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Simone de Beauvoir : vie et œuvre

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N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.

L’auteure de cette mise en garde n’est autre que celle qui, après une vie de combats menés en faveur du féminisme et du communisme, est devenue la présidente de la Ligue des femmes en 1974. Simone de Beauvoir, femme de lettres et de convictions, est aujourd’hui consacrée comme la matriarche du MLF (mouvement de libération des femmes). Née au début du XXe siècle, elle a voué sa vie à étudier le rôle de la femme dans une société et à une époque où ni le droit à l’avortement, ni le droit de vote pour les femmes n’étaient reconnus.

Loin d’être seulement la compagne de Sartre ou la militante austère qu’on s’imagine souvent, Simone de Beauvoir était avant tout une intellectuelle, auteure d’un ouvrage majeur lu dans le monde entier : Le Deuxième sexe, dressant le portrait sociologique de la femme à travers l’histoire, abordant les sujets de l’autonomie financière, du partage des tâches ménagères, de la femme-objet, etc. 

Habitée par un grand esprit de révolte (qui la pousse à défendre l’idéal communiste même dans ses pires manifestations), Simone de Beauvoir a su très tôt quel serait son rôle dans l’histoire. Dans une interview, elle confie : « J’ai commencé à vouloir vraiment écrire vers quinze ans. C’était la seule façon que je voyais à l’époque de se faire un nom. D’être quelqu’un ».

Qui est Simone de Beauvoir ?

Simone de Beauvoir

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Simone de Beauvoir naît le 9 janvier 1908, dans le Paris chic de la Belle époque. Son père est avocat, mondain et beau parleur, et sa mère une fervente catholique, issue de la riche bourgeoisie verdunoise. Sa famille vit de la rente et de mariages arrangés. Elle est installée dans un chic appartement à Montparnasse, au-dessus du café de la Rotonde.

Dès l’âge de cinq ans, elle entre au Cours Désir, une école catholique pour « bonnes familles ». La jeune Simone montre déjà un esprit éveillé. A l’âge de sept ans, alors qu’elle joue au Luxembourg, une dame s’arrête pour la complimenter sur ses jolis mollets. Elle lui rétorque, indignée : « Je ne suis pas un corps, je suis moi ». 

Elle suit toute sa scolarité au Cours Désir, jusqu’à son baccalauréat, qu’elle obtient avec mention très bien en 1924. C’est une élève brillante et surdouée, spécialisée en philosophie et mathématiques élémentaires. Durant sa scolarité, elle se dispute d’ailleurs souvent la place de première de la classe avec une camarade, Elisabeth Lacoin, dite « Zaza », qui devient par la suite sa meilleure amie. Zaza l’émancipe, critique la vie bourgeoise, les conventions.

Simone est élevée dans la foi catholique et est très croyante dans sa jeunesse. Même après l’abandon de la religion, elle conserve cette vision binaire du monde, divisé et tiraillé entre le bien et le mal. Avec Zaza, elles lisent Proust, sont fascinées par le temps perdu, le vide et surtout, le néant. 

Amoureuse d’un garçon que ses parents lui interdisent d’épouser, Zaza tombe malade et meurt à l’âge de 21 ans. Beauvoir ne l’oubliera jamais, et considèrera que la bourgeoisie a tué son amie d’enfance. C’est le début d’un refus, moteur de son combat. Rejetant la vision étriquée d’une vie de femme au foyer, elle prend le contre-pied de l’exemple légué par sa mère, femme trompée, qui a usé ses années à tenir un foyer. Elle en est persuadée : le sens du sacrifice qu’on lui vend n’apporte rien d’autre que du ressentiment. « Je me construirai une force où je me réfugierai à jamais, je veux vivre la grande aventure d’être soi », écrit-elle.

Cette force, Simone de Beauvoir la puise dans la faculté de penser. En 1925, elle s’inscrit à la Sorbonne, et suit plusieurs licences : lettres, mathématiques, latin, grec, philosophie, sociologie… Durant quatre ans, elle se réfugie dans le savoir, lors de longues soirées passées à la Bibliothèque Sainte Geneviève. 

