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Molinisme

Sommaire

  • Définitions du mot molinisme
  • Étymologie de « molinisme »
  • Phonétique de « molinisme »
  • Citations contenant le mot « molinisme »
  • Traductions du mot « molinisme »
  • Synonymes de « molinisme »

Définitions du mot « molinisme »

Trésor de la Langue Française informatisé

MOLINISME, subst. masc.

THÉOL. CATH. Doctrine de Molina visant à concilier la liberté de l'homme avec la grâce de Dieu, celle-ci inclinant mais ne contraignant pas le libre arbitre. De toutes les violences exercées à la fin du règne de Louis XIV, on ne se souvient guère que (...) des lettres de cachet prodiguées contre Port-Royal, les jansénistes, le molinisme et le quiétisme (Chamfort, Caract. et anecd., 1794, p. 133).Le molinisme revient à réclamer pour la créature une part seulement sans doute, mais enfin une part d'initiative première et absolue dans l'ordre du bien et du salut (Maritain, Human. intégr., 1936, p. 26).
Prononc. et Orth.: [mɔlinism̭]. Att. ds Ac. dep. 1798. Étymol. et Hist. 1656 (Pascal, Les Provinciales, III, 9 févr. ds Œuvres, éd. L. Lafuma, 1963, p. 382a). Dér. du nom de (Luis) Molina, jésuite esp. [1536-1600]; suff. -isme*. Fréq. abs. littér.: 13.

Wiktionnaire

Nom commun

molinisme masculin

  1. (Religion) Sentiment, opinion de Luis Molina et de ses partisans sur la grâce.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MOLINISME. n. m.
Sentiment, opinion de Molina et de ses partisans sur la grâce.

Littré (1872-1877)

MOLINISME (mo-li-ni-sm') s. m.
  • Opinion sur la grâce, d'après laquelle la grâce n'est point efficace par elle-même, mais est tantôt efficace et tantôt inefficace, selon que la volonté y coopère ou y résiste (comparez JANSÉNISME et JANSÉNISTE).
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

MOLINISME, s. m. (Théologie.) système particulier de Théologie sur la grace suffisante & efficace, qui a pris son nom de Louis Molina son auteur, jésuite espagnol, & professeur en Théologie dans l’université d’Evora.

Le livre où il explique ce système, intitulé, de concordiâ Gratiæ & liberi arbierii, parut à Lisbone en 1588, & fut vivement attaqué par les Dominicains, qui le déférerent à l’inquisition. La cause ayant été portée à Rome, & discutée dans ces fameuses assemblées, qu’on nomme les congrégations de auxiliis, depuis l’an 1597, jusqu’à l’année 1607, demeura indécise, le pape Paul V. qui tenoit alors le siege de Rome, n’ayant rien voulu prononcer, mais seulement défendu aux deux partis de se noter mutuellement par des qualifications odieuses. Depuis cette espece de trève le Molinisme a été enseigne dans les écoles comme une opinion libre ; mais il a eu de terribles adversaires dans la personne des Jansénistes, & n’en a pas manqué de la part des écoles catholiques.

Voici toute l’économie du système de Molina, selon l’ordre que cet auteur imagine dans les decrets de Dieu.

1°. Dieu, par la science de simple intelligence, voit tout ce qui est possible, & par conséquent des ordres infinis de choses possibles.

2°. Par la science moyenne Dieu voit certainement ce que dans chacun de ces ordres, chaque volonté créée, en usant de sa liberté, doit faire, si on lui confere telle ou telle grace.

3°. Il choisit l’ordre des choses qui a existé dès le commencement du monde, & qui existe encore en partie.

4°. Il veut, d’une volonté antécédente, sauver les anges & les hommes, mais sous une condition unique, c’est qu’ils veuillent bien eux-mêmes se sauver.

5°. Il donne à tous, soit anges, soit hommes, & abondamment, tous les secours nécessaires pour opérer leur salut.

6°. Les secours surnaturels, ou cette grace accordée aux anges & aux hommes dans l’état d’innocence n’a point été efficace par elle-même & de sa nature, mais versatile & efficace par l’évenement, c’est-à-dire à cause du bon usage qu’ils en ont fait.

