La langue française

Apophatique

Sommaire

  • Définitions du mot apophatique
  • Étymologie de « apophatique »
  • Phonétique de « apophatique »
  • Évolution historique de l’usage du mot « apophatique »
  • Citations contenant le mot « apophatique »
  • Traductions du mot « apophatique »
  • Synonymes de « apophatique »

Définitions du mot « apophatique »

Trésor de la Langue Française informatisé

APOPHATIQUE, adj.

Philosophie ou théologie apophatique. Synon. de philosophie ou théologie négative :
Le positivisme de la chose tiendrait volontiers pour négatif tout ce qui est non-chose; et pour la philosophie négative ou apophatique, au contraire, c'est cette mystérieuse non-chose qui est la positivité par excellence, l'ineffable positivité... V. Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien,1957, p. 68.
ÉTYMOL. ET HIST. − 1943 [date de la trad. fr.] « négatif » ds le syntagme théologie apophatique (N. Berdaieff, Esprit et réalité, pp. 172-173 ds Foulq.-St-Jean 1962 : la théologie apophatique est la connaissance négative de Dieu (...) la théologie apophatique n'est pas agnostique, mais bien mystique); 1957 « id. (de la philosophie) », supra. Empr. au gr. α ̓ π ο φ α τ ι κ ο ́ ς « négatif », Aristote, An. pr. 1, 1 ds Bailly.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 5.
BBG. − Foi t. 1 1968. − Foulq.-St-Jean 1962. − Lal. 1968.

Wiktionnaire

Adjectif

apophatique \a.po.fa.tik\ masculin et féminin identiques

  1. Qui procède par négation, négative.
    • Théologie apophatique, théologie qui nie que l’on puisse définir Dieu par des termes positifs et les remplace par des termes négatifs (on dit plutôt « théologie négative »).
    • Car c’est là la conséquence de la question posée par Socrate : une logique d’exclusion qui se construit au cours des siècles et qui n’aboutit qu’à cette aporie vertigineuse : « Aucune définition de l’animal. » Qu’en penserait Socrate ? Autant de livres pour en arriver là ! L’animal, c’est tout ce que l’homme ne croit ou ne pense pas être, ce qu’on appelle une définition apophatique. Tous les critères énoncés se présentent ainsi : « L’animal n’est pas… » Comment peut-on prétendre servir la dignité de l’Homme face au néant de l’indéfini, devant un abîme de négations ? — (Pascal Picq, Nouvelle histoire de l’Homme, Collection Tempus, Éditions Perrin, 2007, page 68 de l’édition 2014)
    • La défausse qu’est la « faillite » de l’Etat postcolonial fait penser à la définition de Dieu dans la théologie apophatique, qui part du principe que les attributs du Tout-Puissant sont inaccessibles à notre compréhension. Ce qui fit dire à Saint Augustin : « Si tu le comprends, ce n’est pas Dieu ».— (Stephen Smith, La Ruée vers l’Europe, 278 pages, Grasset, 2018, page 109)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Étymologie de « apophatique »

Du grec ancien ἀποφατικός, apophatikós (« négatif »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « apophatique »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
apophatique apɔfatik

Évolution historique de l’usage du mot « apophatique »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « apophatique »

