Sans : définition de sans

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Sans : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

SANS, prép., loc. conj. et adv.

I. − Prép. et loc. conj.
A. − Préposition
1. [Devant un n. ou un pron.]
a) [Marque l'absence, le manque, l'exclusion d'un être ou d'une chose] Anton. avec.Être sans argent, sans bagage(s), sans emploi, sans ressources; sans esprit, sans honneur, sans jugement, sans malice, sans méchanceté; bière sans alcool, café sans sucre, régime sans sel; chèque sans provision; robe sans manches. Même sans la musique le victimae paschali laudes est un admirable poème en vers libres (Gourmont, Esthét. lang. fr., 1899, p. 250).Rendez-moi rendez-moi mon ciel et ma musique Ma femme sans qui rien n'a chanson ni couleur Sans qui mai n'est pour moi que le désert physique Le soleil qu'une insulte (Aragon, Crève-cœur, 1941, p. 37).V. être1ex. 56 et même ex. 15.
Loc. verb. Être sans le sou, être sans un (pop.). Être sans argent ou sans argent liquide. Et puis j'ai prêté − qu'elle dit! − cinquante balle à Myriame pour payer sa pelure, et puis y a l'une, y a l'autre qui rappliquent, qui disent qu'elles sont sans un... Est-ce que je sais! (Colette, Vagab., 1910, p. 69).
Sans domicile fixe*.
En partic. [Marque que tel ou tel élément n'est pas pris en compte] Chambre sans le petit déjeuner; sans les frais.
Loc. verb. Compter sans qqn, sans qqc. Ne pas prendre en considération; ne pas se méfier de. Elle avait fait raser ses magnifiques cheveux (...) elle espérait que ce pénible sacrifice (...) lui en épargnerait de plus pénibles encore. Elle avait compté sans son hôte. M. de Maurescamp (...) trouva que cette coiffure de petit soldat lui prêtait quelque chose d'original et de piquant (Feuillet, Paris., 1881, pp. 29-30).
Loc. adv. Sans plus. V. plus I A 3 b.
b) [Dans un tour à valeur hyp.] Le plus beau printemps je ne sais qu'en faire sans toi (Aragon, loc. cit.). La science ne s'établissant que par voie de comparaison, la connaissance de l'état pathologique ou anormal ne saurait être obtenue sans la connaissance de l'état normal (Bariéty, Coury, Hist. méd., 1963, p. 660).
Sans cela. V. cela I C 4.
c) [L'idée de négation porte sur la façon dont se déroule le procès; sans est suivi d'un subst.] Pendant que l'aîné assourdit un côté de la table, le petit frère se met de la partie et assourdit l'autre côté! Et ça continue des deux côtés, sans tact, sans merci, sans miséricorde pour la table (Goncourt, Journal, 1892, p. 184).
Loc. adj. ou adv. Sans appel (v. ce mot D 1), sans arrêt (v. ce mot I A 1 a), sans blague(s) (v. blague2B), sans bornes (v. borne I B 2 b), sans cérémonie*, sans cesse*, sans commentaire (v. ce mot B 2 b), sans conséquence*, sans consistance, sans conteste*, sans contredit*, sans crainte*, sans délai*, sans discontinuation*, sans effort*, sans entrain, sans équivalent*, sans espérance, sans espoir, sans exception, sans excès (v. ce mot B 3 b), sans exemple (v. ce mot C 1), sans fard*, sans faute (v. ce mot I B 4), sans fin (v. fin1A 4 a β), sans frein*, sans garantie, sans gêne, sans gloire (v. ce mot III C), sans hâte, sans interruption (v. ce mot A 2), sans limite, sans merci (v. ce mot I A), sans murmure (v. ce mot A 3 b), sans nom (v. ce mot II B), sans nombre (v. ce mot B 2 a β), sans partage (v. ce mot A 2), sans peine (v. ce mot