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Turquoise

Définitions de « turquoise »

Trésor de la Langue Française informatisé

TURQUOISE, subst. fém.

A. −
1. MINÉR. Pierre fine utilisée en joaillerie, de couleur variant du bleu clair au vert clair. Bague avec turquoise; porter une turquoise. Toutes les femmes sont plus ou moins habiles à manier des bijoux. Avec une dextérité merveilleuse, Baccarat fit jouer la pierre bleue dans sa monture, et la détacha délicatement. Puis elle essaya la turquoise de MmeVan Hop (Ponson du Terr., Rocambole, t. 3, 1859, p. 280).La turquoise.Ce minéral opaque a un coloris qui lui appartient en propre, qui varie du bleu de ciel au vert pomme et s'harmonise admirablement avec une monture en or aussi guillochée que possible (Metta, Pierres préc., 1960, p. 94).
En appos. Donnez-moi seulement, pour me souvenir de vos bontés, cette petite bague turquoise que vous portez là, à la main gauche. Les turquoises sont un gage de bonheur! (Gobineau, Nouv. asiat., 1876, p. 37).
Turquoise occidentale, osseuse, de (la) nouvelle roche; fausse turquoise. ,,Turquoise provenant de dents et d'os enfouis au sein de la terre et accidentellement colorés en bleu verdâtre; moins dure et beaucoup moins recherchée que les autres`` (A. Pérès, Pierres et roches, 1896, p. 43). L'odontolite ou fausse turquoise est constituée, comme son nom l'indique, par des fragments de dents ou d'ossements fossiles, pénétrés de phosphate ferrique et de phosphate d'alumine (Lapparent, Minér., 1899, p. 535).
Turquoise orientale, pierreuse, de (la) vieille roche. Turquoise d'un bleu pâle tirant sur le verdâtre, qui est un phosphate d'aluminium et de calcium coloré par l'oxyde de cuivre. Il repoussa formellement cette turquoise orientale qui se met en broches et en bagues et qui fait, avec la banale perle et l'odieux corail, les délices du menu peuple; il choisit exclusivement des turquoises de l'Occident, des pierres qui ne sont, à proprement parler, qu'un ivoire fossile imprégné de substances cuivreuses et dont le bleu céladon est engorgé, opaque, sulfureux, comme jauni de bile (Huysmans, À rebours, 1884, p. 59).
2. P. anal. (de couleur), littér. Des trombes de geais, toujours, les turquoises de l'automne (La Varende, Dern. fête, 1953, p. 211).
Loc. adj. inv. (Couleur) de turquoise. D'un bleu pâle tirant légèrement sur le vert. Regard, yeux de turquoise. La mer couleur de turquoise (Loti, Mon frère Yves, 1883, p. 71).Elle regardait un oiseau de turquoise qui tenait dans son bec un masque d'émail noir (L. de Vilmorin, Fin Villavide, 1937, p. 117).
De turquoise morte. D'un bleu sombre tirant légèrement sur le vert. Un songe (...) qui va s'envoler dans le ciel de turquoise morte (Montherl., Songe, 1922, p. 33).
Empl. adj. inv. Bleu pâle tirant légèrement sur le vert.
Bleu(-)turquoise. Toilette des premiers jours d'automne, bleu marine et bleu turquoise avec guipure noire perlée (Mallarmé, Dern. mode, 1874, p. 707).Sa palette [de Bonnard] qui s'était complue depuis 1893 dans les noirs et les gris, s'éclaire alors (...) et des roses, des verts, des bleus turquoise, des jaunes-thé apparaissent dans ses toiles (Dorival, Peintres XXes., 1957, p. 27).
