La langue française

Absinthe

Sommaire

  • Définitions du mot absinthe
  • Étymologie de « absinthe »
  • Phonétique de « absinthe »
  • Évolution historique de l’usage du mot « absinthe »
  • Citations contenant le mot « absinthe »
  • Images d'illustration du mot « absinthe »
  • Traductions du mot « absinthe »
  • Synonymes de « absinthe »

Définitions du mot absinthe

Trésor de la Langue Française informatisé

ABSINTHE, subst. fém.

I.−
A.− Sens propre. Plante amère et aromatique qui pousse dans les terrains vagues, les sables et les rocailles; la même, comme plante de culture :
1. ... et leurs graines étaient répandues sur la terre; celles que M. Collignon, notre jardinier, put reconnaître, sont, la grande absinthe, l'absinthe maritime, l'aurone mâle, l'armoise, le thé du Mexique, la verge d'or du Canada, l'aster (œil de Christ), la mille-feuille, la morelle à fruit noir, la perce-pierre (criste-marine), et la menthe aquatique. Voyage de La Pérouse autour du monde,t. 2, 1797, p. 282.
2. Les arbrisseaux sont aussi très-nombreux : on y voit le petit saule, le laurier de plusieurs espèces, le sureau nain, le sureau vénéneux, le génévrier, le petit chêne, la douce fougère, le petit noisetier, le myrthe à cire, l'hiver verd, le buisson à fièvre, le groseillier, le framboisier, le mûrier de haies, le vrai thé, le thé sauvage, l'absynthe, et un grand nombre d'autres sur lesquels je n'ai pas été à même de prendre des notes. L.-N. Baudry des Lozières, Voyage à la Louisiane et sur le continent de l'Amérique septentrionale,Préf. 1802, p. 172.
3. Sa prétention de traiter les gastralgies par des appositions de poudre de rose rouge, de corail et de mastic, d'absinthe et de menthe, de noix muscade et d'anis est pour le moins controuvée; ... J.-K. Huysmans, Là-bas,t. 1, 1891, p. 160.
4. Ce sont les essences d'anis et d'absinthe qui ont produit le plus grand nombre d'anomalies... F. Widal, P.-J. Teissier, G.-H. Roger, Nouveau traité de médecine,1920-24, fasc. 6, p. 30.
Rem. Les déf. tirées des dict. spécialisés mentionnent différentes variétés de la plante : grande -, petite -, -pontique, - maritime, -santonique. Plante médicinale (ex. 3).
B.− Emploi fig. [Notamment dans les expr. du type boire, faire boire (de) l'absinthe] Amertume :
5. Oui; je la vois, grands dieux! cette maison cruelle Que sans trouble jamais n'abordèrent mes pas. Mais ce trouble était doux, et je ne mourais pas. Mais elle n'avait point, sans pitié même feinte, Rassasié mon cœur et de fiel et d'absinthe. A. Chénier, Élégies,Les Amours, Lycoris, 1794, p. 60.
6. Ma fille, va prier! − D'abord, surtout pour celle Qui berça tant de nuits ta couche qui chancelle, (...) Et qui te mit au monde, et depuis, tendre mère, Faisant pour toi deux parts dans cette vie amère, Toujours a bu l'absinthe et t'a laissé le miel. V. Hugo, Les Feuilles d'automne,1831, p. 792.
7. Femmes qui connaissez enfin comme nous-mêmes Le paradis perdu de nos bras dénoués Entendez-vous nos voix qui murmurent je t'aime Et votre lèvre à l'air donne un baiser troué Absence abominable absinthe de la guerre N'en es-tu pas encore amèrement grisée ... L. Aragon, Le Crève-cœur,1941, p. 15.
II.− Liqueur alcoolique toxique, de couleur verte, extraite d'une des variétés (grande absinthe) de cette plante :
8. J'étais, voici quatre ou cinq ans, en tournée d'inspection à Limoges, attendant l'heure du dîner. Assis devant le grand café de la place du théâtre, je m'ennuyais ferme. Les commerçants s'en venaient, à deux, trois ou quatre, prendre l'absinthe ou le vermouth, ... G. de Maupassant, Contes et nouvelles,t. 1, L'Ami patience, 1883, p. 1239.
