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Agnotologie

Variantes Singulier Pluriel
Féminin agnotologie agnotologies

Définitions de « agnotologie »

Wiktionnaire

Nom commun - français

agnotologie \a.ɡnɔ.tɔ.lɔ.ʒi\ féminin

  1. Étude de la production et du maintien de l’ignorance [2].
    • De telles affaires deviennent si banales et prévisibles qu’elles ont suscité la naissance, outre-Atlantique, d’une nouvelle discipline : l’agnotologie. Sorte d’anti-épistémologie, elle consiste à étudier la manière dont la société met en œuvre de puissants mécanismes d’oblitération du savoir. — (« La santé publique au risque de l'agnotologie », Le Monde, 29 octobre 2011, page 1)
    • Une équipe dédiée serait chargée, au sein de la compagnie, de rédiger des articles favorables aux produits de Monsanto qui sont ensuite repris à leur compte par ces scientifiques. Une criante production de désinformation, qui est loin de s’arrêter à la barrière des champs d’OGM. La science qui étudie ce phénomène se nomme l’agnotologie. — (Romain Jeanticou, “La connaissance avance, mais l’ignorance avance plus vite”, telerama.fr, 9 octobre 2017)
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Étymologie de « agnotologie »

(début XXIe siècle) Francisation de l’anglais agnotology, créé par l'historien des sciences américain Robert N. Proctor en 1995 dans son livre Cancer Wars: How Politics Shapes What we Know and Don't Know About Cancer[1], à partir du grec ancien ἀγνωσία, agnôsia (« ignorance ») et λογία, logía (« étude »). Le mot ne semble apparaître en français que beaucoup plus tard, vers 2012.
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Phonétique du mot « agnotologie »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
agnotologie anjɔtɔlɔʒi

Citations contenant le mot « agnotologie »

