La langue française

Nue

Sommaire

  • Définitions du mot nue
  • Étymologie de « nue »
  • Phonétique de « nue »
  • Citations contenant le mot « nue »
  • Traductions du mot « nue »
  • Synonymes de « nue »
  • Antonymes de « nue »

Définitions du mot nue

Trésor de la Langue Française informatisé

NU2, NUE, adj. et subst.

I. − Adjectif
A. − [Appliqué à une pers. ou à une partie du corps]
1. [Appliqué à une pers.] Qui n'est pas, qui est peu vêtu:
1. «L'éternel Dieu appela Adam, et lui dit: Où es-tu? Et il répondit: J'ai entendu ta voix dans le jardin, et j'ai craint, parce que j'étais nu, et je me suis caché. Et Dieu dit: Qui t'a montré que tu étais nu? N'as-tu pas mangé de l'arbre duquel je t'avais défendu de manger?» Ainsi Adam, par l'effet de la connaissance, ressent la honte, qui recèle ou entraîne à sa suite la crainte. P. Leroux,Humanité,1840, p.538.
a) Qui est dépouillé de tous ses vêtements. Synon. déshabillé, dévêtu, dans le plus simple appareil (fam.), en costume d'Adam (fam.), à poil (très fam.).Être, se mettre (tout) nu, coucher (tout) nu. Quand l'homme est tout nu devant vous, vous ne voyez d'abord que des rondeurs, des demi-teintes, vous voulez vous accrocher à des muscles et vous dérapez sur de la graisse... (Abellio,Pacifiques,1946, p.33).Rose et nu sans un poil, avec ses joues roses et son gros petit ventre caressé par la lumière blonde du matin, Charlot ressemblait au plus beau bébé de France (Sartre,Mort ds âme,1949, p.42):
2. Paulina était nue. Être nue c'est être absolue enfin. Elle se sentait nue dans son ventre enveloppé d'ombre, dans ses deux mamelles visibles dont les pointes durcissent à l'air frais, dans sa chevelure déployée, dans l'intérieur de son esprit. Jouve,Paulina,1925, p.126.
Fam. Se déshabiller tout nu. Se dévêtir entièrement. Et l'on vit l'étrange ambassadeur se déshabiller tout nu, piquer une tête dans la flotte et nager sans hésitation vers le rivage (Cendrars,Bourlinguer,1948, p.181).
En comp., pop., vieilli. Couche-toute-nue, subst. fém. Femme de petite vertu. Une couche-toute-nue se montra dans l'encadrement de la porte (...) les pieds dans des babouches brodées (Courteline,Train 8 h 47,1888, 2epart., 7, p.176).
En partic., BEAUX-ARTS. Figure nue. Statue, peinture représentant une personne sans vêtement (infra II):
3. Pour les dévots des xvieet xviiesiècles, la représentation d'une figure nue aurait paru un sacrilège. Du temps de Murillo, il était si difficile de trouver dans les académies un modèle, qu'il était d'usage que tour à tour les élèves missent habit bas et posassent pour leurs camarades. Mérimée,Mosaïque,1833, p.518.
Amour nu. Représentation du dieu Amour sous les traits d'un enfant ailé généralement nu (infra 2 a). Les Amours nus, pressés en bataillon, Ont des rosiers broyés le vermillon Sur le beau sein de cette enchanteresse (Banville,Odes funamb.,1859, p.283).
b) Qui est partiellement dévêtu. (À) demi(-)nu, à moitié nu, mi-nu, nu jusque... J'ai des souvenirs charmants d'après-midi passés à son école, sous la petite avenue de peupliers, nu en caleçon, avec l'odeur des filets et du goudron... (Flaub.,Corresp.,1860, p.374).Luttons, dit Desrais (...). Ils se mirent tous deux nus jusqu'à la ceinture (A. France,Vie fleur,1922, p.425):
4. C'était en hiver, un mois de décembre très froid, elle grelottait à demi nue dans des guenilles, ses pauvres petits pieds tout rouges dans des sabots. Hugo,Misér., t. 2, 1862, p.649.
c) Qui ne porte pas de sous-vêtements (construction habituelle: nu dans, nu sous). Les fellahs nus sous une simple blouse en cotonnade bleue (Du Camp,Nil,1854, p.41).J'ai vu ce grand vieillard qui, nu dans son paletot pourri, croisait les bras sur sa poitrine (Claudel,Ville,1893, ii, p.350).
d) Qui est peu ou mal vêtu ou pas du tout vêtu. L'été, ils partaient selon la mode pour Deauville ou pour La Baule, étendaient leurs trois beaux corps nus sur la plage (Giraudoux,Bella,1926, p.134).
Compar. usuelle. Nu comme.Nu comme la main (v. ce mot 1resection I A 2 a ex. de Giono); nu comme le jour de sa naissance (v. Guéhenno, Journal homme 40 ans, 1934, p.148); nu comme un cierge (v. Rostand, Cyrano, 1898, iii, 2, p.144); nu comme un ver (v. Boylesve, Leçon d'amour, 1902, p.221); nu comme un petit Saint-Jean (v. Zola, OEuvre, 1886, p.167); nu(e) comme Ève; (femme) nue comme une jument (v. Audiberti, Mal court, 1947, ii, p.164). Nu comme un nègre, dont il a le sang et le tempérament de priape (Goncourt,Journal,1868, p.425):
5. Il était nu comme Ève à son premier péché. Quoi! tout nu! dira-t-on; n'avait-il pas de honte? (...) Hassan était donc nu, −mais nu comme la main, − Nu comme un plat d'argent, −nu comme un mur d'église, Nu comme le discours d'un académicien. Musset,Namouna,1832, pp.389-390.
2. [Appliqué à une partie du corps]
a) [L'adj. nu est postposé]
Qui n'est recouvert d'aucun vêtement ou accessoire vestimentaire. Elle a les bras nus, c'est une chair ferme et fraîche, rouge, presque sanglante (Flaub.,1reÉduc. sent.,1845, p.197).Il me plaît de regarder un sein nu, ou une épaule, et d'admirer la belle ligne d'une taille souple qui ploie en valsant (Farrère,Homme qui assass.,1907, p.87).
SYNT. Cou nu, cul nu (fam.), torse, ventre nu; cuisses nues; épaule, gorge, jambe, poitrine nue; corps nu; membres nus; peau nue.
Tête nue. Sans couvre-chef. Je laisserai le vent baigner ma tête nue (Rimbaud,Poés.,1871, p.39).
Cheveux nus. Dépourvus de tout lien. Un jour que son grand ruban s'était dénoué il avait vu ses cheveux nus étalés sur ses épaules (Larbaud,F. Marquez,1911, p.177).
Pied(s) nu(s). Sans chaussures. Si votre maître ne peut plus aller avec ses souliers, il n'a qu'à aller pieds nus (Pourrat,Gaspard,1925, p.287).Sans chaussettes ou sans bas. Elle avait ses pieds nus dans des pantoufles de satin (Dumas fils, Dame Camélias,1848, p.121).
Main(s) nue(s). Sans gant(s). V. main 1resection I A b.Combattre à main(s) nue(s). Sans armes. V. main 1resection I F 1.
À main(s) nue(s). Sans avoir recours à un accessoire. V. main 1resection I H 1 d .
En comp. Cul-nu, subst. masc. Amour ailé représenté par un enfant nu (supra 1 a). Tous les enfants porte-flambeau Vous suivent en battant des ailes. Tous ces petits culs-nus d'Amours, (...) Ont soin d'embellir vos atours (Banville,Odes funamb.,1859, p.64).
Qui est dépourvu de cheveux ou de poils. Visage nu:
6. Il était chauve, et chauve à ce point que son crâne, hormis le bas des tempes, s'offrait, du front, à la nuque, aussi lisse, aussi glabre, aussi nu que sa bosse conique et ses genoux circonflexes... Cladel,Ompdrailles,1879, p.222.
Compar. (Crâne, visage) nu comme un oeuf. De beaux visages clairs et débordants, nus comme des fesses (Giraudoux,Judith,1931, ii, 1, p.119).Il n'avait pas de barbe, ni de favoris, ni de moustache; une figure nue comme un oeuf (Morand,Flagell. Séville,1951, p.373).