9. Et ma foi, je me suis mis à son régime et si, par hasard, nous prenons une absinthe, nous la prenons au laudanum. E. et J. de Goncourt, Journal,sept. 1885, p. 490.
10. Minouflet eut l'oubli de sa peine en jouant l'apéritif à la manille chez Maréchal l'aubergiste, avec Neveux et Duvigneaut qui prenaient de l'absinthe gommée, lui, un amer citron. P. Hamp, Vin de Champagne,1909, p. 119.
11. Elle [la bouteille] est à moitié pleine de liqueur verte, avec, au fond, un feutrage d'herbes, de feuilles, de petits grains bruns. C'est de l'absinthe qu'il fait lui-même avec l'armoise de la colline, l'anis qu'il commande au facteur, et son vieux marc. J. Giono, Colline,1929, p. 20.
Rem. Absinthe, comme tous les n. d'alcools qui se débitent dans les bars, etc., est fréquemment empl. p. méton. dans le sens de verre d'absinthe (ex. 8, 9). On trouve aussi un emploi de absinthe comme adj. de couleur :
12. − Les gens qui ont l'air de savoir quelque chose appellent ça des bombes au calcium. C'est vert, absinthe exactement. A. Malraux, L'Espoir,1937, p. 720.
Expr. et loc.
Faire son absinthe, sens propre : verser l'eau sur l'absinthe :
13. Il y a plusieurs manières de faire son absinthe (...) : la hussarde (...), la purée (...), l'amazone (...), la vichy (...), la bourgeoise (appelée aussi panachée)... (Almanach du hanneton, 1867). Larch.1872, p. 24.
14. Il avançait la tête, pris d'une méfiance. Soudain : − Ah ça! Mais, tonnerre de Dieu, est-ce qu'il ne fait pas mon absinthe! G. Courteline, Le Train de 8h 45,1888, p. 42.
15. absinthe (faire son) ... Signifie aussi cracher en parlant (...) « X... demande son absinthe (...) il parle art ou politique pendant un quart d'heure − et son absinthe est faite. » A. Delvau, Dictionnaire de la langue verte,Argots parisiens comparés, 1866, p. 3.
Faire l'absinthe, au fig. : projeter, en parlant, de petits jets de salive :
16. Absinthe en parlant (faire l'). Lancer, en parlant, de petits jets de salive (...). ,,Et, avec cela, quand elle ouvrait la bouche pour jaser, elle faisait l'absinthe!`` (Huysmans, les sœurs Vatard). L. Rigaud, Dictionnaire du jargon parisien, l'argot ancien et moderne,1878, p. 3.
Avaler son absinthe (fig.) :
17. Avaler son absinthe. Faire contre mauvaise fortune bon visage, endurer avec résignation quelque désagrément. L. Rigaud, Dictionnaire du jargon parisien, l'argot ancien et moderne,1878p. 20.
Renverser son absinthe (fig.) :
18. mourir (...) Renverser son absinthe. A. Bruant, L'Argot au XXesiècle,Dictionnaire français-argot, 1901, p. 325.
L'absinthe ne vaut rien après le déjeuner (fig.) :
19. L'absinthe ne vaut rien après déjeuner. Locution peu usitée (...) [=] Il est désagréable, en revenant de prendre son repas, de trouver sur sa casse de la correction à exécuter. (Absinthe dit Amertume.) E. Boutmy, Dictionnaire de l'argot des typographes,1883, p. 82.
20. Mon cher Marras, Par suite de la nuit je ne pourrai vous donner l'argent que demain à trois heures ici, au café, ou à votre bureau, égal, tenez : à l'heure de l'abs(inthe). P.-A.-M. de Villiers de L'Isle-Adam, Correspondance générale,t. 1, 1863, p. 64.
21. Absinthe de minuit, celle que l'on fait avec du vin blanc. G. Delasalle, Dictionnaire argot-français et français-argot,1896, p. 3.
Absinthe du vidangeur :
