La langue française

Yeux

Sommaire

  • Définitions du mot yeux
  • Phonétique de « yeux »
  • Citations contenant le mot « yeux »
  • Images d'illustration du mot « yeux »
  • Traductions du mot « yeux »
  • Synonymes de « yeux »

Définitions du mot « yeux »

Trésor de la Langue Française informatisé

OEIL, YEUX, subst. masc.

I. − [L'oeil en tant qu'organe de la vue] Le globe oculaire et les divers milieux qu'il enferme constituant l'appareil optique de l'homme et de nombreux animaux.
A. − [L'oeil tel qu'il voit; anat., pathol., physiol. de l'oeil] J'ai un peu mal aux yeux; c'est une maladie courante et très peu de chose (Napoléon Ier, Lettres Joséph., 1805, p.104).Sire Maurice, je ne vous voyais pas; excusez-moi, j'avais le soleil dans les yeux (Musset, Lorenzaccio, 1834, i, 4, p.107):
1. Ce souci singulier de vouloir observer ce qui observe et imaginer ce qui imagine, n'est pas sans quelque naïveté: il fait songer à ces vieilles gravures sur bois, comme on en trouve dans la Dioptrique de Descartes, qui expliquent le phénomène de la vision par un petit homme posté derrière un gros oeil, et occupé à regarder l'image qui se forme sur la rétine. Valéry, Variété IV, 1938, p.214.
SYNT. OEil droit, gauche; yeux dilatés, faibles, fatigués, malades; oeil humide, mouillé, sec; yeux composés, à facettes (chez certains animaux); le blanc, le globe de l'oeil; l'angle externe, interne de l'oeil; l'accommodation, la convergence des yeux; inflammation, lésion de l'oeil; maladies, troubles des yeux; avoir une poussière dans l'oeil; s'essuyer, se frotter les yeux; se faire examiner, soigner les yeux; ne voir que d'un oeil, perdre un oeil (devenir borgne), les deux yeux (devenir aveugle); avoir de bons yeux.
Se casser, se crever les yeux. Regarder des objets, lire des signes, des caractères trop petits ou peu visibles en raison de la lumière insuffisante. (Dict. xxes.).
Avoir une coquetterie dans l'oeil; avoir un oeil qui dit merde (vulg.)/zut (fam.) à l'autre. Loucher. V. coquetterie B 1 a ex. de Pagnol et Aragon, Beaux quart., 1936, p.366.
B. − [L'oeil, tel qu'il est vu: forme, éclat, couleur, expression de l'oeil] Même, il s'était promené déjà avec son successeur, un abbé maigre, aux yeux de braise rouge (Zola, Germinal, 1885, p.1361).Les lèvres closes, ses yeux riaient d'un rire d'enfant (Bernanos, Soleil Satan, 1926, p.93):
2. Les gens ordinaires ne connaissent pas ce repos qu'on éprouve à fixer les yeux blancs d'un aveugle, les yeux vagues d'une fille, comme on ferait des aveux à un sourd, ou rarement, les yeux des hommes qui partagent vos secrets. Nizan, Conspir., 1938, p.204.
SYNT. Yeux beaux, énormes, grands, gros, jolis, splendides; yeux bridés, globuleux, ronds, à fleur de tête, en vrille; yeux battus, bouffis, boursouflés, caves, cernés, creux, enfoncés, fiévreux, gonflés, morts, plissés, pochés; le mouvement des yeux; baisser, lever les yeux; écarquiller les yeux, faire de gros yeux, rouler les yeux; fards, crayon pour les yeux, se farder les yeux; couleur, nuances, teinte des yeux; yeux bleu d'azur, de braise, bruns, clairs, foncés, glauques, gris, de jais, jaunes, marrons, noisette, pers, rouges, rougis, vairons; l'éclat, la pureté de l'oeil; oeil ardent, brillant, éteint, étincelant, illuminé, morne, pâle, terne, vif, voilé; l'oeil brille, étincelle; yeux bons, calmes, coquins, durs, égarés, étonnés, fins, froids, fous, ingénus, inquiets, intelligents, malins, mauvais, méchants, narquois, profonds, rieurs, tendres, terribles, tristes.
[L'oeil de l'homme comparé à celui d'un animal] OEil de biche, de carpe, de chien (battu, fidèle), de gazelle, de hibou, de lynx, de veau; yeux bovins; avoir des yeux de chat (voir dans l'obscurité). Son oeil d'aigle voyait tout à la fois. Il possédait la présence d'esprit, la mémoire, la connaissance des hommes, le sens des foules (A. France, Vie fleur, 1922, p.341).Gise n'avait pas bougé. Dans son visage bistre, ses grands yeux noirs et ronds, ses beaux yeux de chien fidèle, luisaient d'un tendre éclat qu'avivait la stupeur (Martin du G., Thib., Mort père, 1929, p.1286).
Fam. Les yeux bordés d'anchois (aux paupières rougies); oeil au beurre noir (poché); yeux en boules de loto (gros et saillants); yeux de merlan frit (regards énamourés). François s'emporta contre elle, la traita de garce et de bonne à rien, et il appuyait ses injures de coups de poing et de coups de pied. Elle rentra avec un oeil poché. Elle expliqua qu'elle avait buté dans un caillou et s'était flanquée par terre (Queffélec, Recteur, 1944, p.168).
C. − [L'oeil et la lumière]
Ouvrir, rouvrir les yeux; j'ouvre les yeux (je m'éveille); (avoir, tenir) les yeux ouverts, grand ouverts; ouvrir de grands yeux (par surprise, par étonnement). Ses yeux s'ouvrirent, et la prunelle disparut sous la paupière (Sue, Atar-Gull, 1831, p.36).
Fermer les yeux; les yeux clos, mi-clos; fermer un oeil (pour viser); ses yeux se ferment (s'endormir); ciller, cligner les deux yeux, plisser les yeux; clignement d'yeux; yeux papillotants; ne pas fermer l'oeil (de la nuit) (ne pas dormir):
3. L'auberge et les environs ne retentissaient que de chants lubriques: il ne nous fut pas possible de fermer l'oeil. Dusaulx, Voy. Barège, t.1, 1796, p.336.
En un clin d'oeil (v. infra II A à vue d'oeil). Rapidement, sur le champ. Aussitôt les grenouilles reparurent en plus grand nombre que jamais, sautillant et coassant; en un clin d'oeil la terre en fut couverte (Gautier, Rom. momie, 1858, p.332).
P. méton. ou au fig.
1. [L'oeil ouvert à la lumière, image de naissance et de connaissance]
Ouvrir les yeux au jour, à la lumière, au monde. Naître. Qu'on ne s'étonne donc pas de voir une nation qui, à peine, ouvre les yeux à la lumière, se tourner vers la constitution d'Angleterre, et vouloir la prendre pour modèle en tout (Sieyès, Tiers état, 1789, p.61).
Ouvrir l'oeil (et le bon). Être vigilant. Mon colon, v'là l'moment d'ouvrir l'oeil et le bon, et de faire attention au mouvement (Courteline, Train 8 h. 47, 1888, 2epart., iii, p.124).
Ouvrir les yeux de qqn. Lui faire découvrir la vérité. Madeleine: Ces derniers mois, quel cauchemar! J'ai tenté l'impossible pour vous ouvrir les yeux. Vous ne vouliez rien voir, rien entendre (Cocteau, Parents, 1938, ii, 9, p.251).
2. [L'oeil fermé à la lumière image de la mort, de l'ignorance, de la confiance (aveugle)]
Fermer les yeux à la lumière. Mourir. Ainsi, prêt à fermer mes yeux à la lumière, Nul espoir ne viendra consoler ma paupière: Mon ame aura passé sans guide et sans flambeau De la nuit d'ici-bas dans la nuit du tombeau (Lamart., Médit., 1820, p.179).
Fermer les yeux (à qqc.), (sur qqc.). Ignorer ou feindre l'ignorance. Nos officiers fermaient les yeux, ils savaient que pour des choses qui tiennent au coeur, des Français ne se laissent pas commander (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t.2, 1870, p.116).
Aller les yeux fermés. Sans hésitation, comme par automatisme. Si Agathe ne peut pas vous donner cette adresse, me cria un caporal, il faudra que vous alliez la demander à mon lieutenant, qui pourrait y aller les yeux fermés (Janin, Âne mort, 1829, p.141).
(Faire qqc.) les yeux fermés. En toute confiance. Aussi vais-je de ce pas à Melun, où des fermiers que j'y connais m'achèteront les Bordières les yeux fermés (Balzac, U. Mirouët, 1841, p.202).
II. − [L'oeil en tant que regard]
A. − [L'oeil dans son action et sa fonction de voir]
