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Mythologie

Sommaire

  • Définitions du mot mythologie
  • Étymologie de « mythologie »
  • Phonétique de « mythologie »
  • Citations contenant le mot « mythologie »
  • Images d'illustration du mot « mythologie »
  • Traductions du mot « mythologie »
  • Synonymes de « mythologie »

Définitions du mot mythologie

Trésor de la Langue Française informatisé

MYTHOLOGIE, subst. fém.

A. − Étude, connaissance et explication des mythes, de leur signification. Mythologie ancienne, moderne; mythologie comparée:
1. Dommage que je n'aie point d'argent pour que tu me rejoignes ici et que nous visitions ensemble tous ces marbres en compagnie des professeurs de l'Université: à la chaire de mythologie tu retrouverais toutes ces dames d'Ovide; c'est ici qu'il y a des attitudes qui t'inspireraient des poses: draperies, profils de mains, tabourets, et tout cela contemporain de Périclès! Barrès, Voy. Sparte, 1906, p.114.
B. − Ensemble des mythes propres à une civilisation, à un peuple, à une religion, à un thème, à un élément. Mythologie indienne; mythologie lunaire; mythologie du feu; (demi-)dieux de la mythologie; ancienne mythologie. La mythologie d'Hésiode paraît consister en 3 éléments: 1. Des allégories physiques, venues probablement d'Égypte; 2. La mythologie grecque proprement dit, c'est-à-dire le règne de Jupiter derrière lequel les allégories ci-dessus avaient été placées; 3. Des idées de morale parvenues dans la religion depuis Homère (Constant, Journaux, 1804, p.62).Les créatures ne sont pas là pour nous nourrir et réjouir nos sens; toutes les mythologies primitives le savaient bien, qui leur donnaient une signification métaphorique; et, par là, elles justifiaient la création d'une manière bien plus profonde que ne le font les interprétations utilitaires. «La nature est une révélation de Dieu à l'homme...» (Béguin, Âme romant., 1939, p.112):
2. ... toutes les religions sémitiques sont essentiellemnt monothéistes; cette race n'a jamais eu de mythologie développée. Toutes les religions indo-germaniques, au contraire, sont ou le panthéisme ou le dualisme, et possèdent un vaste développement mythologique ou symbolique. Renan, Avenir sc., 1890, p.285.
P. méton. Recueil de récits mythiques; ce qui représente des scènes de mythologie. Un peu de pâleur blême sur les cariatides des avant-scènes, sur les mythologies effacées du plafond, et sur le manche d'une contre-basse, émergeant au-dessus de la rampe, du noir profond de l'orchestre, voilà tout ce qu'on voit dans la salle vide (E. de Goncourt, Faustin, 1882, p.64).
C. − Ensemble des croyances, des idées qui se rapportent à un même personnage ou à un même groupe ou aux mêmes aspirations collectives.
1. Ensemble des mythes attachés à un personnage, à un fait, ayant une réalité historique. J'avais quelque pressentiment de cette courte durée de la légende et de la mythologie napoléonienne (Quinet, Napoléon, 1836, p.138).
2. Ensemble des personnages d'une oeuvre, d'un auteur. Le Tuteur d'amour, par Gilles d'Aurigny, est un poème tout classique par la décence et la composition. Ici, la mythologie du Roman de la Rose semble avoir fait place à celle d'Anacréon (Sainte-Beuve, Tabl. poés. fr., 1828, p.41):
