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Réflexions sur l’état présent du français parlé - Jean-Charles Vegliante

Longtemps je me suis presque résigné, après quelques tentatives ridiculement infructueuses pour signaler – via Internet – mon désarroi principalement auditif et néanmoins orthographique aux médias concernés, à ne plus faire attention aux injures, indifférences et négligences diverses infligées quotidiennement à la langue française (et plus généralement à ce minimum de cohérence intellectuelle indispensable au débat humain), lorsque je suis tombé sur ce gros titre, en évidence à la première fenêtre de mon navigateur : « Des stars célibataires et heureuses, cela existent » (orange.fr, 20 nov. 2019). Pas de quoi fouetter un chat (à savoir un échange oral sur le net) me direz-vous… N’empêche que mon sang de naturalisé ayant fait de bons longs efforts pour maîtriser cette langue subtile, capable de « projeter un univers mi-réel, mi-cérébral » (Michael Edwards), enfin j’espère, ressentit comme un sursaut de révolte. Non, cela ne se peuvent pas ! Passe la singerie du franglais, passent les hoquets du langage inclusif, passent les avatars du vieux simple verlan, mais ça, non ! Comme avait dit le « pauvre » Leopardi (épithète bien française), non et non, « je me battrai, moi je succomberai, seul » dans cette inégale bataille (À l’Italie, 2ème strophe). Au risque, encore une fois, de sembler un peu naïf, voire pathétique ; car, après tout, n’y a-t-il pas des sujets de s’indigner autrement plus importants ? Certes. Et surtout de nos jours (2019) ; y compris dans le domaine de la langue, je suppose. Il y a la syntaxe bien sûr, et les registres, et la rhétorique du discours (nous en reparlerons), il y a la cadence, qui vont bien au delà des questions minuscules – surtout morphologiques – dont mes oreilles sont rebattues sans répit. Il suffit d’ouvrir un journal, de mettre la radio, de « surfer » sur le net pour s’en rendre compte.

Quelques exemples : – “Nous voulons qu’ils s’en aillent”, ce sont avec ces mots que les manifestants ont répondu… (RFI, 1er nov. 2019) ; Pour Brigitte Macron s’en est trop ! (Public, 6 oct. 2018) ; Ce qu’il se cache derrière la hausse du Smic (Yahoo.fr, 11 déc. 2018) ; Comment intégré un mur noir dans sa décoration (Elle.fr, 22 nov. 2019). Pas mieux ? Mais si, en faisant un effort : 434 votes nécessaires pour que le texte ne soit adopté (RFI, 29 oct. 2019 : c’est tout le contraire que la journaliste voulait dire) ; idem, Emprisonné sans que l’on ne sache les raisons (24-10-2017) ; Il met aux prises le président sortant à un novice (20-04-19) ; Les festivités battent son plein (29-06-19) ; et, dans la bouche d’une Députée : Soit vous saisissez cette occasion, ou alors on n’en fait rien (05-02-19). – Je n’en veux pas à cette radio, que j’écoute régulièrement au contraire parce qu’elle est l’une des plus attentives au français utilisé dans l’hexagone et ailleurs, allant jusqu’à se corriger en quelques occasions : Nouvelles règles […] elles rentrent en vigueur / elles entrent en vigueur (09-11-17) ; Il dit qu’il se rendra-t-à Séoul / se rendra à Séoul (19-09-18). Ce qui explique d’ailleurs que j’aie en majorité des exemples oraux, tendant à amplifier les fautes de liaison et autres peccadilles de peu d’importance structurale. Quoique. Lorsque la prétendue liaison n’a aucun intérêt (dit par euphonie : va-t’en) ni semblant de logique (dite populaire : entre quatr’z’yeux), elle participe déjà de la destruction du système de la langue. Entendant coup sur coup « les groupes qui se sont mi-t-en place » et « les États non-z-alignés » (20 sept. 2019), j’essaie d’avancer une analyse du type assimilation progressive (le t de sont, le s d’États), mais cent autres occurrences dépourvues de tout motif viennent vite m’en dissuader. Il faut se rendre à l’évidence, la langue dite rationnelle, cartésienne, etc. corrigée par Malherbe, louée par Rivarol(i) qui la jugea « universelle », est entrée comme le climat (depuis quand ?) dans une zone de turbulences. Qui risquent de l’emporter, telle feuille aux vents dominants (de l’internet, des bavardages en réseaux, du globish, que sais-je encore)… ou cabane des trois petits cochons. Dans ce maelström universel, le massacre de nos anciennes liaisons n’est enfin guère plus qu’un épiphénomène. Et j’ai peut-être après tout, en catéchumène assez tardif (à six ans et demi), les oreilles trop sensibles.  