b) [L'adj. nu est antéposé; il reste gén. inv. et est séparé du nom qu'il qualifie par un trait d'union] Nu-cou, nu-jambes. Le vieux brame introduisit donc le docteur anglais, revêtu de sa toile de coton, nu-tête et nu-pieds (Bern. de St-P., Chaum. ind.,1791, p.83).−Ah! les bons souliers que vous m'avez donnés-là! −Ça vaut mieux que d'aller nu-pattes (Hugo,Quatre-vingt-treize,1874, p.81).
Va-nu-pieds*.
c) À l'oeil nu, loc. adv. Sans l'aide d'un instrument d'optique. Étoiles visibles à l'oeil nu ou dans une lunette (Danjon,Cosmogr.,1948, p.292).
3. Qui est matériellement ou moralement dépourvu de tout, privé des biens essentiels. Synon. dépouillé, désarmé, sans défense.Et lui, nu, les mains vides, qui n'avait rien, pas même une pierre au bord d'un champ (Zola,Fécondité,1899, p.79).
En compos. Bras-nus, subst. masc. Les meurt-de-faim, les va-nu-pieds, les bras-nus, les déshérités, les orphelins, les malheureux (Hugo,Misér., t. 2, 1862, p.192).
Compar. La pauvre Vallée est vendue; c'est Mathieu qui en est devenu le possesseur. Me voilà nu comme Job (Chateaubr.,Corresp., t. 2, 1818, p.18).Ils m'ont tout pris, ma pauvre Charlotte, ils m'ont laissé nu comme un ver, mes gredins d'héritiers! (Zola,Hérit. Rabourdin,1874, ii, 1, p.171).
Littér. Nu de + subst.Privé de, dépourvu de. Nu d'amour et d'amitié, il s'enfoncera plus avant dans la vie intellectuelle (Barrès,Barbares,1888, p.80).
B. − [Appliqué à un animal ou à une partie de son corps]
1. Qui est dépourvu de poils, de plumes ou d'écailles. Chien nu. Il y en a [des reptiles] qui sont revêtus d'écailles, et d'autres qui ont la peau nue (Lamarck,Philos. zool., t. 1, 1809, p.153).Les individus de cette race [d'oiseaux] se trouvent élevés comme sur des échasses, ayant obtenu peu à peu de longues pattes nues, c'est-à-dire, dénuées de plumes jusqu'aux cuisses (Lamarck,Philos. zool., t. 1, 1809p.250):
7. Il y avait l'odeur de l'herbe, il y avait l'extraordinaire odeur du ver de terre (...) la poignante odeur du ver nu, gluant, vivant enroulé dans les humus plus radieux que mille soleils. Giono,Eau vive,1943, p.313.
OEil nu. Dépourvu de paupières. Les poissons qui vivent sous l'eau, où les rayons du soleil sont presque sans action, ont les yeus nus (Bern. de St-P.,Harm. nat.,1814, p.151).
2. Mollusque nu. Sans coquille. Parmi ces mollusques céphalés, ceux qui sont nus (sans coquilles) ont, en outre, dans leur manteau une cuirasse plus ferme encore que le manteau lui-même (Lamarck,op.cit.,p.172).
3. Cheval nu. Cheval dépourvu de tout harnachement. Ce n'est pas la peine de faire faire une housse à mon cheval, il ira bien tout nu (Courier,Lettres Fr. et Ital.,1805, p.695).Au loin, dans l'étendue, les chevaux nus galopaient, échevelés comme des vierges folles (Montherl.,Bestiaires,1926, p.569).
C. − [Appliqué à un inanimé concr. ou abstr.]
1. [Gén. appliqué à un élément extérieur ou intérieur d'un décor (bâtiment, pièce, paysage)] Dépouillé, dépourvu des éléments qui l'accompagnent généralement ou qui le caractérisent.
Dépourvu de mobilier ou d'ornement. Pièce nue. C'est une vaste salle nue, triste, sans tapis, sans nattes, refroidissante, décrépite, en ruine (Du Camp.,Nil,1854, p.35).Pas un papier sur la table, pas un objet sur la commode, pas un vêtement aux murs: le bois nu, le marbre nu, le mur nu (Zola,Conquête Plassans,1874, p.926).
Dépourvu de végétation. Champ, colline, terrain, terre, rocher nu(e). Les landes nues, les plateaux pelés (Chateaubr.,Mém., t. 1, 1848, p.551):
8. Il comparait (...) le joli ciel du printemps et la vallée qu'il avait vue si joyeuse pendant son premier voyage (...) à ces montagnes dépouillées de leurs vertes parures (...). Une terre nue est un douloureux spectacle... Balzac,Méd. camp.,1833, p.271.
Arbre nu, branche nue. Arbre, branche privé(e) de ses feuilles. Synon. dépouillé.La branche nue est une fronde qui lance un oiseau (Renard,Journal,1910, p.892):
9. Quand les amandiers nus se couvriront des fleurs du givre, alors nous nous soulèverons un peu, sensibles au premier vent d'espoir, bientôt redressées dans ce second printemps. Camus,État de siège,1948, 2epart., p.265.
Ciel nu. Ciel sans nuages. C'est un grand ciel nu d'hiver avec tous ses astres et astérisques (Claudel, Corona Benignitatis, 1915, p.374).
2. Emplois techn.
a) Épée (arme, glaive) nu(e). Séparé(e) de son fourreau. Il [Attila] croit voir dans le ciel Saint Pierre qui, l'épée nue, lui défend d'avancer (Staël,Allemagne, t. 3, 1810, p.147).
b) BOT. Qui est dépourvu des organes ou des enveloppes qui l'accompagnent ordinairement. Bourgeon, cellule, fleur, ovule, semence nu(e). Le botaniste les divise surtout en Blés à grains nus, où les glumelles se séparent aisément du grain, et Blés à grains enveloppés (Plantefol,Bot. et biol. végét., t.2, 1931, p.290).
Plantation à racines nues. Plantation d'un arbre, d'un arbuste dont les racines ne sont pas protégées par une motte de terre. Anton. plantation* en motte(s).Si les arbustes, au lieu d'être à racines nues, sont en mottes, c'est-à-dire, garnis de terre autour des racines, leur réussite en sera plus sûre (Voy. Pérouse,t. 1, 1797, p.230).
c) CHIM. Feu nu, à feu nu. V. feu I B 1.
d) DR. Titre nu. Charge achetée sans la clientèle qui s'y rattache. Il avait dévoré le droit par désespoir, et venait d'acheter un titre nu. Avoué sans le sou, sans clientèle (Balzac,Mais. Nucingen,1838, p.618).
e) ÉLECTR. Fils nus. Fils électriques non protégés par leur gaine. Synon. dénudés.L'emploi des fils nus doit (...) être proscrit des puits et des galeries de mines (Haton de La Goupillière,Exploitation mines,1905, p.628).
f) LING. Racine nue. Racine se présentant dans une phrase sans aucun élément de formation. En russe, la racine nue apparaît au nominatif singulier de la déclinaison masculine dure (vol-«boeuf») (Mounin1974).
3. Au fig.
a) [Appliqué à un style, un ouvrage] Dépouillé de tout ornement, de tout artifice. Synon. sobre; anton. chargé, fleuri.Tout est cru en ce livre, déshabillé, nu (Goncourt,Journal,1858, p.489).
b) [Appliqué à un inanimé abstr.] Sans déguisement, à l'état pur. Fait, amour nu; force, sensation nue. «Ce moi, c'est la conscience centrale, l'axe de toutes les branches retranchées, le support de toutes les mutilations. Je n'ai bientôt plus que cela, la pensée nue». La pensée nue, voilà ce qu'Amiel n'a jamais renié (Du Bos,Journal,1921, p.32).
Compar. L'amour se montre tel qu'il est, nu comme la main, nu comme un ver (Bernanos,Joie,1929, p.618).
La vérité toute nue. [Allusion à l'allégorie représentant la Vérité sous les traits d'une femme nue sortant d'un puits] :
10. Il y a chez Joubert le maximum de suspicion à l'égard de la nudité sous toutes ses formes. Peu de pensées le peignent mieux que celle-ci: «Ayez un esprit où la vérité puisse entrer nue, pour en sortir parée.» Du Bos,op.cit.,1924, p.189.