3. Le Médecin volant, La Jalousie du barbouillé. Nous ne connaissons que les deux dernières farces, où il [Molière] commence à faire danser ses ballets clairs et faciles, à organiser sa mythologie de médecins, de cocus, de coquettes, de valets et de cuistres. Brasillach, Corneille, 1938, p.352.
3. Ensemble des mythes, des aspirations collectives d'un groupe, d'une époque, de l'humanité. Il aimait à se rappeler les leçons d'Hypatie et les allégories ingénieuses qu'elle savait découvrir dans la mythologie des poètes, transformant ainsi les fables les plus absurdes, en graves paraboles, d'un sens profond et d'une haute moralité (Ménard, Rêv. païen, 1876, p.89):
4. Les civilisations germaniques laissent une plus large survivance à l'être instinctif, à toutes les magies et à toutes les mythologies dont il nourrit ses rêves; l'esprit y a moins de contour et plus d'intensité, l'approximation mystique y prévaut en toute matière sur les formes arrêtées, et de temps à autre une effervescence sacrée l'agite et le pousse furieusement au-delà de lui-même. Mounier, Traité caract., 1946, p.107.
REM.
Mythologiade, subst. fém.Dans le domaine des Beaux-Arts,habitude, abus de la représentation de scènes mythologiques. En quoi peuvent nous toucher ces mythologiades appliquées à la vie moderne? (Huysmans, Art mod., 1883, p.197).
Prononc. et Orth.: [mitɔlɔ ʒi]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1403 «ouvrages racontant des légendes héroïques ou divines» (Christine de Pisan, Chemin de long estude ds Barb. Misc. 8, 416); 1694 «explication des fables» (Ac.); 1845-46 «étude scientifique des mythes» et «tout système de mythes propres à une civilisation» (Besch.). Empr. au b. lat. mythologiae «mythe, mythologie», titre d'un livre de Fulgence (fin ves.), gr. μ υ θ ο λ ο γ ι ́ α «histoire ou étude des choses fabuleuses», «récit fabuleux, conte». Fréq. abs. littér.: 416. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 692, b) 500; xxes.: a) 523, b) 595.
DÉR. 1.
Mythologiser, verbe trans.Rendre, sous la forme mythologique, un sentiment, une aspiration humaine, une question métaphysique. La pauvre Salammbô éprouve, à sa manière, le même sentiment de vague aspiration et d'accablant désir. L'auteur a seulement transposé avec beaucoup d'art, et mythologisé cette sourde plainte du coeur et des sens (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 4, 1862, p.56). [mitɔlɔ ʒize]. 1reattest. 1580 (Montaigne, Essais, éd. P. Villey et V. L. Saulnier, II, X, 410); de mythologie, suff. -iser*, (cf. bas-lat. mythologizare).
2.
Mythologisme, subst. masc.Système de pensée, d'interprétation, utilisant la mythologie. Le mythologisme, si dominant dans l'Inde, se montre à peine en Chine, et pourtant y est reconnaissable sur une échelle infiniment réduite. La philosophie, élément dominant des races indo-germaniques, semble complètement étrangère aux Sémites, et pourtant, en y regardant de près, on découvre aussi chez ces derniers non la chose même, mais le germe rudimentaire (Renan, Avenir sc., 1890, p.179). [mitɔlɔ ʒism̭]. 1reattest. 1823 (Boiste); de mythologie, suff. -isme*.
BBG.Quem. DDL t. 5.

