La langue française

Épris

Définitions du mot « épris »

Trésor de la Langue Française informatisé

ÉPRIS, ISE, part. passé et adj.

I.− Part. passé de éprendre* (s').
II.− Adjectif
A.− Vx. Allumé. À la lueur d'une allumette soufflée aussitôt qu'éprise (France, Hist. comique,1903, p. 113).
B.− Au fig. [En parlant d'une pers.] Qui est saisi par un vif sentiment de relation affective, une passion pour quelqu'un ou quelque chose. Épris d'absolu, d'indépendance, de justice.
1. [Suivi d'un compl. désignant la nature de la passion] Plusieurs hommes de distinction (...) épris de belle passion pour l'Orient, voulaient en visiter les contrées (Balzac, Langeais,1834, p. 342).Quand il entrait dans leur maison [des Chartreux], il était incontinent épris d'un désir d'y demeurer (Bremond, Hist. sent. relig.,t. 3, 1921, p. 320).
2. [Suivi d'un compl. désignant l'obj. du sentiment éprouvé]
a) [Le compl. désigne une chose concr. ou abstr.] De grands humanistes épris de grec et de simplicité (Larbaud, Barnabooth,1913, p. 340).J'étais d'une famille éprise de musique, de peinture et où les lettres jouaient peu ou mal (Cocteau, Diff. d'être,1947, p. 37):
1. Épris, comme Turner, des mirages de la lumière, de ces vapeurs d'or qui pétillent, en tremblant, dans un rayon de jour, il [Renoir] est parvenu, malgré la pauvreté de nos ingrédients chimiques, à les fixer. Huysmans, Art mod.,1883, p. 290.
En partic.
[Le compl. désigne un aspect ou un attribut de la pers.] Sémélé (...) se baignait dans les eaux de l'Asopus. Jupiter, épris de ses belles formes, s'insinue chez elle, et donne naissance à Bacchus (Dupuis, Orig. cultes,1796, p. 175).Est-ce moi, si épris des traits sereins de ma mère, qui les laisse ainsi désolés par l'anxiété et la peine? (Lacretelle, Silbermann,1922, p. 148).
b) Rare. [Suivi d'un inf.] Qui est séduit, absorbé par le fait de... La nuit, je descendais jusqu'à la plage (...). Je m'asseyais non loin du bord, uniquement épris de regarder (Gide, El Hadj,1899, p. 361).Un esprit découragé par l'avortement des complots, par la sévérité de l'église et, malgré cela, tout épris de vivre (Adam, Enf. Aust.,1902, p. 314).
c) [Le compl. désigne une pers.] Qui éprouve un vif sentiment d'admiration, de sympathie pour quelqu'un, pour ce qu'il fait. Chacun était épris d'un chef en qui il incarnait l'idéal de ce qu'il aurait voulu être (Rolland, J. Chr.,Buisson ard., 1911, p. 1301):
2. Quand on a été épris d'un peintre, puis d'un autre, on peut à la fin avoir pour tout le musée une admiration qui n'est pas glaciale, car elle est faite d'amours successives... Proust, Prisonn.,1922, p. 64.
En partic. [Le compl. désigne une pers. gén. de sexe opposé] Qui est amoureux. (Être) épris l'un de l'autre. Quand elle avait cédé à Pierre Delobelle, l'été d'avant, elle avait pensé qu'elle en était éprise (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 300):
3. Maintenant, j'en suis sûre, je suis éprise de mon gendre. L'aveu qu'il m'a fait de son désir me révèle mon propre désir et m'éveille à l'amour. Aymé, Quatre vérités,1954, p. 41.
3. [Sans compl.]
a) [Qualifie une pers.] Qui est très amoureux. Dans les cœurs bien épris, (...) le bonheur augmente l'amour (Stendhal, Chartreuse,1839, p. 121).Les plus beaux poèmes ne valent pas, pour un être vraiment épris, le balbutiement d'un aveu maladroit (Bernanos, Journal curé camp.,1936, p. 1256):
4. ... il était plus épris que jamais. À sa tendresse se joignait un sentiment de reconnaissance pour tout ce que leur amour avait eu de bienfaisant, ... Rolland, J. Chr.,Adolesc., 1905, p. 356.
b) P. méton. [Qualifie un aspect, la manière d'être d'une pers.] Qui manifeste la passion dont quelqu'un est saisi. Manières éprises. Mes réponses s'y faisaient de plus en plus, non pas pressantes, justes dieux! mais plus cordiales, plus éprises (Verlaine, Œuvres compl.,t. 5, Confessions, 1895, p. 130).Qu'il y a d'amour, oui, d'amour, dans ces yeux-là! Hélas! qu'ils sont parlants, et doux, et entièrement épris! (Colette, Vagab.,1910, p. 164).
P. ext. [Qualifie le ton d'une œuvre] L'« Exilée » [de Coppée], très court recueil, mais d'un accent particulier, plus chaste et, je crois, plus épris que celui des « Intimités » (Lemaitre, Contemp.,1885, p. 99).
Prononc. : [epʀi], fém. [-i:z]. Fréq. abs. littér. : 759. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 926, b) 1 325; xxes. : a) 1 201, b) 1 004. Bbg. Bernelle (A.). L'Intermédiaire des linguistes curieux. Vie Lang. 1957, pp. 380-384.

