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Syllepse

Variantes Singulier Pluriel
Féminin syllepse syllepses

Définitions de « syllepse »

Trésor de la Langue Française informatisé

SYLLEPSE, subst. fém.

A. − GRAMM. Accord effectué non selon les règles de la grammaire (accord en genre, nombre ou personne), mais d'après le sens. Syllepse du genre, du nombre, de la personne. Racine, plus d'une fois, s'est autorisé de la syllepse pour satisfaire aux lois du vers: Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge, Vous souvenant, mon fils, que, caché sous ce lin, Comme eux vous fûtes pauvre, et comme eux orphelin (Athalie, IV, 3) (...). Dans le langage courant, la syllepse est plus fréquente qu'on imagine. Des phrases comme: « Chaque goutte tombait dans le silence... je les entendais distinctement » nous échappent à chaque instant. C'est que le distributif singulier coïncide avec l'idée de pluriel (Morier1961).Le pronom représentant un nom collectif (ou générique) singulier s'accorde parfois, par syllepse du nombre, non pas avec ce nom, mais avec le nom pluriel suggéré par lui: (...) − Ah! vous avez un chat, je ne LES aime pas (P. Margueritte, L'Eau qui dort, p. 119) (Grev.1964[3etirage], § 466, p. 405).
B. − RHÉT. Figure, trope consistant à employer un mot à la fois au sens propre et au sens figuré. Les Tropes mixtes, qu'on appelle Syllepses, consistent à prendre un même mot tout-à-la-fois dans deux sens différents, l'un primitif ou censé tel, mais toujours du moins propre; et l'autre figuré ou censé tel, s'il ne l'est pas toujours en effet; ce qui a lieu par métonymie, par synecdoque, ou par métaphore (Fontanier, Les Figures du discours, Manuel class. pour l'ét. des tropes, Paris, Flammarion, 1968 [1830], p. 105).
REM.
Sylleptique, adj.Qui appartient à la syllepse, relève de la syllepse. Accord, forme, rapport sylleptique. (Dict. xixeet xxes.).
Prononc. et Orth.: [sil(l)εps]. Att. ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist. 1. 1660 gramm. (Gramm. générale, p. 145 ds DG); 2. 1730 rhét. la syllepse oratoire (Dumarsais, Tropes, II, 11 ds Littré). Empr. au lat. des rhétoricienssyllepsis, du gr. σ υ ́ λ λ η ψ ι ς « action de prendre ensemble, c'est-à-dire d'embrasser, de compendre », dér. de σ υ λ λ α μ β α ́ ν ε ι ν, v. syllabe. Bbg. Morel (M.-A.). Pour une typologie des fig. de rhét. DRLAV. 1982, no26, p. 52.

Wiktionnaire

Nom commun - français

syllepse \si.lɛps\ féminin

  1. (Grammaire) Figure de style dans laquelle l’accord grammatical (en genre, nombre ou personne), répond à notre pensée plutôt qu’aux règles grammaticales.
    • L'Académie écrit au pluriel des bonnes-voglies, sans songer que bonne-voglie signifie Bonne volonté, homme de bonne volonté, et qu'ainsi la marque du pluriel, dans ce mot, ne peut être justifiée que par la syllepse, amie de la synthèse. — (Léger Noël, La clef de la langue et des sciences, ou Nouvelle grammaire française encyclopédique et morale... ; précédée d'un Traité spécial du genre, à Paris : chez Dutertre & chez P. Cordier , 1861, vol. 2, page 230)
    • L'emploi de la Syllepse est encore très-heureux dans ces vers de Racine (Athalie, act. IV, sc. 3) :
      « Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge,
      Vous souvenant, mon fils, que, caché sous ce lin,
      Comme eux vous fûtes pauvre et comme eux orphelin. »
      — (Yannick Chevalier & Philippe Wahl, La syllepse, figure stylistique, Presses universitaires de Lyon,, 2006, page 52)
    • Pas question de féminiser les dénominations professionnelles. […]. Pendant quelques années encore, on peut écrire sans rire que «le ministre est enceinte», c’est ce qu’on appelle une syllepse, le sens l’emportant sur l’accord grammatical. — (Claire Devarrieux, Faites entrer la préfète, dans Libération, 22 novembre 2018 [texte intégral])
  2. (Rhétorique) Figure de style par laquelle un mot est employé à la fois au propre et au figuré.
    • Syllepse portant sur le mot “ douce ” : « Galatée est pour Corydon plus douce que le thym du mont Hybla. ». — (Virgile, les Bucoliques (VII))
    • Les blagues se construisent bien souvent à la manière d’une syllepse. […] Faire une « syllepse », c’est donc prendre le même mot dans deux sens différents au cœur de la même phrase. — (Luc de Brabandere, Petite Philosophie des histoires drôles, Eyrolles, Paris, 2007, page 37)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SYLLEPSE. n. f.
T. de Rhétorique. Figure par laquelle le discours répond plutôt à notre pensée qu'aux règles grammaticales. Racine a usé d'une syllepse quand il a écrit : " Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge, Vous souvenant, mon fils, que, caché sous ce lin, Comme eux vous fûtes pauvre et comme eux orphelin ". Il se dit aussi d'une Figure par laquelle un mot est employé à la fois au propre et au figuré. Il y a une syllepse dans cette phrase : Galatée est pour Corydon plus douce que le miel du mont Hybla.