Voir de ses yeux, de ses propres yeux, du coin de l'oeil; invisible à l'oeil; regarder qqn (les yeux) dans les yeux, dans le blanc des yeux, entre deux yeux; baisser, lever, relever les yeux vers; avoir les yeux dans le vague; se dérober aux yeux de qqn. Chercher, suivre qqn des yeux, jeter les yeux sur, diriger, tourner ses yeux vers, sur; promener ses yeux, porter, arrêter, fixer ses yeux sur, mes yeux tombèrent sur; les yeux à terre; éviter les yeux de qqn; (ne pas) quitter des yeux; boire des yeux, couver des yeux; dévorer, manger des yeux; (dé)tourner ses yeux; cacher, exhiber une chose aux yeux de qqn; avoir devant, sous les yeux; mettre une chose devant, sous les yeux de qqn; parcourir des yeux; sous l'oeil de; les yeux dans les yeux (en se regardant en face, avec franchise). Cependant sa maladie augmentait à vue d'oeil (Restif de La Bret., M. Nicolas, 1796, p.212).Toutefois, quand ses yeux s'arrêtèrent sur la page des annonces, ils se mirent à briller (Montherl., Célibataires, 1934, p.836).
À l'oeil nu. Directement, sans le recours à des verres grossissants:
4. Faisait-il beau? Notre père, excité par les étoiles, se lançait dans la cosmographie. Sirius, qui fut Sothis, Bételgeuse, les Rois mages, Proxima du Centaure, que l'on ne voit pas à l'oeil nu, mais qui semble être notre voisine immédiate, Vénus et quelques autres clous du ciel me percent depuis lors la sclérotique, avec la même familiarité dont usaient les hibous pour nous percer le tympan. H. Bazin, Vipère, 1948, p.109.
Entre quat'z'yeux (fam.). En privé. Présentement je m'amuse beaucoup, étant en train d'éreinter mon petit ami Sainte-Beuve dans le silence du cabinet et entre quatre z'yeux (Flaub., Corresp., 1862, p.310).
Proverbes
Avoir des yeux pour ne pas voir. Ne rien voir (volontairement ou non).
Loin des yeux, loin du coeur. L'éloignement distend les liens affectifs.
Coup d'oeil
Regard furtif, rapide. Un coup d'oeil circulaire, furtif, général, inquiet, observateur, pénétrant, rapide, satisfait, soupçonneux; échanger un coup d'oeil amusé; jeter, lancer un coup d'oeil; il jeta un coup d'oeil autour de lui; jeter un dernier coup d'oeil; d'un seul coup d'oeil, au, du premier, dès le premier coup d'oeil; (donner) un dernier coup d'oeil; doué d'un coup d'oeil infaillible; coup d'oeil juste, sûr; coup d'oeil professionnel; avoir le, du coup d'oeil (avoir la faculté de voir vite et bien). «D'un coup d'oeil», tout un ensemble complexe de notions est appréhendé concrètement (Huyghe, Dialog. avec visible, 1955, p.57):
5. Elle sortit lentement, regardant sa bourse avec regret, jetant un coup d'oeil satisfait sur ma psyché, puis un autre sur moi-même qui s'efforçait d'être méprisant, qui n'était rien, pas même colère: la colère est la dernière des vertus qui veulent du coeur. Janin, Âne mort, 1829, p.63.
Spectacle de la nature beau à voir, généralement contemplé d'un lieu en surplomb. Montrer un coup d'oeil ravissant, un beau coup d'oeil; coup d'oeil féérique. Le coup d'oeil du Prado est réellement un des plus animés qui se puissent voir, et c'est une des plus belles promenades du monde (Gautier, Tra los montes, 1843, p.90):
6. ... là un brouillard épais nous a surpris, et je tremblais que cette ascension ne fût encore inutile, lorsque après avoir gravi jusqu'au sommet, nous avons eu le coup d'oeil immense et magique des montagnes du Marboré couvertes de neige dans toute leur étendue... Maine de Biran, Journal, 1816, p.171.
B. − [L'oeil foyer de l'activité mentale]
1. [L'oeil instrument d'observation] Attirer, captiver, fasciner, frapper, retenir l'oeil; ne pas quitter de l'oeil; avoir des yeux pour voir (être un observateur attentif); ne pas avoir les yeux dans sa poche (ne rien laisser échapper de son observation); arrêter les yeux à qqn (retenir son attention); tirer l'oeil (attirer l'attention); au doigt et à l'oeil (en observant strictement les ordres donnés); l'oeil aux aguets; avoir l'oeil à, dessus, sur; avoir, tenir à l'oeil; ne dormir que d'un oeil; où avez-vous les yeux? n'avoir pas les yeux en face des trous (fam., voir mal, ne pas être bien réveillé); sous l'oeil de; l'oeil de l'observateur. Avant que nous eussions pénétré dans la péninsule, des hommes habiles nous avaient fait toucher au doigt et à l'oeil les impossibilités dont nous allions être murés et dans l'enceinte desquelles, ainsi que dans un amphithéâtre, nous serions exposés aux assauts de toutes les calamités (Chateaubr., Mém., t.3, 1848, p.249).Nigaud... Nigaud... ça t'étonne, hein? Eh bien je l'ai vu, de mes yeux vu: ce sont les Ricains qui ravitaillent l'Allemagne en essence! (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p.204):
7. Fritz, voyant que tout le monde l'observait, comprit l'imprudence qu'il venait de commettre. Le vieux rebbe David surtout ne le quittait pas de l'oeil, et semblait vouloir lire au fond de son âme. Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p.149.
L'oeil du maître. [P. allus à la fable de La Fontaine IV-21] La surveillance efficace du maître.
L'oeil de Moscou. L'espion qui observe et communique ses informations:
8. Tout parent préoccupé de l'éducation de son enfant devrait: −s'adresser aux associations de parents d'élèves: leurs délégués sont d'excellents mentors, «L'oeil de Moscou» dans les conseils de classe, les commissions d'appel, les commissions d'affectation. Madame Figaro, 7 mai 1983, p.49.
Avoir l'oeil américain. Être vigilant et perspicace. J'ai vu ça, moi, du premier coup en entrant. J'ai l'oeil américain (Flaub., MmeBovary, t.2, 1857, p.101).
Être tout yeux (tout oreilles). Être très attentif (aux propos de quelqu'un). À l'endroit le plus éclairé de la classe, Roubaud a disposé deux cercles de chaises; au centre de chacun, une sellette. Que va-t-on poser là-dessus? Nous sommes tout yeux. L'examinateur factotum disparaît et revient porteur de deux cruches de verre à anse (Colette, Cl. école, 1900, p.210).
Loc. proverbiale. Deux yeux valent mieux qu'un (Littré).
2. [L'oeil instrument de jugement] Connaître de ses yeux, par, de ses propres yeux; se boucher les yeux; jeter de la poudre aux yeux; dessiller les yeux de qqn; oeil critique, exercé, expérimenté; d'un bon, d'un mauvais oeil (voir); avoir un bandeau sur les yeux; crever les yeux, parler aux yeux, sauter aux yeux; ne pas en croire ses yeux; se mettre le doigt dans l'oeil (pop., commettre une erreur); voir avec les yeux de la foi; les yeux de l'esprit, l'oeil de Dieu. En voilà un qui s'est mis le doigt dans l'oeil, s'il a cru nous épater avec son rôtissage (Zola, Nana, 1880, p.1423).Il aurait vu d'un bon oeil l'avenir d'Agélina assuré par le mariage et, du même coup, comme il prenait de l'âge, le fort des travaux de la terre retomber sur les épaules d'un gendre vigoureux et vaillant (Guèvremont, Survenant, 1945, p.28).Ça saute aux yeux qu'ils ont eu raison d'agir comme ils l'ont fait! dit Henri (Beauvoir, Mandarins, 1954, p.251):
9. On retrouve partout ces habitudes de faire tout avec apparat, ce besoin de jeter de la poudre aux yeux, que l'on déguise sous le nom de bienséance, de décence, de décorum. Delécluze, Journal, 1827, p.398.
Avoir le compas dans l'oeil (fam.). Apprécier avec exactitude. V. compas B 2 b.
Proverbe. Voir la paille dans l'oeil du voisin et ne pas voir la poutre dans le sien (P.allus. à l'Évangile selon saint Luc VI, 41).
Aux yeux de. Au jugement de. Aux yeux du monde, du public, de la raison, du sage, de tous; à ses propres yeux, aux yeux d'autrui. Flagorneries abjectes et stupides qui nous dégradent et nous avilissent aux yeux des étrangers! (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t.1, 1823, p.303).En somme le phénomène plaisir était sauvé aux yeux de la raison, par des arguments de finalité jadis, assez solides (Valéry, Variété IV, 1938, p.243).
