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Succin

Définitions du mot « succin »

Trésor de la Langue Française informatisé

SUCCIN, subst. masc.

A. − MINÉR. Synon. de ambre (jaune) (v. ambre2A et B), carabé.L'attraction du succin n'était aux yeux des anciens physiciens qu'un fait curieux, jusqu'au jour où autour de ce premier atome vint se construire toute une science (Renan, Avenir sc., 1890, p. 215).L'ambre jaune, ou succin, est une résine due à des conifères fossiles de l'époque secondaire (Haton de La Goupillière, Exploitation mines, 1905, p. 466).V. ambre2ex. 1, 19.
B. − PHARM., vx. Huile de succin. Substance extraite du succin par distillation et utilisée comme antispasmodique. On tâchera de faire prendre à la malade (...) quelque potion anti-spasmodique et calmante. On la composera avec (...) l'huile distillée de succin (Geoffroy, Méd. prat., 1800, p. 494).Sel volatil de succin. Synon. de acide succinique*. (Ds Lebeau Courtois, Pharm. chim., t. 1, 1929, p. 718).
REM.
Succinite, subst. fém.,minér. Variété de grossulaire, caractérisée par sa couleur jaune ambrée. Grossulaire (...). C'est le grenat alumino-calcareux (...). Éclat vitreux. Couleur (...) jaune de miel succinite (Lapparent, Minér., 1899, p. 483).
Prononc. et Orth.: [syksε ̃]. Homon. succinct. Att. ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist. 1663 (Chr. Glaser, Traité de chim., p. 267, etc.). Empr. au lat.succinum, var. de sucinum « ambre », appelé aussi electrum (Pline, Tacite,...).

Wiktionnaire

Nom commun

succin \syk.sɛ̃\ masculin

  1. (Minéralogie) Ambre.
    • L'attraction [magnétique] du succin n'était aux yeux des anciens physiciens qu'un fait curieux, jusqu'au jour où autour de ce premier atome vint se construire toute une science. — (Ernest Renan, L'Avenir de la science, 1890)
    • Le succin s’allume, brûle avec une flamme-jaune et verdâtre, et dépose par sa combustion un résidu charbonneux. — (Jean-Louis Alibert, Nouveaux éléments de thérapeutique et de matière médicale, 1814)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SUCCIN. n. m.
T. d'Histoire naturelle. Sorte de résine fossile, jaune, qui acquiert une agréable odeur et qui devient électrique par le frottement. On l'appelle aussi Ambre jaune.

Littré (1872-1877)

SUCCIN (su-ksin) s. m.
  • 1Substance fossile, bitumineuse, d'une couleur jaune tirant sur le sucre d'orge, acquérant une odeur agréable par le frottement, la trituration ou la combustion, passant à l'état électrique résineux par le frottement, manifestant des propriétés analogues à celles des résines et surtout du copal, mais s'en distinguant par sa composition, qui consiste en une matière grasse, jointe à une petite quantité d'un acide particulier, appelé acide succinique. Le succin, nommé ambre jaune ou carabé, est le plus beau de tous les bitumes par ses caractères extérieurs, Fourcroy, Conn. ch. t. VIII, p. 247. Lorsqu'on le frotte quelque temps, il devient électrique et capable d'attirer des pailles ; les anciens, qui connaissaient cette propriété, avaient donné au succin le nom d'electrum, d'où est venu celui d'électricité, Fourcroy, ib. t. VIII, p. 247. Les plus gros morceaux de succin ne passent guère en poids six kilogrammes, Brongniart, Traité de min. t. II, p. 51, dans POUGENS. Le succin se trouve particulièrement dans les dunes sablonneuses qui bordent le rivage de la mer Baltique ; il entre dans la composition des vernis gras, et sert à faire des bijoux recherchés par les Orientaux, Thenard, Traité de chim. t. III, p. 453, dans POUGENS.

    Huile de succin ou huile pyrosuccinique. Cette huile, qui ressemble au naphte, est employée comme antispasmodique et emménagogue, et est produite par la distillation du succin à feu nu.

    On donne aussi le nom d'huile ou esprit de succin à une huile volatile blanche qui contient toujours de l'acide succinique, et qui a servi comme médicament.

    Sel volatil de succin, ancien nom de l'acide succinique.

  • 2Succin noir, nom donné d'après le Dictionnaire d'histoire naturelle de Déterville à une espèce de jayet ou de lignite.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

SUCCIN, s. m. (Histoire nat. Minéral. & Chimie.) en latin succinum, ambra citrina, karabe chryselectrum, smatternium, &c. c’est une substance résineuse, dure mais cassante, qui s’enflamme en répandant une odeur agréable ; elle est d’un jaune plus ou moins foncé ; il y en a d’opaque & de transparente : on la trouve en masses plus ou moins grosses.

Cette substance est la même que celle qu’on appelle ambre jaune ; elle a été décrite dans le premier volume de ce Dictionnaire sous ce nom ; cependant on a cru devoir suppléer ici à ce qui peut manquer à cet article, afin de présenter aux lecteurs quelques observations sur cette substance, qui paroît avoir été méconnue de la plupart des naturalistes.

