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Oriental

Définitions de « oriental »

Trésor de la Langue Française informatisé

ORIENTAL, -ALE, -AUX, adj. et subst.

Anton. occidental.
A. − Qui est à l'est d'un lieu, qui est situé du côté de l'orient. Façade orientale d'une maison; versant oriental d'une montagne; rive orientale d'un fleuve; côte, frontière orientale d'un pays. Délos était, par rapport à eux, à l'orient; car cette île est une des plus orientales des Cyclades (Bern. de St-P.,Harm. nat.,1814, p.288).
Absol. Pyrénées orientales; Allemagne orientale. Il était originaire de la Prusse orientale (Martin du G.,Thib.,Été 14, 1936, p.253).
B. − Qui se rapporte à l'Orient.
1. Qui est propre à l'Orient, à ses régions, à ses peuples. V. aussi extrême-oriental.
a) [En parlant de choses] Pays orientaux, régions orientales; épices, étoffes, civilisations, religions orientales; cuisine orientale. L'usage oriental de n'aborder les grands qu'avec un présent à la main (Mérimée,Ét. litt. russe,t.2, 1870, p.45).Elle avait conservé, de ses voyages sans doute, l'habitude des onguents orientaux (Martin du G.,Thib.,Belle sais., 1923, p.975):
1. J'ai goûté l'ennui des mosquées quand un grand ciel oriental emplit la cour désoeuvrée de lumière et que dans les coins d'ombre un jeune homme pouilleux, de figure fermée, fait son oraison et sa gymnastique. Barrès,Cahiers,t.6, 1907, p.165.
HIST. Indes orientales. Inde et Indonésie (désignation donnée après la découverte des Indes occidentales ou Amérique). Le plus savant de ces docteurs (...) fut envoyé par terre aux Indes orientales, le berceau de tous les arts et de toutes les sciences (Bern. de St-P.,Chaum. ind.,1791, p.67).
LING. Langues orientales. Langues mortes ou vivantes de l'Orient (par exemple arabe, chaldéen, chinois, hébreu, persan, syriaque). École des langues orientales. Il a vingt-quatre ans, il est riche. Il est professeur de langues orientales à l'Institut (Renard,Journal,1892, p.123).
MINÉR., JOAILL. (Pierre, gemme) de finesse et de qualité supérieures, d'une belle transparence, provenant le plus souvent d'Orient ou d'Extrême-Orient. Améthyste, cornaline orientale. Une mer dont la couleur passe En douceur le saphir oriental (Moréas,Pèlerin pass.,1891, p.125).V. jade A ex. de Lapparent, jaspe A ex. de Brillat-Savarin.
b) [En parlant de pers.] (Personne, peuple) originaire de l'Orient ou qui y habite. Le poète oriental compare l'aurore au regard des jeunes filles qui voient des perles (Barrès,Cahiers,t.8, 1910, p.194).
Empl. subst. (avec une majuscule). Elle devenait fataliste comme un Oriental (Maupass.,Une Vie,1883, p.255):
2. ... un Occidental ne comprendra pas l'art de l'Orient, (...) un Oriental ne comprendra pas l'art de l'Occident s'ils se refusent à explorer les deux bords de l'abîme où fleurissent deux illusions d'une fécondité égale, celle qui définit le monde par ce qui se passe dans l'homme, celle qui définit l'homme par ce qui se passe dans le monde. Faure,Espr. formes,1927, p.221.
Empl. subst. plur. Les Orientaux. Les peuples de l'Orient ou de l'Asie, notamment Arabes, Turcs (avant 1931), Iraniens et Indiens. L'absorption en Dieu des Orientaux par l'ascétisme et la contemplation (P. Leroux, Humanité,1840, p.336).
2. Qui vient d'Orient; qui croît, qui vit en Orient. Plantes orientales. Sa taille était élancée comme le palmier oriental (Sand,Lélia,1833, p.143).Une boîte de fines cigarettes orientales (Gide,Journal,1917, p.628).
C. − Qui caractérise l'Orient, dans la représentation que s'en font les Occidentaux, ou qui le rappelle. Despotisme, fatalisme, flegme, faste, luxe oriental; nonchalance, pompe, splendeur orientale. Mademoiselle Éveline Clarence (...) servit le thé nonchalamment avec cette expression d'ennui qui donnait un charme oriental à sa beauté (A. France,Île ping.,1908, p.344).Beau de cette beauté biblique, orientale, étrangère, des jeunes Israélites au sortir de l'adolescence (Duhamel,Cécile,1938, p.232):