  • ment exclure leur part de responsabilité. Ce que je veux surtout faire comprendre en abordant la question d’abord par l’énonciation scientifique, c’est montrer que l’agnotologie, c’est-à-dire l’inexacte production des faits, la création de l’incertitude, le camouflage d’une partie de la réalité, l’obstruction dans la révélation des faits, de telles pratiques ont pu être commises par des scientifiques eux-mêmes et cela pour des raisons qui ne sont pas scientifiques. Et ainsi faisant, des scientifiques et des médecins engagés dans la recherche sur la Covid ont pu faire le lit d’une certaine fabrique de l’ignorance. Des chercheurs ont d’ailleurs soutenu, à juste titre, qu’en ce qui concerne la recherche sur la Covid19, on a assisté plus souvent au spectacle d’un partage de l’incertitude que celui d’un partage du consensus. Ce que je veux pointer, c’est que, lorsqu’on parle de la production de l’agnotologie, il faut savoir qu’elle n’émane pas seulement du savoir non expert ou des savoirs populaires, religieux ou culturels. Des philosophes, sociologues et historiens des sciences ont utilisé la métaphore de la « science fast food » pour renvoyer à l’approximation des résultats mais surtout à la précipitation dans leur diffusion avec la concurrence des revues scientifiques. Des recherches ont montré qu’avec la pandémie CovidA9, l’évaluation des articles prenait 10 jours. Avec l’épidémie Ebola, c’était 15 jours. Alors qu’en période normale, une évaluation sérieuse peut prendre 100 jours. Le déferlement de l’agnotologie a bénéficié d’un contexte énonciatif favorable marqué par une extrême polyphonie des voix et une intense circulation des discours. Je ne crois pas que, dans l’histoire humaine sur les pandémies et épidémies, nous ayons jamais été exposés au télescopage et à l’intertextualité d’autant de discours sur une maladie. Un chercheur a décrit notre période comme étant celle de l’énonciation de la «santé polyphonique». Dans un contexte où la parole scientifique était instable, incertaine et alors que le monde scientifique partout tardait à faire autorité forte sur l’interprétation des faits, il s’est installé une concurrence des interprétations qui puisaient à différentes sources et particulièrement à celles non scientifiques. Il s’est installé ce que l’on a désigné par un tsunami informationnel, une infodémie que d’ailleurs l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a identifiée très tôt comme un enjeu important dans nos stratégies de riposte face à la propagation du virus. L’infodémie est une surcharge cognitive d’informations sur des enjeux d’actualité, informations dont les véracités, surtout scientifiques, ne sont pas établies et cela perturbe la résolution des problèmes car la population perd les repères et n’arrive plus à agir de manière rationnelle et efficace. SenePlus, «LA COVID-19, A TRAVERS L’AGNOTOLOGIE, A ETE ACCENTUEE PAR LA DESINFORMATION POLYPHONIQUE» | SenePlus
  • La cigarette peut-elle causer le cancer du poumon ? De nombreuses études affirment que non ! Les changements climatiques sont-ils réels ? Il n’y a aucune preuve, hors de tout doute, que les humains en soient la cause ! Si ces affirmations vous ont fait sursauter, c’est que vous ignorez tout de l’agnotologie ! Ce mot est un néologisme, un nouveau mot, créé par l’historien de la science Robert N. Proctor. Ce mot vient du grec agnosis, qui signifie ne pas savoir, et logos, discours. C’est l’étude des pratiques qui font la promotion du manque de connaissances. On pourrait également dire que c’est l’art de la tromperie et du mensonge à une grande échelle par des industries qui ont compris que l’ignorance des populations leur confère un pouvoir sur celles-ci. Le Devoir, De l’«agnotologie» | Le Devoir
  • L’historien Robert Proctor a inventé le terme “agnotologie” pour décrire l’étude académique de l’ignorance. Il s’est intéressé à ce phénomène après avoir étudié l’effort trop fructueux de [...] Le nouvel Economiste, L’âge d’or de l’ignorance | Le nouvel Economiste
  • L'"agnotologie" s'intéresse au pourquoi et au comment de ce que nous ignorons. Du tabac au changement climatique, cas d'école. Le Monde.fr, L'ignorance : des recettes pour la produire, l'entretenir, la diffuser
  • Selon le documentaire, la manipulation des protocoles scientifiques servirait à orienter les résultats des études commandées par certains industriels. La plupart des intervenants appartiennent à une discipline peu connue : l’agnotologie – l’étude la production culturelle de l’ignorance, de ce que l’on ne sait pas, et pourquoi on l’ignore. Autant de lacunes parfois volontaires qui ont retardé l’avancée scientifique, comme l’explique le philosophe Mathias Girel, il a co-écrit ce documentaire en tant que conseiller scientifique. Radio Classique, La Fabrique de l'Ignorance, le documentaire d'Arte qui démonte les fake news
  • C'est que, l'air de rien, ces visions divergentes et irréconciliables sur un même sujet, qui fait pourtant l'objet de nombre d'études scientifiques permettant de trancher, met au jour un phénomène étrange, celui de l'emprise grandissante dans nos débats socioéconomiques de... l'agnotologie! , Gare, nous voilà à l'ère de... l'agnotologie! | LesAffaires.com
  • Alors, ne peut-on plus débattre ? Douter ? Discuter ? Bien sûr que oui, le doute fait partie de la méthode de réflexion. Mais il est utile de s’interroger sur les intentions des personnes qui distillent le doute, en dépit des preuves scientifiques. L’agnotologie, ou science de l’ignorance, peut nous y aider. RTBF, Réchauffement climatique et désinformation scientifique : un air de déjà-vu ? - rtbf.be
  • Cette instrumentalisation de la science à des fins mensongères a généré une nouvelle discipline de la recherche : l’agnotologie, littéralement, science de la « production d’ignorance ». Outre quelques-uns de ses représentants reconnus, dont l’historienne américaine des sciences Naomi Oreskes, cette investigation donne la parole à des acteurs de premier plan du combat entre "bonne" et "mauvaise" science, dont les passionnants "découvreurs" des méfaits du bisphénol A. Elle expose ainsi les mécanismes cachés qui contribuent à retarder, parfois de plusieurs décennies, des décisions vitales, comme le trucage des protocoles, voire la fabrication ad hoc de rats transgéniques pour garantir les résultats souhaités. Elle explique enfin, au plus près de la recherche, pourquoi nos sociétés dites « de l’information » s’accommodent si bien de l’inertie collective qui, dans le doute, favorise le business as usual et la consommation sans frein. VOIR LA BANDE-ANNONCE : Reporterre, le quotidien de l'écologie, À LA TÉLÉ — Tabac, pesticides... La science instrumentalisée

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