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Tienne

Définitions du mot « tienne »

Trésor de la Langue Française informatisé

TENIR, verbe

1reSection. Empl. trans. et intrans.
I. − Empl. trans. Disposer de quelqu'un, être en possession de quelque chose, être en état de garder cette chose.
A. − Avoir (entre les mains, à sa disposition).
1. Qqn (ou un animal, un organe de préhension) tient qqn (ou un animal)/qqc.Garder (dans un/des organe(s) de préhension) de manière à ne pas laisser s'échapper, en vue de prendre appui, etc. Anton. lâcher1.Il reste là, indifférent, voûté, tenant son verre qu'il porte de temps à autre à ses lèvres (Dabit, Hôtel Nord, 1929, p. 77).
SYNT. Tenir le(s) bras de qqn, son chapeau, la/les clef(s), un objet, un enfant, un livre, la/les main(s) de qqn (dans la/les sienne(s)); tenir qqn, qqc. dans ses bras, entre ses mains; tenir qqn par la main; tenir qqc. à la main, dans sa/ses mains(s), d'une main, à pleine(s) main(s).
Loc. Tenir qqc. à bout* de bras. Tenir (bien) en main(s)* qqc. ou qqn.
[Avec compl. désignant une partie du corps]
Fam. Je te tiens par la barbichette (paroles d'une chanson enfantine accompagnant un jeu traditionnel).
Empl. pronom. réfl. indir. et réciproque. Se tenir les côtes, les coudes, le ventre. Il se tenait la bouille à deux mains (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 466).V. estomac C 1 ex. de France.
Empl. abs. On s'est mis à deux pour la grande volée: un qui tient, un qui cogne. C'est plus vite fait que d'écrire à l'inspecteur de l'Assistance (Hamp, Champagne, 1909, p. 88).
Empl. pronom. réfl. Paulina, qui se tenait elle-même à la gorge avec tant de violence, se sentit dégagée un peu, et respira (Jouve, Paulina, 1925, p. 144).
Empl. pronom. réciproque. Avec l'exubérance de chiens qui se flairent, ils ont échangé des bourrades, se tenant par les épaules et s'appelant « président » (Mauriac, Journal 2, 1937, p. 184).
Se tenir de près. [En parlant de deux ou plusieurs concurrents, dans une épreuve sportive] Être très proches l'un de l'autre, les uns des autres (d'apr. Lar. Lang. fr.).
Tenir un enfant sur les fonts*. [Avec effacement du compl. de lieu] MmeDelelée ne demanderait pas mieux que de tenir [comme marraine] l'enfant d'un compagnon d'armes de son mari (MmeV. Hugo, Hugo, 1863, p. 15).
[Le compl. désigne un outil, un instrument, etc.] Avoir un outil, un instrument à la main pour s'en servir comme il convient. Tenir les rênes. Sa grosse distraction était, chaque fois que le train se garait pour en laisser passer un autre, d'aller retrouver en tête Bébert qui tenait les guides (Zola, Germinal, 1885, p. 1294).Tenir la plume*. Tenir le volant. V. volant2.
Au fig. Tenir les commandes (d'un pays, d'une entreprise). V. commande II C 2 ex. de Thibaudet.
SPORTS. [Basket] Ballon tenu. Ballon ,,nettement immobilisé par deux joueurs qui se le disputent`` (Petiot 1982); ballon tenu pendant plus de cinq secondes sans être joué par un joueur marqué par un adversaire (d'apr. Petiot 1982). [Volley] Le ballon doit être nettement frappé. S'il est accompagné, soulevé, poussé, porté, il sera considéré comme balle tenue (Féd. Franç. Volley-ball, Règles, 1951ds Petiot 1982).
Empl. pronom. à sens passif. Des ressorts de montre, de petites pendules, de vieilles lancettes, servent communément de lames à l'ouvrier. La pointe se tient à peu près comme une plume à écrire (Nosban, Manuel menuisier, t. 2, 1857, p. 153).
Proverbe, vx. Cet homme tient bien ce qu'il tient. ,,Il n'est pas aisé de lui faire quitter prise; ou bien: Il est avare`` (Ac. 1835).
P. métaph. ou au fig. Les savants et les techniciens étaient en train de fabriquer des bombes, des anti-bombes, des super-bombes, c'étaient eux qui tenaient l'avenir dans leurs mains. Un joyeux avenir! (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 229).
Empl. pronom. réciproque. Se tenir par la main; se tenir entre soi. Faire preuve de solidarité. « Il va falloir beaucoup l'entourer », répétait ta mère. « Heureusement que nous sommes une famille où l'on se tient les uns les autres. Il ne faut pas laisser seule cette petite » (Mauriac, Nœud vip., 1932, p. 121).
Loc. verb. fig.
[Le compl. d'obj. dir. désigne une pers.] Tenir qqn au cul et aux chausses. V. chausse.Tenir qqn au filet. V. filet1.Tenir qqn à quatre*. Tenir qqn dans sa manche. V. manche2I A.Tenir qqn de court. V. court1.Tenir qqn en lisière(s)*.
Se tenir de près. [En parlant de deux ou plusieurs concurrents, dans une compétition autre que sportive] Obtenir des résultats à peu près équivalents. Deux candidats qui se tiennent de près, difficiles à départager (GDEL).
[Le compl. d'obj. dir. désigne un animal] Tenir un cheval par la bride*. Tenir le loup* par les oreilles.
[Le compl. d'obj. dir. désigne un inanimé] Tenir le bon bout*. Tenir les cartes. V. carte II A 1 c.Tenir le chandelier, la chandelle*. Tenir la corde*. Tenir les cordons de la bourse. V. bourse1.Tenir le crachoir*. Tenir le(s) dé(s)*. Tenir à qqn l'épée* dans les/aux reins. Tenir l'épée* à la gorge de qqn. Tenir l'étrier* à qqn. Tenir ferme qqc. V. ferme1II A.Tenir les fils (d'une affaire). V. fil.Tenir la haute main sur/dans qqc. V. haut1.Tenir la main* à (un cheval). Tenir la rampe*. Tenir la queue de la poêle. V. poêle3A 2 a.
2. À l'impér. [Fait fonction d'interj. pour exprimer les types d'action d'un locuteur par rapport à une situation donnée]
a) [Sous les formes tiens ou tenez]
[Le locuteur interpelle qqn à qui il présente qqc.] Vous ne voulez pas sortir avec nous? Tenez, voici un livre que j'ai reçu, je pense qu'il vous intéressera (Proust, Sodome, 1922, p. 1045).
[Le locuteur active une situation] Bougrelas, le frappant: Tiens, lâche, gueux, sacripant (...)! Père Ubu, ripostant: Tiens! polognard, soûlard, bâtard (...)! (Jarry, Ubu, 1895, v, 2, p. 89).
[Le locuteur entre en contact] Ça va bien, dit-il, jetant trente sous sur le comptoir. Tenez, donnez-moi un paquet de cigarettes anglaises (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 314).
[Le locuteur justifie par un exemple ou par une preuve] Patience, Vial, bientôt je viendrai ici au printemps... et à l'automne... et aussi pendant les mois qui servent à bourrer les intervalles entre deux saisons... février, tiens, ou bien la deuxième quinzaine de novembre (Colette, Naiss. jour, 1928, p. 40).
[Le locuteur défend une opinion] Honoré! voyons, Honoré...Et crois-tu que c'est frais? un museau rigoleur... Tiens, pendant qu'on était à causer, je lui ai vu la jambe jusqu'au mollet! Ah! Jésus Fils! Comme c'était! (Aymé, Jument, 1933, p. 193).
b) [Uniquement sous la forme tiens]
[Le locuteur exprime sa désapprobation franche, sa rancune] Le prince hindou de l'autre bout de la salle fit un grand geste hautain pour appeler l'infirmier.Tiens, dit celui-ci au gardien-chef, tu vas voir ce salaud-là! Il a encore recommencé, j'en suis sûr. Oh mais cette fois... (Druon, Gdes fam., t. 2, 1948, p. 250).
[Le locuteur exprime sa surprise dans le discours dir. et dans le discours latent] Je pousse un gémissement; alors il s'arrête, soulève son lorgnon et, par-dessus son journal:Tiens! Qu'est-ce que tu fais là? Je me crispe (...) et, dans une espèce de sanglot que je voudrais irrésistible:Je souffre, dis-je (Gide, Si le grain, 1924, p. 426).
[L'empl. de la forme tiens répétée ou suivie de donc signifie que le locuteur retient sa surprise, insinue, ironise] (...) Voilà le train qui part, vous prendrez le suivant. Le suivant!... Le suivant!...Tiens donc! Vous croyez peut-être comme ça q'la compagnie est à vot' disposition? Fallait pas arriver en retard; tant pis pour vous (Courteline, Train 8 h. 47, 1888, p. 194).Tiens, tiens, tiens... Est-ce qu'il finirait par s'assagir et comprendre que son bonheur est auprès de sa femme? (Bourdet, Sexe faible, 1931, iii, p. 460).
3. Qqn tient qqn
a) [Avec ou sans compl. de temps] Immobiliser quelqu'un plus ou moins complètement, le faire rester près de soi plus ou moins longtemps. Synon. retenir.Le roi faisait souvent inviter à dîner M. Leuwen et après dîner le tenait une demi-heure ou trois quarts d'heure dans l'embrasure d'une fenêtre(Stendhal, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 273).Avec son patronage, ses enfants de Marie et le reste, le curé les tient une heure chaque dimanche (Bernanos, Soleil Satan, 1926, p. 69).