Mon oeil! (pop., exclam. iron. d'incrédulité). Tu veux repartir en vadrouille!... −Où ça? dans le fond des mers?... −Fond des mers!... Fond des mers!... Mon oeil!... (Céline, Mort à crédit, 1936, p.522).
P. méton. [L'oeil est la personne qui observe ou qui juge] :
10. Victor Hugo aveugle, un oeil sévère fermé à jamais, cela plaisait aux hontes du temps présent. Hugo, Corresp., 1865, p.510.
3. [L'oeil miroir de l'âme] Un oeil attendri, hagard, inquiet, ironique, jaloux, langoureux, provocant, ravi, suppliant; le langage des yeux; les yeux de l'âme, de l'esprit; oeil de défi, d'envie, de mépris, de pitié; lire dans les yeux de qqn; se parler des yeux, avec les yeux; avoir la larme à l'oeil; voir d'un oeil sec. L'imagination est l'oeil de l'âme (Joubert, Pensées, t.1, 1824, p.158).Car Grazia lui apportait en dot le trésor le plus rare, que jamais Olivier n'avait possédé: la joie. La joie de l'âme et des yeux. La lumière (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p.1461).J'ai renversé sa tête pour lire dans ses yeux (Saint-Exup., Citad., 1944, p.559):
11. Baisse un peu l'abat-jour, veux-tu? Nous serons mieux. C'est dans l'ombre que les coeurs causent, Et l'on voit beaucoup mieux les yeux... Géraldy, Toi et Moi, 1913, p.27.
Faire les gros yeux à qqn (fam.). Regarder avec sévérité, adresser des regards de réprobation. Beau Rubens: Jésus-Christ donne les clefs à saint Pierre. Saint Pierre reçoit comme un mendiant; derrière est un homme qui fait les gros yeux au spectateur, comme dans la Flagellation (Michelet, Journal, 1832, p.105).
Les yeux lui sortent de la tête. Être très en colère; être dans un état de forte excitation. Mais ce soir les yeux leur sortent de la tête parce que c'est un Français qui a repris la tête du classement (Montherl., Célibataires, 1934, p.836).
Faire de l'oeil (fam.), des clins d'oeil à qqn; faire les doux yeux, les yeux doux, des yeux en velours; (avoir) des yeux en coulisses (v. oeillade). Adresser des regards amoureux. Mmede Flahaut fait quand elle veut des yeux de velours (Chênedollé, Journal, 1811, p.62).Dis donc! Le forgeron te fait de l'oeil, s'écria Coupeau en riant, quand il apprit l'histoire (Zola, Assommoir, 1877, p.492).Les tendres pressions du genou, les yeux en coulisse, devenaient en ce cas une hypocrisie abominable (Romains, Hommes bonne vol., 1932, p.272).
Donner dans l'oeil; taper dans l'oeil (fam.). Plaire, séduire, faire une impression vive et agréable. Je crois [dit Jory à Claude] que tu lui as tapé dans l'oeil [à Irma], elle nous parle toujours de toi (Zola, L'OEuvre, 1886, p.190).
Ne pas avoir froid aux yeux. Manifester de la hardiesse et de l'effronterie. Vous ne savez donc pas que la petite Micheline a plu au baron Gouraud?... Allez, c'est une gaillarde. Elle n'a pas froid aux yeux... (Zola, Curée, 1872, p.504).
III. − Expressions
A. − [L'oeil, objet de prix, symbole de richesse]
Coûter les yeux de la tête. Coûter très cher. Déjà deux fois il avait fallu remplacer les vitres brisées, et maintenant pour remplacer les vitres! Premièrement il n'y en a pas, et secondement elles coûtent les yeux de la tête! (Triolet, Prem. accroc, 1945, p.212).
N'avoir plus que les yeux pour pleurer; il ne reste plus que les yeux pour pleurer. Être dénué de tout. Je viens de me voir en mendiante à ma propre porte, quel avis du ciel! Dans quelque temps, il ne nous restera que les yeux pour pleurer (Balzac, C.Birotteau, 1837, p.17).
Pop. Pas plus que mon oeil, pas plus que dans mon oeil (d'apr. Hautel t.2 1808). Pas du tout.
Fam. Pour les beaux yeux de qqn. Sans intérêt, gratuitement, pour le seul plaisir. Ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est que le pape est bien convaincu qu'il ne nous a aucune obligation, et que c'est le ciel qui a tout fait pour ses beaux yeux (Mérimée, Lettres à une inconnue, t.2, 1867, p.319).
Pop. S'en battre l'oeil. N'attacher aucun prix à, se moquer de. Vous comprenez, Copeau s'en bat l'oeil du Mirabeau et du petit père Chérouvier (Duhamel, Suzanne, 1941, p.64).
Tenir (à), chérir, soigner une chose comme (à) la prunelle de ses yeux. Attacher beaucoup d'importance, accorder beaucoup de valeur à. M. de Seigneulles avait là, à deux lieues de Juvigny, au milieu de la forêt du Grand-Juré, une belle ferme qu'il chérissait et soignait comme la prunelle de ses yeux (Theuriet, Mariage Gérard, 1875, p.109).
Pop. À l'oeil. Gratuitement, sur la mine, sans autre garantie que la bonne apparence (v. pour les beaux yeux de qqn, supra). Travailler à l'oeil. Vous pouvez baiser à l'oeil la terre entière, mais pas une putain en maison, à moins d'être son maquereau, ce qui est encore être un soutien de l'ordre et ce que nous n'étions assurément pas (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p.66).
B. − [L'oeil, reflet d'un état de santé]
Fam. Frais comme l'oeil. Dispos, en excellente santé. J'avais fait une demande pour être reversé dans mon régiment et on m'avait dit: «Démerde-toi et occupe-toi z'en.» J'tombe sur un sergent, un p'tit poseur, frais comme l'oeil, à lorgnon d'or, −des lunettes à galon (Barbusse, Feu, 1916, p.130).
Pop. et fam. Tourner de l'oeil. S'évanouir; p. euphém. mourir. Et j'ai amassé une bonne pacotille de contrebande assez honnête, dont nous vivrions, et que je vous laisserais lorsque je viendrais à tourner de l'oeil, comme on dit poliment (Vigny, Serv. grand. milit., 1835, p.40).Ah! toi, tais-toi! Dès qu'elle tourne de l'oeil, tu sanglotes, et dès qu'elle va mieux, tu recommences! (Pagnol, Fanny, 1932, i, 2etabl., 6, p.95).
Avoir bon pied, bon oeil. Être en excellente santé. Toujours bon pied bon oeil, après tout (Aragon, Beaux quart., 1936, p.238).
C. − [L'oeil image de la plénitude, de la satiété, de l'enivrement]
Avoir les yeux plus grands, plus gros que le ventre. Voir trop grand, s'exagérer ses possibilités. C'est un grand reproche à faire à Dieu, qu'il nous ait fait, en tout, les yeux plus grands que le ventre, le désir supérieur à la capacité de jouissance (Goncourt, Journal, 1865, p.131).
Dévorer, manger des yeux. Regarder avec convoitise. Voici qu'un vieux renard affamé de victimes Arrive au pied de l'arbre, et, levant le museau, Voit l'écureuil sur un rameau. Il le mange des yeux, humecte de sa langue Ses levres qui de sang brûlent de s'abreuver (Florian, Fables, 1792, p.135).
Pop. Enceinte jusqu'aux yeux. Dans un état de grossesse très avancé. Non, Naudy n'est pas fou de vouloir rentrer en France. − [...] Pierrette est enceinte jusqu'aux yeux, Raymond veut que leur enfant naisse sur le sol de la patrie (Borniche, Le Gang, 1975, p.297 ds Rey-Chantr. Expr. 1979).
Pop. (S'en mettre) jusqu'aux yeux, par-dessus les yeux. (En prendre) à satiété. (Dict. xixeet xxes.).
Se rincer l'oeil (fam.). Regarder avec jouissance une scène érotique, une femme (pour un homme). Je vous mets en rapport avec lui: un homme charmant, tout rond, une jolie femme et deux jolies filles; vous vous en rincerez l'oeil (Vogüé, Morts, 1899, p.289).
Fam. Sortir par les yeux à qqn. Causer de l'exaspération par effet de répétition, de lassitude, par satiété. «Sire, nulle faveur ne pouvait m'être plus précieuse...» Foin! Foin! Tu me l'as fait répéter dix mille fois. Ça commence à me sortir par les yeux. Réciter, d'abord, c'est mentir. Mentir m'irrite très fort (Audiberti, Mal court, 1947, i, p.150).
