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Carrosse

Définitions du mot « carrosse »

Trésor de la Langue Française informatisé

CARROSSE, subst. masc.

A.−
1. Voiture luxueuse à quatre roues, suspendue et couverte, tirée par des chevaux. Monter en (dans un) carrosse. Un carrosse à quatre ou six chevaux. Carrosse de remise. Carrosse de louage qui stationne sous une remise*. Anchise ramena de chez un loueur de carrosses un magnifique coupé (Balzac, Un Prince de la Bohême,1840, p. 368):
1. Au milieu de la chaussée se suivaient et se croisaient des carrosses à deux ou quatre chevaux, les uns fraîchement peints et dorés, garnis de velours avec glaces aux portières se balançant sur un moelleux ressort, peuplés de laquais à l'arrière-train... T. Gautier, Le Capitaine Fracasse,1863, p. 293.
SYNT. Des chevaux de carrosse; un carrosse doré; envoyer son carrosse; un carrosse funèbre.
Vx. (Une personne) à carrosse. (Une personne) d'un certain rang. Une femme honnête et à carrosse (Stendhal, De l'Amour,1822, p. 149).
P. ext., vx. Carrosse de voiture. Voiture de transport en commun, diligence (cf. Proust, Les Plaisirs et les jours, 1896, p. 92).
2. Expr. fig.
a) [Verbale] Rouler carrosse. Mener grand train :
2. Plût au ciel qu'elle [notre fortune] fût faite depuis longtemps... à l'heure qu'il est, nous roulerions carrosse à Paris... Mérimée, Théâtre de Clara Gazul,1825, p. 75.
b) [Nominales] :
Proverbe. C'est un vrai cheval de carrosse. ,,Se dit d'un homme grossier, brutal ou stupide`` (Ac. 1878).
Fam. La cinquième roue du carrosse. Une personne qui ne sert pas à grand-chose, qui ne sert à rien :
3. − Ceux-ci [des savants] (...) jouent à l'Institut le rôle que le dicton populaire attribue à la cinquième roue d'un carrosse. Reybaud, Jérôme Paturot,1842, p. 283.
Rare. Personne de quelque utilité, bien que minime :
4. Que leur demandait-on? − D'être quelque chose dans la machine, clou, cheville ou marteau, cinquième roue à un carrosse, n'importe! la société n'y regarde pas de si près... J. Vallès, Les Réfractaires,1865, p. 31.
Rem. Le syntagme roue de carrosse a donné lieu à des expr. orig. Être fardée en roue de carrosse (cf. T. Gautier, op. cit., p. 297). [En parlant d'une pers. sur qui tout repose] Elle [la gouvernante] est tout ici, en sorte qu'elle malade, les roues du carrosse sont brisées (Balzac, Lettres à l'Étrangère, t. 3, 1850, p. 363).
B.− Fam. Moyen de transport quelconque (train, automobile, péniche, etc.). Il regarda le taxi G-7, le carrosse de leur amour s'éloigner dans une nuée de papier déchiré (L. de Vilmorin, La Lettre dans un taxi,1958, p. 176).
Rem. On rencontre ds la docum. carrosse ou carroche, subst. fém., vx, italianisme (cf. G. Sand, Les Beaux Messieurs de Bois-Doré, t. 1, 1858, p. 58), seulement attesté ds Guérin 1892. Même sens que le subst. masc.
