux, etc. :
30. 26 lundi. Remercié M. Chennevières de son article dans l'Abeille. J. Michelet, Journal,1857, p. 362.
31. De cet instant la guerre fut déclarée, Bar prenant partie pour l'Abeille, Commercy se rangeant tout entier sous les étendards de la Mouche; les deux journaux semaient la haine et l'incendie aux quatre coins du département, ... G. Courteline, Le Train de8 h 47, 1888, p. 226.
Cf. en outre, comme noms de journaux :
l'Abeille de la Nouvelle-Orléans (V. Hugo, Correspondance, 1866, p. 256).
l'Abeille d'Étampes (H. Barbusse, Le Feu, 1916, p. 190).
Stylistique − Le commentaire styl. le plus pertinent est fourni par le tabl., except. riche des assosc. syntagm., qui révèlent notamment l'utilisation fréquemment symbolique du n. de l'abeille, gén. en bonne part, mais aussi, quoique plus rarement, en mauvaise part (manquent cependant des qualificatifs comme paresseuse).
Prononc. ET ORTH. − 1. Forme phon. : [abεj]. Enq. : / abεj /. 2. Dér. et composés : abeillage subst. masc., abeillé(e) adj., abeiller subst. masc., abeillère adj. fém. 3. Hist. − Fér. 1768, Gattel 1841, Nod. 1847, Fél. 1851 et Littré recommandent encore la prononc. de ce mot avec l mouillé, alors que Land. dès 1834 et Besch. 1845 acceptent le yod, la prononc. indiquée par Besch. étant déjà la prononc. mod.
Étymol. − Corresp. rom. : a. prov., port. abelha; ital. pecchia; esp. abeja; cat. abella. 1remoitié xives. « insecte qui produit le miel et la cire » (Établ. de St Louis, appendice, éd. P. Viollet, t. II, 488, n. 36, ms. I : de mouchees. I. [id est] abueilles pardues et de leur sorte, sete, sans perdre; local. : centre de la France); 1352 (Gloss. lat.-gall. ex. cod. reg. 4120 ds Du Cange s.v. abeilla : alveolus [ruche] = abeles). Empr. de l'a. prov. abelha « id. » dep. 1268 (Livre de Sydrac, fol. 117 ds Rayn.), du lat. apicula, cf. sup. ital. et lang. hisp. (lat. apicula « abeille », du domaine prov., continuation du lat. apicula, Plaute, ou, strate rom. superposée à un sous-sol apis, voir Meyer-L. ds Lit. Blatt, XL, no11-12, pp. 371-386 et Jud ds Arch. St. n. Spr., CXXVII, 1911, 419-421). La répartition des types dans le domaine gallo-rom., établie par Gilliéron (Généalogie des mots qui désignent l'abeille et Pathologie et thérapeutique verbales) reflète les réactions opposées aux collisions homon. subies par les représentants du lat. apis, du type a. fr. ef (puis é), plur. es (dep. début xiies. Ps. d'Oxford, éd. Fr. Michel, 117, 12 ds T.-L.) s.v. es : Avirunerent mei sicume es, [circumdederunt me sicut apes] (cf. vegl. guop, ital. ape, log. abe, frioul. af, gröd. eva). S'étendant d'abord à toute la France septentr., l'emploi de ef se limite à la Flandre fr. (Corblet : ès « abeille ») et à une partie des îles anglo-norm. (plus l'estuaire de la Gironde dans domaine d'oc). Ef est remplacé en fr. par mouchette (demeuré en lorr. cf. Zéliqzon, Dict. pat. rom. Moselle, mohhate « abeille ouvrière », et en fr.-comtois, cf. Monnier, Vocab. ... Séquanie, Mouchetè, s. f. « Abeilles, petites mouches » Montagnes du Doubs et Contejean, Gloss. Montbéliard, Môtchotte « abeille »), attesté en Lorraine dep. févr. 1291 (Coll. de Lorr., Not. des mss., XXVIII, 224 ds Gdf. s.v. troigh : troigh de mouxates « essaim d'abeilles »). Mouchette serait issu de mouche-ep (Gilliéron) (ep par influence de guêpe sur é, FEW; par latinisation de é d'apr. apis, E. Gamillscheg, Z. rom. Philol., XLIII, 529), hyp. controversée par Jaberg (Rom. 46, 121 : mouchette, dimin. de mouche). Mouchette aurait eu ensuite pour successeurs mouche à miel (attesté dep. 1422, dans la lang. litt. : Alain Chartier, Quadrilogue invectif ds Littré s.v. essaim : Les mouches à miel, qui chascune en leur exain ... et dominant encore dans les dial. septentr., cf. Corblet : mouches « mouches à miel ») puis abeille par l'intermédiaire de mouche-abeille (Gilliéron; contesté par Meyer-L., op cit.). − Abeille l'emporte sur son concurrent momentané avette (dimin. de af, ef), formé en Anjou. (Cf. Ronsard, Odes, II, 7 ds Hug. : Et du miel tel qu'en Hymette, La desrobe-fleur avette Remplit ses douces maisons). Forme rég. représentée par fr.-prov. aveille (dep. xives. ds Du Cange s.v. avillarium; voir Terracher ds Mél. Thomas, 1927, pp. 445-446). Répartition types apis, apiarium, apicula dans la Romania, voir Jud., Op. cit. HISTORIQUE I.− Pas de sens disparus av. 1789. II.− Hist. des sens attestés apr. 1789. − A.− Sém. A I − 1. Accept. 1, grande stab. dep. la 1remoitié du xives. cf. étymol. et aussi : 2emoitié du xives. : Que toutes les aboilles qui seront trouvees en la forest de Nichier seront a madame. Tit. de la mais. de Sully [1369], (Gdf.). xves. : Le suppliant et Colin Vallee trouverent une bezanne d'abeulles, la leverent, et en prirent tout le couppeau et miel de dedans. A. N. JJ 190, pièce 69 [1460], (Gdf.). xvies. : Dessus cest arbre par moult grandes merveilles se posa lors une turbe d'abeilles. Oct. de Sainct-Gelays, VIIeliv. de l'Énéide [1540], 60 vo., (Quem). xviies. : Comme on voit les frelons, troupe lâche et stérile, Aller piller le miel que l'abeille distille? Boil., Sat., Le départ du poète, 1966, (Rob.). xviiies. : Qu'importe au genre humain que quelques frelons pillent le miel de quelques abeilles Volt., Lett. 30/8/1755, (DG). 2. Accept. 2, le 1ersens fig., ,,par allusion à la douceur du miel``, est mentionné pour la 1refois ds Fur. 1701 : Abeille, se dit quelquefois figurément de ceux qui parlent, ou qui écrivent élégamment. Xénophon a été la Muse et l'Abeille Athénienne, à cause de la douceur de son stile. Mle Sc. Les ex. de l'art. sém. montrent que le mot d'abord devenu nom propre qualificatif (« surnom ») est devenu ensuite chez qq. auteurs un nom commun à valeur symbolique désignant une catégorie d'écrivains. Le sens fig., terme d'affection, n'est apparu qu'au xxes. (cf. sém. B 2). B.− Sém. B (technol.). − A partir du xviiies. apparaît une série de sens techn. (les uns p. anal. avec la forme de l'insecte ou de son alvéole, les autres par référence aux diverses qualités de l'abeille); ils sont cités ci-dessous dans l'ordre chronol. de leur apparition. 1. Astronomie : Abeille est l'une des douze constellations australes qui ont été observées par les modernes depuis les grandes navigations. Oz. Fur. 1701. 2. Héraldique : Abeille, symbole de l'autorité impériale. Ac. Compl. 1842. − Rem. On sait que l'abeille, symbole du travail, fut adoptée comme emblème par Napoléon Ier(qui voulait aussi rattacher par là la dynastie qu'il venait de fonder à la première qui eut régné sur la France, l'abeille ayant déjà été l'emblème des Mérovingiens). 3. Titre de sociétés et de périodiques : Mich., Journal, 1857, (cf. sém.). 4. Joaillerie : épingle-abeille, attesté en 1858 (cf. sém.); abeille continue à s'employer au xxes. (Ph. Hériat, Les enfants gâtés, 1939, IV, 3). 5. Danse : Pas de l'abeille, danse lascive de l'Égypte. La Châtre 1865. 6. Text. dans l'expr. tissu ou serviette nid(s)-d'abeilles que le DG définit ainsi : ,,Travail d'un tissu qui ressemble aux cellules d'une ruche.`` 7. Autom., aviat., abeille appliqué à ces techniques (début du xxes.?) n'est empl. que dans l'expr. radiateur en nids d'abeilles (cf. sém.). 8. Arg., « fille galante » (Bruant 1901). 9. Milit. « petit éclat d'obus », Esn. Poilu 1919. 11. Ébénisterie, apparaît ds Lar. 20e: Bois d'abeille, nom donné à un bois dur, très apprécié en ébénisterie, et qui provient de la Guyane, des Indes et des Iles de la Sonde. − Rem. Pour la répartition géogr. des appellations de l'abeille, cf. les travaux de Gilliéron et FEW s.v. apicula et musca.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 1 513. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 1 524, b) 2 421; xxes. : a) 3 590, b) 1 676.
BBG. − Alex. 1768. − Bouillet 1859. − Brard 1838. − Comm. 1837-92. − Gilliéron (J.). Généalogie des mots qui désignent l'abeille d'après l'Atlas linguistique de la France. Paris, 1918 [Cr. Jaberg (K.). Romania. 1920, t. 46, p. 121-135; Meyer-Lübke (W.). Literaturblatt fur germanische und romanische Philologie. 1919, t. 40, no11/12, p. 371-380]. − Gilliéron (J.). Pathologie et thérapeutique verbales. Paris, 1921. − Gramm. 1789. − Grandm. 1852. − Lafon 1963. − Lavedan 1964. − Littré-Robin 1865. − Marcel 1938. − Nysten 1814-20. − Piéron 1963. − Pokorny (J.). Zum Keltischen Bienenwort. Z. rom. Philol. 1963, t. 79, p. 526-527. − Privat-Foc. 1870. − Réau-Rond. 1951. − Terracher (A.). Aveille (apicula à Paris?) In : [Mélanges Thomas (A.)]. Paris, 1927, p. 345-458.