Un ami normalien la surnomme « castor », car, comme elle, « les castors vont en bande et ont l’esprit constructeur », interprète-t-elle dans ses Mémoires. Ce surnom, c’est aussi celui que lui donne Jean-Paul Sartre, alors étudiant et rencontré sur les bancs de l’agrégation de philosophie en 1929. Pour passer ce concours, Simone de Beauvoir a dû entamer une grève du silence face à ses parents qui s’y opposaient. D’autant plus qu’elle ne reçoit pas d’aide pour les concours, puisque l’Ecole Normale était à l’époque interdite aux femmes. A l’issue de l’agrégation, Sartre est reçu premier, Beauvoir, seconde.

« Mes vingt premières années se sont écoulées entre Notre-Dame-des-Champs et Saint-Germain-des-Prés sans qu’il m’arrive rien d’exceptionnel… » écrit Simone de Beauvoir. Mais l’année 1929 est charnière pour la future femme de lettres : elle trouve dans Sartre un double intellectuel, un compagnon de route, elle devient autonome financièrement, se libère du joug familial. En 1931, elle est nommée professeur à Marseille, Sartre, au Havre. Elle refuse la demande en mariage qu’il lui fait pour se retrouver. En 1932, elle est nommée à Rouen, plus près de Sartre. Ils forment un couple libre : ils sont à chacun un amour nécessaire mais ne s’interdisent pas des amours « contingentes ».

Simone, Sartre et la politique

En 1933, elle rend visite à Sartre à Berlin. Il succède à Raymond Aron comme professeur à l’Institut français. Hitler vient d’accéder au pouvoir. Pourtant, contrairement à Aron, ni Beauvoir ni Sartre ne voient le danger advenir, malgré les coups de provocation d’Hitler. 

Beauvoir se veut pacifiste, et avoue même un soulagement à l’issue du pacte de Munich. Un an plus tard, la guerre est déclarée. La vie de Simone de Beauvoir bascule radicalement : Sartre est fait prisonnier en Allemagne, elle, professeure à Paris, assiste seule à la débâcle de juin 1940. Lorsque Sartre est libéré, en 1941, ils n’entrent pas en Résistance active, mais s’occupent de survivre et se retrouvent au Flore tous les matins, pour écrire.

A l’époque, tous les manuscrits de Beauvoir ont été refusés, mais elle s’intègre davantage dans la vie littéraire et artistique de Paris. Elle et Sartre lient une amitié avec Camus, Giacometti, Picasso, Hemingway… 

En 1943, les éditions Gallimard publient L’Invitée, son tout premier roman. Le roman a du succès, elle veut désormais s’engager. Après la guerre, elle multiplie les publications : romans, essais, théâtres (Tous les hommes sont mortels ; Les Bouches inutiles ; Pyrrhus et Cinéas…). En 1954, elle obtient le prix Goncourt pour Les Mandarins. Elle fait partie des auteurs les plus lus dans le monde.

Avec Sartre, elle fonde la revue des Temps modernes. Leur but est d’avoir une véritable influence sur les choix politiques et idéologiques de leur époque. Ils s’entourent de grandes plumes et amis comme Camus, Aron et Mauriac. 

Simone de Beauvoir a une telle renommée qu'elle est invitée pour une tournée de conférences aux Etats Unis. Elle découvre New York : « Il y a quelque chose dans l’air qui rend le sommeil inutile », partage-t-elle. Invitée à rencontrer l’écrivain communiste Nelson Algren, elle découvre Chicago. Elle découvre aussi l’amour fou : leur passion est immédiate et évidente. 

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Elle rentre à Paris en emportant de lui une bague en laiton qui la suit jusque dans son cercueil. Ils s’échangent des lettres enflammées, mais il rompt avec elle lors de la parution de La Force des choses (1963) récit autobiographique où elle accorde une place mineure à leur histoire en comparaison à sa relation avec Sartre.

La naissance du Deuxième sexe

Couverture du Deuxième sexe

De retour à Paris, Simone de Beauvoir met en marche son projet autobiographique. Pour le mener à bien, elle doit connaître ce qu’est une femme. Une démarche qui mène à la parution du Deuxième sexe, en 1949. 

