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Philosophisme

Sommaire

  • Définitions du mot philosophisme
  • Phonétique de « philosophisme »
  • Citations contenant le mot « philosophisme »
  • Traductions du mot « philosophisme »
  • Synonymes de « philosophisme »

Définitions du mot « philosophisme »

Trésor de la Langue Française informatisé

PHILOSOPHISME, subst. masc.

Souvent péj., vieilli
A. − [P. réf. au courant rationaliste du xviiies.] Attitude intellectuelle ou forme de pensée qui repose sur l'usage de la raison, l'esprit de libre examen, et qui est considérée comme dangereuse pour la foi, la pratique religieuse, l'ordre établi. Désirer que la religion s'allie avec la liberté, et s'étende avec les lumières du siècle, voilà ma véritable hérésie, mon philosophisme réel, mon péché irrémissible (Chateaubr., Mél. pol., t.1, 1828, p.x).La pensée de réformer et de simplifier le culte était un symptôme non équivoque de philosophisme (Proudhon, Créat. ordre, 1843, p.39).La Révolution s'était accomplie dans les profondeurs de leur mentalité: depuis que le philosophisme les avait pétris [les Rois de France], ce n'étaient plus eux qui régnaient; ce qui régnait sur eux c'était la littérature du siècle (Maurras, Avenir intellig., 1905, p.32):
1. S'il s'est opéré quelque changement qui me concerne, c'est plutôt en moi qu'en dehors de moi, et (...) mes idées, qui, pendant un temps, avaient été fort tournées au philosophisme, et surtout à un certain philosophisme, celui du xviiiesiècle, se sont beaucoup modifiées... Sainte-Beuve, Corresp., t.1, 1829, p.137.
P. méton. Ceux dont les écrits, les discours manifestent cette attitude. Combien le philosophisme n'avait-il pas déclamé contre les voeux forcés et les victimes du cloître! (J. de Maistre, Pape, 1819, p.292).
B. − P. ext., péj. Abus du raisonnement, de la discussion, du débat d'idées. Si une nation est vieillie, si le philosophisme et l'esprit de discussion l'ont corrompue jusqu'à la moelle des os, cette nation marche au despotisme, malgré les formes de la liberté (Balzac, Méd. camp., 1833, p.158):
2. ... on comprendra (...) que les phases ou les crises mystiques de l'histoire juive soient limitées dans le temps et l'espace, et que les époques de leur plus grand succès suivent une période de philosophisme desséchant, ou de dévotion routinière sans largeur, bref que la vie juive ait comme un rythme de diverses tendances qui alternent ou se contre-balancent. Weill, Judaïsme, 1931, p.171.
REM.
Philosophiste, subst. et adj.,vieilli. [Corresp. à supra A] a) Subst., péj. Personne qui, au nom de la raison, conteste la religion, l'ordre établi. Le vénérable Las-Casas, si doux, si humain, si religieux, qui a fait tant de voyages à travers les précipices pour sauver les nègres, pour les arracher aux supplices de leurs propres concitoyens, Las-Casas vaut bien sans doute nos philosophistes qui, sans se déranger de leurs cabinets, ont disposé de la fortune et de la vie des colons, pour favoriser des hommes naturellement ingrats, qui poignarderaient leurs propres défenseurs s'ils les rencontraient dans les bois de l'Amérique (Baudry des Loz., Voy. Louisiane, 1802, p.106).b) Adj. Qui manifeste les idées de libre examen du dix-huitième siècle. Le gouvernement de Louis Bonaparte, composé en majorité d'anciens libéraux, ne pouvait (...) sans froisser le sentiment démocratique et philosophiste du pays, prendre d'une manière absolue la défense du pape (Proudhon, Confess. révol., 1849, p.312).
Prononc. et Orth.: [filɔzɔfism̭]. Att. ds Ac. dep. 1798. Étymol. et Hist.a) 1377 «questions ou arguments philosophiques, plus ou moins captieux» (Oresme, Le Livre du ciel et du monde, éd. A. D. Menut et A. J. Denomy, 145a); b) 1777 «fausse philosophie» (Linguet, Annales polit., civiles et litt., II, 274 ds Gohin, p.269); c) 1812 «abus de la philosophie» (Mozin-Biber). Dér. de philosophie1*; suff. -isme*. Fréq. abs. littér.: 33. Bbg. Quem. DDL t.11 (s.v. philosophiste).

