La langue française

Prosterner

Définitions du mot « prosterner »

Trésor de la Langue Française informatisé

PROSTERNER, verbe trans.

A.− Empl. trans., littér.
1.
a) Vx. Courber et abaisser vers la terre. D'un coup terrible, il lui prosterna la tête sur les pieds même d'Annette (Balzac, Annette,t. 2, 1824, p. 43).Le vent océanique les étête, les secoue, les prosterne [les arbres] à l'instar des fougères (Chateaubr., Mém.,t. 1, 1848, p. 270).
b) Au fig. Abattre, abaisser. Des voix nouvelles, qui seront aussi hautes que Mallarmé, que Maeterlinck... et que moi-même si la réalité ne prosterne mon rêve (Gide, Corresp.[avec Valéry], 1891, p. 47).
2.
a) [Le compl. d'obj. désigne (p. méton.) une pers.] Faire se prosterner (infra B 1). Prosterner qqn aux pieds de Dieu, de qqn. Aux heures de recueillement, lorsque la méditation le prosternait, il avait rêvé un désert d'ermite (Zola, Faute Abbé Mouret,1875, p. 1232).Celui qui prosterne de siècle en siècle au pied de sa croix ces grands génies qui s'appellent saint Paul, Augustin (Monod, Sermons,1911, p. 302).
b) [Le compl. d'obj. désigne une chose] Offrir, avec une très grande humilité, en signe d'hommage. Qui de vous ne voudrait (...) Prosterner ses baisers sur ces pieds découverts, Ce col, ce sein d'albâtre, à l'air nocturne ouverts (Vigny, Poèmes ant. et mod.,1837, p. 141).Bon Chevalier, tout ce que je suis, tout ce que je puis être, mon passé compris, je le prosterne à votre merci (Laforgue, Moral. légend.,1887, p. 117).
Empl. pronom. réfl. indir. Son malheureux ami, (...) après avoir fait sa prière, se prosterna le visage contre le plancher, et resta près d'un quart d'heure dans cette attitude (Genlis, Chev. Cygne,t. 1, 1795, p. 54).
B.− Empl. pronom., usuel. [Le suj. désigne une pers.]
1. Se coucher, s'incliner très profondément, le front touchant terre ou se rapprochant de la terre en signe de respect, d'adoration, de supplication. Se prosterner devant, aux pieds de qqn; se prosterner par terre, jusqu'à terre, humblement, en silence, en adoration, en prière; s'agenouiller et se prosterner; se prosterner et adorer, prier :
1. ... et il dit, en lui montrant ses hommes qui se tenaient au loin arrêtés : − « Barca! Je te les amène. Ils sont à toi. » Alors il se prosterna en signe d'esclavage, et, comme preuve de sa fidélité, rappela toute sa conduite depuis le commencement de la guerre. Flaub., Salammbô,t. 2, 1863, p. 51.
2. Au fig., vieilli
a) Éprouver un profond respect, de l'adoration envers quelqu'un. Habituons nos esprits à se prosterner de respect devant la grandeur de son nom (Saint-Martin, Homme désir,1790, p. 325).Plus j'avance en âge, plus je me prosterne devant la bonté, parce que je vois que c'est le bienfait dont Dieu nous est le plus avare (Sand, Corresp.,t. 2, 1836, p. 8).
b) Faire preuve de servilité envers quelqu'un ou quelque chose. Synon. pop. ramper.Je vis le peuple français insulter lâchement au malheur d'un homme devant lequel il se prosternait la veille par admiration ou par crainte (Delécluze, Journal,1827, p. 374):
2. J'en ai assez de ces cocos-là, se prosternant tour à tour devant l'échafaud de Robespierre, les bottes de l'Empereur, le parapluie de Louis-Philippe, racaille éternellement dévouée à qui lui jette du pain dans la gueule! Flaub., Éduc. sent.,t. 2, 1869, p. 214.
C.− Part. passé et/ou adj. Qui est couché, profondément incliné en signe de respect, d'adoration, de supplication. Tomber prosterné aux pieds de qqn; peuple, foule prosterné(e). La sœur qui faisait la réparation était prosternée et en prière (Hugo, Misér.,t. 1, 1862, p. 681).
[P. méton. du déterminé] Sur mes genoux tremblants du seuil je m'approchai; De mon front prosterné, muet, je le touchai (Lamart., Jocelyn,1836, p. 589).La présence lointaine et prosternée d'un disciple soumis (Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 1, 1840, p. 294).
Au fig., vieilli. Je ne serai toujours que le plus humble et le plus prosterné de vos serviteurs (Gautier, Fracasse,1863, p. 127).
Prononc. et Orth. : [pʀ ɔstε ʀne], (il se) prosterne [pʀ ɔstε ʀn]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Verbe trans. a) 1329, févr. « abattre, renverser » (Second accord entre l'échevinage d'Amiens et le seigneur de Rivery ds A. Thierry, Mon. de l'hist. du Tiers État, 1resérie, I, 425); b) 1496 fig. « abaisser jusqu'à terre devant quelqu'un, en signe d'humble respect » (Jean de Rely, Bible française, éd. 1544, II, vo93 ds Trenel, p. 238); 2. verbe pronom. a) 1478 « se coucher la face contre terre » (J. Foulquart ds P. Varin, Arch. de Reims, II, 573); b) 1496 se prosterner devant « s'humilier » (Jean de Rely, op. cit., I, vo248 ds Trenel, loc. cit.); c) 1690 « se jeter à genoux aux pieds de quelqu'un » (Fur.). Empr. au lat. prosternere « coucher en avant; renverser », au réfl. « se prosterner », comp. de pro- « en avant » et sternere « étendre sur le sol ». Fréq. abs. littér. Prosterner : 439. Prosterné : 363. Fréq. rel. littér. Prosterner : xixes. : a) 1 015, b) 531; xxes. : a) 543, b) 387. Prosterné : xixes. : a) 752, b) 539; xxes. : a) 607, b) 246.