Littré (1872-1877)

SYLLEPSE (sil-lè-ps') s. f.
  • 1Figure de grammaire qui règle l'accord des mots, non d'après les règles grammaticales, mais d'après les vues particulières de l'esprit. Exemple : Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge, Vous souvenant, mon fils, que, caché sous ce lin, Comme eux vous fûtes pauvre, et comme eux orphelin, Racine, Athal. IV, 3. Comme eux, se rapportant au pauvre au singulier, parce qu'on a dans l'idée toute la classe des pauvres et non pas tel ou tel pauvre.

    Syllepse du nombre, celle où les mots ne sont pas en rapport de nombre. On dit de même : syllepse du genre, syllepse de la personne. On tente, on est tentée, Voltaire, Prude, III, 6. Tentée au féminin, parce que on désigne une femme.

  • 2Figure par laquelle un mot est employé à la fois au propre et au figuré. La syllepse oratoire est une espèce de métaphore ou de comparaison, par laquelle un même mot est pris en deux sens dans la même phrase, Dumarsais, Tropes, II, 11.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

SYLLEPSE, s. f. (Gram.) σύλληψις, comprehensio ; c’est la même étymologie que celle du mot syllabe, voyez Syllabe ; mais elle doit se prendre ici dans le sens actif, au-lieu que dans syllabe elle a le sens passif : σύλληψις, comprehensio duorum sensuum sub unâ voce ; ou-bien acceptio vocis unius duos simul sensus comprehendentis. C’est tout-à-la fois la définition du nom & celle de la chose.

La syllepse est donc un trope au moyen duquel le même mot est pris en deux sens différens dans la même phrase, d’une part dans le sens propre, & de l’autre dans un sens figuré. Voici des exemples cités par M. du Marsais. trop. part. II. art. xj. pag. 151.

« Coridon dit que Galathée est pour lui plus douce que le thym du mont Hybla ; Galathæa thymo mihi dulcior Hyblæ, Virg. ecl. vij. 37. le mot doux est au propre par rapport au thym, & il est au figuré par rapport à l’impression que ce berger dit que Galathée fait sur lui. Virgile fait dire ensuite à un autre berger ; ibid. 41. Ego Sardoïs videar tibi amarior herbis, (quoique je te paroisse plus amer que les herbes de Sardaigne, &c.). Nos bergers disent, plus aigre qu’un citron verd.

Pyrrhus, fils d’Achille, l’un des principaux chef des Grecs, & qui eut le plus de part à l’embrasement de la ville de Troie, s’exprime en ces termes dans l’une des plus belles pieces de Racine : Andromaq. act. I. sc. jv.

Je souffre tous les maux que j’ai faits devant Troie ;
Vaincu, chargé de fers, de regrets consumé,
Brûlé de plus de feux que je n’en allumai.

brûlé est au propre, par rapport aux feux que Pyrrhus alluma dans la ville de Troie ; & il est au figuré, par rapport à la passion violente que Pyrrhus dit qu’il ressentoit pour Andromaque…

Au reste, cette figure joue trop sur les mots pour ne pas demander bien de la circonspection : il faut éviter les jeux de mots trop affectés & tirés de loin ».

