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Damasquiner

Définitions du mot « damasquiner »

Trésor de la Langue Française informatisé

DAMASQUINER, verbe trans.

Incruster à froid, au marteau, de petits filets (d'argent, d'or, de cuivre) formant décor, dans un autre métal (fer, acier, cuivre). J'ai de plus d'un estoc damasquiné le fer (Heredia, Troph.,1893, p. 103).
[Le suj. désigne le métal incrusté] Frein que l'or damasquine (Hugo, Orient.,1829, p. 125).
P. métaph. Poignard que mon sang damasquine (Borel, Rhaps.,1831, p. 49).Sous un grand dais d'azur que l'astre damasquine (Hugo, Dieu,1885, p. 31).
Rem. La docum. atteste un emploi pronom. réfl. au sens fig. de « s'enjoliver ». Il faudra joliment se brosser, se ficeler, se damasquiner reprit Florine (Balzac, Splend. et mis., 1844, p. 230).
Prononc. et Orth. : [damaskine], (je) damasquine [damaskin]. Admis ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1537 damasquiné « incrusté de filets d'un métal précieux » (Comptes des Bâtiments du Roi, éd. L. de Laborde, II, 228 ds IGLF). Dér. de damasquin*; dés. -er. Fréq. abs. littér. : 10.
DÉR. 1.
Damasquinage, subst. masc.a) Action ou art de damasquiner et, p. méton., résultat de cette action (cf. Vogüé-Neufville 1971). b) P. anal. Ornementation rappelant les incrustations sur métal. La sévère ruine que nous admirons aujourd'hui serait, sans aucun doute, incrustée d'un affreux damasquinage Pompadour (Hugo, Rhin,1842, p. 326).Nous sommes sensibles à son écriture [de la tapisserie] (...), à la « Dame à la Licorne » et à ses timides damasquinages (Malraux, Voix sil.,1951, p. 34). [damaskina:z]. Ds Ac. 1932 qui souligne qu'on prononce l's dans le mot ainsi que dans damasquiner, damasquinerie, damasquineur, damasquinure. Cet s rattache ces mots à damas. 1reattest. 1611 (Cotgr.); de damasquiner, suff. -age*. Fréq. abs. littér. : 1.
2.
Damasquinerie, subst. fém.,rare. Ouvrage damasquiné (cf. damasquiné II B). Stalles dominées par une galerie d'une somptueuse damasquinerie de vieil or (T'serstevens, Itinér. esp.,1963, p. 265). [damaskinʀi]. Ds Ac. 1798-1932. 1reattest. 1571 (Arch. curieuses de l'hist. de France dep. Louis XI jusqu'à Louis XVIII, éd. L. Cimber et F. Daujou, 9, 116 ds Höfler, p. 93, note 16); de damasquiner, suff. -ie*. Fréq. abs. littér. : 1.
3.
Damasquineur, subst. masc.,,Artiste qui exécute des damasquinages`` (Adeline, Lex. termes art, 1884). [damaskinœ:ʀ]. Ds Ac. 1798-1932. 1reattest. 1558 (Cptes de Catherine de Médicis, fo53 vods Gay, s.v. damasquinure); de damasquiner, suff. -eur2*.
4.
Damasquinure, subst. fém.Ornements d'un métal damasquiné. J'aime votre âpreté, avec ses délicatesses de langage, qui la font valoir comme des damasquinures sur une lame fine (Flaubert, Correspondance, 1857, p. 205).Les incrustations de la crosse ces damasquinures si riches (Renard, Lanterne sourde,1893, p. 79). [damaskiny:ʀ]. Ds Ac. 1694 et 1718, s.v. damasquineure avec l'anc. forme de la finale -ure; ds Ac. 1740-1932 sous la forme moderne. 1reattest. 1611 damasquineure (Cotgr.); de damasquiner, suff. -ure*. Fréq. abs. littér. : 5.

Wiktionnaire

Verbe

damasquiner \da.mas.ki.ne\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Incruster de petits filets d’or ou d’argent dans du fer ou de l’acier.
    • Damasquiner une épée, une garde d’épée.
    • Damasquiner d’or.
    • Damasquiner d’argent.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

DAMASQUINER. v. tr.
Incruster de petits filets d'or ou d'argent dans du fer ou de l'acier. Damasquiner une épée, une garde d'épée. Damasquiner d'or. Damasquiner d'argent. Couteau damasquiné. Cuirasse damasquinée.