Mon désarroi grandit début 2018 quand tel obscur dirigeant sortant est réélu « avec 60% de voix d’après les premiers dépouillages » (RFI, 29-01-18). Je cherche dans mon dictionnaire un improbable jeu de mots sur les poux, mais non ; je me demande si c’est là un indice plus inquiétant que les habituelles liaisons massacrées (peu avant, « ils vont-z-aborder la question », s’il s’agit de saborder, ou de simple relâchement – cool, mec ! – du genre : « dans des conditions juste effroyables »… parmi, entre autres, « les app’ que nous chargeons à tour de bras – ils ont séché ses espoirs – X a été dézingué (ou : taclé) par son rival, voilà », et j’en passe de meilleures. Difficile de mettre de l’ordre. On a l’impression qu’une digue a cédé et que tout fout le camp à la fois. Du côté du vocabulaire (Il fructifie la fortune de son père) comme des liens grammaticaux (Tel en a décidé le tribunal) ou de l’expression-cliché (Les voyants sont au rouge… Les yeux rivés sur… Les i-phones immortalisent la scène… Sa casquette vissée sur la tête) comme des liaisons compréhensibles (Plus de mille-z-habitants évacués) ou étranges (C’est pas vraiment-z-une surprise). On ne sait plus très bien, à force, et certains essaient de rattraper ce qui ne coinçait guère (on ne sait jamais) : « Le président avec ses vingt-sept / ses vingt-sept-z-homologues » (RFI, 16-10-17). Mieux vaut, dans le doute, se montrer très prudent : « Avec dix-huit-t-États… dix-huit États sur vingt-trois » (24-10-17), non sans le fréquent – que nous laissons tous échapper dans une conversation informelle – « On connaît les quatre-z-autres qualifiés » (03-07-19). Paradoxal, le ne dit explétif, en perte de vitesse là où il se justifiait (soulignant doute, crainte, opinion…), semble au contraire devenir général jusqu’à brouiller le sens des phrases prononcées : « Emprisonné sans que l’on ne connaisse les raisons » (les connaît-on, ou pas ? RFI, 24-10-17) ; « Il n’y a rien qui ne fasse entrevoir une solution » (alors que nul n’osait prédire, RFI 25-10-17) ; « Dans le discours de Trump, rien qui ne mette en péril les relations sino-américaines », après une déclaration d’une prudence exceptionnelle chez ce personnage (RFI, 09-11-17).  

Confusion et égarement, donc, mais aussi appauvrissement des moyens d’expression de la pensée. Par exemple, nombre d’articulations discursives ou de simples embrayeurs remplacés par les omniprésents voilà et après : 

Respectivement – Et ainsi de suite, vous complétez vous-même,  sans insister, on en revient toujours là, si je puis dire, comme prévu, comment l’expliquer, euh…, pour conclure, c’est ainsi, il faut faire avec… ; – Mais, en revanche, cela étant, cela (ayant été) dit, cependant, néanmoins, en contrepartie, par contre, sous un autre angle, différemment, d’un autre côté, en changeant de perspective… etc. (une variante plus chic : derrière ; variante élyséenne "en même temps"). Deux exemples : « Voilà les conséquences, et voilà » (RFI, 07-12-17) ; « Après, derrière, l’idée, elle est très simple » (id. 13-10-17). 