[P. ell. de bleu] La couleur de la porcelaine chinoise turquoise et violette (Goncourt, Journal, 1887, p. 732).Quoi de plus lugubre qu'une fête dans les salons sombres qu'éclaire le ciel turquoise d'une fin de journée, au printemps? (Blanche, Modèles, 1928, p. 133).Empl. subst. fém. Le cobalt, l'outre-mer, le saphir, la turquoise, l'azur des plus beaux yeux bleus, ont des nuances terreuses en comparaison [de l'eau du Léman] (Gautier, Italia, 1852, p. 14).Le ciel (...) renvoie des ombres glauques et réfléchit le fantôme aérien des moires où le clapotement des vagues mêle la turquoise et le vermillon, les verts, les jaunes d'or, les rouges, les orangés des façades ornées de drapeaux et des cortèges de gondoles (Faure, Hist. art, 1914, p. 440).
B. − Spécialement
1. [P. réf. à la provenance turque]
HIST. DU MOBILIER. Siège long ou lit de repos de la moitié du xviiies. comportant aux extrémités deux chevets symétriques. La turquoise est une variété d'ottomane où le dossier accuse plus nettement la division en trois parties (Viaux, Meuble Fr., 1962, p. 99).
TEXT., vx. ,,Sorte d'étoffe croisée qui se fabrique en Turquie`` (Ac. Compl. 1842).
2. [P. réf. à la couleur de la turquoise] ENTOMOL. Petit papillon d'Europe dont les ailes sont d'un bleu verdâtre. La Turquoise (...) est totalement recouverte (sauf les ailes inférieures qui sont d'un gris brunâtre) d'un somptueux manteau de satin vert doré (P.-A. Robert, Les Insectes, t. 2, 1946, p. 140).
Prononc. et Orth.: [tyʀkwa:z]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1200 turkeise « pierre fine d'un bleu tirant sur le vert » (Simund de Freine, Roman de philosophie, éd. J. E. Matzke, 455); déb. xiiies. turkoyse (Lapidaires anglo-norm., éd. P. Studer et J. Evans, VII a,XLIII, p. 284); ca 1298 torchoise (Rusticien de Pise, Marco Polo, éd. L. F. Benedetto, p. 27); 1478-80 turquoise (G. Coquillart, Plaidoyer, 561 ds Œuvres, éd. M. J. Freeman, p. 38); 2. a) 1617 bleu turquoise (D'Aubigné, Faeneste, I, 2 ds Œuvres, éd. H. Weber, bibl. de la Pléiade, p. 679: un vlu Turquoise [imitation caricaturale de la prononc. gasc.]); 1844 (Al. Brongniart, Arts céram., t. 2, p. 558: le cuivre donne un bleu turquoise aujourd'hui très-estimé; p. 560: la teinte bleu turquoise); 1839 bleu de turquoise (Balzac, Béatrix, p. 27); b) 1867 subst. et adj. « (de) couleur bleu turquoise » (A. de Beaumont, Les Arts décoratifs en Orient et en France ds R. des Deux Mondes, 1ernov., p. 147: des angles rose de Chine et turquoise [...] des tons, tels que le turquoise ou le vert-de-gris). B. 1. 1771 hist. du mobilier (Encyclop., Planches, t. 9, Tapissier, pl. XIII, fig. 1); 2. 1778 text. (doc. ds Arch. hist. de la Saintonge, t. 3, p. 225: une veste et culotte de turquoise); 1779 (J. général de France, 10 janv. ds Havard); 3. 1762 entomol. nom usuel d'un petit papillon, le Procris statices (E.-L. Geoffroy, Hist. abr. des insectes des environs de Paris, Paris, t. 2, p. 130); 1817 (Cuvier Règne animal t. 3, p. 560: la G[laucopide] turquoise). Fém. subst. de l'adj. a. fr. turcois « turc ». Fréq. abs. littér.: 135.