Wiktionnaire

Nom commun

abeille \a.bɛj\ féminin

  1. (Entomologie) Abeille à miel ; insecte porte-aiguillon, social et domestiqué pour la fabrication du miel et de la cire d’abeille.
    • Vous savez que les abeilles ont été apportées en Amérique par les Blancs. […] les abeilles sont les sentinelles avancées de Blancs : au fur et à mesure que les Blancs s’enfoncent dans l’intérieur de l’Amérique, les abeilles partent en avant pour leur tracer la route et leur indiquer les défrichements. — (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, Éditions Amyot, Paris, 1858, page 185)
    • […]; l’hydromel y était une boisson fort en usage ; ce qui prouve que l'art d'élever les abeilles y était pratiqué en grand, et qu'on savait enlever à ces industrieux travailleurs le miel qu'ils produisaient. — (François-Xavier Masson, Annales ardennaises, ou Histoire des lieux qui forment le département des Ardennes et des contrées voisines, Mézières : imprimerie Lelaurin, 1861, page 54)
    • Puis nous passons à l’histoire naturelle et étudions les mœurs des abeilles, des fourmis, des sauterelles et les vertus de certaines plantes médicinales. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 123)
    • Réclamation du lieutenant Viard, dont la compagnie est près d’un rucher, et qui a déjà deux hommes piqués. Mais interdiction formelle d’enfumer les abeilles avant le café. — (Jean Giraudoux, Retour d’Alsace – Août 1914, 1916)
    • À l’école, à la maison, on nous répétait : « Ne faites pas de mal aux abeilles. » Nous pouvions tuer une mouche, un taon, une guêpe ; mais quand une abeille entrait dans la pièce, familière et pareille elle-même à une goutte de miel, nous la suivions d’un regard ravi. — (Marcel Arland, Terre natale, 1938, réédition Le Livre de Poche, pages 178-179)
    • Pour ce faire, il convient de ne pas perdre de vue le modèle empirique de l’abeille qui produit un excrétat nourricier, le miel, mais qui sécrète également du venin, substance toxique. — (Gilles Tétart, Le Sang des fleurs – une anthropologie de l’abeille et du miel, 2004, page 135)
  2. (Héraldique) Meuble représentant l’animal du même nom dans les armoiries.
    • Abeille. Cet insecte est représenté montant, les ailes tantôt closes, tantôt étendues. Dans ce dernier cas, l’abeille est volante (I, 68). — (Johannes Baptist Rietstap, Armorial général : précédé d’un Dictionnaire des termes du blason, tome 1 (A–K), G. B. van Goor Zonen, Gouda, 1884)
    • D’argent au flambeau au trait de sable, accosté de deux abeilles d’or ; à la champagne ondée d’azur chargée de trois trangles ondées d’argent, qui est de Verrieres → voir illustration « armoiries avec 2 abeilles »
  3. (Spécifiquement) Représentation symbolique du pouvoir et du règne de Napoléon.
    • Envolons-nous, comme les abeilles du manteau impérial devant les exhortations hugoliennes! — (San-Antonio, Béru-Béru, Éditions Fleuve noir, 1970, chap. 7)
  4. (Par extension) (Zoologie) Insecte hyménoptère ailé, appartenant à la super-famille des apoïdes, important pollinisateur qui se nourrit généralement de nectar.
    • La majorité des abeilles sont solitaires.
  5. (Figuré) (Littérature) Écrivain dont on considère le style pur comme le miel [1].
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  6. (Par métonymie) (Au pluriel) Bourdonnement sonore provoqué par des décharges partielles à l’approche d’un orage.
    • Les alpinistes français disent alors qu'ils ont entendu « les abeilles » : soudain, sur toutes les surfaces, se créent de petites décharges bruyantes. Après cette sensation sonore d'abeilles, une autre observation est que les cheveux se dressent droit au-dessus de la tête, et que des étincelles peuvent se former entre les dents quand on ouvre la bouche. — (Orage en montagne sur l’encyclopédie Wikipédia Wikipedia-logo-v2.svg)
  7. (Vieilli) (Militaire) Durant la première guerre mondiale, désigne une balle.
    • Les crêtes surtout sont périlleuses. Les mitrailleuses boches sont braquées sur elles à demeure. Par intervalles se déclenche leur tacata et les abeilles meurtrières bruissent au ras du sol. — (Daniel Mornet, Tranchées de Verdun, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1990)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ABEILLE. n. f.
Insecte hyménoptère qui vit en essaim et qui produit la cire et le miel. Abeilles sauvages, domestiques. Mère abeille ou Abeille mère. Abeille ouvrière. Essaim d'abeilles. Ruche d'abeilles.

Littré (1872-1877)

ABEILLE (a-bè-ll' ; ll mouillées) s. f.
  • Insecte qui produit le miel et la cire, et qui appartient au genre des insectes hyménoptères. Un essaim d'abeilles se compose d'une femelle, de mâles et de neutres ou ouvrières ; les femelles et les neutres sont armés d'un aiguillon long d'environ deux lignes. L'aiguillon de l'abeille reste presque toujours dans la piqûre, si l'insecte a été chassé brusquement. L'abeille recueille le miel dans les fleurs. Comme on voit les frelons, troupe lâche et stérile, Aller piller le miel que l'abeille distille, Boileau, Sat. I. Les lieux où croît l'encens, où murmure l'abeille, Ducis, Abuf. I, 5. Je suis chose légère et semblable aux abeilles, A qui le bon Platon compare nos merveilles, La Fontaine, Ép. à Huet. Et semblable à l'abeille en nos jardins éclose, De différentes fleurs j'assemble et je compose Le miel que je produis, Rousseau J.-B. Ode au C. de Luc. Le ruisseau n'apprend pas à couler dans sa pente, L'aigle à fendre les airs d'une aile indépendante, L'abeille à composer son miel, Lamartine, Nouv. méd. V. Et que mes doux regards soient suspendus au tien, Comme l'abeille avide aux feuilles de la rose, Lamartine, ib. X.

    La reine des abeilles. Autrefois on croyait que c'était un roi. Jusqu'au son de sa voix [de Louis XIV] et à l'adresse et à la grâce naturelle et majestueuse de toute sa personne le faisaient distinguer jusqu'à sa mort comme le roi des abeilles, Saint-Simon, 406, 68.

    Le manteau impérial et les armoiries de Napoléon étaient semées d'abeilles d'or. Aussi a-t-on dit quelquefois les abeilles pour l'Empire.

    Constellation australe qu'on nomme aussi Mouche indienne.