Prononc. et Orth. : [kaʀ ɔs] ou [kɑ-]. [a] ant. ds Dub., Pt Lar. 1968 et Lar. Lang. fr., cf. aussi ds Nod. 1844 et Littré; [ɑ] post. ds Barbeau-Rhode 1930 (avec une demi-longueur) et ds Warn. 1968, cf. aussi ds Fér. 1768, Fér. Crit. t. 1 1787, Land. 1834, Gattel 1841, Fél. 1851 et DG; [a] ou [ɑ] ds Pt Rob. Pour Fouché Prononc. 1959, p. 85 : ,,L'[ɑ] ne fait que se survivre dans carrosse et dans ses dérivés : carrossable, carrossage, carrosser, carrosserie, carrossier``. Pour Grammont Prononc. 1958, p. 32 et pour Mart. Comment prononce 1913, p. 36 et 37 on prononce encore assez souvent ces mots avec [ɑ] post. Fér. 1768, Fér. Crit. t. 1 1787 et Gattel 1841 recommandent de prononcer r forte. Buben 1935, § 35 rappelle que les mots carrosse, colosse, molosse, rosse, grosse, etc. sont trop tardifs pour avoir pu participer à l'allongement (de o) résultant de la réduction de [ss] géminées. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. [1574 carroche fém. « voiture suspendue à quatre roues » (Bibl. Richel. ms. 10400 ds Gay)]; 1575 carrosse id. (Am. Jamyn, Œuv. Poét., L. I, Poeme de la Chasse, 71 rods Hug.); xvies.? [v. Cior. xvies. no13.228] carosse masc. (Vaux-de-Vire, éd. P. L. Jacob, p. 166 [J. Le Houx, XXXVII]); 1670 fig., fam. cheval de carrosse « homme sans esprit, brutal » (Molière, Le Bourgeois gentilhomme, II, 2); 1694 (avoir de quoi) faire rouler un carrosse « être riche » (Ac.); 2. 1819 [et non ds l'éd. de 1803 comme l'indique le FEW] mar. « logement du capitaine dans une galère » (Boiste). Empr. à l'ital. car(r)ozza, subst. fém. attesté au xvies. (Le Tasse ds Batt.), adaptation toscane de carossa issu, avec assibilation septentrionale, d'un type carroccia (d'où fr. carroche, supra), dér., avec suff. -occio, -a, de carro « char » (Devoto; v. aussi Rohlfs t. 1, § 275). Fréq. abs. littér. : 561. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 026, b) 1 468; xxes. : a) 537, b) 399.
DÉR. 1.
Carrossable, adj.[En parlant d'une route, d'un chemin, etc.] Qui est pratiquable pour une voiture tirée par des chevaux, ou pour une voiture automobile. Les cavaliers, au contraire, devaient arriver à la pierre-plate par un chemin qui tournait la montagne en sens inverse, était accessible aux chevaux et même carrossable pour une voiture de chasse, malgré sa raideur (Ponson du Terrail, Rocambole,t. 5, Les Exploits de Rocambole, 1859, p. 452).Rem. On rencontre ds la docum. un emploi plais., pour parler d'un avion. Rencontrer des nuages non carrossables (cf. Morand, Lewis et Irène, 1924, p. 117). [kaʀ ɔsabl̥] ou [kɑ-]. [a] ant. ds Passy 1914, Dub. et Lar. Lang. fr.; cf. encore Littré. [ɑ] post. ds Warn. 1968; cf. encore DG. [a] ou [ɑ] ds Pt Rob. Pour [a] ou [ɑ] cf. également carrosse. Ds Ac. 1878 et 1932. 1reattest. 1825 (Suppl. au dict. de l'Ac. ainsi qu'à la plupart des autres lex. fr., contenant les termes appropriés aux arts et aux sc., Paris); de carrosse, suff. -able*. Fréq. abs. littér. : 30.
2.
Carrossée, subst. fém.Vieilli. Nombre de gens que peut contenir un carrosse bien rempli; grand nombre de gens. Une carrossée de visiteurs (G. Sand, Monsieur Sylvestre,1866, p. 154).[kaʀ ɔse] ou [kɑ-] cf. carrosse. Ds Ac. 1798-1932. 1reattest. 1657 (Tallement des Réaux. Historiettes, 5, 293 [Monmerqué et Paris, 1856] ds Quem.), qualifié de ,,familier`` ds Ac. 1798, et de ,,vieux`` ds Ac. 1932; de carrosse, suff. -ée*.
BBG. − Fiche (une) de Radio-Canada. 101. Carrosse. Vie Lang. 1971, p. 217. − Gottsch. Redens. 1930, p. 51, 417. − Goug. Mots t. 1 1962, p. 205, 207. − Hope 1971, p. 176. − Kohlm. 1901, p. 37. − Lyer (S.). Part. prés. actif avec le sens passif. Archivum romanicum. 1932, t. 16, p. 293 (s.v. carrossable). − Rog. 1965, p. 96. − Sar. 1920, p. 46. − Wind 1928, p. 155, 202.