22. Verre de vin. Absinthe de vidangeur. A. Bruant, L'Argot au XXesiècle,Dictionnaire français-argot, 1901, p. 439.
Stylistique − Les emplois méton. du second sens (« liqueur ») sont dans la ligne de ce sens; il en est de même pour les très nombreuses expr. arg. formées à partir de absinthe (cf. ex. 13 à 22) ou de ses dér. (cf. absinthage, absinthique, s'absinther, absintheur, absinthier). Apr. 1915 (cf. hist. C) le mot ne connaît une certaine vitalité que chez qq. écrivains qui s'en servent comme terme de comparaison ou de caractérisation (A. Malraux, ex. 12). − Rem. Abs, subst. fém. [arg. pop.] : réduction de absinthe (cf. II) : 23. Abs − absinthe (argot du peuple); d'après Delvau, créé par Guichardet et à l'époque de Delvau d'un emploi général; cité encore par Delasalle mais de nos jours tombé hors d'usage. H. Kjellman, Mots abrégés et tendances d'abréviation en français, 1920, p. 31. La forme abrégée abs pour absinthe indique très nettement la vogue que connut l'absinthe, à une certaine époque, dans les milieux pop. Le facteur soc. a eu une influence déterm. pour la création et la généralisation de cette apocope de absinthe (Cf. l'influence des facteurs d'ordre soc. dans des formes abrégées telles que apéro pour apéritif, vélo pour vélocipède, cinéma, ciné, pour cinématographe).
Prononc. ET ORTH. − 1. Forme phon. : [ab̭sε ̃:t] 2. Hist. − Le mot apparaît sous sa forme actuelle au xvies. (cf. ex. étymol. et ex. de Montchrestien ds Hug.) et comme vedette de dict. ds Fur. 1701 à côté de absynthe ainsi que ds Rich. 1710 à côté de absinte avec la rem. : ,,Ce mot (...) s'écrit de l'une et de l'autre sorte``. Ds Ac., la forme mod. avec i ne s'impose qu'à partir de l'éd. de 1762 (à propos des graph. y, i, cf. abîme, prononc. et orth.). Pour les différentes formes de l'a. et du m. fr., cf. étymol. Dans abscynce au xvies. (cf. ex. de M. de Scève ds Hug.), sc est une graph. pour s (cf. Beaul. t. 1 1927, p. 299-300). En ce qui concerne le genre de ce mot, Fur. 1701 fait la rem. suiv. : ,,S. m. et f. selon Malherbe; et selon Vaugelas, toujours masculin. On le fait plus ordinairement féminin. L'Académie Fr. le fait féminin.`` (cf. aussi Rich. 1710, Trév. 1704 à 1771). Enfin Littré déclare : ,,Le genre de ce mot est resté quelque temps indécis; (...) aujourd'hui absinthe est toujours féminin.`` Par ailleurs, Rich. 1710 affirme que ,,ce mot n'a point de pluriel``. Cf. aussi Fur. 1701 qui, sous le mot absinthe, empl. au sens fig., déclare : ,,je ne voudrais pas hasarder à l'employer au pluriel comme Malherbe, qui a dit, adoucir toutes nos absynthes``. − Rem. Besch. 1845 est le seul à signaler en vedette la forme absinthion à côté de absinthe.
Étymol. Corresp. rom. : n. prov. absint, absinte; ital. absintio; cat. absinti. 1546 « Artemisia Absinthium L., plante aromatique amère » (Rabelais, Tiers-Livre, éd. A. Lefranc, p. 350 ds Quem. : Les aultres [plantes] ont leur n. par antiphrase et contrariété : comme absynthe, au contraire de pynthe, car il est fascheux a boyre). 1. Forme absince, début xiiies. « boisson à base d'absinthe » (Sermons de St Bernard, éd. Forster, Rom. Forsch. II, 47, 28 ds T.