La langue française

Traite

Sommaire

  • Définitions du mot traite
  • Phonétique de « traite »
  • Citations contenant le mot « traite »
  • Traductions du mot « traite »
  • Synonymes de « traite »

Définitions du mot traite

Trésor de la Langue Française informatisé

TRAITE1, subst. fém.

A. − COMMERCE
1. HIST., vx
a) Transport de marchandises d'un état à un autre, d'une province à une autre. La traite du blé, des grains, du maïs. (Dict. xixeet xxes.).
b) HIST. FISCALE. Taxe douanière prélevée sur ces marchandises. On payait la traite des marchandises en Bretagne, en Dauphiné (Littré). Ne transportant pas de marchandises il n'eut point à passer par les « traites », c'est-à-dire les douanes (Druon, Roi de fer, 1955, p. 147).
Traite foraine. Droit perçu sur toute marchandise entrant dans le royaume. Traites foraines. Il y a presque autant de taxes pour les acquits qu'il y a de buralistes (Cahier de doléances Insming, 1789ds Doc. hist. contemp., p. 35).
2. HIST. COLONIALE. Trafic effectué du xvieau xixes. par certains navires de commerce, principalement sur les côtes d'Afrique, qui consistait à échanger des denrées contre des marchandises et des spécialités locales. Synon. commerce.La traite des bois précieux, des épices, de la gomme, de l'ivoire; article, économie, marchandise de traite. Il examinera (...) quelles marchandises, quels objets seraient les plus convenables pour la traite des fourrures (Voy. La Pérouse, t. 1, 1797, p. 36).Le collègue au « corocoro » achetait du caoutchouc de traite, brut, qu'on lui apportait de la brousse, en sacs, en boules humides (Céline, Voyage, 1932, p. 172).
En partic.
Traite des esclaves, des noirs, des nègres. Trafic consistant à échanger des marchandises contre des noirs africains ou à les acheter pour les employer ou les revendre en qualité d'esclaves. Abolition de/abolir la traite des noirs, des esclaves. Un monstre de petit moricaud qui naviguait depuis l'âge de sept ans sur un navire de commerce, et que je soupçonne (...) d'avoir fait la traite des noirs (A. France, Livre ami, 1885, p. 54):
... il s'aperçut que le meilleur moyen d'arriver à la fortune était, dans les régions intertropicales, aussi bien qu'en Europe, d'acheter et de vendre des hommes. Il vint donc sur les côtes d'Afrique et fit la traite des nègres, en joignant à son commerce d'hommes celui des marchandises les plus avantageuses à échanger sur les divers marchés où l'amenaient ses intérêts. Balzac, E. Grandet, 1834, p. 231.
Absol. Abolir, supprimer la traite; la traite en Afrique. Mais la traite est favorable aux Africains; elle les soustrait au plus pénible esclavage, à tout ce que la barbarie a de plus cruel parmi eux, et elle devient un des moyens de population pour un continent immense: ainsi, la politique, d'accord avec l'humanité, exige que l'esclavage y soit continué (Baudry des Loz., Voy. Louisiane, 1802, p. 109). − (...) dis-moi, d'où viens-tu? Je viens de la côte d'Afrique, je fais la traite, j'ai mon chargement, et je vais à la Jamaïque pour y vendre des noirs (Sue, Atar-Gull, 1831, p. 10).
P. anal.
Traite des blanches. Trafic, toujours vivant de nos jours, qui consiste à enlever des jeunes filles et des jeunes femmes pour les livrer à la prostitution en France ou à l'étranger (Amérique du Sud, Moyen-Orient notamment). J'ai en horreur cette honteuse parodie de l'amour, la prostitution, la traite des blanches et autres gentillesses de même ordre (L. Daudet, Brév. journ., 1936, p. 231).P. plaisant. Traite des blancs. Track: Vite! les malles, les paquets! nous quittons Paris! (...) (Désignant Mouillebec) J'emmène cet homme (...) (Désignant Alidor) J'emmène aussi celui-là! (...) Rosa: Mais c'est la traite des blancs (Labiche, Deux merles bl., 1858, ii, 15, p. 209).
Arg. milit., vx. Traite des blancs. Opération consistant à trouver un remplaçant qui accepte de faire son service militaire à la place d'un autre, moyennant finances. Il résolut de se vendre, de s'offrir comme remplaçant pour le service militaire (...) Il alla donc trouver un de ces hommes qui font la traite des blancs (Balzac, Vendetta, 1830, p. 216).
B. −
1. FIN. Synon. de lettre* de change.Monsieur vient de me dire: Mes lettres de change seront acquittées, ajouta-t-il en présentant des traites souscrites par le comte, toutes protestées (Balzac, Gobseck, 1830, p. 415).Il s'agissait, en effet, d'une somme importante; cent mille francs à payer en deux traites (A. Daudet, Fromont jeune, 1874, p. 279).
SYNT. Traite acceptée, avalisée, émise, impayée, refusée; traite à échéance, à vue, à 30, à 60 jours, à trois mois, à un ordre, au profit de, à payer; accepter, émettre, escompter, faire, fournir, payer, présenter, signer, tirer une traite; payer, payable en/par traites; agent de traite.
2. Au fig. (Tirer) une traite sur + subst. abstr.Prendre une assurance sur (l'avenir, la chance, etc.). Au Quartier, tout le monde travaillait à préparer sa vieillesse (...). De quinze à vingt-cinq ans, on tirait des traites sur sa vieillesse (Magnane, Bête à concours, 1941, p. 372).Non, je n'hésite pas à acheter un billet de la loterie, à tirer une traite sur la fortune et le destin (Arnoux, Double chance, 1958, p. 65).
Prononc. et Orth.: [tʀ εt]. Ac. 1694, 1718: traitte; dep. 1740: traite. Étymol. et Hist. 1. 1350 traicte « droit perçu aux frontières sur la circulation des marchandises » (Confirmation de privilèges de Jean Ierds Ordonnances des rois de France, t. 2, p. 340), répertorié comme terme de civilis. dès Raymond 1832; 2. 1675 « action de retirer l'argent d'une lettre de change » (Savary, p. 141); 1723 « lettre de change tirée sur un correspondant » (Savary des Bruslons); 3. 1375 traitte « transport de marchandises entre différents pays (ou différentes provinces) » (doc. Inventaire mobilier des ducs de Bourgogne, éd. B. Prost, t. 1, p. 408, note 2); 1611 « traffic que font les bâtiments de commerce » (Cotgr.); 1680 (Rich.: Traite c'est un commerce entre des vaisseaux et les habitans d'une côte); spéc. 1690 traitte des Negres (Fur.); 1846 traite des blanches (Balzac, Les Petits bourgeois, chap. 18, t. 5, p. 340b ds Trav. Ling. Litt. Strasbourg t. 10, p. 139). Subst. au fém. du part. passé de traire* « tirer » avec peut-être infl. de traiter* au sens 3. Bbg. Quem. DDL t. 16, 21.