La tendance des langues, historiquement, est semble-t-il à la simplification et au plus d’économie ; oui mais on a plutôt l’impression cette fois d’une indigence et d’une – voilà ! – paresse mentale. Il se pourrait aussi que l’influence du Well passe-partout d’une langue dominante ait joué son rôle de rouleau compresseur : à voir. Ces petits relevés n’ont certes pas la prétention d’une enquête linguistique. D’autant que mes sources, on l’aura remarqué, ne sont pas très variées. Et que, principalement orales, elles relèvent souvent d’un banal relâchement qui peut prêter à sourire : « S. Hariri et sa soi-disante liberté » (RFI 13-11-17), où non seulement la liberté parle, mais revendique son gender jusque dans une forme verbale ; il en va de même dans le comique « Est-ce que le n° 2 du Zimbabwe est-il de retour ? » (22-11-17) ou, dans la bouche d’une ministre « Ce sont justement pour eux que ce programme a été conçu » (08-02-18) : accord de “proximité” sans doute (ut supra). Idem pour des liaisons mal-t-à propos (Le Président n’a pas dit-z-un mot, 16-02-18 ; Quatorze-z-organisations, 24-02-18, trois -z- de suite).  

Vient un moment où l’on se dit, comme devant une personne très âgée très malade, qu’il ne sert plus à rien de vouloir interférer. Le monde poursuit, imperturbable, son œuvre infinie de création-pour-détruire (c’est à peu près ce que Leopardi disait de la nature) ; il continuera sans nous, bien après que nous soyons terre et boue sous la terre, ou cendre impalpable dispersée en la poudre du temps… Pour retourner à la poussière, avec nos langues et le reste. Ou, moins désespérant peut-être, sournoisement en atomes épars redistribués (là, ce serait plutôt selon le baron d’Holbach), méconnaissables… La « prose du monde » serait alors cette musique ténue, non des sphères mais des grains minuscules, impalpables dans l’air, tournoyant dans un rayon lumineux. Moucherons cosmiques, que nous n’avons jamais cessé d’être, en somme. 

Est-ce complètement par hasard, ce désarroi morphologique (mais la syntaxe et le vocabulaire, dans une moindre mesure et avec davantage d’humour ou de second degré, y souffrent aussi), cette débandade généralisée devient évidente aux oreilles de tous [pardon, de tou.te.s] au moment de l’écriture dite inclusive, ce prurit prétendument égalitaire ou « eczéma de la langue » comme a écrit encore l’académicien (français par choix) Michael Edwards. Au moment aussi où les affranchis des beaux quartiers feignant d’applaudir au parler handicapé et discriminant des “quartiers” tout court, non-lieux où eux-mêmes auraient du mal à survivre, à supposer qu’on les y exilât. D’autres sont toujours d’avis, avec le vieux don Lorenzo Milani, que c’est parce que le patron connaît dix fois plus de mots que l’ouvrier que celui-ci est ouvrier… mais, quand il entend le « live-tweet de la matinale », on peut comprendre qu’il soit un peu perdu. Enseigner de nouveau plus de grammaire ? Parlons-en : je viens de lire, sur un site dédié à la langue, cette question posée : « pourquoi il faut écrire "dite" au pluriel dans "dites-moi" » (sic). Il y a encore du travail. 

Quoi qu’il en soit (ou Derrière), et pour en finir avec la liaison, il est certain que le -z- en suffixe est devenu la véritable marque (orale) du pluriel : Un homme, deux-z-hommes, trois-z-hommes, quatre-z-hommes, etc. (Trois mille cent-z-emplois, 19-04-18, normal on va dire). Comme il existe déjà de fausses liaisons qui ne sont pas perçues en pataquès, voire qui se sont lexicalisées (va-t-en-guerre) tout ça glisse assez aisément. Des règles – mais peut-on là parler encore de règles ? – vont peut-être s’ébaucher, comme celle qu’on pourrait appeler de mise en facteur commun : Trois mille cent-z-emplois, justement, entraîné par Trois-z-emplois, oui. Un dommage collatéral de l’accord de proximité, qu’aime tant la langue orale ? passe : il y aurait un semblant de logique. Certainement pas dans « la passion [des supporters] est restée-t-intacte » ! (15-02-18), bordel ! – où est passée votre belle langue ? Même les autocorrections déjà signalées (positivement) en deviennent excessives, et mal-t-à propos : « laissés-z-à eux-mêmes / laissé(-) à eux-mêmes » (22-10-18) ; ou, par peur de se tromper d’emblée « leur- avocats vont plaider coupable » (01-10-18). Que faire ?... Imposer de repasser par la case école ? plus qu’improbable. Limite pas correct. Limite discriminatoire, limite anti-démocratique, non mais allô… 