  • 7Patrick Henriet montre que le silence (monastique) n’est en rien une absence de parole (mystique) mais une condition propre à toute élévation (spirituelle) ; avec Grégoire le Grand comprend‑on dès lors que l’apophatique n’est pas la mystique et qu’il est ici question de la construction de l’homme intérieur, puisqu’il s’agit toujours de témoigner de la conversation intérieure de l’homme et de Dieu pour dire, à proprement parler, l’intimité mystique. Anne Mantero établit que le silence est cette jonction entre spiritualité et poésie provenant d’une double donation (don de Dieu à l’homme et don du chant à l’artiste) qui conduit à définir un éthos particulier : il s’agit de saisir le silence de Dieu et le silence devant Dieu, paradigme d’une poétique que l’on retrouve chez Hopil (pensant Dieu « dans l’occulte cachot de sa gloire secrète » et dans « un silence de luths, de voix et de tonnerre » – « je contemplais cet Un dans le sein du silence ») ou chez Surin (expliquant Dieu comme chant et danse : « je voyais mon bon ange avec un luth à la main […] ce n’est pas que j’entendisse aucune musique mais il y en avait une idée fort douce et surnaturalisée en l’âme »). Ces oxymores et ces polyvalences de formulation disent la coïncidence des opposés qu’est toujours la parole mystique. On pensera bien sûr aux topoï de l’ineffable chez Curtius. Il y a un processus de fictionnalisation en lequel le poète se donne un éthos et donne un éthos à Dieu. Le champ était ainsi dégagé pour que l’amour soit pensé non comme but (classique) mais comme moyen (original) de la mystique : Jean‑René Valette aborde donc la mystique courtoise et ses ambivalences quand Véronique Ferrer revient quant à elle sur la revalorisation tridentine du corps et sur ses implications en termes de mystique humaniste. , L’expérience de la parole : mysticisme et littérature (Acta Fabula)
  • Arrimer les collections à venir aux racines profondes d’un esprit, tel pourrait la lecture de l’esprit Chanel par Virginie Viard. Et la gageure est d’autant plus subtile que précisément les racines se situeraient bien en amont de l’année de fondation elle-même, en 1913, au 21 rue Cambon. Certes, « Coco » Chanel, que les opulences de la Belle Époque avaient lassée, aspirait à plus de sobriété. Il fallait, dans les années 1910, en finir avec les dentelles, les broderies, les volants et les toilettes lourdes, décadentes et surchargées. Il fallait fuir l’ornementation pour redécouvrir la ligne, afin, dans l’idéal, d’atteindre à l’extrême de la stylisation. « Toujours ôter, toujours dépouiller, ne jamais ajouter », disait-elle. Cette radicalité du dépouillement, ne faudrait-il pas dès lors le relier à ce qui aurait pu être la source première d’inspiration de la jeune Gabrielle : Aubazine, l’abbaye cistercienne du XIIe siècle au cœur de la Corrèze, dans laquelle elle passa ses années d’enfance et d’adolescence ? L’architecture cistercienne fut, dès la fin du XIe et au XIIe siècle, le laboratoire des expérimentations les plus novatrices : dépouillement de la statuaire jusque-là romane, épuration des couleurs pour un rendu de la pierre blanche, stylisation des lignes, simplification du plan général, élévation des voûtes dont l’invention de la croisée d’ogives permet la réalisation technique au point que l’art cistercien conduit directement à l’art gothique dès les premiers chantiers franciliens. Le trait de l’esprit cistercien se saisit dans le retour à l’authenticité. L’épuration des lignes rend compte de la beauté spirituelle. La verticalité lumineuse purifie le regard et l’âme. L’art y est apophatique, fondé sur le dépouillement, ce geste de Chanel. L’enfant que fut Gabrielle aurait été marquée par la pierre nue du réfectoire, le génie des proportions de l’abbaye, les blouses blanches des jeunes pensionnaires ou les robes aux larges emmanchures noires de leurs supérieures. De cette ambiance sourd l’inspiration de celle que l’on a pu appeler par ailleurs « la mère abbesse de la rue Cambon ». Carnets du luxe, Chanel, ou l’excessive épure