7°. D’où il s’ensuit qu’il n’y a nulle différence quant à l’efficacité de la grace, entre les secours accordés dans l’état de nature innocente, & ceux dont on a besoin dans l’état de nature tombée, nuls decrets absolus efficaces par eux-mêmes, antécédens à la libre détermination de la volonté créée, ni par conséquent nulle prédestination avant la prévision des mérites, nulle réprobation qui ne suppose des péchés actuels.

8°. Dieu prédestine à la gloire les anges qu’il sait, par sa science de vision, devoir persevérer dans le bien, & reprouve les autres.

9°. Quant à ce qui regarde Adam & sa postérité infectée de son péché, quelque dignes que soient tous les hommes des supplices éternels & du couroux de Dieu, cependant il veut bien par miséricorde les sauver, mais d’une volonté antécédente, générale & conditionnée, c’est-à-dire pourvû qu’ils le veuillent bien eux-mêmes, & que l’ordre ou l’arrangement des causes naturelles n’y mette nul obstacle.

10°. Cette volonté est vraie, sincere & active, c’est elle qui a destiné Jesus-Christ pour sauveur au genre humain & qui accorde, prépare, ou du-moins offre à tous les hommes des graces très-suffisantes pour opérer leur salut.

11°. Dieu, par la science moyenne, voit certainement ce que l’homme placé dans telle ou telle circonstance fera, s’il est aidé de telle ou telle grace, qui sont ceux qui dans l’ordre présent des choses useront bien ou mal de leur libre arbitre, s’il leur accorde telle ou telle grace.

12°. Il se propose, par un decret absolu, de leur accorder les graces qu’ils ont effectivement eues dans la suite ; & s’il veut convertir efficacement quelqu’un & le faire perseverer dans le bien, il forme le decret de lui accorder telles ou telles groces auxquelles il prévoit qu’il consentira, & avec lesquelles il doit perseverer.

13°. Il connoit toutes les œuvres qui sont dans l’ordre surnaturel par la science de vision, qui suppose le decret dont nous venons de parler, & par conséquent il voit, par la même science, qui sont ceux qui feront le bien & qui persevereront jusqu’à la fin, ou qui sont ceux qui pecheront & ne persevereront pas.

14°. En conséquence de la prévision de ces mérites absolument futurs, il prédestine les uns à la gloire, & il en exclut les autres ou les réprouve, parce qu’il a prévû leurs démérites.

La base principale de ce système est que la grace suffisante & la grace efficace ne sont point réellement distinguées, mais que la même grace est tantôt efficace & tantôt inefficace, selon que la volonté y coopere ou y resiste, ensorte que l’efficace de la grace dépend du consentement de la volonté de l’homme, non, dit Molina, que ce consentement donne quelque force à la grace ou la rende efficace in actu prime, mais parce que ce consentement est une condition nécessaire pour que la grace soit efficace in actu secundo, c’est-à-dire lors qu’on la considere jointe avec son effet, à-peu-près comme les sacremens sont des signes pratiques & efficaces par eux-mêmes, mais ils dépendent cependant des dispositions de ceux qui les reçoivent pour produire la grace : c’est ce qu’enseigne formellement Molina dans son livre de la Concorde, quest. xiv. art. xiij. disput. 40. & quest. xxiij. art. iv. & v.

Cet écrivain & ses défenseurs vantent beaucoup ce système, en ce qu’il dénoue une partie des difficultés que les peres, & sur-tout S. Augustin, ont trouvé à concilier le libre arbitre avec la grace ; mais leurs adversaires tirent de ces motifs mêmes des raisons très-fortes de les rejetter, & quelques-uns d’eux ont avancé que le Molinisme renouvelloit le Semi-pélagianisme. Mais le P. Alexandre, dans son Histoire ecclésiastique du v. siecle, chap. iij. art. iij. § 13. répond à ces accusateurs, que ce système n’ayant pas été condamné par l’Eglise, & y étant toléré comme toutes les autres opinions d’école, c’est blesser la vérité, violer la charité, & troubler la paix que de la comparer aux erreurs des Pélagiens & des Semi-pélagiens ; & l’illustre M. Bossuet dans son premier & son second avertissement contre les Protestans montre solidement par un parallele exact du Molinisme avec le Semi-pelagianisme ; que l’Eglise romaine en tolérant le système de Molina, ne toléroit point les erreurs des Semi-pélagiens, comme avoit osé le lui reprocher le ministre Jurieu. Tournely, Tract. de grat. pars II. quest. v. art. ij. S 30.