TRAITE2, subst. fém.

A. − Trajet, parcours que l'on effectue généralement en une seule fois, sans faire de halte. Synon. marche2, route.(Faire, fournir) une bonne traite, une traite de cent lieues. M. Alexandre (...) roulait une cigarette devant la salle d'attente, regardant tout ce petit monde coureur de banlieue avec l'air de supériorité et de lassitude du voyageur qui a de longues traites à fournir (A. Daudet, Pte paroisse, 1895, p. 115).Les chevaux qui avaient fourni une longue traite la veille (...) commençaient à renâcler (Giono, Hussard, 1951, p. 260).
B. − Loc. (Tout) d'une traite, d'une seule traite. En une fois, sans s'arrêter, sans s'interrompre.
1. [Détermine un verbe de mouvement] Courir, descendre, marcher, monter, traverser d'une (seule) traite, (tout) d'une traite. Je compte aller tout d'une traite à Madrid sans m'arrêter à Burgos (Mérimée, Lettres Ctessede Montijo, t. 1, 1840, p. 16).Au lieu de faire une demi-lieue d'une seule traite, je me reposai à tous les kilomètres (Malot, R. Kalbris, 1869, p. 81).
2. [Détermine un autre verbe d'action] Dire, écrire, lire, parler (tout) d'une traite, d'une (seule) traite; dormir d'une traite. Ayant expédié d'une traite (...) une demi-douzaine d'affaires qui étaient l'arrivée du jour, il perdit soudainement patience (Courteline, Ronds-de-cuir, 1893, p. 133).J'ai débité notre histoire d'une traite (Cocteau, Parents, 1938, II, 1, p. 235).
Prononc. et Orth. V. traite1. Étymol. et Hist. 1394 d'une traite « d'affilée » (Hardouin, Trésor de venerie, 637 ds T.-L.); ca 1500 traicte « distance parcourue en une fois » (Philippe de Commynes, Mém., éd. J. Calmette, t. 3, p. 210). Subst. au fém. du part. passé de traire* « tirer vers ».