Le succin se trouve par couches suivies en plusieurs endroits de la terre, & sur-tout dans le royaume de Prusse, sur les bords de la mer Baltique. Aux endroits où il se rencontre on voit d’abord à la surface de la terre une couche de sable, il vient ensuite une couche de glaise qui couvre une couche de bois résineux, presque entierement pourri & réduit en terre, mais qui a encore la propriété de s’enflammer. Au-dessous de ce bois se trouve une couche de terre alumineuse & vitriolique ; enfin on rencontre une nouvelle couche de sable, dans laquelle le succin est répandu par masses détachées, & en morceaux plus ou moins gros. M. Hellwing, qui a eu occasion d’observer par lui-même la situation de cette substance dans le sein de la terre, remarque dans son ouvrage qui a pour titre Litographia angerburgica, que l’on trouve toujours du bois bitumineux, de la terre bitumineuse noire, & du gravier, dans le voisinage du succin, & que l’on y rencontre aussi du vitriol & du soufre ; d’où il conclud, avec beaucoup de raison, que c’est un bois fossile & bitumineux qui doit être regardé comme la source d’où est venu le succin, qui se tire du sein de la terre, & que l’on nomme succin fossile, pour le distinguer de celui qui se tire de la mer ; cependant cette distinction est mal fondée, vû que le succin qui se pêche avec des filets dans la mer, & que pour cette raison l’on nomme succinum haustile, est précisément de la même nature que celui qui se tire de la terre. En effet, il ne se trouve dans la mer que parce que ses eaux poussées par les vents ont été frapper avec violence les côtes, ont miné le terrein, & en ont arraché des masses de succin qu’elles ont entraînées plus loin dans la mer. Ce qui prouve cette vérité, c’est qu’on ne trouve le succin en grande abondance dans la mer qu’à la suite des fortes tempêtes, & sur-tout de celles qui ont porté les flots avec violence contre les côtes qui contiennent des couches de cette substance : ainsi c’est une erreur de croire que le succin ait été produit dans le lit de la mer, ses eaux ne font que la détacher, & souvent on en trouve des morceaux qu’elles ont rejetté sur les bords.

En 1731, on découvrit une mine de succin en Saxe, dans le voisinage de Pretsch. Le terrein où l’on fit cette découverte est assez uni, quoique l’on y rencontre quelques buttes ou inégalités ; il est composé d’un sable rougeâtre, mêlé de cailloux & de gallets. Le sable rougeâtre peut avoir environ deux toises d’épaisseur, & couvre une couche de terre noire, qui est elle-même composée de deux bancs ; le premier est un limon mêlé de sable & de parties talqueuses ; en la portant sur la langue, on lui trouve un goût de vitriol, & en en jettant sur le feu il en part une fumée épaisse, & un odeur de bitume. Le second banc est une glaise grise, dans laquelle on trouve des morceaux de bois & des racines ; elle est aussi vitriolique, mais moins que le banc précédent. Le succin se trouvoit à la partie supérieure du banc noir, qui renfermoit aussi une substance semblable à du jais, & à qui, pour cette raison, on donnoit mal-à-propos le nom de succin noir, dont elle differe considérablement ; ce banc contenoit aussi différentes especes de bois bitumineux. Au-dessous de ces deux bancs étoit une glaise verdâtre qui ne contenoit rien de particulier.

Suivant le rapport de plusieurs auteurs, le terrein qui renferme ce succin de Saxe a souvent brûlé, & s’est embrasé, soit de lui-même, soit par différens accidens ; on assure que pendant les grandes chaleurs de l’été, on s’apperçoit en ce lieu d’une odeur très-agréable.

Tout ce qui vient d’être rapporté prouve que le succin est une vraie résine, qui tire son origine du regne végétal, & qui vient des arbres résineux, qui par quelque inondation, ou quelque révolution du globe, ont été ensevelis dans le sein de la terre ; origine qui lui est commune avec le charbon de terre, le jais, & tous les bitumes. La différence que l’analyse chimique fait trouver entre le succin & les résines ordinaires, ne paroît venir que du séjour qu’il a fait dans le sein de la terre, où les exhalaisons minérales sulfureuses & vitrioliques peuvent lui avoir donné des qualités que n’a point une résine purement végétale, & qui n’a point été enfouie en terre pendant plusieurs siecles. C’est à ces mêmes vapeurs que le succin paroît être redevable de sa dureté ; car on ne peut douter que cette substance résineuse n’ait été molle & fluide dans son origine, comme toutes les résines que nous connoissons ; ce qui prouve cette vérité, c’est que les morceaux de succin que l’on trouve dans le sable, sont remplis de petits trous qui y ont été formés par les grains de gravier, lorsque cette matiere étoit encore molle ; ces petits trous, ou ces inégalités ne se trouvent point sur les morceaux de succin que l’on tire de la mer, parce qu’ils ont été roulés, & pour ainsi dire, polis par le mouvement des eaux. Ce qui démontre encore plus la fluidité primitive du succin, ce sont les insectes, les mouches, les araignées, &c. qui s’y trouvent renfermés, & comme embaumés ; nous voyons tous les jours que la même chose arrive aux insectes qui s’attachent aux arbres d’où il découle de la gomme ou de la résine.

Concluons de tous ces faits que le succin est une véritable résine, qui a découlé des bois résineux & bitumineux qui se trouvent dans la couche qui est au-dessus ; cette résine s’est filtrée au-travers de la couche alumineuse ou vitriolique d’où sa partie la plus pure a passé dans la couche de sable, ou l’on trouve actuellement le succin ; qui par la suite des tems, soit par une évaporation lente, soit par le concours des exhalaisons de la terre, à acquis une consistence dure qu’il n’avoit point originairement.

On demandera peut-être quel est l’arbre qui a produit cette résine ? Il y a tout lieu de croire que cet arbre est étranger à ce climat où l’on trouve aujourd’hui le succin. Ce sera peut-être dans les Indes ou dans quelque pays lointain qu’il faudra chercher une résine végétale analogue. Cela ne paroîtra point absurde, pour peu que l’on fasse attention que les bois & les plantes, dont on trouve les empreintes dans les pierres feuilletées qui accompagnent nos mines de charbon de terre, sont entierement étrangeres à nos climats ; c’est une observation que M. de Jussieu a faite dans les mines de charbon de terre de S. Chaumont en Lyonnois, où il a trouvé le fruit de l’arbre triste, qui croît actuellement dans le Malabar. D’ailleurs plusieurs naturalistes qui ne se bornent point à observer les choses superficiellement, ont remarqué que les insectes qui sont renfermés dans le succin, different de ceux de nos climats, & ont leurs analogues vivans dans des pays éloignés. Ainsi pour rendre raison des événemens qui ont enterré les arbres d’où est provenu le succin, il faut recourir aux révolutions générales du globe qui ont bouleversé sa surface, & changé la position de ses parties. Voyez les articles Fossiles, Terre (révolutions de la), &c. Ces insectes sont des mouches, des vermisseaux, des papillons, des chenilles, &c. Quelques auteurs ont été jusqu’à dire qu’il y avoit des morceaux de succin où l’on trouvoit des grenouilles, des viperes, des lézards, mais il paroît constant que c’est l’art qui les a produits ; en effet, quelques personnes ont eu le secret de fondre le succin sans lui ôter sa transparence, qui même devient par-là plus grande.