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Étymologie de « molinisme »

De Luis Molina[1], avec le suffixe -isme.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Molina, jésuite espagnol, né en 1535, mort en 1600.

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Phonétique du mot « molinisme »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
molinisme mɔlɛ̃ism

Citations contenant le mot « molinisme »

  • Quelle est la plus belle explosion dans ce bouquet final ? Celle qui met en scène le molinisme, le quiétisme, le jansénisme, l'augustinisme. Quels sont les grands noms de cette féérie théologique ? Luis de Molina et Jansénius, Madame Guyon et Fénelon, Arnauld et Pascal, mais aussi Bossuet et Rancé. Le Point, Onfray à la Trappe #6 - La grâce contre la prédestination - Le Point
  • 21Le statut du plaisir pose, à notre sens, le même problème quant à l’interprétation qu’il convient d’en donner. Il est certes courant, presque banal, de voir en Fénelon, du moins s’agissant de sa spiritualité, l’ennemi du plaisir : en témoignerait son combat contre les jansénistes et leur doctrine du plaisir prévenant par lequel la grâce divine attirerait l’homme au bien. Cet hédonisme que Fénelon estime honteux, en ce qu’il n’est rien d’autre qu’un avatar de l’épicurisme, s’opposerait ainsi, radicalement, non seulement à sa propre doctrine de la grâce (la suavité de la grâce serait la conséquence et non l’appât de l’action divine), mais aussi à sa spiritualité, qui, selon Fr.‑X. Cuche « écarte les “goûts”, les “plaisirs” et toute forme de sentir spirituel » (p. 126). Mais s’il est hors de doute que Fénelon rejette l’idée d’une grâce qui agirait par un plaisir prévenant, c’est autant l’idée d’un plaisir sensible qui le révulse que celle d’une prévention de l’âme — au point de frôler le molinisme —, tant lui importe la possibilité d’un exercice réel du libre arbitre, dont il n’exclut pas qu’il se situe avant même l’action complète de la grâce. Mais cela ne signifie pas qu’il rejette toute idée plaisir : il distingue bien plutôt le plaisir qui prévient la volonté, et qui donc s’impose à elle comme un élément étranger et fatalement hostile, du plaisir qui émane de la volonté elle-même rendue au plein exercice de son pouvoir (ce que montre en revanche parfaitement l’article « Les Provinciales anti-jansénistes de Fénelon »), plaisir dont on imagine combien il pourrait être décuplé dès lors que la volonté se serait délibérément déposée en celle de Dieu, que la créature en aurait fini avec ses propres et mesquines inquiétudes, pour ne plus vouloir que ce que Dieu veut, autrement dit le bien absolument parlant. Or comment ce bien pourrait-il n’être pas senti comme bien, non certes sensiblement, mais contemplativement ? Cette interprétation n’empêche par ailleurs nullement Massoulié de se séparer de Fénelon, comme le montre précisément Fr.‑X. Cuche, sur la question de l’« extraordinaire », dont relève, pour le dominicain, la contemplation de l’idée de Dieu. C’est en effet là que s’exprime le thomisme de Massoulié, pour lequel nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu, au contraire de l’augustino-cartésianisme auquel souscrit Fénelon, qui permet la contemplation d’une idée pure, sans préalable ni support sensible. La conclusion des Méditations de Massoulié, à elle seule, témoigne de toute la distance qui sépare une spiritualité qui invite le lecteur à toujours s’examiner de celle qui voit, au contraire, dans les retours sur soi les indices sûrs d’un éloignement de Dieu. Le « doux » Fénelon est assurément celui qui aura été le plus loin dans cette exigence de charité, qui irrigue par ailleurs toute la pensée du Petit Concile : « L’archevêque, le pasteur, l’auteur des Mandements est bien le même homme que le précepteur du duc de Bourgogne, l’âme du Parti des Ducs […]. Étonnante unité de la spiritualité de Fénelon » (p. 183). , Lumières sur le Petit Concile (Acta Fabula)

Traductions du mot « molinisme »

Langue Traduction
Anglais molinism
Espagnol molinismo
Italien molinismo
Allemand molinismus
Chinois 保守主义
Arabe مولين
Portugais molinismo
Russe молинизм
Japonais モリニズム
Basque molinism
Corse molinisimu
Source : Google Translate API

Synonymes de « molinisme »

Source : synonymes de molinisme sur lebonsynonyme.fr
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