Wiktionnaire

Adjectif - français

turquoise \tyʁ.kwaz\ invariable féminin

  1. De la couleur bleu ciel à bleu-vert de la pierre du même nom.
    • La couleur de la porcelaine chinoise turquoise et violette. — (Goncourt, Journal, 1887)
    • C’étaient deux colosses noirs de la région de Yaoundé, reconnaissables aux verroteries turquoise de leurs oreilles. — (Pierre Benoit, Monsieur de la Ferté, Albin Michel, 1934, Cercle du Bibliophile, page 320.)
    • Lorsqu’il se retourna, Opale, ses longs cheveux noirs coiffés en nattes, le regardait en souriant. Le diamant turquoise qui ornait son front mat brillait de mille feux. — (Jean-Sébastien Guillermou, Les Pirates de L'Escroc-Griffe, tome 2 : Feux de mortifice, Éditions Bragelonne, 2015, chap. 19)

Nom commun 2 - français

turquoise \tyʁ.kwaz\ masculin

  1. La couleur de cette pierre. #25FDE9 #1FFED8

Nom commun 1 - français

turquoise \tyʁ.kwaz\ féminin

  1. (Minéralogie) Pierre de couleur bleu clair à bleu-vert qui provient du phosphate hydraté d’aluminium ou de cuivre.
    • Les Turkomanes riches portent aux bras et aux pieds des bracelets pour la plupart en argent et ornés de turquoises, des ceintures et des colliers enrichis de pierreries et d’énormes boucles d’oreilles, le tout en argent. — (Les Turkomans Yomouds, dans Bulletin de la Société de géographie, 6e série, t.4, juillet-décembre 1872, p.165)
    • Minet-Chéri, ne dis pas à ton frère que j’ai eu trois crises cette nuit. D’abord, je te le défends. Et si tu ne le lui dis pas, je te donnerai le bracelet avec les trois turquoises — (Colette, La maison de Claudine, Hachette, 1922, collection Livre de Poche, 1960, page 119.)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

TURQUOISE. n. f.
Pierre précieuse qui est de couleur bleue et qui n'est pas transparente.

Littré (1872-1877)

TURQUOISE (tur-koi-z') s. f.
  • 1Pierre précieuse qui est de couleur bleue et qui n'est point transparente.

    Turquoises de la vieille roche, turquoises qui proviennent de la plus ancienne mine et qui sont les plus belles, d'un bleu pâle ; c'est de l'alumine hydratée et phosphatée cuprifère, et la pierre que Pline nomme callaïte. On garde tout ce qui vient de la vieille roche pour le roi, qui les revend après ou les troque, après en avoir tiré le plus beau, Chardin, Voyages, t. III, p. 361.

  • 2Turquoise osseuse, occidentale, odontolithe, ou de nouvelle roche, ivoire fossile coloré en bleu, mais d'un bleu plus pâle, plus sale que celui des turquoises de la vieille roche. Le premier auteur qui ait donné quelques indices sur l'origine des turquoises est Guy de la Brosse, mon premier et plus ancien prédécesseur au Jardin du roi ; il écrivait en 1628, et, en parlant de la licorne minérale, il la nomme la mère des turquoises, Buffon, Min. t. VII, p. 199. Nous avons au Cabinet du roi une main bien conservée et qui paraît être celle d'une femme, dont les os sont couverts en turquoise ; cette main a été trouvée à Clamecy, en Nivernais, Buffon, ib. p. 206. Les os et les dents fossiles, colorés par le phosphate de fer, deviennent des turquoises, De Laborde, Émaux, p. 529.
  • 3 Turquoise minérale, cuivre hydraté silicifère, pierre opaque, couleur bleu de ciel, d'une dureté à rayer le verre, d'une pesanteur spécifique de 2,45, De Laborde, Émaux, p. 530.
  • 4Sorte d'étoffe croisée qui se fabrique en Turquie.
  • 5Espèce d'agaric.
  • 6Le turquoise, le bleu couleur de turquoise. Il y a des tons tels que le turquoise…, A. de Beaumont, Rev. des Deux-Mondes, 1e nov. 1867, p. 147.

    Il y a aussi le turquoise noir.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

TURQUOISE, s. f. turcoides, turchesia, calaïs, jaspis aerizusa, (Hist. nat.) pierre précieuse bleue & opaque, ainsi nommée, parce qu’elle vient de Turquie.

Les Lapidaires distinguent les turquoises en orientales & en occidentales ; les premieres se trouvent, suivant Tavernier, en Perse près d’une ville appellée Necabour, à trois journées de Méched ; ce sont celles qu’on appelle turquoises de la vieille roche : il s’en trouve aussi, selon le même auteur, à cinq journées de chemin du premier endroit, elles ne sont point si estimées ; ce sont celles qu’on nomme turquoises de la nouvelle roche. Ainsi les orientales viennent de la Perse, des Indes & de la Turquie : les occidentales viennent de plusieurs endroits de l’Europe, d’Allemagne, de Bohème, d’Hongrie, de Silésie.