Wiktionnaire

Nom commun

carrosse \ka.ʁɔs\ masculin

  1. (Vieilli) Ancienne voiture d’apparat à quatre roues, suspendue et fermée.
    • El correo real dans lequel nous quittâmes Burgos mérite une description particulière. Figurez-vous une voiture antédiluvienne, dont le modèle aboli ne peut se retrouver que dans l’Espagne fossile ; des roues énormes, évasées, à rayons très minces, et placées très en arrière de la caisse, peinte en rouge au temps d’Isabelle la Catholique ; un coffre extravagant, percé de toutes sortes de fenêtres de formes contournées et garni à l’intérieur de petits coussins d’un satin qui avait pu être rose à une époque reculée, le tout relevé de piqûres et d’agréments en chenille, que rien n’empêchait d’avoir été de plusieurs couleurs. Ce respectable carrosse était naïvement suspendu par des cordes, et ficelé aux endroits menaçants avec des cordelettes de sparterie. — (Théophile Gautier, Voyage en Espagne, Charpentier, 1859)
    • Quand je lis dans Cendrillon que la bonne fée transforme d’un coup de baguette magique une citrouille en carrosse, je me dis qu’il serait plus intéressant d’apprendre comment on fabriquait réellement un carrosse en ce temps-là. Ici l’Encyclopédie de Diderot est irremplaçable, mais y a-t-il une auteur moins féerique que Diderot ? — (Michel Tournier, Selma Lagerlöf, la grande dame qui venait du froid, dans Les vertes lectures, collection Folio, 2007, pages 134-135)
    • Dans un carrosse qui conduisit le prince et ses « roués » pour un souper à Saint-Cloud, l’un d’eux voulut savoir ce qu’il fallait penser du bruit qui courait. — (Évelyne Lever, La diplomatie secrète du mystérieux abbé Dubois, dans Marianne no 765, 17 décembre 2011)
  2. (Histoire) (Marine) Une des chambres adossées les unes aux autres sur la dunette d’un navire [2].
    • Mais cette nouvelle élévation sur la première nuisant aux qualités du bâtiment on la supprima et on la remplaça par un carrosse, assemblage de petites chambres adossées les unes aux autres et établies sur le milieu de la dunette du vaisseau. — (Artaud de Montor, Encyclopédie des gens du monde, 1837, vol. 8, page 718)
  3. (Histoire) (Marine) Logement du capitaine sur une galère [2].
    • Le logement du capitaine est en arrière où est un carrosse ou une chambre fermé par une couverture d’étoffé fixée sur des cerceaux de bois […]. En dessous du carrosse est un logement appellé le gavon qui prend du jour par des ouvertures oblongues percées dans les côtés de la galère. — (Encyclopédie méthodique, Panckouke, 1786, tome 2, page 463)
  4. (Vieilli) (Pêche) (Désuet) Petit parc pour la pêche [2].
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  5. (Histoire des techniques) Instrument de cordier pour tordre les câbles [2].
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  6. (Canada) Petite voiture qu’on pousse, et qui sert généralement à déplacer les enfants en bas âge.
    • Elle a retardé l'échéance, car elle sait pertinemment que, même plié, le carrosse de bébé va encombrer l'entrée de son appartement pendant de longs mois, voire quelques années. — (Kathy Dorl, Ce que femme veut..., Éd. Hélène Jacob, 2013)

Forme de verbe

carrosse \ka.ʁɔs\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent de carrosser.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent de carrosser.
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent de carrosser.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent de carrosser.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de carrosser.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CARROSSE. n. m.
Ancienne voiture d'apparat à quatre roues, suspendue et fermée. Carrosse de louage. Aller en carrosse. Avoir carrosse. Fig., Rouler carrosse, Être assez riche pour avoir une voiture, pour mener un certain train de vie. Fig. et fam., C'est une cinquième roue à un carrosse, C'est une personne, une chose qui ne sert à rien.