On a encore des morceaux de succin qui renferment du bois, des feuilles d’arbres, de la mousse, &c. On sent aisément que plusieurs de ces morceaux peuvent être factices, & que ceux qui ont le secret de ramollir le succin, peuvent aussi y introduire tout ce qui leur plaît.

On prétend que Stenon & Kerckring ont eu le secret de réunir ensemble plusieurs petits morceaux de succin pour en faire un gros. Glauber faisoit pour cet effet dissoudre le succin dans de l’esprit-de-vin, que l’on enleve ensuite par la distillation, mais la masse qui reste est molle. On assure qu’en faisant bouillir le succin dans de l’huile de raves, il se durcit & perd sa couleur, ce qui peut venir de l’alkali volatil contenu dans cette huile.

Quelques artistes ont aussi le secret d’introduire dans le succin toutes les couleurs qui leur plaisent, & de contrefaire par-là les pierres prétieuses.

Dans le royaume de Prusse la pêche du succin appartient au roi seul, qui l’afferme à des particuliers. On trouve encore du succin dans plusieurs autres parties de l’Europe : en 1738 on en a découvert une couche abondante en Ukraine à peu de distance de Kiow ; il étoit, ainsi que celui de Prusse, dans du sable. On en a trouvé en France, près de Soissons, dans les fouilles qui ont été faites pour le canal de Picardie. On en a aussi trouvé en Sicile, & dans quelques endroits de l’Asie mineure.

Le succin varie pour la couleur ; il y en a d’un jaune de citron, d’un jaune d’or, d’orangé, de rouge, de blanc, de bleuâtre. Quelques auteurs font mention d’un succin noir ; mais il paroît qu’ils ont voulu désigner par-là du jais.

Le succin faisoit autrefois une branche de commerce assez considérable ; c’étoit un objet de luxe ; aujourd’hui le prix en est beaucoup diminué, cependant les morceaux les plus gros, ne laissent pas de se vendre assez cher.

La composition du succin n’a pas moins occupé les chimistes que son origine. Les amateurs de l’histoire naturelle, Pott, Neuman, M. Bourdelin, sont ceux qui paroissent l’avoir examiné avec le plus de succès. Nous allons rapporter leurs travaux tels qu’ils se trouvent décrits dans une dissertation de M. Stockar de Neuforn, imprimé à Leyde en 1760, sous le titre de specimen chemico medicum inaugurale de succino in genere, & speciatim de succino fossili Wisholzensi, dans laquelle cet auteur a ajouté plusieurs expériences neuves, & apprécié de la maniere la plus lumineuse celles des savans chimistes que nous venons de nommer.

L’eau ne produit aucun changement dans le succin. Lorsqu’on l’expose long-temps à son action, elle contracte à la vérité une légere odeur, & se charge d’un peu de matiere mucilagineuse, & de quelque vestige de sel marin ; mais on doit attribuer plutôt ces produits aux ordures qui adherent à sa surface, qu’à la décomposition de sa substance.

Si l’on verse de l’esprit-de-vin rectifié sur du succin réduit en poudre très-subtile, & qu’on les fasse digerer ensemble, on obtient une teinture rouge, qu’on peut préparer plus promptement ; si, comme Boërhaave le prescrit, on empâte le succin reduit en poudre avec un alkali résout, qu’on desseche la masse, qu’on la laisse tomber en déliquium pour la désecher de nouveau, ce qu’on répete trois ou quatre fois ; ou, comme le prescrit M. Neuenhan, dans les mélanges d’observations, publiés à Léipsic en 1755, qu’on broie le succin avec de la potasse & du sucre, & qu’on le mette à digerer ensuite dans l’esprit-de-vin ; mais quoique l’on fasse, il n’y a jamais qu’une très petite portion du succin qui se dissout, le résidu est mollasse, & on a beau y remettre de nouvel esprit-de-vin, on n’obtient plus rien.

Si l’on verse de l’eau sur ces teintures de succin, elles deviennent laiteuses, & le succin s’en sépare sous la forme d’une poudre blanche, si atténuée, qu’elle passe par le filtre avec l’esprit-de-vin ; mais elle se précipite bientôt au fond. La teinture de succin a un goût très-agréable, & l’odeur du succin ; on sent en même tems qu’il s’en dégage une poudre qui adhere à la langue, & qui paroît être entierement insipide.

Si l’on distille cette teinture de succin, on a un esprit-de-vin qui conserve le goût & l’odeur du succin ; mais duquel l’eau ne dégage plus rien : il reste au fond du vaisseau un peu d’une matiere d’un rouge foncé, molle & tenace. Cet esprit-de-vin ainsi chargé de l’esprit recteur du succin pourroit être d’une grande utilité pour la médecine : il est plus que vraissemblable qu’il a toutes les vertus qu’on a reconnues dans la teinture du succin, puisque le succin doit nécessairement s’en dégager dans l’estomac, où il ne trouve plus aucun menstrue capable de le dissoudre ; du-moins on pourroit se flatter d’augmenter la vertu de la teinture du succin, si on employoit pour la faire de l’esprit-de-vin qu’on auroit retiré de dessus le succin.

Les sels, soit acides, soit alkalis, n’agissent point sur le succin, il faut en excepter le seul acide vitriolique qui le dissout entier & en assez peu de tems : cette dissolution est claire & limpide, mais si aisée à déranger, que les acides, les alkalis, l’esprit-de-vin, l’huile de térébenthine, l’eau, &c. la décomposent ; il s’en dégage une poudre grise très-fine, qui n’a plus l’odeur agréable du succin, mais plutôt celle de la poix.

Le sucre dissous dans l’eau, ni le plomb fondu, n’operent aucun changement dans ce bitume ; il se ramollit un peu dans la cire & dans le soufre fondus ; mais il reprend sa premiere dureté ; si-tôt qu’il est réfroidi, il change seulement de couleur.