La sortie du livre fait polémique, on la traite de « vieille fille frigide », on la relègue aussi à sa relation à Sartre, elle est surnommée « Notre-Dame de Sartre », ou « La grande Sartreuse ». Mauriac, éditorialiste au Figaro, écrit : « Dorénavant, nous savons tout du vagin de la patronne des Temps modernes ». Les communistes s’indignent aussi de leur côté. Une majorité des hommes l’accuse de « ridiculiser le mâle français », pour reprendre les mots de Camus. Le livre est malgré tout un succès en librairie, tant auprès des femmes que des hommes. Simone de Beauvoir connaît alors une réputation de rock-star. Le livre est un best-seller mondial, traduit en 121 langues.

L’arrivée de la guerre froide bouleverse la vie de Simone de Beauvoir. Sa haine pour l’Amérique des années 1950, la chasse aux sorcières, le monde de la consommation la pousse à se tourner vers le bloc de l’Est et les communistes. Avec Sartre, elle choisit le camp de la révolution et du prolétariat. 

Sartre écrit : « Tout anti-communiste est un chien, l’Amérique a la rage ». Le couple ne remettra jamais en cause son idéal communiste, malgré la marche soviétique sur Budapest, malgré la répression du Printemps de Prague et des crimes de masse. Symbole mondial de la conscience de gauche, le couple est invité à Moscou, rencontre Fidel Castro, Mao… En parallèle, Simone de Beauvoir s’engage dans la décolonisation, elle prend partie pour l’indépendance de la guerre d’Algérie.

Au début des années 1970, des mouvements féministes naissent, défendant l’émancipation du corps, la jouissance, ardemment soutenus par Simone de Beauvoir. Le Mouvement de libération des femmes la prend pour cheffe de file. Avec ce mouvement, Simone de Beauvoir enjoint les femmes de son époque à se libérer de certains déterminismes : se marier, avoir des enfants, être mère au foyer. Des prises de position qui choquent alors. 

En 1971, elle signe le Manifeste des 343 salopes, dans le Nouvel Obs, qui défend l’avortement, alors illégal. Avec l’avocate Gisèle Halimi, elle fonde Choisir la cause des femmes, un mouvement de lutte pour la dépénalisation de l’avortement.

Simone de Beauvoir vit mal les dernières années de sa vie, aux côtés d’un Sartre devenu presque aveugle, ravagé par la vie. En avril 1980, son amant de toujours meurt. Simone de Beauvoir est dévastée, elle n’imagine pas lui survivre : « Sa mort nous sépare. Ma mort ne nous réunira pas. C'est ainsi ; il est déjà beau que nos vies aient pu si longtemps s'accorder ». Elle meurt à son tour, six ans plus tard, jour pour jour après son compagnon, le 14 avril 1986. Elle est inhumée au cimetière du Montparnasse.

L’œuvre de Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir est moins admirée pour le génie littéraire de Sartre et sa plume que pour ses idées et son charisme intellectuel. On retient de ses publications son premier roman, L’Invitée, qui s’inspire d’un trio amoureux formé entre elle, Sartre et Olga, une amie. Le roman aborde les thèmes du désir, de la jalousie, de la folie amoureuse. Il obtient un grand succès, ouvrant la voie à de futurs ouvrages de genres divers, dans lesquels Simone de Beauvoir expose ses prises de position.

Les idées d’une femme révoltée

Des œuvres de Simone de Beauvoir, nous pouvons citer les principales : Les Bouches inutiles, une pièce de théâtre publiée en 1945 ; Les Mandarins, un roman publié en 1954, qui met en scène des intellectuels parisiens et leurs discussions au sujet de la société d’après-guerre ; les Mémoires d’une jeune fille rangée, est récit autobiographique publié en 1958, dans lequel elle revient sur son enfance, son éducation et son émancipation d’un milieu dont elle est issue. À travers son histoire personnelle, c’est toute la question de la destinée de la femme issue d’un certain milieu qu’elle évoque. 

