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« Mieux vaut tard que jamais » : signification et origine du proverbe

Sommaire

  • Origines du proverbe « Mieux vaut tard que jamais »
  • Signification du proverbe « Mieux vaut tard que jamais »
  • Exemples d'usage du proverbe « Mieux vaut tard que jamais »

Ponctuée d'un point d'exclamation chargé d'ironie, la formule « Mieux vaut tard que jamais ! » s'est beaucoup employée récemment, dans les médias comme dans les conversations privées, pour saluer l'arrivée tant attendue des masques chirurgicaux destinés à protéger de la contamination du coronavirus. Mais d'où vient ce proverbe que nous utilisons tous les jours ? 

« Mieux vaut tard que jamais », Grandville, Cent Proverbes, 1845

Origines du proverbe « Mieux vaut tard que jamais »

On peut remonter la piste du proverbe « Mieux vaut tard que jamais » jusqu'au lointain XVe siècle, mais il faut attendre Les Curiosités françoises d'Antoine Oudin, en 1640, pour en lire la première définition, sous la forme « Il vaut mieux tard que jamais » : « Il est mieux de se reconnaître tard que point du tout, d'obtenir une chose tard que de ne l'avoir point ». 

À l'origine, le proverbe « Il vaut mieux tard que jamais » a donc valeur de conseil, de précepte tiré de l'expérience ancestrale. Comme c'est le cas de nombreux proverbes visant à guider dans la conduite à adopter, celui-ci répartit les éléments du choix dans les plateaux de la balance (tard/jamais) et tranche en faveur de ce qui lui paraît préférable (il vaut mieux). Le tout raccourci en « Mieux vaut » a d'ailleurs donné naissance à de nombreux proverbes qui évaluent et prescrivent, tels « Mieux vaut faire envie que pitié », « Mieux vaut être seul que mal accompagné »…

Signification du proverbe « Mieux vaut tard que jamais »

On n'utilise plus aujourd'hui le proverbe « Mieux vaut tard que jamais » dans le même contexte qu'autrefois. En effet, on est passé d'un usage prescriptif, sous-entendant qu'il est préférable de finir par faire une chose, qui aurait déjà dû être accomplie depuis longtemps, que de ne pas la faire du tout, à un double usage qui s'est peu à peu figé. C'est ainsi qu'on recourt désormais au proverbe « Mieux vaut tard que jamais » pour sanctionner la conduite d'une personne qui nous paraît choquante par son irrespect des règles sociales de la politesse, de la ponctualité. « Mieux vaut tard que jamais ! » lance-t-on d'un ton ironique à quelqu'un qui arrive à un rendez-vous avec un retard important, ou à propos de quelqu'un qui songe enfin à nous remercier très longtemps après le service qu'on lui a rendu. La formule a donc valeur de réprobation et transcrit notre mécontentement devant le comportement d'autrui qu'on juge répréhensible. Bref, « C'est pas trop tôt ! », pourrait-on aussi dire dans un registre plus familier.

Et le proverbe peut également être utilisé en manière d'excuse, lorsqu'on a conscience, justement, d'avoir passé les bornes de la politesse, désamorçant de la sorte l'agacement que notre conduite a légitimement dû susciter : « Mieux vaut tard que jamais », écrira-t-on ainsi au destinataire d'une lettre de remerciement qu'on se reproche d'avoir longtemps différée, « Mieux vaut tard que jamais », dira-t-on à quelqu'un qui attend de nous la réalisation d'un travail que nous aurions dû achever depuis longtemps déjà.   

Exemples d'usage du proverbe « Mieux vaut tard que jamais »

Le proverbe « Mieux vaut tard que jamais » se décline unanimement dans les langues de nos voisins : 

  • anglais : better late than never  
  • allemand : besser spät als nie
  • espagnol : más vale tarde que nunca
  • italien : meglio tardi che mai
  • portugais : antes tarde do que nunca

On a déjà vu fleurir des variations autour du proverbe, jouant de la contrepèterie (permutation de syllabes) et de la paronymie (ressemblance de sons), qui aboutissent à des phrases drôles et absurdes : « Vieux motard que jamais », « Vieux motards, que d'années ! ».

Citations littéraires : 

Lecteur, j'avais oublié de vous peindre le site des trois personnages dont il s'agit ici : Jacques, son maître et l'hôtesse ; faute de cette attention, vous les avez entendus parler, mais vous ne les avez point vus; il vaut mieux tard que jamais.

Denis Diderot, Jacques le Fataliste et son maître, 1796

Eh bien, monsieur Minoret, dit le maire (ancien meunier devenu royaliste, un Levrault-Crémière), quand le diable devint vieux, il se fit ermite. Votre oncle est, dit-on, des nôtres. Vaut mieux tard que jamais, mon cousin, répondit le maître de poste en essayant de dissimuler sa contrariété.

Honoré de Balzac, Ursule Mirouët, 1841

Mais elle devait être dans des endroits qu'elle s'amusait bien car elle ne m'a pas seulement dit qu'elle était contrariée d'avoir fait attendre Monsieur, elle m'a répondu d'un air de se ficher du monde "Mieux vaut tard que jamais".

Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, 1921-22

Moi j'aurai mis seulement un peu plus longtemps, mais, n'est-ce pas, il n'est jamais trop tard. Mieux vaut tard que jamais.

Nathalie Sarraute, Les Fruits d'or, 1963

Pour en savoir plus sur les proverbes...




Sylvie Brunet

Sylvie Brunet, auteure de nombreux livres sur la langue française, est "parémiologue", c'est-à-dire qu'elle étudie les proverbes. Elle nous livre ici tous les secrets de nos proverbes préférés.

En savoir plus sur Sylvie Brunet >

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Commentaires

AHMED RUFAI

Vos articles sont superbes

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AHMED RUFAI

Je dirais bon travail à Sylvie

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Sylvie

Merci, Ahmed, pour vos encouragements!
Sylvie

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Cathie Broniecki

Bonjour,

Au sujet des variations qui aboutissent à des phrases drôles et absurdes, vous citez «Vieux motard que jamais»
Je la connaissais mais sous «Vieux motard que j’aimais» qui a l’intérêt d’aboutir à une phrase non absurde.

Cordialement

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Sylvie

Très contente que vous me l’ayez apprise, car je ne l’ai jamais entendue, mais du point de vue du sens, elle est en effet plus satisfaisante…
Sylvie

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Myriam Besson

La variante drôle que je connais est plutôt « vieux motard que j’amais », ce qui semble plus logique étant donné qu’il n’y a plus de comparaison.

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Ossebi

J’aime la langue française

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