D. − [L'oeil, objet de violence et de malheur]
Le mauvais oeil (jeter). Lancer un mauvais sort. L'animal, comme tous les chevaux arabes, portait au cou sa généalogie, suspendue dans un sachet en poil, et plusieurs amulettes pour le préserver du mauvais oeil (Lamart., Voy. Orient, t.2, 1835, p.223).
S'arracher les yeux, se manger le blanc des yeux (fam.). Se disputer violemment. Sous l'Empire, les réunions étaient possibles: on pouvait être d'opinion contraire sans s'arracher les yeux (Mmede Chateaubr., Mém. et lettres, 1847, p.39).
OEil pour oeil, dent pour dent. [P. allus. au Lévitique XXIV, 17-22] Loi du talion qui punit l'offense par une peine du même ordre. C'est ainsi qu'on lit dans le Lévitique: «On punira aussi de mort celui qui aura frappé de mort quelque personne que ce soit. Celui qui aura frappé une bête à mort la rendra; vie pour vie... fracture pour fracture, oeil pour oeil, dent pour dent» (Durkheim, Divis. trav., 1902, p.iii).
IV. − Emplois anal.
A. − [P. réf. à la forme]
1. AGRIC. et ARBORIC.
Petit bourgeon rudimentaire à l'extrémité des rameaux ou à l'intersection des feuilles; il devient au printemps suivant bourgeon à bois ou à fruit (d'apr. Plais. 1969). OEil dormant, oeil poussant (Agric. 1977). Tailler à deux ou trois yeux (Bén.-VaeskJard.1981).
,,Renfoncement dans le corps de la pomme de terre signalant l'endroit où percera un germe`` (Bén.-Vaesk Jard. 1981).
2. ALIMENTATION
Yeux du fromage, du pain. Trous qui se forment dans la pâte. (Dict. xixeet xxes.).
Yeux du bouillon. Ronds de graisse qui apparaissent à la surface du bouillon. La soupe était froide, couverte d'yeux de graisse qui se figeaient (Zola, Terre, 1887, p.190).
3. ARCHIT. ,,Ouverture ronde ou ovale, pratiquée dans un comble, un dôme, un attique, un entrecolonnement, un dessus de porte, un tympan de fronton ou dans les reins d'une voûte`` (Bach.-Dez. 1882).
OEil de pont. ,,Ouverture ronde dans une pile d'avant ou d'arrière bec de pont`` (Barb.-Cad. 1963).
4. ÉLECTRON. ,,Système optique signalant une présence`` (Boissier 1975). OEil optique d'une cellule photo-électrique (Boissier 1975).
OEil magique. ,,Petit tube à rayons cathodiques permettant d'effectuer le contrôle visuel du réglage d'un récepteur de radio`` (Giteau 1970).
5. IMPR. ,,Dessin en relief du caractère d'imprimerie (la partie imprimante). Petit, gros oeil, oeil moyen`` (Comte-Pern. 1974).
6. MAR. ,,Boucle formée à l'extrémité d'un filin`` (Gruss 1952).
OEil de cordage. ,,Boucle terminale d'un cordage quand elle est constituée définitivement par une épaisseur`` (Le Clère 1960).
7. MÉTÉOR. Point central d'un phénomène atmosphérique. OEil d'un cyclone. V. cyclone A ex. de Claudel.
8. OPHTALMOL. OEil de verre. OEil artificiel que l'on met à la place d'un oeil énucléé:
12. Les nouveaux amis que nous faisons après un certain âge, et par lesquels nous cherchons à remplacer ceux que nous avons perdus, sont à nos anciens amis ce que les yeux de verre, les dents postiches et les jambes de bois sont aux véritables yeux, aux dents naturelles et aux jambes de chair et d'os. Chamfort, Max. et pens., 1794, p.54.
9. THÉÂTRE. Trou pratiqué dans le rideau d'un théâtre et permettant de regarder de la scène dans la salle. (Dict. xixeet xxes.).
10. TECHNOL. ,,Ouverture pratiquée dans certains outils pour recevoir le manche`` (Boissier 1975). L'oeil d'un marteau (Boissier 1975).
Arg. OEil de bronze. ,,Sphincter anal`` (Le Breton 1960).
B. − [P. réf. à l'aspect]
1. [En parlant d'étoffes, de pierres précieuses] Lustre, éclat. Ces perles ont un bel oeil (Ac.):
13. Je n'hésitai point à me mettre à la besogne pour substituer ceux-ci aux autres, et les dix boutons à l'oeil de perle et aux reflets d'argent ne tardèrent pas à resplendir à mes yeux enchantés comme autant de jolis miroirs. Nodier, Fée Miettes, 1831, p.88.
Avoir de l'oeil. Avoir belle apparence, de l'allure, produire de l'effet. Nous aurons un municipal à la porte... C'est ça qui aura de l'oeil!... Enfoncés les bourgeois! (Goncourt, Man. Salomon, 1867, p.226).
2. [En parlant d'un produit léger] Faible quantité de, une légère couche de. Un oeil de poudre. Il y a à notre table Flaubert, Saint-Victor, Scholl, Charles Edmond, et en femmes, Julie et MmeDoche, une résille rouge sur ses cheveux, qui ont un oeil de poudre (Goncourt, Journal, 1860, p.684).
3. [OEil, yeux employés à la place de ocelle] Au-dessous d'un petit chapeau rond, qui n'est qu'un diadème d'oeils de plumes de paon, où le vert bleu est entouré d'or vert-de-grisé, au-dessous de cette couronne d'arc-en-ciel en plumage, une petite tête de blonde cruelle, avec un teint d'une diaphanéité rosée (Goncourt, Journal, 1864, p.65).
En partic. Représentation, imitation de ce genre d'oeil. La toilette sombre (...) garnie de broderies en oeil de paon, le chapeau (...) enserrent délicieusement la taille souple, l'ovale en pâleur rosée de cette Esther sûre de son Assuérus (A. Daudet, Rois en exil, 1879, p.295).
C. − [P. réf. à la lumière]
1. Ce qui éclaire, projette une lumière. OEil du ciel, du monde. Le soleil. L'oeil de la nuit. La lune. Pour lui donner la voix et l'ame, Il faut que de sa chaste flamme L'oeil du jour lui lance un rayon (Lamart., Médit., 1820, p.126).Une vapeur se déroule, monte et enveloppe l'oeil de la nuit d'une rétine argentée (Chateaubr., Mém., t.4, 1848, p.286):
14. Il en serait de même de la terre, si nous la considérions du soleil: nous la verrions avec l'astre qui fait tout voir. Nous l'observerions à travers cette atmosphère merveilleuse de lumière qui, comme un cristallin vivant, entoure l'oeil de notre univers. Bern. de St-P., Harm. nat., 1814, p.348.
2. Ce qui éclaire, sert de guide. Ce temple courbé à terre, prosterné devant la nature qu'il célébrait, anéanti par elle-même, c'est grand. La source continue jour et nuit sa prodigalité. Les proportions sont admirables. (...). Elle est pensée divine, aisée, sereine, héroïque. Comment l'imaginaient-ils? Vie, pensée, oeil de la nature, force créatrice, fécondité, mère (Barrès, Cahiers, t.11, 1914, p.15).
Rem. Dans les sens techn. comme dans les mots comp. (v. oeil-de-boeuf, oeil-de-perdrix, etc.) le plur. de oeil est oeils: les oeils d'une voile.
Prononc. et Orth.: [oej], plur. [jø]. Att. ds Ac. dep. 1694. Ds les comp., oeil(-)de(-) boeuf, etc., plur. oeils. Étymol. et Hist. A. 1. Fin xes. «organe de la vue», plur. olz (Passion, éd. D' Arco Silvio Avalle, 52: sos olz torned); ca 1050 id. oil (Alexis, éd. Chr. Storey, 222); 1170 uel (Chrétien de Troyes, Erec et Enide, éd. M. Roques, 4418); plur. ialz (Id., ibid., 436); 1342 oeil (J. Bruyant, Le Chemin de povreté et de richesse ds Ménagier, éd. Sté Bibliophiles, t.II, p.15); plur. yeulx (Id., ibid., p.14); a) ca 1265 oil pour oil (Brunet Latin, Trésor, éd. Fr. J. Carmody, I, XVIII, p.31); b) xves. avoir bon pié et bon oeil (J. de Bueil, Jouvencel, éd. L. Lecestre, I, 198); c) 1580 avoir les yeux plus grands que le ventre (Montaigne, Essais, éd. Villey-Saulnier, I, XXXI, p.203); d) 1666 s'en battre l'oeil ([Brécourt], La Nopce de village, 15 [Ribou] ds Quem. DDL t.19); e) 1690 entre quatre yeux (Fur., s.v. entre); 1740 entre quatre-z-yeux (Piron, OEuvres posthumes, 77 [Dentu] ds Quem. DDL t.19); f) 1690 oeil de verre (Fur.); g) 1793 ne laisser que les yeux pour pleurer ([Lemaire], La Trompette du père Duchêne, no142, 326 ds Quem. DDL t.19); 2. ca 1100 «oeil comme partie du visage, et élément de physionomie» (Roland, éd. J. Bédier, 283: Vairs out les oilz); a) 1640 pour les beaux yeulx de qqn «par amour pour quelqu'un» d'où «gratuitement» (Oudin Curiositez); b) 1640 bel oeil «jolie femme» (Corneille, Polyeucte, I, 1); 3. ca 1100 «l'oeil dans sa fonction de vision» (Roland, 316: ja nel verrai des oilz); a) fin xiies. en croire ses yeux (Chrétien de Troyes, Chansons, éd. W. Foerster, II, 34: fors de tant que mes iauz an crui); b) 1203 (voir, regarder) de ses ieuz (Chastelain de Couci, Chansons, éd. A. Lerond, V, 17); c) ca 1208 veoir a oil «voir à l'oeil nu» (Villehardouin, Conquête Constantinople, éd. E. Faral, § 120); 1690 regarder à l'oeil nu (Fur., s.v. nud); d) 1450-65 un trait d'ueil «regard prompt et de courte durée» (Ch. d'Orléans, Rondeaux, XXII, 4 ds Poésies, éd. P. Champion, II, 303); 1668 coup d'oeil (Molière, Amphitryon, I, 1); 1699 jeter un coup d'oeil sur qqc. (Mass[illon], Avent, Épiphan. ds Littré); [4equart xives. jetter ses ieux et voir (Froissart, Chron., éd. G. Raynaud, XI, 28)]; e) 1640 du coin de l'oeil (Oudin Curiositez, s.v. coin); f) 1562 a veuë d'oeil (Paré, Anat., II, 9, éd. J.