Le résultat, souvent des passages incompréhensibles, ou (que Stéphane me pardonne) indécidables : Que ce soit au niveau de la presse comme pour… Manifestants contre ce qui est présenté comme être de la corruption. Nous ne voyons personne qui ne mérite plus le Nobel que Trump. Un film décorrelé du stress de l’audimat. Les autorités ont interdit l’embarcation à bord des vols d’E.A.W. Deux milliards, mais ce sont des chiffres préliminaires qui pourraient s’avérer plus élevés. Ce sont aux États qui votent de le faire [une ancienne ministre de la culture]. Ces ressources, ce sont vous qui les gérez ? (RFI, 30-07-2013). – Et une radio, encore une fois, particulièrement respectueuse de la langue qu’elle contribue d’ailleurs à enseigner (émission “Savoirs” en français). Oui, redisons-le : Ce sont avec ces politiques qu’il faut rompre ! 

Certes, la parole peut se relâcher, se détendre, et tant mieux ; mais, quand on est invité sur un grand média, on devrait un peu se tenir. La langue, même orale, ne court pas pour son compte indépendamment de la pensée qu’elle accompagne, précède parfois, et exprime. Or, un politique important assène : « Le job qui attend Laurent et son équipe, les sink-tank etc. », comme s’il parlait de collègues de bureau ; un invité prestigieux ajoute : « Du temps d’Obama c’était une cellule directement à la Maison Blanche, c’était une… voilà » ; et une décideuse, néo-élue LREM, donne son programme : « Pragmatisme, Flexibilité, Efficacité, voilà » (RFI, respectivement 11-12-17, 22-12-17, 27-06-17), ne contribuant guère à élever le niveau citoyen. Les anglicismes, désormais acclimatés, sont à cet égard moins pernicieux : « On a ainsi réversé les chiffres [inversé la tendance] pour revenir à des proportions soutenables » (id. 14-05-18) ; ou « C’est ça qui a maturé sa décision » (id. 28-08-18) ; il n’est plus vraiment pertinent de les déplorer, pas plus que certaines évolutions quasi naturelles (Le Maroc ne bruisse que de rumeurs… id. 13-05-18 ; La pédégère de Pepsi-Co, id. 05-10-18). Rien à faire. Sur les ondes et ailleurs, Les festivités battent son plein ! (id. 29-06-19). Sans blague, voyons : Est-ce que le tableau est-il si noir ? (id. 25-02-2019) – hélas oui.  

Jean-Charles Vegliante (traducteur, Paris)

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Commentaires

Jean-Charles

Par ces tristes temps de confinement/déconfinement, je ne résiste pas à ajouter encore ce petit codicille, ou post-scriptum :
« Est-ce que le monde va-t-il avoir la capacité de changer ? » (RFI, 14 mai 2020)
– vaste question … –

Mais, dans l’immédiat :
Est-ce que tu vas-tu retourner un peu à l’école ?

Sans rancune,
JcV

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Guy BRIAND

Que penser du A DATE d’Olivier Véran en déplacement dans la Mayenne en juillet dernier ou des OPEN SPACE d’une présentatrice au micro d’Europe 1 (0?) et curieusement pas repris en français comme c’est souvent la cas, par nos journaleux!