Littré (1872-1877)

CARROSSE (ka-ro-s') s. m.
  • 1Voiture à quatre roues, suspendue et couverte. Chevaux de carrosse. Avoir, prendre, rouler carrosse. Mata menant sa maîtresse à son carrosse, Hamilton, Gramm. 4. Elle monta promptement en carrosse, Hamilton, ib. 7. La pauvre femme n'ose pas aller en carrosse, Sévigné, 143. Son carrosse était demeuré à demi-lieue de Vitré, Sévigné, 69. Et mon homme d'avoir chiens, chevaux et carrosses, La Fontaine, Fables, VII, 14. Comme il n'y avait pas longtemps que les carrosses à glaces étaient en usage, Hamilton, Gramm. 7. Il descend du palais, et trouvant au bas du grand degré un carrosse qu'il prend pour le sien, il se met dedans ; le cocher touche, et croit ramener son maître dans sa maison, La Bruyère, 11. Tu te trompes si, avec ce carrosse brillant, ce grand nombre de coquins qui te suivent et ces six bêtes qui te traînent, tu penses que l'on t'en estime davantage, La Bruyère, 2.

    Fig. Il est brutal, stupide comme un cheval de carrosse, c'est un vrai cheval de carrosse, se dit d'un homme brutal et stupide. Comment, grand cheval de carrosse ! Molière, Bourg. gent. II, 3. Il est vrai que cela est écrit du style d'un cheval de carrosse, Voltaire, Lett. Helvétius, 1er mai 1763.

    Carrosse de voiture s'est dit au XVIIIe siècle pour ce que nous appelons diligence. Un carrosse de voiture qui allait à Bordeaux fut dans la route attaqué par des voleurs, Marivaux, Vie de Marianne, 1re partie, p. 7.

  • 2 Terme de marine. Logement sur l'arrière d'un bâtiment.
  • 3 Terme de pêche. Petit parc très bas dont le dessus est couvert par un filet.

SYNONYME

CARROSSE, VOITURE. On ne dira pas : mon carrosse est à la porte ; je vous prendrai dans mon carrosse ; il faut dire : ma voiture est à la porte ; je vous prendrai dans ma voiture. Carrosse implique une idée de luxe et de faste qui n'en permet l'emploi que dans certains cas.

HISTORIQUE

XVIe s. Et ensuite un gros vilain carosse qui acouchoit de petits carossillons, D'Aubigné, Faen. IV, 20. On murmura aussi que les carosses seroient censurées, Sat. Ménipp. 198. Un carrosse à trente-six portieres [une charrette], Oudin

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

CARROSSE. Ajoutez :
4 Anciennement, avoir de quoi faire rouler un carrosse, être riche, Dict. de l'Acad. éd. 1694. Un homme à carrosse, une dame à carrosse, ceux qui se distinguent du peuple par l'équipage d'un carrosse, ceux qui font rouler le carrosse, Furetière, 1690.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

* CARROSSE, s. m. (ouvrage de Sellier-Carrossier, de Charron, de Serrurier, &c.) c’est une voiture commode & même quelquefois très-somptueuse, suspendue à des soûpentes ou fortes courroies de cuir, & montée de roues sur lesquelles elle se meut. Voyez Roue, Timon, Soûpente, Avant-train, Arriere-train, &c.

En France & dans le reste de l’Europe, les carosses sont tirés par des chevaux ; excepté en Espagne où l’on se sert de mules : dans une partie de l’Orient, & particulierement dans les états du grand seigneur, on y attele des bœufs, & quelquefois des rennes ; mais c’est moins par usage que par ostentation. Le cocher est ordinairement placé sur un siége élevé sur le train, au-devant du carrosse : mais en Espagne la politique l’en a déplacé par un arrêt, depuis qu’un comte duc d’Olivarès se fut apperçû qu’un secret important, dont il s’étoit entretenu dans son carrosse, avoit été entendu & revélé par son cocher ; en conséquence de cet arrêt, les cochers Espagnols occuperent la place qu’occupent les cochers dans nos carrosses de voiture. Chambers.

Les carrosses sont de l’invention des François, & par conséquent toutes les voitures qu’on a imaginées depuis à l’imitation des carrosses. Ces voitures sont plus modernes qu’on ne l’imagine communément. L’on n’en comptoit que deux sous François I. l’une à la reine ; l’autre à Diane, fille naturelle de Henri II. Les dames les plus qualifiées ne tarderent pas à s’en procurer ; cela ne rendit pas le nombre des équipages fort considérable ; mais le faste y fut porté si loin, qu’en 1563, lors de l’enregistrement des lettres-patentes de Charles IX. pour la réformation du luxe, le Parlement arrêta que le Roi seroit supplié de défendre les coches par la ville ; & en effet, les conseillers de la cour, non plus que les présidens, ne suivirent point cet usage dans sa nouveauté ; ils continuerent d’aller au Palais sur des mules jusqu’au commencement du dix-septieme siecle.

