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Protase

Définitions du mot « protase »

Trésor de la Langue Française informatisé

PROTASE, subst. fém.

A.− DRAMAT. ANC. [P. oppos. à catastase et épitase] Partie d'une poésie dramatique qui contient l'exposition du sujet. L'autre soir, je rêvais d'une tragédie à l'antique qui se déroulerait, de la protase à la catastrophe, dans ce décor non pareil : Stamboul et le Bosphore (Farrère, Homme qui assass.,1907, p. 47).
B.− GRAMM. Subordonnée conditionnelle placée avant la principale appelée apodose. Le si espagnol est un signifiant qui fonctionne notamment comme : − introducteur de protase dans les phrases dites hypothétiques (L'Inform. gramm.,mars 1982, no13, p. 14, col. 2).
C.− RHÉT. Première partie d'une période dont la seconde est appelée apodose.
P. anal., MUS. V. apodose ex.
D.− LOG. Dans une démonstration, première proposition; en partic., majeure d'un syllogisme. Synon. usuel prémisse. (Ds Nouv. Lar. ill., Lar. 20e, Quillet 1965, Lar. Lang. fr.).
REM.
Protatique, adj.,dramat. anc. Personnage protatique. Personnage qui ne paraît qu'au début de la pièce dans le cadre de l'exposition du sujet. Chez les anciens, ces personnages protatiques prenoient peu d'intérêt à l'action (...). Corneille est tombé plusieurs fois dans ce défaut, que Racine a toujours évité, par le soin qu'il a pris de n'introduire que des personnages protatiques intéressants (Gramm.t. 21789).
Prononc. et Orth. : [pʀ ɔta:z], [-ɑ:z]. Barbeau-Rodhe 1930, Rob. 1985 [-ɑ:z] (Rob. 1985 transcrit diastase avec [-a:z] mais protase, protéase avec [-ɑ:z]). Martinet-Walter 1973 11/17 [ɑ], 6/17 [a]. Lar. Lang. fr. [a] (également dans diastase et protéase). Att. ds Ac. dep. 1740. Étymol. et Hist. 1. 1660 « partie d'une pièce de théâtre dans laquelle le sujet est exposé » (P. Corneille, Discours sur le poème dramatique, I, éd. L. Forestier, p. 69); 2. 1789 rhét. (Gramm.); 3. 1904 log. (Nouv. Lar. ill.). Aux sens 2 et 3, empr. au gr. π ρ ο ́ τ α σ ι ς « tension en avant; question proposée; philos. : proposition; log. : prémisse (majeure) d'un argument; rhét. : première partie d'une période (p. oppos. à apodose*), proposition à développer », dér. de π ρ ο τ ε ι ́ ν ω « tendre en avant; exposer, développer; log. : formuler comme proposition ». Au sens 1, empr. au b. lat. protasis « exposition d'une pièce de théâtre », lui-même empr. au gr. π ρ ο ́ τ α σ ι ς. Bbg. Väänanen (V.). Rech. et récréations latino-rom. Napoli, 1981, pp. 147-149.

Wiktionnaire

Nom commun

protase \pʁɔ.taz\ féminin

  1. (Théâtre) Partie d’une pièce de théâtre qui expose son sujet.
  2. (Poésie) Première partie d’une isocolie; figure de style basée sur la juxtaposition de subordonnées.
  3. (Divination) Proposition conditionnelle utilisée dans l’art divinatoire sumérien, elle impliquait une conséquence nommée apodose.
    • Le devin prédit que si telle chose se passe (protase), alors il adviendra telle autre chose (apodose).
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PROTASE. n. f.
T. didactique. Partie d'un poème dramatique qui contient l'exposition du sujet de la pièce.

Littré (1872-1877)

PROTASE (pro-ta-z') s. f.
  • 1 Terme de littérature. Proprement, partie d'un poëme dramatique dans laquelle l'action se complique de plus en plus.

    Particulièrement. Exposition du sujet de la pièce. Pour ouvrir son sujet, il [Térence] a introduit une nouvelle sorte de personnages qu'on a appelés protatiques, parce qu'ils ne paraissent que dans la protase, où se doit faire la proposition et l'ouverture du sujet, Corneille, 1er disc.

  • 2 Terme de grammaire. La première partie d'une période ; la seconde s'appelle apodose.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

PROTASE, s. f. (Littérat.) dans l’ancienne poésie dramatique, c’étoit la premiere partie d’une piece de théatre, qui servoit à faire connoître le caractere des principaux personnages, & à exposer le sujet sur lequel rouloit toute la piece. Voyez Dramatique, Tragédie, &c.