-L. : Enyvreiz est d'absince); 2. forme assenz, xives. (plante) (Moamin fol. 52 ds Tilander, Glan. Lexic., 25 : Et s'il ne gerist por ce, prenez dimie drame d'assenz et metez la en trois morseaux de char, et donez li à mangier); 3. forme assince, fin xves. (plante) (C. Tardif, L'art de fauconnerie et des chiens de chasse, cité par H. Werth ds Z. rom. Philol. XIII, p. 21 : contre vers ou ventre du chien, le remède est : donne luy semence de assince, pouldre de vers, tout meslé avec beurre ou miel). Empr. au lat. absinthium « plante aromatique amère », attesté dep. Varron, Res rusticae, 1, 57, 2 ds TLL s.v. apsinthium, 321, 40, fréq. ds Pline, Hist. nat., ibid., passim (forme apsinthium dep. Plaute, Trinummus, ibid., 69, calque du gr. α ̓ ψ ι ́ ν θ ι ο ν; graph. lat. ab- anal. de absum, Ern.-Meillet), Roland, Flore pop., VII, 66. 1 forme demi-sav. Lat. vulg. ausentium vies., Dioscorides latinus (TLL ibid., 46-47). « Boisson faite d'absinthe » dep. Pline, Hist. nat., 22, 146, ibid. 322, 20, sens fréq. en lat médiév. (Mittellat. W. s.v., 49, 13 sq.). Cf. a. prov. absens (Rayn.). 2 et 3, formes pop., cf. a. prov. aissens, ausen, ausens (Levy, s.v. aisens); formes rom. REW3. Synon. b. lat. aloxinum « plante aromatique amère » (cf. Corp. Gloss. Götz, III, 616, 36 ds TLL s.v. : absentius [absinthius] est aloxinus, dep. vies. Anthimus, ibid., d'où mot pop. a. fr. aluisne évincé par absinthe; (aire gallo-rom., voir REW3s.v. alŏxĭnum). HIST. − L'ordre d'importance des 3 sens aux xixeet xxes. ne correspond pas à leur ordre d'apparition. Pas de disparition de sens ou d'emploi av. 1789 : A.− Sém. I (« plante aromatique amère »). − Ce sens qui a survécu jusqu'à nos jours appartient d'une part au domaine de la bot., d'autre part à celui de la pharmacopée (potion ou autre remède extrait de la plante) (cf. étymol. 1, 2 et 3). xvies. : De plant enraciné et de semence s'edifie l'aluine ou absinthe appelé fort. O. de Serres, 565 (Littré). Absinthe romaine ou pontique, marin et vulgaire, est dict aussi aluine pour sa grande amertume, comme celle de l'aloes; aussi fort, c.-à-d. fort amer; sa graine tue les vers. Id., 615 (Littré). − Rem. Absinthe pris dans ce sens ne vit guère que dans les lang. spéc. de la bot. et de la pharmacopée, concurremment avec le n. sc. Artemisia absinthium. D'où la rareté des attest. dans la docum. B.− Sém. IB (« amertume »). − Métaph. à partir du sens I (absinthe, plante médicinale). xvies. : La longueur d'une absence est bien pleine d'absinthe. Bertaut, Complainte sur une absence (Hug.). xviies. : Quand tu la vois si dignement adoucir toutes nos absinthes. Malh., III 3 (Littré). Cet emploi n'est plus vivant à partir du xviiies. (l'absinthe boisson remplace l'absinthe médicament. Cf. inf. C) à l'exception du style archaïsant, en partic. dans l'expr. stéréotypée : le fiel et l'absinthe. C.− Sém. II (« boisson alcoolique »). − 1reattest. Ac. 1835. C'est pendant la seconde moitié du xixes. et au début du xxequ'en raison de la vogue des boissons alcooliques à base d'absinthe ce sens est le plus vivant (cf. nombreuses attest. dans sém. et nombreux dér. fam. ou arg.). La loi du 16 mars 1915 qui interdit la fabrication, la détention et la vente de ces boissons est le principal motif sociol. de la quasi disparition du terme dans ce sens. Cf. styl.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 293. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 209, b) 706; xxes. : a) 614, b) 319.
BBG. − Ac. Gastr. 1962. − Alex. 1768. − Bible. 1912. − Bouillet 1859. − Brard 1838. − Comm. t. 1 1837. − Dumas 1965 [1873]. − Littré-Robin 1865. − Mont. 1967. − Nysten 1814-20. − Privat-Foc. 1870. − Réau-Rond. 1951. − Remig. 1963. − Tilander (G.). Glanures lexicographiques. Paris, 1932, p. 25. − Thomas (A.). Nouveaux essais de philologie française. Paris, 1904, p. 354.