C), sans peur (v. ce mot A 1 b γ), sans pitié (v. ce mot A 1), sans prix (v. ce mot II 2), sans quartier (v. quartier2), sans répit (v. ce mot B), sans réserve (v. ce mot A 2 a), sans restriction (v. ce mot I A), sans retard (v. ce mot C 1), sans réticence (v. ce mot B), sans retour, sans succès, sans trêve. Sans doute, sans doute que (v. doute D). Sans égal (v. ce mot II A), sans équivalent, sans pareil (v. ce mot II A 4), sans précédent. Sans acception de (v. acception ex. 4 et 5), sans distinction de (v. distinction ex. 4), sans préjudice de (v. préjudice B). Sans égard à, pour (v. égard A 3 c).
d) Empl. subst. masc., p. plaisant. [Hulot:] − Je suis sans un liard, sans espérance, sans pain, sans pension, sans femme (...) [Josépha:] − Pauvre vieux! c'est bien des sans! (Balzac, Cous. Bette, 1846, p. 320).
Rem. 1. Le subst. qui suit la prép. sans est gén. sans art.: mais l'art. s'emploie quand le subst. est déterminé par une épith. ou un compl. J'imaginais qu'à droite et à gauche de l'étroite bordure il y avait un précipice et que je devais avancer sans le moindre faux pas (Duhamel, Confess. min., 1920, p. 90). 2. Ce subst. est souvent au sing. parce qu'il évoque l'unité, l'abstr. ou le non comptable; le plur. est plus fréq. quand le subst. appartient au concr. Tout cela usait Félicie. Par-dessus tout, elle était sans nouvelles d'Alain (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 321).
2. [Devant un verbe à l'inf.]
a) [Marque que l'on écarte une circonstance] Sans s'arrêter, sans s'interrompre, sans tergiverser; accepter sans se faire prier; agir sans penser à mal; écrire sans discontinuer; répondre sans hésiter; être deux jours sans boire et sans manger. J'étois si fâché contre votre dernière petite lettre, chère sœur, que je voulois être encore longtemps sans vous écrire, mais je n'ai pu tenir à ma grande colère (Chateaubr., Corresp. gén., t. 1, 1810, p. 354).V. acception ex. 6.
Loc. et expr. Sans compter que (v. compter I A 3 b); sans coup férir*; sans désemparer; sans mot dire (v. mot II B 2); cela va sans dire (v. dire1II C 5 b); sans mentir*.
b) [Marque que l'on écarte une conséquence] Nos admirables confrères avaient besoin d'une naïveté pénétrante et surnaturelle qui s'étonnât de voir ce que tout le monde voit sans s'étonner (Valéry, Variété IV, 1938, p. 180).
c) [Marque une concession] J'ai dit, sans être convaincu de ce que j'avançais, qu'à partir du jour où Delacroix avait su que son Journal serait lu par le public, il s'est mis à écrire pour le public (Green, Journal, 1937, p. 114).V. aucunement ex. 11.
3. [Devant un subst. ou un verbe à l'inf.] N'être pas sans. V. être12eSection I B 3 b β.
B. − Loc. conj. Sans que + subj. Mêmes valeurs que sans + verbe à l'inf. Par pudeur de souvenir et par fierté, elle ne pouvait se résoudre à le revoir. Et Christophe ne se crut point permis de venir, sans qu'elle l'y invitât (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1504).On peut dire que si Swann épousa Odette, ce fut pour la présenter, elle et Gilberte, sans qu'il y eût personne là, au besoin sans que personne le sût jamais (Proust, J. filles en fleurs, 1918, p. 470).
Sans que... ne (peu usuel). Pas moyen de faire une affaire avec ce juif-là, sans qu'il ne vous agrippe quelque chose (Virmaitre, Dict. arg. fin-de-s.,Suppl. 1899, p. 14).
C. − [Constr. partic.]