  • Cette thèse met en lumière le rôle central de la négation dans l’écriture moraliste classique. Fait de langue omniprésent (la statistique lexicale le prouve) et multiforme, elle en constitue véritablement un trait de style caractéristique, qui fait l’objet d’une élaboration particulière de la part des auteurs : différents aspects de la négation sont abordés dans cette étude, notamment les notions de focalisation, d’incidence, de forclusion, de négation uniceptive, implicite, préfixale, lexématique, de même que les problèmes de polarité et de scalarité. Le statut de la négation permet aussi de saisir un positionnement énonciatif commun aux quatre auteurs du corpus autant qu’une prise de position philosophique spécifique à chacun d’eux. L’ambiguïté pragmatique communément associée à la négation est levée, dès lors que l’on admet la possibilité d’une lecture à plusieurs niveaux : la négation descriptive correspond à la représentation traditionnelle du discours moraliste comme une parole solitaire, isolée entre deux blancs typographiques. Mais précisément, lorsqu’on considère cette parole comme un discours adressé, la dimension polémique de la négation apparaît pleinement, plus précisément sa portée contre-doxique et métalinguistique. Les moralistes dénoncent le caractère faussé du discours commun ; ils conçoivent la négation comme un moyen de rompre le lien de référentialité abusif établi par celui-ci entre des concepts moraux et des comportements qui n’ont de vertueux que l’apparence. Le moraliste ne cherche pas tant à expliciter ce que sont vraiment les valeurs dont il traite qu’à indiquer ce qu’elles ne sont pas. Chez Pascal l’héritage de la théologie apophatique est sensible, quand la négation engage une dynamique psychagogique permettant d’atteindre les vérités indicibles que Dieu ne dit qu’au cœur. La démarche de La Rochefoucauld est proche, qui construit une véritable anthropologie négative au soubassement théologique discret mais présent, les Maximes devenant l’aiguillon d’une quête de la vérité des vertus contre la réalité de ce qu’elles paraissent souvent. Vauvenargues prend précisément pour cible de ses négations la négativité de ses prédécesseurs et la transcendance qui la fondait. Il plaide pour le renoncement à l’artificialisme éthique au profit d’une morale immanentiste avec laquelle il invite son lecteur à renouer. Chamfort franchit un pas de plus en niant non seulement toute transcendance mais l’existence même, fût-elle naturelle, des valeurs morales qu’il réduit donc à de pures chimères. L’évolution de l’éthique et de l’épistémologie moralistes s’appuie donc sur une philosophie du langage qui subit une radicale mutation : nous menant d’un réalisme transcendantal (qui postule le fondement théologique de la morale) à un nominalisme d’essence empiriste, le traitement moraliste de la négation dans ce genre littéraire nous conduit jusqu’à une forme de prénihilisme qui signifie la mort de la moralistique classique. , I. Riocreux, La négation dans le fragment moraliste (La Rochefoucauld, Pascal, Vauvenargues, Chamfort)
  • Paradigme nouveau, paradigme du nouveau – Le credo essentialiste – La modernité esthétique contre la modernité historique – La religion de l'art – Autonomie, insularité, dépragmatisation – Idéal démocratique ou imaginaire de la distinction ? – La vie sublimée – Réorientations esthétiques : l'invention du style – La requalification du médium et la tentation puriste – La langue littéraire comme français fictif – La modernité apophatique – Clement Greenberg et la théorie du modernisme. , P. Mougin, Moderne / contemporain. Art et littérature des années 1960 à nos jours
  • De retrouver la sagesse de Denys l’Aréopagite dans son invitation à rechercher l’au-delà des mots et des discours ? Une théologie que les spécialistes appellent « apophatique » ou « négative » ; une théologie de l’indicible, commune à beaucoup de religions. Reforme.net, Théologie narrative : il n'est pas utile de créer de nouveaux récits - Reforme.net
  • 10h30 : Giuseppe Crivella : Esquisse d'une hétérologie apophatique , "Qu’est-ce donc qui nous manque ?" Entre La Divine Consolation de Maître Eckhart et Le dernier Homme M. Blanchot (Nanterre)

Traductions du mot « apophatique »

Langue Traduction
Anglais apophatic
Espagnol apofático
Italien apophatic
Allemand apophatisch
Chinois 疏质的
Arabe مخدر
Portugais apofático
Russe апофатическое
Japonais アポトーシスの
Basque apophatic
Corse apopatica
Source : Google Translate API

Synonymes de « apophatique »

Source : synonymes de apophatique sur lebonsynonyme.fr
Partager