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Pouillé

Définitions du mot « pouillé »

Trésor de la Langue Française informatisé

POUILLÉ, subst. masc.

HIST. Sous l'Ancien Régime, relevé de tous les biens et bénéfices d'une abbaye, d'un diocèse, d'une province...; registre ou liste de ces biens. Synon. polyptyque.Le pouillé général de tous les bénéfices du royaume (Ac.).Le pouillé général fournit un total de trente mille quatre cent dix-neuf cures, dix-huit-mille cinq cent trente-sept chapelles, quatre cent vingt chapitres ayant églises (...) et le pouillé est fort incomplet (Chateaubr., Ét. ou Disc. hist.,t. 3, 1831, p. 439).Les anciens pouillés de l'évêché de Coutances font mention d'une seigneurie de Tangroville (Hugo, Travaill. mer,1866, p. 191).Sans doute il a consulté quelques pouillés (on entend par là les listes des bénéfices et des cures de chaque diocèse) (Proust, Sodome,1922, p. 925).
P. métaph. Dans cinq ou six siècles, lorsque la religion et la philosophie solderont leurs comptes, lorsqu'elles supputeront les jours qui leur auront appartenu, que l'une et l'autre dresseront le pouillé de leurs ruines, de quel côté sera la plus large part de vie écoulée, la plus grosse somme de souvenirs? (Chateaubr., Ét. ou Disc. hist.,t. 3, 1831pp. 440-441).
Prononc. et Orth. : [puje]. Homon. pouiller. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1624 poullier (Peiresc, Lettres, V, 40 ds Fonds Barbier), 1690 pouillié (Fur.). Dér. d'un type pouille (1335 pouille « sorte de rente », Cart. de Royaulieu, Richel. 1. 5434, fo82 rods Gdf.; 1442 « registre de comptes » Arch. JJ 176, pièce 167, ibid.) issu du lat. tardif polyptichum, sing. du b. lat. polypticha « registres, rôles » (v. polyptyque étymol.) avec une évol. phonét. peu claire qu'il faut mettre en rapport avec les altér. manifestées par des formes de lat. médiév. comme polegium, pulegium, pollegetium, poletium, puletium (Du Cange). L'hyp. d'une dér. de pouilles « productions de la terre » (Spitzer ds Arch. rom. t. 9, 1925, p. 72) est difficilement acceptable compte tenu du peu d'ext. de l'aire d'empl. de ce terme par rapport à pouillé (v. FEW t. 9, p. 139a, 140b et t. 12, p. 203b).

Wiktionnaire

Nom commun

pouillé \pu.je\ masculin

  1. (Histoire) État et dénombrement de tous les biens ecclésiastiques qui étaient situés dans une étendue de pays déterminée.
    • Je venais,ajouta-t-il, vous prier de me prêter le pouillé des évêques Il n’y a que vous à Tours qui ayez cet ouvrage. — (Honoré de Balzac, Le curé de Tours, 1832)
    • D'après le pouillé du XIVe siècle, Germigny-lès-Machaut, ancien village du Rémois, est compté au nombre des paroisses du doyenné d'Attigny, et ce même pouillé ainsi que les comptes de décimes de 1346 et de 1531 placent dans la même division ecclésiastique les églises de Cauroy, Contreuve, Leffincourt, Machaut, […]. — (Auguste Longnon, Études sur les pagi de la Gaule, 2e partie, Les pagi du diocèse de Reims, Bibliothèque de l’École des Hautes Études, Sciences philologiques et historiques, 11e fascicule , Paris, librairie A. Franck, 1872.)
    • D'après le Pouillé du diocèse de Chartres, imprimé en 1738, il y avait à Maisons un Prieuré de l'ordre de Saint Benoît, réuni à l'archevêché de Paris ; l'abbé de Morigny près d'Etampes, collateur de ce bénéfice, était gros décimateur de Maisons et y possédait une propriété. — (Édouard Lefèvre , Documents historiques et statistiques sur les communes du canton d’Auneau, Chartes : Garnier, 1867, p.43)
    • Les pouillés donnent, aux environs du XIVe siècle, et pour les quinze diocèses en question, un nombre de paroisses compris entre 5 931 (chiffre minimum) et 6 694 (chiffre maximum). — (Jean-Marie Pesez et Emmanuel Le Roy Ladurie, Les villages désertés en France : vue d'ensemble , dans Économies, Sociétés, Civilisations, 1965, vol.20, n° 2, p. 258)

Forme de verbe

pouillé \pu.je\

  1. Participe passé masculin singulier du verbe pouiller.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

POUILLÉ. n. m.
État et dénombrement de tous les bénéfices qui étaient situés dans une étendue de pays déterminée. Le pouillé général de tous les bénéfices du royaume. Les pouillés de la province de Sens. On dit aussi Polyptyque.

Littré (1872-1877)

POUILLÉ (pou-llé, ll mouillées, et non pou-yé) s. m.
  • Dénombrement, état de tous les bénéfices d'un diocèse, d'une abbaye, etc.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

POUILLÉ, s. m. (Jurisprud.) appellé dans la basse latinité polypticum, terme dérivé du grec πολύπτοχον, d’où l’on a fait par corruption politicum, poleticum, puleticum, puletum, signifie en général un registre où l’on écrivoit tous les actes publics & privés, mais particulierement un registre où l’on écrivoit les noms de tous les censitaires & redevables, avec une note de ce qu’ils avoient payé.