1. Sans ou sans que, suivi d'un autre terme négatif.V. aucun I B 3; aucunement II C; jamais II A; nul I A 3 et 4; nullement C; personne2D; rien I B.
2. Sans guère de + subst.(v. guère I D).Sans plus de + subst.L'auteur (...) nous fait part sans plus de malice (...) de ses observations (Breton, Manif. Surréal., 2eManif., 1930, p. 155).
3.
a) Sans... ni + subst.V. ni II D 1 et aucun ex. 35.
Loc. Sans feu ni lieu (v. ni II D 1 et feu 1ex. 10);sans foi ni loi, sans queue ni tête, sans rime ni raison, sans sou ni maille, sans tambour ni trompette (v. ni II D 1);sans peur ni reproche (v. peur A 1 b γ).Sans... ni sans (v. ni II D 1 rem.).
b) Sans... et sans + subst.Sans trouble et sans courroux, s'exprimant simplement Comme elle est intrépide en son attachement! (Samson, Art théâtr., 1863-65, p. 87).
4. Non sans + subst. ou verbe à l'inf.;non sans que + subj.,non pas sans + subst.V. non II C 1.
II. − Adv., pop., fam. Anton. avec.Il faut vous dire qu'en ce moment, il n'y a qu'une chose dont on s'occupe là-bas, la minéralogie. Chacun a son marteau, on ne sort pas sans (Goncourt, Journal, 1863, p. 1328).
Prononc. et Orth.: [sɑ ̃]. Homon. cent, sang, formes de sentir. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Prép. 1. 2emoit. xes. sens devant un nom ou un pronom, exprime la privation, l'absence, l'exclusion (St Léger, éd. J. Linskill, 84); déb. xiies. sanz (St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 235); en partic. a) 1549 non sans (Est.); b) 1910 être sans un « être démuni d'argent » (Colette, loc. cit.); 2. ca 1170 devant un inf. marque le manque, l'absence d'une manière d'être ou d'agir (Marie de France, Lais, éd. J. Rychner, Guigemar, 574). B. Loc. adv. 1. a) ca 1150 senz ceo que + ind. (Wace, St Nicolas, 261 ds T.-L.); 1562 sans que + ind. (Monluc, Lettres, 59 [IV, 161] ds Hug.); b) ca 1160 senz ce que + subj. (Eneas, 714 ds T.-L.): 1377 sans que + subj. (Gace de La Buigne, Le Roman des Deduis, éd. Å. Blomqvist, 5522); 2. a) 1538 sans cela (Est.); b) 1694 sans quoi (Ac.). C. Adv. 1821 (Desgranges, Petit dict. du peuple, p. 156 ds Goug. Lang. pop., p. 121). Du lat. sine « sans », avec s adverbial; cf. aussi l'a. prov. sen, sens, senes, l'esp. sin, ainsi que l'a. fr. senoec « sans cela », ca 1180 sanoec (Hue de Rotelande, Ipomedon, éd. A. J. Holden, 1310), du lat. sine hoc « id. ». Fréq. abs. littér.: 168 908. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 244 673, b) 223 969; xxes.: a) 234 665, b) 248 436. Bbg. Clédat (L.). Sans et sans que. R. philol. fr. 1929, t. 41, pp. 164-167. − Cristea (T.). Le Couple avec/sans en fr. contemp. B. de la Soc. roum. de ling. rom. 1970, t. 7, pp. 63-71. − Damourette (J.). Courte note sur la synt. de sans que. Fr. mod. 1938, t. 6, pp. 234-242. − Gaatone Nég. 1971, pp. 118-120. − Glättli (H.). Encore des rem. sur sans que... ne. Vox rom. 1987, n o46, pp. 87-90. − Halmøy (J.O.). Le Gérondif. Trondheim, 1982, pp. 342-350. − Moignet (G). Les Signes de l'exception dans l'hist. du fr. Genève, 1973, passim. − Morel (M.-A.). Ét. sur les moy. gramm. et lex. propres à exprimer une concession en fr. contemp. Thèse, Paris, 1980, pp. 652-657, 831-837, 851-859. − Riegel (M.). La Représentation sém. de sans que. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1977, t. 15, n o1, pp. 337-359. − Togeby (K.) Gramm. fr. t. 4: les mots inv. Copenhague 1984, pp. 252-253.