-Fr. Malgaigne, I, 185); 4. ca 1100 «l'oeil dans les mouvements qui lui sont propres» (Roland, 2285: uvrit les oilz); a) 1550 fermer les yeus à qqn (Ronsard, Boccage, VIII, 48 ds OEuvres, éd. P. Laumonier, II, 183); 1721 fermer les yeus «mourir» (Montesquieu, Lettres persanes, éd. A. Adam, CXLII, p.367); b) 1686 ne pas fermer l'oeil (Dancourt, Les Fonds perdus, I, 4 ds Littré); 5. ca 1100 «la vue, le regard» (Roland, 1131: a vos oilz veez les Sarrazins); 1538 devant les yeux (Est.); ca 1470 avoir la preuve aux yeux (G. Chastellain, Chron. Ducs de Bourgogne, éd. Kervin de Lettenhove, III, 331); 1671 sous les yeux de qqn «en sa présence directe» (Pomey); 1701 mettre qqc. sous les yeux de qqn (Mass[illon], Carême, Parole ds Littré); 1649 couver des yeux (Descartes, v. couver). B. OEil en tant qu'il manifeste les traits permanents du caractère, les émotions, les sentiments 1. a) 1155 de bon oeil veeir «d'un oeil bienveillant» (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 1923); ca 1200 ex vairs et rians (Aucassin et Nicolette, éd. Mario Roques, II, 13); b) 1558 regarder ... de fort mauvais oeuil (Des Périers, Nouv. récréat. et joyeux devis, éd. K.Kasprzyk, 78, p.277); c) 1611 servi au doigt, & à l'oeil «ponctuellement, au premier signe» (Cotgr.); 1812 obéir au doigt et à l'oeil «id.» (Boiste); d) 1611 faire les doux yeux à [qqn] (Cotgr.); e) 1665 faire de l'oeil «avec un air d'intelligence» (La Fontaine, Cas de conscience, 137 ds OEuvres, éd. H. Régnier, V, 352); f) 1667 se parler des yeux (Molière, Le Sicilien, II); g) 1698 ouvrir de fort grands yeux (Racine, Corresp., à Jean-Baptiste Racine, 24 juill. ds OEuvres compl., éd. R. Picard, t.2, p.624); 2. ca 1203 «oeil, symbole de la faculté d'observation, de la perspicacité, de l'attention» (Chastelain de Couci, op. cit., II, 18); a) 1505 bender les yeulx à (Gringore, Les Folles entreprises ds OEuvres compl., éd. Ch. d'Héricault et A. de Montaiglon, I, 41); 1690 avoir un bandeau sur l'oeil (Fur.); b) fin xvies. fermer les yeulx à qqn «faire comme si on ne voyait pas ses agissements» (D'Aubigné, Lettres diverses ds OEuvres, éd. Réaume et de Caussade, I, 480); 1644 fermer les yeux sur qqc. (Corneille, Rodogune, III, 3); c) 1631 n'avoir d'yeux que pour qqn (Id., Don Sanche, I, 3); d) 1640 crever les yeux «être évident» (Oudin Curiositez); 3. a) ca 1188 «oeil, symbole de méfiance ou de vigilance» avoir les iex ... a (Partonopeus de Blois, éd. J. Gildea, 3448); ca 1470 avoir l'oeil à tout (G. Chastel., Chr. des d. de Bourg., II, 1 ds Littré); b) fin xives. avoir bonne oreille ... bon oeul (E. Deschamps, Ballades de moralitez, XCII, 4 ds OEuvres, éd. G. Raynaud, I, 198); c) fin xvies. l'oeil du maître (Pasq[uier], Rech., VI, p.453 ds La Curne); d) 1669 dormir de plus que de deux yeux (La Fontaine, La Coupe enchantée, 463 ds OEuvres, éd. citée, V, 143); 1704 ne dormir que d'un oeil (Regnard, Fol. amour., I, 1 ds Littré); e) 1798 tenir qqn à l'oeil (Ac.); 4. fin xives. «personne qui observe, surveille» (E. Deschamps, Le Miroir de mariage, 1631 ds OEuvres, éd. citée, IX, 56). C. P. anal. 1. P. réf. à l'éclat a) 1remoitié xiiies. [ms.] «ce qui éclaire, permet de voir» ici poét. al oel del jor «à l'aube» (Partonopeus de Blois, éd. citée, 1955); 1550 le clair oeil de la nuit «la lune» (Ronsard, Odes, A Joachim du Bellay, ode XXIV, 51 ds OEuvres, éd. citée, II, 70); b) 1572 «ce qui éclaire, sert de guide» (R.Belleau, Bergeries, t.I, p.2 ds Littré); 2. p. réf. à la forme a) ca 1393 bot. «sans doute noeud qui est à l'extrémité du fruit, opposé à la queue» (Ménagier, éd. citée, II, p.247); 1653 oeil dormant (Le Gendre, Arbres fruitiers, p.57); oeil poussant (Id., op. cit., éd. 1676, p.60); b) 1547 archit. oeuil de la Volute «milieu de la voûte du chapiteau ionique» (J.Martin, Architecture, troysieme livre, p.38); 1694 id. «ouverture en haut d'une coupole» (Corneille); 1694 id. oeuil de pont (ibid.); c) 1660 «trou dans le pain et dans le fromage» (Oudin Fr.-Esp.); d) 1676 «ouverture pratiquée dans certains outils, p. ex. pour le manche» (Félibien); 1721 oeil d'une roue (Trév.); 1751 oeil d'une aiguille (Encyclop. t.1, s.v. aiguille); e) 1690 mar. «trou par où les câbles entrent et sortent» (Fur.); f) 1690 impr. «grosseur des caractères d'imprimerie» (ibid.); 3. p. réf. à l'aspect a) 1611 «aspect d'une chose, du lustre d'une étoffe, de l'éclat d'une pierrerie» (Cotgr.); 1779 «nuance, teinte légère» (Buffon, Oiseaux, t.6, p.52); b) 1798 oeil de poudre (Ac.). Du lat. class. oculus «oeil», en partic. terme de bot., également terme d'archit. oculus volutae «oeil de la volute» chez Vitruve. Le plur. yeux représente régulièrement l'acc. plur. oculos. Fréq. abs. littér. OEil: 15495. Yeux: 56338. Fréq. rel. littér. OEil: xixes.: a) 21523, b) 26340; xxes.: a) 23465, b) 19306. Yeux: xixes.: a) 69124, b) 85228; xxes.: a) 95503, b) 77509.
DÉR.
OEillé, -ée, adj.a) Garni d'ouvertures en forme d'oeil, qui rappellent l'oeil. La rue énorme et ses maisons quadrangulaires Bordent la foule et l'endiguent de leur granit OEillé de fenêtres et de porches, où luit L'adieu, dans les carreaux, des soirs auréolaires (Verhaeren, Villes tentac., 1895, p.156).b) Qui porte, qui compose un dessin en forme d'oeil. Ces glaces, ces statues en marbre, ces lustres, ces globes, ces candélabres, ces meubles d'ébène et d'ivoire, ces damas chamarrés d'or, ces sophas oeillés d'argent, et là-bas, au fond, ce grand panneau de cristal (Cladel, Ompdrailles, 1879, p.359).Minér. Gneiss oeillé. ,,Gneiss où de grands cristaux lenticulaires de quartz ou de feldspath sont entourés de grains ou de fibres d'autres minéraux`` (Lar. Lang. fr.). [oeje]. 1resattest. a) 1581 «qui a des cercles concentriques (d'une pierre transparente)» (De Bara, Le Blason des armoiries..., Lyon, p.147), b) 1886 gneiss oeillé (Lapparent, Abr. géol., p.147); de oeil, étymol. C 2, suff. -é*.
BBG.Arveiller (R.). Fr. mod. 1974, t.42, p.277. _ Charaudeau (P.). Procédure d'analyse lexico-sém. sur un corpus donné: oeil. Cah. Lexicol. 1972, no20, pp.53-63; 1973, no23, pp.3-34. _ Chautard. Vie étrange Arg. 1931, p.657. _ Duch. Beauté. 1960, p.21. _ Furukawa (N.). Le Nombre gramm. en fr. contemp. Tokyo, 1977, p.8, 20-22 passim. _ George (K.). Formules de négation et de refus en fr. pop. et arg. Fr. mod. 1970, t.38, p.312. _ Guiraud (P.). Mél. d'étymol. arg. Cah. Lexicol. 1970, t.16, p.70. _ Quem. DDL t.3, 5, 9, 13, 14, 15, 17, 19.