TRAITE3, subst. fém.

Action de traire les vaches et quelques autres femelles de mammifères domestiques (brebis, chèvres); résultat de cette action. Synon. mulsion.Traite à la main; traite mécanique; manège, salle, stalle de traite; début, heure, moment de la traite. Je leur appris [aux bouviers] qu'une traite habile, à fond, qui épuise le pis, était une condition essentielle de lait abondant. Il y fallait un doigté aussi ferme que doux. Afin que ce massage sollicitât les glandes à se vider, à se relâcher pour ainsi dire. Que plus ils obtiendraient de lait à une traite, plus il en viendrait à la suivante; deux traites suffisant par jour (Pesquidoux, Livre raison, 1928, p. 242).[Les femmes] adoptent la mécanisation comme un soulagement; déjà un certain nombre d'entre elles, abandonnent la traite à la main pour la traite à la machine (Debatisse, Révol. silenc., 1963, p. 152).
Prononc. et Orth.: [tʀ εt]. Att. ds Ac. 1935. Étymol. et Hist. 1538 traitte (Est.). Subst. au fém. du part. passé de traire* « tirer du lait ».
STAT. Traite1, 2 et 3. Fréq. abs. littér.: 516. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 667, b) 603; xxes.: a) 537, b) 561.

Traite, subst. fém.,région. (Canada). [Corresp. à supra I C 1] Tournée (à boire). Payer la traite. Quoiqu'il participât à chaque traite générale, l'hôtelier ne s'enivrait jamais (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 230).