Cette observation de M. du Marsais est très-sage ; mais elle auroit pû devenir plus utile, s’il avoit assigné les cas où la syllepse peut avoir lieu, & qu’il eût fixé l’analyse des phrases sylleptiques. Il me semble que ce trope n’est d’usage que dans les phrases explicitement comparatives, de quelque nature que soit le rapport énoncé par la comparaison, ou d’égalité, ou de supériorité, ou d’infériorité : brûlé d’autant de feux que j’en allumai, ou de plus de feux, ou de moins de feux que je n’en allumai. Dans ce cas, ce n’est pas le cas unique exprimé dans la phrase, qui réunit sur soi les deux sens ; il n’en a qu’un dans le premier terme de la comparaison, & il est censé répété avec le second sens dans l’expression du second terme. Ainsi le verset 70 du ps. 118. Coagulatum est sicut lac cor eorum, est une proposition comparative d’égalité, dans laquelle le mot coagulatum, qui se rapporte à cor eorum, est pris dans un sens métaphorique ; & le sens propre qui se rapporte à lac est nécessairement attaché à un autre mot pareil sous-entendu ; cor eorum coagulatum est sicut lac coagulatur.

Il suit de-là que la syllepse ne peut avoir lieu, que quand le sens figuré que l’on associe au sens propre est autorisé par l’usage dans les occurrences où il n’y a pas de syllepse. C’est ainsi que feux est de mise dans l’exemple de Racine, parce qu’indépendamment de toute comparaison on peut dire par métaphore, les feux de l’amour. J’ajouterai que peut-être seroit-il plus sage de restraindre la syllepse aux seuls cas où le sens figuré ne peut être rendu par un mot propre.

M. du Marsais semble insinuer, que le sens figuré que la syllepse réunit au sens propre, est toujours une métaphore. Il me semble pourtant qu’il y a une vraie syllepse dans la phrase latine, Nerone neronior ipso, & dans ce vers françois, Plus Mars que le Mars de la Thrace, puisque Nero d’une part & Mars de l’autre sont pris dans deux sens différens : or le sens figuré de ces mots n’est point une métaphore ; c’est une antonomase ; ce sont des noms propres employés pour des noms appellatifs. Je dis que dans ces exemples il y a syllepse, quoique le mot pris à double sens soit exprimé deux fois : c’est que s’il n’est pas répété dans les exemples ordinaires, il est sous-entendu, comme je l’ai remarqué plus haut, & que l’ellipse n’est point nécessaire à la constitution de la syllepse.

Il y a aussi une figure de construction que les Grammairiens appellent syllepse ou synthèse. Mais comme il me semble dangereux pour la clarté de l’enseignement, de donner à un même mot technique des sens différens, je n’adopte, pour nommer la figure dont il s’agit, que le nom synthèse, & c’est sous ce nom que j’en parlerai. Voyez Synthese, Grammaire. (E. R. M. B.)

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Étymologie de « syllepse »

Provenç. sylempsis ; de σύλληψις, qui vient de συλλαμϐάνειν, comprendre, de σὺν, avec, et λαμϐάνειν, prendre.

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(Siècle à préciser) Du grec ancien σύλληψις, syllêpsis, « action de prendre ensemble, d’embrasser, de comprendre ».
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Phonétique du mot « syllepse »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
syllepse silɛps

Citations contenant le mot « syllepse »

  • À l’origine, la métalepse constitue une notion rhétorique (Genette 1972, Roussin 2005), définie comme « une proposition […] [qui] consiste à substituer l’expression indirecte à l’expression directe » (Fontanier (1830) 1977 : 127). Toutefois, plus qu’à cette définition générale, la plupart des théoriciens du récit se sont montrés sensibles à certains de ses sens rapportés, comme « le tour par lequel un poète, un écrivain, est représenté ou se représente comme produisant lui-même ce qu’il ne fait au fond que décrire » (Fontanier (1830) 1977 : 128) ; ou encore celui « par lequel […] au lieu de raconter simplement une chose qui se fait ou qui est faite, on commande, on ordonne qu’elle se fasse » (Fontanier (1830) 1977 : 129). Telles sont du moins les acceptions dérivées du procédé rhétorique sur lesquelles Genette met l’accent au moment de forger la notion de métalepse narrative, qui, dans Figures III, fait système avec analepse, prolepse, syllepse, ou paralepse.  […] , "La métalepse", par Frank Wagner (Glossaire de Narratologie)

Traductions du mot « syllepse »

Langue Traduction
Anglais syllepsis
Espagnol syllepsis
Italien syllepsis
Allemand syllepsis
Chinois sysypsis
Arabe سيلبيس
Portugais syllepsis
Russe силлепсис
Japonais シレプシス
Basque syllepsis
Corse sillabassi
Source : Google Translate API

Syllepse

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