Wiktionnaire

Verbe

prosterner \pʁɔs.tɛʁ.ne\ transitif ou pronominal 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se prosterner)

  1. Renverser ; mettre aux pieds de.
    • Et, vivement impressionné par la noblesse réelle du spectacle, je ne pus m’empêcher de mêler ma voix aux acclamations enthousiastes des croyants prosternés. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 133)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PROSTERNER. v. tr.
Renverser, mettre aux pieds de. La religion prosterne l'homme devant la divinité.

SE PROSTERNER signifie Se baisser jusqu'à terre, en signe d'adoration on en posture de suppliant, se jeter à genoux aux pieds de quelqu'un. Il se prosterna devant lui. Se prosterner la face contre terre. Se prosterner au pied des autels. Fig. et par exagération, Se prosterner devant quelqu'un, Reconnaître, avouer sa supériorité en quelque genre que ce soit. Je me prosterne devant vous.

Littré (1872-1877)

PROSTERNER (pro-stèr-né) v. a.
  • 1Coucher à terre en signe d'adoration ou de respect. Oui, tandis que le roi va lui-même en personne Jusqu'aux pieds de César prosterner sa couronne, Corneille, Pomp. III, 1. Exauce cette indigne et vile créature Que prosterne à tes pieds un humble repentir, Corneille, Imit. IV, 9. Entrez ; à ses genoux prosternez vos douleurs, Chénier, Élég. II, 13.

    Fig. Une fausse science fait les athées ; une vraie science prosterne l'homme devant la divinité, Voltaire, Mél. litt. Lettre au prince de ***, IV, Th. Chubb.

    Représenter prosterné. L'artiste a prosterné les deux sœurs aux pieds du Christ, Diderot, Salon de 1763, dans GODEFROY, Lex. de Corneille.

  • 2Dans le sens latin, renverser, jeter bas. Les âmes faibles que prosterne le ton hardi de la confiance, L'Abbé Houtteville, dans DESFONTAINES. Grégoire de Tours dit que Dieu prosternait tous les jours ses ennemis [de Clovis], Montesquieu, Esp. XXX, 24. Ces arbres ne dépassent pas la hauteur d'un homme, le vent océanique les prosterne à l'instar des fougères, Chateaubriand, Mém. d'outre-tombe, t. II, p. 169.
  • 3Se prosterner, v. réfl. S'abaisser jusqu'à terre en posture de suppliant ou d'adorant. Moïse et Aaron, ayant entendu ceci, se prosternèrent en terre à la vue de toute la multitude des enfants d'Israël, Sacy, Bible, Nomb. XIV, 5. Je me suis souvenue de la manière d'enterrer des feuillantines ; toutes ces saintes filles se prosternèrent trois fois avant que de jeter ma pauvre cousine dans sa fosse, Sévigné, 611. S'il [Alexandre] voulait qu'étant le vainqueur et le maître des Perses, on le saluât à la persane, qu'on se prosternât devant lui dans certaines occasions…, Voltaire, Dict. phil. Alexandre.