Wiktionnaire

Nom commun 1

absinthe \ab.sɛ̃t\ féminin.

  1. (Botanique) Variété d’armoise, plante vivace de la famille des Astéracées, très amère et aromatique.
    • Vin, teinture d’absinthe. — Cela est plus amer que de l’absinthe.
  2. Liqueur de couleur verte qu’on prépare en faisant infuser les feuilles de la plante dans de l’eau-de-vie.
    • La fabrication et la vente d’absinthe sont très réglementées en France.
    • Ils m’apprenaient aussi comment on édulcore une absinthe. — (Alphonse Daudet, Le petit Chose, 1868, rééd. Le Livre de Poche, page 90)
    • Puis les praticiens bourrèrent d’étoupes trempées dans de l’absinthe les intestins et recousirent le tout avec une aiguille et du fil. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • Au fond du vallon, sur la pierre que le poète appela « Pierre de la Rencontre », eut lieu la cérémonie de l’absinthe. Il avait en effet apporté dans une musette une fiole de ce poison (dixerat pater), une bouteille d’eau, et tout le nécessaire.
      Avant de boire, il versa sur la pierre quelques gouttes du breuvage, en nous informant que c’était une libation de reconnaissance aux Dieux sylvestres ».
      — (Marcel Pagnol, Le temps des secrets, 1960, collection Le Livre de Poche, pages 167-168)
  3. Un verre de cette boisson.
    • La seconde absinthe emplit Maurice de murmures et coulait comme une onde et venait entourer son cœur. Il la sentait bourdonner dans sa tête avec mille pensées éveillées qui roulaient, riaient et chantaient. — (Charles-Louis Philippe, Bubu de Montparnasse, 1901, réédition Garnier-Flammarion, page 107)
    • Nous buvions des absinthes au « Café des Colonnes » et quand j’arrivais en retard, comme toujours, pour dîner, je me souviens de l’immense effort que je devais faire pour ne point donner libre cours à des propos incohérents. — (Francis Carco, Maman Petitdoigt, La Revue de Paris, 1920)
    • A l'hôpital, soigné à la morphine, il en était devenu dépendant, ne pouvait plus s'en passer, l'appelait sa fée grise. « En voulez-vous ? proposa-t-il à Verlaine qui commandait une énième absinthe. Ça vous changera de la fée verte. » — (Jean Teulé, Ô Verlaine, Éditions Julliard, 2010, chap. 59)
  4. (Poétique) Amertume.
    • Mais elle n’avait point, sans pitié même feinte,
      Rassasié mon cœur et de fiel et d’absinthe.
      — (André Chénier, Élégies, Les Amours, Lycoris, 1794)

Nom commun 2

absinthe \ab.sɛ̃t\ masculin

  1. Couleur vert-jaune comme la liqueur, plus soutenue que le vert anis. #7FDD4C
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ABSINTHE. n. f.
Plante de la famille des Composées, qui est très amère et aromatique. Vin, teinture d'absinthe. Cela est plus amer que de l'absinthe. Il se dit aussi d'une Liqueur qu'on prépare en faisant infuser des feuilles d'absinthe dans de l'eau-de-vie et dont l'usage est une des formes les plus funestes de l'alcoolisme. Prendre un verre d'absinthe. Il s'est tué à boire de l'absinthe.

Littré (1872-1877)

ABSINTHE (a-bsin-t', ou, suivant la prononciation réelle, a-psin-t') s. f.
  • 1Plante aromatique et très amère. L'absinthe se nomme aussi aluine ; le nom scientifique est artemisia absinthium.
  • 2Espèce de liqueur faite avec l'absinthe. Prendre un verre d'absinthe.
  • 3 Fig. Amertume. Quand tu la vois si dignement Adoucir toutes nos absinthes, Malherbe, III, 3. La vie est cruellement mêlée d'absinthe, Sévigné, 120. Il vaut mieux ne se nourrir que d'un pain d'absinthe et d'amertume, Massillon, Dégoûts. Si votre langue n'est pas toujours trempée dans l'absinthe, Massillon, Pardon. Dieux. Depuis que l'amour me tient à la torture, Il verse dans mon sein l'absinthe toute pure, Tristan, Panthée, V, 1.

