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Acosmisme

Sommaire

  • Définitions du mot acosmisme
  • Phonétique de « acosmisme »
  • Évolution historique de l’usage du mot « acosmisme »
  • Citations contenant le mot « acosmisme »
  • Traductions du mot « acosmisme »

Définitions du mot acosmisme

Trésor de la Langue Française informatisé

ACOSMISME, subst. masc.

PHILOS. Système de pensée qui nie l'existence d'un monde sensible ayant sa consistance propre :
1. ... nous nous angoissons devant le monde parce que ce monde n'est autre que le néant. Lorsque nous achevons de méditer logiquement l'idée de monde, nous sommes tout naturellement conduits à en nier le contenu : au bout de la route, nous trouvons l'acosmisme. J. Vuillemin, Essai sur la signification de la mort,1949, p. 199.
2. La représentation hellénique d'un mundus ordonné et serein s'introduit cependant dans le christianisme naissant (...). Un sens optimiste du monde, une cosmologie positive, qui corrigent profondément et contredisent souvent le pessimisme et l'acosmisme pauliniens, passent de l'intuition grecque du mundus dans l'aevum hébraïque : une loi est inscrite dans la nature et dans nos cœurs; et le ciel étoilé comme la loi morale disent clairement à qui n'est pas aveugle la présence du créateur. Nous pouvons chanter avec le psalmiste : caeli enarrant gloriam dei. L'histoire des idées confirme donc la dualité des expériences qui nous rendent sensible la présence du monde. Tantôt celui-ci n'est conçu qu'en fonction de la destinée humaine et de vues eschatologiques qui ne laissent pas d'en saper la consistance et l'harmonie intérieures et de la réduire au profil fantastique de la subjectivité humaine. Tantôt le spectacle de sa beauté et de son harmonie impose la représentation de son objectivité. J. Vuillemin, Essai sur la signification de la mort,1949p. 203-204.
3. Acosmisme. Terme appliqué par Hegel au système de Spinoza (par opposition à athéisme) parce qu'il fait rentrer le monde en Dieu plutôt qu'il ne nie l'existence de celui-ci. Lal.1968.
Rem. L'acosmisme s'oppose aussi à l'immatérialisme, qui nie la réalité de la matière.
Étymol. ET HIST. − 1920 philos. (Goblot, s.v. : On a dit que le système de Spinoza mérite moins le nom d'athéisme que celui d'acosmisme, car c'est l'existence du monde qu'il nie, du moins comme réalité indépendante, non l'existence de Dieu). Empr. à l'all. Akosmismus (dér. du gr. κ ο ́ σ μ ο ς « monde ») terme empl. par Hegel en 1830 pour définir le système de Spinoza (Hegel, Heidelberger Enzyklopädie ds Hegels Werke, Jubiläumsausgabe, XIX, 373, d'apr. H. Glockner, Hegel-Lexicon, IV, 2322 s.v. Spinoza : Gott, nur die eine Substanz; die Natur, die Welt ist... nur Affektion, Modus der Substanz, nicht Substantielles. Der Spinozismus ist also Akosmismus). Angl. acosmism, philos., attesté dep. 1847, NED.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 2.
BBG. − Foulq.-St-Jean 1962. − Goblot 1920. − Lal. 1968.

Phonétique du mot « acosmisme »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
acosmisme akɔsmism

Évolution historique de l’usage du mot « acosmisme »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « acosmisme »

