La langue française

Serge

Sommaire

  • Définitions du mot serge
  • Étymologie de « serge »
  • Phonétique de « serge »
  • Traductions du mot « serge »
  • Synonymes de « serge »

Définitions du mot « serge »

Trésor de la Langue Française informatisé

SERGE, subst. fém.

A. − INDUSTR. TEXT. Étoffe présentant de fines côtes obliques. Serge fine; grosse serge; serge de coton, de laine, de soie. Ascension continue de fourmis noires qui s'engouffraient sous le portail béant, dans la nef tendue de serges, où l'on apercevait du dehors une flambée de feux au fond des ténèbres, le scintillement des cierges autour du catafalque (Vogüé,Morts, 1899, p. 429).
Serge du Seigneur. Serge très fine en usage aux xvieet xviies. (Ds Nouv. Lar. ill.-Lar. Lang. fr.).
B. − Tissu d'armure sergé généralement en laine, sec et serré en fonction du fil. Vêtement, rideau, costume, robe de serge. Elle allait aux rayons, toute mince dans un costume tailleur en serge bleue (Bourget,Actes suivent, 1926, p. 46).L'homme, vêtu d'un costume marin en grosse serge, un tricot à raies bleues et blanches sous la vareuse marinière (Camus,Exil et Roy., 1957, p. 1667).
REM. 1.
Serger, sergier, subst. masc.,industr. text. Ouvrier qui fabrique de la serge. Une cousine mariée à un serger du nom de Gâpy (P. Rézeau,Notes sur le lex. d'Ernest Pérochonds R. Ling. rom. t. 42 1978, p. 119).Var. sergier. (Dict. xixeet xxes.).
2.
Sergerie, subst. fém.,industr. text. Fabrication, commerce des serges (Dict. xixeet xxes.).
Prononc. et Orth.: [sε ʀ ʒ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1165-70 sarge « étoffe légère et croisée, ordinairement faite de laine » (Chrétien de Troyes, Erec et Enide, éd. M. Roques, 6606); 1360-61 serge (Reg. des comptes municipaux de la ville de Tours, I, 211 ds Cah. Lexicol. n o6, 90). Du lat. pop. *sarica (d'où aussi roum. sarica « bure », esp. et a. prov. sarga « serge »), altér. du lat. class. sērica, fém. pris subst. de l'adj. sēricus « de soie », lequel est empr. au gr. σ υ ρ ι κ ο ́ ς de même sens, dér. de Σ η ̃ ρ ε ς « les Sères », peuple d'Asie qui produisait de la soie. Fréq. abs. littér.: 145.
DÉR.
Sergette, subst. fém.,industr. text. a) Étoffe de laine mince et légère. Un jour d'hiver, on me fit endosser l'uniforme de sergette amarante, on arrangea mon trousseau dans une malle (Sand,Hist. vie, t. 3, 1855, p. 76).b) Serge de laine mêlée de soie fabriquée en Flandre et en Picardie aux xviieet xviiies. (Ds Lar. Lang. fr., Lexis 1975, Rob. 1985). [sε ʀ ʒ εt]. 1resattest. 1352 sargete « étoffe de laine étroite, mince et légère » (Comptes de l'Argenterie des rois de France, éd. Douët d'Arcq, p. 111), 1605 sergette (Vauquelin de La Fresnaye, Idillies, II, 12 ds Hug.); dimin. de serge, suff. -ette (-et*).
BBG. George (K. E.). Les Désignations du tisserand dans le domaine gallo-roman. Tübingen, 1977, p. 48, 99 (s.v. serger); L'Emploi anal. de qq. noms d'étoffes dans le domaine gallo-roman. In: [Mél. Boutière (J.)]. Liège, 1971, p. 267. − Quem. DDL t. 3 (s.v. serger), 4, 6 (s.v. serger).

Wiktionnaire

Nom commun

serge \sɛʁʒ\ féminin

  1. (Textile) Étoffe légère et croisée, ordinairement faite de laine.
    • Un charlatan, revêtu d'un costume en serge rouge, se démenait, un pélican à la main, sur une estrade enjolivée par des guirlandes de dents canines, incisives ou molaires, enfilées dans des fils de laiton. — (Théophile Gautier, Le Capitaine Fracasse, 1863, p.296)
    • Rien n’indiquait l’événement terrible qui s’y était passé ; tout était à sa place : le lit de serge verte dans son alcôve. — (Alexandre Dumas, Les Mille et Un Fantômes)
    • Le complet de serge laissait voir maintes traces d’usure, et les entournures trop larges faisaient paraître l’homme plus robuste qu’il n’était en réalité. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 341 de l’éd. de 1921)
    • Quand l’alcôve était habitée, un grand rideau de serge tiré de part en part dans l’oratoire cachait l’autel. — (Victor Hugo, Les Misérables, I, 2, 5, 1862)
  2. (Mécanique) Terme désignant la partie non taillée de la jante d'une roue dentée. Pour les horlogers, le terme désigne la jante entière, avec ses dents[3].