Hoffmann ayant renfermé du succin avec le double de son poids d’huile d’amandes dans la machine de Papin, le trouva réduit au bout d’une heure en une masse gélatineuse, transparente, au-dessus de laquelle nâgeoit un peu d’huile. M. Stockar dit avoir mis du succin de différentes couleurs dans des vaisseaux de verre cylindriques, & avoir versé par-dessus des huiles de raves, de pavot, d’amandes, d’olives, de noix, de laurier par décoction, de romarin, de casse, puis de succin, du baume de copahu & de térébenthine ; il boucha bien ses vaisseaux & les mit en digestion au bain de sable ; au bout de huit jours il trouva que le succin qu’il avoit mis dans le baume de copahu & de térébenthine s’étoit dissout en une liqueur d’un rouge foncé, laquelle étant réfroidie, forma une masse solide, fragile, de la même couleur. La dissolution faite dans l’huile de raves, étoit d’un beau jaune ; l’huile de pavot en donna une d’un rouge jaunâtre ; l’huile d’olive d’un beau rouge ; celle de noix étoit d’un rouge plus foncé ; il s’étoit déposé au fond une matiere mucilagineuse blanche ; la dissolution dans l’huile de laurier étoit d’un rouge pourpre ; elle avoit cela de singulier, que quoique cette huile ait ordinairement la consistence d’un beurre, la dissolution qu’elle avoit faite du succin resta liquide. La dissolution dans l’huile de lin étoit de couleur d’or ; celle dans l’huile d’amandes étoit d’un beau jaune ; l’huile de succin ne l’attaqua pas non plus que celles de romarin & de cajeput. M. Stockard conjecture que cela vient de ce que ces huiles s’évaporent ; On peut accelerer ces dissolutions, en les faisant dans des vaisseaux fermés.

Nous ajouterons à ces observations de M. Stockard, qu’on peut les faire en un quart-d’heure, en faisant fondre le succin réduit en poudre grossiere dans de la térébenthine qu’on tient à cet effet sur le feu, & en y versant de l’huile de lin cuite toute bouillante. C’est ainsi que M. Rouelle prépare le vernis dont il se sert pour faire son lut gras.

Toutes ces dissolutions se mêlent parfaitement avec l’huile de térébenthine, & on peut faire par ce moyen de très-beau vernis ; tel est celui qu’on emploie pour les tabatieres qui se fabriquent aux invalides. Elles ne se mêlent pas de même avec l’esprit-de-vin ; mais elles se dissolvent entierement aussi-bien que les vernis qu’on en prépare dans l’huile de vitriol qui leur donne une couleur rouge foncée, les autres acides ne sauroient les attaquer.

Le succin détonne avec le nitre, & lorsqu’on en a employé une quantité suffisante, c’est-à-dire dans la proportion de trois à quatre, on ne retrouve qu’un alkali pur ; au lieu que lorsqu’on suit la proportion indiquée par M. Bourdelin, de deux à quatre ; on retrouve encore du nitre entier qui n’a pas été décomposé ; calciné avec l’alun, il fait le pyrophore de Homberg. Ce pyrophore est jaune en-dedans comme en-dehors ; pour le bien faire, il faut commencer par dessécher l’alun, ensuite on le mêle avec le succin sans les calciner séparément, comme on fait quand on emploie la farine, & on les calcine ensemble jusqu’à ce qu’il ne s’en exhale plus de vapeur ; le reste du procédé se fait à l’ordinaire.

Si l’on expose le succin dans une cornue à l’action du feu, on obtient à un degré de chaleur assez léger du phlegme qui vient d’abord sans couleur, & qui peu-à-peu en prend une laiteuse, il passe en même tems quelques vestiges d’une huile très-limpide qui est d’abord mêlée au phlegme ; mais il s’en sépare par le repos en haussant le feu, la retorte & le récipient se remplissent de vapeurs blanches très-épaisses, on voit couler une huile pure, & il s’attache au col de la retorte quelques aiguilles salines qui augmentent peu-à-peu au point de boucher presqu’entierement ce col. Lorsque tout ce sel est passé, le succin se fond, il vient en même tems une huile qui se colore & s’épaissit de plus en plus, au point que sur la fin elle adhere au col de la retorte comme de la poix fondue. Lorsque tout est passé, il reste dans la cornue un charbon très-spongieux qui fait à peine un douzieme du succin employé. Quant à la proportion des autres produits, elle varie selon que le succin est plus ou moins pur ; cependant on peut l’évaluer à-peu-près à un huitieme de phlegme, trois quarts d’huile, un vingt-quatrieme de sel & un douzieme de terre.

Passons maintenant à l’examen de ces différens produits. Le premier phlegme qui passe est une eau pure, celui qui le suit est chargé d’un peu d’huile qui s’en sépare par le repos, & d’une petite quantité de sel qui se manifeste avec le sirop de violette qu’il rougit, & avec les alkalis avec lesquels il fait effervescence ; on y trouve encore un esprit recteur que l’esprit-de-vin peut lui enlever ; cet esprit recteur n’est pas le même que celui que le succin entier donne à l’espritde-vin ; puisqu’il n’a pas la même odeur, & que si on le rectifie, il devient puant. En distillant de l’esprit-de-vin sur ce phlegme de succin, on remarque un phénomene que nous ne devons pas passer sous silence ; l’huile qui est contenue dans ce phlegme monte avec l’esprit-de-vin, mais elle s’en sépare sur le champ, & tombe au fond du récipient.

Après le phlegme, vient comme nous l’avons dit, le sel concret. Les premiers chimistes qui l’ont connu, tels que Maurice Hoffmann & Glaser l’ont mis au rang des alkalis volatils déterminés par sa volatilité ; mais il y a long-tems que Barchusen & Boulduc ont démontré qu’il est acide. Les chimistes sont peu d’accord sur la nature de cet acide ; Neumann, Sendelius, Fréderic Hoffmann, &c. l’ont rangé parmi les sels vitrioliques. M. Bourdelin veut qu’il soit de la nature du sel marin ; le lecteur jugera par l’exposé que nous allons faire de ses propriétés, si ces prétentions sont fondées ; mais il faut auparavant que nous indiquions le moyen de l’avoir le plus pur qu’il est possible.