Les turquoises varient pour la couleur ; les plus belles & les plus estimées sont d’un bleu céleste, les autres sont d’un bleu plus clair, il y en a qui sont d’un bleu verdâtre ou tirant un peu sur le jaune.

M. de Réaumur, dans un mémoire inséré dans les mémoires de l’académie des Sciences de l’année 1715, a voulu prouver que les turquoises ne sont autre chose que des os d’animaux enfouis en terre, & qui ont été colorés par une dissolution de cuivre. Ce savant naturaliste appuie son sentiment par des os & des dents trouvés près de Simore, dans le bas Languedoc, qui n’ont point naturellement une couleur bleue, comme la turquoise, mais qui acquierent cette couleur ; lorsqu’après les avoir fait sécher à l’air, on les met sous une moufle pour les chauffer dans un fourneau. Par ce moyen on développe la couleur de ces os, mais il faut les chauffer avec précaution, parce que sans cela un feu trop violent & trop subit les feroit exfolier.

On assure qu’un chimiste, nommé Jean Cassianus, avoit le secret de colorer artificiellement les os de mammoth qui se trouvent en Russie, & le célebre Henckel paroît avoir possédé le même secret. L’on voit en effet que le tissu d’un grand nombre de prétendues turquoises est le même que celui d’un os ou d’une dent, étant composé, comme eux, de lames appliquées les unes sur les autres. M. Hill dit aussi avoir fait des turquoises artificielles, qui ont trompé les Lapidaires. Voyez ses notes sur Théophraste.

De toutes ces expériences, on en a conclu très précipitamment que toutes les turquoises n’étoient que des dents & des os d’animaux, mais il semble que l’on s’est trompé pour avoir voulu trop généraliser cette assertion, & nous allons faire voir que les vraies turquoises ne sont nullement des os, mais doivent être regardées comme de vraies pierres. En effet, M. Mortimer, secrétaire de la société royale de Londres, a fait voir à cette académie un morceau de turquoise, dans laquelle on ne remarquoit nullement le tissu osseux des prétendues turquoises de Languedoc ; c’étoit une vraie pierre, en forme de mamelon, semblable aux mamelons de l’espece d’hématite que l’on nomme pour cette raison hématite en grappe de raisin, hæmatites botryites ; M. Mortimer dit avec raison que c’est cette pierre qui mérite à juste titre d’être appellée la turquoise, & que l’on devroit la distinguer des os ou de l’ivoire coloré, qui ne peut être regardé que comme une turquoise bâtarde.

Le même auteur a trouvé que la vraie turquoise, dont il a montré un échantillon à la société royale, étoit très-chargée de cuivre ; cette pierre pulvérisée & trempée dans de l’esprit volatil de corne de cerf, a coloré cette liqueur d’un bleu foncé ; mise dans de l’eau-forte, ce dissolvant est devenu d’un beau verd, & en y trempant un fil de fer, ce fil devint de la couleur de cuivre. Quelques turquoises de cette nature mises dans un creuset, sont entrées en fusion sans qu’on leur eût joint d’addition, & se sont changées en une scorie vitreuse, tandis qu’à ce degré de chaleur les os ou l’ivoire eussent dû se calciner, vu que M. Mortimer avoit donné un feu très-violent. L’action du feu n’en rendoit pas la couleur plus belle ; & lorsqu’elle avoit été rougie, la pierre devenoit cassante.

L’échantillon que M. Mortimer montra à la société royale avoit 12 pouces de longueur, & 53 de largeur, & en quelques endroits 23 d’épaisseur ; cette pierre étoit inégale & rude par le côté par où elle avoit été attachée au rocher, mais la partie supérieure étoit remplie de mamelons lisses & unis.

Le chevalier Hans Sloane avoit dans sa collection différens morceaux semblables de turquoises, dont un entr’autres qui venoit de la Chine, avoit 3 pouces de long, 23 pouces de large, & près de 13 d’épaisseur. Il possédoit outre cela des prétendues turquoises, ou plutôt de l’ivoire coloré en bleu, qui venoient de Languedoc & d’Espagne. Voyez les Transactions philosophiques, n°. 482. art. 17.