HISTORIQUE

XIIIe s. Et se il trovent aucun emblant ées (abeilles) en la forest, cil qui i seront trové feront au seigneur soixante sols d'amende, Du Cange, apicularii. Il m'avironnerent aussi comme es, Psautier, f. 143.

XVe s. Le suppliant et Colin trouverent une bezanne [ruche] d'abeulles, la levèrent et en prirent tout le couppeau et le miel de dedans, Du Cange, besana. Une multitude d'avilles, ce sont mouches qui font la cire et le miel, Du Cange, avillarium.

XVIe s. Les ruches sont pleines quand les abeilles chassent opiniastrement de leurs ruches les freslons ou abeillauds, De Serres, 447. Les abeilles ou avettes, les guespes, les freslons, Paré, 23, 34. Ainsi qu'au mois d'avril, on voit de fleur en fleur, De jardin en jardin, l'ingénieuse abeille Voleter et piller une moisson vermeille, Ronsard, Sonn. à des Caurres.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

ABEILLE, s. f. insecte de l’espece des mouches. Il y en a de trois sortes : la premiere & la plus nombreuse des trois est l’abeille commune : la seconde est moins abondante ; ce sont les faux bourdons ou mâles : enfin la troisieme est la plus rare, ce sont les femelles.

Les abeilles femelles que l’on appelle reines ou meres abeilles, étoient connues des Anciens sous le nom de Rois des abeilles, parce qu’autrefois on n’avoit pas distingué leur sexe : mais aujourd’hui il n’est plus équivoque. On les a vû pondre des œufs, & on en trouve aussi en grande quantité dans leur corps. Il n’y a ordinairement qu’une Reine dans une ruche ; ainsi il est très-difficile de la voir : cependant on pourroit la reconnoître assez aisément, parce qu’elle est plus grande que les autres ; sa tête est plus allongée, & ses ailes sont très-courtes par rapport à son corps ; elles n’en couvrent guere que la moitié ; au contraire celles des autres abeilles couvrent le corps en entier. La Reine est plus longue que les mâles : mais elle n’est pas aussi grosse. On a prétendu autrefois qu’elle n’avoit point d’aiguillon : cependant Aristote le connoissoit ; mais il croyoit qu’elle ne s’en servoit jamais. Il est aujourd’hui très-certain que les abeilles femelles ont un aiguillon même plus long que celui des ouvrieres ; cet aiguillon est recourbé. Il faut avoüer qu’elles s’en servent fort rarement, ce n’est qu’après avoir été irritées pendant long-tems : mais alors elles piquent avec leur aiguillon, & la piquûre est accompagnée de venin comme celle des abeilles communes. Il ne paroît pas que la mere abeille ait d’autre emploi dans la ruche que celui de multiplier l’espece, ce qu’elle fait par une ponte fort abondante ; car elle produit dix à douze mille œufs en sept semaines, & communément trente à quarante mille par an.

On appelle les abeilles mâles faux bourdons pour les distinguer de certaines mouches que l’on connoît sous le nom de bourdons. Voyez Bourdon.

On ne trouve ordinairement des mâles dans les ruches que depuis le commencement ou le milieu du mois de Mai jusques vers la fin du mois de Juillet ; leur nombre se multiplie de jour en jour pendant ce tems, à la fin duquel ils périssent subitement de mort violente, comme on le verra dans la suite.

Les mâles sont moins grands que la Reine, & plus grands que les ouvrieres ; ils ont la tête plus ronde, ils ne vivent que de miel, au lieu que les ouvrieres mangent souvent de la cire brute. Dès que l’aurore paroît, celles-ci partent pour aller travailler, les mâles sortent bien plus tard, & c’est seulement pour voltiger autour de la ruche, sans travailler. Ils rentrent avant le serein & la fraîcheur du soir ; ils n’ont ni aiguillon, ni patelles, ni dents saillantes comme les ouvrieres. Leurs dents sont petites, plates & cachées, leur trompe est aussi plus courte & plus déliée : mais leurs yeux sont plus grands & beaucoup plus gros que ceux des ouvrieres : ils couvrent tout le dessus de la partie supérieure de la tête, au lieu que les yeux des autres forment simplement une espece de bourlet de chaque côté.

On trouve dans certains tems des faux bourdons qui ont à leur extrémité postérieure deux cornes charnues aussi longues que le tiers ou la moitié de leur corps : il paroît aussi quelquefois entre ces deux cornes un corps charnu qui se recourbe en haut. Si ces parties ne sont pas apparentes au dehors, on peut les faire sortir en pressant le ventre du faux bourdon ; si on l’ouvre, on voit dans des vaisseaux & dans des réservoirs une liqueur laiteuse, qui est vraissemblablement la liqueur séminale. On croit que toutes ces parties sont celles de la génération ; car on ne les trouve pas dans les abeilles meres, ni dans les ouvrieres. L’unique emploi que l’on connoisse aux mâles, est de féconder la Reine ; aussi dès que la ponte est finie, les abeilles ouvrieres les chassent & les tuent.

Il y a des abeilles qui n’ont point de sexe. En les disséquant on n’a jamais trouvé dans leurs corps aucune partie qui eût quelque rapport avec celles qui caractérisent les abeilles mâles ou les femelles. On les appelle mulets ou abeilles communes, parce qu’elles sont en beaucoup plus grand nombre que celles qui ont un sexe. Il y en a dans une seule ruche jusqu’à quinze ou seize mille, & plus, tandis qu’on n’y trouve quelquefois que deux ou trois cens mâles, quelquefois sept ou huit cens, ou mille au plus.

On désigne aussi les abeilles communes par le nom d’ouvrieres, parce qu’elles font tout l’ouvrage qui est nécessaire pour l’entretien de la ruche, soit la récolte du miel & de la cire, soit la construction des alvéoles ; elles soignent les petites abeilles ; enfin elles tiennent la ruche propre, & elles écartent tous les animaux étrangers qui pourroient être nuisibles. La tête des abeilles communes est triangulaire ; la pointe du triangle est formée par la rencontre de deux dents posées horisontalement l’une à côté de l’autre, longues, saillantes & mobiles. Ces dents servent à la construction des alvéoles : aussi sont-elles plus fortes dans les abeilles ouvrieres que dans les autres. Si on écarte ces deux dents, on voit qu’elles sont comme des especes de cuillieres dont la concavité est en-dedans. Les abeilles ont quatre ailes, deux grandes & deux petites ; en les levant, on trouve de chaque côté auprès de l’origine de l’aile de dessous en tirant vers l’estomac, une ouverture ressemblante à une bouche ; c’est l’ouverture de l’un des poumons : il y en a une autre sous chacune des premieres jambes, desorte qu’il y a quatre ouvertures sur le corcelet (V. Corcelet) & douze autres de part & d’autre sur les six anneaux qui composent le corps : ces ouvertures sont nommées stigmates. Voyez Stigmates.

L’air entre par ces stigmates, & circule dans le corps par le moyen d’un grand nombre de petits canaux ; enfin il en sort par les pores de la peau. Si on tiraille un peu la tête de l’abeille, on voit qu’elle ne tient à la poitrine ou corcelet que par un cou très court, & le corcelet ne tient au corps que par un filet très-mince. Le corps est couvert en entier par six grandes pieces écailleuses, qui portent en recouvrement l’une sur l’autre, & forment six anneaux qui laissent au corps toute sa souplesse. On appelle antennes (Voyez Antennes) ces especes de cornes mobiles & articulées qui sont sur la tête, une de chaque côté ; les antennes des mâles n’ont que onze articulations, celles des autres en ont quinze.

L’abeille a six jambes placées deux à deux en trois rangs ; chaque jambe est garnie à l’extrémité de deux grands ongles & de deux petits, entre lesquels il y a une partie molle & charnue. La jambe est composée de cinq pieces, les deux premieres sont garnies de poils ; la quatrieme piece de la seconde & de la troisieme paire est appellée la brosse : cette partie est quarrée, sa face extérieure est rase & lisse, l’intérieure est plus chargée de poils que nos brosses ne le sont ordinairement, & ces poils sont disposés de la même façon. C’est avec ces sortes de brosses que l’abeille ramasse les poussieres des étamines qui tombent sur son corps, lorsqu’elle est sur une fleur pour faire la récolte de la cire. Voyez Cire. Elle en fait de petites pelotes qu’elle transporte à l’aide de ses jambes sur la palette qui est la troisieme partie des jambes de la troisieme paire. Les jambes de devant transportent à celles du milieu ces petites masses ; celles-ci les placent & les empilent sur la palette des jambes de derriere.

