La langue française

Prétérition

Sommaire

  • Définitions du mot prétérition
  • Étymologie de « prétérition »
  • Phonétique de « prétérition »
  • Citations contenant le mot « prétérition »
  • Traductions du mot « prétérition »

Définitions du mot « prétérition »

Trésor de la Langue Française informatisé

PRÉTÉRITION, subst. fém.

A. − Action de taire, de passer sous silence, omission volontaire. [Barthez] n'a voulu condamner que par prétérition une méthode qui avait été celle de ses maîtres (Cadet de Gassicourt, Mal. enf., t.1, 1880, p.104).On ne peut pas traiter par prétérition un écrit où un officier français est accusé d'espionnage, et la seule tentative d'étouffer l'affaire paraît un implicite aveu de vérité (Clemenceau, Iniquité, 1899, p.368).
B. − RHÉT., STYL. Figure de rhétorique consistant à déclarer que l'on ne parle pas d'une chose alors qu'on le fait. Synon. paralipse, prétermission.Vous me demandez un secret éternel, dans toutes les circonstances, envers tous. Sans restriction mentale ni prétérition à la Jésuite, je vous le déclare par Jéhovah, oui, je garderai ce secret (Stendhal, Armance, 1827, p.69).Beaucoup de bibliothécaires rédigeaient jadis leurs catalogues de cette manière, qui est aujourd'hui condamnée. Un procédé plus barbare encore ne sera mentionné que par prétérition. Il consiste à enregistrer simplement les documents dans sa mémoire, sans en prendre note par écrit (Langlois, Seignobos, Introd. ét. hist., 1898, p.81):
. Cette prose, qui fuyait la simplicité (...) cette phrase à volutes (...) prétéritions, truffée de mots techniques, de calembours (...) coquette avec le vieulx françois, l'argot, les langues étrangères (...) je crois qu'en trahissant une soif d'étonner elle révèle le caractère de celui qui l'emploie. Colette, Apprent., 1936, p.117.
C. − DR. ANC. Omission d'un héritier dans un testament. La prétérition annulait le testament (Ac.1835-1935).
REM.
Prétermission, subst. fém.,rhét., synon. vx. (Ds Morier 1975).V.Littré, préf., p.XVIII.
Prononc. et Orth.: [pʀeteʀisjɔ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist.1. Dr. 1510 (doc. Auvergne ds Z. rom. Philol. t.67, 1951, p.37); 2. rhét. 1557 (Fouquelin, Rhétorique, 10 rods Hug.). Empr. au b. lat. praeteritio, mêmes sens, dér. de praeterire (prétérit*). Cf. au sens 1 l'a. gasc. pretericion (1314 ds FEW t.9, p.322b). Fréq. abs. littér.: 15.

Wiktionnaire

Nom commun

prétérition \pʁe.te.ʁi.sjɔ̃\ féminin

  1. (Rhétorique) Figure de style par le moyen de laquelle on parle d’une chose en feignant de n’en vouloir pas parler.
    • Je crois bien qu'il en est des Provinciales comme de la plupart des anciens livres célèbres ; on les admire de confiance et on s'y amuse par prétérition. — (Remy de Gourmont, Le Chemin de Velours - Nouvelles dissociations d'idées, Mercure de France, 1902, éd. 1911, p. 28)
    • Ces quatre sources sont 1° le besoin ; 2° le pléonasme ; 3° la métathèse ; 4° l’énallage. Parmi les figures de pensées, au nombre de dix-huit, il [Phœbammon] en distingue deux nées du besoin : l’aposiopèse et l’épitrochasmos ; six nées du pléonasme : la prodiorthose, l’épidiorthose, la procatalepse, la paralipse, la diotypose, l’épimone ; six nées de la métathèse : la prosopopée, l’éthopée, la figure appelée μιϰτόν, parce qu’elle tient de l’une et de l’autre, l’interrogation appelée έρώτησις, l’interrogation appelée πεύσις, et la prétérition ; quatre nées de l’énallage : l’ironie, la dubitation, l’allusion satirique, l’apostrophe. — (Étienne Gros, Étude sur l’état de la rhétorique chez les Grecs, Typographie de Firmin Didot Frères, Paris, 1835)
  2. (Droit) Omission que faisait un testateur, dans son testament, d’un de ses fils ou d’un autre héritier nécessaire.
    • La prétérition annulait le testament.
    1. Omission analogue dans un contrat.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PRÉTÉRITION. n. f.
T. de Rhétorique. Figure par le moyen de laquelle on parle d'une chose en feignant de n'en vouloir pas parler. En termes de Droit écrit, il se dit de l'Omission que faisait un testateur, dans son testament, d'un de ses fils ou d'un autre héritier nécessaire. La prétérition annulait le testament. On le dit aussi d'une Omission analogue dans un contrat.