Sans : définition du Littré (1872-1877)

SANS (san ; l's se lie : san-z un sou) prép.
  • 1Il marque le manque, l'exclusion. Cet homme est mort sans enfant, sans héritier, ou sans enfants, sans héritiers. Cet enfant a fait un exercice sans faute ou sans fautes. C'est un acteur sans défaut ou sans défauts. Ce que vous dites là est sans exemple. Bérénice la belle, Qui semble contre amour si fière et si cruelle, Me dit tout franchement en pleurant, l'autre jour, Qu'elle était sans amant, mais non pas sans amour, Régnier, Dial. Chloris et Philis. Sépare tes présents, et ne m'offre aujourd'hui Que ton fils sans le sceptre ou le sceptre sans lui, Corneille, Héracl. I, 2. Seigneur, lui dis-je, jusqu'à quand durera votre colère ? Jusqu'à ce, dit-il, que les villes soient désolées et sans citoyens, les maisons sans habitants, et que la terre demeure déserte, Sacy, Bible, Isaïe, VI, 11. Eh bien ! gageons tous deux, Dit Phébus, sans tant de paroles, La Fontaine, Fabl. VI, 3. M. du Maine assure que cet Anglais [Law] est un homme sans honneur, sans religion et sans foi, Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 18 octobre 1717. Benjamin est sans force, et Juda sans vertu, Racine, Athal. I, 1. L'on parle d'une région où les vieillards sont galants, polis et civils ; les jeunes gens au contraire, durs, féroces, sans mœurs ni politesse, La Bruyère, VIII. Il [Boerhaave] n'avait que quinze ans quand la mort de son père le laissa sans secours, sans conseil, sans bien, Fontenelle, Boerhaave. Une vie molle, délicieuse, sans vices ni vertus, Massillon, Carême, Mauv. riche. Don Vincent était un vieux seigneur fort riche, qui vivait depuis plusieurs années sans procès et sans femme, Lesage, Gil Blas, IV, 1. On vit des troubles sans cause et des révolutions sans motifs, Montesquieu, Rom. 22. Son château [du président de Brosses] était une masure faite pour des hiboux… des vignes sans raisin, des campagnes sans blé, et des étables sans vache, Voltaire, Lett. d'Argental, 19 déc. 1758. Par lui [Jésus] les yeux verront les dangers sans horreur, La douleur sans faiblesse, et la mort sans terreur, Delille, Parad. perdu, XI.

    Je le sais bien sans vous, sans qu'il soit besoin que vous me le disiez. Ne me contez point tant que mon visage est beau… Je le sais bien sans vous, Corneille, Galer. du Palais, II, 1.

  • 2Il se met, avec le même sens, devant un infinitif. Ce triste et fier honneur m'émeut sans m'ébranler, Corneille, Hor. II, 3. Il y a des gens si remplis d'eux-mêmes que, lorsqu'ils sont amoureux, ils trouvent moyen d'être occupés de leur passion, sans l'être de la personne qu'ils aiment, La Rochefoucauld, Réfl. mor. n° 500. Il ne sert de rien d'être jeune sans être belle, ni d'être belle sans être jeune, La Rochefoucauld, ib. n° 497. Dumarsais, sans être aussi modeste que l'abbé Girard, ignorait encore plus que lui les moyens de se procurer les honneurs littéraires, D'Alembert, Éloges, Girard.

    Sans mentir, en vérité. Sans mentir, Dieu est bien abandonné, Pascal, dans COUSIN.