Wiktionnaire

Nom commun

mythologie \mi.tɔ.lɔ.ʒi\ féminin

  1. Ensemble des histoires fabuleuses des dieux, des demi-dieux et des héros de tel ou tel peuple, civilisation, ou région.
    • Les Féroésiens l’ont consacrée à Thor : de tous les dieux de l’ancienne mythologie scandinave, Thor est celui qui a la vie la plus dure. — (Jules Leclercq, La Terre de glace, Féroë, Islande, les geysers, le mont Hékla, Paris : E. Plon & Cie, 1883, page 31)
    • Ils manient avec une élégante aisance les mètres latins les plus compliqués et les vocables les plus choisis de la mythologie. — (J. Huizinga, Érasme, traduction de V. Bruncel, Gallimard, 1955)
    • En sixième, quand on a fait la mythologie grecque, je me suis dit que c’était normal que les gouers, ils croyaient que Jésus était le fils de Dieu parce que leurs ancêtres, ils croyaient bien qu’Héraclès était le fils de Zeus. — (Houda Rouane, Pieds-blancs, Éditions Philippe Rey, 2006, p. 128)
    • Le portail de cette dernière est surmonté de deux sirènes, ces êtres mythiques qui, selon la mythologie inca, servaient de messagers entre le monde d’en bas (urin) et le monde d’en haut (hanan). — (Pérou, Michelin, 2010, page 220)
  2. (Péjoratif) Ensemble des idées qu'un groupe humain se fait de certaines choses.
    • Il y a présentement le risque d'une mythologie du nègre en soi qui n'est qu'une évasion du blanc devant ses propres problèmes. Il existe le danger d'une négrophilie philistine, d'une négrophilie sans obligation ni sanction ; […]. — (Georges Mounin, Émile Dermemghem et Magdeleine Paz, « Premières réponses à l'enquête sur le « Mythe du Nègre » », dans Présence Africaine 1948/1 (n° 2), p. 197)
    • Ainsi la télévision publique est-elle un thème de débat, une posture obligée, une rhétorique de salon qui mériterait de figurer dans les mythologies des couches cultivées. — (Monique Dagnaud, L’État et les Médias: Fin de partie, Éditions Odile Jacob, 2000)
    • Mythologie du village français ? Oui, complètement ! C’est même drôle à quel point nous recouvrons la réalité par des métaphores et des mythes. Actuellement, ce sont l’image de la guerre et de l’abri qui dominent. — (Michel Eltchaninoff, « Carnet de la drôle de guerre », dans la newsletter du 21/03/220 de Philosophie Magazine.)
  3. (Par extension) Ouvrage qui traite de cette matière.
    • Il a acheté une mythologie.
  4. Science qui étudie les mythes.

Nom commun

mythologie

  1. Mythologie.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MYTHOLOGIE. n. f.
Histoire fabuleuse des dieux des demi-dieux et des héros de l'antiquité. Les fictions de la mythologie. La mythologie des Grecs, des Romains. La mythologie scandinave. Par extension, il se dit d'un Livre qui traite de cette matière. Il a acheté une mythologie.

Littré (1872-1877)

MYTHOLOGIE (mi-to-lo-jie) s. f.
  • 1Histoire des personnages divins du polythéisme. La mythologie des Grecs est un chaos d'idées et non pas un système, Diderot, Opin. des anc. philos. (Grecs).
  • 2Connaissance, explication des mystères et des récits du paganisme.
  • 3Récit fabuleux émanant des temps et des idées du polythéisme. Cette intéressante mythologie [le chant du cygne] dont les fictions, trop blâmées par les esprits froids, répandaient au gré des âmes sensibles tant de grâce, de vie et de charme dans la nature, Buffon, Ois. XVII, p. 466.

HISTORIQUE

XVIe s. Je suis journellement stipulé, requis et importuné pour la continuation des mythologies pantagruelicques, Rabelais, Au cardinal de Chastillon, en tête du livre IV de Pantagruel.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

MYTHOLOGIE, s. f. (Belles-Lettres.) histoire fabuleuse des dieux, des demi-dieux, & des héros de l’antiquité, comme son nom même le désigne.

Mais l’Encyclopédie considere encore, sous ce nom, tout ce qui a quelque rapport à la religion payenne : c’est-à-dire, les divers systèmes & dogmes de Théologie, qui se sont établis successivement dans les différens âges du paganisme ; les mysteres & les cérémonies du culte dont étoient honorées ces prétendues divinités ; les oracles, les sorts, les augures, les auspices & aruspices, les présages, les prodiges, les expiations, les dévouemens, les évocations, & tous les genres de divination qui ont été en usage ; les pratiques & les fonctions des prêtres, des devins, des sibylles, des vestales ; les fêtes & les jeux ; les sacrifices & les victimes ; les temples, les autels, les trépiés, & les instrumens des sacrifices ; les bois sacres, les statues, & généralement tous les symboles sous lesquels l’idolâtrie s’est perpétuée parmi les hommes durant un si grand nombre de siecles.