    Avec l'ellipse du pronom personnel. Il [le comte de Toulouse] parut devant le légat… à la porte de l'église de Saint-Gilles ; là le diacre lui mit une corde au cou, et un autre diacre le fouetta… après quoi on fit prosterner le prince à la porte de cette église pendant le dîner du légat, Voltaire, Mœurs, 62.

    Fig. On se moque de temps en temps de l'idole de boue devant laquelle on se prosterne ; mais on se prosterne, Diderot, Claude et Nér. II, 28.

    Familièrement et fig. Se prosterner devant quelqu'un, reconnaître, avouer sa supériorité. J'ai juré, dit le vent, d'abattre le superbe Qui me résiste ainsi que toi ; Et je laisse en paix le brin d'herbe Qui se prosterne devant moi. Tâche de désarmer ma haine, Ou j'achève à l'instant de te déraciner. - Je puis tomber, reprit le chêne ; Je ne saurais me prosterner, le Chêne et le Vent, fable attribuée à BOISARD, et que l'on prétend se rapporter au refus de Louis XVIII sollicité par Bonaparte de renoncer pour lui et sa famille au trône de France.

REMARQUE

L'Académie ne donne prosterner que comme verbe réfléchi ; mais les meilleurs auteurs l'ont, comme on voit, employé activement.

HISTORIQUE

XVe s. Elle [une grande inondation] prosterna plusieurs gros villages et maisons, Juvénal Des Ursins, Hist. de Charles VI, p. 172, dans LACURNE.

XVIe s. Après que la force et puissance de l'ame estoit toute prosternée, Amyot, Démétr. 52. Il feit continuellement prieres pour elle à Juno, en se prosternant à terre devant son image, Amyot, Artax. 33. Lesquels [parents] encore qu'ils soient riches et aisez, et qu'ils aient moien de les nourrir [leurs enfants] et entretenir, neanmoins ils les prosternent, abandonnent…, Du Cange, prosternari.

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Étymologie de « prosterner »

Lat. prosternere, de pro, en avant, et sternere, étendre (voy. STRATE).

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Du latin prosternere, formé de pro (en avant), et de sterno (étendre).
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Phonétique du mot « prosterner »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
prosterner prɔstɛrne

Citations contenant le mot « prosterner »

  • On peut se prosterner dans la poussière quand on a commis une faute, mais il n'est pas nécessaire d'y rester. De François René de Chateaubriand
  • Mon corps exprime ainsi l’élan de mon cœur : me livrer à Dieu dans un acte d’adoration. J’aime beaucoup me prosterner devant le Saint-Sacrement. C’est un acte de foi qui m’aide à prendre conscience que je suis en présence du corps de Jésus-Christ. Je n’arrive plus à vivre l’eucharistie sans me prosterner. Il m’arrive souvent aussi de me prosterner en ouvrant les mains devant moi, pour m’abandonner et tout remettre au Seigneur. » , Prier avec son corps : quatre questions sur la prostration - Aide à la prière - Vie chrétienne - famillechretienne.fr
  • Des joueurs tirés au sort parmi les membres du Club Paris ont eu la possibilité, ce dimanche 26 juillet, d'affronter l'équipe de Tony Parker dans un tournoi 3x3 à élimination directe. Le but était, bien évidemment, de détrôner le grand Tony. Parmi les joueurs, beaucoup de fans, des basketteurs ayant évolué à un bon niveau ou encore des influenceurs dont le basket est pour la plupart une activité importante. Tous ont pu défier la légende et se prosterner devant celle-ci... Inside Basket, Grand Paris 2024 : Tony Parker toujours grandiose !

Images d'illustration du mot « prosterner »

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Traductions du mot « prosterner »

Langue Traduction
Anglais bow down
Espagnol reverencia
Italien inchinarsi
Allemand sich verbeugen
Chinois 跪拜
Arabe ينحنى لاسفل
Portugais curve-se
Russe склоняться
Japonais ひれ伏す
Basque makurtu
Corse arcu in bocca
Source : Google Translate API

Synonymes de « prosterner »

Source : synonymes de prosterner sur lebonsynonyme.fr

Prosterner

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