Région. (Belgique). Garder. Il ne sait pas tenir un ouvrier (Baet.1971, p. 422).
Tenir la jambe* à qqn.
b) Avoir quelqu'un en son pouvoir, se rendre maître de la liberté de quelqu'un, disposer des moyens propres à limiter son indépendance. Tenir sa classe. Depuis deux ans vous êtes possédée du diable. Il ne vous tient pas toujours; mais, quand il vous tient, il vous tient bien (Curel, Nouv. idole, 1899, ii, 1, p. 191).Demain, j'aurai une journée fatigante; les enfants sont durs à tenir le lundi (Frapié, Maternelle, 1904, p. 68).
Empl. abs. Je voudrais tenir et punir,et il faut rester sur sa chaise, attendre cinq heures puis attendre sept heures (Valéry, Corresp.[avec Gide], 1898, p. 316).
SPORTS. Restreindre la liberté de mouvements d'un adversaire par un contact personnel. [Un boxeur] qui tient son adversaire d'un bras n'a pas le droit de frapper avec l'autre (Nilsson, 1931ds Petiot 1982).
Au fig. Faire jeu égal avec un adversaire, être capable de le battre. Depuis que je m'entraîne avec lui, je me suis rendu compte que je le tenais à l'entraînement (L'Équipe, 3 août 1970ds Petiot 1982).
4. Qqn tient qqc. (ou un animal)
a) Avoir en sa possession, à son usage. Synon. détenir, posséder.Tenir la grande forme:
1. [La Terreur] est prétentieuse et déçue (...). Elle a ces défauts-là, et bien d'autres. Mais elle tient une vertu, qui passe de loin ses défauts: dans un domaine, trop souvent livré à la manie comme à la complaisance, elle refuse profondément le hasard, l'ombre, la confusion. Paulhan, Fleurs Tarbes, 1941, p. 59.
Proverbes. Mieux vaut tenir que courir. ,,La possession d'un avantage modique vaut mieux que la poursuite d'un bien plus considérable`` (Ac. 1935). Déjà la Terre Promise me fatiguait et je me sentais de ceux qui ont pour plus agréable de courir que de tenir (Arnoux, Juif Errant, 1931, p. 19).Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras. ,,La possession d'un bien présent, quelque modique qu'il soit, vaut mieux que l'espérance d'un plus grand bien à venir, qui est incertain`` (Ac. 1835). Il prépare obstinément ses fils à l'imiter, en vue de la retraite, aussi certaine que misérable, au moyen de laquelle lui et eux termineront leur carrière. Un bon tiens vaut mieux que deux tu l'auras (Gobineau, Pléiades, 1874, p. 88).
Absol. Comment posséderait-il [le Turc] légitimement une terre qu'il ne sait pas cultiver? La violence tient, elle ne possède jamais (J. de Maistre, Corresp., 1807, p. 285).
Région. (Belgique). Collectionner. Tenir les timbres (Dopp. Région. 1978).
Faire tenir qqc. à qqn.Faire en sorte qu'une chose lui soit remise, communiquée. Le chanoine lut la dénonciation avec la comtesse, et il fut convenu que, dans la journée, il lui en ferait tenir une copie par une personne sûre (Stendhal, Chartreuse, 1839, p. 85):
2. Lettre du général de Gaulle à Sir Alexander Cadogan, Sous-secrétaire d'État permanent au Foreign Office. Londres, le 21 janvier 1941. Mon cher sous-secrétaire d'État, Vous avez bien voulu me faire tenir un mémorandum exprimant le point de vue du Gouvernement britannique au sujet de la situation en Indochine. De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p. 338.
Loc. Tenir le mot de l'énigme, le sens d'un passage, la solution d'un problème. En avoir saisi le sens, en détenir la solution (d'apr. Littré). Tenir la banque. V. banque1.Tenir (un bien) à bail/à loyer. En tenir une couche* (de bêtise). Tenir le (bon) filon*. Tenir une (bonne) muffée*.
b) [Le compl. désigne une activité, un emploi, une fonction] En assumer la responsabilité d'une manière suivie, remplir les obligations qui s'y attachent. Synon. exercer, occuper, remplir, jouer (un rôle).Tenir une maison, un rôle, une session. Mais pour tenir cet office, encore faut-il qu'il existe [le groupe professionnel] et qu'il ait même pris assez de consistance et de maturité pour être à la hauteur du rôle nouveau et complexe qui lui incomberait (Durkheim, Divis. trav., 1902, p. xxxvi).Tenir compagnie* (à qqn). Tenir le beau rôle*.
JEUX. Tenir jeu à une personne. ,,Jouer contre elle autant et aussi longtemps qu'elle le désire``(Lar. 19e-20e).
Assurer la gestion de quelque chose; élever des animaux. Tenir une librairie, une pension. Rappelez-vous que le gâteur d'arbres contre lequel un garde me serait utile est mon fermier lui-même, qui laisse ses métayers tenir des chèvres, les mener dehors et permet d'ébrancher autrement qu'il n'est convenu (Sand, Corresp., t. 5, 1864, p. 43).Ma mère et mon frère cadet tenaient la boulangerie et s'y tuaient de fatigue pour assurer mon entretien au grand séminaire (Billy, Introïbo, 1939, p. 91).
Loc. Tenir boutique*. Tenir école*. Tenir galère*. Tenir garnison*. Tenir maison*. Tenir manufacture*.
Proposer habituellement à la vente. La maison A. Popinot tient également des huiles de la droguerie, comme néroli (...), huile de café, de ricin et autres (Balzac, C. Birotteau, 1837, p. 182).
P. métaph. M. Ohnet est au premier rang de ceux qui tiennent cet article-là [des « histoires » qui donnent l'impression que « c'est de la littérature »]; il est incomparable dans sa partie; il sait ce qui plaît au client, il le lui sert, il le lui garantit (Lemaitre, Contemp., 1885, p. 355).
Jouer de certains instruments de musique (harmonium, orgue), d'un ensemble précis d'instruments (batterie), en assumer la responsabilité en tant que titulaire dans un orchestre, une église. Son père (...) répétait:Oui ou non, peux-tu tenir l'harmonium?Je ne sais pas, je n'ai jamais essayé, répondit Lucienne (...). MmeHaudouin vint au secours de sa fille.Ce n'est pas du jour au lendemain qu'elle peut se mettre à l'harmonium. Il faut une certaine habitude (Aymé, Jument, 1933, p. 124).
Loc. Tenir sa partie*.
[Équivaut, dans les loc. ci-après, à un enregistrement d'informations par écrit] Tenir un carnet, une comptabilité, un compte, le(s) compte(s) de qqc.; tenir un journal. Tenir compte d'une somme à qqn. ,,Lui passer cette somme en compte`` (Ac. 1798, 1835). Le débiteur doit tenir compte au créancier des dépenses utiles et nécessaires que celui-ci a faites pour la conservation du gage (Code civil, 1804, art. 2080, p. 373).Tenir registre*.
Au passif. Il sera tenu un état exact, en forme de procès-verbal, de tout ce qui se fera et se remarquera dans les expériences (Voy. La Pérouse, t. 1, 1797, p. 204).
Loc. fig. Je vous tiendrai compte de cela. ,,Je chercherai les occasions de reconnaître les obligations que je vous ai`` (Ac. 1798-1935). (Ne) tenir (aucun) compte* de qqn, de qqc.; ne tenir ni compte ni mesure; sans tenir compte de; compte* (non) tenu de. Tenir une assemblée (ou un terme équivalent). La réunir en séance pour la présider, y participer en tant que membre. Une tente fut dressée pour tenir les conférences (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 213).
Loc. Tenir conseil*. Tenir cour plénière (v. cour2).Tenir les plaids. V. plaid1A 1 b et B 2.Tenir sa/ses séance(s)*.
[Sur le plan de l'information et de la communication] Tenir un/des discours, un langage*. Je me tins avec lui le raisonnement que les diacres avaient pu se tenir avec moi: « Il faut être accueillant... » (Billy, Introïbo, 1939, p. 74).
Empl. pronom. à sens passif. Il entendait en lui-même les propos qui se tenaient sur la place du village: « Elle a volé dans un couvent » (Jouve, Paulina, 1925, p. 257).
En tenir. ,,Se dit d'un homme à qui il arrive quelque chose de fâcheux, de désagréable, d'embarrassant, de honteux`` (Ac. 1835). Il a perdu son procès, il en tient (Ac. 1835).Fam. Il a bu plus que de raison, il en tient (Ac. 1835). ,,Il est ivre`` (Ac. 1835).
Fam., pop. En tenir une couche*.
Arg. Tenir des cornes. ,,Être trompé par sa femme`` (Rigaud, Dict. jargon paris., 1878, p. 323).
En tenir pour. Être épris de, avoir de l'inclination pour. Les gens d'ici sont trop bêtes, les jeunes ferment le bec, les vieux font semblant de ne rien voir. Ils en tiennent pour les boniments de l'instituteur (Bernanos, M. Ouine, 1943, p. 1412).
c) [Sur un plan moral] Exécuter ce à quoi on s'est engagé, accepter de mettre en jeu une certaine somme, relever un défi. Synon. observer, remplir, respecter.Tenir les délais; tenir (sa) parole. Je mets trois mille francs, dit Romero. Les tenez-vous? Parbleu! dit Villalba.Huit, dit Romero.J'ai perdu, dit Villalba; doublons la mise (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 294).Lui aussi avait vécu comme un enfant, il avait tenu la gageure avec elle, soutenu ce défi jusqu'à ce (...) [qu'] il se fût enfoncé dans la mort (Bernanos, Joie, 1929, p. 680).V. gageure A ex. de France.
