La langue française

Lieue

Sommaire

  • Définitions du mot lieue
  • Étymologie de « lieue »
  • Phonétique de « lieue »
  • Citations contenant le mot « lieue »
  • Images d'illustration du mot « lieue »
  • Traductions du mot « lieue »
  • Synonymes de « lieue »

Définitions du mot lieue

Trésor de la Langue Française informatisé

LIEUE, subst. fém.

A. − Mesure de distance approximativement égale à quatre kilomètres, en vigueur avant l'adoption du système métrique et variable selon les régions ou les domaines dans lesquels elle était usitée. Lieue de Paris, lieue royale d'Espagne. La terre est à dix millions de lieues de Vénus, et à trente-quatre millions du soleil (Bern. de St-P., Harm. nat.,1814, p. 351).De Lorch à Bingen il y a deux milles d'Allemagne, en d'autres termes, quatre lieues de France, ou seize kilomètres dans l'affreuse langue que la loi veut nous faire (Hugo, Rhin,1842, p. 154):
1. On avait gardé l'usage de compter les distances itinéraires en lieues gauloises et non en milles romains. Le mot leuga « lieue », transformé en legua, devint lègue dans le Midi et en Bourgogne lieue [it. ds le texte] ou lève dans le Nord de la France. L'Hist. et ses méth.,1961, p. 693.
Lieue carrée. Aire d'un carré ayant une lieue de côté. Sept cent mille hommes sur un espace de deux lieues carrées (Chamfort, Max. et pens.,1794, p. 47).Il faut, pour une association de 1500 à 1600 personnes, un terrain contenant une forte lieue carrée, soit une surface de six millions de toises carrées (Fourierds Doc. hist. contemp.,1821, p. 159).
Lieue de pays. Lieue différant le plus souvent de la lieue commune (v. infra) et qui était en usage dans le pays ou la contrée dont il est question. Il ne nous restait que quatre lieues à faire, mais des lieues de pays sur un chemin détestable (Sand, Hist. vie, t. 4, 1855, p. 31).Le soleil était déjà assez haut monté sur l'horizon qu'on n'avait fait que deux lieues, des lieues de pays, il est vrai, aussi longues qu'un jour sans pain (Gautier, Fracasse,1863, p. 49).V. infra ex. 2.
Lieue de poste. Mesure de distance valant 3.898 mètres. À partir de Semlin, les lieues de poste s'appellent lieues de chameau; pour quelques sous par jour, on peut monter sur ces animaux (Nerval, Lorely,1852, p. 38):
2. ... je leur ai répondu (...) que la comète ne leur ferait aucun mal, non plus qu'à l'univers : je leur ai donné, au surplus, ma parole la plus sacrée qu'elle était éloignée de la terre de plus de cinquante-quatre millions de lieues de poste (car nous avons nos lieues de pays qui sont le double plus longues); et je me suis trouvé d'accord sur ce point, à une demi-lieue près, avec M. Burkhart, membre de l'Institut de France. Jouy, Hermite, t. 1, 1811, p. 212.
Bottes* de sept lieues.
MAR.-GÉOGR.
Lieue commune (Littré), lieue de terre (Lar. Lang. fr., Lexis). Vingt-cinquième partie du degré terrestre soit 4 445 mètres. À cinq heures du soir, nous n'étions qu'à trois lieues de terre, par quarante brasses, fond de vase (Voy. La Pérouse,t. 2, 1797, p. 141).De Fécamp à Virville on comptait au moins vingt lieues; et vingt lieues de terre pour des paysans sont plus difficiles à franchir que l'océan pour un civilisé (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Mais. Tellier, 1881, p. 1184).
Lieue marine ou lieue géographique. Vingtième partie du degré terrestre et valant trois milles soit 5.555 mètres. Ce pirate colombien n'avait plus que quelques centaines de lieues marines à faire pour être à jamais à l'abri des représailles (Ponson du Terr., Rocambole, t. 3, 1859, p. 34).Je savais (...) le nombre exact de verstes ou de lieues marines que donneraient ses cheveux noués bout à bout (Giraudoux, Siegfried et Lim.,1922, p. 130):
3. ... traverser ensuite, le plus promptement possible, le grand océan sur un espace de plus de 120 degrés de longitude, ou près de deux mille quatre cents lieues marines, parce qu'entre les tropiques, les degrés diffèrent peu de ceux du grand cercle. Voy. La Pérouse,t. 2, 1797, p. 215.
Adverbialement. Une/plusieurs lieue(s) à la ronde. Dans un rayon d'une/plusieurs lieue(s). Autrefois la chapelle était au milieu de la forêt (...) on y venait en pèlerinage de cent lieues à la ronde (Feuillet, Scènes et com.,1854, p. 214):
4. ... il en jouait [du biniou] du moins avec une violence telle, il en tirait des sons si longuement prolongés, si perçants, et qui déchiraient avec tant d'aigreur l'air sonore et calme de la nuit, que je ne m'étonnais plus, en l'écoutant, que le bruit d'un pareil instrument nous fût parvenu de si loin; à une demi-lieue à la ronde, on pouvait l'entendre... Fromentin, Dominique,1863, p. 12.