  • Je le redis d’une manière trop simple : prendre soin du corps et de la santé d’une personne, c’est prendre soin de (l’existence de) cette personne. Nul vitalisme traditionnel ici ! Mais la conséquence cohérente d’une anthropologie de la complexité, qui ne tombe pas dans le panneau de l’acosmisme ou de l’immatérialisme. Le Soir Plus, «Non, nous n’avons pas été vitalistes» - Le Soir Plus
  • Mais si l’on admet ces trois modalités de l’acosmisme moderne, comment comprendre qu’il ait pu donner lieu à une rationalité catastrophiste ? L’auteur entend bien sûr montrer que le catastrophisme n’est pas la seule voie possible pour l’acosmisme – il montre par exemple la possibilité d’une justification rationnelle de ce qui existe « sans recourir à l’idée antique de cosmos » (p. 119), voie métaphysique empruntée par Hegel et qui permet de sortir de cette colère contre le monde tel qu’il est pour aboutir à une « acosmicité heureuse » (p. 129). Mais le développement de la rationalité catastrophiste peut cependant s’expliquer s’il l’on veut bien considérer d’abord que l’« ouverture » de l’avenir contenue dans le principe du progrès (ouverture par comparaison avec l’ordre clos du cosmos) n’est pas une ouverture exempte de toute inquiétude (car après tout, nous ne savons pas de quoi demain sera fait), et ensuite que le déroulement de l’histoire place les hommes face à des périodes de crises qui donnent l’impression que ce qu’ils ont connu va finir. De fait, ce n’est sûrement pas un hasard si les discours catastrophistes émergent précisément dans les régions du monde et les périodes de l’histoire où les peuples concernés se voient dépassés par les autres, ou bien se sentent rejetés en dehors de l’histoire. La rationalité catastrophiste apparaît ainsi comme une manière de penser le réel en l’organisant et en le clôturant, comme une manière de se consoler de sa propre inquiétude. , L’apocalypse qui vient - La Vie des idées
  • La perte en monde définit précisément cette expérience où l’humanité semble avoir été expulsée du monde – elle est l’expérience de l’impossible, dit Michael Fœssel, ou mieux encore elle est l’expérience d’une sorte d’acosmisme car il n’y a plus de monde là où les choses et les êtres semblent fonctionner sans nous, selon une logique immanente qui exclut toute intervention humaine. D’un point de vue strictement descriptif, l’expérience éthico-politique dont Michael Fœssel s’efforce de restituer les caractéristiques principales sous le nom d’acosmisme n’a certes rien d’inédit, et est même plutôt bien connue. Il ne serait peut-être exagéré de dire que l’idée selon laquelle la crise actuelle du politique tiendrait d’abord et avant tout à une crise des conditions de l’agir politique (c’est-à-dire à une crise des conditions de mobilisation de celles et ceux qui sont obnubilés par le sentiment de leur propre impuissance à changer quoi que ce soit dans l’ordre des choses dont ils subissent la logique implacable) n’est pas loin de faire consensus chez la plupart des théoriciens récents du politique – de Toni Negri à Isabelle Stengers, en passant par Gilles Deleuze, Michel Foucault, Félix Guattari, Jean-Claude Milner, Giorgio Agamben, Miguel Benasayag, John Holloway et Etienne Balibar. Il serait même loisible de montrer qu’à certains égards cette expérience de l’impossible ou de l’impuissance n’est pas propre à la modernité (ce qui n’est d’ailleurs pas sans poser problème à la démonstration qu’entend administrer Michael Fœssel, lequel fait de l’expérience de l’acosmisme une caractéristique des temps modernes, par opposition aux époques précédentes au cours desquelles l’humanité évoluait dans un milieu significatif avec lequel elle était censée entretenir un rapport sensible : celui d’un cosmos où d’une nature finalisée), et qu’elle a été fort bien saisie et élucidée dès le premier siècle de notre ère par Epictète sous le nom d’isolement, dans un texte fulgurant de ses Entretiens   qui mériterait d’être patiemment analysé. Plus proche de nous, Marx attirait lui aussi l’attention sur le même phénomène en des pages devenues célèbres dans lesquelles il dénonçait l’autonomisation grandissante des champs constitués par les pratiques humaines, qu’il désignait parfois du terme de Naturwüsichgkeit, soit le caractère de quasi-nature qu’acquièrent les systèmes produits par l’action des hommes. Marx, dans l’analyse qu’il en proposait et qui sera reprise par Max Weber, privilégiait la forme économique du phénomène : la division du travail, sous l’autorité du marché, était selon lui la cause de la pétrification de l’activité sociale en une puissance objective qui domine les hommes et échappe à leur contrôle   . Bien d’autres auteurs pourraient être cités encore, comme ne l’ignore assurément pas Michael Fœssel, lequel toutefois choisit de citer sur ce chapitre avec insistance Hannah Arendt, en manifestant par là même la dette intellectuelle en effet