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

YEUX. n. m. pl.
Voyez ŒIL.

Littré (1872-1877)

YEUX (ieû) s. m. plur.
  • d'œil. Voy. ŒIL.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

YEUX, (Médec. séméiotiq.) les yeux ne sont pas moins le miroir fidele des affections du corps que des passions de l’ame ; le séméioticien éclairé y voit représentés avec exactitude & netteté les divers états de la machine, tandis que l’observateur inhabile, le charlatan effronté, le chirurgien déplacé, la ridicule bonne femme, & autres médecins subalternes, qui sans connoissance de la médecine se mêlent d’en faire le dangereux exercice, ne soupçonnent pas même qu’ils puissent rien signifier, & ne voient pas le rapport qu’il peut y avoir entre une petite partie en apparence isolée, peu nécessaire à la vie, & les différens organes à l’action desquels la santé & la vie sont attachées. Mais ces lumieres ne sont pas faites pour eux, ce n’est que pour les vrais & légitimes médecins que leur illustre législateur a prononcé que « l’état du corps est toujours conforme à celui des yeux, & que sa bonne ou mauvaise disposition influe nécessairement sur la couleur & l’action de ces organes ». (Epidem. lib. VI. sect. IV. n°. 26.) Ce n’est que pour eux qu’il a établi & fixé d’une maniere invariable le rapport qu’il y a entre certains états des yeux & certains dérangemens présens ou futurs de la machine, & qu’il a en conséquence établi les signes prognostics & diagnostics que les yeux peuvent fournir. Dans le détail où nous allons entrer, nous suivrons la même méthode que nous avons adoptée dans les autres articles de Séméiotique, & qui nous paroît la plus avantageuse, c’est-à-dire nous ne ferons qu’extraire des différens ouvrages d’Hippocrate les axiomes que cet exact observateur y a répandus, & qui sont relatifs à notre sujet, & nous les exposerons tels qu’il les a donnés lui-même, sans prétendre démontrer l’enchaînement qui doit se trouver entre le signe & la chose signifiée, laissant par conséquent à part toute discussion théorique.

Nous remarquerons d’abord avec lui que les yeux bien disposés, c’est-à-dire bien colorés, brillans, clairvoyans, ni rouges, ni livides, ni noirâtres, ni chargés d’écailles connues sous le nom de ems, indiquent une bonne santé, ou font espérer dans l’état de maladie une parfaite guérison. Il y a peu d’exemples de maladies qui aient eu une issue peu favorable avec un pareil état des yeux. Les vices de cet organe dénotent toujours dans le courant des maladies, un nouveau dérangement, un trouble survenu dans la machine, qui dans quelques cas peut être avantageux, & qui le plus souvent est funeste. Les yeux sont censés vicieux, lorsqu’ils sont mal colorés, qu’ils ont perdu leur force & leur éclat, qu’ils ne peuvent pas supporter la lumiere, que leur action est ou diminuée ou tout-à-fait anéantie, que les larmes coulent involontairement, qu’ils sont étincelans, enflés, hagards, immobiles, obscurs, sombres, pesans, de travers, creux, fermés, &c. Pour que les yeux puissent dans ces différens états contre nature avoir quelque signification, il faut qu’ils aient été rendus tels par l’effort de la maladie, & non par aucun accident étranger ; c’est pourquoi il faut, avant de juger par les yeux, être instruits de leur disposition naturelle ou antérieure à la maladie ; car les seuls effets peuvent être signes de leur cause. Les présages que l’on peut tirer de la plûpart de ces dérangemens dans l’extérieur ou l’action des yeux, seront salutaires, s’ils sont occasionnés par un effort critique, s’ils arrivent après la coction, & s’ils sont accompagnés par d’autres signes critiques ; ils seront plus ou moins desavantageux, si ces dérangemens ne sont ni précédés de coction ni suivis de crise, s’ils se rencontrent avec une extreme foiblesse ou avec quelque autre accident fâcheux dont ils augmenteront le danger. Ainsi, dit Hippocrate, on doit attribuer à la force du mal le mauvais état des yeux qui s’observe le trois ou quatrieme jour. Prognost. lib. I. n°. 3 & 4.