REMARQUE

Le genre de ce mot est resté quelque temps indécis ; et Malherbe se servait indifféremment du masculin ou du féminin : Tout le fiel et tout l'absinthe Dont un amant fut jamais abreuvé, Malherbe, V. 27. Aujourd'hui absinthe est toujours féminin.

HISTORIQUE

XVIe s. De plant enraciné et de semence s'edifie l'aluine ou absinthe appelé fort, De Serres, 565. Absinthe romain ou pontique, marin et vulgaire, est dict aussi aluine pour sa grande amertume, comme celle de l'aloes ; aussi fort, c'est-à-dire fort amer ; sa graine tue les vers, De Serres, 615.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

ABSINTHE.
3Ajoutez : Avaler son absinthe, subir patiemment quelque chose de désagréable. Si je n'avais trouvé notre petit Livry tout à propos, j'aurais été malade ; j'avalai là tout doucement mon absinthe, Sévigné, Lett. à Guitaut, 6 décembre 1679.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

ABSINTHE, s. f. herbe qui porte une fleur à fleurons. Cette fleur est petite, & composée de fleurons découpés, portés chacun sur un embrion de graine, & renfermés dans un calice écailleux : lorsque la fleur est passée, chaque embrion devient une semence qui n’a point d’aigrette. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez Plante. (I)

Absinthe ou Aluyne. Il y a quatre sortes d’absinthe : la romaine ou grande, la petite appellée pontique, l’absinthe ou l’aluyne de mer, & celle des Alpes appellée génepi.

Cette plante se met en bordure à deux ou trois piés de distance, & se peut tondre. Elle donne de la graine difficile à vanner ; c’est pourquoi on la renouvelle tous les deux ans en sevrant les vieux piés. (K)

* La grande absinthe a donné dans l’analyse chimique, n’étant pas encore fleurie, du phlegme liquide, de l’odeur & du goût de la plante, sans aucune marque d’acide ni d’alkali : il étoit mêlé avec l’huile essentielle, ensuite une liqueur limpide, odorante, qui a donné des marques d’un acide foible & d’un alkali très-fort : enfin une liqueur purement alkaline & mêlée de sel volatil, de sel volatil urineux concret, & de l’huile, soit subtile, soit grossiere.

La masse noire restée dans la cornue calcinée au feu de reverbere, on a tiré de ses cendres par la lixiviation du sel fixe purement alkali.

Les feuilles & les sommités chargées de fleurs & de graines, ont donné un phlegme limpide de l’odeur & du goût de la plante, avec des marques d’un peu d’acidité d’abord, puis d’un acide violent, enfin d’un acide & d’un alkali urineux avec beaucoup d’huile essentielle ; une liqueur roussâtre empireumateuse, alkaline, & pleine de sel urineux ; du sel volatil concret ; de l’huile, soit essentielle & subtile, soit puante & grossiere.

De la masse noire restée dans la cornue & calcinée au feu de reverbere, on a tiré des cendres qui ont donné par la lixiviation du sel fixe purement alkali. La comparaison des élémens obtenus & de leur quantité, a démontré que les feuilles ont plus de parties subtiles & volatiles que les fleurs & les graines ; qu’elles ont beaucoup moins de sel acide & d’huile que les sommités ; d’où il s’ensuit que les feuilles contiennent un sel ammoniacal & beaucoup d’huile subtile, & que l’on rencontre dans les sommités un sel tartareux uni avec un sel ammoniacal : mais il est vraissemblable que son efficacité dépend principalement de son huile essentielle, amere & aromatique ; & que quoiqu’elle paroisse la même dans les feuilles & les sommités, cependant elle est plus subtile, plus développée & plus volatile dans les feuilles à cause de son union intime avec les sels volatils.

On l’ordonne dans la jaunisse, la cachexie & les pâles couleurs : elle tue les vers, raffermit l’estomac ; mais elle est ennemie des nerfs comme la plûpart des amers. On en tire plusieurs compositions médicinales. Voyez celles qui suivent.