La Mythologie, envisagée de cette maniere, constitue la branche la plus grande de l’étude des belles-Lettres. On ne peut entendre parfaitement les ouvrages des Grecs & des Romains que la haute antiquité nous a transmis, sans une profonde connoissance des mysteres & des coutumes religieuses du paganisme.

Les gens du monde, ceux mêmes qui se montrent les moins curieux de l’amour des Sciences, sont obligés de s’initier dans celle de la Mythologie, parce qu’elle est devenue d’un usage si fréquent dans nos conversations, que quiconque en ignore les élémens, doit craindre de passer pour être dépourvu des lumieres les plus ordinaires à une éducation commune.

Son étude est indispensable aux Peintres, aux Sculpteurs, sur-tout aux Poëtes, & généralement à tous ceux dont l’objet est d’embellir la nature & de plaire à l’imagination. C’est la Mythologie qui fait le fonds de leurs productions, & dont ils tirent leurs principaux ornemens. Elle décore nos palais, nos galeries, nos plat-fonds & nos jardins. La fable est le patrimoine des Arts ; c’est une source inépuisable d’idées ingénieuses, d’images riantes, de sujets intéressans, d’allégories, d’emblêmes, dont l’usage plus ou moins heureux dépend du goût & du génie. Tout agit, tout respire dans ce monde enchanté, où les êtres intellectuels ont des corps, où les êtres matériels sont animés, où les campagnes, les forêts, les fleuves, les élémens, ont leurs divinités particulieres ; personnages chimériques, je le sais, mais le rôle qu’ils jouent dans les écrits des anciens poëtes, & les fréquentes allusions des poëtes modernes, les ont presque réalisés pour nous. Nos yeux y sont familiarisés, au point que nous avons peine à les regarder comme des êtres imaginaires. On se persuade que leur histoire est le tableau défiguré des événemens du premier âge : on veut y trouver une suite, une liaison, une vraissemblance qu’ils n’ont pas.

La critique croit faire assez de dépouiller les faits de la fable d’un merveilleux souvent absurde, & d’en sacrifier les détails pour en conserver le fonds. Il lui suffit d’avoir réduit les dieux au simple rang de héros, & les héros au rang des hommes, pour se croire en droit de défendre leur existence, quoique peut-être de tous les dieux du paganisme, Hercule, Castor, Pollux, & quelques autres, soient les seuls qui aient été véritablement des hommes. Evhemere, auteur de cette hypothese qui sappoit les fondemens de la religion populaire, en paroissant l’expliquer, eut dans l’antiquité même un grand nombre de partisans ; & la foule des modernes s’est rangée de son avis.

Presque tous nos Mythologistes, peu d’accord entr’eux à l’égard des explications de détails, se réunissent en faveur d’un principe que la plûpart supposent comme incontestable. C’est le point commun d’où ils partent, & leurs systèmes, malgré les contrariétés qui les distinguent, sont tous des édifices construits sur la même base, avec les mêmes matériaux, combinés différemment. Par-tout on voit doner l’evhémérisme, commenté d’une maniere plus ou moins plausible.

Il faut avouer que cette réduction du merveilleux au naturel, est une des clés de la Mythologie grecque ; mais cette clé n’est ni la seule, ni la plus importante. Les Grecs, dit Strabon, étoient dans l’usage de proposer, sous l’enveloppe des fables, les idées qu’ils avoient non seulement sur la Physique, & sur les autres objets relatifs à la nature & à la Philosophie, mais encore sur les faits de leur ancienne histoire.

Ce passage indique une différence essentielle entre les diverses especes de fictions qui formoient le corps de la sable. Il en résulte que les unes avoient rapport à la Physique générale ; que les autres exprimoient des idées metaphysiques par des images sensibles ; que plusieurs enfin, conservoient quelques traces des premieres traditions. Celles de cette troisieme classe étoient les seules historiques ; & ce sont les seules qu’il soit permis à la saine critique de lier avec les faits connus des tems postérieurs. Elle doit y rétablir l’ordre, s’il est possible, y chercher un enchaînement conforme à ce que nous savons de vraissemblable sur l’origine & le mélange des peuples, en dégager le fonds des circonstances étrangeres qui l’ont dénaturé d’âge en âge, l’envisager, en un mot, comme une introduction à l’histoire de l’antiquité.