Littré (1872-1877)

DAMASQUINER (da-ma-ski-né) v. a.
  • Incruster de l'or ou de l'argent dans de l'acier. Damasquiner une épée. On damasquinait [sous Charlemagne] le fer, on fabriquait le verre, Voltaire, Mœurs, 19. [Le vieux Omer eût donné] Tout, jusqu'au cheval blanc qu'il élève au sérail, Jusqu'au frein que l'or damasquine, Hugo, Orient. 21.

HISTORIQUE

XVIe s. Une robbe à la mode de Perse, longue, damasquinée et parfumée, Montaigne, II, 346. Le bois d'erable est plus madré, figuré et damasquiné que nul autre bois, Palissy, 28. Couvrez la tendre chair de vos greves divines Du cuir damasquiné de vos courtes bottines, Ronsard, 937. Les Turcs ayment à avoir leurs espées qu'ils nomment cimeterres, non pas aussi luisantes comme les notres, mais damasquinées, c'est à dire ternies de costé et d'autre : par quoy les armuriers sçavent detremper du sel armonniac et verd avec du vinaigre dedens quelque escuelle, où ils mettent la pointe du cimeterre : lequel estant tenu debout, laissent couler de ladicte mixture tout le long du jour par dessus ; car cela mange un peu le fer ou acier, suivant la veine qu'il trouve en longueur, qui luy donne bonne grace, d'autant qu'on le brunist par après pour estre plus plaisant à la vue, De Laborde, Émaux, p. 244.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

DAMASQUINER, v. act. (Cisel.) c’est l’art d’enjoliver le fer ou l’acier, &c. en lui donnant une façon qui consiste à le tailler ou graver, puis à remplir les raies qu’on y fait d’un fil d’or ou d’argent. C’est une espece de mosaïque : aussi les Italiens lui donnent-ils le même nom tausia, qu’à la marqueterie. Cette sorte de travail a pris son nom de la ville de Damas, où il s’est fait quantité de beaux ouvrages dans ce genre, aussi-bien qu’en plusieurs autres endroits du Levant. Les anciens s’y sont beaucoup appliqués. C’est un assemblage de filets d’or ou d’argent, dont on fait des ouvrages plats ou des bas reliefs sur du fer. Les ornemens dont on les enrichit sont arabesques, moresques, ou grotesques. Voyez ces mots à leurs articles. Il se trouve encore des anneaux antiques d’acier avec des figures & des feuillages travaillés de cette maniere, & qui sont parfaitement beaux. Mais dans ces derniers tems on a fait des corps de cuirasse, des casques damasquinés, enrichis de moresques & d’arabesques d’or, & même des étriers, des harnois de chevaux, des masses de fer, des poignées, & des gardes d’épées, & une infinité d’autres choses d’un travail très-exquis. Depuis qu’on a commencé à faire en France de ces sortes d’ouvrages (c’est sous le regne d’Henri IV.), on peut dire qu’on a surpassé ceux qui s’en sont mêlés auparavant. Cursinet fourbisseur à Paris, qui est mort il y a environ cent ans, a fait des ouvrages incomparables dans cette sorte de travail, tant pour le dessein que pour la belle maniere d’appliquer son or & de ciseler par-dessus.

Quand on veut damasquiner sur le fer, on le met au feu pour lui donner le passe violet, qui est ce qu’on appelle couleur d’eau ; puis on dessine legerement dessus ce qu’on veut figurer, & on le taille avec un couteau à tailler de petites limes ; ensuite avec un fil d’or ou d’argent fort délié, on suit le dessein, & on remplit de ce fil les endroits qu’on a marqués pour former quelques figures, le faisant entrer dans les hachûres avec un petit outil qu’on nomme ciseau ; & avec un matoir on amatit l’or. Voyez Matoir.

Si l’on veut donner du relief à quelques figures, on met l’or & l’argent plus épais, & avec des ciselets on forme dessus ce qu’on veut.

Mais quand avec la damasquinure on veut mêler un travail de rapport d’or ou d’argent, alors on grave le fer profondément en-dessous & à queue d’aronde, puis avec le marteau & le ciselet on fait entrer l’or dans la gravure ; après en avoir taillé le fond en forme de lime très-déliée afin que l’or y entre, & y demeure plus fortement attaché.

