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Pis

Sommaire

  • Définitions du mot pis
  • Étymologie de « pis »
  • Phonétique de « pis »
  • Citations contenant le mot « pis »
  • Images d'illustration du mot « pis »
  • Traductions du mot « pis »
  • Synonymes de « pis »
  • Antonymes de « pis »

Définitions du mot pis

Trésor de la Langue Française informatisé

PIS1, adv., adj. et subst.

I. − [Compar. de supériorité de l'adv. mal, dans qq. expr. et loc. de la lang. soutenue, et surtout dans l'ordre moral] Synon. usuels plus mal* (v. mal2), pire; anton. mieux.
Rem. 1. Pis1ne s'emploie pas avec des verbes tels que parler, aller, agir, se conduire (d'apr. Hanse 1949). 2. Pis1est de plus en plus supplanté par pire dans la lang. usuelle. 3. Pis1ne modifie jamais un part. passé, à l'encontre de mieux.
A. − Adverbe
1. Vx ou littér. Plus mal. Pis qu'avant, que jamais, qu'ailleurs. Ça ne va pas mieux, ça ne va pas pis, disait-elle. Il a encore toussé pendant toute cette nuit à rendre l'âme (Balzac, Peau chagr., 1831, p.285).
2. Loc. adv.
Ni mieux ni pis, ni pis ni mieux, ni mieux ni plus mal. V. mieux I A 4 c.
De mal en pis (v. mal2I A 1), de pis en pis (vx ou littér.). En empirant; de plus en plus mal. Anton. de mieux* en mieux.−Quelle dame? dit Camusot. −Une de ses pénitentes... Une marquise, répondit Monsieur Gault. −De pis en pis! (Balzac, Splend. et mis., 1847, p.607).
Pis que + adj.Plus que, dans le degré du mal ou du laid. Des pensées médiocres, et pis que médiocres (Alain, Propos, 1929, p.856).
3. Tant pis, loc. adv. et interj. [L'empl. de tant pis marque gén. que le locuteur accepte un état de fait]
a) [Se rapporte à l'acte]
Vx. La chose est d'autant plus regrettable. Quand elles [nos productions littéraires] ont d'autres effets, c'est par hasard et c'est tant pis (Joubert, Pensées, t.2, 1824, p.148).
Empl. adj. Médecin* tant pis.
[Marque le regret, le dépit, la résignation, l'indifférence] C'est fâcheux; c'est ennuyeux; c'est dommage. Ah! tant pis! Bah! tant pis! Eh bien! tant pis! Enfin, tant pis! Ma foi, tant pis! Tant pis, advienne que pourra. Nous ferons ce beau raisonnement de mon beau-père: «Il pleut, tant pis! Il fait beau, tant pis encore!» (Stendhal, L. Leuwen, t.2, 1835, p.284):
1. marianne: Vous oubliez qu'il n'est pas dans la maison: vous lui avez permis de coucher au village. virelade: Tant pis... Je vais l'attendre. Mauriac, Mal Aimés, 1945, III, 7, p.249.
Rem. En fin de prop., souvent suivi de deux points annonçant une vérité gén. exprimée au prés. gnomique: Je préférai rester toujours dans ma maison. Ce n'était pas bon pour le succès de la musique, mais tant pis: le succès est peu de chose, auprès d'une conscience en repos (Vercors, Sil. mer, 1942, p.53).
b) [Se rapporte à l'acte d'énonciation, porte sur le dire, marque le défi aux bienséances] Ah ciel! Eh bien oui! Je le dis tout haut, tant pis! Fabiano est innocent! (Hugo, M. Tudor, 1833, 3ejournée, 1repart., 9, p.178).
c) Locutions
Tant pis, tant mieux, loc. adv., vx, fam. [Pour marquer que la pers. ne se soucie guère de la chose, qu'elle ne s'en attriste, ni ne s'en réjouit] Je ne l'aime plus, elle peut aimer qui elle veut, tant pis, tant mieux, j'en rirai au contraire (Flaub., 1reÉduc. sent., 1845, p.96).
Tant pis pour. C'est ennuyeux pour; c'est dommage pour.