On a proposé différentes méthodes pour purifier ce sel, mais sans entrer dans des détails inutiles, nous dirons que la voie la plus sûre de l’avoir le moins chargé d’huile qu’il est possible ; c’est de le détacher du col de la retorte avec de l’eau bouillante, avant que l’huile épaisse ait commencé à passer ; car lorsqu’il en est une fois sali, il est très-difficile de l’en dépouiller ; on fera ensuite évaporer cette eau, & on la mettra crystalliser ; s’il n’est pas assez pur, on le dissoudra de nouveau & on le fera crystalliser une seconde fois. Ce sel ainsi purifié, crystallisé en prismes triangulaires dont les pointes sont tronquées, il est d’un goût manifestement acide & un peu astringent.

Il se dissout très-difficilement dans l’eau froide, puisqu’il en faut vingt-quatre parties pour dissoudre une partie de ce sel, au lieu qu’il ne faut que deux parties d’eau bouillante ; mais à mesure que cette eau se refroidit la plus grande partie du sel se dépose, il en reste néanmoins en dissolution plus que l’eau froide n’en auroit pû dissoudre.

L’esprit-de vin ne le dissout, que lorsqu’il est aidé de la chaleur.

Exposé à un degré de chaleur un peu supérieur à celui de l’eau bouillante, il se liquefie & s’envole sous la forme d’une vapeur blanche, épaisse, qui incommode les poumons.

Il fait effervescence avec les alkalis, soit fixes, soit volatils, avec les terres absorbantes & calcaires, & les dissout : il rougit le sirop de violette, soit qu’on l’emploie en forme concrete, soit qu’on prenne sa dissolution ou même le phlegme de succin. Il ne fait point effervescence & il n’en exhale aucune vapeur lorsqu’on verse dessus de l’huile de vitriol. Quelque chose qu’on fasse, il n’est pas possible de l’avoir sous forme fluide comme les autres acides.

Si on sature une dissolution de sel de succin avec un alkali fixe bien pur ; qu’après avoir filtré la liqueur, on l’évapore à un léger degré de chaleur, on obtient des crystaux transparens qui ont la même figure que ceux du sel de succin. Ce nouveau sel a une saveur qui lui est particuliere, il se dissout aisément dans l’eau froide, en quoi il differe essentiellement du tartre vitriolé. Il décrépite lorsqu’on le jette sur les charbons ardens ; il y reste fixe & sans se décomposer : les acides versés sur ce sel neutre n’y produisent aucun changement ; il ne change point l’eau forte en eau régale, il ne précipite pas l’argent dissous dans l’eau-forte ; il précipite à la vérité le vinaigre de saturne en une chaux blanche, mais il n’est pas possible de convertir cette chaux blanche en plomb corné.

Cette même dissolution de sel de succin saturée d’alkali volatil forme un sel ammoniacal, qu’on purifie en le sublimant dans des vaisseaux fermés. Ce sel est parfaitement neutre, il a un goût amer, & imprime un léger sentiment de froid sur la langue ; si on l’expose dans une cuillere d’argent sur des charbons allumés, il se liquefie & s’envole sous la forme d’une vapeur blanche.

Le sel de succin jetté sur du nitre en fusion détonne plus ou moins vivement, selon qu’il est plus ou moins chargé d’huile, il se dissipe avec l’acide du nitre, & il ne reste qu’un alkali fixe pur.

Si on le calcine avec parties égales d’alkli fixe bien pur & bien dépouillé de tout tartre vitriolé, il ne forme point un hepar sulphuris comme il auroit dû faire, s’il eût été de nature vitriolique, & il ne reste qu’un alkali fixe pur.

Le sel de succin distillé avec les acides du vinaigre, du sel, du nitre, du vitriol, se sublime sous sa premiere forme ; ces acides ne lui enlevent que son huile étrangere. Il faut un certain degré de chaleur pour que ces acides puissent le dissoudre, il n’y a que l’acide vitriolique qui le dissout à froid. De quelque maniere qu’on l’unisse à l’acide nitreux, il ne lui donne pas la propriété de dissoudre l’or, preuve évidente qu’il n’est pas de la nature de l’acide du sel marin.

Dissous avec parties égales de ce sel & distillé, il passe pur & dépouillé de son huile.

Si l’on mêle exactement ensemble parties égales de ce sel de succin & de fleurs de sel ammoniac & qu’on les distille, on obtient d’abord un peu d’une liqueur acide de couleur jaune, qui a toutes les propriétés de l’esprit de sel. Si l’on pousse le feu, ce qui reste de sel au fond de la cornue se sublime, de façon cependant qu’ils restent séparés & distincts ; le sel de succin occupant la partie supérieure du col de la retorte, & le sel ammoniac l’inférieure ; au sel de succin est unie la petite portion d’alkali volatil qui a perdu son acide du sel marin ; il reste au fond du vaisseau un peu de charbon noir. M. Stockar à qui nous devons cette expérience dit, qu’en ajoutant toujours de nouveau sel de succin aux mêmes fleurs de sel ammoniac, il étoit parvenu à les décomposer presqu’entierement.

La craie se dissout très-aisément dans la solution de sel de succin ; & lorsqu’on a attrapé le point de saturation, ce sel perd son goût acide pour en prendre un amer. Si l’on filtre la dissolution & qu’on l’évapore, elle crystallise beaucoup plutôt que le sel de succin pur. Les crystaux qu’on obtient, conservent leur figure tant qu’ils sont sous l’eau : mais des qu’on les a desséchés, ils tombent en poussiere & prennent une couleur grise. Ce sel ne s’humecte point à l’air, & n’est soluble que dans l’eau chaude. Les acides n’en font exhaler aucune vapeur. Les alkalis fixes & volatils & l’acide vitriolique dégagent la craie de ce composé, les autres acides n’y operent aucun changement. Le sel de succin ne précipite la craie que lorsqu’elle est unie à l’acide végétal ; il n’a aucune action sur les dissolutions de cette terre dans les acides minéraux.