Les fictions de cette classe ont un caractere propre, qui les distingue de celles dont le fonds est mystagogique ou philosophique. Ces dernieres, assemblage confus de merveilles & d’absurdités, doivent être reléguées dans le cahos d’où l’esprit de système a prétendu vainement les tirer. Elles peuvent de là fournir aux poëtes des images & des allégories ; d’ailleurs, le spectacle qu’elles offrent à nos réflexions, tout étrange qu’il est, nous instruit par sa bisarrerie même. On y suit la marche de l’esprit humain ; on y découvre la trempe du génie national des Grecs. Ils eurent l’art d’imaginer, le talent de peindre, & le bonheur de sentir ; mais par un amour déréglé d’eux-mêmes & du merveilleux, ils abuserent de ces heureux dons de la nature ; vains, légers, voluptueux & crédules, ils adopterent, aux dépens de la raison & des mœurs, tout ce qui pouvoit autoriser la licence, flatter l’orgueil, & donner carriere aux spéculations métaphysiques.

La nature du polythéisme, tolérant par essence, permettoit l’introduction des cultes étrangers ; & bien-tôt ces cultes, naturalisés dans la Grece, s’incorporoient aux rites anciens. Les dogmes & les usages confondus ensemble, formoient un tout dont les parties originairement peu d’accord entr’elles, n’étoient parvenues à se concilier qu’à force d’explications & de changemens faits de part & d’autre. Les combinaisons par-tout arbitraires & susceptibles de variétés sans nombre, se diversifioient, se multiplioient à l’infini suivant les lieux, les circonstances & les intérêts.

Les révolutions successivement arrivées dans les différentes contrées de la Grece, le mélange de ses habitans, la diversité de leur origine, leur commerce avec les nations étrangeres, l’ignorance du peuple, le fanatisme & la fourberie des prêtres, la subtilité des métaphysiciens, le caprice des poëtes, les méprises des étymologistes, l’hyperbole si familiere aux enthousiastes de toute espece, la singularité des cérémonies, le secret des mysteres, l’illusion des prestiges ; tout influoit à l’envi sur le fonds, sur la forme, sur toutes les branches de la Mythologie.

C’étoit un champ vague, mais immense & fertile, ouvert indifféremment à tous, que chacun s’approprioit, où chacun prenoit à son gré l’essor, sans subordination, sans concert, sans cette intelligence mutuelle qui produit l’uniformité. Chaque pays, chaque territoire avoit ses dieux, ses erreurs, ses pratiques religieuses, comme ses lois & ses coutumes. La même divinité changeoit de nom, d’attributs, de fonctions en changeant de temple. Elle perdoit dans une ville ce qu’elle avoit usurpé dans une autre. Tant d’opinions en circulant de lieux en lieux, en se perpétuant de siecle en siecle, s’entrechoquoient, se méloient, se séparoient ensuite pour se rejoindre plus loin ; & tantôt alliées, tantôt contraires, elles s’arrangeoient réciproquement de mille & mille façons différentes, comme la multitude des atomes épars dans le vuide, se distribue, suivant Epicure, en corps de toute espece, composés, organisés, détruits par le hasard.

Ce tableau suffit pour montrer qu’on ne doit pas à beaucoup près traiter la Mythologie comme l’histoire ; que, prétendre y trouver par tout des faits, & des faits liés ensemble & revêtus de circonstances vraissemblables, ce seroit substituer un nouveau système historique à celui que nous ont transmis, sur le premier âge de la Grece, des écrivains tels qu’Hérodote & Thucydide, témoins plus croyables lorsqu’ils déposent des antiquités de leur nation, que des mythologues modernes à leur égard, compilateurs sans critique & sans goût, ou même que des poëtes dont le privilege est de feindre sans avoir l’intention de tromper.

