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Haruspicine

Définitions du mot « haruspicine »

Wiktionnaire

Nom commun

haruspicine \a.ʁys.pi.sin\ féminin

  1. Science de l’haruspice.
    • Le succès de l’haruspicine ne se limitait pas à la religion officielle. Une foule d’haruspices privés proposait ses consultations au public moyennant finance : dans la Carthage du IVe siècle apr. J.-C., le futur saint Augustin, alors étudiant, y eut encore recours. — (Dominique Briquel, Les Étrusques, collection « Que sais-je ? », Presses Universitaires de France, 2005, 3e éd., 2016, p.89)
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

HARUSPICINE, s. f. (Divin.) l’art ou la science des haruspices, ou divination par l’inspection des entrailles des victimes. Ce mot a la même étymologie qu’haruspice. Voyez ci-devant Haruspice.

L’haruspicine avoit sans doute ses regles ; & il est probable que ceux qui la pratiquoient, suivoient certains principes, quelqu’absurdes qu’ils fussent : mais soit qu’ils ne les communiquassent que de vive voix & sous le secret à leurs disciples, de peur que leurs impostures ne fussent découvertes, & pour rendre leur profession plus respectable, en la couvrant de ce voile mystérieux ; soit que les livres qu’ils en avoient écrit ayent péri par l’injure des tems, il est certain qu’aucun n’est parvenu jusqu’à nous ; & d’ailleurs on ne voit point que les anciens les ayent cités, considération qui doit faire incliner pour le premier sentiment.

Mais si les principes de cette science sont inconnus, les opérations ne le sont pas. Les haruspices considéroient premierement la victime, lorsqu’on l’approchoit de l’autel, & la rejettoient, si elle avoit quelque tache ou souillure légale. Lorsqu’elle étoit immolée, ils examinoient l’état & la disposition du foie, du cœur, des reins, de la rate, de la langue. Ils observoient soigneusement s’il n’y paroissoit point quelque flétrissure, ou autre symptome défavorable. Enfin ils regardoient de quelle maniere la flamme environnoit la victime & la brûloit, quelle étoit l’odeur & la fumée de l’encens, & comment s’achevoit le sacrifice ; ils concluoient de-là pour le bonheur ou le malheur des entreprises.

Nous ajoûterons ce que dit sur cette matiere M. Pluche, hist. du ciel, tome I. page 443. « La bienséance, dit-il, avoit dès les premiers tems introduit l’usage de ne présenter au Seigneur dans l’assemblée des peuples que des victimes grasses & bien choisies ; on en examinoit avec soin les défauts, pour préférer les plus parfaites. Ces attentions qu’un cérémonial outré avoit fait dégénérer en minuties, parurent des pratiques importantes, & expressément commandées par les dieux… Quand on se fut mis en tête qu’il ne falloit rien attendre d’eux, si la victime n’étoit pas parfaite, le choix & les précautions furent portées en ce point jusqu’à l’extravagance. Il falloit à telle divinité des victimes blanches ; il en falloit de noires à une autre : une troisieme affectionnoit les bêtes rousses :

Nigram hyemi pecudem, zephiris felicibus albam.

» Chaque victime passoit par un examen rigoureux ; & telle qui devant être blanche se seroit trouvée avoir quelques poils noirs, étoit privée de l’honneur d’être égorgée à l’autel. La difficulté de trouver des bêtes ou exactement blanches ou exactement noires, ne laissoit pas de faire naître quelque embarras en bien des rencontres, sur-tout quand c’étoit de grandes victimes. Mais on s’en tiroit par un expédient qui étoit de noircir les poils blancs dans les noires, & de frotter de craie tout ce qui se trouvoit rembruni dans les genisses blanches, bos cretatus.

» Après avoir immolé les victimes les mieux choisies, on ne se croyoit cependant pas encore suffisamment acquitté. On en visitoit les entrailles en les tirant pour faire cuire les chairs : & s’il s’y trouvoit encore quelques parties ou vicieuses ou flétries, ou malades, on croyoit n’avoir rien fait. Mais quand tout étoit sain, & que les dedans comme les dehors étoient sans défaut, on croyoit les dieux contens & tous les devoirs remplis, parce qu’il ne manquoit rien au cérémonial. Avec ces assurances d’avoir mis les dieux dans ses intérêts, on alloit au combat, on faisoit tout avec une entiere confiance de réussir.

» Cette intégrité & cet accord parfait des dedans & des dehors des victimes étant le moyen sûr de connoître si les dieux étoient satisfaits, on en fit comme des augures, la grande affaire des ministres de la religion : les rubricaires idiots mirent toute la perfection dans la connoissance des regles qui fixoient le choix & l’examen universel des victimes. Leur grand principe fut que l’état parfait ou défectueux de l’extérieur & des entrailles, étoit la marque d’un consentement de la part des dieux, ou d’une opposition formelle. En conséquence, tout devint matiere à observation ; tout leur parut significatif & important dans les victimes prêtes à être immolées. Tous les mouvemens d’un bœuf qu’on conduisoit à l’autel, devinrent autant de prophéties. S’avançoit-il d’un air tranquille, en ligne droite & sans faire de résistance, c’étoit le pronostic d’une réussite aisée & sans traverse. Son indocilité, ses détours, sa maniere de tomber ou de se débattre, donnoient lieu à autant d’interprétations favorables ou fâcheuses. Ils faisoient valoir le tout tant bien que mal, par des ressemblances frivoles & par de pures pointilleries ».