3. Un des rosiers (...) portait à hauteur de visage son fardeau de roses (...) dont l'odeur orientale régnait, le soir, jusqu'au perron. Colette,Chatte,1933, p.72.
Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Ce qui est caractéristique de l'Orient ou qui l'imite. C'était une construction singulière où il y avait de tout (...), de la cathédrale, de la mosquée (...), de l'oriental et de l'occidental (Maupass.,Contes et nouv.,t. 1, Dimanches bourg. Paris, 1880, p.307).
Loc. adv. À l'orientale
À la manière des Orientaux. Recevoir, s'asseoir, s'accroupir à l'orientale:
4. −(...) Est-ce que vous avez bien envie de dormir? Puisque nous sommes en Orient, vous me permettrez de vous traiter à l'orientale. Nous ne pouvons nous séparer sans avoir pris le café et fumé un tchibouk. Du Camp,Mém. suic.,1853, p.5.
CUIS. ,,La préparation à l'orientale est caractérisée par la tomate, l'ail, et, s'il y a lieu, le safran`` (Ac. Gastr. 1962).
HIST. LITTÉR.
Subst. masc. sing. à valeur de neutre. Le style oriental, imité de l'Orient. Le romantisme, c'est (...) l'oriental, le nu à vif, l'étreint, l'embrassé (Musset,Lettres Dupuis Cotonet,1836, p.671).
Subst. fém. Le genre poétique imité de l'oeuvre de Victor Hugo Les Orientales. Oui, monsieur, tel que vous me voyez, j'ai été une victime du sonnet, ce qui ne m'a pas empêché de donner dans la ballade, dans l'orientale, dans l'ïambe, dans la méditation, dans le poème en prose et autres délassements modernes (Reybaud,J. Paturot,1842, p.6).
RELIG. Églises orientales, de rite oriental. Églises orthodoxes autocéphales ou Églises chrétiennes d'Orient, catholiques ou non, ayant des liens avec Rome mais aussi une certaine autonomie. Décret sur les Églises orientales, catholiques, promulgué le 21 mars 1964 par le IIeconcile du Vatican (Foit.11968):
5. Il s'applique toutefois à établir par voie de discussion et par témoignages précis que les Églises grecques et orientales sont d'accord avec la romaine sur la foi en la présence réelle dans l'eucharistie... Sainte-Beuve,Port-Royal,t.4, 1859, p.342.
REM. 1.
Orientalement, adv.,littér. a) D'une manière orientale, qui évoque l'Orient. Le soleil ne tiédissait plus qu'à peine les espaliers, mais le ciel était orientalement pur (Gide,Porte étr.,1909, p.525).b) À la façon des Orientaux. Synon. à l'orientale.Dans son salon, une merveilleuse collection de pipes orientales, qu'il fumait orientalement, indolemment (Goncourt,Journal,1854, p.136).
2.
Orientalités, subst. fém. plur.,rare. Curiosités orientales, objets d'Orient. Je suis entré chez un marchand d'orientalités (...). Nous avons causé de Constantinople (Flaub.,Corresp.,1851, p.140).
3.
Orientalerie, subst. fém.,rare. Histoire orientale. Synon. turquerie.Nuit [de Dondey]: une aventure personnelle dramatisée et transposée en orientalerie (Larbaud,Vice impuni,1941, p.85).
4.
Extrême-oriental, -ale, -aux, adj.En compos. V. ce mot.
Prononc. et Orth.: [ɔ ʀjɑ ̃tal], masc. plur. [-o]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1160 «qui est situé à l'est d'un lieu» (Enéas, éd. J. J. Salverda de Grave, 946); 2. a) ca 1245 «originaire de l'Orient» (S. Auban, 1407 ds T.-L.); xiiies. [ms.] subst. «habitant de l'Orient» (Itinéraires à Jérusalem, éd. H. Michelant et G. Raynaud, p.127, var. du ms. D); b) 1610-30 langues orientales (A. d'Aubigné, Lettre ds OEuvres, éd. H. Weber, p.836); 3. 1528 «(étoile, planète) qui se lève avant le Soleil» (O. Finé, Theorique des cielz, 40 rod'apr. FEW t.7, p.414a); 4. a) 1797 «qui est propre à l'Orient, qui le caractérise» (Chateaubr., Essai Révol., t.2, p.10: flegme oriental); b) 1817 à l'orientale loc. adv. (Staël, Consid. Révol. fr., t.2, p.26). Empr. au b. lat. orientalis «qui est situé à l'orient», dér. de oriens, v. orient. Fréq. abs. littér.: 1712. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 3274, b) 2556; xxes.: a) 1759, b) 2059. Bbg. Darm. 1877, p.123 (s.v. orientalement). _ Quem. DDL t.7 (s.v. orientalité).