Wiktionnaire

Adjectif

épris \e.pʁi\ masculin

  1. (Figuré) Qui est saisi par un vif sentiment de relation affective, une passion pour quelqu'un ou quelque chose.
    • Épris d'absolu, d'indépendance, de justice.
    • Eh bien, monseigneur, voulez-vous que je vous la rende plus douce qu'une gazelle, plus éprise qu'une tourterelle aux temps des amours ? — (Michel Zévaco, Le Capitan, 1906, Arthème Fayard, coll. « Le Livre populaire » no 31, 1907)

Forme de verbe

épris \e.pʁi\

  1. Participe passé masculin de éprendre.
  2. Première personne du singulier du passé simple de éprendre.
  3. Deuxième personne du singulier du passé simple de éprendre.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ÉPRENDRE (S').(Il se conjugue comme PRENDRE.) v. pron.
Se prendre de passion pour une personne, pour une chose. Il s'éprit de cette femme. Être épris des doctrines nouvelles, épris de vérité. Épris d'une belle passion pour le théâtre.

Littré (1872-1877)

ÉPRIS (é-prî, pri-z') part. passé d'éprendre
  • 1Qui est en feu. Des tisons bien épris.
  • 2 Fig. C'est ou d'elle ou du trône être ardemment épris Que vouloir ou l'aimer ou régner à ce prix, Corneille, Rodog. III, 5. Épris de colère et d'amour, Rotrou, Antig. v, 3. …Les deux troupes, éprises D'ardent courroux, n'épargnaient nuls moyens, La Fontaine, Fabl. VII, 8. Âme raisonnable, toi qui es née pour l'éternité et pour un objet éternel, tu deviens éprise et captive d'une fleur que le soleil dessèche, Bossuet, la Vallière. Il y a des âmes sales, pétries de boue et d'ordure, éprises du gain et de l'intérêt, comme les belles âmes le sont de la gloire et de la vertu, La Bruyère, VI. Je vois qu'un fils perfide épris de vos beautés…, Racine, Mithr. II, 4. Sans craindre ces vertus qu'ils admirent en vous, Dont j'ai vu Rome éprise et le sénat jaloux, Voltaire, Brutus, II, 2. Épris de mille erreurs, Chénier M. J. Fénel. I, 2.

    On trouve épris pour. Un esprit vrai doit être épris Pour des vérités éternelles, Voltaire, Épît. 33.

    Absolument. Amoureux. Car enfin il vous hait ; son âme ailleurs éprise…, Racine, Andr. II, 2. Et toujours plus épris et toujours plus fidèle, Voltaire, Scythes, II, 3.

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Étymologie de « épris »

Emploi du participe passé de éprendre. (XIIe siècle) espris.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « épris »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
épris epri

Évolution historique de l’usage du mot « épris »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « épris »