Ce mot est formé du grec προτενω, tenir le premier lieu. C’étoit en effet par-là que s’ouvroit le drame. Selon quelques-uns la protase des anciens revient à nos deux premiers actes ; mais ceci a besoin d’être éclairci.

Scaliger définit la protase, in qua proponitur & narratur summa rei sine declaratione ; c’est-à-dire l’exposition du sujet sans en laisser pénétrer le dénouement ; mais si cette exposition se fait en une scene, on n’a donc besoin pour cela ni d’un ni de deux actes. C’est la longueur du récit, sa nature & sa nécessité qui déterminoient l’étendue de la protase à plus ou moins de scenes, la renfermoient quelquefois dans le premier acte, & la poussoient aussi quelquefois jusque dans le second. Aussi Vossius, instit. poet. lib. II. cap. v. remarque-t-il que cette notion que Donat ou Evanthe ont donnée de la protase, protasi est primus actus, initiumque dramatis, n’est rien moins qu’exacte, & il allégue en preuve le miles gloriosus de Plaute, où la protase, ce que Scaliger appelle rei summa, ne se fait que dans la premiere scene du second acte, après quoi l’action commence proprement. La protase ne revient donc à nos deux premiers actes, qu’à raison de la premiere place qu’elle occupoit dans une tragédie ou une comédie, & nullement à cause de son étendue.

Ce que les anciens entendoient par protase, nous l’appellons préparation de l’action, ou exposition du sujet ; deux choses qu’il ne faut pas confondre. L’une consiste à donner une idée générale de ce qui va se passer dans le cours de la piece par le récit de quelques événemens que l’action suppose nécessairement. C’est d’elle que M. Despréaux a dit :

Que dès le premier vers l’action préparée
Sans peine du sujet applanisse l’entrée.

L’autre développe d’une maniere un peu plus précise & plus circonstanciée le véritable sujet de la piece : sans cette exposition qui consiste quelquefois dans un récit, & quelquefois se développe peu-à-peu dans le dialogue des premieres scenes, il seroit comme impossible aux spectateurs d’entendre une tragédie dans laquelle les divers intérêts & les principales actions des personnages ont un rapport essentiel à quelqu’autre grand événement qui influe sur l’action théâtrale, qui détermine les incidens, & qui prépare, ou comme cause, ou comme occasion, les choses qui doivent ensuite arriver. C’est de cette partie que le même poëte a dit :

Le sujet n’est jamais assez tôt expliqué.

C’est sans doute par cette raison que nos meilleures tragédies s’ouvrent toujours par un des principaux personnages, qui devant prendre un grand intérêt à ce qui va arriver, en a vraissemblablement pris beaucoup à ce qui a précédé, & en instruit quelqu’autre personnage qui, dans le cours de la piece, contribuera beaucoup à l’action principale, ou du moins servira à préparer, à faire naître, à enchaîner les divers événemens, & qui vraissemblablement n’en doit point être instruit. Voyez Protatique.

Cette exposition du sujet ne doit point être si claire qu’elle instruise parfaitement le spectateur de tout ce qui doit se passer dans la suite, mais le lui laisser entrevoir comme une perspective, pour le rapprocher par degrés & le développer successivement, afin de ménager toujours un nouveau plaisir partant du même principe, quoique varié par de nouveaux incidens qui piquent & réveillent la curiosité. Car si l’on suppose une fois l’esprit suffisamment instruit, on le prive du plaisir de la surprise auquel il s’attendoit. C’est précisément ce que dit Donat quand il définit la protase primus actus fabulæ, quo pars argumenti explicatur, pars reticetur, ad populi expectationem tenendam. Voyez Voss. Instit. poetic. Lib. II. cap. v.

Les anciens connoissoient peu cet art, au-moins les Latins s’embarrassoient-ils peu de tenir ainsi l’esprit des spectateurs dans l’attente. Dès le prologue d’une piece, ils en annonçoient toute l’ordonnance, la conduite & le dénouement : témoin l’Amphytrion de Plaute. Les modernes entendent mieux leurs intérêts & ceux du public. Princip. pour la lect. des poëtes, come II. pag. 33. & suiv.

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Étymologie de « protase »

Du latin protasis, du grec ancien.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Πρότασις, de πρὸ, avant, et τάσις, action d'étendre, de τείνειν, tendre (voy. TENDRE, v. a.).