Empl. abs. Promettez pour demain: ne tenez que dans la quinzaine (Boylesve, Leçon d'amour, 1902, p. 178):
3. Fernand tira un louis de sa poche. − Je tiens, dit-il, pour que chacun de ces messieurs fasse usage de ses pistolets. − Et moi pour l'inverse, dit le baron. Fernand jeta le louis en l'air. − Face, dit le baron. Le louis retomba et montra son revers écussonné. Fernand avait gagné. Ponson du Terr., Rocambole, t. 3, 1859, p. 402.
Proverbe. Promettre* et tenir sont deux.
Empl. pronom.
Empl. pronom. réciproque indir. Je pense aux années qui passent... À ce qu'on s'était promis, et à ce qu'on s'est tenu (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 284).
Empl. pronom. à sens passif. Sous l'influence d'une idéalisation de la femme, il [le choix sexuel] en fait « la promesse qui ne se peut tenir » (Claudel) et dont l'épuisement désaxera l'existence (Mounier, Traité caract., 1946, p. 153).
Loc. Tenir des engagements. V. engagement B 2 b ex. de Gide.Tenir le/son pari*. Tenir sa/ses promesse(s)*.
d) Tenir (une indisposition). (En) être victime. Synon. avoir1.Qu'est-ce que je tiens comme mal au crâne (Sartre, Mains sales, 1948, 5etabl., 1, p. 180).
P. ext. Supporter, résister à (une difficulté, une épreuve). Tenir le choc, le coup. Frédie, par de minuscules coups d'ongle sur la table, vient de m'annoncer que j'ai battu le record, que j'ai tenu plus de huit minutes la pistolétade. Huit minutes, Folcoche! Et je continue (H. Bazin, Vipère, 1948, p. 81).
Loc. Tenir sa langue*. Tenir tête*.
Tenir une boisson alcoolisée. (Pouvoir) en boire abondamment sans sombrer dans l'ivresse. Habitués dans leur pays à boire le vin de palme et l'eau-de-vie de mil, ils [les Sérères] tenaient merveilleusement l'alcool (Tharaud, Randonnée Samba Diouf, 1922, p. 168).
5. Qqn tient qqc. de qqn/de qqc.Avoir reçu de quelqu'un/de quelque chose un bien, une qualité, un caractère par le biais de l'hérédité ou non; en avoir reçu une information. D'après ces principes d'inégalité naturelle, et d'après leur culte qui leur montrait le soleil dominant sur toute la nature, supérieur aux autres astres qui tiennent tout de lui, ces sauvages nommaient leur chef général grand soleil (Baudry des Loz., Voy. Louisiane, 1802, p. 32).Ma mère tenait de l'abbé Moinier, son confesseur, que c'est un gros péché que de désespérer (A. France, Pt Pierre, 1918, p. 201).
Loc. Tenir une chose de race, de naissance. L'avoir reçue de ses ancêtres en naissant. Ils sont tous braves dans cette maison-là. Ils tiennent (cela) de race (Ac.1798-1935).
Empl. pronom. réfl., rare. J'ai toujours mieux aimé m'accuser que l'univers; non par bonhomie: pour ne me tenir que de moi (Sartre, Mots, 1964, p. 195).
HIST. Tenir une terre à foi et hommage de quelqu'un. ,,Posséder une terre qui relève de quelqu'un`` (Ac. 1835). Les rois d'Angleterre ont tenu autrefois la Normandie et la Guienne à foi et hommage de la France (Ac. 1835).Absol. Tenir de quelqu'un à cause de quelque terre. (Ds Ac. 1835). Tel prince tenait de l'Empire (Ds Ac. 1835).
6. Qqc. tient qqc./qqn (ou un animal)
[Le compl. désigne un objet, une réalité phys.] Mettre dans l'impossibilité de se déplacer, de tomber. Synon. fixer.Je leur relève la jupe, je couds en dedans... Je leur plante une épingle dans la tête pour tenir le bonnet... Et c'est fait, on les vend treize sous. Elle expliquait ses poupées à Mes-Bottes (Zola, Assommoir,1877, p. 454).
Empl. pronom. réciproque. Adhérer l'un à l'autre. La princesse aurait les doigts de pied qui se tiennent (Audiberti, Mal court, 1947, ii, p. 162).
[Le compl. désigne un liquide] Ne pas laisser s'échapper. Synon. garder.Ce vase tient bien l'eau (DG).
− Dans le domaine abstr.Dans ses mille alvéoles, l'espace tient du temps comprimé (Bachelard, Poét. espace, 1957, p. 27).
Empl. pronom. réciproque. Être en étroit rapport. La substitution de la terrasse ou de la coupole surbaissée au toit et l'emploi exclusif de la terre sont deux faits caractéristiques qui se tiennent (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum., 1921, p. 151).
B. − Avoir et faire en sorte de ne pas perdre ou que ne se perde pas, que reste dans une position, dans un état donné(s) une personne, une chose.
1. Qqn (ou un animal) tient qqn (ou un animal)/qqc. + adj./part./adv./ syntagme prép.Immobiliser quelqu'un/quelque chose dans l'espace, le maintenir plus ou moins longtemps dans une certaine situation, une certaine position, dans un certain état physique ou moral. Synon. conserver, garder.La grande affaire était de resserrer les Vendéens sur la place, et de les tenir là jusqu'à l'arrivée de Kléber (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 254).V. légumier II B ex. de Escoffier et lexicographe ex. de Valéry.
SYNT. Tenir qqn au courant, à l'écart (v. écart1), éloigné, enfermé, éveillé; tenir qqn en haleine, de près*; être tenu informé; tenir un animal/une personne en laisse (v. laisse1) ; tenir qqc. prêt, serré; tenir les yeux baissés, fermés, fixés sur; tenir qqc. à jour, en équilibre*, en réserve*, en suspens*; tenir qqn/qqc. embrassé, à distance*, en échec (v. échec2); personne, animal, habitation bien/mal tenu(e).
[Avec ell. du compl. d'obj.]
Tenir en réserve. Alors il crut voir (...) quels « écrits fabriqués » ses ennemis tenaient en réserve (Guéhenno, Jean-Jacques, 1952, p. 322).
Tenir en échec. Les XIXeet 1rearmées allemandes (...) seraient en mesure de tenir longtemps en échec les Français et les Américains sur les contreforts des Alpes (De Gaulle, Mém. guerre, 1959, p. 24).
[Avec ell. du compl. d'obj.] Comme elle est grosse déjà! reprit la Pierronne, en faisant des risettes à Estelle.Ah! le mal que ça donne, ne m'en parle pas! dit la Maheude. Tu es heureuse de n'en pas avoir. Au moins, tu peux tenir propre (Zola, Germinal, 1885, p. 1218).
[Avec ell. de l'attribut] La mienne [ma femme] c'est pas qu'elle est jolie... Mais elle est propre. L'gosse il est tenu, vieux, on croirait un gosse d'exposition (Benjamin, Gaspard, 1915, p. 14).
MUS. Tenir un son, une note. Lui donner toute la durée qu'il/elle doit avoir dans une mesure. Tous ceux qui travaillent l'orgue savent (...) que cet instrument tenant le son, mais ne pouvant l'attaquer, l'observance des valeurs doit être rigoureuse (Dupré, Improv. orgue, 1925, p. 6).
[Plus partic. sur le plan du comportement] Faire sienne une attitude que l'on décide de ne pas abandonner. Tenir une conduite. Tenir une contenance. V. contenance2ex. de Balzac, Splend. et mis., 1844, p. 113.Loc. Tenir la pose (v. pose1). Tenir rancune*. Tenir rigueur*. Tenir son sérieux*.
Empl. pronom. réciproque. Le filleul et le parrain se tenaient étroitement embrassés (About, Roi mont., 1857, p. 199).
Empl. pronom. La danseuse est en station d'équilibre sur une seule jambe, alors que l'autre est élevée et pliée en arrière à la hauteur des reins, le buste reste bien droit, les bras aux contours arrondis se tiennent élevés (Bourgat, Techn. danse, 1959, p. 87).
MAR. Se tenir au vent d'un navire ou d'un point quelconque. ,,Gouverner et manœuvrer de manière à se maintenir dans la position du vent, relativement à ce navire ou à ce point`` (Bonn.-Paris 1859).
Loc. [Le compl. d'obj. dir. désigne une pers.] Tenir qqn en chambre. Tenir qqn en garde. V. garde1.Tenir qqn en joue*. Tenir qqn à l'œil*. [Le compl. d'obj. dir. désigne un animal] Tenir un animal à l'attache*. Tenir un cheval en bride*. Tenir le gibier en arrêt*. [Le compl. d'obj. dir. désigne indifféremment une pers. ou un inanimé] Tenir qqn/qqc. en (grande, etc.) estime. Tenir qqn/qqc. en éveil*. Tenir qqn/qqc. en mépris. Tenir qqn/qqc. en respect. Tenir qqn/qqc. sur le tapis. [Le compl. d'obj. dir. désigne un inanimé] Tenir la balance* égale. Tenir la bride* haute/les guides hautes à qqn (v. haut1I A 6); tenir en bride qqc. Tenir chaud/tenir les pieds chauds à qqn. Tenir qqc. au chaud. Tenir qqc. en état*. Tenir la dragée haute. V. dragée A 2.Des livres bien tenus. V. livre1.Tenir la main* haute à (un cheval, une pers.). Tenir maison* ouverte. Tenir un navire à/en vue*. Tenir pied (à qqn). Tenir pied à boule*. Tenir qqc. debout*. Tenir qqc. (très) secret. V. secret1B 2.Tenir table ouverte. V. ouvert II A 2 a δ.