Wiktionnaire

Adjectif - français

oriental \ɔ.ʁjɑ̃.tal\

  1. Qui est situé à l’est.
    • Cette ville, située à une altitude de mille toises sur le revers oriental des Rocheuses, au bord d’un torrent tributaire du Missouri, forme un vaste entrepôt pour les produits miniers de la région, et compte de quatorze à quinze mille habitants. — (Jules Verne, Le Testament d’un excentrique, 1899, livre 2, chap. 12)
    • De l'autre côté de l'Arabie, il y a encore des terres conquises à l’Islam, puis des régions habitées par des idolâtres, l’Inde et la Chine, qui atteignent le limbe oriental du disque terrestre. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, page 123)
    • La grande forêt des Ardennes est une des plus chargée de mystères. Dans sa partie orientale, elle couvre un plateau accidenté coupé de vallées et de ravins profonds. — (Georges Blond, L’Agonie de l’Allemagne 1944–1945, Fayard, 1952, page 130)
  2. (Géographie) Qui appartient à l’Orient ; qui vient d’Orient.
    • Pays oriental. — Régions orientales. — Peuples orientaux.
    • Les plantes orientales. — Des perles orientales. — Une topaze orientale.
  3. (Christianisme) Relatif aux églises de l'Orient.
    • Il commença par résumer l’Évangile en douze scènes, conformément à une pratique orientale alors assez récente. — (Émile Mâle, Rome et ses vieilles églises, Éditions Flammarion, 1965, chapitre 8, § 2)
  4. Qualifie les langues, ou mortes ou vivantes, des peuples de l’Orient, telles que l’hébreu, le syriaque, le chaldéen, l’arabe, le persan, le chinois, le japonais, etc.
  5. Qualifie un style métaphorique et hyperbolique dont, à ce que l’on prétend, les peuples de l’Asie feraient usage.
  6. Qui est digne de l’idée que les occidentaux se faisaient de l’Orient.
    • Luxe oriental, pompe orientale.
  7. (Par extension) Qui partage les traditions des pays orientaux.
    • Le Maroc est le plus occidental des pays orientaux.
  8. (En particulier) Qualifie les aspects des personnes originaires de l’Orient.
    • Devant moi, un type tout différent et qui n’a rien d’oriental : trente-deux à trente-cinq ans, figure à barbiche roussâtre, regard très vif, […]. — (Jules Verne, Claudius Bombarnac, chapitre II, J. Hetzel et Cie, Paris, 1892)

Nom commun - français

Orientale \ɔ.ʁjɑ̃.tal\ féminin (pour un homme, on dit : Oriental)

  1. Féminin singulier de Oriental.

Nom commun - français

oriental \ɔ.ʁjɑ̃.tal\ masculin

  1. Race de chat, originaire de Thaïlande, à tête triangulaire, aux longues oreilles, à queue longue et fine, et à poil court, dérivée du siamois.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ORIENTAL, ALE. adj.
Qui est du côté de l'orient, qui appartient à l'Orient. Pays oriental. Régions orientales. Peuples orientaux. Langues orientales, Les langues ou mortes ou vivantes des peuples de l'Orient, telles que l'hébreu, le syriaque, le chaldéen, l'arabe, le persan, le chinois, le japonais, etc. Style oriental, Style métaphorique et hyperbolique dont les peuples de l'Asie font usage. Luxe oriental, pompe orientale, Luxe, pompe digne de l'Orient.

ORIENTAL signifie aussi Qui croît en Orient, qui vient d'Orient. Les plantes orientales. Des perles orientales. Une topaze orientale.

ORIENTAL s'emploie substantivement pour désigner les Habitants de l'Asie les plus voisins de nous, et plus communément les Turcs, les Persans, les Arabes. Les coutumes des Orientaux.

Littré (1872-1877)

ORIENTAL (o-ri-an-tal, ta-l') adj.
  • 1 Terme d'astronomie. Planète orientale, celle qui se lève avant le soleil.
  • 2Qui est du côté de l'orient, qui appartient à l'orient. Région orientale. Les peuples orientaux. Dans les terres orientales de cette partie du monde [l'Afrique], inconnues des anciens, les éléphants se sont trouvés aussi grands et peut-être même plus grands qu'aux Indes, Buffon, Quadrup. t. IV, p. 254. Son éclat [de l'aube] blanchissait la rive orientale, Masson, Helvét. III.