On a de même appellé pouillé les registres dans lesquels on écrivoit les actes concernant les églises & la description de leurs biens.

Mais, dans le dernier usage, on entend par ce terme un catalogue de bénéfices, dans lequel on marque le nom de l’église, celui du collateur & du patron, s’il y en a un, le revenu du bénéfice, & autres notions.

Il y a des pouillés généraux, & d’autres particuliers.

Le pouillé le plus général est celui des archevêchés & évêchés du monde chrétien, orbis christianus.

On appelle aussi pouillés généraux ceux qui comprennent tous les archevêchés & évêchés d’un royaume, ou autre état.

Le meilleur ouvrage que nous ayons pour la connoissance des églises de France, est le Gallia christiana de MM. de Sainte-Marthe, que l’on peut regarder comme un commencement de pouillé, mais néanmoins qui ne comprend pas toutes les notions qui doivent entrer dans un pouillé proprement dit.

On a fait divers pouillés généraux & particuliers de chaque diocèse.

En 1516, chaque diocèse nomma des commissaires pour l’estimation des revenus & la confection de son pouillé ; le clergé nomma des commissaires généraux pour dresser sur ces pouillés un département.

Il y eut un pouillé général, imprimé in-8°. vers l’an 1626, qui est devenu très-rare, mais qui ne peut être d’aucun usage tant il est rempli de fautes.

Celui qui parut in-4°. en 1648, est un peu plus exact, parce qu’il fut fait sur les registres du clergé, qui furent communiqués à l’auteur par ordre de l’assemblée de Mantes, tenue l’an 1641 ; il s’y est néanmoins glissé encore beaucoup de fautes ; il est d’ailleurs imparfait en ce qu’il n’y en a que huit volumes de faits, qui sont les archevêchés de Paris, Sens, Reims, Lyon, Bordeaux, Bourges, Tours & Rouen : les autres archevêchés ne sont pas faits.

Le clergé délibéra en 1726 que tous les bénéficiers & communautés donneroient des déclarations aux chambres diocésaines, qui en feroient des pouillés ; & que ces chambres enverroient ces pouillés à une assemblée générale, qui les reviseroit & feroit un département. L’exécution de cette délibération fut ordonnée par arrêt du conseil du 3 Mai 1727, & lettres-patentes du 15 Juin suivant.

Il a paru depuis quelques pouillés particuliers, tels que ceux des églises de Meaux & de Chartres, & un nouveau pouillé de Rouen en 1738.

Le clergé assemblé à Paris en 1740, renouvella le dessein de former un pouillé général sur le plan qui fut proposé à l’assemblée par M. l’abbé le Beuf, de l’académie des Inscriptions & Belles-Lettres. Ce même dessein fut confirmé par une autre délibération du clergé en 1745 ; & en conséquence des lettres circulaires, écrites par MM. les agens du clergé à MM. les archevêques & évêques du royaume, il a été envoyé à M. l’abbé le Beuf divers pouillés, tant imprimés que manuscrits, de différens diocèses pour en former un pouillé général auquel M. l’abbé le Beuf avoit commencé à travailler : mais n’ayant point reçu tous les pouillés de chaque diocèse, & ne s’étant même trouvé aucune province dont la collection fût complette, cet ouvrage est jusqu’à-présent demeuré imparfait, tous les matériaux étant encore entre les mains de M. l’abbé le Beuf.

Il y a divers pouillés particuliers des bénéfices qui sont de nomination royale, de ceux qui sont à la nomination des abbayes, prieurés, chapitres, dignités.

Le pere le Long, dans sa bibliotheque historique, a donné le catalogue de tous les pouillés, imprimés & manuscrits, qui sont connus.

Les pouillés ne sont pas des titres bien authentiques par eux-mêmes, & ne peuvent balancer des titres en bonne forme ; mais quand on ne rapporte pas des actes qui justifient positivement à la collation de qui sont les bénéfices, les pouillés ne laissent pas de former un préjugé. Cela fut posé pour maxime en diverses occasions par M. de Saint-Port, avocat général au grand-conseil. Voyez Brillon, au mot Pouillé. Sur les pouillés, voyez la nouvelle diplomatique, pag. 425. (A)

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Étymologie de « pouillé »

Bas-lat. pulegium ; de polyptychum (voy. POLYPTYQUE).

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Du latin tardif polyptychum ou polyptichum (« registre, rôle »), du grec ancien πολύπτυχοι (δέλτοι) (« (tablettes) d'un grand nombre de feuilles »), lui-même composé de πολύς (« beaucoup ») et πτύξ (« feuille [d'une tablette à écrire] »). Voir aussi polyptyque.
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Phonétique du mot « pouillé »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
pouillé pwile

Traductions du mot « pouillé »

Langue Traduction
Anglais lousy
Espagnol malísimo
Italien schifoso
Allemand lausig
Chinois 糟糕
Arabe رديء
Portugais nojento
Russe паршивый
Japonais お粗末
Basque makala
Corse pessimu
Source : Google Translate API

Pouillé

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