Tant pis pour + pron. pers., subst. de l'animé ou pron. rel. Quand ils nous prennent, ils nous brûlent le plus doucement qu'ils peuvent. On fait peu d'attention à cela: tant pis pour qui se laisse prendre (Courier, Lettres Fr. et Ital., 1806, p.703).Si nous sommes laids, tant pis pour nous, les autres n'auront qu'à ne pas nous regarder: nous ne nous aimons pas pour les autres (Champfl., Avent. MlleMariette, 1853, p.123).
Tant pis pour + subst. de l'inanimé. Tant pis pour les écheveaux qui restent. Finissons seulement celui-ci (Martin du G., Thib., Épil., 1940, p.881).
Tant pis si. Dommage si; peu importe si. Nous ferions mieux de rectifier la position, tant pis si les mouches nous chatouillent le nez (Sartre, Mouches, 1943, ii, 2etabl., 2, p.70).
B. − Adj., littér. [Qualifiant un neutre, un indéf., un indéterminé, en empl. épithète ou attribut] Plus mauvais, plus fâcheux, plus nuisible. Synon. pire.C'est (bien) pis (que); quelque chose/quoi/rien de pis; ce qu'il y a de pis; ce qui est pis (encore). Il n'y a rien de pis que de s'affadir et de se fondre dans un lit (M. de Guérin, Corresp., 1839, p.372):
2. ... être ridicule, c'est pis que d'être infâme; ne servir à rien dans l'univers, c'est plus méprisable que de servir aux derniers usages. Sand, Lélia, 1833, p.152.
[En incise]
Vieilli ou littér. (Et/ou) qui pis est. Ce qui est pire, plus grave. Une personne (...) avec qui on a cessé depuis lors toutes relations parce qu'elle a mené une vie de débauches, épousé un forçat ou, qui pis est, un homme divorcé (Proust, Guermantes 1, 1920, p.152).
Pis! Pis que cela! (Et) bien pis (encore)! Et elle m'a traité comme un chien; pis que cela, comme un laquais; je dirai mieux, comme un détenu politique! (Balzac, Cous. Bette, 1846, p.110).
C. − Subst. non déterminé. (Une) chose pire, plus mauvaise. Il y a pis; (par) crainte de pis; faire pis que cela. J'en suis pour mon argent et ma réputation; et je me tiendrai heureux s'il ne m'arrive pas pis (Courier, Lettre à M. Renouard, 1810, p.252).
[Dans des loc. verb.]
Dire (à qqn) pis que pendre de qqn. Dire (à quelqu'un) tout le mal possible de quelqu'un. Cela fut cause d'une haine profonde entre ces deux dames. Elles disaient pis que pendre l'une de l'autre (Sand, Hist. vie, t.2, 1855, p.325).
Dire à qqn pis que son nom, que son âge (vieilli). Injurier quelqu'un. Il y a des gens à qui l'on ne peut dire pis que leur nom, mais il y en a beaucoup d'autres à qui l'on ne peut dire pis que leur âge (Jouy, Hermite, t.1, 1811, p.28).
Mettre qqn à pis faire (vx). Défier quelqu'un; ne pas craindre quelqu'un de dangereux. Synon. mettre qqn au pis, au pis faire (vx) (infra II A).Plus tard, sa hauteur dédaigneuse saura bien se venger. Je la mets à pis faire. Quelle différence avec ce que j'ai perdu! (Stendhal, Rouge et Noir, 1830, p.299).
Rem. Pis1peut être renforcé par bien, encore (mais jamais par beaucoup ni par plus) ou par une loc. adv. multiplicative cent fois, mille fois...: Il avait beaucoup neigé pendant la nuit; et ce qui était pis encore, un brouillard épais couvrait la montagne du volcan (Voy. La Pérouse, t.3, 1797, p.132). Il se venge. C'est son droit. Cela ne compte pas: je souffre cent fois pis (Estaunié, Empreinte, 1896, p.244).
II. − [Superl. abs. de l'adv. mal]