On ne peut sans doute expliquer avec plus d’élégance & de clarté que fait cet auteur, ce qu’on pourroit appeller l’histoire des principes de l’haruspicine ; mais de nous développer ces principes en eux-mêmes, & quelle relation les haruspices mettoient entre tel & tel signe & tel ou tel événement, c’est ce que nous eussions souhaité faire ; mais ni les Anciens ni les Modernes, ne nous ont donné aucune lumiere à cet égard. (G)

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Étymologie de « haruspicine »

(Siècle à préciser) Du latin haruspicina.
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Phonétique du mot « haruspicine »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
haruspicine aryspisin

Citations contenant le mot « haruspicine »

  • En dehors de ces livres, la divination romaine était loin de rivaliser avec celle des Grecs ou des Étrusques. L’augure, comme nous l’avons vu, observait et interprétait les signes que donnaient les oiseaux, mais sans s’occuper de prévoir ou d’annoncer l’avenir. Il demandait à Jupiter de lui envoyer un signe pour savoir s’il était permis d’entreprendre une guerre, de tenir une assemblée ou d’investir un prêtre. La réponse du dieu ne pouvait qu’être affirmative ou négative ; elle n’éclairait jamais le futur. La prise des auspices n’avait qu’un but : connaître la volonté de Jupiter, pas l’avenir du peuple romain ; savoir si le dieu approuvait les projets des hommes politiques ou des militaires romains, mais pas ce qu’il réservait à la ville. La consultation avait même une validité concrète, car elle expirait à la fin de la journée, mais on pouvait la renouveler le lendemain, voire plus tard. L’augure romain n’était donc pas un devin qui prédisait l’avenir. Cette fonction divinatoire était remplie à Rome par l’haruspicine – une science antique introduite par les Étrusques – et l’astrologie. National Geographic, Les devins de Rome : rien ne se faisait sans eux
  • Nous ouvrons effectivement cet album avec l’haruspicine qui a servi aux Trebaldi pour leurs manipulations. En effet, tout cela nous ramène aux Etrusques. Quant au côté fantastique, c’est au lecteur à se positionner. Nous préférons évoquer l’aspect mythologique de cet art de la divination qu’ils utilisent. Bien entendu, ces informations pourraient provenir d’un canal plus terre-à-terre (des informateurs, etc.), mais aller au fond de ces détails ne revêtait pas grand intérêt. Le lecteur se fera sa propre opinion, en fonction de ce qui le fera rêver le plus. Nous avons préféré nous concentrer sur ce fameux « trésor des Trebaldi » qui nous fait courir depuis plusieurs tomes. , Enrico Marini : « J’ai longtemps bloqué sur cet album du Scorpion, (...) - ActuaBD
  • Le mot même de cérémonie (caerimoniae) aurait pour origine la ville étrusque de Caere, ce qui dément profondément l’accusation d’impiété à leur égard. Les romains s’en remettaient du reste aux devins étrusques pour leur excellence dans l’art des haruspicines, dont les compétences s’étendaient au-delà de la foudre et des entrailles d’animaux, mais aux naissances monstrueuses, comètes et météores, séismes ou encore pluies de sang. Lorsque la foudre s’abattit un jour sur la statue de Junon Reine au sommet de l’Aventin, la cible divine en fut si symbolique qu’elle affola sensiblement la romanité. On fit venir de toute l’Etrurie les meilleurs devins pour en donner au plus vite une interprétation. Bien après la disparition des Etrusques, les devins maintinrent une place importante au sein de l’Empire romain, appartenant à la classe des chevaliers, ces derniers suivaient les armées romaines et déterminaient les meilleures occasions d’attaque. C’est le devin Caius Spurinna qui tenta d’empêcher Jules César de se rendre au Sénat, le jour fameux de son assassinat. Qui n’écoute pas les augures risque de faire mauvaise figure. Il arriva également que la foudre tomba sur la statue de l’empereur Auguste, effaçant le C de CAESAR. Or, le mot AESAR signifie « Dieu » en étrusque – les devins s’empressèrent dès lors d’annoncer que l’empereur deviendrait un dieu au terme des cent jours (C signifiant 100 en romain) qui lui restaient désormais à vivre. L’histoire ne dit mot de ce que l’on aurait dû penser au terme du délai et qui n’arriva pas… Croyance est plus ferme que les faits. Club de Mediapart, Paradis étrusque et cosmologie chinoise | Le Club de Mediapart

Traductions du mot « haruspicine »

Langue Traduction
Anglais haruspicin
Espagnol aruspicina
Italien haruspicin
Allemand haruspicin
Chinois 柔红霉素
Arabe هاروسبيسين
Portugais haruspicina
Russe haruspicin
Japonais ハルスピシン
Basque haruspicin
Corse haruspicin
Source : Google Translate API

Haruspicine

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