Forme de verbe

serge \sɛʁʒ\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent de serger.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent de serger.
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent de serger.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent de serger.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif présent de serger.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SERGE. n. f.
Étoffe légère et croisée, ordinairement faite de laine. Serge fine. Grosse serge. Un vêtement de serge. Être vêtu de serge. Serge de soie.

Littré (1872-1877)

SERGE (sèr-j' ; Chifflet, Gramm. p. 182 : le peuple dit serge, mais la cour dit sarge) s. f.
  • Étoffe commune de laine qui est croisée. Que d'une serge honnête elle ait son vêtement, Et ne porte le noir qu'aux bons jours seulement, Molière, Éc. des mar. I, 2. Serges de Meuse, ou demi-Londres qui se fabriquent à Sedan, Arrêt du Conseil, 8 avril 1718. Son logement était composé de trois pièces, dont la principale était meublée, tapisserie, lit et chaises, d'une serge violette ; vous eussiez cru entrer dans la chambre d'une dévote, Duclos, Œuvr. t. X, p. 40. Serges ou frocs, serges croisées, serges doubles trémières blanches ou grises, serges sur étaim blanches et grises de première qualité, serges drapées, serges croisées doubles à deux étains, Tableau annexé aux Lett. pat. du 22 juillet 1780.

    Il y a aussi des serges de soie, qui portent ce nom parce qu'elles sont travaillées et croisées comme la serge de laine.

HISTORIQUE

XIVe s. Six sarges rouges, Du Cange, sarga.

XVIe s. On aura à vil prix la serge, J'en tends que le bagage on charge, Marot, II, 155.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

SERGE, dans le Commerce, est une étoffe de laine piquée ou croisée, manufacturée sur le métier à quatre marches ou pédales, de la même maniere que l’on fabrique les ratines & autres étoffes.

La bonté des serges se connoît à la croisure, & celle des draps à la filure. Voyez Drap.

Il y a des serges de différentes especes, qui prennent leur nom de leurs différentes qualités, ou des endroits dans lesquels on les fabrique. Celle qui a le plus de réputation, est la serge de Londres ; elle est maintenant très-estimée dans les pays étrangers, particulierement en France, où l’on a établi avec beaucoup de succès une manufacture de cette espece sous le titre de serge façon de Londres.

Manufacture de serge de Londres. Quant à la laine, on choisit la plus longue pour la chaine, & la plus courte pour la trame : avant que de faire usage de l’une & de l’autre, on doit premierement la dégraisser, en la mettant dans une chaudiere de liqueur, un peu plus que tiede, composée de trois quarts d’eau bien nette, & un quart d’urine ; après qu’on l’y a laissée assez long-temps pour s’y dissoudre, & avoir ôté la graisse, &c. on la remue brusquement avec un bâton ; on l’ôte ensuite de la liqueur ; on la laisse égouter, & après l’avoir lavée dans de l’eau courante, & sechée à l’ombre ; on la bat avec des bâtons sur un ratelier de bois, pour en chasser l’ordure & la plus grosse poussiere. Après quoi on l’épluche bien proprement avec les mains. Quand elle est ainsi préparée, on la graisse ou on l’imbibe d’huile d’olive, & l’on peigne avec de grands peignes la partie la plus longue, destinée à la chaine ; on la fait chauffer dans un petit fourneau pour cet usage pour la dégraisser une seconde fois, ou pour lui ôter son huile ; on la met dans de l’eau de savon très-chaude ; après l’en avoir retirée, on la tord, on la seche & on la file au rouet. Quant à la laine la plus courte, dont on veut faire trame, on la carde seulement sur le genou, avec de petites cardes très-fines ; on la file ensuite au rouet sans en ôter l’huile. Remarquez que le fil destiné à la chaine doit être toujours beaucoup plus fin & plus retors que celui de la trame.

Quand la laine est filée, tant celle qui est pour la chaine que celle qui est pour la trame, & que l’on a mis le fil en écheveaux, la laine destinée à la trame est mise sur des espolins (à moins qu’elle n’ait été filée dessus) proportionnés à la cavité ou à l’œil de de la navette ; & sa laine, qui est pour la chaine, est dévidée sur une espece de bobines de bois, afin de la préparer à être employée : quand elle est montée, on lui donne de la consistance, c’est-à-dire, qu’on la rend ferme moyennant une espece de colle, dont celle qui est réputée la meilleure, est faite de coupures de parchemin : quand elle est seche, on la met sur le métier.