Wiktionnaire

Nom commun

philosophisme masculin

  1. Fausse philosophie.
    • [ Ludwig Wittgenstein ] À sa suite, la philosophie analytique a cru, en s’ancrant dans la linguistique, quitter les sables mouvants du philosophisme pour acquérir la rigueur scientifique, et elle a intégré le problème de la pensée dans celui du langage. — (Edgar Morin, La Méthode II, Seuil, 2008, page 1746)
  2. Affectation, abus de la philosophie.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Littré (1872-1877)

PHILOSOPHISME (fi-lo-zo-fi-sm') s. m.
  • L'étude, la manie de la philosophie.

    En un sens péjoratif, l'esprit philosophique considéré comme perverti ou mauvais. La liberté que je me suis donnée d'inventer les mots philosophismes, philosophistes et advertance, Arnauld, dans BAYLE, art. Poquelin, note D. Il vient de publier une cinquième dénonciation contre le philosophisme ou péché philosophique, qui n'est pas moins forte que les précédentes, Bayle, lettre 85, 5 déc. 1690, t. III, p. 293.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PHILOSOPHISME. Ajoutez :
2 Au sens d'Antoine Arnauld, qui le premier a employé ce mot, doctrine des casuistes à l'égard du péché philosophique, Ant. Arnauld, 5e dénonciation, II (Œuvres, Lausanne, 1780, t. XXXI, p. 305)
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Phonétique du mot « philosophisme »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
philosophisme filɔsɔfism

Citations contenant le mot « philosophisme »