  • 3Il se met assez souvent au commencement des phrases. Sans argent, sans protecteurs, que pouvais-je faire ? Sans vous, je n'aurais pas réussi. Sans effort et sans bruit, il savait faire les grandes choses, Montesquieu, Arsace et Isménie. Sans la bataille de Chéronée, Démosthène eût sauvé la Grèce, Marmontel, Œuvr. t. IX, p. 203.
  • 4Sans quoi, sans cela, autrement, sinon. Vous ferez cela, sans quoi vous serez puni. Partez à l'instant même, sans cela vous serez en retard.
  • 5Sans entre dans la composition de plusieurs locutions adverbiales : sans doute, sans fin, sans façon, sans faute, sans crainte, etc. Peut-on haïr sans cesse ? et punit-on toujours ? Racine, Andr. I, 4.
  • 6Sans plus, sans qu'il y en ait davantage. La gent trotte-menu s'en vient chercher sa perte : Un rat, sans plus, s'abstient d'aller flairer autour, La Fontaine, Fabl. III, 18. Je me suis présenté [à l'Académie], mais une fois sans plus, messieurs, Courier, Lett. à l'Acad. des inscript.
  • 7Sans plus avec un infinitif, non davantage. Et je m'en vais pleurer leurs faveurs meurtrières [des dieux], Sans plus les fatiguer d'inutiles prières, Racine, Phèdre, V, 5. Et sans plus me charger du soin de votre gloire, Racine, Mithr. III, 5.
  • 8Sans que, locut. conjonct. avec le subjonctif. Des dignités, des biens que jusqu'au bout du monde On suit, sans que l'effet aux promesses réponde, La Fontaine, Fabl. VII, 12. Je rendrais mon ouvrage Capable de sentir, juger, rien davantage, Et juger imparfaitement, Sans qu'un singe jamais fît le moindre argument, La Fontaine, Fabl. X, 1. Le compère aussitôt va remettre en sa place L'argent volé ; prétendant bien Tout reprendre à la fois sans qu'il y manquât rien, La Fontaine, ib. X, 15. Je prends pour principe que jamais un corps ne se meut par son poids sans que son centre de gravité descende, Pascal, Équil. des liqueurs, II. Hélas ! nous ne pouvons arrêter un moment les yeux sur la gloire de la princesse, sans que la mort s'y mêle aussitôt pour tout offusquer de son ombre, Bossuet, Duch. d'Orléans. Il se laissa gronder sans qu'il en fût autre chose, Hamilton, Gramm. 4. Les puissances établies par le commerce… s'élèvent peu à peu, et sans que personne s'en aperçoive, Montesquieu, Rom. 4.
  • 9Sans peut se construire avec que, qui prend le sens de sinon. Je pensai qu'il valait mieux que j'examinasse seulement ces proportions en général, et sans les supposer que dans les sujets qui serviraient à m'en rendre la connaissance plus aisée, Descartes, Méth. II, 11. Sachant combien de divers automates ou machines mouvantes l'industrie des hommes peut faire, sans y employer que fort peu de pièces, Descartes, ib. V, 9. Sans songer qu'à me plaire, exécutez mes lois, Corneille, Perth. II, 1. Il recevra des vœux, de l'encens, des victimes, Sans recevoir par là d'honneurs que légitimes, Corneille, Pomp. V, 4. Mille petits amours sont venus voltiger à l'entour d'elle à fleur d'eau, sans mouiller que la pointe de leurs pieds, Perrot D'Ablancourt, Lucien, Dial. Notus et Zéphyre. Sans avoir, en aimant, d'objet que son amour, Racine, Bérén. II, 2. Et sans parler que des gains licites, on paye au tuilier sa tuile, La Bruyère, XII. Harlay était sans mœurs dans le secret, sans probité qu'extérieure, Saint-Simon, 17, 198.
  • 10Sans que, avec l'indicatif ou le conditionnel, signifie : n'eût été que, n'était que, sans cette raison, sans ce fait, sans cette considération (cette locution, très usitée au XVIIe siècle, ne l'est plus maintenant, mais rien n'empêcherait de la reprendre). Sans que je crains de commettre Géronte, Je poserais tantôt un si bon guet, Qu'il serait pris ainsi qu'au trébuchet, La Fontaine, Confid. Sans que mon bon génie au devant m'a poussé, Déjà tout mon bonheur eut été renversé, Molière, l'Ét. I, 11. Je suis si lasse de cette chienne d'écriture, que, sans que vous croiriez mes mains plus malades, je ne vous écrirais plus que je ne fusse guérie, Sévigné, 260. J'en prendrais présentement [d'une essence], sans que je me ferais scrupule de me servir d'un remède si admirable, quand je n'en ai nul besoin, Sévigné, 20 oct. 1675. Vous m'avez écrit la plus aimable lettre du monde ; j'y aurais fait plus tôt réponse, sans que j'ai su que vous couriez par votre province, Sévigné, 25 juin 1670. Marlbourough mande à Villars qu'il l'eût attaqué le 10 juin, sans que le prince Louis de Bade, au lieu d'arriver le 9, n'était arrivé que le 15, Saint-Simon, 149, 171.