Cette manœuvre se fait avec tant d’agilité & de promptitude, qu’il est impossible d’en distinguer les mouvemens lorsque l’abeille est vigoureuse. Pour bien distinguer cette manœuvre de l’abeille, il faut l’observer lorsqu’elle est affoiblie & engourdie par la rigueur d’une mauvaise saison. Les palettes sont de figure triangulaire ; leur face extérieure est lisse & luisante, des poils s’élevent au-dessus des bords ; comme ils sont droits, roides & serrés, & qu’ils l’environnent, ils forment avec cette surface une espece de corbeille : c’est-là que l’abeille dépose, à l’aide de ses pattes, les petites pelotes qu’elle a formées avec les brosses ; plusieurs pelotes réunies sur la palette font une masse qui est quelquefois aussi grosse qu’un grain de poivre.

La trompe de l’abeille est une partie qui se développe & qui se replie. Lorsqu’elle est dépliée, on la voit descendre du dessous des deux grosses dents saillantes qui sont à l’extrémité de la tête. La trompe paroît dans cet état comme une lame assez épaisse, très-luisante & de couleur châtain. Cette lame est appliquée contre le dessous de la tête : mais on n’en voit alors qu’une moitié qui est repliée sur l’autre ; lorsque l’abeille la déplie, l’extrémité qui est du côté des dents s’éleve, & on apperçoit alors celle qui étoit dessous. On découvre aussi par ce déplacement la bouche & la langue de l’abeille qui sont au-dessus des deux dents. Lorsque la trompe est repliée, on ne voit que les étuis qui la renferment.

Pour développer & pour examiner cet organe, il faudroit entrer dans un grand détail. Il suffira de dire ici que c’est par le moyen de cet organe que les abeilles recueillent le miel ; elles plongent leur trompe dans la liqueur miellée pour la faire passer sur la surface extérieure. Cette surface de la trompe forme avec les étuis un canal par lequel le miel est conduit : mais c’est la trompe seule qui étant un corps musculeux, force par ses différentes inflexions & mouvemens vermiculaires la liqueur d’aller en avant, & qui la pousse vers le gosier.

Les abeilles ouvrieres ont deux estomacs ; l’un reçoit le miel, & l’autre la cire : celui du miel a un cou qui tient lieu d’œsophage, par lequel passe la liqueur que la trompe y conduit, & qui doit s’y changer en miel parfait : l’estomac où la cire brute se change en vraie cire, est au-dessous de celui du miel. Voyez Cire, Miel.

L’aiguillon est caché dans l’état de repos ; pour le faire sortir, il faut presser l’extrémité du corps de l’abeille. On le voit paroître accompagné de deux corps blancs qui forment ensemble une espece de boîte, dans laquelle il est logé lorsqu’il est dans le corps. Cet aiguillon est semblable à un petit dard qui, quoique très-délié, est cependant creux d’un bout à l’autre. Lorsqu’on le comprime vers la base, on fait monter à la pointe une petite goute d’une liqueur extrèmement transparente ; c’est-là ce qui envenime les plaies que fait l’aiguillon. On peut faire une équivoque par rapport à l’aiguillon comme par rapport à la trompe, ce qui paroît être l’aiguillon n’en est que l’étui ; c’est par l’extrémité de cet étui que l’aiguillon sort, & qu’il est dardé en même tems que la liqueur empoisonnée. De plus cet aiguillon est double ; il y en a deux à côté qui jouent en même tems, ou séparément au gré de l’abeille ; ils sont de matiere de corne ou d’écaille, leur extrémité est taillée en scie, les dents sont inclinées de chaque côté, de sorte que les pointes sont dirigées vers la base de l’aiguillon, ce qui fait qu’il ne peut sortir de la plaie sans la déchirer ; ainsi il faut que l’abeille le retire avec force. Si elle fait ce mouvement avec trop de promptitude, l’aiguillon casse & il reste dans la plaie ; & en se séparant du corps de l’abeille, il arrache la vessie qui contient le venin, & qui est posée au-dedans à la base de l’aiguillon. Une partie des entrailles sort en même tems, ainsi cette séparation de l’aiguillon est mortelle pour la mouche. L’aiguillon qui reste dans la plaie a encore du mouvement quoique séparé du corps de l’abeille ; il s’incline alternativement dans des sens contraires, & il s’enfonce de plus en plus.

La liqueur qui coule dans l’étui de l’aiguillon est un véritable venin, qui cause la douleur que l’on éprouve lorsqu’on a été piqué par une abeille. Si on goûte de ce venin, on le sent d’abord douçâtre : mais il devient bien-tôt acre & brûlant ; plus l’abeille est vigoureuse, plus la douleur de la piquûre est grande. On sait que dans l’hyver on en souffre moins que dans l’été, toutes choses égales de la part de l’abeille : il y a des gens qui sont plus ou moins sensibles à cette piquûre que d’autres. Si l’abeille pique pour la seconde fois, elle fait moins de mal qu’à la premiere fois, encore moins à une troisieme ; enfin le venin s’épuise, & alors l’abeille ne se fait presque plus sentir. On a toûjours cru qu’un certain nombre de piquûres faites à la fois sur le corps d’un animal pourroient le faire mourir ; le fait a été confirmé plusieurs fois ; on a même voulu déterminer le nombre de piquûres qui seroit nécessaire pour faire mourir un grand animal ; on a aussi cherché le remede qui détruiroit ce venin : mais on a trouvé seulement le moyen d’appaiser les douleurs en frottant l’endroit blessé avec de l’huile d’olive, ou en y appliquant du persil pilé. Quoi qu’il en soit du remede, il ne faut jamais manquer en pareil cas de retirer l’aiguillon, s’il est resté dans la plaie comme il arrive presque toûjours. Au reste la crainte des piquûres ne doit pas empêcher que l’on approche des ruches : les abeilles ne piquent point lorsqu’on ne les irrite pas ; on peut impunément les laisser promener sur sa main ou sur son visage, elles s’en vont d’elles-mêmes sans faire de mal : au contraire si on les chasse, elles piquent pour se défendre.

Pour suivre un ordre dans l’histoire succincte des abeilles que l’on va faire ici, il faut la commencer dans le tems où la mere abeille est fécondée. Elle peut l’être dès le quatrieme ou cinquieme jour après celui où elle est sortie de l’état de nymphe pour entrer dans celui de mouche, comme on le dira dans la suite. Il seroit presque impossible de voir dans la ruche l’accouplement des abeilles, parce que la reine reste presque toûjours dans le milieu où elle est cachée par les gâteaux de cire, & par les abeilles qui l’environnent. On a tiré de la ruche des abeilles meres, & on les a mises avec des mâles dans des bocaux pour voir ce qui s’y passeroit.

On est obligé pour avoir une mere abeille de plonger une ruche dans l’eau, & de noyer à demi toutes les abeilles, ou de les enfumer, afin de pouvoir les examiner chacune séparément pour reconnoître la mere. Lorsqu’elle est revenue de cet état violent, elle ne reprend pas d’abord assez de vivacité pour être bien disposée à l’accouplement. Ce n’est donc que par des hasards que l’on en peut trouver qui fassent réussir l’expérience ; il faut d’ailleurs que cette mere soit jeune ; de plus il faut éviter le tems où elle est dans le plus fort de la ponte. Dès qu’on présente un mâle à une mere abeille bien choisie, aussitôt elle s’en approche, le lêche avec sa trompe, & lui présente du miel : elle le touche avec ses pattes, tourne autour de lui, se place vis-à-vis, lui brosse la tête avec ses jambes, &c. Le mâle reste quelquefois immobile pendant un quart-d’heure ; & enfin il fait à peu près les mêmes choses que la femelle ; celle-ci s’anime alors davantage. On l’a vûe monter sur le corps du mâle ; elle recourba l’extrémité du sien, pour l’appliquer contre l’extrémité de celui du mâle, qui faisoit sortir les deux cornes charnues & la partie recourbée en arc. Supposé que cette partie soit, comme on le croit, celle qui opere l’accouplement, il faut nécessairement que l’abeille femelle soit placée sur le mâle pour la rencontrer, parce qu’elle est recourbée en haut ; c’est ce qu’on a observé pendant trois ou quatre heures. Il y eut plusieurs accouplemens, après quoi le mâle resta immobile, la femelle lui mordit le corcelet, & le soûleva en faisant passer sa tête sous le corps du mâle ; mais ce fut en vain, car il étoit mort. On présenta un autre mâle : mais la mere abeille ne s’en occupa point du tout, & continua pendant tout le reste du jour de faire différens efforts pour tâcher de ranimer le premier. Le lendemain elle monta de nouveau sur le corps du premier mâle, & se recourba de la même façon que la veille, pour appliquer l’extrémité de son corps contre celui du mâle. L’accouplement des abeilles ne consiste-t-il que dans cette jonction qui ne dure qu’un instant ? On présume que c’est la mere abeille qui attaque le mâle avec qui elle veut s’accoupler ; si c’étoit au contraire les mâles qui attaquassent cette femelle, ils seroient quelquefois mille mâles pour une femelle. Le tems de la fécondation doit être nécessairement celui où il y a des mâles dans la ruche ; il dure environ six semaines prises dans les mois de Mai & de Juin ; c’est aussi dans ce même tems que les essains quittent les ruches. Les reines qui sortent sont fécondées ; car on a observé des essains entiers dans lesquels il ne se trouvoit aucun mâle, par conséquent la reine n’auroit pû être fécondée avant la ponte qu’elle fait : aussi-tôt que l’essain est fixé quelque part, vingt-quatre heures après on trouve des œufs dans les gâteaux.