    Les Indes orientales, par opposition à Indes occidentales, qui est une dénomination abusive de l'Amérique.

    Langues orientales, langues mortes ou vivantes de l'Asie.

    Style oriental, style métaphorique en usage chez les peuples de l'Asie, particulièrement chez les Hébreux, les Arabes et les Persans. Les couleurs orientales sont venues comme d'elles-mêmes empreindre toutes ses pensées, toutes ses rêveries ; et ses rêveries et ses pensées se sont trouvées tour à tour et presque sans l'avoir voulu, hébraïques, turques, persanes, arabes…, Hugo, Orientales, préface.

    Luxe oriental, pompe orientale, luxe, pompe digne de l'Orient.

  • 3Qui croît en Orient, qui vient d'Orient. Plantes orientales.
  • 4 Pierres orientales, qualification qui, donnée aux rubis, aux saphirs et à la topaze, n'indique pas toujours le gisement originaire de ces gemmes, mais seulement qu'elles sont de qualité supérieure relativement à d'autres échantillons auxquels on les compare ; en sorte qu'une pierre dite orientale peut provenir de contrées tout opposées à notre orient, Legoarant Les naturalistes récents ont donné, avec les joailliers, la dénomination de pierres orientales à celles qui ont une belle transparence, qui en même temps sont assez dures pour recevoir un poli vif, Buffon, Min. t. VI, p. 213.

    Fig. Je ne me mêlerai point de vous en envoyer [un cuisinier], à moins que ce ne fût une perle si orientale, que l'on fût assuré de n'en avoir aucun reproche, Sévigné, 19 août 1675.

  • 5 S. f. Sorte de fleur ; il y avait une variété d'anémone et une de tulipe qui portaient ce nom. Il quitte cette fleur pour l'orientale, La Bruyère, XIII.
  • 6Les Orientales, recueil de poésies de V. Hugo qui ont la plupart pour objet les scènes de l'Orient. Si aujourd'hui quelqu'un lui demande à quoi bon ces Orientales ? qui a pu lui inspirer de s'aller promener en Orient pendant tout un volume ? que signifie ce livre inutile de pure poésie…, Hugo, Orientales, Préface. … Au milieu d'eux [les enfants qui jouent autour du poëte] L'Orientale d'or plus riche épanouit Ses fleurs peintes et ciselées ; La ballade est plus fraîche…, Hugo, F. d'aut. 15. Oui, monsieur, tel que vous me voyez, j'ai été une victime du sonnet, ce qui ne m'a pas empêché de donner dans la ballade, dans l'orientale, dans l'ïambe, dans la méditation, dans le poëme en prose et autres délassements modernes, Reybaud, Jérôme Paturot, I, 1.
  • 7 S. m. pl. Les Orientaux, les peuples de l'Asie (avec une majuscule). Abraham, quoique né vers l'Euphrate, fait une grande époque pour les Occidentaux, et n'en fait point une pour les Orientaux, chez lesquels il est pourtant aussi respecté que parmi nous, Voltaire, Dict. phil. Abraham.

HISTORIQUE

XIVe s. La mer orientel ou meridionel, H. de Mondeville, f° 88, verso.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

ORIENTAL. - HIST. Ajoutez : XIIe s. En icels leus orientals, Benoit de Sainte-Maure, Roman de Troie, V. 23185. En ceste oriental partie, Benoit de Sainte-Maure, ib. V. 23209.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

ORIENTAL, adj. (Ast. & Géog.) se dit proprement de quelque chose qui est située à l’est ou au levant par rapport à nous ; il est opposé à occidental ; mais on dit plus généralement oriental de tout ce qui a rapport aux pays situés à l’orient par rapport à nous. Voyez Est, Levant & Occidental.

C’est dans ce sens qu’on dit, perles orientales, lorsqu’on parle des perles qui se trouvent dans les Indes orientales. Voyez Perle. On dit encore langues orientales, en parlant de l’hébreu, du syriaque, du chaldéen, & du cophte. Voyez Langue.