Littré (1872-1877)

PRÉTÉRITION (pré-té-ri-sion ; en vers, de cinq syllabes) s. f.
  • L'action de taire, de passer sous silence. Les journaux de l'opposition ont reproché au discours de la couronne la prétérition de l'existence du régent d'Espagne, Legoarant

    Figure de rhétorique par laquelle on feint d'omettre des circonstances sur lesquelles on insiste avec beaucoup de force.

    Terme de pratique. Omission d'un héritier nécessaire dans un testament.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

PRÉTÉRITION, s. f. (Belles-Lettres.) figure de rhétorique, par laquelle on proteste qu’on passe sous silence, qu’on ignore, ou du-moins qu’on ne veut pas insister sur certaines choses qu’on ne laisse pas que de dire. Ce mot est dérivé du latin præterire, passer outre. On en trouve fréquemment des exemples dans Cicéron, comme, nihil de illius intemperantiâ loquor, nihil de singulari nequitiâ ac turpitudine, tantum de quæstu & lucro dicam, Verr. VI. n°. 106. Et dans l’oraison pour Sextius : Possem multa dicere de liberalitate, de ejus abstinentiâ, de cæteris virtutibus : sed mihi ante oculos obversatur reipublicæ dignitas, quæ me ad sese rapit, hæc minora relinquere hortatur.

Cette figure est très-propre à insinuer très-légerement dans un discours les choses sur lesquelles on ne doit pas appuyer, & à préparer l’auditeur à donner plus d’attention aux objets plus importans ; on l’appelle autrement prétermission. Voyez Prétermission.

Prétérition, (Jurisprud.) en matiere de testament est l’omission qui est faite par le testateur de quelqu’un qui a droit de légitime dans sa succession.

Chez les Romains, la prétérition des enfans faite par la mere passoit pour une exhérédation faite à dessein ; il en étoit de même du testament d’un soldat, lequel n’étoit pas assujetti à tant de formalités.

Mais la prétérition des fils de la part de tout autre testateur étoit regardée comme une injure, & suffisoit seule pour annuller de plein droit le testament.

Parmi nous, suivant l’ordonnance du testament dans les pays où l’institution d’héritier est nécessaire pour la validité du testament, ceux qui ont droit de légitime doivent être institués au-moins en ce que le testateur leur donnera.

Dans le nombre de ceux qui ont droit de légitime, l’ordonnance comprend tacitement les pere, mere, ayeuls & ayeules, lesquels ont droit de légitime dans la succession de leurs enfans & petits-enfans décédés sans postérité.

Il n’est pas permis de passer sous silence les enfans même qui ne seroient pas nés au tems du testament, s’ils sont nés ou conçus au tems de la mort du testateur.

Quelque modique que soit l’effet ou la somme pour lesquels ceux qui ont droit de légitime auront été institués héritiers, le vice de la prétérition ne peut être opposé contre le testament, encore que le testateur eût disposé de ses biens en faveur d’un étranger.

En cas de prétérition d’aucuns de ceux qui ont droit de légitimes, le testament doit être déclaré nul quant à l’institution d’héritier, sans même qu’elle puisse valoir comme fidéicommis ; & si elle a été chargée de substitution, cette substitution demeure pareillement nulle, le tout encore que le testament contînt la clause codicillaire, laquelle ne produit aucun effet à cet égard, sans préjudice néanmoins de l’exécution du testament en ce qui concerne le surplus des dispositions du testateur.

Ce qui vient d’être dit dans l’article précédent est aussi observé, même à l’égard des testamens faits entre enfans ou en tems de peste ; mais pour ce qui concerne les testamens militaires, l’ordonnance déclare que l’on n’entend rien innover à ce qui est porté par les lois romaines à cet égard. Voyez au code le tit. XLII. liv. VI. & l’ordonnance des testamens, articles 50. & suivans. (A)

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Étymologie de « prétérition »

(Siècle à préciser) Du latin praeteritio, de praeterire, « passer outre ».
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Prov. et espagn. preterition ; ital. preterizione ; du lat. præteritionem, de præterire, passer outre (voy. PRÉTÉRIT).

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Phonétique du mot « prétérition »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
prétérition preterisjɔ̃

Citations contenant le mot « prétérition »