Le sel de succin, combiné de cette façon avec la craie, perd toute sa volatilité. L’acide du vinaigre le plus concentré distillé sur ce sel, ne peut pas en dégager le sel de succin. Le vinaigre passe pur, & la combinaison de sel de succin & de craie reste au fond de la cornue. La même chose arrive lorsqu’on distille ce sel avec l’acide du sel marin. Il n’en est pas de même, si au lieu de l’acide du sel on emploie une solution de sel armoniac : car alors le sel de succin quitte la craie pour s’unir à l’alkali volatil, & l’acide du sel marin s’unit à la craie.

Si l’on traite de la même maniere ce sel cretacée de succin avec l’acide nitreux, on obtient d’abord cet acide pur ; mais lorsqu’il s’est concentré jusqu’à un certain point, il détonne avec la partie huileuse du sel de succin, & brise tout l’appareil.

Si l’on distille l’acide vitriolique sur ce même sel, il le décompose, l’acide vitriolique s’unit à la craie, & le sel de succin passe pur.

Le sel de succin dissous dans l’eau, dissout le cuivre, le fer, l’étain & le zinc ; il attaque plus difficilement le plomb & le bismuth ; il ne touche pas à l’argent, au mercure, à la platine ni au régule d’antimoine. Ces dissolutions présentent quelques phénomenes particuliers : par exemple, l’acide vitriolique dégage le cuivre uni à ce sel, & n’en dégage pas le fer ; l’étain se précipite de lui-même au fond de la dissolution, & il n’en reste rien dans la liqueur. Le plomb ne paroît que rongé à la surface, sans que la liqueur qui le surnage en paroisse rien contenir. L’alkali volatil versé sur la dissolution du zinc lui donne une petite couleur rouge. Alors l’alkali fixe ne peut plus la précipiter ; au lieu qu’il la précipite sous la forme d’une poudre blanche, lorsqu’on le verse le premier.

Nous avons déja dit que le sel de succin ne dégageoit point l’argent ni le mercure dissous dans l’eau-forte ; il ne dégage pas non plus le plomb de l’eau-forte ni de l’esprit de sel ; mais il le dégage de l’acide du vinaigre, la poudre qu’on obtient par ce moyen, ne peut pas se changer en plomb corné.

Ces expériences sont plus que suffisantes pour démontrer que le sel de succin n’est pas un sel vitriolique, comme l’ont prétendu Neumann, Sendelius, &c. puisqu’il ne forme pas de soufre avec la poudre de charbon ; ni un acide de la nature de l’acide du sel marin, puisqu’il ne convertit pas l’eau forte en eau régale, qu’il ne dégage pas l’argent ni le mercure dissous dans cette même eau forte, & qu’il ne fait pas de plomb corné. Est-on plus fondé à le regarder comme une espece de sel végétal ? M. Pott seroit assez de ce sentiment, ce seroit aussi le nôtre ; car quant à ce que M. Stockard objecte qu’il ne fait pas de tartre tartarisé avec l’alkali fixe, & qu’il chasse l’acide du vinaigre, de la craie & du plomb auxquels il étoit uni, on pourroit lui répondre, que ce sel n’étant pas un acide pur, puisqu’il a une forme concrete, peut avoir quelques qualités particulieres qu’il doit aux matieres hétérogènes qui lui sont unies ; cela est si vrai que la crème de tartre & le vinaigre, quoiqu’ils soient un même acide végétal, forment des sels neutres différens avec l’alkali fixe & les terres absorbantes, & que l’acide du vinaigre & même le suc de citron, décomposent les différentes combinaisons de la crème de tartre avec les alkalis, les terres, & même les substances métalliques. D’ailleurs on trouve dans le regne végétal un sel concret acide qui paroît avoir la plus grande analogie avec le sel de succin, je veux parler des fleurs de benjoin.

Les Chimistes paroisient s’être bien moins occupés de développer la nature de l’huile de succin que celle de son sel : à-peine trouve-t-on quelques expériences sur cette substance ; on a cependant travaillé à l’avoir aussi pure qu’il est possible, ce qu’on a obtenu par des rectifications répétées. Ces rectifications se font, ou sans addition, ou en y ajoutant differens intermedes : de ces intermedes il n’y a que l’eau, l’esprit de vin ou l’acide du sel marin qu’on puisse employer avec sureté : les autres, ou décomposent l’huile de succin, ou en retiennent une grande partie.

Cette huile ainsi rectifiée est très-limpide, d’une odeur forte ; elle est insoluble dans l’esprit auquel on l’unit cependant par le moyen de différens intermedes, tels que le savon, le blanc de baleine, &c. & c’est le procédé que l’on suit ordinairement pour faire l’eau de luce. Elle se dissout aisément dans l’huile de vitriol, l’esprit de térébenthine, les huiles & les baumes des végétaux. Il n’a pas été possible à M. Stockard de l’unir à l’alkali fixe, quoiqu’il les ait tenus en digestion pendant très-long-tems.

Le résidu qu’on trouve dans la cornue est plus ou moins abondant, selon que le succin qu’on a employé est plus ou moins pur. C’est une terre unie au phlogistique : celui-ci y tient si fort, que la calcination la plus long-tems continuée ne sauroit l’en dégager, & qu’il détonne encore avec le nitre. On trouve dans cette terre quelques vestiges de fer que l’aiman en sépare, & quelquefois un peu de sel marin, surtout lorsqu’on a employé du succin puisé dans la mer.

Il nous reste à parler de l’emploi que l’on fait en médecine de cette substance & de ses différens produits, comme sa teinture, son huile & son sel essentiel. On fait entrer le succin préparé, c’est-à-dire réduit en poudre très-subtile dans les différentes compositions antispasmodiques & nervines ; on l’emploie même seul pour arrêter les gonorrhées & les hémorrhagies. Sa teinture, par sa vertu antispasmodique & nervine, convient dans les maladies hipocondriaques & hystériques, & quelquefois dans les maladies convulsives, surtout dans les personnes d’un tempérament lâche & humide.

Le sel de succin bien purifié est rangé parmi les remedes céphaliques, détersifs, balsamiques, antiseptiques & antispasmodiques. Il agit par la voie des urines ; & joint à petite dose aux diaphorétiques & aux purgatifs, il en augmente la vertu ; combiné avec l’esprit volatil de corne de cerf, il forme un sel qu’on conserve en liqueur sous le nom de liqueur de corne de cerf succinée, qu’on emploie avec le plus grand succès à la suite des remedes apéritifs pour redonner aux parties le ton qu’elles ont perdu.