considérable que l’ensemble de l’essai a contracté à son égard. Pour Arendt, le monde et l’humanité se présupposent d’une certaine manière l’un l’autre, en tant que le monde est une condition de l’humanité (dans la mesure où il déploie entre les hommes un espace intermédiaire leur permettant de se distinguer les uns aux yeux des autres et de s’organiser pour mettre en place une action collective), et en tant que l’humanité est une condition du monde (compris comme espace public, et non pas comme milieu naturel ou cosmos finalisé où une place et une seule de toute éternité est échue à chacun). Nous faisons l’expérience de l’isolement – ce qu’Arendt nomme désolation – lorsque, sous un régime de terreur politique, l’espace entre les hommes est détruit et que les hommes sont écrasés les uns contre les autres en les mettant dans l’incapacité d’agir, de prendre une initiative et d’exister en tant qu’homme les uns aux yeux des autres. La leçon d’Arendt, que retient Michael Fœssel, est que l’existence d’un être n’est celle d’un homme que s’il a accès à un espace public où il peut agir et parler aux yeux de tous, un espace d’apparence où chacun peut se révéler à soi-même et aux autres, révéler qui il est et tisser avec les autres individus un lien communautaire au travers d’une action concertée. En privant un homme de l’espace public d’apparence où se déploie son existence avec les autres, on le prive du monde commun qu’il partage avec eux en sa qualité de citoyen, on le prive du lieu humain où se tramaient l’action concertée et la parole publique, on le prive de sa propre exposition au point de le soustraire à soi autant qu’aux autres. , Il faut de tout pour faire un monde - Nonfiction.fr le portail des livres et des idées
  • On n’en a pas fini avec la pulsion de mort de la gauche. A l’heure où près de la moitié du pays embrasse ou accepte les thèses dévastatrices du Front National, force nous est de constater que d’autres versent à nouveau dans un nihilisme «de progrès» qui n’en est pas moins redoutable. L’acosmisme destructeur de ces «anti-flics» est le visage contemporain d’un bien vieux fantasme : celui de purger l’humanité par la violence. Notre monde, affirmaient les terroristes russes de la fin du XIXe siècle, est à ce point abominable qu’aucune réforme ne saurait lui convenir : seule la mort de millions d’individus était à les en croire à même de le rédimer. Le sang, donc, la guerre, la révolution et ses hordes génocidaires. La Règle du Jeu, David Isaac Haziza, Brûlé vif - La Règle du Jeu - Littérature, Philosophie, Politique, Arts
  • Une des figures les plus marquantes de cette sortie de l’acosmisme abbasside est le savant musulman Al Biruni, dont il s’agit d’examiner à travers son étude de l’hindouisme, l’évolution du logos islamique qui se tourne vers une altérité apparaissant à présent moins irréductible. Mizane info, Méthode et rationalisme chez Al Biruni
  • L’écologie hors-monde, c’est une écologie qui n’a pas pour horizon d’action de chercher à vivre ensemble. Une écologie qui peut même avoir comme visée une forme d’acosmisme (comme le disait Hannah Arendt), un refus du vivre-ensemble. C’est ce qu’on voit par exemple dans une approche des réserves naturelles fondée uniquement sur l’expulsion violente des populations indigènes locales pour une prétendue “préservation de la nature”. L’un des dangers majeurs actuellement, c’est d’utiliser la crise écologique comme un moyen de jeter le monde par-dessus bord. Car, comme on a associé l’écologie à un simple environnementalisme, on a créé une pensée apolitique de la crise écologique qui peut laisser place à toutes les dérives : on peut avoir une écologie capitaliste et néolibérale, de même qu’une écologie coloniale. Le Comptoir, Malcom Ferdinand : « Nous avons besoin d’une écologie décoloniale » – Le Comptoir
  • L’existence d’Israël, à plus d’un titre, a tenu du miracle. La réunion des incompossibles d’abord, avant même le retour au pays des ancêtres : le judaïsme et la démocratie, Jérusalem et Athènes, c’est le sionisme qui a permis que ces choses se tiennent par la main, dans le calme des institutions. Les récents événements dont je parle sapent précisément cette réunion mais au fond, je crois que de manière plus large, ce dont Israël fait aujourd’hui l’expérience nous parle de l’alternative, propre aux démocraties en général, entre fraternité et solidarité, sang et esprit, espace et temps, autochtonie et déracinement, appartenance et acosmisme. Je tiens d’ailleurs que cette alternative est un écueil de la modernité démocratique, qu’elle ne devrait pas être : nous sommes des êtres de chair et de souffle à la fois. La Règle du Jeu, David Isaac Haziza, Un fascisme juif ? - La Règle du Jeu - Littérature, Philosophie, Politique, Arts

Traductions du mot « acosmisme »

Langue Traduction
Anglais acosmism
Source : Google Translate API
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