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Ébrouer

Définitions du mot « ébrouer »

Trésor de la Langue Française informatisé

ÉBROUER, verbe trans.

TECHNOL., vx. Passer dans l'eau pour laver, ôter les fils, les pailles. Ébrouer une pièce d'étoffe, de toile (Ac. 1798-1932). Des étoffes ébrouées (Littré).
Prononc. et Orth. : [ebʀue]. Il est remarquable de ne trouver aucune transcr. [ebʀuwe], à l'image de ce qu'on trouve, p. ex., pour ébriété : 5 transcr. [ebʀijete] sur 8. Ceci étant, la différence entre [ebʀiete] et [ebʀijete] est une différence quant au mode de transcr., non une différence de prononc. Ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist. 1250 esbroer (Document de Douai cité ds de Poerck t. 2, p. 70); 1390 esbrouer (ibid.). Prob. empr. au m. néerl. broeyen « ébouillanter » (Verdam), d'où « plonger dans l'eau (des tissus que l'on veut nettoyer) » (Valkh., pp. 125-126). Bbg. Brinkmann (F.). Metapherstudien... Arch. St. n. Spr. 1876, t. 55, p. 344.

ÉBROUER (S'), verbe pronom.

A.− [En parlant d'animaux domestiques et princ. du cheval] Éternuer et souffler bruyamment. Derrière le mur, on entendit le cheval s'ébrouer et frapper du sabot (Camus, Exil et roy.,1957, p. 1613).
MAN. [En parlant d'un cheval qui fait un ronflement à la vue des objets qui le surprennent ou qui l'effrayent] Les chevaux vifs s'ébrouent facilement (Ac.1798-1878).
P. métaph. Dans la salle quelqu'un s'ébroua, comme un cheval impatient (Camus, Peste,1947, p. 1295).
P. anal. S'agiter en tous sens, s'ébattre. Le bétail s'ébroue en secouant ses chaînes (Bernanos, Mouchette,1937, p. 1329).
P. compar. Comme d'une immense forêt qui s'égoutte et s'ébroue (Artaud, Théâtre et double,1939, p. 69).Parfois la forêt s'égouttait, s'ébrouait comme un animal (La Varende, Trois. jour,1947, p. 243).Bientôt on entend la machine s'ébrouer comme un vieux cheval (Vialar, Pt jour,1947, p. 283):
1. Elle sentait tous ses muscles s'éveiller et s'ébrouer comme une meute de petits chiens de chasse, vifs et nerveux. Queneau, Pierrot mon ami,1942, p. 83.
B.− Au fig. Se secouer, s'agiter, comme si l'on sortait d'un état de torpeur ou de repos prolongé.
1. [Le suj. désigne un inanimé concr.] Une automobile en démarrant s'ébrouait avec des pétarades (Chardonne, Épithal.,Paris, A. Michel, 1951 [1921], p. 65).Un coq chante. Le chêne s'ébroue dans le vent. Ce doit être l'aube. Un fil d'aube terne et gris (Giono, Colline,1929, p. 149).Les cheveux de Gaston s'ébrouaient, s'écartaient dans tous les sens (...) le vent les dressait en perruque (La Varende, Centaure de Dieu,1938, p. 210).
2. [Le suj. désigne une pers.]
a) [L'accent est mis sur l'agitation physique] Elle riait et s'ébrouait avec la grâce dégingandée qu'ont les jeunes filles trop grandes (Jammes, Clairières,1906, p. 24).Sortirent du taxi deux longues jambes nues, troussées jusqu'à mi-cuisse, un roulant éclat de rire, puis une grande fille s'ébroua, qui portait un chapeau de toile goudronnée comme ceux des matelots de l'ancienne marine à voile (Cendras, Lotiss. ciel,1949, p. 36):
2. Nous l'entendions, dans le vestibule, s'ébrouer, gronder, frapper de la semelle. Duhamel, Chronique des Pasquier,Vue de la Terre promise, 1934, p. 9.
b) [L'accent est mis sur l'agitation de l'esprit] Les esprits qui se relèvent et qui s'ébrouent (Valéry, Variété II,1929, p. 58).Les voilà [les radicaux] qui s'ébrouent, parlent en maîtres, tracent de leur propre autorité une ligne de partage parmi les élus de la Nation (Mauriac, Journal,1950, p. 164):
3. Dès 1914, j'ai respiré, je me suis ébroué dans cette œuvre [de Proust] sur laquelle j'ai cru longtemps nourrir des vues personnelles. Mauriac, Mémoires intérieurs,1959, p. 229.
Prononc. et Orth. : [ebʀue], (je m')ébroue [ebʀu]. Ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist. 1. a) 1564 esbrouer intrans. « éternuer pour dégager les naseaux (en parlant d'un cheval) » (Thierry) − 1660, Oudin Fr.-Esp.; b) 1690 pronom. (Fur.); c) 1762 « souffler bruyamment (d'un cheval effrayé) » (Ac.); 2. av. 1755 d'une pers. (Saint-Simon ds Adam, p. 105); 3. 1919 d'un oiseau (Benoit, Atlant., p. 28). Prob. dér. du même rad. germ. que brouet*; les parlers norm. ont développé le sens d'« écume qui vient à la bouche des animaux », d'où 1, sens qui s'est ensuite appliqué à l'homme et à d'autres animaux, « secouer (la tête, le corps) » étant devenu la notion dominante (FEW t. 15, 1, pp. 292-293, 299-300). Pour d'autres hyp., cf. Romania t. 67, 1942-43, p. 82 et FEW t. 17, pp. 191-192 (a. b. frq. *sprôwan « jaillir » d'où a. fr. esproer « s'ébrouer », xiiies. ds Gdf. et T.-L., proche d'ébrouer), ainsi que Romania t. 67, pp. 87-89 (orig. onomatopéique). Bbg. Brinkmann (F.). Metapherstudien... Arch. St. n. Spr. 1876, t. 55, pp. 327-362. − Sain. Sources t. 2 1972 [1925] p. 8; t. 3 1972 [1930] pp. 35-37.