Après l’accouplement, il se forme des œufs dans la matrice de la mere abeille ; cette matrice est divisée en deux branches, dont chacune est terminée par plusieurs filets : chaque filet est creux ; c’est une sorte de vaisseau qui renferme plusieurs œufs disposés à quelque distance les uns des autres dans toute sa longueur. Ces œufs sont d’abord fort petits, ils tombent successivement dans les branches de la matrice, & passent dans le corps de ce viscere pour sortir au-dehors ; il y a un corps sphérique posé sur la matrice ; on croit qu’il en degoutte une liqueur visqueuse qui enduit les œufs, & qui les colle au fond des alvéoles, lorsqu’ils y sont déposés dans le tems de la ponte. On a estimé que chaque extrémité des branches de la matrice est composée de plus de 150 vaisseaux, & que chacun peut contenir dix-sept œufs sensibles à l’œil, par conséquent une mere abeille prête à pondre a cinq mille œufs visibles. Le nombre de ceux qui ne sont pas encore visibles, & qui doivent grossir pendant la ponte, doit être beaucoup plus grand ; ainsi il est aisé de concevoir comment une mere abeille peut pondre dix à douze mille œufs, & plus, en sept ou huit semaines.

Les abeilles ouvrieres ont un instinct singulier pour prévoir le tems auquel la mere abeille doit faire la ponte, & le nombre d’œufs qu’elle doit déposer ; lorsqu’il surpasse celui des alvéoles qui sont faits, elles en ébauchent de nouveaux pour fournir au besoin pressant ; elles semblent connoître que les œufs des abeilles ouvrieres sortiront les premiers, & qu’il y en aura plusieurs milliers ; qu’il viendra ensuite plusieurs centaines d’œufs qui produiront des mâles ; & qu’enfin la ponte finira par trois ou quatre, & quelquefois par plus de quinze ou vingt œufs d’où sortiront les femelles. Comme ces trois sortes d’abeilles sont de différentes grosseurs, elles y proportionnent la grandeur des alvéoles. Il est aisé de distinguer à l’œil ceux des reines, & que l’on a appellé pour cette raison alvéoles royaux ; ils sont les plus grands. Ceux des faux bourdons sont plus petits que ceux des reines, mais plus grands que ceux des mulets ou abeilles ouvrieres.

La mere abeille distingue parfaitement ces différens alvéoles ; lorsqu’elle fait sa ponte, elle arrive environnée de dix ou douze abeilles ouvrieres, plus ou moins, qui semblent la conduire & la soigner ; les unes lui présentent du miel avec leur trompe, les autres la lêchent & la brossent. Elle entre d’abord dans un alvéole la tête la premiere, & elle y reste pendant quelques instans ; ensuite elle en sort, & y rentre à reculons ; la ponte est faite dans un moment. Elle en fait cinq ou six de suite, après quoi elle se repose avant que de continuer. Quelquefois elle passe devant un alvéole vuide sans s’y arrêter.

Le tems de la ponte est fort long ; car c’est presque toute l’année, excepté l’hyver. Le fort de cette ponte est au printems ; on a calculé que dans les mois de Mars & de Mai, la mere abeille doit pondre environ douze mille œufs, ce qui fait environ deux cens œufs par jour : ces douze mille œufs forment en partie l’essain qui sort à la fin de Mai ou au mois de Juin, & remplacent les anciennes mouches qui font partie de l’essain ; car après sa sortie, la ruche n’est pas moins peuplée qu’au commencement de Mars.

Les œufs des abeilles ont six fois plus de longueur que de diametre ; ils sont courbes, l’une de leurs extrémités est plus petite que l’autre : elles sont arrondies toutes les deux. Ces œufs sont d’une couleur blanche tirant sur le bleu ; ils sont revêtus d’une membrane flexible, desorte qu’on peut les plier, & cela se peut faire sans nuire à l’embrion. Chaque œuf est logé séparément dans un alvéole, & placé de façon à faire connoître qu’il est sorti du corps de la mere par le petit bout ; car cette extrémité est collée au fond de l’alvéole. Lorsque la mere ne trouve pas un assez grand nombre de cellules pour tous les œufs qui sont prêts à sortir, elle en met deux ou trois, & même quatre dans un seul alvéole ; ils ne doivent pas y rester ; car un seul ver doit remplir dans la suite l’alvéole en entier. On a vû les abeilles ouvrieres retirer tous les œufs surnuméraires : mais on ne sçait pas si elles les replacent dans d’autres alvéoles ; on ne croit pas qu’il se trouve dans aucune circonstance plusieurs œufs dans les cellules royales.

La chaleur de la ruche suffit pour faire éclorre les œufs, souvent elle surpasse de deux degrés celle de nos étés les plus chauds : en deux ou trois jours l’œuf est éclos ; il en sort un ver qui tombe dans l’alvéole. Dès qu’il a pris un peu d’accroissement, il se roule en cercle ; il est blanc, charnu, & sa tête ressemble à celle des vers à soie ; le ver est posé de façon qu’en se tournant, il trouve une sorte de gelée ou de bouillie qui est au fond de l’alvéole, & qui lui sert de nourriture. On voit des abeilles ouvrieres qui visitent plusieurs fois chaque jour les alvéoles où sont les vers : elles y entrent la tête la premiere, & y restent quelque tems. On n’a jamais pû voir ce qu’elles y faisoient : mais il est à croire qu’elles renouvellent la bouillie dont le ver se nourrit. Il vient d’autres abeilles qui ne s’arrêtent qu’un instant à l’entrée de l’alvéole comme pour voir s’il ne manque rien au ver. Avant que d’entrer dans une cellule, elles passent successivement devant plusieurs ; elles ont un soin continuel de tous les vers qui viennent de la ponte de leur reine : mais si on apporte dans la ruche des gâteaux dans lesquels il y auroit des vers d’une autre ruche, elles les laissent périr, & même elles les entraînent dehors. Chacun des vers qui est né dans la ruche n’a que la quantité de nourriture qui lui est nécessaire, excepté ceux qui doivent être changés en reines ; il reste du superflu dans les alvéoles de ceux-ci. La quantité de la nourriture est proportionnée à l’âge du ver ; lorsqu’ils sont jeunes, c’est une bouillie blanchâtre, insipide comme de la colle de farine. Dans un âge plus avancé, c’est une gelée jaunâtre ou verdâtre qui a un goût de sucre ou de miel ; enfin lorsqu’ils ont pris tout leur accroissement, la nourriture a un goût de sucre mêlé d’acide. On croit que cette matiere est composée de miel & de cire que l’abeille a plus ou moins digérés, & qu’elle peut rendre par la bouche lorsqu’il lui plaît.