REMARQUE

1. Avec sans, la règle est que l'infinitif se rapporte au sujet de la proposition ou au régime ; mais cela n'est pas absolument nécessaire quand une équivoque est impossible, et le vrai sens évident. Que l'on cherche partout mes tablettes perdues ; Mais que, sans les ouvrir, elles me soient rendues, Quinault, Cyrus, I, 5. Il aurait beau crier : " Premier prince du monde ! Courage sans pareil ! lumière sans seconde ! " Ses vers, jetés d'abord sans tourner le feuillet, Iraient dans l'antichambre amuser Pacolet, Boileau, Épître IX.

2. Les grammairiens ont condamné la locution : sans pas ou sans point, et critiqué cette phrase de Montesquieu : César avait de grandes qualités sans pas un défaut, Rom. 11. Mais, pas et point étant non des négations, mais des mots qui renforcent la négation, il n'y a aucune raison grammaticale pour condamner cette manière de parler.

3. La préposition sans reçoit également après elle ni ou et entre deux régimes ; mais dans ce dernier cas on répète sans : Sans crainte ni pudeur, sans force ni vertu ; sans crainte et sans pudeur, sans force et sans vertu. La raison de cette différence, c'est que sans est exclusif par lui-même, et que ni l'est aussi, ce qui fait que ce dernier peut suppléer sans ; au lieu que et, n'ayant pas le même caractère, ne dit pas ce que sans doit dire, ce qui oblige à le répéter.

4. Lorsque sans précède immédiatement un verbe, ce verbe doit-il être suivi de l'article contracté du, ou bien de la préposition de sans article ? Doit-on dire : asseoir des impôts sans exciter de plaintes, comme on dirait : en n'excitant pas de plaintes ; ou faut-il dire : sans exciter des plaintes ? Quand la tournure de phrase est affirmative, on omet l'article : Ce sont des libertés où l'on s'abandonne sans y penser de mal, Molière, G. Dand. III, 8. Tout sans faire d'apprêts s'y prépare aisément, Boileau, Art p. III. Cependant on peut aussi mettre l'article, mais cela est moins usité. Au contraire, quand la tournure est négative, on met l'article : Il ne peut parler sans faire des fautes. Cependant l'article pourrait aussi être omis ; toutefois cela est moins usité.

5. Sans que, suivi du subjonctif, ne prend ne, ni quand la phrase principale est affirmative, ni quand elle est négative. La négation n'est pas même admise après sans que suivi de ni, aucun, personne, rien, jamais : Je reçus et je vois le jour que je respire Sans que père ni mère ait daigné me sourire, Racine, Iph. II, 1. Elle n'est pas non plus admise, bien que sans soit suivi du verbe craindre : Vous pouvez traiter avec lui, sans craindre ou sans crainte qu'il vous trompe. Cependant on en trouve quelques exemples. Ces cris de toute une armée [lors de la mort de Turenne] ne se peuvent pas représenter, sans que l'on n'en soit ému, Sévigné, 28 août 1675.

HISTORIQUE

XIe s. Seinz hume mort [la bataille] ne poet estre achevée, Ch. de Rol. CCLX.

XIIe s. Lors [ils] se plaignent sans dolor, Couci. L. Cil qui servent sans traïr, ib. III. Grans fust ma joie et ma peine legere Sans point de mescheoir, ib. XVIII. De lait, de bure et de peison Vivent et de la veneison, Dont mult il prennent e sen peine, Benoit de Sainte-Maure, I, V.291. Il veoit bien, san le roi, ne se pooit metre pais en ses choses, Machab. II, 4.

XIIIe s. Comment osas, sains mon congié, En ma cité metre ton pié ? Partonop. V. 1149. [Votre père] Qui vous amoit de cuer sans nul point de faintise, Berte, C. Nus [nul] ne s'en retourna Fors que Morant sans plus, ib. CVIII.