B. − P. ext., et souvent p. hyperb.
1. Petite distance indéterminée, mais qui paraît grande. Je vois comme un ver luisant, à une lieue de nous (Mérimée, Théâtre Gazul,1825, p. 88).De chapiteaux massifs où des bêtes hybrides Sur leurs trompes en l'air tenaient des pyramides. Des frontons d'une lieue allaient se prolongeant (Dierx, Lèvres cl.,1867, p. 171):
5. la baronne : Cécile, venez donc un peu ici; vous vous tenez à une lieue. Cécile approche son fauteuil. Est-ce que vous n'avez rien à me dire, ma chère? Musset, Il ne faut jurer,1840, II, 2, p. 139.
2. Souvent au plur. Distance grande ou indéterminée, mais qui paraît grande. Je vis lever le soleil sur le golfe, sur la campagne et sur la ville éblouissante de Naples. Je fus insensible et froid à ce spectacle que tant de voyageurs viennent admirer de mille lieues (Lamart., Confid., Graziella, 1849, p. 240).Ce terrible artiste [Le Tintoret] a couvert des lieues murales de sa peinture (Michelet, Chemins Europe,1874, p. 477):
6. Le brouillard était épais comme une soupe. Dans ce haut quartier désolé de bois sauvages et de terres vagues, on se sentait à cent lieues des personnes. Pourrat, Gaspard,1931, p. 230.
C. − Au fig.
Être à cent lieues/à mille lieues. Ne pas être présent par l'esprit; être comme absent. Il n'écoute pas, il est à mille lieues d'ici (Ac.1835-1935).
(Être) à cent/mille lieues de + compl. (Être) très éloigné de.
[Le compl. est un subst.] Les événements de la nuit étaient à mille lieues de sa mémoire (Stendhal, Abbesse Castro,1839, p. 159).Gabrielle : Je ne dois pas être à cent lieues de la vérité! (Bernstein, Secret,1913, I, 6, p. 8).Tout cela était chimère, un rêve de fou, à mille lieues du possible (Malègue, Augustin, t. 2, 1933, p. 77).
[Le compl. est un inf.] Et il s'en fut dans la tour carrée où je le suivis. J'étais à cent lieues de deviner à quoi il pensait (G. Leroux, Parfum,1908, p. 85).Même quand je regardais les choses, j'étais à cent lieues de songer qu'elles existaient : elles m'apparaissaient comme un décor (Sartre, Nausée,1938, p. 162):
7. Christophe, entraîné par les ouvriers, s'était jeté dans la bagarre, sans savoir qui l'avait causée. Il était à cent lieues de penser qu'Olivier s'y trouvait mêlé. Il le croyait bien loin déjà, tout à fait à l'abri. Rolland, J.-Chr., Buisson ard., 1911, p. 1324.
Sentir, flairer qqn, qqc. d'une lieue. Deviner, pressentir la présence, l'arrivée de quelqu'un, de quelque chose à une certaine distance. Il n'oubliait point les renards... Ceux-ci étaient ses ennemis jurés. (...) il les pourchassait avec acharnement. De la cuisine même, toutes portes fermées, le soir, occupé à broyer un os, il les devinait, il les sentait d'une lieue (Pesquidoux, Chez nous,1923, p. 169):
8. Le docteur dit : « Ah! je l'avoue, personne n'a l'esprit plus sybarite que moi. J'endurerai avec patience la conversation d'un paysan idiot, d'un crocheteur ivre, d'un matelot à l'hôpital, d'une vieille femme malade, enfin une bête tant qu'il vous plaira, mais un sot, jamais! je flaire le sot d'une lieue ». Vigny, Journal poète,1844, p. 1220.
Sentir le, la, son, sa (...) d'une lieue. Laisser deviner facilement ses origines, sa nature, ses desseins par son aspect, son comportement. À qui diantre en veut ce baragouineur d'Italien? Le voilà qui nous quitte pour aborder un autre groupe. Il sent l'espion d'une lieue (Musset, Fantasio,1834, I, 2, p. 184).L'aînée, qui était muette, babille maintenant sans cesse, mord et jappe sous l'aile de son mari : personne n'a le compliment plus venimeux; ses répliques sentent d'une lieue Figaro et Dorine (Taine, Notes Paris,1867, p. 80):
9. Ses jambes grêles, mais nerveuses, s'épanouissaient dans de magnifiques bas de coton mouchetés, qui sentaient d'une lieue la contrebande anglaise. Dumas père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 46.
Prononc. et Orth. : [ljø]. Homon. lieu. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 liue « mesure de distance » (Roland, éd. J. Bédier, 688); 1704 lieue marine (Trév.); 2. 1671 sert à indiquer une grande distance (Mmede Sévigné, Corresp., 18 févr. éd. R. Duchêne, t. 1, p. 163 : Ce qui a rapport à vous de cent lieues loin m'est plus agréable qu'autre chose); 3. 1775 p. exagér. « distance inférieure à une lieue, mais qui paraît très grande » (Beaumarchais, Le Barbier de Séville, III, 11 ds Littré). Du lat. leuca, leuga, donné comme mot gaulois par les auteurs latins, v. TLL t. 7, 2, col. 1196, 76. Fréq. abs. littér. : 3 869. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 11 511, b) 6 311; xxes. : a) 2 876, b) 1 518.