Ce ne fut que dans ce tems que les carrosses commencerent à se multiplier ; auparavant il n’y avoit guere que les dames qui s’en fussent servies. On dit que le premier des seigneurs de la cour qui en eut un, fut Jean de Laval de Bois-Dauphin, que sa grosseur excessive empêchoit de marcher & de monter à cheval. Les bourgeois n’avoient point encore osé se mettre sur le même pié : mais comme cette voiture, outre sa grande commodité, distingue du commun, l’on passa bien-tôt par-dessus toute autre considération ; d’autant plus qu’on n’y trouva aucun empêchement de la part du prince ou des magistrats. De-là vint cette grande quantité de carrosses, qui se firent pendant les regnes de Louis XIII, de Louis XIV, & de Louis XV. Il y en a, à ce qu’on croît, à peu près quinze mille de toutes sortes à Paris seulement ; au reste, on ne sera pas surpris de ce nombre, si on le compare à celui des seigneurs qui l’habitent, & des riches citoyens qui y sont établis, & à la facilité d’y entretenir des chevaux par le bon ordre de la police, qui y procure sans cesse l’abondance des grains & des fourages, & qui veille au dehors & au dedans sur le prix des choses, & sur la conduite du marchand & de l’ouvrier. Au reste M. l’abbé Gedoyn dans un de ses ouvrages, déploré fort cette multiplicité de carosses, qu’il regarde comme une des principales causes de la décadance des lettres, par la facilité qu’elle apporte à la dissipation.

Les carrosses ont eu le sort de toutes les nouvelles inventions, qui ne parviennent que successivement à leur perfection. Les premiers qu’on fit étoient ronds & ne tenoient que deux personnes ; on leur donna dans la suite plus de capacité, on les fit quarrés, & on s’y asseyoit quatre personnes ; ils étoient fermés par devant, comme le sont encore ceux de loüage. On peut dire qu’il ne manque plus rien aujourd’hui soit à leur commodité, soit à leur magnificence ; ils sont ornés en dehors de peintures très-finies, & garanties par des vernis précieux ; ils sont couverts en dedans de velours.

Les parties de menuiserie sont élégamment sculptées ; celles du charronage ont des moulures & des dorures ; le Serrurier y a étalé tout son savoir-faire par l’invention des ressorts doux, plians, & solides ; le Sellier n’y a rien négligé dans les parties en cuir. On a publié quelques lois somptuaires pour modérer la dépense excessive de ces voitures : il a été défendu d’y employer l’or & l’argent ; mais l’exécution de ces défenses a été négligée.

On distinguoit jadis deux sortes de carrosses, les uns à arcs de fer, les autres sans arcs : mais l’usage des arcs a passé. Voyez Arc de Charron. Les parties principales du carrosse sont l’avant-train, le train, le bateau, l’impériale, les quenouilles, les fonds, les portieres, les mantelets, les gouttieres, les roues, le timon, l’arriere-train, &c.

Les carrosses ont différens noms, eu égard à leur structure ; il y a des carrosses proprement dits, des carrosses coupés, des caleches, des berlines, &c. ils en ont aussi d’autres, eu égard à leur usage ; & il y a des carrosses de campagne, des carrosses de voiture, des carrosses de loüage, &c. Voyez Pl. du Sellier-Carrossier, des figures de la plûpart de ces voitures.

Le carrosse proprement dit, est à quatre places ; le carrosse coupé n’a qu’un fond sur le derriere, & un strapontin sur le devant. Si la voiture est légere, a des roues très-basses, est ouverte de toutes parts, à un, à deux, à trois rangs de places où l’on est assis, non le visage tourné les uns vers les autres, comme dans les carrosses ordinaires, mais pour ainsi dire de front, chaque rang ayant son dossier ; on l’appelle caleche. Il y a des chaises de cent façons différentes. Voyez Chaise. Il y a des carrosses de voiture, qui servent à transporter les voyageurs d’une ville dans une autre. Voyez Coche.