Dans l’Astronomie on dit qu’une planete est orientale lorsqu’elle paroît précéder le soleil vers le levant. Voyez Levant, voyez Lucifer. Chambers. (O)

Orientale, Philosophie, (Hist. de la Philosoph.) peu de tems après la naissance de Jesus-Christ, il se forma une secte de philosophes assez singuliere dans les contrées les plus connues de l’Asie & de l’Afrique. Ils se piquoient d’une intelligence extraordinaire dans les choses divines, ou celles sur lesquelles on croit le plus parce qu’on y entend le moins, & où il ne faut pas raisonner, mais soumettre sa raison, faire des actes de foi & non des systèmes ou des syllogismes. Ils donnoient leur doctrine pour celle des plus anciens philosophes, qu’ils prétendoient leur avoir été transmise dans sa pureté ; & plusieurs d’entre eux ayant embrassé la religion chrétienne, & travaillé à concilier leurs idées avec ses préceptes, on vit tout-à-coup éclore cet essaim d’hérésies dont il est parlé dans l’histoire de l’Eglise sous le nom fastueux de Gnostiques. Ces Gnostiques corrompirent la simplicité de l’Evangile par les inepties les plus frivoles ; se répandirent parmi les juifs & les Gentils, & défigurerent de la maniere la plus ridicule leur philosophie, imaginerent les opinions les plus monstrueuses, fortifierent le fanatisme dominant, supposerent une foule de livres sous les noms les plus respectables, & remplirent une partie du monde de leur misérable & détestable science.

Il seroit à souhaiter qu’on approfondît l’origine & les progrès des sectes : les découvertes qu’on feroit sur ce point éclaireroient l’histoire sacrée & philosophique des deux premiers siecles de l’Eglise ; période qui ne sera sans obscurité, que quand quelque homme d’une érudition & d’une pénétration peu commune aura achevé ce travail.

Nous n’avons plus les livres de ces sectaires, il ne nous en reste qu’un petit nombre de fragmens peu considérables. En supprimant leurs ouvrages, les premiers peres de l’Eglise, par un zele plus ardent qu’éclairé, nous ont privé de la lumiere dont nous avons besoin, & presque coupé le fil de notre histoire.

On ne peut révoquer en doute l’existence de ces philosophes. Porphyre en fait mention, il dit dans la vie de Plotin : γεγόνασι δὲ κατ᾽ αὐτὸν τῶν χριστιανῶν πολλοὶ μὲν καὶ ἄλλοι αἱρετικοὶ δὲ ἐκ τῆς παλαῖας φιλοσοφίας ἀνηγμένοι, οἱ περὶ τὸν ἀδέλφιον καὶ ἀκυλῖνον, κ. τ. λ.. Il y avoit alors plusieurs chrétiens, hérétiques, & autres professant une doctrine émanée de l’ancienne philosophie, & marchant à la suite d’Adelphius & d’Aquilinus, &c. Ils méprisoient Platon ; ils ne parloient que de Zoroastre, de Zostrian, de Nicothée, & de Melus, & ils se regardoient comme les restaurateurs de la sagesse orientale : nous pourrions ajouter au témoignage de Porphyre, celui de Théodote & d’Eunape.

Ces philosophes prirent le nom de Gnostiques, parce qu’ils s’attribuoient une connoissance plus sublime & plus étendue de Dieu, & de ses puissances ou émanations, qui faisoient le fond de leur doctrine.

Ils avoient pris ce nom long-tems avant que d’entrer dans l’Eglise. Les Gnostiques furent d’abord certains philosophes spéculatifs ; on étendit ensuite cette dénomination à une foule d’hérétiques dont les sentimens avoient quelque affinité avec leur doctrine. Irenée dit que Ménandre disciple de Simon, fut un gnostique ; Basilide fut un gnostique selon Jerôme ; Epiphane met Saturnin au nombre des Gnostiques ; Philastrius appelle Nicolas chef des Gnostiques.

Ce titre de gnostique a donc passé des écoles de la philosophie des Gentils dans l’Eglise de J. C. & il est très-vraissemblable que c’est de cette doctrine trompeuse que Paul a parlé dans son épître à Timothée, & qu’il désigne par les mots de ψευδωνύμου γνώσεως ; d’où l’on peut conclure que le gnosisme n’a pas pris naissance parmi les Chrétiens.

Le terme de gnosis est grec ; il étoit en usage dans l’école de Pithagore & de Platon, & il se prenoit pour la contemplation des choses immatérielles & intellectuelles.

On peut donc conjecturer que les philosophes orientaux prirent le nom de Gnostiques, lorsque la philosophie pithagorico-platonicienne passa de la Grece dans leur contrée, ce qui arriva peu de tems avant la naissance de Jesus-Christ ; alors la Chaldée, la Perse, la Syrie, la Phénicie, & la Palestine étoient pleines de Gnostiques. Cette secte pénétra en Europe. L’Egypte en fut infectée ; mais elle s’enracina particulierement dans la Chaldée & dans la Perse. Ces contrées furent le centre du gnosisme ; c’est-là que les idées des Gnostiques se mêlerent avec les visions des peuples, & que leur doctrine s’amalgama avec celle de Zoroastre.