Wiktionnaire

Nom commun

lieue \ljø\ féminin

  1. (Métrologie) Unité de distance de l’ancien régime, d’environ quatre kilomètres.
    • Nous avions fait neuf lieues de pays, qui, sans exagération, en valent bien douze ou quatorze de France ; c’était une bonne journée. — (Alexandre Dumas, Impressions de voyage, La Revue des Deux Mondes, tome 1, 1833)
    • Topographiquement parlant, nous avons peu d’observations à faire sur cette chaussée à peu près rectilinéaire de six grandes lieues qui nous reste à parcourir de Thonon à Genève. — (J.-L. Manget, Guide du voyageur autour du lac de Genève et au bassin du Rhône supérieur, Ch. Gruaz, 1859, page 93)
    • Dans cet agréable véhicule privé de toute espèce de ressorts, nous faisions quatre lieues d’Espagne à l’heure, c’est-à-dire cinq lieues de France, une lieue de plus que les malles-postes les mieux servies sur la plus belle route. — (Théophile Gautier, Voyage en Espagne, Charpentier, 1859)
    • Tolède est très-certainement une admirable vieille ville, située à une douzaine de lieues de Madrid, des lieues d’Espagne bien entendu, qui sont plus longues qu’un feuilleton de douze colonnes ou qu’un jour sans argent, les deux plus longues choses que nous connaissions. — (Théophile Gautier, Voyage en Espagne, Charpentier, 1859)
    • Je calculai que douze heures me séparaient déjà du moment du départ, que douze lieues me séparaient des Trembles ; je me dis que tout était fini, irrévocablement fini, et j’entrai dans la maison de Mme Ceyssac comme on franchit le seuil d’une prison. — (Eugène Fromentin, Dominique, L. Hachette et Cie, 1863, réédition Gründ, page 60)
    • Peste ! monsieur l’amiral est donc nécromant, pour savoir ainsi ce qui se fait à trente ou quarante lieues de distance ! — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, C. Lévy, 1886)
    • Nonante lieues en quatre étapes et une demie. Tu calcules ? Vingt lieues par jour ! Diâle, on routait dur en ce temps-là. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
  2. (Par extension) Grande distance.
    • On cueillait depuis une quinzaine de jours, au long des routes vicinales, aux orées des « longs champs », autour des villages, sur des lieues et des lieues de terroir, par toutes les vallées. — (Jean Rogissart, Hurtebise aux griottes, L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1954, p. 10)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