1°. Lorsque dans une fievre aiguë qui n’a rien de funeste, une douleur constante occupe la tête & les yeux, ou que la vue s’obscurcit, & qu’en même tems le malade sent de la gêne à l’orifice supérieur de l’estomac, il ne tardera pas à survenir un vomissement de matieres bilieuses ; mais si avec la douleur de tête, les yeux, au lieu d’être obscurcis tout-à-fait, ne sont qu’hébétés ou louches, ou s’ils sont fatigués par des éclairs ou des étincelles qui se présentent fréquemment, & au lieu de cardialgie, il y ait une distention des hypocondres sans inflammation & sans douleur, il faut s’attendre à une hémorrhagie du nez, & non pas au vomissement, sur-tout si le malade est jeune ; car à ceux qui ont passé trente ans, il faudroit s’en tenir au premier prognostic. Hippocr. prognost. lib. III. n°. 23 & 29.

La rougeur des yeux & la douleur du col sont un signe d’hémorragie du nez. Prorrhet. lib. I. sect. III. n°. 45. La même excrétion est aussi annoncée par une rougeur foncée des yeux & par une douleur de tête très-opiniatre, par le clignotement des yeux. Coac. prænot. cap. iv. n°. 7.

Personne n’ignore la fameuse prédiction que Galien fit d’une hémorragie du nez, & la fermeté avec laquelle il s’opposa à une saignée que des médecins peu éclairés vouloient faire à un malade attaqué d’une fievre violente. Il tira ces signes & ses contrindications principalement de la rougeur des yeux, & de ce que le malade s’imaginoit voir toujours voltiger devant ses yeux des serpens rouges ; le succès le plus complet & le plus prochain justifia son prognostic & sa conduite. Le malade saigna abondamment du nez un instant après, & sa guérison fut décidée dès ce moment. Si la saignée eût été faite, il y a lieu de présumer que cette crise auroit échoué ou du moins n’auroit pas été aussi prompte & aussi heureuse, & que le malade auroit été plongé dans un très grand danger. Tel est l’avantage qu’ont les médecins qui savent temporiser, qui étudient & suivent la nature ; tels sont les risques que courent les malades qui confient leurs jours à des aveugles routiniers, qui prétendent maîtriser la nature sans la connoître, & qui assassinent les malades par les efforts impuissans & mal concertés qu’ils font pour les guérir. L’hémorragie du nez est aussi quelquefois annoncée par le larmoyement des yeux ; mais il faut que les larmes soient involontaires, & qu’en même tems les autres signes concourent ; car s’il paroit quelque signe mortel, elles n’annoncent point l’hémorragie, mais la mort prochaine (epidem. lib. I. stat. III.) & si les larmes sont volontaires, elles ne signifient rien. Aphor. 52, lib. IV.

L’état des yeux qui précede dans la plûpart des femmes, & qui accompagne l’excrétion des regles, est connu de tout le monde ; on sait qu’ils perdent une partie de leur force & de leur éclat, qu’ils deviennent languissans, & que tout le tour des paupieres inférieures devient plus ou moins livide ou violet, & dans l’état où il seroit après un coup violent qui auroit produit une contusion plus ou moins forte. Les éruptions des pustules autour des yeux dans les malades qui commencent à se rétablir, dénotent un dévoiement prochain. Coac. prænot. cap. vj. n°. 10. On peut tirer aussi le même présage de la rougeur de ces parties voisines du nez & des yeux. Ibid. n°. 5. La rougeur des yeux marque aussi quelquefois un fond de dérangement chronique dans le ventre. Ibid. n°. 9. Lorsque les yeux auparavant obscurs, sales & mal colorés reprennent leur brillant, leur pureté & leur couleur naturelle, c’est un signe de crise d’autant plus prochaine que les yeux se dépouillent plus promptement. Ibid. n°. 6. La distorsion des yeux & leur renversement fournissent aussi quelquefois le même présage ; tel est le cas du malade qui étoit au jardin de Déalces, qui fut attaque le neuvieme jour d’un frisson, d’une fievre légere & de sueurs auxquelles le froid succéda, qui tomba ensuite dans le délire, eut l’œil droit de travers, la langue seche, fut tourmenté de soif & d’insomnie, & cependant se rétablit parfaitement. Epidem. lib. III. agrot. xiij. Galien dans le commentaire de ce passage remarque que le délire & la distorsion des yeux qui paroissent le neuvieme jour, sont assez ordinairement des signes critiques.

2°. Lorsque les affections des yeux n’annoncent aucun mouvement critique, elles sont de mauvais augure, & présagent ou quelque maladie, ou quelque nouvel accident, ou la mort même. La couleur jaune des yeux est un signe d’ictere commençant ou de la mauvaise constitution du foie ; elle est plus fâcheuse, lorsqu’elle se rencontre avec une certaine lividité dans les pleurésies. Les yeux à demi fermés, & dont on ne voit que le blanc, sont des signes avant-coureurs des convulsions, & dénotent la présence des vers dans les premieres voies. Les convulsions sont aussi annoncées, suivant Hippocrate, par l’obscurcissement des yeux joint à la foiblesse (coac. prænot. cap. vj. n°. 10.), ou accompagné de défaillances, d’urines écumeuses & de refroidissement du col, du dos, ou même de tout le corps. Prorrhet. lib. I. sect. III. n°. 20.

La férocité des yeux qu’on observe avec douleur de tête fixe, délire, rougeur du visage, constipation, dénotent une convulsion prochaine des parties postérieures qu’on appelle opistotonos (ibid. sect. II. n°. 55, & coac. prænot. cap. iv. n°. 3.) ; & si pendant les convulsions les yeux ont beaucoup d’éclat, sont très-animés, c’est signe que le malade est dans le délire, & qu’il trainera long-tems. Prorrhet. lib. I. sect. III. n°. 32. Les yeux étincelans, fixes, hagards, marquent le délire ou les convulsions (epidem. lib. VI. text. 1.), & les malades qui avec les yeux féroces ou fermés sont dans le délire, vomissent des matieres noirâtres, ont du dégoût pour les alimens, ressentent quelque douleur au pubis, sont en très grand danger ; les purgatifs ne feroient dans ces circonstances qu’irriter encore le mal ; il faut soigneusement s’en abstenir. Pr. l. I. sect. II. n°. 36. Les yeux poudreux, la voix aiguë, clangosa, comme celle des grues, succédant aux vomissemens nauséeux, présagent le délire ; tel fut le sort de la femme d’Hermozy ge, qui eut un délire violent, & mourut ensuite après avoir tout-à-fait perdu la voix. Ibid. sect. I. n°. 17. Les ébranlemens de la tête, les yeux rougeâtres & les délires manifestes sont des accidens très-graves ; il est cependant rare qu’ils occasionnent la mort du malade ; leur effet le plus ordinaire est d’exciter des abscès derriere les oreilles.

On tire en général un mauvais présage dans les maladies aiguës du brisement (κατάκλασις) des yeux, de leur obscurcissement, de leur fixité ou immobilité, de leur distorsion, soit simple, soit jointe à des selles fréquentes, aqueuses & bilieuses dans le cours des fievres ardentes, avec refroidissement ; & le frisson qui survient à ces distorsions des yeux accompagnées de lassitude, est très-pernicieux. Ces malades sont aussi dans un danger pressant, s’ils tombent alors dans quelque affection soporeuse. Prorrhet. lib. I. sect. II. n°. 51, 48, 56, &c. La situation droite des yeux & leur mouvement rapide, le sommeil troublé ou des veilles opiniatres, l’éruption de quelques gouttes de sang par le nez dans le courant des maladies aigues, n’annoncent rien de bon. Coac. præn. n°. 17. cap. vj.