2. Qqc. tient qqn/qqc. + adj./part./adv./syntagme prép.Faire demeurer quelqu'un/quelque chose dans un certain état. Synon. garder, maintenir.Vêtement qui tient chaud. En attendant que ma dissertation résolve enfin le problème géographique qui tient tout l'Europe savante en suspens, je veux vous raconter une petite histoire (Mérimée, Carmen, 1845, p. 3).Il l'avait vu de loin tomber, taché de rouge, dans une de ces poses qui tiennent les badauds à distance (Cocteau, Enfants, 1929, p. 23).
Loc. verb. Qqc. tient qqn debout*.
3. MAR. Qqn/qqc. tient la cape. V. cape3.Qqn/qqc. se tient (comme) en panne. V. panne3.Qqn/qqc. (se) tient en travers. Quelqu'un/quelque chose navigue en présentant le côté à la lame et au vent (d'apr. Jal1). Le navire tient la panne courante. V. panne3I A.
4. Qqc. tient qqn.[Le suj. désigne une activité manuelle ou intellectuelle, un état pathol., affectif ou intellectuel] Occuper quelqu'un totalement et de manière continue pendant un certain temps; l'affecter; occuper totalement ses facultés, sa pensée. Synon. absorber, accaparer, prendre.Quand ça tient un homme si longtemps, après des années, il est fichu. Lorsque Silvine entra, elle ne fut pas surprise de trouver Goliath (Zola, Débâcle, 1892, p. 525).Foulques (...) était peu enclin au soupçon, nullement porté à s'échauffer le sang; mais, lorsqu'une démangeaison le tenait, il avait la stabilité d'un roc de Bretagne (Boylesve, Leçon d'amour, 1902, p. 219).
Vieilli. [Suivi de de + inf.] Empêcher, retenir. Je ne sais ce qui me tient de vous faire harceler par les deux maîtres dogues qui couchent dans ce pailler (Nodier, Fée Miettes, 1831, p. 187).
II. − Empl. trans. Qqn/qqc. tient qqn/qqc. (pour) + adj./subst. attribut du compl. d'obj.Établir une relation entre une personne et une personne, une qualité, une chose, entre une chose et une qualité, une personne, une chose. Synon. considérer, regarder comme.J'écoute peu les déclamations contre la jeunesse d'à présent, et tiens fort suspectes les plaintes qu'en font certaines gens (Courier, Pamphlets pol., Pétition pour vill., 1822, p. 143).V. immérité A ex. de Clemenceau et prêt2A 1 a ex. de Barrès.
Vieilli. Tenir qqc. à + subst.Je tiens ce mariage à singulier bonheur (Augier, Diane, 1852, p. 103).
Se le tenir pour dit. V. le2rem. 2.
Empl. pronom. réfl. Synon. de s'estimer.Se tenir pour battu. Les gens du commerce qui se tiennent tous pour des petits et grands astucieux de profession s'avèrent le plus souvent dans la pratique comme d'insurpassables gaffeurs (Céline, Voyage, 1932, p. 217).
Empl. pronom. réciproque. Le Papon et Chandelier ne se parlaient que dans les circonstances officielles, se tenant mutuellement pour un « paysan » et pour un « larbin » (Montherl., Célibataires, 1934, p. 910).
Loc. Tenir à gloire*/à honneur*, etc. de + inf. Tenir qqn quitte*. Se tenir quitte. V. quitte B ex. de France.
III. − Être attaché à.
A. − [Au plan phys. ou au plan moral]
1. Empl. intrans.
a) Qqc./qqn tient (à/dans/sur qqc.)
Être fixé à. La môme, je croyais qu'elle allait se détacher en morceaux. Les membres lui tenaient plus au corps (...). Elle devait barboter depuis huit jours entre les écluses, comme un sous-marin (Dabit, Hôtel Nord, 1929, p. 93).
Ne pas tenir en place*.
[Sans syntagme prép.] On tâche d'apitoyer Francis Y. sur les souffrances du Christ en croix et d'exciter son indignation contre les vilains hommes qui l'y ont cloué. Il regarde le crucifix accroché au mur, et: « Fallait bien qu'on le cloue, pour qu'il tienne » (Gide, Journal, 1904, p. 141).
Proverbe. Cela tient comme la/une teigne*.
Fam. [Le suj. désigne un aliment] Tenir à l'estomac, au corps. Être consistant. Les frites, c'est bon, me dit mon compagnon. Mais les petits poissons, ça tient mieux au corps (Duhamel, Confess. min., 1920, p. 143).
Loc. Ne tenir ni à clou* ni à fer. Son épée* ne tient pas au fourreau. L'argent ne lui tient pas dans les mains. V. main 1reSection I D 1 b α.
Au fig. Tenir au cœur* (de qqn). Ne tenir qu'à un cheveu*/qu'à un fil*/qu'à un souffle*. (Ne) tenir (qu')à la lame* d'un couteau.
b) Qqc. tient (+ syntagme prép. de lieu).Résister à une cause de destruction. Synon. se maintenir.Tenir bon. Point d'arbres, cependant (...). Aucune racine d'arbre n'eût tenu contre le vent, l'île n'était fleurie que par ses goémons, fermement collés à la pierre (Quéffelec, Recteur, 1944, p. 160).
c) Qqc. tient
α) [Choses concr.] Demeurer dans son état initial, présenter une aptitude à la cohésion. Synon. durer, se maintenir.Elle faisait tenir ses frisons noirs avec de l'eau sucrée (Ramuz, Gde peur mont., 1926, p. 139).Ne pas s'effacer. Les peintures sur plâtre tiennent beaucoup mieux à l'intérieur qu'à l'extérieur (Coffignier, Coul. et peint., 1924, p. 599).Ne pas varier. Il faut tout finir aujourd'hui [des semailles], crièrent-ils [les contremaîtres]. Le temps est trop dur. Il ne tiendra pas (Giono, Que ma joie demeure, 1935, p. 287).
β) [Choses abstr.]
Être maintenu sans changement, être toujours en usage, en vigueur; avoir lieu. Synon. durer, subsister.Ça tient toujours notre visite à Le Merquier (A. Daudet, Nabab, 1877, p. 139).Oui, oui, de la belle ouvrage, murmura Lorilleux (...). Ça se bâcle en cinq minutes [un mariage] et ça tient toute la vie (Zola, Assommoir, 1877, p. 437).
Supporter la comparaison, la critique, l'examen. [Chauffeur:] À l'arrivée, coupure. Em' dit qu'elle a plus d'oseille (...) Ça tenait pas, sapée comme elle était, crèchant boulevard Murat (Simonin, J. Bazin, Voilà taxi!1935, p. 142).Excuse, raisonnement qui (ne) tient (pas) debout*.
γ) [Choses concr. ou abstr.] Il n'y a pas de... qui tienne. Il n'y a point de ridicule qui tienne contre un devoir d'amitié (Farrère, Homme qui assass., 1907, p. 266).
d) Qqn (ou un animal) tient (+ syntagme prép.)
α) Se maintenir, le plus souvent en faisant effort, dans une position donnée. Ce revolver t'a fait tellement peur que tu ne tiens plus sur tes jambes! (Pagnol, Fanny, 1932, ii, 7, p. 152).
Tenir amont*.
Ne pas/ne plus tenir debout*. Ne plus (pouvoir se) tenir sur ses jambes. V. jambe A 1 b.P. métaph. Cette fois, le budget tient sur ses jambes, et je crois que nous n'avons rien oublié (A. Daudet, Pt Chose, 1868, p. 187).
Au fig., dans le domaine relig.Il ne tient plus à la terre. C'est un homme ,,détaché des choses du monde``(Ac. 1835).
β) Ne pas céder à une action armée, à une exigence, opposer une vive résistance. Il a fallu tenir dix jours sur ce morne chantier, se faire hacher par bataillons pour ajouter un bout de champ à notre victoire (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 214).
MAR. Tenir bon. ,,Expression employée pour ordonner d'arrêter ce qui se fait. Par exemple quand on vire sur une chaîne d'ancre, on dira: Tiens bon! pour faire cesser de virer`` (Gruss 1952). Tiens bon hisser. ,,Ne hisse plus`` (Merrien 1958).
γ) CHASSE. [Le suj. désigne un gibier] Demeurer sur place et, éventuellement, faire front contre les chiens. Les arrêts commandés par le chef des traqueurs, doivent être également fréquents; les lapins tiennent longtemps au gîte et il faut donner aux batteurs le temps de les déloger (Vidron, Chasse, 1945, p. 48).
δ) Supporter une situation difficile, ne pas céder à un mouvement d'irritation, etc. En sachant répartir nos fonds, nous pouvons tenir quelques jours encore (Miomandre, Écrit sur eau, 1908, p. 252).V. bon1ex. 60.
Fam. C'est à n'y pas/plus tenir. C'est difficilement supportable. Il recommença dans l'eau sa pantomime désordonnée. C'était véritablement à n'y plus tenir. Jamais, je crois, MlleMarguerite n'avait été à pareille fête (Feuillet, Rom. j. homme pauvre, 1858, p. 203).
ε) Tenir pour qqn/qqc. Être du parti de quelqu'un, être partisan de quelque chose. Un ébéniste, qui tenait encore pour le capitaine en fonctions, ne résista pas à un cancan agréablement dessiné (Reybaud, J. Paturot, 1842, p. 164).Jaurès tient pour la méthode douce et conciliante, pourvu qu'on trouve moyen de l'accorder, tant bien que mal, avec les principes et qu'elle ait pour elle quelques autorités respectables (Sorel, Réflex. violence, 1908, p. 106).