Wiktionnaire

Nom commun

traite \tʁɛt\ féminin

  1. Parcours qu’un voyageur fait d’un lieu à un autre sans s’arrêter, sans se reposer.
    • Aller tout d’une traite d’un lieu à un autre.
    • Et par ce que la traite n'était pas trop longue, ils arrivèrent de bonne heure au logis : la ou ils se rafraîchirent en buvant, & burent en se rafraîchissant, et en attendant le train à venir, donnèrent ordre au soupper. — (Bonaventure Des Périers, Les Nouvelles récréations et joyeux devis de feu Bonaventure Des Périers, valet de chambre de la reyne de Navarre, Lyon, 1561)
    • Il fit dix lieues d’une traite, d’une seule traite.
    • Faire une longue traite.
  2. (Vieilli) Transport de certaines marchandises, telles que blés, vins, etc., d’une province à une autre, ou d’un état à un autre.
    • Il s’est fait de grandes traites de vins. On a permis la traite des blés.
    • Quant à la trafic, que les Princes exercent sur les sujets, ce n'est pas trafic, mais impôts, & exaction:c'est à savoir de défendre la traite, & mettre les blés, & vins des sujets entre les mains des receveurs, & les payer à vil prix, pour les vendre aux étrangers, ou aux sujets mêmes à son mot. — (Jean Bodin, Les six livres de la République de J. Bodin, Paris, 1577)
  3. Trafic que font des bâtiments de commerce sur les côtes d’Afrique, en échangeant leurs marchandises contre de l’ivoire, de la gomme, de la poudre d’or, etc.
    • Ce bâtiment fait la traite.
  4. (Absolument) Commerce des esclaves.
    • Mais ce qui lui fit le plus d’honneur parmi les marchands d’esclaves, ce fut là construction, qu’il dirigea lui-même, d’un brick destiné à la traite. — (Prosper Mérimée, Tamango, 1829)
    • En 1929, les États-Unis protestèrent à Monrovia contre le recrudescence de la traite des indigènes. — (Franco Arese, La politique africaine des États-Unis -1945)
    • La traite des Esclaves est le plus important Commerce que les Portugais fassent au Congo; & il est surprenant combien est grand le nombre qu'ils en envoyent tous les ans à l'Amérique, pour faite subsister les Colonies qu'ils y ont, qui ne peuvent s'en passer. — (Dictionnaire universel de commerce, contenant tout ce qui concerne le commerce qui se fait dans les quatre parties du monde... Ouvrage posthume du Sr Jacques Savary Des Bruslons... continué... et donné au public, par Philémon-Louis Savary,.... Tome 1, Amsterdam, 1726-1732)
  5. (Histoire) Droits qu’on levait sur les marchandises qui sortaient du royaume, ou qui y entraient, ou même qui passaient d’une province dans une autre.
    • On payait la traite des marchandises en Bretagne, en Dauphiné.
    • Sous l'Ancien Régime, la Traite foraine d'Anjou ou encore appelée Traite par terre était un droit perçu sur les passages de marchandises en dehors du duché d'Anjou, et en pratique du Comté de Laval. — (Wikipedia)
    • La traite foraine était un impôt de sortie. Henri IV, par ses déclarations de 1594 et 1595, avait voulu que, pour obvier aux fraudes que l'on commettait contre les droits. — (Wikipedia)
    • Nous voulons que la forme qui a coutume être gardée de tout temps a lever nôtre dit droit d'imposition Foraine traicte & trépas de loire, ne soit aucunement changée ni muée en quelque manière que ce soit. — (François Ier, Édict du Roy sur le faict de son domaine forain par luy ordonné estre levé et prins sur les denrées et marchandises issant et sortant hors les pays, terres et seigneuries dudict seigneur, Rouen, 1541)
  6. (Commerce, Finance) Lettre de change qu’un banquier tire sur un de ses correspondants, un commerçant sur celui à qui il a fourni une marchandise.
    • Le Foirond a été refait et comment. J'ai payé les trois premières traites et j'ai laissé protester les autres, sous prétexte que le pinard tournait. Aujourd'hui je n'ai pas encore payé et je ne payerai point. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 15)
  7. (Élevage) Action de traire le lait du bétail.
    • L’heure de la traite. Traite mécanique.
    • La traite a pour but d'extraire le lait de la mamelle d'une femelle domestique afin d'obtenir un lait d'excellente qualité, sans répercussion sur la santé de l'animal. C'est l'une des phases les plus importantes de la conduite de la vache laitière. — (Meyer, C., Denis, J.-P. ed. sci., Elevage de la vache laitière en zone tropicale, 314 p., page 211, 1999, Montpellier, Cirad, Collection Techniques)
    • Le Roy lui demanda la traicte des vaches de ce jour, & s'en étant fait apporter le laict se mit à table avec douze ou quinze qui l'avoient accompagné, aulquels pour entrée de table il dit: Mesamis, nous sommes tous compagnons, a table d'hote, faisons bonne chere pour notre argent; car nous avons un hôte qui nous fera bien payer l'écot. — (Pierre de l'Estoile, Journal du regne de Henry IV. roi de France et de Navarre. Tome 2, 1741)

Forme d’adjectif

traite \tʁɛt\

  1. Féminin singulier de trait.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

TRAIRE. (Je trais, tu trais, il trait; nous trayons, vous trayez, ils traient. Je trayais. Je trairai. Je trairais. Trais, trayez. Que je traie. Trayant. Trait. Il n'a pas de passé défini, ni d'imparfait du subjonctif.) v. tr.
Tirer. Il n'est guère usité qu'en parlant de Certaines femelles d'animaux dont on tire le lait. Traire les vaches. Traire une brebis. Traire une chèvre. Traire une ânesse. Il se dit aussi en parlant du Lait qu'on tire. Traire du lait. Le participe passé

TRAIT, AITE, s'emploie adjectivement. La vache est-elle traite? Il se dit aussi des Métaux passés par la filière. De l'or trait. De l'argent trait.

Littré (1872-1877)

TRAITE (trè-t') s. f.
  • 1Action de tirer, de transporter certaines marchandises d'une province à une autre, ou d'un État à un autre. On a permis la traite des blés. Il s'est fait de grandes traites de vins. Accordant tout ce qu'on leur demandait pour la traite des grains de leur ville, Pellisson, Lett. hist. t. II, p. 279.
  • 2En particulier, trafic que font les bâtiments de commerce sur les côtes d'Afrique. Ce bâtiment fait la traite ; il va en traite ; il est en traite.