II. − Subst. masc.
A. − Caractère, état de celui (celle, ce) qui est nu(e).
1. [À propos de pers. ou d'une partie du corps] Il parut examiner ses bras nus, son cou nu, tout le nu qu'elle montrait, comme si des comparaisons s'établissaient dans son esprit (Zola,Assommoir,1877, p.383).
2. [À propos de choses] L'église est d'un nu rare et d'une ineptie curieuse (Flaub.,Champs et grèves,1848, p.189).
Nu de/du mur. Partie d'un mur ne comportant aucune saillie. Anton. fruit2.On dit «le nu» d'un mur, qui est la surface véridique sur laquelle tu peux te fier. On dit «le fruit» d'un mur, quand il penche (Cavanna, Les Ruskoffs, Paris, Belfond, 1979, p.200).
B. − BEAUX-ARTS
1. Genre spécialisé dans la représentation du corps humain dans sa nudité totale. Faire une étude de nu:
11. Les formes irréprochables des tableaux dits de nu, avec leur modèle en serpent, sur un canapé, ou debout avec une jambe un peu pliée, une peau sans granules, crémeuse, bombée sur le devant d'une gorge ronde et crêtée de rose, l'horripilaient. Huysmans,Soeurs Vatard,1879, p.162.
Académie de nu. Section d'une école de peinture spécialisée dans le nu. Crois-tu qu'il rapporterait le genre de dessins qu'il rapporte s'il se rendait au cours? Je suis certaine qu'il en rapporterait d'autres. Yvonne: Je lui avais interdit l'Académie de nu (Cocteau, Parents, 1938, i, 2, p.197).
2. P. méton. OEuvre représentant un nu. Faire un nu; un nu d'Ingres. Mademoiselle Sara Keller, la propre fille du peintre illustre, aurait posé pour ce «nu glorieux» que tout le monde admire au Salon (Gide,Geneviève,1936, p.1376).
3. P. anal., PHOT. Nu artistique. Photographie d'art consacrée au nu. Des albums de Willette et de Léandre, des cartes postales de «nu artistique», des livres de Maizeroy et de Champsaur (Montherl.,Célibataires,1934, p.743).
III. − À nu, loc. adv. À découvert.
A. − Être, (se) mettre à nu
1. [Le suj. désigne une pers.] (Se) déshabiller, découvrir une partie du corps. Jules Lefort déchira le corsage de la robe de Léonide, mit à nu sa poitrine (Gozlan,Notaire,1836, p.158).
2. [Le suj. ou compl. désigne une partie de l'anat. hum.] Mettre à nu le derme, la peau, une artère, un nerf. Sur un muscle [d'une grenouille] mis à nu, tiré par un fil de soie, étaient piquées des aiguilles électriques (Duhamel,Terre promise,1934, p.52).
3. [Le suj. ou compl. désigne un inanimé concr.] Être, mettre à découvert. Conduite à nu. Non souterraine. Au sortir du réservoir, la conduite était à nu sur une longueur d'un demi-mètre (Duhamel,Désert Bièvres,1937, p.108).Fil (électrique) à nu. Fil dénudé, sans enveloppe isolante.
Racines à nu. V. supra I C 2.
ÉQUIT. Monter un cheval à nu. Monter sans selle. Synon. à cru.V. supra I B 3.
B. − Au fig.
1. Se mettre à nu, mettre son coeur à nu. Se montrer tel que l'on est. Je voudrais mettre mon coeur à nu, te dire toute l'ardeur de mes rêves, te dévoiler la bouillante ambition de mes sens irrités par la solitude (Balzac,L. Lambert,1832, p.180).
2. Avoir les nerfs à nu. Avoir les nerfs à vif. Ses nerfs étaient à nu: tout le blessait, au sang (Rolland,J.-Chr., Révolte, 1907, p.595).
Prononc. et Orth.: [ny]. Homon. nue. Ac. 1694, 1718: nud (d < nudus), nue ,,le d ne se prononce point et quelques-uns ne l'écrivent pas``; dep.1740: nu, nue. a) [Nu + nom] Selon la règle, trait d'union et invariabilité: marcher nu-pieds, nu-tête, nu-jambes. Mais ex. sans trait d'union, avec ou sans accord: Elle était nus pieds (Dupuis, Orig. cultes, 1796, p.281). Nu bras, nu cou, dans son déshabillé inquiétant (Péladan, Vice supr., 1884, p.94). V. rem. de Littré: ,,autrefois cet usage [trait d'union et invariabilité] n'était nullement observé``. Et suivant l'arrêté du 26 févr. 1901 concernant les mots composés avec nu, demi, feu: ,,on tolérera l'accord de ces adjectifs avec le substantif qu'ils précèdent: ex. nu ou nus pieds [sans trait d'union]`` (Catach-Golf. Orth. Lexicogr. Mots comp. 1981, p.55). Mais cet arrêté n'a jamais été appliqué, nu antéposé restant inv. Exception: nue(-)propriété, plur. nues(-)propriétés, nu(-)propriétaire, plur. nus(-)propriétaires (anc. usage jur.) toujours accord mais flottement quant au trait d'union. Prop. Catach-Golf., op. cit., p.63: ,,à chaque fois que le premier terme, pour une raison ou pour une autre, sera dans l'incapacité de recevoir la marque du nombre, la soudure sera non seulement possible, mais souvent nécessaire. Le second terme, sauf exception, devra être considéré, avec ou sans la présence du trait d'union, comme portant non ses propres marques, mais celles de l'ensemble du composé``; p.312 ,,nujambes, nupieds, nutête et pour subst. va-nu-pieds: un vanupied, plur. des vanupieds``. b) [Nom + nu] Pas de trait d'union et variabilité: marcher pieds nus, aller tête nue, jambes nues. Étymol. et Hist. A. Adj. 1. a) α) ca 1100 fig. (os) nut «(os) dépouillé de la chair» (Roland, éd. J. Bédier, 3607); β) début du xiies. «qui n'est couvert d'aucun vêtement» (St Brendan, éd. I. Short et Br. Merrilees, 1222: homme nud); b) 1176-81 «mal vêtu» (Chrétien de Troyes, Chevalier Lion, éd. M. Roques, 5294: Ne ja n'en serons mialz vestues; Toz jorz serons povres et nues); 2. a) α) ca 1100 espee nue (Roland, 3581); β) 1580 cheval nu «cheval sans selle, sans harnais» (Montaigne, Essais, I, 42, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p.259); γ) 1838 dr. titre nu (Balzac, loc. cit.); b) 1690 à oeil nud (Fur.); 1798 l'oeil nud (Ac.); 3. ca 1155 nu de «dépourvu de» (Wace, Brut, 6106 ds T.-L.: Cument fust terre defendue Ki de bons chevalers ert nue!); b) 1607 «sans arbre ni verdure (d'un terrain)» (Hulsius, s.v. Vogelweide d'apr. FEW t.7, p.228); c) 1690 «peu ou mal meublé» (Fur.: maison nue); 4. a) 1547 vérité nue (Marguerite de Navarre, Comédie du désert, 1358 ds OEuvres, éd. Schneegans, p.173); b) 1549 «dépouillé (style)» (Du Bellay, Deffence et illustration de la langue françoyse, éd. H. Chamard, p.23, 12: langue pauvre et nue); 5. a) 1636 zool. (Monet, s.v. ouaille: oüaille nue par le vantre, sans laine); b)1763 bot. graine nue (Adanson, Familles des plantes, 1erepartie, p.LIII). B. Loc. à nu 1. 1174-76 «sans vêtements» (Guernes de Pont-Ste-Maxence, Vie de St Thomas, 5343 ds T.-L.); 2. 1660 cheval à nu (Oudin). C. Subst. 1. 1535 [éd.] nud «partie du corps laissée nue» (J. Bouchet, Triomphes de la noble et amoureuse dame, fo84 vo); 2. 1676 peint. (Félibien). Du lat. nudus «dévêtu, vêtu légèrement, découvert, sans ressources, dépourvu de, sans ornement (style), pur et simple». Fréq. abs. littér.: 8884 (nu-pieds: 102). Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 9124, b) 14789; xxes.: a) 16100, b) 12392. Bbg. Grundt (L.-O.). Ét. sur l'adj. invarié en fr. Bergen - Oslo - Tromsø, 1972, pp.88-90; p.182. _Sculpt. 1978, p.505, 699.