2. Empl. trans. indir. Qqc. tient à qqn/à qqc.
a) Être attenant à. Chaque façade cachait un « jardin-de-derrière » profond, tenant aux autres jardins-de-derrière par des murs mitoyens (Colette, Sido, 1929, p. 20).
b) Présenter quelque rapport avec. J'ai vu un jeune homme de vingt et un ans (...) qui est au courant de tous nos écrits français (...) de tout ce qui tient au droit, aux philosophies (Taine, Voy. Ital., t. 1, 1866, p. 73).
B. − [Au plan moral] Empl. trans. indir. Qqn tient à qqn/qqc.
1. Posséder des liens de parenté, d'intérêt, des liens affectifs avec une personne, un groupe de personnes, une chose. Malgré tous ces titres, Bois-Doré n'est pas de la haute noblesse du pays, et nous ne lui tenons que par alliance (Sand, Beaux MM. Bois-Doré, t. 1, 1857, p. 11):
4. On peut imaginer combien cette « sortie » de Mllede Guermantes sur Tolstoï, si elle indignait les Courvoisier, émerveillait les Germantes, et, par delà, tout ce qui leur tenait non seulement de près, mais de loin. Proust, Guermantes 2, 1921, p. 447.
2. Témoigner de l'intérêt à quelqu'un, attacher du prix à quelque chose. Synon. affectionner, aimer, chérir.Tenir beaucoup à une chose; tenir à l'argent. Kolb alla voir David et s'amouracha de la grosse Marion en découvrant chez elle toutes les qualités qu'un homme de sa classe demande à une femme: cette santé vigoureuse (...), cette probité religieuse à laquelle tiennent les Alsaciens (Balzac, Illus. perdues, 1843, p. 555).Si la nuit je m'agitais, tu te levais et m'aidais à boire. « Elle tient à moi, me disais-je, qui l'aurait cru...? À cause de ce que je gagne peut-être? » (Mauriac, Nœud vip., 1932, p. 145).
Loc. Tenir à une chose comme à la prunelle des/de ses yeux. V. œil III A et prunelle B 1 a ex. de De Gaulle.
3. Qqn tient à ce que + subj./à + inf.Regarder comme très important de faire une chose, comme très souhaitable qu'une chose se produise. Synon. désirer, souhaiter, vouloir.Tenir à dire une chose. Quant à moi, je ne tiens pas le moins du monde à garder une place dans leurs rangs, n'ayant pas la moindre considération pour le génie ordinaire politique (Chateaubr., Mém., t. 3, 1848, p. 216).Loin de ramener au type moyen de la race, le mariage d'amour tient à exagérer les divergences (Maurois, Sil. Bramble, 1918, p. 130).
Rare. Tenir de + inf./que + subj.Chez nous, on se marie pour faire l'amour, vous savez? Alors, si vous ne tenez pas beaucoup de le faire avec moi, c'est mieux de ne pas m'épouser, Jimmy! (Bourdet, Sexe faible, 1931, iii, p. 426).Je me suis servie de toi. Je t'ai fait jouer un rôle. Mais j'ai tenu que la réalité vienne, au plus vite, alimenter la comédie, l'alimenter, la démentir (Audiberti, Mal court, 1947, iii, p. 181).
IV. − Empl. trans. et intrans. Trouver place dans un contenant, recevoir un contenu.
A. − Empl. trans.
1. Qqn tient qqc.Occuper un certain espace, suivre une direction en s'y maintenant. Tenir sa droite. Le boulevard s'emplit: c'étaient les ouvriers de banlieue, la masse des quartiers denses de l'est et du nord de la ville; ils tenaient la chaussée d'un bord à l'autre bord, le fleuve finalement s'était mis à couler (Nizan, Conspir., 1938, p. 42).
Tenir la chambre, le lit. Ne pas les quitter. Il tient la chambre parce qu'il est un peu incommodé (Ac.1835).
− Dans le domaine milit.Occuper un lieu en faisant usage de ses armes, si besoin est, pour le défendre. Ce même jour, la 75edivision qui tenait les Hauts-de-Meuse dans la région d'Hattonchatel, fut violemment canonnée (Joffre, Mém., t. 2, 1931, p. 432).V. compte II C 4 b ex. de Foch.
Tenir la campagne*.
P. métaph. Plus d'une fois je l'ai entendu citer comme un excellent ministre. Il faut croire alors que la position n'est pas difficile à tenir et qu'on y suffit avec peu d'étoffe (Reybaud, J. Paturot, 1842, p. 374).
AÉRON., MAR. Tenir un/son cap. C. cap2ex. 3.
MAR. Tenir le vent, tenir le plus près. ,,Gouverner et manœuvrer de manière à se maintenir aussi près que possible du lit du vent`` (Gruss 1978).
Loc. Tenir le haut/le bas bout*. Tenir chapelle*. Tenir un/le chemin* (de). Tenir son coin (v. coin2). Bien tenir sa place à table*.
2. Qqc. tient qqc./qqn.Occuper un certain espace, avoir une certaine capacité. Synon. contenir.Tenir une grande, une large place, la première place, le premier rang (dans le domaine abstr.). Ces embarcations tiennent six hommes, reprit-il. Ils s'y jetèrent et emportèrent Laure avec eux (Vigny, Serv. et grand. milit., 1835, p. 55).Le trafic embarrassé se résumait dans un encombrement qui tenait le centre de la place et s'en allait cornant vers la rue Royale (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 260).
Tenir la route*.
[Dans l'ordre temporel] Remplir une certaine durée, occuper telle partie de la chronologie. Pour l'architecte [des temples grecs], il s'agissait d'un problème vital: ne pas couler à pic, tenir les siècles comme la mer, arriver coûte que coûte, démâté, dévoilé, environné d'épaves (...) mais avec, intacte, la cargaison (Cocteau, Crit. indir., 1932, p. 250).
Au fig. La science tient fermement son territoire. Mais elle ne tient que cela. Dans la zone inoccupée, ou provisoirement inoccupée, la liberté subsiste de chercher « autre chose » (David, Cybern., 1965, p. 21).
[Dans des loc. où le verbe est trans. et où le suj. est indifféremment un animé ou un inanimé] Tenir l'affiche. [Des personnes] qu'on déclare agréables, amusantes, et qui dans le monde ne tiendraient pas l'affiche deux soirs (Proust, J. filles en fleurs, 1918, p. 771).Tenir le haut du pavé*. Tenir lieu de (v. lieu1). Tenir le (juste) milieu*. Tenir sa place*. Tenir la tête*. Tenir la vedette*.
MAR. Tenir le large. ,,Naviguer sans se rapprocher de la côte`` (Bonn.-Paris 1859). Tenir la mer*.
Rem. L'examen de plusieurs types de cont., et notamment de plusieurs loc., fait ressortir nettement que tenir, d'une part, s'oppose en tant que résultatif à prendre (qui exprime une action momentanée et sert qqf. aussi d'inchoatif à avoir: prendre/tenir le large, prendre/tenir la plume, la fièvre les prend/les tient, etc.), d'autre part fonctionne souvent comme équivalent de avoir et de garder: avoir/tenir le (bon) filon*, le (beau) rôle*, avoir/garder/tenir la forme*.
B. − Empl. intrans.
1. Qqc./qqn tient (+ syntagme prép. locatif ou temp.).Trouver place, être contenu dans. Colmar tient tout entière en Martin Schongauer (Faure, Hist. art, 1914, p. 506).Noël ne rendait pas les coups; accroupi, il essayait de tenir tout entier dans sa chemise, comme si cette toile mince eût été une protection efficace (Aymé, Jument, 1933, p. 298).V. corps ex. 16.
[Avec effacement du compl.] La baronne de Bonmont offrit aux Gromance de les reconduire chez eux dans sa voiture (...)Montez! nous tiendrons bien tous les trois (A. France, Bergeret, 1901, p. 144).
Empl. impers. Laissez-moi seul, allez; j'y veux sentir aussi [au jardin des Olives] Ce qu'il tient de douleur dans une heure infinie: Homme de désespoir, mon culte est l'agonie (Lamart., Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 137).
Proverbe, pop., vx. Je n'en ai non plus qu'il en pourrait tenir dans l'œil/dans mon œil. ,,Je n'en ai point du tout`` (Littré).
2. Qqc. (d'abstr.) tient + syntagme prép. locatif ou temporel.Être compris dans certaines limites. Synon. consister (dans), se résumer, être constitué par.Il est très vrai, et il est très faux de dire que l'information tient tout entière dans la production de faits exacts (Salleron, Comment informer, 1965, p. 13).
V. − Empl. trans. indir. Se trouver dans un état de dépendance par rapport à une personne, à un animal, à une chose.
A. − Être dans un état de dépendance par causation; être le résultat de quelque chose.
1. Qqc. (d'abstr.) tient à qqc. (d'abstr.) /à qqn.Synon. découler, émaner, provenir.Une chose tient à une/des cause(s), au fait que, à la nature d'une personne ou d'une chose; une différence tient à une chose. Notre théâtre purement verbal et qui ignore tout ce qui fait le théâtre, c'est-à-dire ce (...) qui se mesure et se cerne d'air (...), pourrait, eu égard à ce qui ne se mesure pas et qui tient au pouvoir de suggestion de l'esprit, demander au théâtre balinais une leçon de spiritualité (Artaud, Théâtre et son double, 1938, p. 68).