Absinthe (vin d’) Prenez des sommités de deux absinthes fleuries & récentes, mondées, hachées ou rompues, de chacune quatre livres ; de la canelle concassée trois gros ; mettez le tout dans un baril de cent pintes ; remplissez le baril de moust récemment exprimé de raisins blancs : placez le baril à la cave, laissez fermenter le vin ; & la fermentation finie, remplissez le tonneau de vin blanc, bouchez-le, & gardez le vin pour votre usage.

Vin d’absinthe qui peut se préparer en tout tems. Prenez feuilles de deux absinthes séchées, de chacune six gros ; versez dessus vin blanc quatre livres ; faites-les macérer à froid dans un matras pendant vingt-quatre heures ; passez la liqueur avec expression, & filtrez ; vous aurez le vin d’absinthe que vous garderez pour votre usage. (N)

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Étymologie de « absinthe »

Du latin absinthium, issu du grec ancien ἀψίνθιον, apsínthion.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Provenç. absinti, absens, eyssens ; espagn. ajenjo ; ital. assenzio ; de absinthium, du grec ἀψίνθιον.

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Phonétique du mot « absinthe »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
absinthe apsɛ̃t

Évolution historique de l’usage du mot « absinthe »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « absinthe »

  • Innovation Le prix CSEM du développement durable a récompensé jeudi soir un savon neuchâtelois artisanal à l’absinthe. Libre de tout emballage, il est l’œuvre d’étudiants au CPLN. , Un savon à l’absinthe remporte le prix du développement...
  • Les manifestations reprennent également de l’autre côté de la frontière, où les rassemblements sont autorisés jusqu’à 300 personnes. Le Val de Travers n’y coupera pas, bien au contraire, dans une région où la culture absinthique n’est pas un vain mot au regard de ses nombreux producteurs. La fête de l’absinthe pourtant annulée, Patrick Grand a voulu maintenir une activité en organisant une journée porte ouvertes de sa distillerie à Fleurier , intitulée (avec jeux de mots) « Absinthe sans fête ». , Coronavirus | L’absinthe se déconfine et innove samedi à Fleurier
  • Édouard et Louis ne tardaient pas à s’investir dans l’usine paternelle ; l’aîné en commençant l’exportation de l’absinthe à 65 ° dans les pays étrangers, le cadet à l’usine. midilibre.fr, En 1850, Édouard Pernod venait fabriquer son absinthe à Lunel - midilibre.fr
  • La vie, cette goutte de lait et d'absinthe. Henri Lacordaire, Pensées
  • Le psychologue : une crème de menthe qui voudrait passer pour une absinthe. De Léon-Paul Fargue / Sous la lampe
  • L'eau, liquide si impur, qu'une seule goutte suffit pour troubler l'absinthe. De Alfred Jarry
  • L'absinthe apporte l'oubli, mais se fait payer en migraines. Le premier verre vous montre les choses comme vous voulez les voir, le second vous les montre comme elles ne sont pas ; après le troisième, vous les voyez comme elles sont vraiment. De Oscar Wilde
  • Concours La Maison de l’absinthe s’est associée à l’Ecole d’arts appliqués de La Chaux-de-Fonds pour créer un nouveau T-shirt. L’œuvre de Kenza Rucci, étudiante de 1re année, a été sélectionnée. , Un T-shirt diabolique pour vanter l’absinthe
  • L’Artemisia est habituellement perçue en Occident comme une absinthe chinoise aux diverses vertus curatives. Plusieurs scientifiques ont établi ces dernières semaines un lien étroit entre la faible contamination à la Covid-19 sur le continent noir (contrairement au reste du monde) et l’utilisation qui est faite en Afrique depuis plusieurs années de l’Artemisia annua pour traiter le paludisme. Afriquinfos, L’Artemisia relance le Covid-Organics,l’Institut Max Planck

Images d'illustration du mot « absinthe »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « absinthe »

Langue Traduction
Anglais absinthe
Espagnol ajenjo
Italien assenzio
Allemand absinth
Portugais absinto
Source : Google Translate API

Synonymes de « absinthe »

Source : synonymes de absinthe sur lebonsynonyme.fr
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