A. − Dans la lang. soutenue. Le pis, subst. masc. sing. à valeur de neutre. La pire chose, ce qu'il y a, ce qui peut arriver de plus mauvais. Synon. le pire; anton. le mieux.Le pis, c'est de + inf., c'est que + ind. ou subj.; le pis de l'affaire, de l'aventure, de l'histoire, de tout; être acculé au pis; le pis qu'on puisse faire; faire du pis qu'on peut. Le pis, c'est que la terre morcelée, une fois dans les mains de la gent corvéable, n'en sort plus (Courier, Pamphlets pol., Disc. souscr. acquis. de Chambord, 1821, p.87).Et lequel est le pis, de la tourmente qui ôte le repos ou de la quiétude qui engourdit l'activité? (Amiel, Journal, 1866, p.442):
3. Je lui conseille de se présenter demain matin à MmeAurélie, la première. Le pis qui puisse lui arriver, c'est de n'être pas acceptée. Zola, Bonh. dames, 1883, p.405.
Loc. verb.
Faire du/le pis qu'on peut (vx). Faire tout le mal qu'on peut; faire le plus de mal possible. Les habitans (...) qui ne croyaient pas que leur malheur pût croître, devenaient tous comme insensés de désespoir (...). «Que devenir? disaient-ils; il vaut mieux nous mettre en la main du diable, et faire partout du pis que nous pourrons» (Barante, Hist. ducs Bourg., t.4, 1821-24, p.349).
Mettre/prendre les choses au pis, mettre les choses au pis aller (infra B). Synon. mettre les choses au pire (v. chose1II B 2 b loc.).Si elle avait paru indifférente il en aurait eu assez déjà... En mettant les choses au pis, il descendrait pour le dîner (Mauriac, Génitrix, 1923, p.346).
Mettre qqn au pis, au pis faire, à pis faire (vx). Synon. de mettre qqn à pis faire (vx) (supra I C).Vous vous mettez au pis faire. Vous devenez maladroit, insolent (Leclercq, Prov. dram., Manie prov., 1835, 2, p.20).
Proverbe. Qui trop choisit prend le pis. Synon. qui trop choisit prend le pire.V. choisir.
B. − Loc. adv., usuel. Au pis(-)aller, au pis. En envisageant l'éventualité la plus mauvaise, la plus grave. Vous êtes un jeune cavalier de belle mine, vous vous êtes fait aimer d'elle, elle s'est donnée à vous, au pis-aller, vous l'épouseriez (Hugo, M. Tudor, 1833, 1rejournée, 6, p.48).Au pis, je veux bien que ma page sente l'homme, mais je ne veux pas qu'elle le pue (Sainte-Beuve, Poisons, 1869, p.27).
P. ext. Dans le cas le moins favorable, et ne pouvant agir autrement. Synon. à la rigueur, en dernière ressource*, à défaut d'autre* chose, faute* de mieux.Nous allons nous sauver au Havre, de là, au pis aller, nous irons passer quinze jours en Angleterre (Stendhal, Lamiel, 1842, p.115).
Prononc. et Orth.: [pi]. Homon. pi, pie1 et 2, pis2. Att. ds Ac. dep. 1718. Étymol. et Hist.1. a) 2emoitié xes. adj. (compar. de mal empl. comme attribut ou épith. d'un suj. neutre ou indéf.) peis (St Léger, éd. J. Linskill, 192); ca 1160 pis (Enéas, 6572 ds T.-L.); 1450-65 que pis est «ce qui est pis, plus fâcheux» (Ch. d'Orléans, Ballades, XXIII, 10 ds OEuvres, éd. P. Champion, I, 41); 1611 dire pis que pendre de qqn (Cotgr.); b) ca 1160 id. (en fonction nom., sans art.) avoir pis (Énéas, 6572 ds T.-L.); c) 1160-74 id. (en fonction adv.) (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 838); 1245 aller de mal en pis (Vie Édouard le Confesseur, éd. H. Richards Luard, 3401); [ca 1165 entrer de mal en pis (Benoît de Ste-Maure, Troie, 13636 ds T.-L.)]; 2. a) 1155 (superl. de mal) «la pire chose» ici «la défaite» (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 12180); b) ca 1500 au piz venir (Ph. de Commynes, Mémoires, II, XII, éd. J. Calmette, I, 155); c) 1714 mettre les choses au pis (Dancourt, Fêtes du cours, sc. 19 ds Littré). Du lat. pejus, neutre de pejor «pire» (v. ce mot); s'emploie auj. dans des loc. où la lang. pop. tend parfois à substituer pire.