XVe s. La porte fut ouverte, et y entrerent les Gantois, sans ce que nul mal y fissent, Froissart, II, II, 57. Et que chacun prist sans plus un pain et le troussast derriere lui, Froissart, I, I, 37. Par montagnes, par vallées, sans point de plein pays, Froissart, I, I, 37. Et sans moyen [sans intervalle, immédiatement] estoit devant luy le filz au roy de Navarre, Christine de Pisan, Charles V, II, 36. Et parlerent eulx deux ensemble grant pieche, sans ce qu'il y eust nulz de leurs gens qui les peust ouïr, Fenin, 1416. Grandes dissentions… y avoit… specialement entre les gens, pour le faict des aydes et finances qu'on exigeoit sur le peuple, sans ce que comme point rien en feust mis au bien de la chose publique, Juvénal Des Ursins, Charles VI, 1391. Sire chevalier, dist la pucelle, estes vous Gadiffer qui entreprint l'adventure de la roide montaigne ? Par ma foy, damoiselle, ce suis je sans autre et pour vray, Percefor. t. III, f° 61.

XVIe s. La vie humaine est environnée et quasi assiegée de miseres infinies, sans aller plus loin, puisque nostre corps est un receptacle de mille maladies…, Calvin, Instit. 154. Nostre silence n'est pas sans ingratitude, si nous passons aucune de ses graces [de Dieu] sans louange, Calvin, ib. 706. Mais quelque dieu, ou quelque astre irrité M'a, sans avoir ce malheur merité, De vous ouïr la puissance ravie, Du Bellay, J. V, 40, recto. Mais sy se maine l'affaire dont tant vous m'avez asseurée, d'une sorte que, sans avoir [si je n'avais] la parole du roy et vostre promesse, j'aurois bien occasion de m'ennuyer, Marguerite de Navarre, Lett. 100. Ils entendent bien que, sans [à moins de] avoir paix à vous, ils sont si mal que plus ne peuvent, Marguerite de Navarre, ib. 27. Sans mentir, voilà des hommes bien sauvages, Montaigne, I, 204. Il emplit la ville de Rome de meurtres sans fin et sans nombre, Amyot, Sylla, 65. Je mourrois, sans aimer [si je n'aimais] leur gentille lumiere Qui m'embraza le cœur d'une flame premiere, Ronsard, 805. L'homme vit aisement en ce mortel sejour Sans avoir un royaume, et non pas sans amour, Ronsard, 807.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

SANS. Ajoutez :
11Sans, employé d'une manière absolue et sans régime. La perruque [de Louis XIV] était la seule pièce, dit-on, qui tînt bon contre le déshabillé ; personne ne l'avait jamais vu sans, Sainte-Beuve, Portraits contemporains, t. I, p. 372, nouv. édit. Paris, 1870.
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Étymologie de « sans »

Étymologie de sans - Wiktionnaire

Du latin sine (« sans ») avec s adverbial.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Étymologie de sans - Littré

Wallon, sai ; picard, sins ; provenç. sens, senes, ses ; ancien cat. senes ; cat. moderne sens ; ancien espagn. senes, sen ; espag. moderne, sin ; portug. sen, sem ; ital. senza. Les formes sans s dans le vieux français, dans les patois et dans plusieurs langues romanes, viennent du latin sine, que les étymologistes regardent comme provenant du préfixe se, sed, qui signifie séparation (proprement, à part soi, s(, s(d étant l'ablatif du pronom réfléchi), et de ne sur lequel les étymologistes disputent (voy. Journ. de Kuhn, XIX, 163). Les formes avec s, qui sont aussi fort anciennes, représentent un latin barbare sinis, formé sur le modèle de certains adverbes. Enfin l'italien senza, que des étymologistes ont rattaché à absentia, ne paraît pas devoir être séparé des autres formes romanes ; mais il ne s'explique guère. Sans que s'explique, comme l'historique le fait voir, par sans ce que.