Les Perses qui étoient imbus du platonisme, trompés par l’affinité qu’ils remarquerent entre les dogmes de cette école dont ils sortoient & la doctrine des gnostiques orientaux, qui n’étoit qu’un pithagorico-platonisme défiguré par des chimeres chaldéennes & zoroastriques, se méprirent sur l’origine de cette secte. Bien-loin de se dire Platoniciens, les gnostiques orientaux reprochoient à Platon de n’avoir rien entendu à ce qu’il y a de secret & de profond sur la nature divine, Platonem in profonditatem intelligibilis essentiæ non penetrasse. Porphire Ennéad. II. l. IX. c. vj. Plotin indigné de ce jugement des Gnostiques, leur dit : quasi ipsi quidem intelligibilem naturam cognoscendo attingentes, Plato autem reliquique beati viri minimè ? « Comme si vous saviez de la nature intelligible ce que Platon & les autres hommes de sa trempe céleste ont ignoré », Plot. ibid. Il revient encore aux Gnostiques en d’autres endroits, & toujours avec la même véhémence. « Vous vous faites un mérite, ajoute-t-il, de ce qui doit vous être reproché sans cesse ; vous vous croyez plus instruits, parce qu’en ajoutant vos extravagances aux choses sensées que vous avez empruntées, vous avez tout corrompu ».

D’où il s’ensuit qu’à-travers le système de la philosophie orientale, quel qu’il fût, on reconnoissoit des vestiges de pithagorico-platonisme. Ils avoient changé les dénominations. Ils admettoient la transmigration des ames d’un corps dans un autre. Ils professoient la Trinité de Platon, l’être, l’entendement, & un troisieme architecte ; & ces conformités, quoique moins marquées peut être qu’elles ne le paroissoient à Plotin, n’étoient pas les seules qu’il y eût entre le gnosisme & le platonico-pithagorisme.

Le platonico-pithagorisme passa de la Grece à Alexandrie. Les Egyptiens avides de tout ce qui concernoit la divinité, accoururent dans cette ville fameuse par ses philosophes. Ils brouillerent leur doctrine avec celle qu’ils y puiserent. Ce mélange passa dans la Chaldée, où il s’accrut encore des chimeres de Zoroastre, & c’est ce cahos d’opinions qu’il faut regarder comme la philosophie orientale, ou le gnosisme, qui introduit avec ses sectateurs dans l’Eglise de Jesus-Christ, s’empara de ses dogmes, les corrompit, & y produisit une multitude incroyable d’hérésies qui retinrent le nom de gnosisme.

Leur système de théologie consistoit à supposer des émanations, & à appliquer ces émanations aux phénomenes du monde visible. C’étoit une espece d’échelle où des puissances moins parfaites placées les unes au-dessous des autres, formoient autant de degrés depuis Dieu jusqu’à l’homme, où commençoit le mal moral. Toute la portion de la chaîne comprise entre le grand abyme incompréhensible ou Dieu jusqu’au monde étoit bonne, d’une bonté qui alloit à la vérité en dégénérant ; le reste étoit mauvais, d’une dépravation qui alloit toujours en augmentant. De Dieu au monde visible, la bonté étoit en raison inverse de la distance ; du monde au dernier degré de la chaîne, la méchanceté étoit en raison directe de la distance.

Il y avoit aussi beaucoup de rapport entre cette théorie & celle de la cabale judaïque.

Les principes de Zoroastre ; les sephiroths des Juifs ; les éons des Gnostiques ne sont qu’une même doctrine d’émanations, sous des expressions différentes. Il y a dans ces systèmes des sexes différens de principes, de sephiroths, d’éons, parce qu’il y falloit expliquer la génération d’une émanation, & la propagation successive de toutes.

Les principes de Zoroastre, les sephirots de la cabale, les éons perdent de leur perfection à mesure qu’ils s’éloignent de Dieu dans tous ces systèmes, parce qu’il y falloit expliquer l’origine du bien & du mal physique & moral.

Quels moyens l’homme avoit-il de sortir de sa place, de changer sa condition misérable, & de s’approcher du principe premier des émanations ? C’étoit de prendre son corps en aversion ; d’affoiblir en lui les passions ; d’y fortifier la raison ; de méditer ; d’exercer des œuvres de pénitence ; de se purger ; de faire le bien ; d’éviter le mal, &c.