PIS2, subst. masc.

A. −
1. Mamelle d'une femelle de ruminant domestique. Synon. tétine.Pis de vache, de brebis, de chèvre; gros pis; pis plein (de lait), lourd; trayons d'un pis. Les deux Malivoire, mère et fille, à genoux sous le ventre de la vache, tirent par un vif mouvement des mains sur le pis gonflé, qui jette, à chaque pression, un mince fil de lait dans le seau (Maupass., Contes et nouv., t.1, Aveu, 1884, p.159).
P. méton. Synon. de trayon.[La vache] était une Berrichonne de petite race, aux pis allongés (Courteline, Conv. Alceste, Vache, 1892, p.204).Des petites mains terreuses pétrissaient avidement les mamelles [de la chèvre], et des bouches cherchaient à en saisir les pis (Lorrain, Phocas, 1901, p.318).
Rem. Empl. critiqué (v. Le Figaro littér., 12-18 juin 1967 ds Dupré 1972).
2. Vx, rare. [Chez Huysmans] Sein de la femme. La vertu d'une Catherine de Suède ou d'un Robert de la Chaise Dieu qui, à peine nés, (...) ne voulaient sucer que des pis pieux (Huysmans, Cathédr., 1898, p.113).
B. − BOUCH. Pis (de boeuf). ,,Ensemble de morceaux de viande correspondant aux parties inférieures des parois thoraciques et abdominales: gros bout de poitrine, milieu de poitrine, tendron, paillasse ou flanchet (...) destinés au pot-au-feu ou au hachage`` (Clém. Alim. 1978). Le pis de boeuf est le nom donné en boucherie à la poitrine avec le paleron (Villemin1975).
Prononc. et Orth.: [pi]. Homon. pi, pie1 et 2, pis1. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist.1. Fin xes. peiz «poitrine» (Passion, éd. A. S. Avalle, 107); ca 1050 piz «id.» (Alexis, éd. Chr. Storey, 427), ,,vx mot`` ds Fur. 1690; 2. ca 1180 «mamelle de la femelle d'un mammifère» (Guillaume de Berneville, St Gilles, 1514 ds T.-L.). Du lat. pectus «poitrine, coeur»; l'accept. rurale de mamelle de bête laitière s'est étendue à la majorité des parlers gallo-romans.
STAT.Pis1 et 2. Fréq. abs. littér.: 2848. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 2212, b) 3746; xxes.: a) 6014, b) 4598.

Pis, adv.,var. pop. ou région. (notamment au Canada). À leux y parler! Bonjour, bonsoir, et pis v'là tout (Leclercq, Prov. dram., Savet. et financ., 1835, 5, p. 221).− Bossé? T'as bossé? Eh! tu ne sais même pas ce que c'est, que de bosser! Puis, gravement, le doigt piqué sur le thorax: − Moi, j'sais c'que c'est! Et pis, c'est cor pas toi, mon vieux, qui vas m'en remontrer là-dessus! (Courteline, Train 8 h 47, 1888, épil., p. 250).− Tu l'connais, toi, çui-là? − Ah, vieux, ça c'est un bath! − Et pis un rigolo! − Et pis un qui s'en fout!... C'est pas comme l'aut', là-bas! (Benjamin, Gaspard, 1915, p. 17).

Wiktionnaire

Nom commun

pis \pi\ masculin, singulier et pluriel identiques

  1. (Anatomie) Mamelle de bête laitière (vache, brebis, etc.).
    • La vache possède deux paires de mamelles, qui sont inguinales, et dont l'ensemble très volumineux constitue le pis (Uber). — (Barone, R., Anatomie comparée des mammifères domestiques. Tome 3e. Splanchnologie, fascicule II, page 475, 1978, Laboratoire d'Anatomie, École Nationale Vétérinaire Lyon)
    • Les vaches, habituées aux ventouses happeuses des trayeuses, ruent des quatre sabots, envoyant balader dans les pailles noires les casseroles à lait parce que les doigts n'ont plus le tact, la manière, la caresse adéquate aux sollicitations du pis. — (Marius Noguès, Terre des Hêtres, en Gascogne, Éditions Cheminements, 2002, page 264)
    • Au Salon de l'agriculture, le lait sorti du pis n'est pas buvable — (L'Express, 25 février 2013)
  2. (Probablement par plaisanterie) Sein de la femme.
    • La vertu d'une Catherine de Suède ou d'un Robert de la Chaise Dieu qui, à peine nés, […] ne voulaient sucer que des pis pieux. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, 1898, p. 113.)
  3. (Élevage) Trayon.
    • La Julie, lui tournant le dos, était en train de traire et, du pis qu’elle pressait en cadence, le lait tombait dans le chaudron de fer battu avec un roulement semi-argentin de tambour. — (Louis Pergaud, La Vengeance du père Jourgeot, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921.)
  4. (Boucherie) Pièce de viande bovine correspondant à la poitrine avec le paleron.