En 1964, elle publie Une mort très douce. Elle y raconte l’agonie de sa mère, atteinte par un cancer et écrit : « Il n'y a pas de mort naturelle: rien de ce qui arrive à l'homme n'est jamais naturel puisque sa présence met le monde en question. Tous les hommes sont mortels : mais pour chaque homme sa mort est un accident et, même s'il la connaît et y consent, une violence indue. » 

Sur le même thème, elle publie son essai La Vieillesse en 1970 : à tout âge, Simone de Beauvoir s’est trouvée vieille, parlait de la « vérole » qui dévorait son visage. Elle y détaille l’idée qui l’a toujours obsédée, celle du temps qui passe

Ses engagements et principales idées sont aussi exposés dans La Force de l’âge et La Force des choses, deux récits autobiographiques faisant suite aux Mémoires d’une jeune fille rangée et publiés respectivement en 1960 et 1963. 

Par ailleurs, il faut noter son engagement aux côtés de Sartre dans le courant de l’existentialisme mais aussi dans le communisme. Néanmoins, elle pousse cet idéal jusqu’à l’aveuglement intellectuel. En revenant de son voyage en Chine, elle écrit La Longue marche, en 1957, livre qu’elle reniera plus tard. Mais contrairement à des intellectuels qui se sont par la suite désolidarisés du mouvement – comme Camus avec L’Homme révolté – jamais elle n’a renoncé à son idéal révolutionnaire.

L’œuvre de sa vie

Son principal ouvrage, Le Deuxième sexe, est né d’une recherche approfondie de la condition de la femme. Pour l’écrire, Simone de Beauvoir a ingurgité toutes les références sur le sujet, qu’il s’agisse d’histoire, de biologie, de psychanalyse, de littérature... Elle a très vite eu pour idée de faire une encyclopédie des raisons pour lesquelles les femmes étaient alors considérées comme inférieures aux hommes. 

Dans cet ouvrage essentiel, Simone de Beauvoir étrille l’idéal féminin d’une femme fragile, dévouée à un homme. Elle souligne la force physique du mâle, qui lui permet d’être ceux qui ont une prééminence économique. Elle établit également une bipartition entre l’homme qui serait depuis toujours le sujet, et la femme, l’objet. 

Beauvoir aborde tous les sujets : l’anatomie féminine, l’instinct maternel, les tâches ménagères, le travail des femmes : « La femme qui a le plus de chance de s’en tirer dans la vie, c’est celle qui travaille. L’émancipation de la femme commence par l’émancipation économique ». Et c’est bien évidemment dans cet ouvrage que l’on retrouve la grande devise de Simone de Beauvoir, et des féministes qui lui ont emboîté le pas : « On ne naît pas femme : on le devient. Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine ; c'est l'ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu'on qualifie de féminin. Seule la médiation d'autrui peut constituer un individu comme un Autre. »

Le quiz

Quelle est la profession de Jean-Paul Sartre, partenaire et ami intime de Simone de Beauvoir ?

  • Politique
  • Philosophe
  • Peintre

Quand Simone de Beauvoir commence-t-elle à écrire pour gagner sa vie ?

  • Dès 1931
  • Dès 1921
  • Dès 1941

Quand meurt Simone de Beauvoir ?

  • En 1963
  • En 1986
  • En 1979

Quelle est la nationalité de Simone de Beauvoir ?

  • Anglaise
  • Française
  • Américaine

Quelle est la date de naissance de Simone de Beauvoir ?

  • 9 juillet 1908
  • 9 janvier 1908
  • 9 mai 1908

Quel est le titre du premier roman écrit par Simone de Beauvoir ?

  • Le Deuxième Sexe
  • L'Invitée
  • La Force des choses

Quand Simone de Beauvoir a-t-elle obtenu le prix Goncourt ?

  • 1954
  • 1966
  • 1962

Quel est le thème principal du livre Le Deuxième Sexe écrit par Simone de Beauvoir ?

  • L'inégalité entre les sexes
  • La place des femmes dans l'histoire
  • L'histoire des femmes en France
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Violaine Epitalon

Violaine Epitalon est journaliste, titulaire d'un Master en lettres classiques et en littérature comparée et spécialisée en linguistique, philosophie antique et anecdotes abracadabrantesques.

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