La Mythologie n’est donc point un tout composé de parties correspondantes : c’est un corps informe, irrégulier mais agréable dans les détails ; c’est le mélange confus des songes de l’imagination, des rêves de la Philosophie, & des débris de l’ancienne histoire. L’analyse en est impossible. Du moins ne parviendra-t-on jamais à une décomposition assez savante pour être en état de déméler l’origine de chaque fiction, moins encore celle des détails dont chaque fiction est l’assemblage. La théogonie d’Hésiode & d’Homere est le fonds sur lequel ont travaillé tous les théologiens du paganisme, c’est-à-dire, les prêtres, les poëtes & les philosophes. Mais à force de surcharger ce fonds, & de le défigurer même en l’embellissant, ils l’ont rendu méconnoissable ; &, faute de monumens, nous ne pouvons déterminer avec précision ce que la fable doit à tel ou tel poëte en particulier, ce qui en appartient à tel ou tel peuple, à telle ou telle époque. C’en est assez pour juger dans combien d’erreurs sont tombés nos meilleurs auteurs, en voulant perpétuellement expliquer les fables, & les concilier avec l’histoire ancienne de divers peuples du monde.

L’un, entêté de ses Phéniciens, les trouve par-tout, & cherche dans les équivoques fréquentes de leur langue le dénouement de toutes les fables ; l’autre, charmé de l’antiquité de ses Egyptiens, les regarde comme les seuls peres de la Théologie & de la religion des Grecs, & croit découvrir l’explication de leurs fables dans les interprétations capricieuses de quelques hiéroglyphes obscurs ; d’autres, appercevant dans la bible quelques vestiges de l’ancien héroïsme, puisent l’origine des fables dans l’abus prétendu que les poëtes firent des livres de Moïse qu’ils ne connoissoient pas ; &, sur les moindres ressemblances, font des paralleles forcés des héros de la fable & de ceux de l’Ecriture-sainte.

Tel de nos savans reconnoît toutes les divinités du paganisme parmi les Syriens ; tel autre parmi les Celtes ; quelques-uns jusque chez les Germains & les Suédois ; chacun se conduit de la même maniere que si les fables formoient chez les poëtes un corps suivi fait par la même personne, dans un même tems, un même pays, & sur les mêmes principes.

Il y a environ vingt ans que parut un nouveau système mythologique, celui de l’auteur de l’histoire du ciel. M. Pluche s’est persuadé que l’Ecriture symbolique prise grossierement dans le sens qu’elle présentoit à l’œil, au lieu d’être prise dans le sens qu’elle étoit destinée à présenter à l’esprit, a été non-seulement le premier fonds de l’existence prétendue d’Isis, d’Osiris, & de leur fils Horus, mais encore de toute la Mythologie payenne. On vint, dit-il, à prendre pour des êtres réels des figures d’hommes & de femmes, qui avoient été imaginées pour peindre des besoins. En un mot, selon ce critique d’ailleurs fort ingénieux dans ses explications, les dieux, les demi-dieux, tels qu’Hercule, Minos, Rhadamante, Castor & Pollux, ne sont point des hommes, ce sont de pures figures qui servoient d’instructions symboliques. Mais ce système singulier ne peut réellement se soutenir, parce que, loin d’être autorisé par l’antiquité, il la contredit sans cesse & en sappe toute l’histoire de fond en comble. Or, s’il y a des faits dont les Sceptiques eux-mêmes auroient peine à douter dans leurs momens raisonnables, c’est que certains dieux, ou demi-dieux du paganisme, ont été des hommes déifiés après leur mort ; honneur dont ils étoient redevables aux bienfaits procurés par eux à leurs citoyens, ou au genre humain en général.

Ainsi nos écrivains se sont jettés dans mille erreurs différentes, pour vouloir nous donner des explications suivies de toute la Mythologie. Chacun y a découvert ce que son génie particulier & le plan de ses études l’ont porté à y chercher. Que dis-je ! le physicien y trouve par allégorie les mysteres de la nature ; le politique, les rafinemens de la sagesse des gouvernemens ; le philosophe, la plus belle morale ; le chimiste même, les secrets de son art. Enfin, chacun a regardé la fable comme un pays de conquête, où il a cru avoir droit de faire des irruptions conformes à son goût & à ses intérêts.