Adverbe 1

pis \pi\

  1. (Vieilli) Comparatif de mal : Plus mal, plus désavantageusement, d’une manière plus fâcheuse. — Note : Aujourd’hui, l'on utilise généralement pire ou plus mal sauf dans quelques expressions.
    • L'institution, à Montcy-Saint-Pierre, est en pauvre état; et c'est encore pis dans la commune d’Étion. — (Paul Lorain, Tableau de l'instruction primaire en France, d'après des documents authentiques, Paris : Hachette, 1837, page 189)
    • La vedette placée par les insurgés dans la rue Mondétour, n’avait point à donner le signal d’alarme pour un garde national seul. Elle l’avait laissé s’engager dans la rue en se disant : c’est un renfort probablement, et au pis aller un prisonnier. — (Victor Hugo, Les Misérables, V, 1, 4 ; 1862)
    • Je vis la dernière journée dans l’angoisse d’être refusée à la table de communion. Elle vient s’ajouter à la peur panique de rompre par inadvertance le jeûne matinal en chipant une fraise dans le saladier du dessert ; pis, de laisser tomber l’hostie ou de la mordre avec les dents, catastrophes dont on nous a longuement entretenues, avec leurs conséquences funestes pour ceux qui auraient commis ce sacrilège, fût-il involontaire. — (Mona Ozouf, Composition française, Gallimard, 2009, collection Folio, page 149)

Adverbe 2

pis \pi\

  1. (Populaire) Variante de puis.
    • Et pis c’est tout !
    • « Et pis toé, mon p’tit gars, tu sais pu c’que tu vas faire », chantent Mes Aïeux. — (L'actualité, 5 fév. 2010)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PIS. adv.
Comparatif de Mal. Plus mal, plus désavantageusement; d'une manière plus fâcheuse, Ils sont pis que jamais ensemble. Il se portait un peu mieux, mais il est pis que jamais. Tant pis. Voyez TANT. Il s'emploie aussi comme adjectif. Il n'y a rien de pis que cela. C'est bien pis. Il en a dit pis que pendre. Qui pis est, Ce qui est plus mauvais, plus fâcheux. Il est sot et qui pis est méchant. Il s'emploie encore substantivement et signifie Ce qu'il y a de pire. Le pis qui puisse arriver. Le pis de l'affaire, le pis de l'aventure. Prendre, mettre les choses au pis, Les envisager dans le pire état où elles puissent être et en supposant tout ce qui peut arriver de plus fâcheux. En mettant tout au pis, il lui restera encore de quoi vivre.

AU PIS ALLER, loc. adv. En supposant les choses au pire état où elles puissent être. Au pis aller, nous y vivrons de ce que nous y trouverons. On dit aussi Au pis. Pis aller s'emploie aussi substantivement. C'est votre pis aller, C'est le pis qui puisse vous arriver. J'ai accepté cela comme un pis aller, Je l'ai accepté faute de mieux. Être le pis aller de quelqu'un, Être la personne à qui il s'adresse pour quelque chose que ce soit, lorsqu'il n'a pas trouvé une autre personne de qui il pût l'obtenir. Je ne veux pas être son pis aller. Je serai votre pis aller.

DE MAL EN PIS, DE PIS EN PIS, loc. adv. De mal ou de plus mal en plus mal. Ses affaires vont de mal en pis, de pis en pis.

Littré (1872-1877)

PIS (pî ; l's se lie : le pi-z est) adv.
  • 1Comparatif de l'adverbe mal : plus mal, d'une manière plus mauvaise. Ils sont pis que jamais ensemble. Il se portait mieux ; mais aujourd'hui il est pis que jamais. Il ne m'en sera jamais ni pis ni mieux, La Bruyère, VI.

    S. m. Pis aller, ce qui peut arriver de plus fâcheux. Hélas ! je suis perdu. -Pourquoi ? ton pis aller n'est que d'être pendu, Th. Corneille, Feint astrol. IV, 12.

    Au pis aller, loc. adv. En mettant les choses au pis. Au pis aller, on se justifie en accusant la fortune, Guez de Balzac, 5e disc. de la cour. Au pis aller, l'argent le fera taire, La Fontaine, Mandr.