Il ne sort du corps des vers aucun excrément : aussi ont-ils pris tout leur accroissement en cinq ou six jours. Lorsqu’un ver est parvenu à ce point, les abeilles ouvrieres ferment son alvéole avec de la cire ; le couvercle est plat pour ceux dont il doit sortir des abeilles ouvrieres, & convexe pour ceux des faux bourdons. Lorsque l’alvéole est fermé, le ver tapisse l’intérieur de sa cellule avec une toile de soie : il tire cette soie de son corps au moyen d’une filiere pareille à celle des vers à soie, qu’il a au-dessous de la bouche. La toile de soie est tissue de fils qui sont très-proches les uns des autres, & qui se croisent ; elle est appliquée exactement contre les parois de l’alvéole. On en trouve où il y a jusqu’à vingt toiles les unes sur les autres ; c’est parce que le même alvéole a servi successivement à vingt vers, qui y ont appliqué chacun une toile ; car lorsque les abeilles ouvrieres nettoyent une cellule où un ver s’est métamorphosé, elles enlevent toutes les dépouilles de la nymphe sans toucher à la toile de soie. On a remarqué que les cellules d’où sortent les reines ne servent jamais deux fois ; les abeilles les détruisent pour en bâtir d’autres sur leurs fondemens.

Le ver après avoir tapissé de soie son alvéole, quitte sa peau de ver ; & à la place de sa premiere peau, il s’en trouve une bien plus fine : c’est ainsi qu’il se change en nymphe. Voyez Nymphe. Cette nymphe est blanche dans les premiers jours ; ensuite ses yeux deviennent rougeâtres, il paroît des poils ; enfin après environ quinze jours, c’est une mouche bien formée, & recouverte d’une peau qu’elle perce pour paroître au jour. Mais cette opération est fort laborieuse pour celles qui n’ont pas de force, comme il arrive dans les tems froids. Il y en a qui périssent après avoir passé la tête hors de l’enveloppe, sans pouvoir en sortir. Les abeilles ouvrieres qui avoient tant de soin pour nourrir le ver, ne donnent aucun secours à ces petites abeilles lorsqu’elles sont dans leurs enveloppes : mais dès qu’elles sont parvenues à en sortir, elles accourent pour leur rendre tous les services dont elles ont besoin. Elles leur donnent du miel, les lêchent avec leurs trompes & les essuient, car ces petites abeilles sont mouillées, lorsqu’elles sortent de leur enveloppe ; elles se sechent bien-tôt ; elles déploient les ailes ; elles marchent pendant quelque tems sur les gâteaux ; enfin elles sortent au-dehors, s’envolent ; & dès le premier jour elles rapportent dans la ruche du miel & de la cire.

Les abeilles se nourrissent de miel & de cire brute ; on croit que le mêlange de ces deux matieres est nécessaire pour que leurs digestions soient bonnes ; on croit aussi que ces insectes sont attaqués d’une maladie qu’on appelle le dévoiement, lorsqu’ils sont obligés de vivre de miel seulement. Dans l’état naturel, il n’arrive pas que les excrémens des abeilles qui sont toujours liquides, tombent sur d’autres abeilles, ce qui leur feroit un très-grand mal ; dans le dévoiement, ce mal arrive parce que les abeilles n’ayant pas assez de force pour se mettre dans une position convenable les unes par rapport aux autres, celles qui sont au-dessus laissent tomber sur celles qui sont au-dessous une matiere qui gâte leurs ailes, qui bouche les organes de la respiration, & qui les fait périr.

Voilà la seule maladie des abeilles qui soit bien connue ; on peut y remédier en mettant dans la ruche où sont les malades, un gâteau que l’on tire d’une autre ruche, & dont les alvéoles sont remplis de cire brute : c’est l’aliment dont la disette a causé la maladie ; on pourroit aussi y suppléer par une composition ; celle qui a paru la meilleure se fait avec une demi-livre de sucre, autant de bon miel, une chopine de vin rouge, & environ un quarteron de fine farine de féve. Les abeilles courent risque de se noyer en bûvant dans des ruisseaux ou dans des réservoirs dont les bords sont escarpés. Pour prévenir cet inconvénient, il est à propos de leur donner de l’eau dans des assiettes autour de leur ruche. On peut reconnoître les jeunes abeilles & les vieilles par leur couleur. Les premieres ont les anneaux bruns & les poils blancs ; les vieilles ont au contraire les poils roux & les anneaux d’une couleur moins brune que les jeunes. Celles-ci ont les ailes saines & entieres ; dans un âge plus avancé, les ailes se frangent & se déchiquetent à force de servir. On n’a pas encore pû savoir quelle étoit la durée de la vie des abeilles : quelques Auteurs ont prétendu qu’elles vivoient dix ans, d’autres sept ; d’autres enfin ont rapproché de beaucoup le terme de leur mort naturelle, en le fixant à la fin de la premiere année : c’est peut-être l’opinion la mieux fondée ; il seroit difficile d’en avoir la preuve ; car on ne pourroit pas garder une abeille séparément des autres : ces insectes ne peuvent vivre qu’en société.

Après avoir suivi les abeilles dans leurs différens âges, il faut rapporter les faits les plus remarquables dans l’espece de société qu’elles composent. Une ruche ne peut subsister, s’il n’y a une abeille mere ; & s’il s’en trouve plusieurs, les abeilles ouvrieres tuent les surnuméraires. Jusqu’à ce que cette exécution soit faite, elles ne travaillent point, tout est en desordre dans la ruche. On trouve communément des ruches qui ont jusqu’à seize ou dix-huit mille habitans ; ces insectes travaillent assidûment tant que la température de l’air le leur permet. Elles sortent de la ruche dès que l’aurore paroît ; au printems, dans les mois d’Avril & de Mai, il n’y a aucune interruption dans leurs courses depuis quatre heures du matin jusqu’à huit heures du soir ; on en voit à tout instant sortir de la ruche & y rentrer chargées de butin. On a compté qu’il en sortoit jusqu’à cent par minute, & qu’une seule abeille pouvoit faire cinq, & même jusqu’à sept voyages en un jour. Dans les mois de Juillet & d’Août, elles rentrent ordinairement dans la ruche pour y passer le milieu du jour ; on ne croit pas qu’elles craignent pour elles-mêmes la grande chaleur, c’est plûtôt parce que l’ardeur du Soleil ayant desséché les étamines des fleurs, il leur est plus difficile de les pelotonner ensemble pour les transporter ; aussi celles qui rencontrent des plantes aquatiques qui sont humides, travaillent à toute heure.

Il y a des tems critiques où elles tâchent de surmonter tout obstacle, c’est lorsqu’un essain s’est fixé dans un nouveau gîte ; alors il faut nécessairement construire des gâteaux ; pour cela, elles travaillent continuellement ; elles iroient jusqu’à une lieue pour avoir une seule pelotte de cire. Cependant la pluie & l’orage sont insurmontables ; dès qu’un nuage paroît l’annoncer, on voit les abeilles se rassembler de tous côtés, & rentrer avec promptitude dans la ruche. Celles qui rapportent du miel ne vont pas toûjours le déposer dans les alvéoles ; elles le distribuent souvent en chemin à d’autres abeilles qu’elles rencontrent ; elles en donnent aussi à celles qui travaillent dans la ruche, & même il s’en trouve qui le leur enlevent de force.

Les abeilles qui recueillent la cire brute, l’avalent quelquefois pour lui faire prendre dans leur estomac la qualité de vraie cire : mais le plus souvent elles la rapportent en pelotes, & la remettent à d’autres ouvrieres qui l’avalent pour la préparer ; enfin la cire brute est aussi déposée dans les alvéoles. L’abeille qui arrive chargée entre dans un alvéole, détache avec l’extrémité de ses jambes du milieu les deux pelotes qui tiennent aux jambes de derriere, & les fait tomber au fond de l’alvéole. Si cette mouche quitte alors l’alvéole, il en vient une autre qui met les deux pelottes en une seule masse qu’elle étend au fond de la cellule ; peu-à-peu elle est remplie de cire brute que les abeilles pétrissent de la même façon, & qu’elles détrempent avec du miel. Quelque laborieuses que soient les abeilles, elles ne peuvent pas être toûjours en mouvement ; il faut bien qu’elles prennent du repos pour se délasser : pendant l’hyver, ce repos est forcé ; le froid les engourdit, & les met dans l’inaction ; alors elles s’accrochent les unes aux autres par les pattes, & se suspendent en forme de guirlande.