Quelque grand que fût le nombre des carrosses sous Louis XIV. l’usage en paroissoit encore reservé aux grands & aux riches ; & ces voitures publiques, qui sont maintenant à la disposition des particuliers, n’étoient point encore établies. Ce fut un nommé Sauvage à qui cette idée se présenta ; son entreprise eut tout le succès possible : il eut bien-tôt des imitateurs. Sauvage demeuroit rue S. Martin, à un hôtel appellé S. Fiacre ; c’est de-là qu’est venu le nom de Fiacre, qui est resté depuis & à la voiture & au cocher. En 1650, un nommé Villerme obtint le privilége exclusif de loüer à Paris, de grandes & de petites carioles. M. de Givri en obtint un pour les carrosses : il lui fut accordé par lettres-patentes du mois de Mai, de 1657, de placer dans les carrefours, & autres lieux publics, des carrosses à l’heure, à la demi-heure, au jour, qui meneroient jusqu’à quatré à cinq lieues de Paris. L’exemple de M. de Givri encouragea d’autres personnes à demander de pareilles graces ; & l’on eut à Paris un nombre prodigieux de voitures de toute espece. Les plus en usage aujourd’hui sont les carrosses appellés fiacres, les broüettes, les chaises à porteur, & les voitures pour S. Germain, Versailles, & autres lieux circonvoisins de Paris, sans compter les voitures d’eau. Voyez Coche, de Terre, COche d’Eau, &c.

Les fiacres ou carrosses de place se payent ici vingt-quatre sous la premiere heure, & vingt sous les autres : mais il me semble que la police de ces voitures pourroit être perfectionnée, en instituant sur les places un officier qui reçût leur salaire & qui les fît partir, & en leur défendant de prendre personne dans les ruës & de s’y arrêter ; par ce moyen, ils ne mettroient pas le public à contribution, & ne voleroient pas leurs maîtres. Ce sont les commissaires qui font ici la police des fiacres ; ainsi qu’à Londres où les fiacres ont des numeros derriere, comme parmi nous. Le prix qu’on doit leur payer le tems, a été fixé par le quatrieme statut de Charles II. confirmé par d’autres de la cinquieme & sixieme année de Guillaume III. il leur est dû pour une journée entiere de douze heures, dix sols sterlin ; pour une heure seule, un sous six deniers ; pour chaque heure après la premiere, un sou : ils sont obligés de mener à ce prix tous ceux qui s’en servent jusqu’à dix milles de Londres.

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Étymologie de « carrosse »

(Date à préciser) Du moyen français carroche, de l’italien carrozza, adaptation toscane de carossa issu, avec assibilation septentrionale, d’un type carroccia (d’où la forme carroche), dérivé carro (« char ») avec le suffixe -occia[1].
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Bourguig. cairosse ; de l'ital. carrozza, forme dérivée de carro, char (voy. CHAR). Carrozza étant féminin en italien, carrosse a été féminin : Toujours d'un valet ta carrosse est suivie, Régnier, Él. 2. L'italien ayant d'autre part carroccio, on a dit aussi carroche.

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Phonétique du mot « carrosse »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
carrosse karɔs

Évolution historique de l’usage du mot « carrosse »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « carrosse »

  • Le carrosse du passé ne nous conduit nulle part. De Maxime Gorki
  • Quand on a faim, une citrouille vaut mieux qu'un carrosse. De Thérèse Amiel
  • J’ai trouvé l’arrivée de Charlotte et Alfred Van der Smissen dans un village après que leur armée l'a décimé, intéressante à dessiner. Il y a un côté western : la poussière, la crasse, les ruines, la mort, et par contraste, leur petit carrosse brillant. Et ce jeu sur les opposés, c’est la marque de fabrique de Fabien Nury : quelque chose de très calme, de très fleur bleue et aussitôt après, des éléments ultra violents. C’est ce qui va donner beaucoup de valeur à la scène.»   France Inter, Bande dessinée, Bonhomme et Nury : « Charlotte Impératrice », naissance d’une femme d’Etat

Traductions du mot « carrosse »

Langue Traduction
Anglais carriage
Espagnol carruaje
Italien carrozza
Allemand kutsche
Portugais carruagem
Source : Google Translate API

Synonymes de « carrosse »

Source : synonymes de carrosse sur lebonsynonyme.fr

Carrosse

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