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Téléréalité, d’Aurélien Bellanger : plongée dans l’industrie audiovisuelle française

Alors que la crise de la Covid-19 sévit déjà depuis un an, et que nous sommes condamnés à tourner sans cesse derrière nos écrans de télétravail, la télé-réalité, le soir, est une fenêtre sur le monde. Ainsi, lors du premier confinement de mars 2020, Koh-Lanta a su rassembler la France par-delà les applaudissements en honneur du personnel soignant, telle une procession religieuse animée par la contemplation des idoles de la célèbre émission d’aventurier. La stase des candidats affamés, dans des lieux paradisiaques inaccessibles, a offert un record d’audience à TF1, alors que nous nous empiffrions sans pouvoir sortir. C’est cette société du spectacle qu’Aurélien Bellanger a voulu raconter dans son nouveau roman, Téléréalité, publié au mois de mars 2021 chez Gallimard.

Après un succès mitigé en librairie pour Le continent de la douceur, Aurélien Bellanger revient aux fondamentaux qui l’avaient propulsé sur la scène littéraire : un roman d’apprentissage des années 80 à nos jours, complétant la fresque des lieux de pouvoir français esquissée par la Théorie de l’information et Le Grand Paris.

Cette fois-ci, l’auteur s’attaque à l’industrie médiatique, en narrant l’ascension du jeune Sébastien Bitereau, fils de plombier-chauffagiste de la vallée de l’Ouvèze, qui s’extirpe de sa condition de classe moyenne pour devenir le pape de la télévision française. Comme pour La théorie de l’information, où Xavier Niel faisait figure d’inspiration, Aurélien Bellanger prend ici la référence de Stéphane Courbit, entrepreneur français d’origine drômoise à la tête d’un empire télévisuel mondial. Ainsi, son double romanesque, jeune comptable de génie, rencontre de manière fortuite un présentateur célèbre alors qu’il est empêtré dans un projet de parc d’attraction local. Il monte à Paris et découvre l’industrie télévisuelle. Très vite, il s’associe à un jeune présentateur prometteur pour lancer ses propres formats d’émission et dépoussiérer le PAF. C’est ainsi qu’Aurélien Bellanger, par sa belle plume et un récit qui se déroule sans accrocs, permet au lecteur de se replonger dans les images de la télévision des années 80, 90, puis 2000, non sans nostalgie, et de comprendre que ces émissions désormais cultes ont contribué à transformer la société française.

La nostalgie télévisuelle qui déferla soudain sur la France, Sébastien en était l’inventeur. C’était à lui et au foudroyant succès de Triple 7 - qui mérita bien son quatrième sept, un Sept d’or, l’année suivante - que la France dut sa sortie définitive des années 80, et son entrée, enfin, dans les années 90.

Aurélien Bellanger décrit avec brio les tractations économiques qui président à l’édification d’un empire télévisuel. L’ambition de Sébastien Bitereau, gonflée par les poids lourds européens du secteur, finit par rendre possible l’avènement de la téléréalité en France, grâce à la production de Loft Story et à la révélation de son almée post-moderne, Loana.

Et au milieu de tous, la figure ancestrale de l’effeuilleuse : la désormais mythique Loana. À peine créée, la téléréalité nous a offert grâce à elle l’équivalent de La naissance de Vénus de Botticelli : la beauté pure, sortie de sa petite piscine, et livrée, entière et nue, au scalpel de nos yeux. Je pense sérieusement, oui, qu’avec la scène de la piscine, avec sa rencontre aquatique avec le vaseux Jean-Édouard, tu as offert à la télévision l'œuvre d’art qui lui manquait. 

Aurélien Bellanger, avec ce cinquième roman, progresse dans son ambition de réaliser une Comédie humaine des temps modernes. Il s’autorise même à se faire rencontrer pour la première fois les personnages de ses différents ouvrages : Sébastien Bitereau croise notamment André Taulpin de L’aménagement du territoire, le Prince du Grand Paris, et Pascal Ertanger de la Théorie de l’Information. On regrettera seulement que le roman soit plus court que les précédents, et que l’auteur n’accompagne pas plus son récit, comme il s’y autorise habituellement, de détails prolifiques sur les coulisses de la télévision française. 

En effet, le parcours génial de Sébastien Bitereau l’est peut-être un peu trop, et ne permet pas d’aborder plus précisément la face noire de l'avènement de la téléralité comme format télévisuel : quid des neuf tentatives de suicide de Loana ? Quid de la question du sexisme et, par exemple, de l'agression sexuelle en direct de la chroniqueuse Cécile de Ménibus face à Rocco Siffredi ? Finalement, le lecteur n’attendait qu’à pouvoir s’engouffrer davantage dans les eaux tumultueuses de la télévision française.

Sujets :  critique littéraire

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Commentaires

ghislaine arbousset

je ne lirai pas ce roman : trop de qualificatifs excessifs., aussi bien venant du critique (vendu à TF1 ?) que dans la citation . Et même risibles : faire de la « mythique » Loana « l’équivalent de la Naissance de Vénus de Boticelli  » c’est vraiment drôle ! Totalement inapproprié ,comme on dit aujourd’hui.

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