Les abeilles ouvrieres semblent respecter la mere abeille, & les abeilles mâles seulement, parce qu’elles sont nécessaires pour la multiplication de l’espece. Elles suivent la reine, parce que c’est d’elle que sortent les œufs : mais elles n’en reconnoissent qu’une, & elles tuent les autres ; une seule produit une assez grande quantité d’œufs. Elles fournissent des alimens aux faux bourdons pendant tout le tems qu’ils sont nécessaires pour féconder la reine : mais dès qu’elle cesse de s’en approcher, ce qui arrive dans le mois de Juin, dans le mois de Juillet, ou dans le mois d’Août, les abeilles ouvrieres les tuent à coup d’aiguillon, & les entraînent hors de la ruche : elles sont quelquefois deux, trois, ou quatre ensemble pour se défaire d’un faux bourdon. En même tems elles détruisent tous les œufs & tous les vers dont il doit sortir des faux bourdons ; la mere abeille en produira dans sa ponte un assez grand nombre pour une autre génération. Les abeilles ouvrieres tournent aussi leur aiguillon contre leurs pareilles ; & toutes les fois qu’elles se battent deux ensemble, il en coûte la vie à l’une, & souvent à toutes les deux, lorsque celle qui a porté le coup mortel ne peut pas retirer son aiguillon ; il y a aussi des combats généraux dont on parlera au mot Essain.

Les abeilles ouvrieres se servent encore de leur aiguillon contre tous les animaux qui entrent dans leur ruche, comme des limaces, des limaçons, des scarabés, &c. Elles les tuent & les entraînent dehors. Si le fardeau est au-dessus de leur force, elles ont un moyen d’empêcher que la mauvaise odeur de l’animal ne les incommode ; elles l’enduisent de propolis, qui est une résine qu’elles emploient pour espalmer la ruche. Voyez Propolis. Les guêpes & les frélons tuent les abeilles, & leur ouvrent le ventre pour tirer le miel qui est dans leurs entrailles ; elles pourroient se défendre contre ces insectes, s’ils ne les attaquoient par surprise : mais il leur est impossible de résister aux moineaux qui en mangent une grande quantité, lorsqu’ils sont dans le voisinage des ruches. Voyez Mousset, Swammerdam, les Mémoires de M. Maraldi dans le Recueil de l’Académie Royale des Sciences, & le cinquieme Volume des Mémoires pour servir à l’histoire des Insectes, par M. de Reaumur, dont cet abrégé a été tiré en grande partie. Voyez Alvéole, Essain, Gateau, Propolis, Ruche, Insecte .

Il y a plusieurs especes d’abeilles différentes de celles qui produisent le miel & la cire ; l’une des principales especes, beaucoup plus grosse que les abeilles, est connue sous le nom de bourdon. Voyez Bourdon.

Les abeilles que l’on appelle perce-bois sont presque aussi grosses que les bourdons ; leur corps est applati & presque ras : elles sont d’un beau noir luisant, à l’exception des ailes dont la couleur est violette. On les voit dans les jardins dès le commencement du printems, & on entend de loin le bruit qu’elles font en volant : elles pratiquent leur nid dans des morceaux de bois sec qui commencent à se pourrir ; elles y percent des trous avec leurs dents ; d’où vient leur nom de perce-bois. Ces trous ont douze à quinze pouces de longueur, & sont assez larges pour qu’elles puissent y passer librement. Elles divisent chaque trou en plusieurs cellules de sept ou huit lignes de longueur ; elles sont séparées les unes des autres par une cloison faite avec de la sciûre de bois & une espece de colle. Avant que de fermer la premiere piece, l’abeille y dépose un œuf, & elle y met une pâtée composée d’étamines de fleurs, humectée de miel, qui sert de nourriture au ver lorsqu’il est éclos : la premiere cellule étant fermée, elle fait les mêmes choses dans la seconde, & successivement dans toutes les autres. Le ver se métamorphose dans la suite en nymphe, & il sort de cette nymphe une mouche qui va faire d’autres trous, & pondre de nouveaux œufs, si c’est une femelle.

Une autre espece d’abeille construit son nid avec une sorte de mortier. Les femelles sont aussi noires que les abeilles perce-bois & plus velues ; on voit seulement un peu de couleur jaunâtre en-dessous à leur partie postérieure : elles ont un aiguillon pareil à celui des mouches à miel ; les mâles n’en ont point, ils sont de couleur fauve ou rousse. Les femelles construisent seules les nids, sans que les mâles y travaillent : ces nids n’ont que l’apparence d’un morceau de terre gros comme la moitié d’un œuf, collé contre un mur ; ils sont à l’exposition du Midi. Si on détache ce nid, on voit dans son intérieur environ huit ou dix cavités dans lesquelles on trouve, ou des vers & de la pâtée, ou des nymphes, ou des mouches. Cette abeille transporte entre ses dents une petite pelote composée de sable, de terre, & d’une liqueur gluante qui lie le tout ensemble, & elle applique & façonne avec ses dents la charge de mortier qu’elle a apportée pour la construction du nid. Elle commence par faire une cellule à laquelle elle donne la figure d’un petit dé à coudre ; elle la remplit de pâtée, & elle y dépose un œuf & ensuite elle la ferme. Elle fait ainsi successivement, & dans différentes directions sept ou huit cellules qui doivent composer le nid en entier ; enfin elle remplit avec un mortier grossier les vuides que les cellules laissent entr’elles, & elle enduit le tout d’une couche fort épaisse.

Il y a d’autres abeilles qui font des nids sous terre ; elles sont presque aussi grosses que des mouches à miel ; leur nid est cylindrique à l’extérieur, & arrondi aux deux bouts : il est posé horisontalement & recouvert de terre de l’épaisseur de plusieurs pouces, soit dans un jardin, soit en plein champ, quelquefois dans la crête d’un sillon. La mouche commence d’abord par creuser un trou propre à recevoir ce cylindre ; ensuite elle le forme avec des feuilles découpées : cette premiere couche de feuilles n’est qu’une enveloppe qui doit être commune à cinq ou six petites cellules faites avec des feuilles comme la premiere enveloppe. Chaque cellule est aussi cylindrique & arrondie par l’un des bouts ; l’abeille découpe des feuilles en demi-ovale : chaque piece est la moitié d’un ovale coupé sur son petit diametre. Si on faisoit entrer trois pieces de cette figure dans un dé à coudre pour couvrir ses parois intérieures, de façon que chaque piece anticipât un peu sur la piece voisine, on feroit ce que fait l’abeille dont nous parlons. Pour construire une petite cellule dans l’enveloppe commune, elle double & triple les feuilles pour rendre la petite cellule plus solide, & elle les joint ensemble, de façon que la pâtée qu’elle y dépose avec l’œuf ne puisse couler au-dehors. L’ouverture de la cellule est aussi fermée par des feuilles découpées en rond qui joignent exactement les bords de la cellule. Il y a trois feuilles l’une sur l’autre pour faire ce couvercle. Cette premiere cellule étant placée à l’un des bouts de l’enveloppe cylindrique, de façon que son bout arrondi touche les parois intérieures du bout arrondi de l’enveloppe ; la mouche fait une seconde cellule située de la même façon, & ensuite d’autres jusqu’au bout de l’enveloppe. Chacune a environ six lignes de longueur sur trois lignes de diametre, & renferme de la pâtée & un ver qui, après avoir passé par l’état de nymphe, devient une abeille. Il y en a de plusieurs especes : chacune n’emploie que la feuille d’une même plante ; les unes celles de rosier, d’autres celles du maronnier, de l’orme : d’autres abeilles construisent leurs nids à peu près de la même façon, mais avec des matériaux différens ; c’est une matiere analogue à la soie, & qui sort de leur bouche.

Il y a des abeilles qui font seulement un trou en terre ; elles déposent un œuf avec la pâtée qui sert d’aliment au ver, & elles remplissent ensuite le reste du trou avec de la terre. Il y en a d’autres qui, après avoir creusé en terre des trous d’environ trois pouces de profondeur, les revêtissent avec des feuilles de coquelicot : elles les découpent & les appliquent exactement sur les parois du trou : elles mettent au moins deux feuilles l’une sur l’autre. C’est sur cette couche de fleurs que la mouche dépose un œuf & la pâtée du ver ; & comme cela ne suffit pas pour remplir toute la partie du trou qui est revêtue de fleurs, elle renverse la partie de la tenture qui déborde, & en fait une couverture pour la pâtée & pour l’œuf, ensuite elle remplit le reste du trou avec de la terre.

On trouvera l’Histoire de toutes ces mouches dans le sixieme Volume des Mémoires pour servir à l’Histoire des Insectes, par M. de Reaumur, dont cet abregé a été tiré. Voyez Mouche, Insecte. (I)

Abeilles, (Myth.) passerent pour les nourrices de Jupiter sur ce qu’on en trouva des ruches dans l’antre de Dicté, où Jupiter avoit été nourri.