En savoir plus sur https://www.lalanguefrancaise.com/general/reflexions-etat-francais-parle-jean-charles-vegliante/?unapproved=57972&moderation-hash=2a9d380bcc857e0719468ad79698ddb3#comment-57972

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Roger Rivière

Monsieur… ou Madame (l’) anonyme,

L’un peste contre le pluriel, l’autre —vous — rage contre l’accord au singulier !… qui a tort, qui a raison ?…

Personne, car comme vous le dites « Mettre le verbe au singulier constitue une recherche d’effet… » et vous avez raison… mais par contre vous êtes dans l’erreur, relative, car vous avez beau rappeler qu’en principe, etc., ce principe que vous dites n’est qu’une… invention de votre part… pas même un usage ou une norme tacite, encore moins une règle grammaticale bien établie. Par ailleurs, en outre, ou de plus, vous mentionnez un semblant de règle… oupss, pardon, un principe qui dit que « … avec DE c’est ceci… » mais hélas la chose est un peu plus compliquée, un peu plus subtile.

Je vous invite à lire ma réponse, que je pense claire et explicite, faite à jpbal (Cf son intervention) pour m’éviter de reprendre ici mon intervention.

Salutations.

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Roger Rivière

«… ce n’est pas une raison pour baiser les bras ! »… et pourquoi donc ne pas baiser cette partie du corps, hein ?… bon, c’est vrai que parfois, au niveau des aisselles ça sent l’eau de vaisselle, mais après tout, délimitons précisément où s’arrêtent les bras et voilà le problème réglé !

Mais à part cette introduction (pas tout à fait) digressive, je note quand même le danger de dénoncer les erreurs langagières orales chez les autres et d’en commettre soi-même dans le registre de l’écrit ! Évidemment et bien sûr, il s’agit d’un ‘’lapsus clavis’’, mais quand même il est toujours bon de se relire et re relire avant d’envoyer notre commentaire… ce que j’ai fait ici et si par un triste hasard une maudite faute est passée à travers les mailles de ma vigilance, que le ‘’découvreur’’ me jette sa pierre punitive !

Salutations.

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Roger Rivière

Bonjour,

« Les français et les belges sont ceux qui parlent le plus mal,… »

L’emploi de l’adjectif dit  »de nationalité » pose (presque) toujours problème quant à la minuscule/majuscule à l’initiale selon si l’on fait réellement référence à la nationalité/origine ou pas, si ceci ou cela, mais ici pas de doute il s’agit bien des Français et des Belges, qui de toute la francophonie sont ceux qui parlent le plus mal quoi ?… le français !

Cela étant rectifié, et sans vouloir être aussi affirmatif que vous sur la maîtrise de la langue française au sein de la francophonie, je pense quand même que soit vous réduisez cet espace linguistique à quelques trop peu de pays européens, africains, (asiatiques ?) et un nord-américain où le français est langue officielle ou co-officielle, soit vous n’êtes pas du tout informé sur ce que vous affirmez. À titre d’exemple UN et unique pour ne pas en citer bien davantage, je ne suis pas du tout certain — et c’est un doux euphémisme ! — que le Maroc, membre de ladite  »Francophonie », qui est mon pays de résidence et où j’y enseigne, en toute modestie notre langue française qui, bien que largement véhiculaire et de communication dans l’administration, le secteur du commerce et du tertiaire en général, n’ y est pas langue officielle —, soit mieux placé que la France et la Belgique pour ce qui est du  »bien parler/bien écrire » le français, et même au niveau de ces personnes que l’on appelle  » les élites de la Nation  » !

Salutations.

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Roger Rivière

Bonjour,

Pour la 1ère citation, il n’y a pas faute d’accord sur le nombre puisque dans un tel cas où le 1er substantif est un collectif singulier l’accord verbal peut être réalisé avec ce dernier qui est alors sujet grammatical, alors que le 2e substantif est complément : comme l’a (à peu près) dit un de nos grands écrivains à qui l’on reprochait certaines ‘’supposées fautes’’ portant sur des subtiles différences de sens entre des graphies très voisines : « c’est moi qui écris, et j’écris ce que je veux », sentence valable ici qui signifie que selon la volonté de l’auteur, par le biais de l’accord au singulier ou au pluriel l’accent sera mis sur le collectif unique ou le substantif pluriel. (Cf ‘’aidenet’’ http://www.aidenet.eu/grammaire04c.htm : « suivant qu’il décrit une action collective ou au contraire qu’il décrit un fait ciblé. C’est l’idée principale qui dicte l’accord ».