Cet or s’employe aussi par filets, & on le tourne & manie comme en damasquinant suivant le dessein qu’on a gravé sur le fer.

Il faut avoir attention que les filets d’or soient plus gros que le creux qu’on a gravé, afin qu’ils y entrent par force avec le marteau. Quand l’or ou l’argent est bien appliqué, on forme les figures dessus, soit avec les burins ou ciselets, soit par estampes avec des poinçons gravés de fleurons, ou autres objets qui servent à imprimer ou estamper ce que l’on veut. Voyez Ciselure, & la figure 14. du Ciseleur-Damasquineur, qui représente une plaque de métal sur laquelle est une feuille taillée & damasquinée en partie.

Cet article est tiré du dict. du Com. qui l’a emprunté du dictionnaire des principes de l’Architecture, Peinture, & Sculpture. Nous n’y avons rien changé, parce qu’il nous a paru contenir ce qu’il y avoit d’essentiel à remarquer sur cet art, plus difficile à pratiquer qu’à entendre.

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Étymologie de « damasquiner »

(XVIe siècle) De damasquin (« de Damas ») et -er.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Damasquin, adjectif formé de Damas, et damasquine, s. f. formé de damasquin et usité dans le XVIe siècle : Incrustations industrieusement entaillées et enrichies d'une singuliere peinture et enluminure, dont le vernis à la damasquine faisoit sembler les parois estre de verre, Yver, p. 522. Ils chercheront le raccord de la damasquine [du moiré du placage] tellement qu'il semblera que toutes lesdites tables jointes ensemble, ne sont qu'une mesme piece, Palissy, 28. L'eau teinte tombant sur la blanche, a fait plusieurs figures, idées, ou damasquinées en ladite pierre de jaspe, Palissy, 51.

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Phonétique du mot « damasquiner »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
damasquiner damaskine

Évolution historique de l’usage du mot « damasquiner »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « damasquiner »

  • Le damasquinage consiste à incruster à froid, des petits filets, le plus souvent en or, sur une plaque de métal ou d’acier tendre. On fait de petites incisions dans trois sens pour y introduire ensuite ces filets, par de légers coups de burin, en les incrustant complètement dans des rainures. Celles-ci suivent les contours de dessins préalablement tracés. On obtient ainsi un élément de décoration original, utilisé entre autres dans la fabrication de boucles d’oreilles, de bracelets, de pendentifs… Les bijoux damasquinés ont fait la réputation des artisans de Tolède. Pendant des siècles, cet art s’y est transmis de génération en génération au sein d’une même famille. Étymologiquement, cette technique serait due aux Arabes, venant de Damas, mais en fait, l’art de damasquiner remonterait aux temps les plus reculés et les Égyptiens y étaient passés maîtres. Quand les Maures ont conquis la péninsule de ce qui était alors l’Espagne au début du VIIIe  siècle, ils y ont introduit des œuvres d’art damascènes. , Le Mag | Joaillerie : l’art du damasquinage
  • C’est un métier délicat. Fin. Il faut être habile. En effet, un «damasquineur» est un «ouvrier spécialisé dans les incrustations de fils d’or ou d’argent sur des objets métalliques», note Paul Raymond. La première attestation du terme apparaît en 1558. Un verbe existe: «damasquiner: Incruster à froid, au marteau, de petits filets (d’argent, d’or, de cuivre) formant décor, dans un autre métal (fer, acier, cuivre)», apprend-on sur le site du CNRTL. À l’origine, un «damasquin» est une «étoffe tissée à la manière de celles fabriquées à Damas». Le mot vient de l’italien damaschino, «de Damas». Le Figaro.fr, Cinq noms de métiers qui ont disparu avec le temps

Images d'illustration du mot « damasquiner »

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Traductions du mot « damasquiner »

Langue Traduction
Anglais damask
Espagnol damasco
Italien damasco
Allemand damast
Chinois
Arabe دمشقي
Portugais damasco
Russe алый
Japonais ダマスク
Basque damask
Corse damascu
Source : Google Translate API

Synonymes de « damasquiner »

Source : synonymes de damasquiner sur lebonsynonyme.fr

Damasquiner

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