LIEUE. n. f.
Ancienne mesure itinéraire, dont l'étendue est de quatre kilomètres. Une bonne, une grande lieue. Faire trois lieues, quatre lieues à pied. Une demi-lieue, trois quarts de lieue. Une lieue et demie. On exprime aujourd'hui le plus souvent la distance en kilomètres. Lieue marine, Lieue de vingt au degré ou d'un peu plus de cinq kilomètre et demi. Lieue carrée, Espace carré qui a une lieue de chaque côté. Adverbialement, Une lieue à la ronde, Dans l'étendue d'une lieue en tous sens. Il s'emploie aussi pour exprimer Une certaine étendue à peu près d'une lieue de rayon. Ce bruit a été entendu une lieue à la ronde. On dit également à une lieue à la ronde. Fig. et fam., Être à cent lieues d'une chose, n'en pas approcher de cent lieues, En être fort éloigné. Fig. et fam., Il n'écoute pas, il est à mille lieues d'ici, se dit de Quelqu'un qui est distrait, qui ne fait pas attention à ce qu'on lui dit. Fig. et fam., Elle sent son aventurière d'une lieue, On juge aisément à ses manières, à son air que cette femme est une aventurière.

Littré (1872-1877)

LIEUE (lieû) s. f.
  • 1Mesure itinéraire qui ne représente pas une longueur toujours la même, et en place de laquelle on compte aujourd'hui officiellement par kilomètres. Une demi-lieue. Un quart de lieue. Une bonne lieue. Et l'on ne songe plus … Que tout près, par les bois et les ravins caché, Derrière le ruban de ces collines bleues, à quatre de ces pas que nous nommons des lieues, Le géant Paris est couché, Hugo, F. d'aut. 34.

    La lieue commune de France, ou lieue géographique, était de deux mille deux cent quatre-vingt-deux toises (4444 mètres et demi).

    Lieue de poste, lieue de deux mille toises.

    Lieue de pays, lieue qui diffère de la lieue commune et dont la longueur est déterminée par l'usage particulier de telle ou de telle contrée.

    Lieue marine, lieue de vingt au degré, ou de 5555 mètres et demi.

    Lieue nouvelle, lieue de 4 kilomètres. On compte aujourd'hui 10 000 lieues dans le tour de la terre, tandis qu'on n'en comptait autrefois que 9000.

    Terme de marine. Lieues majeures, celles qui se parcourent sur un grand cercle de la sphère terrestre. Lieues mineures, celles qui se parcourent sur un parallèle.

    Lieue carrée, espace carré qui a une lieue de côté. Quoique cent lieues carrées ne fassent que la deux-cent-soixante-millième partie de la surface de la terre, Buffon, 4e époq. nat. Œuv. t. XII, p. 209.

    Une lieue à la ronde, adv. Dans l'étendue d'une lieue en tous sens. Ce bruit a été entendu une lieue à la ronde.

    Fig. La parfaite tendresse que j'ai pour vous et pour tout ce qui vous touche à dix lieues à la ronde, Sévigné, 14 fév. 1685.

    Fig. Long d'une lieue, très long. Des discours longs d'une lieue.

  • 2 Par exagération. Une lieue se dit d'une petite distance. Comment voulez-vous que je vous entende, si vous êtes à une lieue de moi ? Goldoni, Bourru bienf. I, 6. D'honneur, il sent la fièvre d'une lieue, Beaumarchais, Barb. de Sév. III, 11.

    Sentir quelqu'un d'une lieue, pressentir, deviner son arrivée, et aussi deviner ses intentions, son caractère. Il est plus malaisé de m'attraper qu'on ne s'imagine ; quelque nuit qu'il fasse, je connais les fourbes d'une lieue, Regnard, Sérén. 24.

    Il se dit aussi en parlant des choses. Je sentais cette sottise d'une lieue.

    Il sent son fripon d'une lieue, on juge aisément à ses manières, à son air que c'est un fripon. Un vieux renard, mais des plus fins… Sentant son renard d'une lieue, La Fontaine, Fabl. V, 5.

  • 3 Fig. Cent lieues loin, c'est-à-dire dans les rapports les plus éloignés. Ce qui a rapport à vous de cent lieues loin m'est plus agréable qu'autre chose, Sévigné, 18 fév. 1671.

    À cent lieues près, à une très grande distance. Bon Dieu ! que je suis incapable d'approcher, à cent lieues près, de votre habileté ! Sévigné, 26 nov. 1693.

  • 4 Fig. Cent lieues, mille lieues, c'est-à-dire très loin, de beaucoup. Celles [les eaux] de Bourbon l'emportent de mille lieues [sur celles de Vichy], si on en croit les médecins d'ici, Sévigné, 25 sept. 1687. Je l'ai vue [Mme de Ganges] assez faite sur ce beau moule, mais cent lieues au-dessous de la perfection ; car, après le visage, tant de choses lui manquaient, Sévigné, 2 oct. 1689.