Quand elle est montée sur le métier, l’ouvrier élevant & abaissant les fils (que l’on passe à-travers une canne ou un réseau), par le moyen de quatre pédales, situées dans la partie inférieure du métier, qu’il fait agir transversalement, également & alternativement l’une après l’autre, avec ses piés, à proportion que les fils sont élevés & abaissés, il jette la navette à-travers d’un côté à l’autre ; & à chaque fois qu’il jette la navette, & que le fil de la trame est croisé entre les fils de la chaine, il le frappe avec le chassis, auquel est attachée la canne, à-travers les dents de laquelle les fils de la chaine sont placés, & il répete ce coup deux ou trois fois, ou même plus, jusqu’à ce qu’il juge que la croisure de la serge est suffisamment serrée ; & ainsi de suite, jusqu’à ce que la chaine soit entierement remplie de la trame.

Aussitôt que l’on a ôté la serge de dessus le métier, on la porte chez le foulon, qui la foule ou qui l’écure dans l’auge ou le baquet de son moulin, avec une espece de terre grasse qui sert à cet usage, dont on a eu soin d’abord d’ôter les pierres & les ordures. Après qu’on l’a écurée pendant trois ou quatre heures, on ôte la terre à foulon, en lavant la serge avec de l’eau nette, que l’on met petit-à-petit dans l’auge, d’où on la retire quand elle est entierement nettoyée de la terre ; ensuite avec une espece de pinces de fer, on arrache tous les nœuds, les bouts, les pailles, &c. qui s’attachent sur la surface de la serge des deux côtés : après cela on la reporte dans l’auge à foulon, où on la repasse avec de l’eau de savon un peu plus que tiede, pendant environ deux heures : on la lave alors jusqu’à ce que l’eau vienne parfaitement claire, & qu’il n’y ait plus aucune apparence de savon : après quoi on l’ôte de l’auge, on arrache les nœuds, &c. on la met à des crocs ou crochets, afin qu’elle seche ; en prenant bien garde à mesure qu’elle seche, de l’étendre en long & en large, jusqu’à ce qu’elle ait ses justes dimensions ; quand elle est bien seche, on l’ôte des crochets, on la teint, on la tord, & enfin on la presse. Voyez Teinture, Presse, Tente.

Serge, étoffe de soie. Cette étoffe est un tissu dont le grain se fait obliquement au moyen du remettage & de l’armure ; elle se fait avec une seule chaîne & la trame dont on met le nombre de bouts proportionné à la force dont on la veut. Cette étoffe a toujours à Lyon 11 vingt-quatriemes d’aune. Voyez Etoffe de soie.

Les serges sont un diminutif du satin, voyez Satin. Elles ont six lisses & six marches ; chaque marche fait lever & baisser trois lisses. Voici l’armure d’une serge à six lisses.

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Les fils sont passés dans ces lisses dessous & dessus la marche, de façon que la même lisse qui fait lever le fil, le baisse aussi. Toutes les étoffes unies sont passées de même ; ce qui ne peut avoir lieu aux étoffes façonnées. Les fils ainsi disposés, ne pourroient être levés par la tire, arrêtés qu’ils seroient par la lisse.

On donne le nom de petites serges à celles qui n’ont que 50 à 60 portées ; de moyennes à celles qui en ont depuis 70 jusqu’à 80 ; & de fortes, celles auxquelles on en donne de 110 à 120.

Armure d’une serge à quatre lisses.
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Étymologie de « serge »

En ancien français sarge :
  • du latin Serica[1], féminin substantivé de Sericus (« de soie »), lui même du grec ancien σηρικός, sêrikós (« vers à soie »).
  • mais le mot n’a pas le sens de « tissu laine-soie », pour Littré[2], apparenté à sarga en espagnol, sarja en portugais, sargia en italien, le bas-latin offre comme synonyme de sarga les mots sarcile, sarcilus, sarcilis vestis ; ce qui conduirait au latin sarcire, « faire les habits », qui aurait pris un sens particulier.
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Berry, sarge ; provenç. serga, sirgua ; catal. sarga ; espagn. sarga ; portug. sarja ; ital. sargia. Origine douteuse. Diez le tire du lat. serica, étoffe de soie, parce que la soie s'y mêlait à la laine. Souza le tire d'un mot arabe saraka. Le bas-latin offre comme synonyme de sarga les mots sarcile, sarcilus, sarcilis vestis ; ce qui conduirait au lat. sarcire, faire les habits, qui aurait pris un sens particulier.

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Phonétique du mot « serge »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
serge sɛrʒ

Traductions du mot « serge »

Langue Traduction
Anglais serge
Espagnol sarga
Italien serge
Allemand serge
Chinois 哔叽
Arabe سيرج
Portugais sarja
Russe саржа
Japonais サージ
Basque serge
Corse sarge
Source : Google Translate API

Synonymes de « serge »

Source : synonymes de serge sur lebonsynonyme.fr
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