NUE, subst. fém.

A. − Gén. au sing., vieilli, poét. ou littér.
1. Synon. de nuage.
a) Nuage, généralement élevé dans le ciel; ensemble des nuages. Nue sombre, petite, sereine; déchirer, traverser la (les) nue(s). Songes d'été, assoupis dès l'aube sur les nues diaphanes, désirs ailés, soupirs qui valent l'univers (Quinet, Ahasvérus, 1833, 3ejournée, p.216).Là-bas, sous la nue qui traînait en franges, couleur de ces bourres au tronc de sapins, un pâle éclairage faisait les monts du Forez blancs comme après quelque neige (Pourrat, Gaspard, 1922, p.133):
1. Aussi, pendant les soirs d'hiver, la nuit venue, Surtout quand du croissant une ouateuse nue Emmaillotte la corne en un flot de vapeur, Personne, −non pas même Eisenbach le ministre, − N'ose passer devant ce repaire sinistre Sans trembler et blêmir de peur. Gautier, Albertus, 1833, p.127.
b) P. anal. [Gén. suivi d'un compl. de nom] V. nuage B 2.Une nue d'odeur, de senteur. La première voiture automobile n'est pas loin, roulant sur sa petite nue de poussière vers une plage (Colette, Naiss. jour, 1928, p.10).Sa compagne ravissante [du matou] étale (...) son ventre où point, dans une nue de poil bleuâtre, une seule tétine rose (Colette, Naiss. jour, 1928, p.22).
c) Au fig. V. nuage C 2.Tout à coup, entre le soleil et la vie, passe je ne sais quelle nue d'une froideur mortelle. L'angoisse générale naît (Valéry, Variété IV, 1938, p.69).
2. P. méton. Le ciel, l'atmosphère, nuageuse ou non. Fendre la (les) nue(s). Il lui venait maintenant [à Figure], à les voir [les étoiles] traverser la nue d'une soudaine lueur, un sentiment pénible (Carco, Équipe, 1919, p.195):
2. Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue, Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu, Dort; il est étendu dans l'herbe, sous la nue, Pâle dans son lit vert où la lumière pleut. Rimbaud, Poés., 1871, p.76.
B. − Au plur., dans qq. loc. verb. fig.
1. Vieilli
a) Aller aux nues. Avoir droit aux honneurs les plus grands. Si tous les rôles étaient tenus comme celui de Florentin, la pièce irait aux nues (A. France, Hist. comique, 1903, 74).
b) Monter, sauter aux nues. Être dans une vive colère, dans un état excessif d'excitation ou d'indignation. (Dict. xixeet xxes.).
2. Moderne
a) Être, se perdre dans les nues. Synon. être dans la lune*, dans les nuages (v. nuage C 1).Votre grande âme est un peu trop dans les nues, vous oubliez le grand mot de notre siècle, l'argent (Stendhal, Mém. touriste, t.2, 1838, p.226).
b) Tomber des nues
[Le suj. désigne une pers.] Manifester une grande surprise à propos d'un événement inattendu. Je tombe des nues; je ne connais rien au caractère des hommes (Stendhal, Chartreuse, 1938, p.131):
3. catherine: Ah! son entreprise est très-bien déguisée... Autrement j'aurais déjà coupé court à ses petites manoeuvres. octavie: Je tombe des nues. catherine: Tombez-en, mais à l'avenir ne lui prêtez plus la main... Augier, Lions, 1870, VI, p.164.
[Le suj. désigne un inanimé] Survenir à l'improviste, contre toute attente. Synon. tomber du ciel*.Quoi! si demain vous étiez riche et heureuse, si une immense fortune vous tombait des nues, vous aimeriez encore le jeune homme pauvre qui vous aurait plu durant vos jours de détresse? (Balzac, Goriot, 1835, p.177).Il s'étonnait de cette notoriété soudaine qui lui tombait des nues (Rolland, J.-Chr., Amies, 1910, p.1091).
c) Élever, porter aux nues; mettre qqn ou qqc. aux nues. Lui attribuer des mérites excessifs, le surestimer. Le public de province (...) adopte peu la passion du roi des Français, le juste-milieu: il vous met aux nues ou vous plonge dans la fange (Balzac, Muse départ., 1844, p.94).Les jeunes grammairiens qui l'entourent portent aux nues sa simplicité savante, sa phrase aussi rouée qu'une ingénue de théâtre, les détours de sa dialectique, l'immensité de son savoir (Bernanos, Soleil Satan, 1926, p.280).
Emploi pronom. S'élever au sommet de la gloire. Un danseur qui, en Italie, s'était élevé jusqu'aux nues, vient débuter à Paris, (Berlioz, Grotesques, 1859, p.40).
Prononc. et Orth.: [ny]. Homon. nu. Att. ds Ac. dep.1694. Étymol. et Hist. 1. a) Début du xiies. «nuage» (St Brendan, éd. I. Short et Br. Merrilees, 214); b) α) 1176-84 Dieu qui est desour la nue «Dieu est au-dessus de la nue» (Gautier d'Arras, Eracle, éd. G. Raynaud de Lage, 2070); β) ca 1220 sous la nüe «sous le ciel, en ce monde» (Amadas et Ydoine, 1742 ds T.-L.); 2. a) α) 1538 mettre quelqu'un jusques aux nues «louer avec excès» (Est. d'apr. FEW t.7, p.218b); 1759 mettre aux nues «id.» (Voltaire, Lettre à Mmedu Deffant, 5 janv. ds Littré); β) 1739 porter aux nues «id.» (Marivaux, Les Sincères, p.472); b) tomber des nues α) 1647 «arriver à l'improviste» (Corneille, Heraclius, II, 1); β) 1666-67 «être extrêmement surpris» (La Fontaine, Contes, II, 8 ds OEuvres, éd. H. Régnier, t. 4, p.353). D'un lat. pop. *nuba, altération du lat. class. nubes «nuage; essaim; multitude; obscurité, voile (fig.)» qui survit dans l'a. prov. niu «nuage» (1remoitié du xiiies. ds Rayn. t.4, p.307; ca 1300 ds Lévy Prov.) et le port. nuvem «id.». Nue a été remplacé, dans l'usage commun, par nuage et ne subsiste que dans qq. loc. verb. Fréq. abs. littér.: 731. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 897, b) 1182; xxes.: a) 1293, b) 927. Bbg. Quem. DDL t. 13, 20.