  • Il est encore une erreur fort à la mode, de laquelle je veux me garder comme de l’enfer. — Je veux parler de l’idée du progrès. Ce fanal obscur, invention du philosophisme actuel, breveté sans garantie de la Nature ou de la Divinité, cette lanterne moderne jette des ténèbres sur tous les objets de la connaissance ; la liberté s’évanouit, le châtiment disparaît. Qui veut y voir clair dans l’histoire doit avant tout éteindre ce fanal perfide. Cette idée grotesque, qui a fleuri sur le terrain pourri de la fatuité moderne, a déchargé chacun de son devoir, délivré toute âme de sa responsabilité, dégagé la volonté de tous les liens que lui imposait l’amour du beau : et les races amoindries, si cette navrante folie dure longtemps, s’endormiront sur l’oreiller de la fatalité dans le sommeil radoteur de la décrépitude. Cette infatuation est le diagnostic d’une décadence déjà trop visible. Le Monde diplomatique, L’âme et l’électricité, par Charles Baudelaire (Le Monde diplomatique, octobre 2018)
  • « La génération présente est témoin de l'un des plus grands spectacles qui jamais ait occupé l'œil humain : c'est le combat à outrance du christianisme et du philosophisme. La lice est ouverte, les deux ennemis sont aux prises, et l'univers regarde. […] France Culture, Maistre, Burke : les contre-révolutionnaires - Ép. 4/4 - Les anti-Lumières
  • «  La Révolution française n'est pas un objet historique comme un autre. Sa nature hautement politique a pour conséquence qu'on peut la décomposer et la décortiquer à loisir au gré des fluctuations de notre vie démocratique sans cesse en mouvement, d'où les polémiques historiographiques qui jalonnent son histoire depuis plus de deux siècles. La cause à cela vient sans doute du fait que les événements de la décennie révolutionnaire sont teintés de philosophisme et de principes abstraits ayant donné naissance à notre liberté moderne. Inséparable des querelles de principes, elle est un événement politique auquel chacun peut se référer, soit pour l'adorer, soit pour l'abhorrer. Bien qu'érigée en science à la fin du XIXe, la Révolution n'en a pas moins conservé son essence politique et polémique que l'historien est bien obligé d'admettre, souvent malgré lui. Tour à tour, philosophes, sémiologues, sociologues, économistes, psychologues, juristes, hommes de lettres ou hommes de foi, Sisyphes à leur manière, ont tenté l'ascension de cette montagne de connaissances qu'est la Révolution, avec plus ou moins de succès. Le Point, Révolution française : un historien répond à Patrick Buisson - Le Point
  • C’est l’essentiel de la leçon de ce livre qui voit la Révolution comme un « épisode exécrable, de bout en bout, de l’histoire de France. Elle ne fut pas le magnifique soulèvement de tout un peuple mais une folie meurtrière et inutile, une guerre civile dont la mémoire continue aujourd’hui encore à diviser fondamentalement les Français » (p. 15). Cette position est tenue d’un bout à l’autre de l’ouvrage commencé par un chapitre intitulé « le poison du philosophisme ». La Révolution est ainsi résumée à l’action des « philosophes » qui ont entretenu l’opinion dans la croyance que « l’utopie » était possible. La faiblesse du roi a fait le reste. L’utopisme imposé par « L’Homo ideologicus » a installé une société « d’essence totalitaire » (p. 20) qualificatif qui sera appliqué à l’Assemblée nationale (p. 133), aux députés jacobins (p. 214, 267). Club de Mediapart, À propos du livre de Claude Quétel «Crois ou meurs !» | Le Club de Mediapart
  • Ce que combat l’Église, c’est aussi ce que l’intellectuel catholique autrichien Erik von Kuehnelt-Leddihn appelle le Vieux-libéralisme, toxine née de l’échec du protestantisme, sorte de rationalisme religieux niant toute vérité transcendantale, de dangereux relativisme philosophique et de philosophisme licencieux vantant une liberté de conscience affranchie de la vérité, là où saint Jean-Paul II, dans Veritatis Splendor, rappelle que « la liberté de conscience est toujours et seulement dans la vérité ». Contrepoints, L’antilibéralisme catholique : un triple malentendu (II) | Contrepoints
  • Il est vrai que, au moment de la Révolution, de nombreux auteurs affirmaient que la « philosophie » en était la cause. Mais cette explication reste trop vague. La distinction entre Lumières radicales et Lumières modérées permet de mieux discerner les différents mouvements d’idées. La Révolution française, d’inspiration républicaine et démocratique, est préparée par le rejet, sur des bases philosophiques, de la monarchie, de l’aristocratie et de l’autorité ecclésiastique. Cette critique antérieure à 1789 est le fait de Diderot, d’Holbach, d’Helvetius, de Raynal, des auteurs qui sont tous dans la droite lignée des Lumières radicales. À la fin la fin du XVIIIe siècle, on s’est mis à parler de « philosophisme », souvent sur le ton du dénigrement, en oubliant les plus grandes réalisations de la Révolution, la Déclaration des droits de l’homme, l’abolition des droits féodaux, l’émancipation de toutes les minorités religieuses, l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. De formidables avancées dont le mérite revient à un petit groupe inspiré par la philosophie, c’est-à-dire les « brissotins » et certains dantonistes. Le Monde.fr, 1789, une révolution toujours actuelle

Traductions du mot « philosophisme »

Langue Traduction
Anglais philosophism
Espagnol filosofismo
Italien filosofismo
Allemand philosophismus
Chinois 哲学主义
Arabe الفلسفة
Portugais filosofismo
Russe philosophism
Japonais 哲学
Basque philosophism
Corse filosofia
Source : Google Translate API

Synonymes de « philosophisme »

Source : synonymes de philosophisme sur lebonsynonyme.fr
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