  • Pas une femme ne vaut un billet de cinq lires à moins qu'on en soit épris. Elle vaut alors tout ce qu'elle nous coûte. De Somerset Maugham
  • Il suffit souvent au Français de s'être épris d'une chimère pour qu'il prétende en faire une réalité. De Charles-Ferdinand Ramuz / Chant de notre Rhône
  • Avoir l'estime d'une femme sans être follement épris d'elle, tel est le juste milieu qu'il faut désirer. De Yoshida Kennekô / Variétés des moments d'ennui
  • Tous les artistes sont des menteurs épris de vérité. De Robert Bolt / Entretiens
  • Le coeur est un voyeur lorsqu'il est épris. De Dominique Blondeau / Les Funambules
  • Chacun peut être polygame et très sincèrement épris de celle qu'il trompe. De Régis Debray
  • Dans l'homme aimé, il arrive plus ordinairement qu'on ne s'est épris que de l'amour. De Joseph Arthur de Gobineau / Les pléiades
  • Rien n'est plus proche d'une femme ensorcelée qu'une femme éprise. De Julien Green / Adrienne Mesurat
  • L'enfance déconcerte souvent la jeunesse, plus éprise d'affirmer sa maturité naissante que de raviver les souvenirs encore proches de l'adolescence. De Geneviève de La Tour Fondue / Retour à la vigie
  • Au poète trop épris de lui qui manie le revolver et la fronde Rendons le verbe pour le verbe A la fois matière et pensée A la fois granit et temple. De Claire Goll
  • Un homme épris de la vérité n'a besoin d'être ni poète, ni grand. Il est l'un et l'autre sans le chercher. De Jules Renard / Journal 1893 - 1898
  • Une vie de bonheur, n'est-ce pas la chose que tout le monde veut et que personne au monde ne refuse ? Mais où l'a-t-on connue pour la vouloir tant ? Où l'a-t-on vue pour en être si épris ? De Saint Augustin
  •  » L’UNAFEC appelle toutes les forces vives politiques, toutes les tendances confondues à se réunir urgemment aux fins de dégager un consensus autour d’un candidat Commun, neutre, compétant, épris d’expertise avérée en matière électorale, qui sera gage de la stabilité nationale et des élections crédibles et transparentes en 2023″, a dit Ferdinand Yodi Shongo dans une déclaration parvenue à actu7.cd , mediacongo.net - Actualités - CENI : l’unafec invite les forces politiques à se réunir urgemment pour dégager un consensus sur « un candidat commun, neutre »
  • EUR 0 0   Alliance idéale entre une voix, celle chaleureuse et ensorcelante de Franck, une guitare slide aux accents venus d’ailleurs et de percussions chaudes et dynamiques, instruments étourdissants dans les mains de Damien, le duo nous embarque pour un voyage sonore aux contours délicats, une balade fantasmée sur les routes d’un Ouest Américain indiscipliné et complexe, sauvage et épris de liberté. – Joy Olasunmibo Ogunmakin, plus connue sous le pseudonyme d’Ayo, est l’incarnation vivante du terme melting-pot. Révélée en 2006 avec son album “Joyful », Ayo est aujourd’hui une chanteuse incontournable de la scène soul et folk. Auteur, compositeure et interprète, elle est de ces artistes dont la grâce vous laisse sans voix. Un chant profond et doux, une spiritualité ardente, une beauté radieuse : Ayo se livre sans fard et chante l’amour, la fidélité, l’espoir, la foi et dénonce l’injustice. Unidivers, Été à Pau – Franck & Damien et Ayo Pau mercredi 5 août 2020
  • Un Camus curieux de tout, épris de beauté et d’harmonie, y livrant ses blessures, ses colères, ses désirs, et sa croyance dans le pouvoir de l’écriture. Ecrits entre Mai 1935 et Décembre 1959, Les Carnets d’Albert Camus furent publiés de manière posthume d’abord par sa femme puis par sa fille Catherine. Entre journal de travail et journal intime, c’est le combat héroïque et acharné d’un homme, l’un de nos plus beaux écrivains et l’un de nos plus grands humains, face à la machine inexorable des jours. Un Camus curieux de tout, épris de beauté et d’harmonie, y livrant ses blessures, ses colères, ses désirs, et sa croyance dans le pouvoir de l’écriture. L’empreinte de la pensée et de la conscience d’Albert Camus en action. Celle d’un homme fragile et combatif, s’efforçant d’être heureux, amoureux de la beauté du monde. Publiés chez Gallimard France Culture, "Les Carnets" d'Albert Camus

Traductions du mot « épris »

Langue Traduction
Anglais enamored
Espagnol enamorado
Italien innamorato
Allemand verliebt
Chinois 迷恋
Arabe مغرم
Portugais apaixonado
Russe влюбленный
Japonais 夢中
Basque enamored
Corse innamuratu
Source : Google Translate API

Synonymes de « épris »

Source : synonymes de épris sur lebonsynonyme.fr

Épris

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