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Phonétique du mot « protase »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
protase prɔtas

Citations contenant le mot « protase »

  • 9Evanthius distingue dans la comédie quatre parties : le prologue, la protase, l'épitase et la catastrophe, parties définies à deux reprises. La première définition14 repose sur l’image d’une montée de la tension : le mot grec epitasis renvoie à l’action physique de tendre. La protase est définie comme « le premier acte et le début du drame » (« primus actus initiumque est dramatis » ), l'épitase comme le « développement et le progrès des embarras et, pour ainsi dire, le nœud de la méprise » (« incrementum processusque turbarum ac totius, ut ita dixerim, nodus erroris »), la catastrophe comme le « retournement de la situation jusqu'à l'issue heureuse, une fois que tous les personnages ont accès à la connaissance des événements » (« conuersio rerum ad iucundos exitus patefacta cunctis cognitione gestorum »). En latin, nodus signifie « nœud » et au sens figuré « difficulté, obstacle » (Gaffiot, 2b). Cela éclaire le sens exact de nodus chez Evanthius. Il s’agirait des embarras résultant d’une « erreur ». Cette « erreur » est peut-être celle des personnages dans l’ignorance : le nodus erroris s’oppose à la cognitio gestorum, littéralement le fait d’apprendre les faits qui ont eu lieu. Comme le montre la lecture des comédies latines, la comédie serait donc une traversée des illusions. La comédie se caractérise en effet par une activité fébrile des personnages : Scaliger en fait un de ses traits définitoires de la comédie, poema negotiosum15. Mais cette action est de fait souvent vaine. Dans le Poenulus de Plaute, ce ne sont pas les plans et les pièges de l’esclave Milphion qui amènent à l’heureux dénouement, mais la reconnaissance au moment où le Carthaginois retrouve ses filles. Dans L'Andrienne de Térence, les stratagèmes de Davus compliquent l’intrigue, mais ne la font pas avancer : le dénouement se fait par l'arrivée du personnage de Criton qui permet la reconnaissance finale. L’error peut aussi désigner la faute et alors être mis en relation avec la faute tragique selon Aristote (hamartia) comme le font les commentateurs italiens de la Renaissance (Robortello, 1548 ; Riccoboni, 1585). La comédie serait alors le miroir de l’imperfection humaine. C’est cette dernière lecture qui explique par exemple dans le théâtre de Georges de Scudéry l’importance de l’« erreur » et du retour à la raison, du « juste repentir » final, provoqué par le remords ou le spectacle de la générosité, motif qui permet d’unir la faute tragique dans le nœud et un dénouement de type comique où le pardon et la réconciliation parachèvent la joie finale16. Ce qui fait en effet plaisir dans la comédie, c’est que les personnages les plus ennemis « s’en vont à la fin réconciliés, et personne n'est tué par personne » (Poétique, chap. 13, 53 a 36-39)17. , Introduction : l’intrigue comme procédé de composition (Fabula / Colloques)
  • L’Église, remplie des aspirations de l’Ancien et du Nouveau Testament pendant l’Avent, crie : « Viens Seigneur Jésus ! » Elle sait que le Seigneur vient selon la chair à Noël, selon la grâce dans nos âmes et qu’Il viendra dans la Parousie aux derniers temps. Chaque incise de l’introït est construite avec un art rhétorique subtil. Le mouvement ascendant (protase) met en évidence une figure de style appelée climax consistant en une suite de mots qui avec des valeurs sonores ou rythmiques font augmenter l’intensité de l’expression vers un sommet (apex). Les mots importants sont semper (toujours), vestra (votre modération), nihil (rien) et oratione (oraison). Aleteia, Trésor du grégorien : l’introït de la joie du dimanche de Gaudete
  • Abdelouahad Mabrour souligne : « Sur le plan syntactico-rythmique, la chute met en œuvre deux notions très utiles à cet effet : la protase et l’apodose ». , La brachylogie sous la direction de Patrick voisin – L'initiative
  • Dans les cas des "foies de Mari" — comme est appelé l’ensemble conservé au Louvre —, il semble que la forme même des foies ait fait partie de la protase, alors que les inscriptions constituaient l’apodose. "Ces foies de mouton sont en effet tous différents, explique Julien Curie. Nous nous interrogeons donc sur l’existence possible d’une relation entre cette diversité et la nature des présages décrits." Ainsi, selon les anomalies relevées sur les foies, les oracles auraient pu prédire la nature des événements à venir selon une formule simple qui pourrait se résumer à "si telle partie du foie présente telle forme, telle chose se produira". Le jeune chercheur mène ainsi des analyses morphométriques destinées à modéliser ces formes pour procéder à des comparaisons. Sciences et Avenir, Ces énigmatiques foies divinatoires sumériens - Sciences et Avenir

Traductions du mot « protase »

Langue Traduction
Anglais protasis
Espagnol protasis
Italien protasi
Allemand protasis
Chinois 代词
Arabe بروتاس
Portugais prótase
Russe протазис
Japonais protasis
Basque protasi
Corse prutese
Source : Google Translate API

Synonymes de « protase »

Source : synonymes de protase sur lebonsynonyme.fr

Protase

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