    Se disait autrefois de tout commerce d'échange qui se faisait avec des peuples sauvages

    La traite des nègres, et, absolument, la traite, l'achat et la vente d'esclaves noirs. La traite est abolie. La première concession pour la traite des nègres est du 11 novembre 1673, Voltaire, Dict. phil. Esp. des lois. Voilà donc la traite des noirs établie entre l'Europe et l'Afrique trente ans avant l'existence de Las Casas, qui naquit en 1474, Grégoire, Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. IV, p. 48.

    Traite des blancs, nom qu'on donne quelquefois à l'industrie des agents de remplacement militaire.

    On le donne aussi à la conduite de certains industriels qui profitent de la faiblesse et de l'ignorance des personnes qui sont sous leur dépendance, pour s'attribuer entièrement le produit de leur travail.

  • 3Se dit du commerce des banquiers. Ce qui caractérise une lettre de change, c'est la traite de place en place.

    La lettre de change elle-même. Faire accepter des traites. Il a des traites sur Bordeaux.

    Traites et remises, un des comptes généraux du grand-livre, qui a pour objet l'entrée et la sortie des lettres de change et billets d'un négociant.

  • 4Chemin fait par mer, traversée (sens vieilli). Il fallut se résoudre à partir de ces lieux… Après huit jours de traite, un vaisseau de corsaires, Ayant pris le dessus du vent, Les attaqua…, La Fontaine, Fianc.
  • 5Étendue de chemin qu'un voyageur fait d'un lieu à un autre sans se reposer. Les gens du carrosse, qui, ayant une grande traite à faire, s'étaient levés de bonne heure, Scarron, Rom. com. II, 9. Adieu, dit le renard, ma traite est longue à faire, La Fontaine, Fabl. II, 15. D'où, continuant notre traite du même train, nous allâmes coucher à la ville de Daroca, Lesage, Estev. Gonz. 23. Aussitôt Candide selle les trois chevaux ; Cunégonde, la vieille et lui font trente milles d'une traite, Voltaire, Candide, 9. En payant dix sols par cheval pour chaque traite de quatre lieues, Voltaire, Mœurs, 94.

    Fig. [Il] Ronfle toujours, fait la nuit d'une traite, La Fontaine, Gasc.

    Absolument. C'est une traite, il y a une traite, se dit pour exprimer que la distance d'un lieu à un autre est assez considérable.

  • 6L'action de traire le lait. Le produit d'une traite faite avec soin et reçue successivement dans quatre vases donne véritablement quatre espèces de lait ; le premier est le plus séreux ; le second produit l'est moins ; le troisième encore moins ; et le quatrième contient une très grande quantité de crème, Fourcroy, Conn. chim. t. IX, p. 391.
  • 7Anciennement, droit levé sur les marchandises qui sortaient du royaume, ou qui y entraient, ou qui passaient d'une province à une autre. On payait la traite des marchandises en Bretagne, en Dauphiné.

    Traite foraine, droit qui se levait sur toutes les marchandises qui entraient dans le royaume.

    Traite domaniale, augmentation d'impôt sur quatre marchandises particulières, blé, vin, toile et pastel, lorsqu'elles étaient transportées hors du royaume.

  • 8Ancien terme de monnaie. Tout ce qui fait la diminution de la valeur intrinsèque des espèces monnayées. La traite comprenait le seigneuriage, le brassage et les remèdes de poids et de loi.
  • 9Bord du plein, sur lequel les tanneurs mettent leurs peaux pour les égoutter.

HISTORIQUE

XVe s. Item a voulu et ordonné quatre traites de messes estre celebrées pour le remede et salut de son ame, Du Cange, tractus. Au tiers coupplet, tu fais comparaison des tyrans de jadis et des gens horribles, lesquels, par traite de temps… l'on a souvent amollis, Chastelain, Exp. sur vérité. Nous faisions grandes traites et longues, et beuvions eau orde et non courante, Commines, VIII, 7.