L’huile de succin est âcre, balsamique, vulnéraire, diaphorétique, emménagogue & antispasmodique ; on l’emploie avec succès dans les vieux ulceres & dans les maladies de convulsions.

Usage médicinaux du succin. L’huile de succin blanche, & celle qu’on retire de l’huile noire par la rectification, sont regardées comme spécifiques contre les affections spasmodiques, & principalement contre la passion hystérique. Elles sont très-recommandées encore contre les maladies du système nerveux & du cerveau, telles que la paralysie, l’apoplexie, &c. On l’ordonne communément par gouttes, & la dose la plus haute n’excede guere sept à huit gouttes. Il n’y a point d’inconvéniens à augmenter considérablement cette dose, à donner cette huile à un demi-gros, & même à un gros & davantage, si on l’unit à un jaune-d’œuf ou à du sucre en poudre. Voyez oleo-saccharum. Outre l’usage intérieur dont nous venons de parler, on l’emploie encore extérieurement contre les mêmes maladies, on en frotte les tempes, le dessous du nez, la nuque, l’épine du dos, dans les maladies nerveuses & convulsives, dans l’apoplexie, la paralysie, &c.

Dans les paroxismes des vapeurs hystériques, on en applique sous les narines, on en fait flairer un flacon, & on en fait encore un usage fort singulier & vraissemblablement fort inutile, qui est d’en frotter le pubis & la vulve, & même d’introduire dans le vagin des pessaires qui en soient imbibés.

L’esprit & le sel de succin, sont comptés parmi les apéritifs diurétiques les plus efficaces : on croit que la matiere huileuse dont ce sel est empreint, le rend très-propre à déterger & à consolider les ulceres de la vessie & de l’uretre. Cet esprit & ce sel sont encore recommandés contre les maladies des obstructions & en particulier contre la jaunisse : on le vante aussi pour le traitement du scorbut ; la dose commune de l’esprit est d’environ demi-gros jusqu’à un gros, dans une liqueur appropriée. Or en supposant l’esprit de succin comme une liqueur saline à peu-près saturée, la dose de sel concret correspondante à un gros de liqueur, sera d’environ cinq grains : car une partie de sel de succin demande environ quatorze parties d’eau pour être dissoute ; d’où l’on peut conclure que cette dose vulgaire d’esprit de succin, pourroit être très-considérablement augmentée : car certainement le sel de succin ne sauroit être regardé comme un remede actif. Au reste le sel & l’esprit de succin sont des drogues fort peu employées.

L’usage pharmaceutique le plus ordinaire de l’esprit de succin, c’est d’être employé à la préparation de la liqueur de corne de cerf succinée, qui se fait en mêlant jusqu’au point de saturation de l’esprit de succin & de l’esprit volatil de corne de cerf, ce qui constitue une liqueur saline ou lessive d’un sel ammoniacal fort gras, & que plusieurs auteurs recommandent singulierement comme un excellent remede, dans les maladies convulsives, principalement dans l’asthme, & dans les maladies d’obstructions, dans lesquelles il paroît en effet que ce remede doit très bien faire, & qu’il devroit par conséquent être plus usité parmi nous dans ces cas.

Le succin en substance ou en poudre est aussi employé à titre de remede ; mais il paroît peu propre à passer dans les secondes voies & à opérer un effet réel. La teinture qu’on en tire par l’esprit-de-vin, a un peu plus d’efficacité : d’abord parce que l’esprit-de-vin lui-même, qu’on y emploie, a une vertu médicamenteuse reconnue contre les maladies auxquelles on emploie cette teinture, & qui sont les mêmes pour lesquelles on recommande l’huile de succin ; secondement, par l’état de dissolution, ou au moins de très-grande division, dans lequel le succin contenu dans cette teinture peut parvenir à l’orifice des vaisseaux lactés, quand même cette teinture seroit précipitée par les liqueurs digestives : au reste cette teinture de succin est très-peu chargée ; l’esprit-de-vin ne dissout le succin qu’avec peine, qu’en petite quantité, & peut-être que fort incompletement. M. Baron dit dans ses notes sur Lemeri, que l’huile aromatique du succin, est la seule partie de ce bitume dont l’esprit-de-vin puisse se charger. Si cette proposition au-lieu d’être purement gratuite, étoit tant-soit-peu prouvée, il faudroit dire positivement que l’esprit-de-vin ne dissout le succin qu’incompletement, au-lieu de dire que cela est peut-être ainsi.

Quoi qu’il en soit, pour faire une bonne teinture de succin, une teinture bien chargée, vraiment empreinte de la vertu médicamenteuse du succin, il faut avoir recours à l’intermede de l’alkali fixe, qui est capable non seulement de disposer le succin à être plus facilement attaqué par l’esprit-de-vin, mais même qui peut contracter avec ce bitume, une espece d’union sous forme de savon, qui le rend très-propre à se distribuer parfaitement dans le système vasculeux, à se mêler à la masse des humeurs : l’alkali fixe opere l’un & l’autre effet dans la teinture de succin d’Hoffman, dont voici la description.

Teinture de succin d’Hoffman ; essentia succini præstantissima, décrite dans les observations physico-chimiques de cet auteur, liv. I. obs. 17. Prenez du sel de tartre & du succin choisi & réduit en poudre très-fine, parties égales ; faites-les digerer dans un vaisseau convenable, avec suffisante quantité d’esprit-de-vin, pour s’élever de quatre doigts au-dessus de la matiere ; distillez ensuite en un alambic de verre, vous obtiendrez un esprit bien empreint de l’huile subtile & aromatique de succin, qui sera par-là bien plus propre que l’esprit-de-vin ordinaire, à préparer la teinture suivante.