Ces faits prouvent clairement qu’on risque toujours de se tromper en voulant trop généraliser les choses dans l’histoire naturelle ; il faut en conclure qu’il y a deux especes de turquoises, les véritables sont des pierres, de la nature d’un grand nombre d’agates, de jaspes & de cailloux, que l’on trouve souvent en mamelons ; celles-là ne sont point sujettes à perdre leur couleur ou en changer, ce qui arrive aux turquoises bâtardes, ou à celles qui sont des dents ou des os pénétrés d’une dissolution cuivreuse. La vraie turquoise paroît, à la couleur près, être de la même nature que la malachite, qui est une pierre verte. Voyez l’article Malachite.

La pierre que nous nommons turquoise, étoit connue des anciens sous le nom de calaïs ou callaïs. Quelques-uns croient que Pline a voulu la désigner sous le nom de boreas, dont il dit que la couleur étoit semblable à celle du ciel du matin en automne ; les Grecs l’ont appellé ἴασπις ἀερίζουσα. (—)

La turquoise n’entroit point dans le rational du grand-prêtre des juifs, quoique la paraphrase chaldaïque ait rendu le terme hébreu de l’Ecriture par celui de turkaia, qui approche fort de notre mot françois.

Cette pierre est regardée comme la premiere des pierres opaques ; sa couleur est bleue, mais d’un bleu qui tire sur le verd-de-gris en masse, & qui ne doit pas ressembler au bleu d’empois, comme disent les Jouaillers. Sa dureté égale à peine celle des crystaux ou celle des cailloux transparens ; mais il y en a de bien plus tendresses unes que les autres ; les plus dures, toutes choses d’ailleurs égales, sont les plus belles, & cela parce que la vivacité du poli est dans toutes les pierres proportionnée à la dureté.

Cependant celles d’une belle couleur, d’un poli vif, qui n’ont sur leur surface ni filets, ni raies, ni inégalités, & qui pesent plusieurs karats, sont très-cheres. Rosnel, jouaillier, auteur d’un traité sur les pierres précieuses, à présent assez rare, apprécie les turquoises (qui rassemblent les qualités que nous venons de rapporter) sur le pié des éméraudes, c’est-à-dire presque autant que le diamant. Il est vrai qu’il est rare de trouver de ces pierres d’une grosseur un peu considérable sans défauts, & les défauts diminuent bien leur valeur ; le même Rosnel, qui a mis les parfaites à un si haut prix, n’estime qu’un écu (c’est-à-dire environ 6 liv. 12 sols de notre monnoie d’aujourd’hui) le karat de celles qui pesent peu, & qui pechent encore par quelqu’autre endroit.

Il n’est pas trop aisé de décider sous quel nom les anciens ont parlé de la turquoise ; ils ont caractérisé la plûpart des pierres d’une façon qu’il n’est pas possible de les reconnoître. Plusieurs modernes ne travaillent pas mieux pour la postérité : ne seroit-elle pas embarrassée de savoir quelle est la pierre que nous appellons aujourd’hui turquoise, quand elle trouvera dans Berqueu, jouailler de profession, qui par conséquent devoit avoir manié bien des turquoises en sa vie, que cette pierre est transparente, & qu’elle ne tient son opacité que du chaton dans lequel elle est sertie ? Cependant si quelque pierre est opaque, celle-ci l’est assûrément : les morceaux les plus minces qui sont à peine d’une demi-ligne d’épaisseur, considérés vis à-vis le grand jour, n’ont aucune transparence. Je ne sai s’il est vrai que la turquoise des modernes soit la calaïs des anciens, cela me paroît fort douteux, parce que Pline dit expressément que la calaïs étoit verte.

Tavernier nous assûre qu’il n’y a d’autres turquoises orientales que celles de Perse, dont il distingue deux mines, l’une appellée la vieille roche, près du bourg qu’il nomme Nécabourg ; l’autre que l’on distingue par le nom de nouvelle roche, en est à cinq journées, & ces dernieres sont peu estimées. Le chevalier Chardin qui a fait un long séjour en Perse, confirme la relation du baron d’Aubonne, & distingue, comme lui, les deux sortes de turquoises persanes de la vieille roche & la nouvelle ; il ajoute que la vieille se tire des mines de Nicapour (que Tavernier nomme mal Nécabourg) & de Carasson, dans une montagne entre l’Hyrcanie & la Parthide, à quatre journées de la mer Caspienne. La nouvelle roche qui n’a été découverte que bien des siecles après la vieille, n’est point estimée des Persans, à cause que la couleur de la pierre n’est pas durable.