XVIe s. Ce qu'un cheval peult faire de chemin en un jour, tout d'une traicte, Montaigne, III, 95. Si l'on garde au marchand son privilege antique, S'il a la traicte libre…, Du Bellay, J. VIII, 47, verso. Il pensa d'aguerrir son armée par le chemin, et endurcir les gens à la peine, les faisant courir en toutes sortes, faire de grandes et longues traittes…, Amyot, Marius, 22. Que lesdits sergents, à traicte [poursuite] d'autruy pour debte à cognoistre, ne pourront ceux sur qui telles traictes se feront, apprehender, Coust. génér. t. I, p. 794.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

TRAITE, s. f. (Marine.) c’est le commerce qui se fait entre des vaisseaux & les habitans de quelque côte.

Traite, s. f. (Commerce du Canada.) on appelle ainsi en Canada le négoce que les François font avec les sauvages, de leurs castors & autres pelleteries. (D. J.)

Traite d’arsac, terme de Finances, droit de sortie qui se leve sur les marchandises qui sortent de la province du Languedoc & sénéchaussée de Bordeaux, pour être transportées en Chalosse, dans les Landes, à Dax, Bayonne, &c. (D. J.)

Traite de Charante, terme de Finance, droit qui se leve par les fermiers sur les vins, eaux de-vie, & sur les marchandises qui entrent & sortent de la Saintonge, Aunis, &c. Le bureau principal de la traite de Charente est établi à Tournay, qui est un gros bourg situé sur le bord de la Charante, à une lieue au-dessus & du même côté de Rochefort ; c’est pour cette raison qu’on a donné à ce droit le nom de traite de Charente. (D. J.)

Traite foraine, (Finances.) il est bon de mettre sous les yeux du lecteur le précis d’une ancienne requête sur la traite foraine, que la nation forma & présenta au roi.

« Sire, quoique les droits de la traite foraine ne doivent être levés que sur les marchandises qui sortent du royaume pour être portées à l’étranger, ce qui est clairement établi par la signification du mot foraine, néanmoins ces droits sont levés sur ce qui va de certaines provinces de votre royaume à d’autres d’icelui, tout ainsi que si c’étoit en pays étranger, au grand préjudice de vos sujets, entre lesquels cela conserve des marques de division qu’il est nécessaire d’ôter, puisque toutes les provinces de votre royaume sont conjointement & inséparablement unies à la couronne pour ne faire qu’un même corps sous la domination d’un même roi, & que vos sujets sont unis à une même obéissance.

» Pour ces causes, qu’il plaise à Votre Majesté, ordonner qu’ils jouiront d’une même liberté & franchise ; en ce faisant qu’ils pourront librement négocier, & porter les marchandises de France en quelqu’endroit que ce soit, comme concitoyens d’un même état sans payer aucun droit de foraine, & que pour empêcher les abus qui se commettent, la connoissance de leurs différens pour raison de ladite traite appartienne à vos sujets, nonobstant tous baux & évocations à ce contraires.

» Encore que le droit domanial ne se doive prendre par lesdits établissemens d’icelle que sur les blés, vins, toiles & pastels, qui seront transportés de votre royaume à l’étranger ; vos fermiers desdits droits, sous prétexte que leurs commis & bureaux ne sont établis en aucunes provinces & villes, ou qu’elles sont exemptes dudit droit, font payer pour marchandises qui y sont transportées, comme si directement elles étoient portées à l’étranger ; pour à quoi remédier, défenses soient faites par Votre Majesté, d’exiger lesdits droits sur ces blés, vins, toiles & pastels, qui seront actuellement transportés dans votre royaume pour la provision d’aucune province, sous quelque prétexte que ce soit, à peine de concussion.

» Semblablement afin de remettre la liberté du commerce & faire cesser toutes sortes d’oppressions desdits fermiers, que ces droits, tant de ladite traite foraine & domaniale que d’entrée, soient levés aux extrémités du royaume, & que, à cet effet, les bureaux desdites traites & droits d’entrée soient établis aux villes frontieres & limites dudit royaume ; & qu’auxdits bureaux, les fermiers soient tenus d’afficher exactement les tableaux imprimés concernant lés droits taxés par vos ordonnances, à peine de concussion ». Considération sur les finances. (D. J.)

Traite des negres, (Commerce d’Afrique.) c’est l’achat des negres que font les Européens sur les côtes d’Afrique, pour employer ces malheureux dans leurs colonies en qualité d’esclaves. Cet achat de negres, pour les réduire en esclavage, est un négoce qui viole la religion, la morale, les lois naturelles, & tous les droits de la nature humaine.