Trésor de la Langue Française informatisé

NU2, NUE, adj. et subst.

I. − Adjectif
A. − [Appliqué à une pers. ou à une partie du corps]
1. [Appliqué à une pers.] Qui n'est pas, qui est peu vêtu:
1. «L'éternel Dieu appela Adam, et lui dit: Où es-tu? Et il répondit: J'ai entendu ta voix dans le jardin, et j'ai craint, parce que j'étais nu, et je me suis caché. Et Dieu dit: Qui t'a montré que tu étais nu? N'as-tu pas mangé de l'arbre duquel je t'avais défendu de manger?» Ainsi Adam, par l'effet de la connaissance, ressent la honte, qui recèle ou entraîne à sa suite la crainte. P. Leroux,Humanité,1840, p.538.
a) Qui est dépouillé de tous ses vêtements. Synon. déshabillé, dévêtu, dans le plus simple appareil (fam.), en costume d'Adam (fam.), à poil (très fam.).Être, se mettre (tout) nu, coucher (tout) nu. Quand l'homme est tout nu devant vous, vous ne voyez d'abord que des rondeurs, des demi-teintes, vous voulez vous accrocher à des muscles et vous dérapez sur de la graisse... (Abellio,Pacifiques,1946, p.33).Rose et nu sans un poil, avec ses joues roses et son gros petit ventre caressé par la lumière blonde du matin, Charlot ressemblait au plus beau bébé de France (Sartre,Mort ds âme,1949, p.42):
2. Paulina était nue. Être nue c'est être absolue enfin. Elle se sentait nue dans son ventre enveloppé d'ombre, dans ses deux mamelles visibles dont les pointes durcissent à l'air frais, dans sa chevelure déployée, dans l'intérieur de son esprit. Jouve,Paulina,1925, p.126.
Fam. Se déshabiller tout nu. Se dévêtir entièrement. Et l'on vit l'étrange ambassadeur se déshabiller tout nu, piquer une tête dans la flotte et nager sans hésitation vers le rivage (Cendrars,Bourlinguer,1948, p.181).
En comp., pop., vieilli. Couche-toute-nue, subst. fém. Femme de petite vertu. Une couche-toute-nue se montra dans l'encadrement de la porte (...) les pieds dans des babouches brodées (Courteline,Train 8 h 47,1888, 2epart., 7, p.176).
En partic., BEAUX-ARTS. Figure nue. Statue, peinture représentant une personne sans vêtement (infra II):
3. Pour les dévots des xvieet xviiesiècles, la représentation d'une figure nue aurait paru un sacrilège. Du temps de Murillo, il était si difficile de trouver dans les académies un modèle, qu'il était d'usage que tour à tour les élèves missent habit bas et posassent pour leurs camarades. Mérimée,Mosaïque,1833, p.518.
Amour nu. Représentation du dieu Amour sous les traits d'un enfant ailé généralement nu (infra 2 a). Les Amours nus, pressés en bataillon, Ont des rosiers broyés le vermillon Sur le beau sein de cette enchanteresse (Banville,Odes funamb.,1859, p.283).
b) Qui est partiellement dévêtu. (À) demi(-)nu, à moitié nu, mi-nu, nu jusque... J'ai des souvenirs charmants d'après-midi passés à son école, sous la petite avenue de peupliers, nu en caleçon, avec l'odeur des filets et du goudron... (Flaub.,Corresp.,1860, p.374).Luttons, dit Desrais (...). Ils se mirent tous deux nus jusqu'à la ceinture (A. France,Vie fleur,1922, p.425):
4. C'était en hiver, un mois de décembre très froid, elle grelottait à demi nue dans des guenilles, ses pauvres petits pieds tout rouges dans des sabots. Hugo,Misér., t. 2, 1862, p.649.
c) Qui ne porte pas de sous-vêtements (construction habituelle: nu dans, nu sous). Les fellahs nus sous une simple blouse en cotonnade bleue (Du Camp,Nil,1854, p.41).J'ai vu ce grand vieillard qui, nu dans son paletot pourri, croisait les bras sur sa poitrine (Claudel,Ville,1893, ii, p.350).
d) Qui est peu ou mal vêtu ou pas du tout vêtu. L'été, ils partaient selon la mode pour Deauville ou pour La Baule, étendaient leurs trois beaux corps nus sur la plage (Giraudoux,Bella,1926, p.134).
Compar. usuelle. Nu comme.Nu comme la main (v. ce mot 1resection I A 2 a ex. de Giono); nu comme le jour de sa naissance (v. Guéhenno, Journal homme 40 ans, 1934, p.148); nu comme un cierge (v. Rostand, Cyrano, 1898, iii, 2, p.144); nu comme un ver (v. Boylesve, Leçon d'amour, 1902, p.221); nu comme un petit Saint-Jean (v. Zola, OEuvre, 1886, p.167); nu(e) comme Ève; (femme) nue comme une jument (v. Audiberti, Mal court, 1947, ii, p.164). Nu comme un nègre, dont il a le sang et le tempérament de priape (Goncourt,Journal,1868, p.425):
5. Il était nu comme Ève à son premier péché. Quoi! tout nu! dira-t-on; n'avait-il pas de honte? (...) Hassan était donc nu, −mais nu comme la main, − Nu comme un plat d'argent, −nu comme un mur d'église, Nu comme le discours d'un académicien. Musset,Namouna,1832, pp.389-390.
2. [Appliqué à une partie du corps]
a) [L'adj. nu est postposé]
Qui n'est recouvert d'aucun vêtement ou accessoire vestimentaire. Elle a les bras nus, c'est une chair ferme et fraîche, rouge, presque sanglante (Flaub.,1reÉduc. sent.,1845, p.197).Il me plaît de regarder un sein nu, ou une épaule, et d'admirer la belle ligne d'une taille souple qui ploie en valsant (Farrère,Homme qui assass.,1907, p.87).
SYNT. Cou nu, cul nu (fam.), torse, ventre nu; cuisses nues; épaule, gorge, jambe, poitrine nue; corps nu; membres nus; peau nue.
Tête nue. Sans couvre-chef. Je laisserai le vent baigner ma tête nue (Rimbaud,Poés.,1871, p.39).
Cheveux nus. Dépourvus de tout lien. Un jour que son grand ruban s'était dénoué il avait vu ses cheveux nus étalés sur ses épaules (Larbaud,F. Marquez,1911, p.177).
Pied(s) nu(s). Sans chaussures. Si votre maître ne peut plus aller avec ses souliers, il n'a qu'à aller pieds nus (Pourrat,Gaspard,1925, p.287).Sans chaussettes ou sans bas. Elle avait ses pieds nus dans des pantoufles de satin (Dumas fils, Dame Camélias,1848, p.121).
Main(s) nue(s). Sans gant(s). V. main 1resection I A b.Combattre à main(s) nue(s). Sans armes. V. main 1resection I F 1.
À main(s) nue(s). Sans avoir recours à un accessoire. V. main 1resection I H 1 d .
En comp. Cul-nu, subst. masc. Amour ailé représenté par un enfant nu (supra 1 a). Tous les enfants porte-flambeau Vous suivent en battant des ailes. Tous ces petits culs-nus d'Amours, (...) Ont soin d'embellir vos atours (Banville,Odes funamb.,1859, p.64).
Qui est dépourvu de cheveux ou de poils. Visage nu:
6. Il était chauve, et chauve à ce point que son crâne, hormis le bas des tempes, s'offrait, du front, à la nuque, aussi lisse, aussi glabre, aussi nu que sa bosse conique et ses genoux circonflexes... Cladel,Ompdrailles,1879, p.222.
Compar. (Crâne, visage) nu comme un oeuf. De beaux visages clairs et débordants, nus comme des fesses (Giraudoux,Judith,1931, ii, 1, p.119).Il n'avait pas de barbe, ni de favoris, ni de moustache; une figure nue comme un oeuf (Morand,Flagell. Séville,1951, p.373).
b) [L'adj. nu est antéposé; il reste gén. inv. et est séparé du nom qu'il qualifie par un trait d'union] Nu-cou, nu-jambes. Le vieux brame introduisit donc le docteur anglais, revêtu de sa toile de coton, nu-tête et nu-pieds (Bern. de St-P., Chaum. ind.,1791, p.83).−Ah! les bons souliers que vous m'avez donnés-là! −Ça vaut mieux que d'aller nu-pattes (Hugo,Quatre-vingt-treize,1874, p.81).
Va-nu-pieds*.
c) À l'oeil nu, loc. adv. Sans l'aide d'un instrument d'optique. Étoiles visibles à l'oeil nu ou dans une lunette (Danjon,Cosmogr.,1948, p.292).
3. Qui est matériellement ou moralement dépourvu de tout, privé des biens essentiels. Synon. dépouillé, désarmé, sans défense.Et lui, nu, les mains vides, qui n'avait rien, pas même une pierre au bord d'un champ (Zola,Fécondité,1899, p.79).
En compos. Bras-nus, subst. masc. Les meurt-de-faim, les va-nu-pieds, les bras-nus, les déshérités, les orphelins, les malheureux (Hugo,Misér., t. 2, 1862, p.192).
Compar. La pauvre Vallée est vendue; c'est Mathieu qui en est devenu le possesseur. Me voilà nu comme Job (Chateaubr.,Corresp., t. 2, 1818, p.18).Ils m'ont tout pris, ma pauvre Charlotte, ils m'ont laissé nu comme un ver, mes gredins d'héritiers! (Zola,Hérit. Rabourdin,1874, ii, 1, p.171).
Littér. Nu de + subst.Privé de, dépourvu de. Nu d'amour et d'amitié, il s'enfoncera plus avant dans la vie intellectuelle (Barrès,Barbares,1888, p.80).
B. − [Appliqué à un animal ou à une partie de son corps]
1. Qui est dépourvu de poils, de plumes ou d'écailles. Chien nu. Il y en a [des reptiles] qui sont revêtus d'écailles, et d'autres qui ont la peau nue (Lamarck,Philos. zool., t. 1, 1809, p.153).Les individus de cette race [d'oiseaux] se trouvent élevés comme sur des échasses, ayant obtenu peu à peu de longues pattes nues, c'est-à-dire, dénuées de plumes jusqu'aux cuisses (Lamarck,Philos. zool., t. 1, 1809p.250):
7. Il y avait l'odeur de l'herbe, il y avait l'extraordinaire odeur du ver de terre (...) la poignante odeur du ver nu, gluant, vivant enroulé dans les humus plus radieux que mille soleils. Giono,Eau vive,1943, p.313.
OEil nu. Dépourvu de paupières. Les poissons qui vivent sous l'eau, où les rayons du soleil sont presque sans action, ont les yeus nus (Bern. de St-P.,Harm. nat.,1814, p.151).
2. Mollusque nu. Sans coquille. Parmi ces mollusques céphalés, ceux qui sont nus (sans coquilles) ont, en outre, dans leur manteau une cuirasse plus ferme encore que le manteau lui-même (Lamarck,op.cit.,p.172).
3. Cheval nu. Cheval dépourvu de tout harnachement. Ce n'est pas la peine de faire faire une housse à mon cheval, il ira bien tout nu (Courier,Lettres Fr. et Ital.,1805, p.695).Au loin, dans l'étendue, les chevaux nus galopaient, échevelés comme des vierges folles (Montherl.,Bestiaires,1926, p.569).
C. − [Appliqué à un inanimé concr. ou abstr.]
1. [Gén. appliqué à un élément extérieur ou intérieur d'un décor (bâtiment, pièce, paysage)] Dépouillé, dépourvu des éléments qui l'accompagnent généralement ou qui le caractérisent.
Dépourvu de mobilier ou d'ornement. Pièce nue. C'est une vaste salle nue, triste, sans tapis, sans nattes, refroidissante, décrépite, en ruine (Du Camp.,Nil,1854, p.35).Pas un papier sur la table, pas un objet sur la commode, pas un vêtement aux murs: le bois nu, le marbre nu, le mur nu (Zola,Conquête Plassans,1874, p.926).
Dépourvu de végétation. Champ, colline, terrain, terre, rocher nu(e). Les landes nues, les plateaux pelés (Chateaubr.,Mém., t. 1, 1848, p.551):