Prenez du succin transparent en poudre, broyez-le sur le porphyre, en versant dessus peu-à-peu une suffisante quantité d’huile de tartre par défaillance, pour le réduire en consistance de bouillie, que vous sécherez doucement : alors mettez ce mélange dans un vaisseau convenable, versez dessus suffisante quantité d’esprit-de-vin, bouchez convenablement le vaisseau, & digerez à une chaleur douce : on obtient par ce moyen une liqueur très-recommandable par son efficacité, son goût, & son odeur. Il est remarquable, dit Hoffman, que lorsqu’on la verse dans de l’eau, elle n’est point précipitée comme les dissolutions ordinaires des substances huileuses & résineuses dans l’esprit-de-vin ; ce qui ne prouve pas seulement que le succin est parfaitement divisé & atténué dans cette teinture, selon l’explication de M. Baron, note sur la chimie de Lemeri, chap. teinture de karabé, (car la division même radicale, celle que suppose la dissolution chimique, n’empêche point les huiles & les résines d’être précipitées du sein de l’esprit-de-vin, par l’eau : car le succin le plus divisé & le plus atténué, n’est point soluble dans l’eau) ; mais ce qui prouve que l’alkali fixe a contracté une union réelle avec le succin, ou quelque principe huileux du succin, & a formé par-là un savon qui est soluble par l’eau, aussi-bien que par l’esprit-de-vin. Cette idée est non-seulement établie par le phénomène même, mais encore par une expérience du même Hoffman, rapportée dans le même ouvrage, liv. II. obs. 23. savoir que le succin se dissout presque tout entier dans une dissolution alkaline.

Hoffman recommande son essence de succin, prise à la dose de quelques gouttes avec du sucre, du sirop d’œillet, ou du sirop de limon, le matin, pour fortifier l’estomac, la tête, & le système nerveux, avalant par-dessus quelques tasses de caffé ou de chocolat, à la maniere allemande. L’auteur dit qu’on peut le prendre encore pendant le repas, dans un vin de liqueur : il ajoute que c’est encore un bon remede pour faire couler les regles, pour arrêter les fleurs, & pour guérir les affections rhumatismales.

Sirop de karabé. On trouve sous ce nom, dans la plûpart des dispensaires modernes, un sirop narcotique, dans la composition duquel entre le succin, ou quelques-uns de ces principes à titre de correctifs de l’opium ; ce qui est, pour l’observer en passant, une vue assez vaine, tant absolument, ou en soi, qu’en particulier : c’est-à-dire, en se promettant cet effet du succin, ou de ces principes. Voici ce sirop, d’après la pharmacopée de Paris : prenez opium pur, coupé par morceaux, deux scrupules ; faites-le fondre dans un vaisseau de terre, sur un feu moderé, dans douze onces d’eau commune ; passez la solution avec forte expression ; clarifiez & cuisez en consistence de sirop épais, avec une livre de sucre blanc ; lorsque le sirop sera refroidi, mélez-y exactement deux scrupules d’esprit de succin, gardez ce sirop dans un vaisseau exactement fermé : la dose de ce sirop, correspondant à un grain d’opium, est d’environ demi once : le succin entier, son huile & son sel, entrent dans un grand nombre de compositions officinales, tant externes qu’internes ; le succin entier, par exemple, dans la poudre antispasmodique de la pharmacopée de Paris ; dans le baume de Fioraventi ; l’huile & le sel dans la thériaque céleste ; l’huile seule dans les pilules hystériques, l’essence antihystérique, le baume hystérique, le baume acoustique, &c.

L’eau de luce n’est autre chose que de l’huile essentielle de succin, mêlée avec de l’esprit volatil de sel amoniac. Pour faire ce mélange, on triture avec grand soin dans un mortier, de l’huile essentielle de succin, avec du blanc de baleine (sperma ceti). On met ce mélange en digestion avec de l’esprit-de-vin, qui par-là se charge de l’huile de succin : on verse quelques gouttes de cet esprit-de-vin dans de l’esprit volatil de sel ammoniac tiré par la chaux, ce qui lui donne une couleur laiteuse ou blanchâtre. C’est ce mélange qui est connu sous le nom d’eau-de-luce, qui est un remede souverain contre la morsure des serpens & des viperes, lorsqu’on en prend à plusieurs reprises dix gouttes dans un verre d’eau, ce qui produit une transpiration très abondante. Il y a lieu de croire que ce remede auroit un effet très-heureux, si on l’employoit contre la rage. Article de M. Roux, docteur en Médecine.

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Étymologie de « succin »

Lat. succinum ou sucinum, dérivé de succus ou sucus, suc.

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(Siècle à préciser) Du latin succinum (« succin »).
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Phonétique du mot « succin »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
succin syksɛ̃

Citations contenant le mot « succin »

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  • À une période où il est indispensable de se réinventer face à une clientèle de plus en plus exigeante et soucieuse des nouvelles problématiques environnementales, les enseignes se doivent d’innover. En évitant le ripolinage succin. Santé alimentaire, souffrance animale ou encore production locale font désormais partie des attentes consommateurs. À Douvaine, en Haute-Savoie, Intermarché a racheté en 2018 un point de vente à l’un de ses adhérents pour le transformer en prototype. L’occasion pour la marque de tester différentes innovations. L’accent a été mis sur une consommation plus responsable. Les produits régionaux sont valorisés. Le bâtiment se veut plus respectueux de l’environnement. L’agro-écologie de plus en plus disponible tandis que l’enseigne souhaite à horizon 2020 bannir 140 additifs. L’empreinte carbone doit être également réduite via des emballages 100 % recyclables d’ici 2025 et le label HVE (haute valeur environnementale) s’imposera peu à peu. Pour inciter ses adhérents (1 826 pour Intermarché) à opérer cette transformation, la centrale se contente de mettre en avant les bons chiffres du point de vente test. Seule la carte incitative prévaut. Depuis juillet 2019, l’enseigne prototype affiche, selon les semaines, des hausses de CA de 30 à 40 %. , Intermarché et Netto accélèrent leur transformation - L'Officiel de la Franchise
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Traductions du mot « succin »

Langue Traduction
Anglais succin
Espagnol succin
Italien succin
Allemand succin
Chinois 琥珀
Arabe السكسين
Portugais succin
Russe succin
Japonais コハク
Basque succin
Corse succin
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Synonymes de « succin »

Source : synonymes de succin sur lebonsynonyme.fr

Succin

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