Les negres, dit un anglois moderne plein de lumieres & d’humanité, ne sont point dévenus esclaves par le droit de la guerre ; ils ne se devouent pas non plus volontairement eux-mêmes à la servitude, & par conséquent leurs enfans ne naissent point esclaves. Personne n’ignore qu’on les achete de leurs princes, qui prétendent avoir droit de disposer de leur liberté, & que les négocians les font transporter de la même maniere que leurs autres marchandises, soit dans leurs colonies, soit en Amérique où ils les exposent en vente.

Si un commerce de ce genre peut être justifié par un principe de morale, il n’y a point de crime, quelque atroce qu’il soit, qu’on ne puisse légitimer. Les rois, les princes, les magistrats ne sont point les propriétaires de leurs sujets, ils ne sont donc pas en droit de disposer de leur liberté, & de les vendre pour esclaves.

D’un autre côté, aucun homme n’a droit de les acheter ou de s’en rendre le maître ; les hommes & leur liberté ne sont point un objet de commerce ; ils ne peuvent être ni vendus, ni achetés, ni payés à aucun prix. Il faut conclure de-là qu’un homme dont l’esclave prend la fuite, ne doit s’en prendre qu’à lui-même, puisqu’il avoit acquis à prix d’argent une marchandise illicite, & dont l’acquisition lui étoit interdite par toutes les lois de l’humanité & de l’équité.

Il n’y a donc pas un seul de ces infortunés que l’on prétend n’être que des esclaves, qui n’ait droit d’être déclaré libre, puisqu’il n’a jamais perdu la liberté ; qu’il ne pouvoit pas la perdre ; & que son prince, son pere, & qui que ce soit dans le monde n’avoit le pouvoir d’en disposer ; par conséquent la vente qui en a été faite est nulle en elle-même : ce negre ne se dépouille, & ne peut pas même se dépouiller jamais de son droit naturel ; il le porte partout avec lui, & il peut exiger par-tout qu’on l’en laisse jouir. C’est donc une inhumanité manifeste de la part des juges de pays libres où il est transporté, de ne pas l’affranchir à l’instant en le déclarant libre, puisque c’est leur semblable, ayant une ame comme eux.

Il y a des auteurs qui s’érigeant en jurisconsultes politiques viennent nous dire hardiment, que les questions relatives à l’état des personnes doivent se décider par les lois des pays auxquels elles appartiennent, & qu’ainsi un homme qui est déclaré esclave en Amérique & qui est transporté de-là en Europe, doit y être regardé comme un esclave ; mais c’est là décider des droits de l’humanité par les lois civiles d’une gouttiere, comme dit Cicéron. Est-ce que les magistrats d’une nation, par ménagement pour une autre nation, ne doivent avoir aucun égard pour leur propre espece ? Est-ce que leur déférence à une loi qui ne les oblige en rien, doit leur faire fouler aux piés la loi de la nature, qui oblige tous les hommes dans tous les tems & dans tous les lieux ? Y a-t-il aucune loi qui soit aussi obligatoire que les lois éternelles de l’équité ? Peut-on mettre en problème si un juge est plus obligé de les observer, que de respecter les usages arbitraires & inhumains des colonies ?

On dira peut-être qu’elles seroient bientôt ruinées ces colonies, si l’on y abolissoit l’esclavage des negres. Mais quand cela seroit, faut-il conclure de-là que le genre humain doit être horriblement lésé, pour nous enrichir ou fournir à notre luxe ? Il est vrai que les bourses des voleurs de grand chemin seroient vuides, si le vol étoit absolument supprimé : mais les hommes ont-ils le droit de s’enrichir par des voies cruelles & criminelles ? Quel droit a un brigand de dévaliser les passans ? A qui est-il permis de devenir opulent, en rendant malheureux ses semblables ? Peut-il être légitime de dépouiller l’espece humaine de ses droits les plus sacres, uniquement pour satisfaire son avarice, sa vanité, ou ses passions particulieres ? Non.... Que les colonies européennes soient donc plutôt détruites, que de faire tant de malheureux !

Mais je crois qu’il est faux que la suppression de l’esclavage entraineroit leur ruine. Le commerce en souffriroit pendant quelque tems : je le veux, c’est-là l’effet de tous les nouveaux arrangemens, parce qu’en ce cas on ne pourroit trouver sur le champ les moyens de suivre un autre système ; mais il résulteroit de cette suppression beaucoup d’autres avantages.