8. Il comparait (...) le joli ciel du printemps et la vallée qu'il avait vue si joyeuse pendant son premier voyage (...) à ces montagnes dépouillées de leurs vertes parures (...). Une terre nue est un douloureux spectacle... Balzac,Méd. camp.,1833, p.271.
Arbre nu, branche nue. Arbre, branche privé(e) de ses feuilles. Synon. dépouillé.La branche nue est une fronde qui lance un oiseau (Renard,Journal,1910, p.892):
9. Quand les amandiers nus se couvriront des fleurs du givre, alors nous nous soulèverons un peu, sensibles au premier vent d'espoir, bientôt redressées dans ce second printemps. Camus,État de siège,1948, 2epart., p.265.
Ciel nu. Ciel sans nuages. C'est un grand ciel nu d'hiver avec tous ses astres et astérisques (Claudel, Corona Benignitatis, 1915, p.374).
2. Emplois techn.
a) Épée (arme, glaive) nu(e). Séparé(e) de son fourreau. Il [Attila] croit voir dans le ciel Saint Pierre qui, l'épée nue, lui défend d'avancer (Staël,Allemagne, t. 3, 1810, p.147).
b) BOT. Qui est dépourvu des organes ou des enveloppes qui l'accompagnent ordinairement. Bourgeon, cellule, fleur, ovule, semence nu(e). Le botaniste les divise surtout en Blés à grains nus, où les glumelles se séparent aisément du grain, et Blés à grains enveloppés (Plantefol,Bot. et biol. végét., t.2, 1931, p.290).
Plantation à racines nues. Plantation d'un arbre, d'un arbuste dont les racines ne sont pas protégées par une motte de terre. Anton. plantation* en motte(s).Si les arbustes, au lieu d'être à racines nues, sont en mottes, c'est-à-dire, garnis de terre autour des racines, leur réussite en sera plus sûre (Voy. Pérouse,t. 1, 1797, p.230).
c) CHIM. Feu nu, à feu nu. V. feu I B 1.
d) DR. Titre nu. Charge achetée sans la clientèle qui s'y rattache. Il avait dévoré le droit par désespoir, et venait d'acheter un titre nu. Avoué sans le sou, sans clientèle (Balzac,Mais. Nucingen,1838, p.618).
e) ÉLECTR. Fils nus. Fils électriques non protégés par leur gaine. Synon. dénudés.L'emploi des fils nus doit (...) être proscrit des puits et des galeries de mines (Haton de La Goupillière,Exploitation mines,1905, p.628).
f) LING. Racine nue. Racine se présentant dans une phrase sans aucun élément de formation. En russe, la racine nue apparaît au nominatif singulier de la déclinaison masculine dure (vol-«boeuf») (Mounin1974).
3. Au fig.
a) [Appliqué à un style, un ouvrage] Dépouillé de tout ornement, de tout artifice. Synon. sobre; anton. chargé, fleuri.Tout est cru en ce livre, déshabillé, nu (Goncourt,Journal,1858, p.489).
b) [Appliqué à un inanimé abstr.] Sans déguisement, à l'état pur. Fait, amour nu; force, sensation nue. «Ce moi, c'est la conscience centrale, l'axe de toutes les branches retranchées, le support de toutes les mutilations. Je n'ai bientôt plus que cela, la pensée nue». La pensée nue, voilà ce qu'Amiel n'a jamais renié (Du Bos,Journal,1921, p.32).
Compar. L'amour se montre tel qu'il est, nu comme la main, nu comme un ver (Bernanos,Joie,1929, p.618).
La vérité toute nue. [Allusion à l'allégorie représentant la Vérité sous les traits d'une femme nue sortant d'un puits] :
10. Il y a chez Joubert le maximum de suspicion à l'égard de la nudité sous toutes ses formes. Peu de pensées le peignent mieux que celle-ci: «Ayez un esprit où la vérité puisse entrer nue, pour en sortir parée.» Du Bos,op.cit.,1924, p.189.
II. − Subst. masc.
A. − Caractère, état de celui (celle, ce) qui est nu(e).
1. [À propos de pers. ou d'une partie du corps] Il parut examiner ses bras nus, son cou nu, tout le nu qu'elle montrait, comme si des comparaisons s'établissaient dans son esprit (Zola,Assommoir,1877, p.383).
2. [À propos de choses] L'église est d'un nu rare et d'une ineptie curieuse (Flaub.,Champs et grèves,1848, p.189).
Nu de/du mur. Partie d'un mur ne comportant aucune saillie. Anton. fruit2.On dit «le nu» d'un mur, qui est la surface véridique sur laquelle tu peux te fier. On dit «le fruit» d'un mur, quand il penche (Cavanna, Les Ruskoffs, Paris, Belfond, 1979, p.200).
B. − BEAUX-ARTS
1. Genre spécialisé dans la représentation du corps humain dans sa nudité totale. Faire une étude de nu:
11. Les formes irréprochables des tableaux dits de nu, avec leur modèle en serpent, sur un canapé, ou debout avec une jambe un peu pliée, une peau sans granules, crémeuse, bombée sur le devant d'une gorge ronde et crêtée de rose, l'horripilaient. Huysmans,Soeurs Vatard,1879, p.162.
Académie de nu. Section d'une école de peinture spécialisée dans le nu. Crois-tu qu'il rapporterait le genre de dessins qu'il rapporte s'il se rendait au cours? Je suis certaine qu'il en rapporterait d'autres. Yvonne: Je lui avais interdit l'Académie de nu (Cocteau, Parents, 1938, i, 2, p.197).
2. P. méton. OEuvre représentant un nu. Faire un nu; un nu d'Ingres. Mademoiselle Sara Keller, la propre fille du peintre illustre, aurait posé pour ce «nu glorieux» que tout le monde admire au Salon (Gide,Geneviève,1936, p.1376).
3. P. anal., PHOT. Nu artistique. Photographie d'art consacrée au nu. Des albums de Willette et de Léandre, des cartes postales de «nu artistique», des livres de Maizeroy et de Champsaur (Montherl.,Célibataires,1934, p.743).
III. − À nu, loc. adv. À découvert.
A. − Être, (se) mettre à nu
1. [Le suj. désigne une pers.] (Se) déshabiller, découvrir une partie du corps. Jules Lefort déchira le corsage de la robe de Léonide, mit à nu sa poitrine (Gozlan,Notaire,1836, p.158).
2. [Le suj. ou compl. désigne une partie de l'anat. hum.] Mettre à nu le derme, la peau, une artère, un nerf. Sur un muscle [d'une grenouille] mis à nu, tiré par un fil de soie, étaient piquées des aiguilles électriques (Duhamel,Terre promise,1934, p.52).
3. [Le suj. ou compl. désigne un inanimé concr.] Être, mettre à découvert. Conduite à nu. Non souterraine. Au sortir du réservoir, la conduite était à nu sur une longueur d'un demi-mètre (Duhamel,Désert Bièvres,1937, p.108).Fil (électrique) à nu. Fil dénudé, sans enveloppe isolante.
Racines à nu. V. supra I C 2.
ÉQUIT. Monter un cheval à nu. Monter sans selle. Synon. à cru.V. supra I B 3.
B. − Au fig.
1. Se mettre à nu, mettre son coeur à nu. Se montrer tel que l'on est. Je voudrais mettre mon coeur à nu, te dire toute l'ardeur de mes rêves, te dévoiler la bouillante ambition de mes sens irrités par la solitude (Balzac,L. Lambert,1832, p.180).
2. Avoir les nerfs à nu. Avoir les nerfs à vif. Ses nerfs étaient à nu: tout le blessait, au sang (Rolland,J.-Chr., Révolte, 1907, p.595).
Prononc. et Orth.: [ny]. Homon. nue. Ac. 1694, 1718: nud (d < nudus), nue ,,le d ne se prononce point et quelques-uns ne l'écrivent pas``; dep.1740: nu, nue. a) [Nu + nom] Selon la règle, trait d'union et invariabilité: marcher nu-pieds, nu-tête, nu-jambes. Mais ex. sans trait d'union, avec ou sans accord: Elle était nus pieds (Dupuis, Orig. cultes, 1796, p.281). Nu bras, nu cou, dans son déshabillé inquiétant (Péladan, Vice supr., 1884, p.94). V. rem. de Littré: ,,autrefois cet usage [trait d'union et invariabilité] n'était nullement observé``. Et suivant l'arrêté du 26 févr. 1901 concernant les mots composés avec nu, demi, feu: ,,on tolérera l'accord de ces adjectifs avec le substantif qu'ils précèdent: ex. nu ou nus pieds [sans trait d'union]`` (Catach-Golf. Orth. Lexicogr. Mots comp. 1981, p.55). Mais cet arrêté n'a jamais été appliqué, nu antéposé restant inv. Exception: nue(-)propriété, plur. nues(-)propriétés, nu(-)propriétaire, plur. nus(-)propriétaires (anc. usage jur.) toujours accord mais flottement quant au trait d'union. Prop. Catach-Golf., op. cit., p.63: ,,à chaque fois que le premier terme, pour une raison ou pour une autre, sera dans l'incapacité de recevoir la marque du nombre, la soudure sera non seulement possible, mais souvent nécessaire. Le second terme, sauf exception, devra être considéré, avec ou sans la présence du trait d'union, comme portant non ses propres marques, mais celles de l'ensemble du composé``; p.312 ,,nujambes, nupieds, nutête et pour subst. va-nu-pieds: un vanupied, plur. des vanupieds``. b) [Nom + nu] Pas de trait d'union et variabilité: marcher pieds nus, aller tête nue, jambes nues. Étymol. et Hist. A. Adj. 1. a) α) ca 1100 fig. (os) nut «(os) dépouillé de la chair» (Roland, éd. J. Bédier, 3607); β) début du xiies. «qui n'est couvert d'aucun vêtement» (St Brendan, éd. I. Short et Br. Merrilees, 1222: homme nud); b) 1176-81 «mal vêtu» (Chrétien de Troyes, Chevalier Lion, éd. M. Roques, 5294: Ne ja n'en serons mialz vestues; Toz jorz serons povres et nues); 2. a) α) ca 1100 espee nue (Roland, 3581); β) 1580 cheval nu «cheval sans selle, sans harnais» (Montaigne, Essais, I, 42, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p.259); γ) 1838 dr. titre nu (Balzac, loc. cit.); b) 1690 à oeil nud (Fur.); 1798 l'oeil nud (Ac.); 3. ca 1155 nu de «dépourvu de» (Wace, Brut, 6106 ds T.-L.: Cument fust terre defendue Ki de bons chevalers ert nue!); b) 1607 «sans arbre ni verdure (d'un terrain)» (Hulsius, s.v. Vogelweide d'apr. FEW t.7, p.228); c) 1690 «peu ou mal meublé» (Fur.: maison nue); 4. a) 1547 vérité nue (Marguerite de Navarre, Comédie du désert, 1358 ds OEuvres, éd. Schneegans, p.173); b) 1549 «dépouillé (style)» (Du Bellay, Deffence et illustration de la langue françoyse, éd. H. Chamard, p.23, 12: langue pauvre et nue); 5. a) 1636 zool. (Monet, s.v. ouaille: oüaille nue par le vantre, sans laine); b)1763 bot. graine nue (Adanson, Familles des plantes, 1erepartie, p.LIII). B. Loc. à nu 1. 1174-76 «sans vêtements» (Guernes de Pont-Ste-Maxence, Vie de St Thomas, 5343 ds T.-L.); 2. 1660 cheval à nu (Oudin). C. Subst. 1. 1535 [éd.] nud «partie du corps laissée nue» (J. Bouchet, Triomphes de la noble et amoureuse dame, fo84 vo); 2. 1676 peint. (Félibien). Du lat. nudus «dévêtu, vêtu légèrement, découvert, sans ressources, dépourvu de, sans ornement (style), pur et simple». Fréq. abs. littér.: 8884 (nu-pieds: 102). Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 9124, b) 14789; xxes.: a) 16100, b) 12392. Bbg. Grundt (L.-O.). Ét. sur l'adj. invarié en fr. Bergen - Oslo - Tromsø, 1972, pp.88-90; p.182. _Sculpt. 1978, p.505, 699.