[Le compl. est une sub.] Nous cherchons à comprendre, à capter le plaisir: il nous échappe. La difficulté (...) tient principalement à ce qu'en voulant saisir, il ne nous reste en main que l'objet nu, sans l'impression qui l'accompagnait (G. Bataille, Exp. int., 1943, p. 215).V. immérité A ex. de Proust.
2. Empl. impers.
a) Il tient à... (que + subj.).Il dépend de... (que). À quoi a-t-il tenu que je n'aie pas sombré, comme lui? Sans doute, à ma volonté. Mais aussi aux hasards de la vie (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1482).Si tu as faim, pour autant qu'il tient à moi, tu continueras à avoir faim, cela te dressera (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 371).
b) Il ne tient qu'à... que + subj./de + inf.Télégramme du général de Gaulle à Roger Garreau (...) à Moscou. Londres, 10 avril 1942. Nous avons pris toutes mesures utiles pour l'envoi du groupe d'aviation. Il ne tient plus qu'au Haut-Commandement soviétique de donner maintenant son accord (De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p. 666).Moyennant un appui sans défaut, il ne tenait qu'à eux que leurs usines parfaitement équipées et leurs chercheurs (...) leur fissent cadeau d'un monopole mondial pour toutes ces fabrications (P. Rousseau, Hist. techn. et invent., 1967, p. 322).
c) S'il ne tenait qu'à moi/à toi/à lui, etc. Comme j'exprimais mes regrets de voir Olivier avec Passavant, j'ai compris que, s'il n'eût tenu qu'à elle, le voyage en Corse n'aurait pas eu lieu (Gide, Faux-monn., 1925, p. 1154).
d) Qu'à cela ne tienne. Que telle chose ne constitue pas un empêchement. Domaine de la rue, collectif par destination, dira-t-on. Qu'à cela ne tienne! Franchissons le mur de la vie privée, de la vie la plus privée, celui du cabinet de toilette (Huyghe, Dialog. avec visible, 1955, p. 42).
B. − Être dans un état de dépendance par analogie de nature.
1. Qqn tient de qqn (ou d'un animal)/de qqc.Avoir quelque chose en commun avec. Synon. rappeler, ressembler à.Si William devait tenir de ce pieux Henry James senior, Henry junior aurait sans doute étonné le brave homme par son attachement à la (...) superficielle humanité des salons (Blanche, Modèles, 1928, p. 144).V. léonin1ex. 1.
Avoir de qui tenir. V. avoir1ex. 52.
Vx, dans le domaine jur. Être dans un état de dépendance par suite d'un engagement. Lorsque le cheptel est donné au fermier d'autrui, il doit être notifié au propriétaire de qui ce fermier tient; sans quoi il peut le saisir et le faire vendre pour ce que son fermier lui doit (Code civil, 1804, art. 1813, p. 328).
2. Qqc. (ou un animal) tient de qqc. (ou d'un animal) (et de qqc. (ou d'un animal)).Participer de la nature de. Synon. procéder, relever de, ressortir à.Le lutteur (...) croisait les bras dans une attitude qui tenait ensemble d'une pose napoléonienne et de la bravoure du jeune taureau prêt à foncer sur le premier obstacle (Guevremont, Survenant, 1945, p. 222).V. libelle B ex. de Bremond, conserver ex. 17.
Loc. Cela tient du miracle*. Cela tient du prodige*.
2eSection. Empl. pronom. (n'ayant pas d'empl. trans. corresp.).
I. − Rester sans changement.
A. − Qqn (ou un animal) se tient à qqc.Prendre appui sur quelque chose pour garder sa position. Synon. s'accrocher, s'agripper, se cramponner.Cette fois, annonça Conan, rien à faire. Faut descendre dans le fossé! Il se laissa glisser le premier, en se tenant aux racines (Vercel, Cap. Conan, 1934, p. 203).V. ferme1ex. de Châteaubriant.
[Avec effacement du compl.] Il se précipita vers l'aval au grand trot, poussa son cheval en travers du courant, repêcha l'homme à bout de bras, lui donna un de ses étriers pour se tenir (Mille, Barnavaux, 1908, p. 174).
P. métaph. Mais elle (...), qui se tenait à mille petites choses par mille petits liens matériels et vivaces, comment, sans la briser, sans la tuer, rompre d'un seul coup toutes ces attaches?... Cela n'était pas possible! (Châteaubriant, Lourdines, 1911, p. 129).
B. − Qqn/qqc. (d'abstr.) se/s'en tient à qqc. (d'abstr.).Persévérer dans, ne pas aller au delà d'une certaine limite. Synon. se contenter de.Il faut s'en tenir à causer avec les personnes à côté de qui le hasard ou votre adresse vous a placé (Jouy, Hermite, t. 4, 1813, p. 319).Ces brèves indications [à la fin de chaque chapitre] s'en tiennent autant que possible aux meilleurs ouvrages français (Béguin, Âme romant., 1939, p. V).
S'en tenir là. S'en tenir à une situation donnée. V. ex. de Duhamel.
− Dans le domaine des jeux (cartes, pions).S'y tenir. ,,Ne rien envisager d'autre que le coup qu'on a joué; se trouver satisfait des cartes qu'on a dans la main, ne pas vouloir les échanger`` (Lar. 19e). Madame d'Ermel: (Elle est assise en face de Jacobus; la table les sépare; ils rangent les pions sur le damier et commencent à jouer...) C'est joué? (...) Vous vous y tenez? Jacobus: Attendez donc... (Il médite). Oui, je m'y tiens (Feuillet, Scènes et prov., 1851, p. 257).
Savoir à quoi s'en tenir. V. savoir1I A.
C. − Qqn se tient.Dominer ses impulsions, rester maître de soi. Synon. se contrôler, se dominer.Ce qui excite le plus F., c'est qu'elle [sa « femme du monde »] a de très beaux dessous. Quand hier, en arrivant au pantalon, il a senti qu'il y avait des dentelles, alors, il n'a plus pu se tenir; il est devenu lyrique tout à fait (Gide, Journal, 1902, p. 122).Se (re)tenir à quatre. V. quatre 1reSection I A 1.
Ne pouvoir se tenir de + inf.; ne pas se tenir de + subst.Ne pas pouvoir s'empêcher de, être incapable de retenir la manifestation d'un sentiment. Si les femmes ne peuvent pas se tenir de pleurer, est-ce que les hommes sont maîtres de cet instinct qui les pousse vers la chasse (...)? (Genevoix, Raboliot, 1925, p. 26).V. croisement ex. 3.
II. − Être localisé.
A. − Qqn (ou un animal) se tient + syntagme prép. locatif ou adv. locatif.Se trouver dans tel lieu, en tel endroit, dans telle partie de l'espace par rapport à un repère fixe ou mobile. Synon. être1.MmeGuillaume se tenait le plus souvent près de la fenêtre, un livre en mains (Arland, Ordre, 1929, p. 180).Quant à savoir où se tenaient les Américains, nous nous avisions un peu tard peut-être que rien ne permettait de le déterminer très exactement (Ambrière, Gdes vac., 1946, p. 368).
P. métaph. ou au fig. Ferdinand Haudouin s'arrangeait toujours pour militer d'accord avec sa conscience; il trouvait que le rôle d'un homme sage et éclairé, tel que lui, était de se tenir dans l'actualité (Aymé, Jument, 1933, p. 30).
Proverbes. Quand on est bien, il faut s'y tenir. ,,Il ne faut pas changer légèrement, pour peu qu'on se trouve bien dans son état`` (Ac. 1835). Quand on est bien, on ne s'y peut tenir. ,,Le seul désir du changement fait qu'on s'ennuie de tout`` (Ac. 1835).
B. − Qqc. se tient + syntagme prép. locatif ou temporel.Se trouver, avoir lieu, être réuni. Synon. siéger.Dans le palais à colonnades (...) se tient le Comité de Concentration: il est composé des ministres (...), des représentants des banquiers et des hauts fonctionnaires et de tout ce qui est établi sur terre (Jouve, Scène capit., 1935, p. 67).
III. − Être, rester d'une certaine manière.
A. − Qqn (ou un animal) se tient + adj./part./adv./syntagme prép.Maintenir son corps, son esprit dans une position, un état, des dispositions donnés. Célestin s'était levé, il se tenait un peu courbé, la main au niveau du cœur (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 63).
[Avec effacement de l'adj., du part., de l'adv. ou du syntagme prép.] Lasies pendant le discours de Buisson: « Je reste là parce qu'il dit souvent des bêtises. Je suis, dit Lasies, comme le gars d'écurie qui se tient pour ramasser le crottin. » Lasies est debout au pied de la tribune (Barrès, Cahiers, t. 5, 1907, p. 182).
SYNT. Se tenir assis, caché, coi, debout, droit, immobile, peinard*, penché, prêt, tranquille; se tenir à carreau*, au courant de qqc., sur la défensive, en équilibre, en forme, en garde contre qqn/qqc., sur ses gardes (v. garde1I A 1 b); se tenir sur ses jambes; se tenir là; se tenir à sa place*; se tenir très près* de qqc.; se tenir sur la réserve.
B. − Qqn se tient + adv. appréciatif bien/mal.Adopter une attitude corporelle correcte ou non; adopter un comportement conforme ou non à ce qui est prescrit par les convenances dans un lieu, dans des circonstances données. Synon. se conduire.Mon Dieu, pitié, cachez-moi, je me tiens trop mal! (Rimbaud, Saison enfer, 1873, p. 222).V. droitement ex. 1.
Bien se tenir à table*.