    Ce qui sert à défaut de mieux. Cela posé, disent-ils, jouissons des créatures ; c'est le pis aller, Pascal, Caract. de la vr. relig. 7, édit. FAUGÈRE. La vertu n'est pas un pis aller, Massillon, Petit carême, Vices et vertus. Certains amis dont on peut faire son pis aller, Lesage, Turc. I, 1. Pour être un pis aller je ne fus jamais faite, Destouches, Phil. marié, IV, 8.

    Être le pis aller de quelqu'un, être la personne à qui il s'adresse pour quelque chose que ce soit, lorsqu'il n'a pas trouvé une autre personne de qui il pût l'obtenir. Mon jaloux après tout sera mon pis aller, Corneille, Ment. III, 3. Cette opinion le fit rechercher et fêter dans le grand monde, et par là l'éloigna de moi, qui jamais n'avais été pour lui qu'un pis aller, Rousseau, Confess. VIII.

  • 2Pis se prend quelquefois adjectivement (d'autant plus facilement que pejus n'est que le neutre de pejor) ; il signifie plus mauvais. Que m'offrirait de pis la fortune ennemie ? Corneille, Pomp. III, 2. Que pourrais-je avoir pis, si j'étais le parjure, Si j'avais violé les droits de la nature ? Rotrou, Antig II, 4. Je n'ai fait que penser à votre état, à transir pour l'avenir, à craindre qu'il ne devienne pis, Sévigné, 14 juin 1677. Il [Jurieu] avoue qu'on peut croire… non pas qu'il survient à Dieu des accidents comme à nous, et de nouvelles pensées ; mais, ce qui est beaucoup pis, qu'il change dans la substance…, Bossuet, 1er avert. 11. Ce qu'il y a de pis pour la sagesse est d'être savant à demi, Rousseau, Ém. IV. Cette aversion sourde pour les lumières, triste preuve de médiocrité ou de quelque chose de pis dans les monarques qui ouvrent leur âme à un sentiment si méprisable, D'Alembert, Éloges, Vaux de St-Cyr.
  • 3 S. m. Le pis (avec l'article défini), ce qu'il y a de plus mauvais. Quelque plume y périt, et le pis du destin Fut qu'un certain vautour à la serre cruelle Vit notre malheureux [pigeon]…, La Fontaine, Fabl. IX, 2. Ce fut là le pis de l'aventure, La Fontaine, Or.

    Tout le pis, tout ce qu'il y a de plus mauvais. Je suis du nombre des méchantes langues, et je crois tout le pis, Sévigné, 48. Il [Séguier] disait toujours tout le pis contre notre pauvre ami [Fouquet], Sévigné, 27 nov. 1664. Il fit tout du pis qu'il put…, Staal, Mém. t. I, p. 293.

    On dit dans le même sens : le pis du pis. Une députation, sur laquelle le pis du pis était de faire connaître une bonne intention sans effet, Retz, IV, 210.

    Faire du pis qu'on peut, faire le plus de mal qu'on peut. Et quoique jusqu'ici la fortune contraire Nous ait fait tout du pis qu'elle nous pouvait faire, Mairet, Sophon. I, 3. Pharasmanes faisait du pis qu'il pouvait aux Arméniens, Perrot D'Ablancourt, Tac. 412.

    Mettre quelqu'un au pis, se dit par manière de défi pour marquer à un homme qu'on ne le craint point, quelque mauvaise volonté qu'il ait. Et nous verrons bientôt, s'il me veut mettre au pis, Lequel l'emportera de la femme ou du fils, Tristan, M. de Chrispe, III, 6. Les mettre au pis et leur ôter tout prétexte, Bossuet, Lett. quiét. 230.

    Mettre les choses au pis, supposer tout ce qui peut arriver de plus fâcheux. À présent on met tout au pis, on s'attend à tout, on compte là-dessus, Dancourt, Fêtes du cours, SC. 19. En mettant tout au pis dans l'avenir, il se soulage et se tranquillise, Rousseau, 2e dialogue.

    Prendre les choses au pis, les envisager dans le pire état où elles puissent être. Pour prendre les choses au pis, quand même il serait véritable que Jansénius aurait tenu ces propositions, Pascal, Prov. XVIII.