Cette référence grammaticale précise que lorsque le 1er substantif est introduit par un déterminant défini (le, la, les, ce, cette, ces) l’accord verbal se fait au singulier puisque c’est ce substantif qui est considéré sujet grammatical. A contrario (et sans accent sur le ‘A’ puisque citation latine ‘’dans son jus’’ !), si le 1er substantif fonctionne avec un déterminant indéfini c’est le nom complément au pluriel qui devient sujet verbal et régit donc l’accord au pluriel.

Mais, preuve que la chose n’est pas très claire puisque, pour le cas du déterminant indéfini, le  »Robert » en ligne affirme que l’accord peut être laissé à l’appréciation de l’auteur (https://dictionnaire.lerobert.com/guide/accord-du-verbe-avec-un-sujet-collectif).
———————–
Nota : il serait erroné de donner plus de crédit au ‘’Robert’’ en raison de sa notoriété bien assise ; en effet, malgré cet état de fait la ‘’Maison Robert’’ est parfois en désaccord avec d’autres grammaires ou éditeurs tout aussi connus et tout autant pris comme références en la matière !
————-
Pour terminer sur cette note de désaccord, Il est quand même… ‘’amusant’’ de constater que le commentaire suivant (Cf le commentaire de  »anonyme ») dénonce exactement le contraire, à savoir que le susnommé critique la mise au singulier du verbe en accord avec le substantif collectif sujet !

Quant à la 2e citation, sans autre explication de votre part on ne sait trop pourquoi elle est là !… on serait tenté de voir la faute d’accent sur le ‘’à’’ — à = préposition, alors qu’il s’agit de la 3e personne du Présent Indicatif du verbe AVOIR en position d’auxiliaire —, mais il est une autre faute moins évidente à déceler, qui est le verbe CLÔTURER mis pour CLORE — clôturé # clos— car, même si dans le langage familier le 1er est employé comme synonyme du 2e avec la même idée concrète de fermer, enserrer, il n’en reste pas moins incorrect dans son usage figuré : ainsi, lorsqu’ils sont terminés ou arrêtés un débat, une discussion, un échange verbal quelconque sont clos et non clôturés !… et comme dit l’autre : « L’incident est clos ! »

Salutations.

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Merviel

Désolé, mais l’expression  »la fête bat son plein  » au pluriel est bien  »les fêtes battent son plein ». Ce n’est pas d’un possessif qu’il s’agit, mais du son, du bruit. A l’origine on parlait des tambours militaires qui battaient ou non son plein.

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Vegliante

Grand merci à Merviel pour sa participation.
En effet, certains auteurs ont défendu cette hypothèse (astucieuse) ; mais je m’en tiens à ce que conseille le pragmatique Grevisse [c’est au § 425, 1° (note 1)] – avec, entre autres bons exemples, celui-ci de Proust : « Ces dimanches de Mme Laudet battaient leur plein » (Jean Santeuil, t. I).
Bien cordialement,
JcV

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Robert SOUCHET

Battre son plein (comme un tambour bien tendu par exemple) « son » n’est pas un possessif mais un substantif. On doit donc dire : les réjouissances battent « son » plein et non « leur » !

Apprenti typographe à 15 ans, fils d’émigrée italienne, 86 ans aux noisettes.

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Vegliante

Merci, et 86 respects, Monsieur Suchet ! Cependant je persiste… au même endroit du bon Grevisse, par ex. encore : « Les grèves russes battent leur plein » (H. Troyat, Tant que la terre durera…, p. 825).
Et merci également à Nicolas (La langue française) qui nous permet d’avoir – et de poursuivre – d’aussi intéressants échanges !
Bien cordialement,
JcV

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