[Avec effacement de l'adv.] Anton. se laisser aller (v. laisser I B 1).Je me le rappelle [un officier] au Concours Hippique l'année où il a eu la coupe... Il se tenait alors... à cause de sa carrière... C'est depuis son malheur qu'il s'est laissé aller (Mauriac, Mal Aimés, 1945, i, 3, p. 170).
Familier
[Pour exprimer une menace ou une invitation à prendre garde] N'avoir (plus) qu'à/tâcher de bien se tenir. Les tués [à la guerre] pour elle c'était rien que des accidents, comme aux courses, y n'ont qu'à bien se tenir, on ne tombait pas (Céline, Voyage, 1932, p. 120).
[Pour préparer qqn à recevoir une nouvelle étonnante] Tenez-vous bien, tiens-toi bien. (Ds Lar. Lang. fr., GDEL, Rob. 1985).
C. − Qqc. se tient
1. [Le suj. désigne un obj. concr., au plan phys., p. anal. avec A et B ci-dessus] Un titre doit se bien tenir; toutefois, cette condition nécessaire de stabilité n'exclut ni la légèreté ni l'élégance (É. Leclerc, Nouv. manuel typogr., 1897, p. 261).Le blanc d'antimoine broyé livré à la consommation contient (...) de l'oxyde de zinc (...). Cette adjonction est faite ici dans le but d'obtenir une pâte se tenant mieux (Coffignier, Coul. et peint., 1924, p. 557).
2. [Le suj. désigne un produit de l'esprit, une production ou un ensemble de productions artistique(s)] Présenter dans sa totalité une cohérence, une similitude, une harmonie existant aussi entre chacun de ses éléments et entre chaque élément et la totalité. Du jeune homme qui vient de faire son « chef-d'œuvre » de maîtrise, au maître en pleine possession de son expérience, aucune divergence de vues ni de sentiments. La belle unité d'une pensée qui se tient (L. Febvre, J. Sion, A. Demangeon, [1941] ds Combats, 1953, p. 378).
Fam. Ça se tient. C'est plausible, logique.
PEINT. Une toile qui se tient = bien équilibrée quant aux volumes, aux lignes et à la coloration (Hugues, Expr. atelier, s.d.).
Empl. pronom. réciproque. Si elles [les trois espèces de cuisine] diffèrent par le but, elles se tiennent par l'application du feu, par l'usage des fourneaux et par l'emploi des mêmes vases (Brillat-Sav., Physiol. goût, 1825, p. 256).
REM. 1.
Tenant-fief, subst. masc.,hapax. [Corresp. à supra 1reSection I A 4] Celui qui possède la jouissance d'un fief. L'arrière-ban fut convoqué; bien peu de chevaliers, d'écuyers et de tenant-fief comparurent pour obéir au mandement du roi (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 202).
2.
Tenuto, adv.[Corresp. à supra 1reSection I B 1] En tenant le son pendant la valeur prescrite. Synon. sostenuto.Les deux mesures sont répétées tenuto (Prod'homme, Symph. Beethoven, 1921, p. 302).
3.
Tiens-toi bien, subst. masc.,hapax., pop. [Corresp. à supra 2eSection III B] Boisson alcoolisée permettant de se tenir bien droit. Un gros caporal essaye vainement de fléchir MlleLucie (...).Deux petits verres seulement, mamzelle, on boira vite. N'importe quoi pourvu que ça soit du solide, du tiens-toi bien.Fichez-moi la paix, on ne vend que du vin ici (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 111).
Prononc. et Orth.: [təni:ʀ], (il) tient [tjε ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Conjug.: ind. prés. je tiens, tu tiens, il tient, nous tenons, vous tenez, ils tiennent; imp. je tenais, nous tenions; passé simple je tins, nous tînmes; fut. je tiendrai, nous tiendrons; passé comp. j'ai tenu, nous avons tenu; p.-q.-parf. j'avais tenu, nous avions tenu; passé ant. j'eus tenu, nous eûmes tenu; fut ant. j'aurai tenu, nous aurons tenu; cond. prés. je tiendrais, nous tiendrions; cond. passé 1reforme j'aurais tenu, nous aurions tenu; cond. passé 2eforme j'eusse tenu, nous eussions tenu; subj. prés. que je tienne, que nous tenions; subj. imp. que je tinsse, que nous tinssions; subj. passé que j'aie tenu, que nous ayons tenu; subj. p.-q.-parf. que j'eusse tenu, que nous eussions tenu; part. prés. tenant; part. passé tenu, -ue. Étymol. et Hist. A. « Avoir (à sa disposition, proche de soi...) » 1. a) 2emoit. Xes. en parlant de personnes « garder chez soi » (St Léger, éd. J. Linskill, 28: cio fud lonx tiemps ob se lo.s ting); b) ca 1050 à propos d'un objet (Alexis, éd. Chr. Storey, 348: En sum puing tint le cartre le Deu serf); c) ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 2557: en dous chaienes si teneit un brohun); 2. a) ca 1100 impér., accompagnant le geste de donner (ibid., 654); b) ca 1170 domaine moral (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 1048: Tenez ma foi, jel vos fianz que...); c) 1200 tenés « prenez la main que je vous tends » (Jean Bodel, Jeu St Nicolas, éd. A. Henry, 639); d) 1200 tien interj. (Id., ibid., 831); 3. ca 1125-50 en parlant de biens « posséder » (Grand mal fit Adam, I, 54 ds T.-L.: Li avoir dunt li vint? Uns altre le tint Ainz que il fust nez), en a. et m. fr. surtout avec la mention du mode juridique de possession, v. F 1; 4. ca 1185 expr. proverbiale (Hue de Rotelande, Ipomedon, éd. A. J. Holden, 1092: Meuz vaut un tien qe deus avraz); 5. 1624 faire tenir qqc. à qqn « envoyer » (L. Guez de Balzac, Lettres, éd. H. Bibas et K. T. Butler, t. 1, p. 14). B. « Occuper une charge, une fonction; dominer, régner sur... » 1. a) 2emoit. Xes. (St Léger, 93: Meu' evesquet neˑ m lez tener); b) 1160-74 (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 1980: maistre Bernard [...] en maint lieu ont tenu escole); c) 1174-76 (Guernes de Pont-Sainte-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 4803: se nul ad tenu seculars poestez); d) ca 1190 tenir la marreglerie « occuper l'emploi de sacristain » (Renart, éd. M. Roques, XI, 12619); e) 1260 (Étienne Boileau, Métiers, éd. G. B. Depping, p. 76: Quiconques voudra tenir ledit mestier comme mestre...); f) ca 1340 (Livre des métiers de Bruges, éd. J. Gessler, p. 38: Natalie, la belle dame, tient boine estuve); g) 1372 tenir l'office de (D. Foulechat, Policraticus, éd. Ch. Brucker, p. 81); h) 1573 tenir un rang (R. Garnier, Hippolyte, Epître dédicatoire, éd. W. Foerster, t. 2, p. 1); 2. ca 1100 « être à la tête de, régner sur » (Roland, 470: Carles, ki France tient). C. « Avoir et faire en sorte de ne pas perdre, de conserver (dans un certain état), empêcher (quelque chose ou quelqu'un de faire quelque chose); continuer; retenir » 1. a) ca 1050 « garder (tel quel) » (Alexis, 596: Desur[e] terre nel pourent mais tenir [le corps de Saint Alexis]); b) 1155 tenir en servage (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 156); c) ca 1185 tenir en pes (un pays) (Hue de Rotelande, op. cit., 52); 2. a) ca 1100 « poursuivre, continuer (quelque chose) » (Roland, 2446: tenet l'enchalz; 2857: Segnurs, le pas tenez); b) ca 1150 tenir son chemin a « se diriger vers... » (Wace, St Nicolas, éd. E. Ronsjö, 123); c) ca 1220 (Gautier de Coinci, Mir., éd. V.-F. Koenig, I Mir 21, 1: Tenez sillence, bele gens!); d) xiiies. vénerie tenir la trace (Isopet de Lyon, 48, 18, éd. J. Bastin, t. 2, p. 166); e) fin xiiies. tenir sa tençon « ne pas cesser sa querelle » (Jakemes, Chastelain de Couci, éd. M. Delbouille, 4811); 3. a) ca 1100 « retenir (quelqu'un, pour l'empêcher de tomber) » (Roland, 2893: Par les mains le [Charles] tienent .IIII. de ses barons); b) ca 1165 « retenir (une partie de vêtement, pour l'empêcher de glisser) » (Guillaume d'Angleterre, éd. A.-J. Holden, 2520); 4. a) ca 1140 suj. inanimé (Geffrei Gaimar, Estoire des Engleis, éd. A. Bell, 4210: un mal le prist et tant le tint Qu'il finit et sin fud mort); b) fin xiies. (Béroul, Tristan, 70b ds T.-L.: la flor [farine] la forme des pas tient); c) fin xiies. (Brut de Munich, 2476, ibid.: Trois ans et sis mois est tenüe Pluie qui n'est de ciel chaüe); d) ca 1200 (Continuation de Perceval, I, 1996, éd. Roach et Ivy, t. 2, p. 61: le soëf tans [...] Qui si nez et si cler se tint); e) ca 1200 (Moralités sur Job, 336, 26 ds T.