On a indiqué, au mot Fable, le précis des recherches de M. l’abbé Banier sur ses différentes sources : il est également agréable & utile de lire ses explications de toute la Mythologie ; mais on trouvera des morceaux plus approfondis par M. Freret sur cette matiere, dans le Recueil de l’académie des Belles-Lettres. (D. J.)

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Étymologie de « mythologie »

Μυθολογία, de μῦθος, mythe, et λόγος, doctrine.

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(1403) [1] Du latin mythologia, lui-même tiré du grec ancien μυθολογία, muthología.
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Du latin mythologia.
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Phonétique du mot « mythologie »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
mythologie mitɔlɔʒi

Citations contenant le mot « mythologie »

  • C'est l'un des traits constants de toute mythologie petite-bourgeoise, que cette impuissance à imaginer l'Autre. Roland Barthes, Mythologies, Le Seuil
  • Nous rejetons toute mythologie humaniste qui parle d'un homme abstrait et néglige les conditions réelles de sa vie […]. Paul Nizan, Pour une nouvelle culture, Grasset
  • La mythologie est un dictionnaire d'hiéroglyphes vivants. De Charles Baudelaire / Théophile Gautier
  • Si nous parlons la langue de l’adversaire, nous nourrissons leur propagande et leur mythologie. De Dominique de Villepin / Le Figaro, 20 janvier 2015
  • L’ami est rare, en soi. C’est plutôt une figure abstraite, une projection imaginaire ou une mythologie adaptée tant bien que mal à la vie ordinaire. L’ami n’existe pas, en fait, c’est un nom commode donné à quelques-uns. De Camille Laurens / Dans ces bras-là
  • Il existe toutefois encore des mythologies actives qui ont beaucoup évolué au fil des siècles, que l’on présente plus sous le terme de religion à présent. L’hindouisme est un des exemples, qui puise ses racines dans des mythologies très anciennes et en a conservé bon nombres d’aspects. Dol Celeb, Définition du mythe, de la mythologie, fonction et exemples
  • Nathan sort une nouvelle série : Mythologie & compagnie. Elle comprend les plus grands romans de ma mythologie grecque, réécrits, et illustrés pour les jeunes lecteurs à partir de 7 ans.Nous allons commencer la série par Antigone, la révoltée. PublikArt - Webzine Culturel, Antigone, la révoltée, de la série Mythologie & compagnie (Nathan)
  • Certains parcours guidés sont consacrés aux bambins. Sur la mythologie, par exemple. midilibre.fr, Nîmes : au musée de la Romanité, des visites pour raconter l’Histoire aux enfants - midilibre.fr
  • The Old Guard Part 2 doit faire un meilleur travail pour expliquer la mythologie et le monde immortel de la nouvelle franchise potentielle Netflix de Charlize Theron. Cela devrait être mieux pour expliquer dans la mythologie et le monde le premier film mis en place. , La vieille garde, partie 2, peut être meilleure en répondant à des questions sur la mythologie – – L'Observateur de Troyes
  • Autrice pour la jeunesse, Murielle Szac a permis à des générations d'enfants de redécouvrir la mythologie grecque. Une façon de leur redonner aussi le goût de la lecture. , Murielle Szac, l'écrivain jeunesse qui dépoussière la mythologie grecque

Images d'illustration du mot « mythologie »

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Traductions du mot « mythologie »

Langue Traduction
Anglais mythology
Espagnol mitología
Italien mitologia
Allemand mythologie
Chinois 神话
Arabe الميثولوجيا
Portugais mitologia
Russe мифология
Japonais 神話
Basque mitologia
Corse mitologia
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Synonymes de « mythologie »

Source : synonymes de mythologie sur lebonsynonyme.fr
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