  • Boum. Et derrière, Paul McCartney avait habilement, avec une antiphrase de toute beauté, doublée d’une prétérition très élégante, relancé le débat sur le fait que les Rolling Stones auraient beaucoup copié les Beatles au cours de leurs carrières. , Mick Jagger et Paul McCartney rejouent (pour rire) la guerre entre Beatles et Rolling Stones
  • Une lectrice se montre excédée d’entendre l’expression «pour ne pas le (ou la) nommer» employée dans ce genre de phrase: «Albert, pour ne pas le nommer, ne gagnera pas le prix du bon voisinage.» Cette expression sert à construire une figure de style tout à fait correcte. Le procédé consiste à laisser entendre ironiquement qu’on ne nommera pas quelqu’un qu’on nomme tout de même ou à feindre qu’on ne veut pas parler d’une chose dont on parle tout de même. Cette figure de rhétorique porte le nom peu simple de prétérition. On fait une prétérition quand on dit: «Si j’étais impoli, je vous dirais que vous avez tort.» Jean-Jacques Goldman fait une prétérition quand il chante «Je ne vous parlerai pas d’elle» et qu’il le fait pendant plus de quatre minutes. Je remercie Mme Santerre, pour ne pas la nommer (!), qui m’a mis sur cette piste linguistique peu défrichée. Le Journal de Montréal, La prétérition, pour ne pas la nommer | JDM
  • Jean-Claude Gaudin manie la prétérition à merveille. « Je ne vais pas vous faire le récit minutieux de ce que nous avons fait depuis 1995 », entame le maire avant, pendant un quart d’heure, de louer un bilan qui a « métamorphosé » Marseille. Baisse du chômage, Euromed, rénovations du stade Vélodrome, Mucem, L2, 5 millions de touristes, 9 300 chambres d’hôtels... « J’aurais fait progresser Marseille pour qu’elle devienne la capitale euroméditerranéenne du futur », se targue-t-il. Un auto-panégyrique, entrecoupé de quelques piques à la presse qui, sans qu’il le dise cette fois ferait du Marseille-bashing : « Vous ne vous focalisez que sur les aléas du quotidien », regrette-t-il.Aux plumitifs locaux ou pire « aux médias parisiens remplis de clichés qui ne passent qu’une journée à Marseille », Jean-Claude Gaudin préfère se référer à la presse internationale, qui « constate la renaissance, loin des caricatures, instrumentalisations et stigmatisations ». Une vision bien romancée de Marseille, qui va donner du grain à moudre à ses opposants politiques qui le juge déconnecté d’une partie de sa ville. Certes, dans son propos, le maire parle « d’imperfections », de « ne pas nier nos difficultés ». Il évoque le drame de la rue d’Aubagne, qui le « hante », mais uniquement sur l’émotion et la gestion de la crise sans reconnaître de faute. Pareil pour l’état des écoles, qui sera en débat lundi prochain en conseil municipal avec la présentation d’un audit. « Peut-être n’avons pas tout bien fait », mais il concentre ses griefs sur les critiques qu’il a reçues, « des attaques brutales des plus extrêmes et injustes ». www.lamarseillaise.fr, Jean-Claude Gaudin, un bilan pour papier glacé et des regrets de... papier glacé
  • Dans une prétérition pénible, c’est Julien Stéphan qui a abordé le sujet en premier, après un décevant match nul (1-1) face à l’OM. « Je ne veux pas pleurnicher, s’est-il lamenté, mais il y a cette main dans la surface en seconde période : sur une main comme ça, nous, on concède un penalty contre Nantes. Elle est décollée il y a penalty, mais l’arbitre me dit qu’elle n’est pas intentionnelle. Il y a aussi faute sur Hamari Traoré avant le corner, lourd de conséquence pour nous. » , OM-Rennes : Les Rennais furieux contre l’arbitrage, « un capharnaüm », « personne ne comprend rien »
  • A la longue prose de BHL, l'avocat a répondu avec concision. "Il est presque doux de recevoir des leçons de morale de celui qui, dans tous les domaines, se veut, depuis de trop longues années, l'arbitre des élégances". Et de poursuivre : "Je vous interdis de disserter publiquement sur ma sincérité et ses élans sans même me connaître ; d'ailleurs, lorsque nous nous sommes croisés, vous n'avez pas daigné me saluer, me jetant en offrande le regard condescendant d'un chauffeur de Rolls en gants blancs". Eric Dupond-Morretti se permet alors ce conseil : "Relisez les oeuvres de Botul, qui a beaucoup écrit sur le rôle de l'avocat". Botul ? Non, il ne s'agit pas d'un juriste renommé, mais d'un philosophe cité avec tout le sérieux du monde dans un ouvrage de BHL... alors qu'il s'agit d'un personnage fictif, créé par le journaliste du Canard Enchaîné Frédéric Pagès... L'avocat, manifestement très en colère, se permet enfin l'insulte, même s'il la retient par la prétérition : "Le 3 mai 1936, Magritte a écrit au critique Dupierroux qu'il n'était 'qu'une vieille pompe à merde'. Je n'ai, hélas, ni le talent, ni l'audace de Magritte". , BHL - Dupont-Moretti : leur échange au vitriol, ou l'art de l'insulte distinguée

Traductions du mot « prétérition »

Langue Traduction
Anglais preterition
Espagnol preterición
Italien preterizione
Allemand präterition
Chinois 预言
Arabe القسط
Portugais preterição
Russe небрежность
Japonais 予見
Basque preterition
Corse preterizione
Source : Google Translate API
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