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Phonétique du mot « sans »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
sans sɑ̃ play_arrow

Citations contenant le mot « sans »

  • Soixante-six livreurs sans-papiers ayant travaillé pour Frichti jusqu'en juin 2020 ont saisi mardi les Prud'hommes pour faire reconnaître l'existence d'un contrat de travail entre eux et la plateforme de livraison de repas. L'avocat qui les représente, Kevin Mention, a affirmé à l'AFP avoir déposé mardi matin «66 dossiers, complets et en état d'être jugés», au conseil de prud'hommes de Paris. LEFIGARO, Frichti : 66 anciens livreurs sans-papiers saisissent les Prud'hommes
  • Plus de 200 travailleurs sans-papiers, d'origine malienne pour la plupart, risquent d'être expulsés du hangar qu'ils occupent depuis fin 2019 à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Une audience au tribunal administratif est prévue le 26 janvier 2021. France Bleu, Montreuil : les travailleurs sans-papiers "Bara" de la rue Stalingrad, menacés d'expulsion
  • Votre mot de passe doit comporter au moins 6 caractères, sans espace. La Croix, Biathlon, la vie sans Martin Fourcade
  • Nouveauté pour le moins étonnante de Citroën en 2020, l’Ami attise la curiosité. Amusant et simple à conduire sans permis dès 14 ans, le petit quadricycle nécessite cependant d’être apprivoisé pour savoir s’il répond à ses attentes. Comment faire un essai de ce drôle d’engin électrique ? Suivez le guide. L'Automobile Magazine, Comment faire un essai de la Citroën Ami électrique sans permis ? - L'Automobile Magazine
  • Afin de freiner la propagation du Covid-19 et de favoriser l'isolement des personnes symptomatiques et des cas contact, la procédure d'arrêt de travail a été simplifiée. Depuis le 10 janvier 2021, les personnes symptomatiques, en attente d'un test au Covid-19, peuvent comme les cas contact bénéficier d'arrêts maladie indemnisés sans jour de carence et délivrés automatiquement en ligne sur le site de l'Assurance Maladie. Deux décrets parus au Journal officiel du 9 janvier 2021 prévoient notamment le versement des indemnités journalières dès le premier jour d'arrêt pour les salariés et les agents publics. Ces modalités sont applicables jusqu'au 31 mars 2021. , Isolement -Personnes symptomatiques ou cas contact : un arrêt maladie immédiat et sans jour de carence | service-public.fr
  • "Inutile de s'imaginer un chef de gare crier "gare" de la même façon qu'un marin en pleine mer pourrait crier "Terre" dès qu'une île émerge de la ligne d'horizon : tout cela n’a rien n’a voir. Au 12ème siècle, "gare" s'écrivait "guar" et signifiait prendre garde. Il ne faut pas l'entendre dans le sens moderne de "faire attention", mais plutôt "garez-vous", "mettez-vous à l'abri". Dès lors, celui qui surgissait "sans crier gare" le faisait sans prévenir au préalable qu’il serait bon de se protéger. Pour ajouter à la confusion, le mot "garde", toujours au 12ème siècle, se prononçait "gar". Europe 1, D'où vient l'expression "sans crier gare" ?
  • Enfin seul, sans s. De Jules Renard
  • Nul bien sans peine. De Proverbe français
  • Homme sans femme, tête sans corps ; femme sans homme, corps sans tête. De Jean-Paul Richter / Blumen, Frucht und Dornenstücke
  • Religion sans moralité : arbre sans fruit. Moralité sans religion : arbre sans racines. De Cardinal Spellman
  • Je suis sans épouvante étant sans convoitise. De Victor Hugo / L'Art d'être grand-père
  • Homme sans ennemis, homme sans valeur. De Proverbe bosniaque
  • Berger sans taureau finira sans troupeau. De Proverbe sénégalais
  • Femme sans mâle, terre sans semence. De Proverbe amharique
  • Sans pensées va rarement sans mots. De Howard Newton
  • Point de responsabilité sans foi jurée, sans gage, sans serment. De Antoine Spire / Le Monde de l'éducation - Juillet - Août 2001
  • Je suis sans pitié, sans scrupule, sans compassion, sans indulgence, pas sans intelligence. De Quentin Tarantino / Kill Bill Volume 1 (2003)

Traductions du mot « sans »

Langue Traduction
Corse senza
Basque gabe
Japonais なし
Russe без
Portugais sem
Arabe بدون
Chinois 没有
Allemand ohne
Italien senza
Espagnol sin
Anglais without
Source : Google Translate API

Synonymes de « sans »

Source : synonymes de sans sur lebonsynonyme.fr


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