Toute la vieille roche se réserve pour le roi qui garde les plus belles, & vend ou échange les moindres. Cependant il n’est pas si difficile d’en avoir, parce que les ouvriers qui travaillent aux mines & les officiers qui y commandent pour le prince, en détournent souvent des plus belles, que, pour n’être pas découverts, ils ne vendent guere qu’aux marchands étrangers.

Il est cependant fort rare que nous voyions de vraies turquoises persanes un peu grosses ; de-là vient qu’on regarde comme une chose très-singuliere dans son genre celle qui étoit exposée dans la galerie du grand-duc de Toscane, & dont un ancien graveur fit un buste ; elle avoit près de trois pouces de haut ; tous les auteurs qui ont traité des pierres précieuses en ont parlé, & M. Mariette en a donné une description très-détaillée. Ainsi je crois que la topase de M. Mortimer n’étoit point une topase persane de la vieille roche.

Quoi qu’il en soit, la turquoise sort d’entre les mains de la nature, à-peu-près comme l’opale ; mais elle est tout-à-fait opaque, & il faut qu’elle soit taillée & polie par l’art, si on veut qu’elle soit également luisante dans toute sa superficie, & qu’elle acquiere une forme réguliere ; la plus naturelle, & celle qu’on lui donne, est la forme ronde ou ovale, en cabochon.

Les plus belles turquoises sont les plus saillantes, & celles qui étant les mieux conformées sont en même tems teintes d’un beau bleu céleste, sans aucun mélange de blanc. Les turquoises européennes, & en particulier celles qu’on trouve en France, dans le Belay & autres endroits du Languedoc, sont blanchâtres, & d’ordinaire traversées par des veines comme l’ivoire ; aussi nos turquoises ne sont d’aucun prix, & M. de Réaumur ne les a pas remises en valeur, malgré tous les efforts qu’il a faits pour y parvenir ; les turquoises de Perse ne sont point des os d’animaux auxquelles le feu donne la couleur bleue, ce sont des vraies pierres précieuses d’une nature très-différente & d’une toute autre origine.

On dit qu’avec le tems la turquoise perd sa couleur, & l’on marque outre cela certaines circonstances, dans lesquelles on a vu des turquoises changer subitement de couleur. On assûre encore qu’elles verdissent en vieillissant : cette opinion passe pour constante dans l’esprit de beaucoup de personnes, & M. de Réaumur lui-même s’en est déclaré le défenseur ; mais d’autres physiciens moins faciles à persuader regardent cette idée comme une fable, d’autant plus que ce changement de couleur seroit une singularité unique, puisque les autres pierres précieuses sont d’une couleur inaltérable. Selon ce dernier système, les turquoises qui sont verdâtres n’ont jamais cessé de l’être, c’étoit une imperfection de la pierre.

Il est certain que le merveilleux, dont on a chargé les récits des transmutations de couleurs de la turquoise, a dû véritablement choquer les amateurs de la vérité ; mais d’un autre côté, ils auroient tort de douter qu’il n’y ait des turquoises qui changent de couleur, & ce sont les turquoises européennes. On ne peut nier qu’il n’y ait des turquoises qui naissent verdâtres, mais toutes celles qui ont actuellement cette couleur ne l’ont pas toujours eue ; c’est une maladie qui attaque tantôt plutôt, tantôt plus tard, nos turquoises occidentales ; on en voit assez fréquemment, qui, après avoir conservé pendant assez longtems leur couleur bleue, commencent insensiblement à tirer au verd : presque toujours le mal se manifeste par un point qui se fait appercevoir, ou dans la partie la plus éminente de la pierre, ou sur un des bords ; cet endroit affecté devient terne & pâlit, peu-à-peu le verd se montre, s’étend, &, comme une gangrene, il gagne toute la capacité de la turquoise ; si dans les commencemens on abat la tache en retaillant la pierre, on arrête le progrès du mal, mais il est rare qu’il ne fasse bientôt de nouveaux ravages. Il y a toute apparence qu’une turquoise qui se gâte ainsi, porte dans elle-même quelque partie métallique, quelque particule de cuivre qui se dissout, & qui se chargeant de verd-de gris corrompt la couleur de la pierre. (D. J.)