Les signes que les yeux fournissent le plus ordinairement mortels, sont les suivans : les larmes involontaires, la crainte de la lumiere, leur distorsion, leur grosseur inégale, le changement de la couleur blanche des yeux en rouge, livide ou noirâtre, l’apparition de petites veines noires sur le blanc, la lividité, la paleur, la rigidité, circumtension, la distorsion des paupieres, la formation de petites écailles, λῆμαι, l’élévation des yeux & leur tremblement, de même s’ils sont trop portés en-dehors avec rougeur, sur-tout dans l’angine, ou s’ils sont trop enfoncés, ce qui est un des signes de la face hippocratique, si leur action, leur force & leur éclat sont considérablement diminués ou tout-à-fait anéantis, si les paupieres ne fermant pas exactement pendant le sommeil, ne laissent voir que le blanc des yeux, pourvû que le malade n’ait pas le dévoiement naturel ou occasionné par un purgatif pris dans le jour, ou qu’il n’ait pas accoutumé de dormir dans cet état. Prognost. lib. I. n°. 5, 6 & 7 Cependant ce dernier signe est si funeste, qu’il annonça ou précéda la mort dans Guadagnina, femme de Prosper Alpin, quoique, remarque cet auteur, elle eût quelquefois les yeux disposés de cette façon pendant le sommeil ; mais il étoit accompagné d’affection soporeuse, du refroidissement des extrémités, d’inquiétudes, de la noirceur & de la rudesse de la langue, sans altération. De præsag. vit. & mort. agrot. lib. V. cap. vij. pag. 309.

L’immobilité ou une espece de stupéfaction des yeux, κατάπληξις, fut un signe mortel dans la fille de Nerios, dans qui Hippocrate l’observa peu de jours après avoir reçu un coup du plat de la main sur le sommet de la tête. epidem. lib. V. text. 47. La grosseur inégale des yeux fut un des avant-coureurs de la mort qui survint le lendemain dans le fils de Nicolas & la femme d’Hermoptoleme. Epidem. lib. VII. text. 100 & 13. La flétrissure & le desséchement des yeux fournissoient aussi le même présage, qui se trouve confirmé par l’exemple d’un malade qui avoit reçu une blessure au foie, dont il est parlé ibid. text. 13. A ces signes Hippocrate ajoute encore l’augmentation du blanc des yeux, qui est quelquefois telle que tout le noir est caché par la paupiere supérieure, & le rétrecissement du noir ou de la pupille, la courbure & le clignotement continuel des paupieres. Coac. præn. cap. vj. n°. 8. J’ai souvent observé dans les moribonds, que la pupille se dilatoit beaucoup, sans doute par une suite du relâchement général, de l’apathie universelle ; on peut aussi mettre au nombre des signes mortels, la fausse apparence de mouches, des pailles qui paroissent voltiger devant les yeux, & que le malade s’efforce de prendre ; la fausse apparence de corps noirs qu’on imagine sur les corps voisins ou sur quelque partie de son corps, indique ordinairement la gangrene dans les yeux : ce fut un signe de mort dans un malade attaqué de la petite vérole.

Quelque certains que soient tous ces différens signes, nous répétons encore qu’il faut, pour ne pas hazarder un jugement qui peut nuire à la santé du malade & à sa propre réputation, les combiner avec les autres ; il ne faut négliger aucune partie de la séméiotique ; le travail est immense, j’en conviens ; mais l’importance de la matiere doit être un motif assez pressant, & l’avantage de l’humanité une récompense assez considérable. (m)

Yeux de serpent, (Physique générale.) sorte de pierres figurées, qui ne sont autre chose, suivant plusieurs physiciens, que les petites dents pétrifiées d’un poisson des côtes du Brésil, qu’on y appelle le grondeur, & les plus grandes de ce poisson, celles qui broyent, se nomment crapaudines. Il y a aussi des yeux de serpent & des crapaudines, qui se peuvent rapporter à des dents de dorade, poisson qui se trouve dans nos mers, & ce système seroit plus simple ; quoi qu’il en soit, voyez l’article Crapaudine (D. J.)

Yeux à neige, (Hist. nat.) c’est ainsi que les Esquimaux nomment dans leur langue des especes de lunettes, dont ils se servent pour garantir leurs yeux de l’impression de la neige, dont leur pays est presque perpétuellement couvert. Ce sont des petits morceaux de bois ou d’os, qui ont une fente fort étroite, précisément de la longueur des yeux, & qui s’attachent au moyen d’un cordon que l’on noue derriere la tête. On voit très-distinctement au-travers de cette fente, & sans aucune incommodité ; de cette façon les sauvages se garantissent de maladies des yeux très-douloureuses, auxquelles ils sont exposés, sur-tout au printems ; ils se servent même de ces lunettes pour voir les objets qui sont dans l’éloignement, comme nous ferions d’une lunette d’approche.

Yeux de bœuf, (Marine.) on appelle ainsi les poulies qui sont vers le racage, contre le milieu d’une vergue, & qui servent à maneuvrer l’itague. Il y a six de ces poulies aux pattes de boulines, trois pour chaque bouline. Il y en a aussi une au milieu de la vergue de civadiere, quoiqu’il n’y ait point de racage, parce que sa vergue ne s’amene point. Dans un combat on la met le long du mât, quand on veut venir à l’abordage.

Yeux de pie, voyez Œil de pie.

Yeux de perdrix, (Soierie.) étoffe, partie de soie, partie de laine, diversement ouvragée & façonnée, qui se fait par les hauts-lisseurs de la sayeterie d’Amiens. (D. J.)

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Phonétique du mot « yeux »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
yeux

Citations contenant le mot « yeux »

  • Passez au mode sombre, adapté à vos yeux la nuit. L-FRII, Une influenceuse perd la vue après s'être fait tatouer les yeux en noir - L-FRII
  • Car l’œil fonctionne comme un appareil photo dont la pellicule serait la rétine. Située au fond de l’œil, elle capte les images et transmet les informations recueillies au cerveau. Pour que cette image soit nette, comme dans un appareil photo, une mise au point est nécessaire. Ici, ce sont la cornée et le cristallin qui interviennent. Si cette mise au point se déroule sans problème, la vision est nette. Le fait d’avoir ponctuellement besoin de plisser les yeux pour « faire le point » ne doit pas inquiéter. SudOuest.fr, Pourquoi voit-on mieux quand on plisse les yeux ?
  • Depuis ce week-end, trois nouveaux cas ont été recensés dont un à Bayonne et un autre à l'hôpital Necker, à Paris. « La semaine dernière, un enfant d'environ cinq ans est arrivé chez nous, du gel hydroalcoolique lui avait giclé dans les yeux, heureusement un traitement médical a suffi à le soigner, raconte la professeure Dominique Brémond-Gignac, cheffe du service ophtalmologie. A cet âge, les kératites qui sont des inflammations de la cornée, passent assez inaperçues, souvent l'enfant ne se plaint pas, il peut donc y avoir beaucoup plus de cas que ce qu'on observe ». « On est justement en train de les recenser », glisse le président de la société française d'ophtalmologie. leparisien.fr, Distributeurs de gel hydroalcoolique : attention danger pour les yeux des enfants - Le Parisien
  • Tous les yeux de la planète, c'est très exagéré. Plus personne ne s'intéresse au tennis actuellement. Sport24, Coronavirus: Tous les yeux de la planète tennis sont braqués sur Palerme - WTA - Tennis
  • Il est 18 heures lorsque les avocates constatent que la dropbox stockant leurs fichiers fait des siennes. « Là, devant nos yeux, tous les dossiers se sont cryptés. » Les extensions, quelles qu'elles soient, se transforment alors en .locky, et un message informe que pour récupérer tout ce matériel désormais bloqué, il va falloir payer une rançon. De quel montant ? « On ne l'a jamais su, explique Me Dickstein. D'emblée, notre informaticien nous a dit de ne pas payer, que ça serait pire. » leparisien.fr, Cyberattaque Locky en 2016 : «Les dossiers se sont cryptés sous nos yeux» - Le Parisien
  • Lorsqu’il parle de ses préparations, ses yeux étincellent de mille feux. Les étoiles qu’il méritera un jour sont déjà en lui quand il évoque la Sauce vierge aux agrumes et L’émulsion au basilic qui accompagnent les coquilles Saint-Jacques ou la brunoise de concombre confit et la mousse au citron vert de son exceptionnel Baba au gin. lindependant.fr, Des étoiles plein les yeux et dans l’assiette aux Chalets - lindependant.fr

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Traductions du mot « yeux »

Langue Traduction
Anglais eyes
Espagnol ojos
Italien occhi
Allemand augen
Chinois 眼睛
Arabe عيون
Portugais olhos
Russe глаза
Japonais
Basque begiak
Corse ochji
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Synonymes de « yeux »

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