    Être à cent lieues, à mille lieues d'une chose, en être fort éloigné. Voilà une si monstrueuse pensée que je suis à mille lieues de la concevoir, Sévigné, 566. Il était à mille lieues d'un péché mortel, Sévigné, 204. Je laisserai toute autre considération à mille lieues de moi, Sévigné, 48. Pour ma santé, elle est toujours très bonne ; je suis à mille lieues de l'hydropisie, il n'en a jamais été question, Sévigné, 22 avr. 1676. À mille lieues de Greuzé débutant, et à dix mille de Chardin qui travaillait autrefois dans ce genre, Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XV, p. 100, dans POUGENS.

    Il n'écoute pas, il est à mille lieues d'ici, se dit d'un homme distrait et qui n'a pas d'attention à ce qu'on lui dit.

    PROVERBE

    Par tout pays il y a une lieue de mauvais chemin, on trouve partout des obstacles, des difficultés.

HISTORIQUE

XIe s. Ainz qu'il eüssent quatre lieues siglet [cinglé], Ch. de Rol. LIII. Grans trente liwes l'oïrent il [le cor] respondre, ib. CXXXI.

XIIe s. De demie liuee [il] ne dist ne o ne non, Sax. XI.

XIIIe s. Et issirent fors des nés [navires] et vinrent à Roen sa cité qui estoit à quatre luies dou port, Chr. de Rains, 60. Et la pierre si clere estoit Que, maintenant qu'il anuitoit, L'en s'en veïst bien au besoing Conduire d'une liue loing, la Rose, 1109.

XVe s. Je te dy que hier par une sente Menay mes pourceaulx et mes truies Mains de l'erreure de deux luies [moins que le chemin de deux lieues] En pasture enmy un larris [une lande], Mart. de Ste Geneviève. Lors regarde le preudhomme qui s'estoyt mis sur les coustes et à genoulx par devant l'autel, et fut en tel point l'espace d'une lieue de terre [pendant une heure], et adonc se leva et s'inclina vers l'autel, Perceforest, t. I, f° 63.

XVIe s. Lieue de moulin doit contenir deux mil pas, chacun pas valant cinq pieds, à prendre de la huche du moulin venant à l'entrée de l'enclos de l'estage, Coust. génér. t. II, p. 2.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

LIEUE.
1Corrigez : La lieue commune de France, ou lieue de 25 au degré, était de deux mille deux cent quatre-vingt-une toises environ (4445 mètres).

Lieue de poste, lieue de deux mille toises (3898 mètres). Lieue marine ou géographique, lieue de vingt au degré…

REMARQUE

J. J. Rousseau emploie demi-lieue sans article. On est allé jusqu'à près de demi-lieue en ouvrant le passage, Lett. au maréchal de Luxembourg, 28 janv. 1763. À demi-lieue de la ville, Lett. à Moultou, 30 déc. 1768.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

LIEUE, s. f. (Géog.) sorte de mesure itinéraire dont se servent les François & les Espagnols, pour marquer la distance d’un lieu à un autre. Les Anglois, les Italiens, les Allemands, &c. usent du mot de mille, quoiqu’ils ne donnent pas la même étendue à leurs milles. Il en est de même des lieues françoises ; la lieue gauloise étoit de quinze cens pas romains ; la lieue commune de France est de deux mille cinq cens pas géométriques, la petite de deux mille, la grande de trois mille cinq cens, & même plus.

Vigenere & M. d’Ablancourt ne sauroient être approuvés dans leurs évaluations des lieues. L’un & l’autre, en traduisant les auteurs latins, évaluent toûjours quatre milles anciens à une lieue, premiere faute ; & secondement ils confondent le mille romain avec le mille italique.

Ménage dérive le mot de lieue de leuca, leuga, ou lega, c’est tout comme il voudra ; mais il faut remarquer que ces trois mots ont été inconnus aux auteurs de la bonne latinité, & que ce sont ceux de la basse-latinité qui s’en sont les premiers servis.