Mais il n’acquéroit qu’à la longue, & après de longues transmigrations de son ame dans une longue succession de corps, cette perfection qui l’élevoit au-dessus de la chaîne de ce monde visible. Parvenu à ce degré, il étoit encore loin de la source divine ; mais en s’attachant constamment à ses devoirs, enfin il y arrivoit ; c’étoit-là qu’il jouissoit de la félicité complette.

Plus une doctrine est imaginaire, plus il est facile de l’altérer ; aussi les Gnostiques se diviserent-ils en une infinité de sectes différentes.

L’éclat des miracles & la sainteté de la morale du christianisme les frapperent ; ils embrasserent notre religion, mais sans renoncer à leur philosophie, & bien-tôt Jesus-Christ ne fut pour eux qu’un bon très-parfait, & le Saint-Esprit un autre.

Comme ils avoient une langue toute particuliere, on les entendoit peu. On voyoit en gros qu’ils s’écartoient de la simplicité du dogme, & on les condamnoit sous une infinité de faces diverses.

On peut voir à l’article Cabale, ce qu’il y a de commun entre la philosophie orientale & la philosophie judaïque ; à l’article Pithagore, ce que ces sectaires avoient emprunté de ce philosophe ; à l’article Platonisme, ce qu’ils devoient à Platon ; à l’article Jesus-Christ & Gnostique, ce qu’ils avoient reçu du christianisme ; & l’extrait abrégé qui va suivre de la doctrine de Zoroastre, montrera la conformité de leurs idées avec celle de cet homme célebre dans l’antiquité.

Selon Zoroastre, il y a un principe premier, infini & éternel.

De ce premier principe éternel & infini, il en est émané deux autres.

Cette premiere émanation est pure, active & parfaite.

Son origine, ou son principe, est le feu intellectuel.

Ce feu est très-parfait & très-pur.

Il est la source de tous les êtres, immatériels & matériels.

Les êtres immateriels forment un monde. Les matériels en forment un autre.

Le premier a conservé la lumiere pure de son origine ; le second l’a perdue. Il est dans les ténèbres, & les ténebres s’accroissent à mesure que la distance du premier principe est plus grande.

Les dieux & les esprits voisins du principe lumineux, sont ignés & lumineux.

Le feu & la lumiere vont toujours en s’affoiblissant ; où cessent la chaleur & la lumiere, commencent la matiere, les ténèbres & le mal, qu’il faut attribuer à Arimane & non à Orosmade.

La lumiere est d’Orosmade ; les ténèbres sont d’Arimane : ces principes & leurs effets sont incompatibles.

La matiere dans une agitation perpétuelle tend sans cesse à se spiritualiser, à devenir lucide & active.

Spiritualisée, active & lucide, elle retourne à sa source, au feu pur, à mithras, où son imperfection finit, & où elle jouit de la suprème félicité.

On voit que dans ce système, l’homme confondu avec tous les êtres du monde visible, est compris sous le nom commun de matiere.

Ce que nous venons d’exposer de la philosophie orientale y laisse encore beaucoup d’obscurité. Nous connoîtrions mieux l’histoire des hérésies comprises sous le nom de gnosisme ; nous aurions les livres des Gnostiques ; ceux qu’on attribue à Zoroastre, Zostrian, Mesus, Allogene ne seroient pas supposés, que nous ne serions pas encore fort instruits. Comment se tirer de leur nomenclature ? comment apprécier la juste valeur de leurs métaphores ? comment interpreter leurs symboles ? comment suivre le fil de leurs abstractions ? comment exalter son imagination au point d’atteindre à la leur ? comment s’enivrer & se rendre fou assez pour les entendre ? comment débrouiller le cahos de leurs opinions ? Contentons-nous donc du peu que nous en savons, & jugeons assez sainement de ce que nous avons, pour ne pas regretter ce qui nous manque.

Oriental, (Commerce & Hist. nat.) nom donné par la plûpart des joailliers à des pierres précieuses. Cette épithete est fondée sur la dureté de ces pierres, qui est beaucoup plus grande, dit-on, que celle des mêmes pierres trouvées en occident ; mais cette regle n’est point sûre, & il se trouve en Europe quelques pierres qui ont tout autant de dureté & de pureté que celles d’orient. On prétend aussi que les pierres qui viennent d’orient, ont des couleurs plus vives & plus belles que celles qu’on trouve en occident. Voyez Pierres précieuses. (—)

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Étymologie de « oriental »

(Adjectif) Du latin orientalis venant de oriens (« orient »).
(Nom) (XXe siècle) Car venu en Europe d’Orient.
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Prov. et esp. oriental ; ital. orientale ; du lat. orientalis, de oriens, orient.