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « abeille »

(XIIIe siècle) Mot emprunté à l’occitan abelha, du latin populaire apicŭla « petite abeille », diminutif de ăpis « abeille » (ancien français avette).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Berry, avette ; picard, ès, eps ; provenç. abelha ; espagn. abeja ; ital. ape. L'ital. ape, l'anc. franç. ée, le picard ès, eps viennent de apis ; le berry vient d'un diminutif en ette, apette ou avette ; le français, le provenç. et l'espagn. d'un diminutif apicula. Dès les premiers temps du bas-latin, on trouve une tendance à substituer le b au p du mot primitif ; par ex. De furtis abium, Lex Sal. LASPEYRES, p. 26.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Phonétique du mot « abeille »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
abeille abɛj

Citations contenant le mot « abeille »

  • Humble comme un agneau, diligente comme une abeille, belle comme un oiseau de paradis, fidèle comme une tourterelle. De Proverbe russe
  • L'âme humaine est comme l'abeille qui puise son miel même de l'amertume des fleurs. De Henryk Sienkiewicz / Sans dogme
  • Le matin, quand on est abeille, pas d'histoires, faut aller butiner. Henri Michaux, Tranches de savoir, Cercle des Arts
  • On peut considérer l'homme comme un animal d'espèce supérieure qui produit des philosophies et des poèmes à peu près comme les vers à soie font leurs cocons et comme les abeilles font leurs ruches. Hippolyte Adolphe Taine, La Fontaine et ses Fables, Préface
  • Nous voyons l'abeille se poser sur toutes les plantes et tirer de chacune le meilleur. Isocrate, À Démonicos, 52 (traduction Mathieu et Brémond)
  • Une abeille vaut mieux que mille mouches. De Proverbe français
  • La femme est un papillon qui pique comme une abeille. De Anonyme
  • L'abeille brusque-t-elle le jasmin ? De Proverbe persan
  • L’abeille qui reste au nid n’amasse pas de miel. De Proverbe québécois
  • La douceur du miel ne console pas de la piqûre de l’abeille. De Proverbe français
  • Pour butiner le miel, il ne faut pas que l'abeille reste à la ruche. De Proverbe français
  • La diligente abeille n’a pas de temps pour la tristesse. De William Blake
  • Vis au milieu des hommes comme une abeille au milieu des oiseaux. De Hazrat Ali
  • La chair des femmes se nourrit de caresses comme l'abeille de fleurs. De Anatole France / Le lys rouge
  • Imitons l'abeille, elle fait de grandes randonnées, sans perdre son objectif. De Louis-Marie Parent
  • Ce qui n'est point utile à l'essaim, n'est point utile à l'abeille. De Montesquieu / Cahiers
  • Du bon miel dans le pt'it déj des lève tôt ce matin avec l'abeille et la bête ! Circuit Court nous fait découvrir cette miellerie de Mérigny tenue par deux passionnés, Philippe Pavageau & Aurélie Houbre. France Bleu, L'abeille et la bête à Mérigny (36)
  • Cette semaine dans Impressions normandes, nous vous faisons découvrir un lieu inédit, en première ligne dans la sauvegarde des abeilles et en particulier de l'abeille noire. Nous allons au Centre d'Etude Technique Apicole "Abeille Noire de l'Orne". Nous sommes au Manoir de Courboyer avec Jérémie Loizeau et ses invités au cœur de cette drôle de ruche... , Le CETA de l'Orne, un lieu singulier pour sauver l'abeille noire 1/5
  • Une espèce d'abeilles au Vietnam utilise des excréments d'animaux, qu'elles collent à l'entrée de leurs ruches, pour dissuader les redoutables frelons géants de s'y aventurer, selon une étude. Comme toutes les abeilles, l'espèce asiatique Apis cerana ne fait pas le poids face aux attaques de frelons géants tels que Vespa soror ou Vespa mandarinia. D'abord parce que ces derniers sont environ «  quatre à cinq fois plus grands  », explique à l'Agence France-Presse Heather Mattila, professeure de biologie à l'Université américaine de Wellesley. Ensuite parce que là où un frelon ordinaire, comme Vespa velutina, attaque en solitaire, les espèces géantes «  exécutent aussi des attaques en groupe  », poursuit l'autrice de l'étude, parue mercredi dans Nature Communications. Typiquement, un «  éclaireur  » va marquer chimiquement une ruche en s'y frottant le ventre avant d'y retourner avec jusqu'à cinquante congénères. Le Point, Les excréments, nouvelle arme des abeilles contre les frelons - Le Point
  • C'est un peu comme s'il avait décidé de confiner ses abeilles! Xavier Dumont, retraité et apiculteur à Latrape (Haute-Garonne) a commencé une drôle d'expérience le 20 novembre dans sa grande maison perdue dans la campagne, au sud de Toulouse. Pour trouver une solution à la mortalité des abeilles, il a installé quatre ruches dans sa cave, histoire d'inciter les butineuses à la léthargie. Une façon de lutter contre les conséquences du réchauffement climatique qui maintient les butineuses en éveil et une méthode déjà utilisée au Canada mais… contre le froid. leparisien.fr, Réchauffement climatique : pour diminuer leur mortalité, il met ses abeilles à la cave cet hiver - Le Parisien
  • Petite fugue sucrée parmi les abeilles et les ruches. France Culture, Miel, le baume de l’hiver
  • Maurice Rouvière, président D’abeille et sagesse, à Lédignan, a été sollicité pour participer au film documentaire réalisé par Perrine Bertrand et Yan Grill, Être avec les abeilles. Pour eux, le constat est sans appel : la mortalité chez les abeilles explose. La main de l’homme y est pour beaucoup : les traitements et les produits toxiques, les fleurs que nous arrachons, des techniques plus industrielles que productivistes, des abeilles génétiquement modifiées ou inséminées artificiellement dans une planète de plus en plus fragilisée. midilibre.fr, Être avec les abeilles - midilibre.fr
  • Un apiculteur de Haute-Garonne lance une expérimentation pour tenter de faire diminuer la mortalité des abeilles. L’idée est de mettre des ruches en cave pendant l’hiver. Explications. France 3 Occitanie, Mortalité des abeilles : un apiculteur propose une étude sur la mise en cave des ruches
  • Dans l'épisode sept, Benedict porte une petite abeille noire brodée sur son col. Mais surtout, dans l'une des toutes premières scènes de La Chronique des Bridgerton, une abeille se trouve sur la porte de la maison de la famille, puis une autre apparaît sur le rebord d'une fenêtre après l'accouchement de Daphné (Phoebe Dynevor), à la toute fin de la série. Si la saison 2 suit les intrigues du livre, les prochains épisodes devraient non seulement révéler la vérité sur la mort d'Edmund, mais aussi se concentrer sur la peur d'Anthony de mourir jeune. Vous savez désormais que la présence de l'abeille n'est pas le fruit du hasard et si on va plus loin… pourrait-elle même indiquer la mort prochaine d'un personnage ? En attendant d'avoir toutes les réponses, ne ratez pas notre article sur les petits secrets de cette série ! , La Chronique des Bridgerton (Netflix) : pourquoi l'abeille à la fin de la saison 1 est très importante pour la suite de la série ? On vous explique tout !
  • Dans le deuxième roman, le patriarche de la famille Bridgerton - qui est déjà mort dans la série - va justement mourir après une réaction allergique suite à une piqûre d'abeille. C'est suite à sa mort qu'Anthony devient Vicomte et va ensuite rencontrer sa future épouse. Dans le livre, les abeilles font souvent des apparitions. Ce clin d'oeil dans le final de la saison 1 semble donc encore une fois indiquer qu'Anthony sera au coeur de l'action pour la suite de la série. purebreak.com, La Chronique des Bridgerton saison 2 : cette scène est un gros indice sur la suite - Purebreak
  • L’aventure entre les hommes et les abeilles a sans doute commencé il y a plusieurs dizaines de milliers d’années comme en témoignent des résidus de cire découverts dans une grotte d’Afrique du Sud datée de 40 000 ans.  France Culture, C’est bon le miel

Traductions du mot « abeille »

Langue Traduction
Anglais bee
Espagnol abeja
Italien ape
Allemand biene
Chinois 蜜蜂
Arabe نحلة
Portugais abelha
Russe пчела
Japonais
Basque erlea
Corse ape
Source : Google Translate API

Abeille

Retour au sommaire ➦

Partager