Il est encore à propos d’observer, que les mots leg. lega, & leuga, désignent dans Antonin, une lieue de quinze cens pas : cependant quelquefois, & non pas toûjours (comme l’a imaginé Zurita), le mot leg signifie dans l’itinéraire de ce géographe, legio, légion, & cela est clair ; quand après le mot leg est ajouté le mot ala, ou des nombres, comme I. IX. XI. XIV. &c. suivis des noms italica, ionia, gemina, & autres semblables, qui sont certainement des noms de légions, le bon sens aidé d’un peu de savoir, fera sans peine ce discernement, & distinguera sans erreur les passages d’Antonin, où il s’agit de légions, de ceux qui désignent les distances par lieues.

Il me reste à rapporter nos diverses lieues de France à un degré de l’équateur.

Or, les lieues communes de France, de trois milles romains, ou de 2282 toises, sont de 25 au degré, plus 15 toises.

Les lieues de Paris, de Sologne, de Touraine, de 2000 toises, sont de 28 un quart au degré.

Les lieues de Beauce, de Gatinois, contenant 1700 toises, sont de 34 au degré.

Les lieues de Bretagne, d’Anjou, comprennent 2300 toises, & sont de 24 trois quarts au degré.

Les lieues de Normandie, de Champagne, sont de 25 au degré.

Les lieues de Picardie contiennent 2250 toises, & sont de 25 au degré, plus 810 toises.

Les lieues d’Artois, sont de 28 au degré.

Les lieues du Maine, du Perche, du Poitou, sont de 24 au degré.

Les lieues du Berry, sont de 26 au degré, moins un onzieme.

Les lieues de Bourbonnois, sont de 23 au degré.

Les lieues de Lyonnois, contiennent 2450 toises, & sont de 23 au degré, plus 710 toises.

Les lieues de Bourgogne, sont de 21 & demi au degré.

Les lieues de Gascogne & de Provence, contiennent 3000 toises, & sont de 19 au degré ; voilà nos plus grandes lieues. (D. J.)

Lieues mineures de longitude, (Géog. & Navig.) c’est ce qu’on appelle autrement milles de longitude, ou côté mécodynamique. Voyez Mille de longitude, & Mécodynamique. C’est le chemin qu’un vaisseau fait réellement en longitude, c’est-à-dire la somme des petites portions de paralleles à l’équateur qu’il parcourt durant sa route ; on appelle ce chemin lieues mineures, pour le distinguer des lieues majeures, qui ne sont autre chose que le même chemin fait en longitude, & estimé par un arc de l’équateur, c’est-à-dire l’arc de l’équateur, ou le nombre de degrés compris entre le méridien d’où le vaisseau part, & celui où il est arrivé.

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « lieue »

(c. 1100) Du latin leuca d'origine gauloise selon les auteurs latins ; si elle est certainement d'origine préromaine, l'origine celte n'a rien d'évident[1]. Néanmoins, le mot pourrait venir du gaulois licca « roche plate » qui donne, dans les langues celtiques modernes : lec’h en breton, llech « dalle, rocher plat» en gallois, l’irlandais leac « pierre plate ». Les pierres plates servaient de bornes sur la route.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Picard, liue ; provenç. lega, legua ; catal. llegua ; espagn. legua ; portug. legoa ; ital. lega ; angl. league ; du lat. leuca que les auteurs latins disent être un mot gaulois ; on trouve en effet dans le celtique : gaélique, leig ; irl. leige ; breton, leô, lev.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Phonétique du mot « lieue »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
lieue ljø

Citations contenant le mot « lieue »

  • En tous pays, il y a une lieue de mauvais chemin. De Proverbe français
  • Les habitants souffraient depuis longtemps de la privation en eau, notamment en période d’été, bien qu’ils aient des eaux provenant d’une source située au canton de la Vieille fontaine (depuis lieu-dit « la Chanée ») éloignée d’un quart de lieue du village (environ 1 km). , Société | Une histoire d’eau qui commence au XVIIIe  siècle
  • C'est honteux!! même si la présomption d'innocence peut avoir lieue, il y en a qui ont démissionnés pour moins que ça! lindependant.fr, L'accusation de viol contre Gérald Darmanin, "n'est pas un obstacle" affirme l'Elysée - lindependant.fr

Images d'illustration du mot « lieue »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « lieue »

Langue Traduction
Anglais league
Espagnol liga
Italien lega
Allemand liga
Chinois 联盟
Arabe الدوري
Portugais liga
Russe лига
Japonais 同盟
Basque liga
Corse liga
Source : Google Translate API

Synonymes de « lieue »

Source : synonymes de lieue sur lebonsynonyme.fr
Partager