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Phonétique du mot « oriental »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
oriental ɔrjɑ̃tal
orientaux ɔrjɑ̃to
orientale ɔrjɑ̃tal

Citations contenant le mot « oriental »

  • Le plus fructueux est le commerce oriental : rien dans la boutique, mais on peut vous procurer tout. L'important n'est pas la marchandise, mais le client. De Jean Grenier / Lexique
  • La plus grande caractéristique de la civilisation orientale est de connaître le contentement, alors que celle de l'Occident est de ne le pas connaître. De Hu-Shih
  • À Bruxelles comme à Strasbourg, les penseurs de la diplomatie européenne semblent être obnubilés par les marches orientales de l’UE. Dans leurs dossiers, le thème du Partenariat oriental (PO) se décline entre économie, justice sociale, environnement et renforcement des institutions. Mais sur le plan territorial, plusieurs régions séparatistes demeurent des facteurs d’instabilité et d’incertitude pour la région, principalement dans le Caucase. , Le Partenariat oriental, point fort de la diplomatie de l'UE
  • La Bibliothèque nationale du Japon et celle de la Corée du Sud s'associent autour d'une plateforme, la East Asia Digital Library (EADL), dont la vocation est de réunir les ressources culturelles et scientifiques de l'Asie orientale. Les collections numériques réunies comptent 8000 références, pour l'instant. ActuaLitté.com, Une plateforme commune pour les ressources culturelles d'Asie orientale
  • Conservatrice du patrimoine et docteure en archéologie orientale, Ariane Thomas a participé à des missions de sauvetage du patrimoine au Moyen-Orient. Elle prend aujourd'hui la direction du département des Antiquités orientales du musée du Louvre. Connaissance des Arts, Musée du Louvre : Ariane Thomas nommée à la tête du département des Antiquités orientales | Connaissance des Arts
  • Imaginez le mélange de saveurs qu’offre cette recette de poêlée montbéliarde à l’orientale. Parfumée au poivre et au cumin, il est assez évident pour la saucisse fumée franc-comtoise de s’associer aux parfums orientaux, mais y aviez-vous pensé ? Kiss My Chef, Poêlée montbéliarde à l’orientale à la saucisse - Kiss My Chef
  • «Les récentes mesures prises par l’Arabie saoudite qui a envoyé des avions de combat sur l’île de la Crète, et Israël qui a signé un important accord de coopération militaire avec la Grèce, visent à isoler la Turquie en Méditerranée orientale», indique à Sputnik un expert turc qui évoque les motivations de cette politique. , L’Arabie saoudite et Israël veulent limiter l’influence «de la Turquie en Méditerranée orientale», affirme un expert - Sputnik France
  • La marine turque a effectué des exercices de tir en Méditerranée orientale, a annoncé dimanche le ministère turc de la Défense, dans un contexte de tensions avec la Grèce au sujet de l'exploration gazière. Connaissance des Énergies, Méditerranée orientale : la Turquie effectue des exercices militaires dans un contexte de tensions | Connaissances des énergies
  • Si le renouvellement du soutien de ce projet est une bonne nouvelle pour la sécurité de l’approvisionnement en gaz de l’Union, il pourrait aussi être un facteur de tensions en Méditerranée orientale, prête à s’embraser. En effet, la Grèce a d’ores et déjà décidé de se renforcer militairement via l’achat de 18 avions Rafale avant la fin de l’année. , Les Etats-Unis adoubent la Méditerranée orientale comme nouveau débouché énergétique de l'Europe de l'Est et du Moyen-Orient | Portail de l'IE
  • Le porte-avions français Charles-de-Gaulle partira en mission en Méditerranée orientale et dans l’Océan indien au premier semestre 2021, dans le cadre de l’opération Chammal en Irak et en Syrie, a indiqué mardi la ministre des Armées. Mediapart, Le porte-avions français bientôt en Méditerranée orientale (ministre) - Page 1 | Mediapart
  • La plus grande caractéristique de la civilisation orientale est de connaître le contentement, alors que celle de l'Occident est de ne le pas connaître. De Hu-Shih

Traductions du mot « oriental »

Langue Traduction
Anglais oriental
Espagnol oriental
Italien orientale
Allemand orientalisch
Chinois 东方的
Arabe شرقية
Portugais oriental
Russe восточный
Japonais オリエンタル
Basque ekialdeko
Corse orientale
Source : Google Translate API

Synonymes de « oriental »

Source : synonymes de oriental sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « oriental »

Oriental

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