Wiktionnaire

Verbe 1

ébrouer \e.bʁu.e\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. (Artisanat) (Vieilli) Laver, passer dans l’eau un tissu au sortir du métier dans le but ensuite de le teindre.
    • Ébrouer une pièce d’étoffe, de toile.

Verbe 2

ébrouer \e.bʁu.e\ pronominal 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : s’ébrouer)

  1. Pousser un ronflement ou un éternuement, en parlant de certains animaux domestiques chassant l’air de leurs naseaux.
    • Sous le hangar, les chevaux, harcelés par les mouches et piqués par les taons, s’ébrouaient. — (Octave Mirbeau, « La Bonne », dans Lettres de ma chaumière, 1885)
    • La porte d’une écurie voisine s’ouvrait ; un cheval allait à la fontaine d’un pas tranquille, qui résonnait dans les granges ; nous l’entendions flairer l’eau, boire à larges traits et s’ébrouer. — (Marcel Arland, Terre natale, 1938, réédition Le Livre de Poche, page 24)
  2. Se secouer, s’agiter pour chasser l’eau, rincer, égoutter.
    • Les chiens s’ébrouent pour évacuer l'eau de leur pelage.
    • Comme d’une immense forêt qui s’égoutte et s’ébroue. — (Antonin Artaud, Le Théâtre et son double, 1939, p. 69)
  3. (Par extension) Se secouer, s’agiter, s’ébattre (sans idée de rinçage, d’égouttage).
    • Tant qu’a duré ce défilé j’ai eu toutes les peines du monde à faire tenir mon cheval tranquille. Grisé par tout ce bruit et ce mouvement autour de nous, il hennit, piaffe, s’ébroue et danse d’impatience de se mêler à ses congénères. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Ernest Leroux, Paris, 1904, p. 118)
    • Sortirent du taxi deux longues jambes nues, troussées jusqu’à mi-cuisse, un roulant éclat de rire, puis une grande fille s’ébroua, qui portait un chapeau de toile goudronnée comme ceux des matelots de l’ancienne marine à voile. — (Blaise Cendrars, Le Lotissement du ciel, Denoël, Paris, 1949, p. 36)
    • Les voilà [les radicaux] qui s’ébrouent, parlent en maîtres, tracent de leur propre autorité une ligne de partage parmi les élus de la Nation. — (François Mauriac, Journal, 1950, p. 164)

Verbe 3

ébrouer \e.bʁu.e\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Extraire le brou des noix.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ÉBROUER (S'). v. pron.
Éternuer, en parlant des Animaux domestiques lorsqu'ils dégagent leurs naseaux de ce qui y cause de la gêne ou de l'irritation. Il se dit aussi d'un Cheval qui fait un ronflement à la vue des objets qui le surprennent ou qui l'effraient.

Littré (1872-1877)

ÉBROUER (é-brou-é) v. a.
  • Terme de métier. Laver, passer dans l'eau une pièce de toile ou d'étoffe pour en ôter les fils, les pailles et autres ordures. Le son et les eaux dures étant bonnes pour ébrouer, dessécher et dégraisser les bleus, Instr. gén. pour la teinture des laines, 18 mars 1671, art. 14.

HISTORIQUE

XVe s. Ne pourra nul mouiller les draps jusqu'à ce qu'ils soient seellez tous escruz, ou qu'ils aient prins congié aux boujonneurs de les esbrouer seulement, Du Cange, esborrare.