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Étymologie de « turquoise »

Turquois, qui était l'adjectif de turc ; provenç. et espagn. turquesa ; ital. turchese. Les turquoises ont été trouvées d'abord dans ce que Chardin nomme la Turquie ancienne et véritable.

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(XIIIe siècle) De l’ancien français turquois (« turc »), la Turquie étant une région d'extraction de cette pierre.
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Phonétique du mot « turquoise »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
turquoise tyrkwaz

Citations contenant le mot « turquoise »

  • Parce que la turquoise apporte beaucoup aux énergies positives, voici 23 bijoux montés de cette pierre en vogue pour rester zen en toute situation. Vogue Paris, 21 bijoux en turquoise pour s'entourer de bonnes ondes | Vogue Paris
  • Mieux vaut un diamant brut que la turquoise polie. De Proverbe géorgien
  • La couleur bleu turquoise vaut le coup d’œil : on croirait vraiment un lagon polynésien. C’est tout simplement dû à un phénomène chimique : l'eau vient d’une source d’une pureté exceptionnelle en amont et ruisselle sur de l’argile. Elle se charge d’une algue microscopique, qui lui donne ces reflets bleutés. On y accède à pied, donc il n’y a jamais trop de monde. La balade n'est pas difficile, il y a 45 minutes de marche. C’est l’un des endroits les plus reposants de Suisse, avec de sympathiques tables de pique-nique. Europe 1, Chocolat, eau turquoise et tags : nos bons plans pour découvrir une Suisse étonnante
  • Le cours d’eau couleur turquoise regorge de petits coins sauvages, avec des gorges étroites, des cascades et les fameuses vasques qui invitent à la baignade. L’été, les gorges de l’Escharis, à côté de Saint-Benoit-en-Diois, deviennent un lieu incontournable. Entourée de paysages sauvages, préservés et bucoliques, la vallée de la Roanne est aussi idéale pour un petit pique-nique sur les berges. , Culture - Loisirs | Notre coin fraîcheur : la vallée de la Roanne, eau turquoise et paysages sauvages
  • Le marché Boucles d’oreilles turquoise fournit un aperçu élaboré du marché en ce qui concerne les moteurs importants influençant le graphique des revenus de ce domaine d’activité. Les tendances actuelles du marché Boucles d’oreilles turquoise en conjonction avec le paysage géographique, la portée de la demande, l’échelle de rémunération et le graphique de croissance de cette verticale ont également été incluses dans ce rapport. , Taille du marché Boucles d’oreilles turquoise avec les principaux acteurs 2020 à 2026 Ventes, prix et part du segment, analyse des coûts de fabrication avec les régions – The Fordactu
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  • Fourmillant de criques aux eaux turquoise, la Grèce culmine, encore et toujours, en tête de liste des destinations stars de l'été. L'occasion de découvrir nos plages préférées. Vogue Paris, Les plus belles plages en Grèce où se baigner cet été | Vogue Paris
  • La fourchette fermement plantée dans un poisson grillé ou quelques fritures, le regard happé par l'océan turquoise, juste en contrebas… Une table simple qui a le mérite d'avoir une terrasse à la localisation absolument incroyable, à 10 minutes en voiture de la plage de Portinho da Arrábida. Le Figaro.fr, Cinq plages secrètes du Portugal pour profiter des vacances loin des foules

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Traductions du mot « turquoise »

Langue Traduction
Anglais turquoise
Espagnol turquesa
Italien turchese
Allemand türkis
Chinois 绿松石
Arabe الفيروز
Portugais turquesa
Russe бирюзовый
Japonais ターコイズ
Basque turkesa
Corse turchese
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Synonymes de « turquoise »

Source : synonymes de turquoise sur lebonsynonyme.fr

Turquoise

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