NUE, subst. fém.

A. − Gén. au sing., vieilli, poét. ou littér.
1. Synon. de nuage.
a) Nuage, généralement élevé dans le ciel; ensemble des nuages. Nue sombre, petite, sereine; déchirer, traverser la (les) nue(s). Songes d'été, assoupis dès l'aube sur les nues diaphanes, désirs ailés, soupirs qui valent l'univers (Quinet, Ahasvérus, 1833, 3ejournée, p.216).Là-bas, sous la nue qui traînait en franges, couleur de ces bourres au tronc de sapins, un pâle éclairage faisait les monts du Forez blancs comme après quelque neige (Pourrat, Gaspard, 1922, p.133):
1. Aussi, pendant les soirs d'hiver, la nuit venue, Surtout quand du croissant une ouateuse nue Emmaillotte la corne en un flot de vapeur, Personne, −non pas même Eisenbach le ministre, − N'ose passer devant ce repaire sinistre Sans trembler et blêmir de peur. Gautier, Albertus, 1833, p.127.
b) P. anal. [Gén. suivi d'un compl. de nom] V. nuage B 2.Une nue d'odeur, de senteur. La première voiture automobile n'est pas loin, roulant sur sa petite nue de poussière vers une plage (Colette, Naiss. jour, 1928, p.10).Sa compagne ravissante [du matou] étale (...) son ventre où point, dans une nue de poil bleuâtre, une seule tétine rose (Colette, Naiss. jour, 1928, p.22).
c) Au fig. V. nuage C 2.Tout à coup, entre le soleil et la vie, passe je ne sais quelle nue d'une froideur mortelle. L'angoisse générale naît (Valéry, Variété IV, 1938, p.69).
2. P. méton. Le ciel, l'atmosphère, nuageuse ou non. Fendre la (les) nue(s). Il lui venait maintenant [à Figure], à les voir [les étoiles] traverser la nue d'une soudaine lueur, un sentiment pénible (Carco, Équipe, 1919, p.195):
2. Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue, Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu, Dort; il est étendu dans l'herbe, sous la nue, Pâle dans son lit vert où la lumière pleut. Rimbaud, Poés., 1871, p.76.
B. − Au plur., dans qq. loc. verb. fig.
1. Vieilli
a) Aller aux nues. Avoir droit aux honneurs les plus grands. Si tous les rôles étaient tenus comme celui de Florentin, la pièce irait aux nues (A. France, Hist. comique, 1903, 74).
b) Monter, sauter aux nues. Être dans une vive colère, dans un état excessif d'excitation ou d'indignation. (Dict. xixeet xxes.).
2. Moderne
a) Être, se perdre dans les nues. Synon. être dans la lune*, dans les nuages (v. nuage C 1).Votre grande âme est un peu trop dans les nues, vous oubliez le grand mot de notre siècle, l'argent (Stendhal, Mém. touriste, t.2, 1838, p.226).
b) Tomber des nues
[Le suj. désigne une pers.] Manifester une grande surprise à propos d'un événement inattendu. Je tombe des nues; je ne connais rien au caractère des hommes (Stendhal, Chartreuse, 1938, p.131):
3. catherine: Ah! son entreprise est très-bien déguisée... Autrement j'aurais déjà coupé court à ses petites manoeuvres. octavie: Je tombe des nues. catherine: Tombez-en, mais à l'avenir ne lui prêtez plus la main... Augier, Lions, 1870, VI, p.164.
[Le suj. désigne un inanimé] Survenir à l'improviste, contre toute attente. Synon. tomber du ciel*.Quoi! si demain vous étiez riche et heureuse, si une immense fortune vous tombait des nues, vous aimeriez encore le jeune homme pauvre qui vous aurait plu durant vos jours de détresse? (Balzac, Goriot, 1835, p.177).Il s'étonnait de cette notoriété soudaine qui lui tombait des nues (Rolland, J.-Chr., Amies, 1910, p.1091).
c) Élever, porter aux nues; mettre qqn ou qqc. aux nues. Lui attribuer des mérites excessifs, le surestimer. Le public de province (...) adopte peu la passion du roi des Français, le juste-milieu: il vous met aux nues ou vous plonge dans la fange (Balzac, Muse départ., 1844, p.94).Les jeunes grammairiens qui l'entourent portent aux nues sa simplicité savante, sa phrase aussi rouée qu'une ingénue de théâtre, les détours de sa dialectique, l'immensité de son savoir (Bernanos, Soleil Satan, 1926, p.280).
Emploi pronom. S'élever au sommet de la gloire. Un danseur qui, en Italie, s'était élevé jusqu'aux nues, vient débuter à Paris, (Berlioz, Grotesques, 1859, p.40).
Prononc. et Orth.: [ny]. Homon. nu. Att. ds Ac. dep.1694. Étymol. et Hist. 1. a) Début du xiies. «nuage» (St Brendan, éd. I. Short et Br. Merrilees, 214); b) α) 1176-84 Dieu qui est desour la nue «Dieu est au-dessus de la nue» (Gautier d'Arras, Eracle, éd. G. Raynaud de Lage, 2070); β) ca 1220 sous la nüe «sous le ciel, en ce monde» (Amadas et Ydoine, 1742 ds T.-L.); 2. a) α) 1538 mettre quelqu'un jusques aux nues «louer avec excès» (Est. d'apr. FEW t.7, p.218b); 1759 mettre aux nues «id.» (Voltaire, Lettre à Mmedu Deffant, 5 janv. ds Littré); β) 1739 porter aux nues «id.» (Marivaux, Les Sincères, p.472); b) tomber des nues α) 1647 «arriver à l'improviste» (Corneille, Heraclius, II, 1); β) 1666-67 «être extrêmement surpris» (La Fontaine, Contes, II, 8 ds OEuvres, éd. H. Régnier, t. 4, p.353). D'un lat. pop. *nuba, altération du lat. class. nubes «nuage; essaim; multitude; obscurité, voile (fig.)» qui survit dans l'a. prov. niu «nuage» (1remoitié du xiiies. ds Rayn. t.4, p.307; ca 1300 ds Lévy Prov.) et le port. nuvem «id.». Nue a été remplacé, dans l'usage commun, par nuage et ne subsiste que dans qq. loc. verb. Fréq. abs. littér.: 731. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 897, b) 1182; xxes.: a) 1293, b) 927. Bbg. Quem. DDL t. 13, 20.

Wiktionnaire

Nom commun

nue \ny\ féminin

  1. (Vieilli) Synonyme de nuage.
    • Cependant l’obscurité redouble : les nuages abaissés entrent sous l’ombrage des bois. La nue se déchire, et l’éclair trace un rapide losange de feu. — (François-René de Chateaubriand, Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert)
    • C’est la loi de mes pères, répondit Rébecca ; elle leur a été donnée au milieu des foudres de la tempête, sur le mont Sinaï, dans la nue et dans le feu. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
      Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
      Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
      Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
      — (Arthur Rimbaud, Le dormeur du val, 7 octobre 1870)
    • Mme Saint-Alban déplaçait une nue lourde d’odeur brune, l’encens de ses cheveux crépus et de ses bras dorés. — (Colette, La maison de Claudine, Hachette, 1922, coll. Livre de Poche, 1960, page 109.)
    • Une expression douce et bestiale passa comme une nue sur son visage, et elle ferma les yeux. — (Colette, Le képi, Fayard, 1943 ; éd. Le Livre de Poche, 1968, p. 49.)

Forme d’adjectif

nue \ny\ féminin

  1. Féminin singulier de nu.
    • Bien que les fatigues des précédentes chorégraphies l’eussent rendue haletante et que, sur son corps tanagréen, ruisselassent, ainsi que sur une rose jaune les perles matinales, de petites gouttelettes de sueur, saltatrix presque nue maintenant, en proie aux exigences souveraines de Vénus, encore qu’ignorante des voluptés perverses autant que de la subtilité des gestes qu’irrésistiblement elle accomplit, froide comme une salamandre au milieu des flammes, parmi les provocantes lubricités de ses poses hardies, Salomé, semblable aux baleines de l’Inde, ne voyait, sans peur, au milieu de tous ces hommes qu’elle affolait, que le vieillard fasciné par ses regards noirs. — (Henri Mériot, Les Belles Légendes de Saintonge, La Découvrance éditions, page 26)

Forme de verbe

nue \ny\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent du verbe nuer.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent du verbe nuer.
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent du verbe nuer.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent du verbe nuer.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif du verbe nuer.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

NU, NUE. adj.
Qui n'est point vêtu, qui n'est couvert d'aucun vêtement. Un homme nu. Une femme nue. Tout nu, toute nue. Il s'était déshabillé, il était nu. Il l'a dépouillé et l'a laissé tout nu. Nu comme un ver. Ces sauvages vont tout nus. Il lui parle tête nue. Marcher pieds nus. Les bras nus. Les jambes nues. Nu est invariable lorsqu'il précède le nom. Il était nu-tête, nu-jambes. Il lui parle nu-tête. Fig. et fam., Un va-nu-pieds, Un gueux, un misérable. Prov., S'enfuir un pied chaussé, l'autre nu, S'enfuir en toute hâte, sans avoir le temps de s'habiller. Par extension, en termes d'Astronomie, de Physique, Observer quelque chose à l'œil nu, L'examiner, l'observer sans lunette, sans microscope. Fig., Il est arrivé tout nu de sa province, je l'ai pris tout nu, se dit en parlant d'un Homme qui était dans le dénuement et à qui l'on a prodigué les bienfaits. Nu se dit, par analogie. de Certaines choses qui n'ont pas l'enveloppe, la couverture, l'ornement qu'elles ont d'ordinaire. Ainsi on dit : Une épée nue, Une épée hors de son fourreau. Un mur nu, Un mur sans boiserie, ni tenture. Une maison nue, Une maison dégarnie de meubles. Les arbres sont nus en hiver, Ils sont dépouillés de leur feuillage. Cheval nu, Cheval que l'on vend ou que l'on achète sans selle ni bride. Ce cheval-là tout nu me coûte mille francs. La selle et la bride n'en sont pas, je vous le vends tout nu. Vin nu, Vin que l'on vend ou que l'on achète sans le récipient qui le contient. Nu signifie aussi Qui manque des ornements convenables. Vous ne voulez ni dentelles, ni rubans, ni ganses sur votre robe, cela sera bien nu. La façade de cet édifice est trop nue. Pays nu, Pays qui est sans arbres, sans verdure. Un style nu, Un style sec, sans agrément Nu signifie particulièrement Qui est sans fard, sans déguisement. C'est la vérité toute nue. Il lui a montré son âme toute nue. Nue propriété, nu propriétaire. Voyez NUE-PROPRIÉTÉ, NU-PROPRIÉTAIRE. Nu est souvent employé comme nom masculin et désigne, en termes de Peinture et de Sculpture, les Figures non drapées, les parties des figures qui ne sont pas drapées. De beaux nus. Le nu peut être chaste. On dit en parlant des Parties des figures que les draperies recouvrent, mais sans empêcher de voir les formes : Ces figures sont bien dessinées, la draperie suit bien le nu. Cette draperie accuse bien le nu, fait bien sentir le nu. Il se dit, en termes d'Architecture, de l'Absence d'ornements. Il y a trop de nu dans cette décoration. Le nu du mur, La partie du mur qui est plane, où il n'y a point de ressaut, d'ornements qui excèdent. Voilà le nu du mur, c'est là qu'il faut en mesurer l'épaisseur. Les pilastres ont une grande saillie sur le nu du mur.