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Étymologie de « ébrouer »

(Verbe 1) (1250) Fait esbroer ; (1390) esbrouer. Probablement emprunté au moyen néerlandais broeyen (« ébouillanter »), d’où « plonger dans l’eau (des tissus que l’on veut nettoyer) » → voir brouet en français, brew en anglais.
(Verbe 2) (1564) Fait esbrouer « éternuer pour dégager les naseaux ». Probablement le même que le précédent avec une dérivation sémantique vers le sens de « écumer » (tout lavage implique un rinçage de l’écume savonneuse) qui s’est ensuite appliqué à l’homme et aux animaux avec le sens d’« ôter l’écume qui vient à la bouche » ; au sens littéral de « se rincer » en parlant des animaux qui se secouent pour se sécher, de là le sens de « secouer, agiter » qui prédomine désormais.
(Verbe 3) De brou avec le préfixe privatif é-.
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Allem. brühen, laver à l'eau chaude ; origine d'autant plus probable que le mot paraît appartenir au nord de la France.

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Phonétique du mot « ébrouer »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
ébrouer ebrwe

Évolution historique de l’usage du mot « ébrouer »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « ébrouer »

  • Iconoclaste assumé, le professeur Raoult n’aime rien tant que provoquer son monde. Devant la Commission d’enquête parlementaire, l’ego en bandoulière, on l’a vu s’ébrouer comme un géant dans un bain de porto. Gaffe aux éclaboussures ! , Santé | Didier Raoult, le retour de bâton
  • Très vite, la légende a couru d’une lande à l’autre. On avait vu Jean Floc’h s’ébrouer à Camaret. A Brézellec, il avait renversé un canot. On racontait que, dans la baie des Trépassés, il rapportait les cordages lancés par des plaisanciers à la manière d’un grand chien affectueux, et qu’il s’était infiltré dans la base nucléaire de Brest. L'Obs, La légende de Jean Floc’h, le plus facétieux des dauphins bretons
  • Si l’ondine de Georges Brassens s’en venait sommeiller sur la plage de Sète, celle d’Eve Gémin semblait, samedi, sortir de l’eau pour venir s’ébrouer sur celle de Saint-Michel-en-Grève. Une œuvre de métal qui n’a cependant pas fait de vieux os sur la plage, corrosion oblige. Le Telegramme, Apparition éphémère sur la grève - Saint-Michel-en-Grève - Le Télégramme
  • On peut donc s'ébrouer dans la piscine du patron à San Antonio, entre frangins complices, et s'attabler une heure plus tard pour une réunion de travail, en oubliant le lien du sang pour se regarder dans le blanc des yeux. De prime abord, ça paraît un peu délicat, voire périlleux. Et pourtant, c'est ainsi que Tony Parker, président de l'Asvel, et TJ, son frère cadet, intronisé coach titulaire de l'équipe pour les trois saisons à venir, ont décidé de poursuivre l'aventure, accrochant leurs destins professionnels au fil fraternel qui les relie depuis toujours. Une audace, une de plus pour Tony Parker, qui passe sa vie à relever des défis auxquels certains n'auraient surtout pas songé, avec une assurance et une foi inébranlables. L'Équipe, Asvel : Tony et TJ Parker, à pile ou face - Basket - Jeep Élite - Asvel - L'Équipe
  • Le mercato, bien que balbutiant ces dernières semaines, va s’ébrouer une fois la saison en marche. Et Chris Froome, en fin de contrat chez Ienos, sera l’un des principaux acteurs. Sauf, s’il décide de quitter Ineos plus tôt que prévu, comme il l’a laissé entendre, jouant magnifiquement du coup de pression sibyllin. « Quand j’entends les rumeurs sur Froome, je repense aux problèmes que j’ai connus l’année dernière. Changer d’équipe durant la saison coûte énormément d’énergie », prévient le Néerlandais, dans une interview à nos confrères du Het Laatste Nieuws. « Après, je ne peux pas parler pour lui. Il doit composer avec sa propre force, et ça, c’est possible avec n’importe quelle équipe. De toute façon, dans les dix derniers kilomètres d’un col, c’est chacun pour soi. Peu importe l’équipe, il faudra quand même le battre… » Le Soir Plus, Dumoulin: «Je ne peux pas parler pour Froome» - Le Soir Plus
  • Fermée depuis trois mois, la piscine de Pamiers rouvrira ses bassins à compter du 25 juin. Une bonne nouvelle pour les nageurs qui vont pouvoir à nouveau s’y ébrouer. Mais après les onze semaines passées en mode confinement, le retour dans les bassins est soumis à un flot de mesures sanitaires. Ainsi, le nombre de nageurs sera limité dans l’espace. Habituellement la jauge est fixée à – 650 personnes. Elle sera limitée à 140 personnes en même temps. ladepeche.fr, Pamiers. Piscine : les bassins de nouveau accessibles le 25 juin - ladepeche.fr

Images d'illustration du mot « ébrouer »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « ébrouer »

Langue Traduction
Anglais shake
Espagnol sacudir
Italien shake
Allemand shake
Chinois
Arabe هزة
Portugais mexe
Russe сотрясения
Japonais 振る
Basque shake
Corse agita
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Synonymes de « ébrouer »

Source : synonymes de ébrouer sur lebonsynonyme.fr

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