C’est cette traite de negres, c’est l’usage de la servitude qui a empêché l’Amérique de se peupler aussi promptement qu’elle l’auroit fait sans cela. Que l’on mette les negres en liberté, & dans peu de générations ce pays vaste & fertile comptera des habitans sans nombre. Les arts, les talens y fleuriront ; & au-lieu qu’il n’est presque peuplé que de sauvages & de bêtes féroces, il ne le sera bientôt que par des hommes industrieux. C’est la liberté, c’est l’industrie qui sont les sources réelles de l’abondance Tant qu’un peuple conservera cette industrie & cette liberté, il ne doit rien redouter. L’industrie, ainsi que le besoin, est ingénieuse & inventive ; elle trouve mille moyens différens de se procurer des richesses ; & si l’un des canaux de l’opulence se bouche, cent autres s’ouvrent à l’instant.

Les ames sensibles & généreuse, applaudiront sans doute à ces raisons en faveur de l’humanité ; mais l’avarice & la cupidité qui dominent la terre, ne voudront jamais les entendre. (D. J.)

Traite par terre, (Finances de France.) la traite par terre, autrement l’imposition foraine d’Anjou, fut établie par Philippe-Auguste en 1204, après la conquête de cette province sur toutes les denrées sortant de la province d’Anjou, vicomté de Thouars & de Beaumont, pour entrer en Bretagne. Cette loi n’étoit pas encore commune à toutes les provinces ; mais en 1599 Henri IV. y ajouta un supplément sous le nom d’imposition nouvelle d’Anjou.

L’imposition nouvelle d’Anjou est funeste dans ses effets, & les usurpations des engagistes ont été très-violentes ; ils prétendirent d’abord assujettir les toiles de Laval à leur tarif, parce que la vicomté de Beaumont est sur les frontieres du Maine, & que les fermiers, dans l’impression de leur tarif en 1653, avoient ajouté cette province comme comprise dans leur ferme. Les plaintes furent portées au conseil, & l’entreprise reprimée en 1686 ; mais un fermier ne court jamais aucun risque de troubler le commerce, toujours obligé de payer par provision, ou de perdre son cours ; ajoutez que les droits de la traite par terre anéantissent le commerce & ruinent la province. Ils sont de soixante-deux livres deux sous du cent pesant, c’est une somme excessive. Considérations sur les finances, tome I. (D. J.)

Traite, s. f. (terme de Banquier.) ce mot signifie les lettres de change qu’ils tirent sur leurs correspondans.

Traite, chez les Tanneurs, Mégissiers & Chamoiseurs, se dit du bord du plain où ils mettent les peaux pour les préparer avec de la chaux. Ainsi relever les peaux sur la traite, c’est les ôter du plain & les mettre sur le bord pour les y faire égoutter. Voyez Plain.

Traite, s. f. (terme de monnoie.) c’est tout ce qui s’ajoute au prix naturel des métaux qu’on emploie à la fabrication des especes, soit pour les remedes de poids & de loi, soit pour les droits de seigneuriage & de brassage. Il signifie plus que rendage, qui ne comprend que le seigneuriage & brassage. (D. J.)

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Phonétique du mot « traite »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
traite trɛt

Citations contenant le mot « traite »

  • La Turquie est le seul pays à majorité musulmane à avoir jusqu’ici dénoncé publiquement le traitement des Ouïgours. Le ministre turc des affaires étrangères l’avait ainsi qualifié début 2019 de « honte pour l’humanité ». Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, avait cependant vanté l’an passé en Chine la politique menée au Xinjiang, y jugeant les gens « heureux », selon des propos rapportés par l’agence officielle Chine nouvelle. Le Monde.fr, La Chine ratifie un traité d’extradition des Ouïgours avec la Turquie

Traductions du mot « traite »

Langue Traduction
Anglais treaty
Espagnol tratado
Italien trattato
Allemand vertrag
Chinois 条约
Arabe يعامل
Portugais tratado
Russe договор
Japonais 条約
Basque itun
Corse trattatu
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Synonymes de « traite »

Source : synonymes de traite sur lebonsynonyme.fr
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