  • 4Pis (sans article), chose plus mauvaise. Encore pis que cela ne nous rendrait pas l'affaire douteuse, Guez de Balzac, Disc. à la rég. C'est à qui pis fera, à qui pis dira, Sévigné, 597. Vous dites bien pis que tout ce qui m'a tant déplu, et qu'on avait la cruauté de me dire quand vous partîtes, Sévigné, 11 août 1677. Vous avez bien fait pis aux Français que de répandre leur sang ; vous avez corrompu le fond de leurs mœurs, Fénelon, Dial des morts mod. Richelieu, Mazarin Quitter l'armée par paresse ou par pis, Saint-Simon, 102, 89.

    Dire à quelqu'un pis que son nom, l'injurier. Je pensai l'appeler guenon, Et lui dire pis que son nom, Scarron, Virg. II.

    Mettre à faire pis ou à pis faire, défier de faire plus de mal ou de faire plus mal. Je mets à faire pis, en l'état où nous sommes, Le sort et les démons, et les dieux et les hommes, Corneille, Hor. II, 3. Ils me feront plaisir : je les mets à pis faire, Racine, Plaid. II, 3.

    Qui pis est, ce qu'il y a de plus fâcheux et de plus désagréable. Qui pis est, il pleuvait d'une telle manière…, Régnier, Sat. x. Bacchus le déclare hérétique Et janséniste, qui pis est, Boileau, Poésies div. VI.

  • 5De mal en pis, de pis en pis, loc. adv. De plus mal en plus mal. …Les gens n'ont point de honte De faire aller le mal toujours de pis en pis, La Fontaine, Fabl. III, 8. Les affaires de ce roi, mon ancien disciple et mon ancien persécuteur, vont de mal en pis, Voltaire, Lett. d'Argental, 12 sept. 1757.
  • 6Tant pis, voy. TANT.

REMARQUE

1. On dit bien : il a fait pis, comme on dit : il a fait mieux que vous ; mais, si l'on prend un verbe qui ne reçoive pas de complément, comme agir, parler, etc. on dira bien : il a agi mieux que vous ; mais on ne dira pas : il a agi pis que vous, JULLIEN., En effet l'usage (l'usage seul, car il n'y a pas de raison pour ne pas employer pis comme mieux, ainsi qu'on faisait anciennement) ne prend pis adverbialement qu'avec le verbe être et dans la locution pis aller.

2. Molière a dit : La prose est pis encore que les vers, Impromptu, Molière, sc. 1. Cette phrase a un sens particulier, où pire ne conviendrait pas. Molière s'adresse à des comédiens, et leur dit que, s'ils ne savent pas tout à fait leurs rôles, ils pourront y suppléer, puisque c'est de la prose. À quoi l'un d'eux lui répond : " La prose est pis encore que les vers, " c'est-à-dire est chose plus difficile à apprendre, est, pour apprendre, quelque chose de pis que les vers. Si Molière eût écrit pire, il n'eût pas exprimé sa pensée, puisque cela voudrait dire que la prose est plus mauvaise que les vers, qu'elle est au-dessous, GIRAULT-DUVIV.

3. Pis, qui est un adjectif en certains emplois particuliers, ne se joint jamais avec un substantif ; l'on dit ; il n'est pire eau que l'eau qui dort ; et jamais : il n'est pis eau…

4. C'est une faute populaire de dire tant pire au lieu de tant pis.

HISTORIQUE

XIIe s. Li destriers Pinabel, ce jour, en ot le pis, Ronc. p. 194. Et se je sui de vostre amour espris, Douce dame, ne m'en doit estre pis, Couci, XVII.

XIIIe s. Li mundz s'en va de mal en pis, Edouard le confesseur, V. 3401. Se vos à lui tenés, vous ferés ce que vous devés ; ou se non, sachiés certainement que nous vos ferons du pis que nous porrons, Villehardouin, LXVIII. Ne sai [ce] que puissons faire, or va la chose au pis, Berte, LXXV. Maintenant lui [à la malade] est pis, je ne sai que cle a, ib. LXXVIII. Vous savez que le conte de Bretaingne a pis fait au roy que nul home qui vive, Joinville, 203.

XIVe s. Qui… font de pis en pis Pour aller en enfer avec les anemis [diables], Guesclin. 7660.