NUS, au pluriel, en langage de Dévotion, s'emploie substantivement dans cette phrase, Vêtir les nus, Donner des habits aux pauvres. C'est une des œuvres de miséricorde que de vêtir les nus.

À NU, loc. adv. À découvert. Mettre un membre, une plaie à nu. Fig., Découvrir, faire voir son cœur à nu, Ne rien cacher de ce qu'on a dans le cœur. On dit aussi Mettre une intrigue à nu.

Littré (1872-1877)

NUE (nue) s. f.
  • 1Toute masse de vapeur d'eau répandue dans l'atmosphère. Le tonnerre gronde dans la nue. Les plus ardents transports d'une haine connue Ne sont qu'autant d'éclairs avortés dans la nue, Corneille, Médée, I, 5. Le soldat, étonné, dit que dans une nue Jusque sur le bûcher Diane est descendue, Racine, Iphig. V, 6.

    Il se dit quelquefois pour le haut des airs, c'est-à-dire pour la place où sont les nues, qu'il y en ait actuellement ou non. Nous avons percé la nue du cri de vive le roi ! Sévigné, 5 janv. 1674. Tandis que dans les airs mille cloches émues D'un funèbre concert font retentir les nues, Boileau, Sat. VI. Ses murs [de la tour de Montlhéri]… Sur la cime d'un roc s'allongent dans la nue, Boileau, Lutr. III.

  • 2 Fig. Porter, élever une personne, une chose aux nues, la louer jusqu'aux nues, la louer avec excès. Notre cardinal [Retz] élevait jusqu'aux nues cette maison de Langhac, Sévigné, 9 oct. 1671. J'ai entendu louer jusqu'aux nues les charmes qu'on trouve dans votre amitié, Sévigné, 22 sept. 1680. Et le peuple, élevant vos vertus jusqu'aux nues, Va partout de lauriers couronner vos statues, Racine, Bérén. IV, 6.

    On dit dans un sens analogue : mettre aux nues. S'il lui arrive le moindre malheur [au duc de Choiseul], je le mettrai aux nues ; je n'y mets pas tout le monde, il s'en faut beaucoup, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 5 janv. 1759.

    Fig. Cette pièce a été aux nues, elle a obtenu un très grand succès. J'ai demain, pour ma part, cent places retenues, Et veux, après demain, vous faire aller aux nues, Piron, Métrom. V, 13. Le Philosophe sans le savoir chancelle à la première, à la seconde représentation, et j'en suis bien affligé ; à la troisième il va aux nues, et j'en suis transporté de joie, Diderot, Mém. t. IV, p. 35, dans POUGENS.

  • 3Par-dessus les nues, avec exagération. Si j'avais trouvé cette juste comparaison…, vous me loueriez par-dessus les nues, Sévigné, 4 août 1580.

    Il est au-dessus des nues, sur les nues, se dit de quelqu'un qui a surmonté quelque grand obstacle, qui est dans une grande fortune. Vous jugez très bien de Quantova [Mme de Montespan] ; si elle peut ne point reprendre ses vieilles brisées, elle poussera son autorité et sa grandeur au delà des nues, Sévigné, 28 juin 1775. Elle profitera peu de ma faveur ; une autre la porterait aux nues, mais vous connaissez mon humeur, Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, 3 sept. 1684. Villars épouvanté, quoique sur les nues, Saint-Simon, t. V, p. 99, édit. CHÉRUEL.

  • 4 Fig. Monter, sauter aux nues, bondir dans les nues, être dans un violent transport. Cette pensée le fait sauter aux nues, Sévigné, 456. Je vous prie de ne point monter aux nues, ni me contraindre sur certaines choses ; laissez-moi la liberté de faire quelquefois ce que je veux, Sévigné, t. III, p. 129, éd. RÉGNIER. Songez à Mme Cauvison ; ce fils, ce cher fils, dont les moindres intérêts la faisaient monter aux nues, marié contre son gré, Sévigné, juillet 1690. Pour moi, je saute aux nues quand je pense à cette infamie, Sévigné, 7 déc. 1664. M. de Bussy perdit hier son procès… Bussy bondit dans la nue, sa fille est forcenée dans son lit, Sévigné, 13 juin 1684. Cela ferait sauter aux nues ; ils font une sottise, et pour la réparer ils en disent une autre, Diderot, Est-il bon ? est-il méchant ? III, 5.
  • 5 Fig. Tomber des nues, arriver à l'improviste. Il semble à quelques-uns qu'il [Héraclius cru mort] doit tomber des nues, Corneille, Héracl. II, 1. Quand il faut de nécessité finir la pièce, un bon homme semble tomber des nues pour…, Corneille, D. Sanche, Examen. Nous ne vous attendions point, je vous assure, et vous êtes tombé des nues pour nous, en vérité, Regnard, Ret. impr. 11.

    Il est tombé des nues, c'est-à-dire il n'est connu ni avoué de personne.

    En parlant d'une pièce de théâtre, ce dénoûment tombe des nues, il n'est point amené, point préparé.

    On dit dans le même sens : ce personnage, cet incident tombe des nues.

    En un autre sens, tomber des nues, n'être plus à soi (sens qu'on ne trouve que chez Mme de Sévigné et qui devait être de sa société). Ils [les employés de la poste] m'ont mandé qu'il n'y en avait pas pour moi [de lettres de Mme de Grignan] ; me voilà tombée des nues ; je ne saurais vivre sans vos lettres, Regnard, 20 avr. 1672. Je vais dans la chambre du chevalier [de Grignan]… nous parlons de vous ; je suis encore bien plus tombée des nues, quand il n'y est pas, Regnard, 31 janv. 1689. Vous êtes chagrin, mon pauvre monsieur ; vraiment je ne m'en étonne pas ; vous êtes tombé des nues ; vous vous ôtez d'abord quatre petites personnes à la fois [il venait de mettre en pension dans un couvent quatre de ses filles], Regnard, à Guitaut, 30 mars 1683. Je crains que votre frère ne me quitte… je fais venir en tous cas Hélène, pour ne pas tomber des nues, Regnard, 9 févr. 1676.

    Tomber des nues, être tout étonné. Le jeune homme tombé des nues Demandait : qu'est-ce là ? La Fontaine, Oies. Richard, tombé des nues, Fut tout heureux de pouvoir s'en aller, La Fontaine, Cal. Je suis toute ébaubie, et je tombe des nues, Molière, Tart. V, 5. Ce qui s'appelle tomber du haut des nues, c'est ce qui arriva hier au soir aux Tuileries [la défense à Mademoiselle de se marier avec Lauzun], Sévigné, 10. Je tombais des nues, j'étais ébahi, je ne savais que dire, Rousseau, Confess. IX.

    Il semble tomber des nues, se dit d'un homme qui est embarrassé, décontenancé, qui ne sait à qui s'adresser dans la compagnie où il se trouve.

  • 6 Fig. Se perdre dans les nues, s'égarer dans l'emphase et dans l'obscurité. L'autre a peur de ramper, il se perd dans la nue, Boileau, Art p. I. On voit combien c'est un rôle insensé que de se perdre dans les nues, Diderot, Claude et Nér. II, 21. Une diction toujours dans les nues et des pensées qui rampent toujours, Rousseau, Hél. 2e préf.
  • 7 Fig. Être dans la nue, être obscur, n'avoir pas encore éclaté. Il était question lundi d'une nouvelle [d'une bataille livrée] qui était encore dans la nue, Sévigné, 18 août 1677.

SYNONYME

NUE, NUAGE, NUÉE. La nue est le nom le plus général. Nuée et nuage ont, étymologiquement, le sens de réunion, masse de nues en vertu de leur finale ; mais l'usage a mis ces nuances : on dit les nues quand on veut exprimer l'ensemble des nuages qui couvrent le ciel ; on dit nuages quand on les considère surtout dans leur isolement et leur séparation ; enfin nuée désigne surtout une grosse nue.

HISTORIQUE

XIIe s. Si cume la clarted del albe est bele e clere, quant li soleilz lieved par matin, quant nule nue ne niule [brouillard] n'i ad, Rois, p. 211.

XIIIe s. La fille au roy d'Hongrie, n'a [il n'y a] mieudre sous la nue, Berte, LII.

XVe s. Et [Philippe d'Artevelle] n'espargnoit non plus ni or ni argent, que doncque il lui plust des nues, Froissart, II, II, 160. Quoyque la nue de tristesse Par un long temps ait fait son cours, Orléans, Bal. 14.

XVIe s. [Gargantua] croyoit que les nues fussent poisles d'airain, et que vessies fussent lanternes, Rabelais, I, 11. Rampant au limon de la terre, je ne laisse pas de remarquer jusques dans les nues la haulteur inimitable de quelques ames heroiques, Montaigne, I, 263.

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Étymologie de « nue »

(Nom) (XIIe siècle) Du latin populaire *nūba, altération du latin nūbes (« nuage »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Ital. nube ; du lat. nubes ; comparez le grec νέφος, nuage, l'all. Nebel, brouillard ; sanscr. nabhas, ciel, atmosphère, eau.

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Phonétique du mot « nue »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
nue ny

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Traductions du mot « nue »

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Synonymes de « nue »

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