XVe s. Car Dangier l'a desrobé de plaisir, Et, que pis est, a de lui eslongnée Celle qui plus le povoit enrichir, Orléans, Ball. 23. Il fut crié sur peine de la hart, que nul ne nulle ne fust si ozé ne si hardy de leur dire pis de leur nom, Journ. de Paris sous Ch. VI et VII, p. 176, dans LACURNE. Ou à tout le moins et au pis aller une bien glorieuse fin, Commines, II, 12.

XVIe s. Et qui pis est, Montaigne, I, 404. Je prends toutes choses au pis, et ce pis là, je me resoulds à le porter, Montaigne, III, 46. Il les admonestoit qu'ilz ne se muassent point en pis, Amyot, Caton, 16. Le juge dit qu'ilz avoient tous respondu, l'un pis que l'autre, Amyot, Alex. 107. Ils pensent qu'on n'ose les irriter, ny les mettre à pis faire, Sat. Mén p. 188. Villes mal garnies de gens de guerre, et encores pis fortifiées, Du Bellay, M. 402. Celuy qui porte au menton Le plus crespelu coton… Je suis son pis et son mieux ; Il me courtize en tous lieux, Pasquier, Œuvres meslées, p. 485, dans LACURNE.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

PIS, s. m. (Gram.) mamelle de la vache, de la chevre, de la brebis, de la jument, &c.

Pis, (Boucherie.) c’est la poitrine du bœuf, ce qui comprend la piece tremblante ou le grumeau, les morceaux du tendron, les morceaux du milieu, ou les morceaux du flanchet.

Pis, adv. (Gram.) degré comparatif de mal adv. On disoit qu’il s’amendoit, mais je vois que c’est pis que jamais.

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Étymologie de « pis »

(Nom) (980) peiz, puis en ancien français piz, d'abord « poitrine », puis, dès le XIIe siècle, « mamelle de bête laitière », du latin pectus (« poitrine »).
(Adverbe 1) Du latin peius, neutre peior, comparatif de malus, « mauvais ».
(Adverbe 2) Variante populaire de puis.
(Conjonction) Déformation de puis.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Bourguig. pei ; provenç. piegz, pieitz, piets ; du lat. pejus ; comparez PIRE. Pis est un de ces rares noms qui ont conservé dans l'ancienne langue au nominatif l's des noms neutres latins, comme tems, de tempus, cors, de corpus, pis, de pectus.

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Phonétique du mot « pis »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
pis pi

Citations contenant le mot « pis »

  • La stratégie est un système de pis-aller. De Helmut von Moltke / Essai sur la stratégie
  • Le tourment de la présence est pis que celui de l’absence. De Djâmi
  • Article 1 : le tabac est un poison. Article 2 : tant pis. De Sacha Guitry
  • L'écriture n'a jamais été que le pis-aller des poètes. De Paul Hordequin / La Majorité
  • Il y a des gens qui ont une âme de fonctionnaire, tant pis pour eux. De Roland Topor / Batailles
  • Fini la fête, reste la vie. La vie est bête. Tant pis. De Francis Blanche
  • On est toujours le con de quelqu'un, et tant pis pour lui. De Jean Dion / Le Devoir - 22 Juin 1999
  • Les femmes croient toujours ce qu'elles ont besoin de croire, tant pis pour elles. De Roger Fournier / La voix
  • Tant pis et tant mieux sont les deux grands pivots de la conversation française. De Laurence Sterne / Voyage sentimental à travers la France
  • L’art est un jeu. Tant pis pour celui qui s’en fait un devoir ! De Max Jacob / Conseils à un jeune poète
  • Ce qu'il y a de pis, c'est que la guerre est un fléau inévitable. De Voltaire / Dictionnaire philosophique
  • Semaine épouvantable : pas un seul sondage d'opinion. Tant pis, nous essaierons de deviner tout seuls nos propres intentions. De André Frossard
  • Il y a pis que d'être sous-estimé, c'est d'être modeste. De Pierre Baillargeon / Les médisances de Claude Perrin
  • Si la pierre donne contre la cruche ou la cruche contre la pierre, tant pis pour la cruche ! De Proverbe espagnol

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Traductions du mot « pis »

Langue Traduction
Anglais worse
Espagnol peor
Italien peggio
Allemand schlechter
Chinois 更差
Arabe أسوأ
Portugais pior
Russe хуже
Japonais 悪い
Basque okerrago
Corse peor
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Synonymes de « pis »

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Antonymes de « pis »

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