-L.: paürs moi tinuet [pavor tenuit me]); f) 1563 (en parlant de vêtements) tenir la chaleur (B. Palissy, Recepte, éd. K. Cameron, p. 179); g) 1580 (Id., Discours admirable, éd. A. France, p. 256: la peinture n'eust pas tenu sur le verre); 5. a) ca 1170 (Chrétien de Troyes, Erec, 1440: de plorer ne se sont tenu); b) 1176-81 (Id., Chevalier Lion, 2704: À grant poinne tenoit ses lermes); 6. 1remoit. xives. (Recettes méd., 7 ds T.-L.: tenir sa vïende; 28: ne pueent tenir leur orine); 7. a) ca 1393 (Ménagier de Paris, éd. G. E. Brereton et J. M. Ferrier, p. 192: tenir au salouer; p. 224: mettez en un mot au feu pour tenir chault); b) ca 1393 (ibid., p. 100: aucune autre femme qui [...] pense [...] de leur tenir nectement [les enfants]; p. 148: en leur tresgrant jennesse l'en les doit tenir tresnectement [les éperviers]); c) 1746 jardin bien tenu (La Morlière, Angola, p. 164); 8. fin xives. mus. tenir « chanter (la partie du dessus) » (E. Deschamps, Art de dictier, éd. G. Raynaud, t. 7, p. 270); 9. 1667 se tenir bien à propos de l'attitude, du maintien (Molière, Le Sicilien, XII); 10. 1867 tenir l'affiche (Hugo, Corresp., p. 22). D. « Avoir en esprit, penser, considérer, croire; considérer comme, reconnaître pour; estimer que » 1. a) ca 1050 avec prép. + adj. attribut (Alexis, 266: tenir pur briçun); b) ca 1050 + subst. « reconnaître pour » (ibid., 66: tenir ad espus); 2. a) ca 1135 tenir chier (qqn) « aimer et respecter » (Couronnement Louis, 1944 ds T.-L.); b) ca 1170 soi tenir chier (Marie de France, Lais, éd. J. Rychner, Laustic, 15); 3. a) 1155 loc. tenir en enur (qqn) « respecter » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 645); b) 1155 tenir (qqn) a petit « faire peu de cas » (Id., ibid., 8617); 4. a) 1349 (Guillaume de Machaut, Roy Navarre, éd. E. Hoepffner, 664: tenez ce point pour seür que...); b) 1349 (Id., Remede Fortune, 2450: lequel tu tiens Estre milleur de ces deus biens); c) 1349 (Id., Dit Alerion, 1647: aucun tiennent le contraire); d) 1361 tenir si grand compte de (Id., Fontaine amoureuse, 2101); 5. a) 1421-30 suj. inanimé tenir lieu « être considéré comme » (Clement de Fauquembergue, Journal, éd. Tuetey, t. 2, p. 195: ladicte somme du dit remboursement tenra lieu audit maistre Laurens en deduction d'icelle amende); b) 1583 (R. Garnier, Les Juives, Epître dédicatoire, éd. R. Lebègue, p. 10: asseuré que l'affection de l'Autheur tiendra lieu de recommandation de son oeuvre); 6. a) 1489-91 tenir (qqc.) de qqn « savoir quelque chose par quelqu'un, avoir appris quelque chose par quelqu'un » (Philippe de Commynes, Mém., éd. J. Calmette, t. 1, p. 251); b) 1872 tenir le mot de l'énigme (Littré). E. « Rester fermement attaché à (domaine moral: idée, sentiment, décision...), respecter, observer » 1. a) ca 1100 (Roland, 222: la lei que nus tenum); b) ca 1100 (ibid., 229: Laissun les fols. As sages nus tenuns; 569: Lessez la folie, tenez vos al saveir); c) 1130-40 (Wace, Ste Marguerite, éd. E. A. Francis, 169: Bien li tenrai ceste promesse); 2. 1130-40 sei tenir (à qqn) « être du parti de quelqu'un » (Id., ibid., 168); 3. a) ca 1165 « se contenter de, se limiter à » (Guillaume d'Angleterre, 2195); b) 1290 se tenir a pol « se contenter de peu » (Jean Priorat, Ordre de chevalerie, éd. U. Robert, 9060); 4. 1174-77 savoir a coi soi tenir (Renart, IIIa, 4471); 5. a) 1216 (Guillaume Le Clerc, Fergus, éd. W. Frescoln, 748: Dans Kes, qui ne se pot tenir, li dist...); b) 1435 « persister à faire quelque chose + notion de durée » (Mir. ds Mir. N. D., éd. U. Robert et G. Paris, t. 1, p. 331); 6. 1remoit. xvies. (Mellin de Sainct Gellais, Œuvres, éd. P. Blanchemain, t. 1, p. 65: je tiens et parie que...); 7. 1580 (Montaigne, Essais, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, t. 1, p. 90: je ne tiens plus si fort aux commoditez de la vie); 8. 1670 tenir à + inf. (Racine, Britannicus, I, 2). F. « Avoir un lien, être en relation (dépendance, obligation, proximité, ressemblance, analogie) » 1. cont. de la féodalité, rapport de vassal à seigneur a) ca 1100 (Roland, 190: de mei tendrat ses marches; 697: De vos tendrat Espaigne le regnet); b) ca 1130 (Gormont et Isembart, éd. A. Bayot, 375: Jeo tenc de vus quite mun fiev); c) ca 1200 (1ère Continuation de Perceval, 3662, éd. Roach, t. 1, p. 99: Li rois avoit a Carlion sa cort et semonse et banie [...] Si qu'a Pentecoste venissent Tot cil et celes qui tenissent De lui et li doivent homage); 2. a) ca 1140 en un tenant « à la suite » (Geffrei Gaimar, op. cit., 74); b) ca 1160 d'un tenant « id. » (Eneas, 6579); 3. a) ca 1160 impers. « il importe à quelqu'un, il est important pour quelqu'un de... » (ibid., 8913: Onkes ne li tint de mangier); b) ca 1280 (Adenet Le Roi, Cleomades, éd. A. Henry, 11978: ne tient fors k'a vous de l'aler); 4. a) ca 1170 d'une pers. « dépendre (de quelqu'un) » (Marie de France, Lais, Fresne, 362); b) ca 1280 être tenu a « être obligé (de faire quelque chose) » (Adenet Le Roi, op. cit., 14448); c) 1392 (Jean d'Arras, Melusine, éd. L. Stouff, p. 348: je suis tenus de faire à mon cousin honneur; p. 136: se la besoigne ne tenoit que a eux); 5. a) fin xiies. impers. « avoir en commun » (Sermons St Bernard, éd. K. Vollmöller, 111, 15: femme dist-il ke tient il a ti de mi?); b) ca 1280 tenu de char (à qqn) « apparenté à » (Gérard d'Amiens, Escanor, 10685 ds T.-L.); c) 1306 (Joinville, St Louis, éd. N. L. Corbett, 326: il me demanda si je tenroie riens de lignage a l'empereur Ferri d'Alemaingne); d) 1489-91 tenir (qqc.) de qqn « ressembler à quelqu'un (par un trait de caractère) » (Philippe de Commynes, Mém., éd. J. Calmette, t. 1, p. 5); 6. a) 1379 suj. inanimé (J. Labarte, Invent. du mobilier de Charles V, p. 79: un gros ruby [...] qui tient de couleur violette); b) 1400-03 (Christine de Pisan, Mutacion de Fortune, éd. A. Solente, 7246: choses[...] lesquelles sont appartenans A Philosophie et tenans); c) 1511 d'une pers. tenir de la lune « être bizarre (lunatique) » (Gringore, Jeu du Prince des Sotz, éd. Ch. d'Héricault et A. de Montaiglon, t. 1, p. 212); d) 1561 tenir (qqc.) de race (J. Grévin, Esbahis ds Théâtre, éd. L. Pinvert, p. 132); e) 1623 d'un ouvrage d'esprit tenant du grave et du relevé (J. Chapelain, Lettre ou Discours (...) portant sur le poëme d'Adonis, p. IV, 2); 7. a) 1508 tenants et aboutissants « confins, limites (de propriétés) », v. aboutissant; b) 1625 p. ext. sçavoir touts les tenants et aboutissants (Peiresc, Lettres, éd. Ph. Tamizey de Larroque, t. 6, p. 149); 8. 1684 (F. Bernier, Abr. de la philos. de Gassendi, p. 73: Car l'on peut concevoir un composé être immobile [...] en ce que ces principes [dont il est formé] se tenant joints, accrochez et embarassez entre eux, le tout se trouve dans une consistance...). G. « Être, se comporter (d'une certaine manière), avoir telle attitude, tel comportement » 1. a) ca 1100 (Roland, 2391: Desur sun braz teneit le chef enclin); b) ca 1100 (ibid., 647: Marsilies tint Guenelun par l'espalle); c) ca 1140 se tenir « rester dans une position stable » (Pélérinage de Charlemagne, éd. G. Favati, 388); d) 1160-74 sei tenir « se placer » (Wace, Rou, III, 4280: Lez un tertre se sunt tenu); e) 1176-81 tenir compagnie (Chrétien de Troyes, Chevalier Lion, 5728); 2. a) ca 1160 (Eneas, éd. J. J. Salverda de Grave, 8468: Plaint et sospir [...] pres del cuer tienent); b) 1268 (Claris et Laris, 19230 ds T.-L.: El chief li est un max tenuz, si n'a cure de compaignie); c) ca 1276 (Adam de La Halle, Jeu d'Adam, 375, ibid.: malade dou mal qui li tient au chervel); d) 1377 (Guillaume de Machaut, Loange des dames, éd. Chichmaref, XXXIV, 7: li souvenirs qui en mon cuer se tient); 3. ca 1170 mal tenir « nuire (à quelqu'un) » bien tenir « être secourable (à quelqu'un) » (Marie de France, Lais, Fresne, 367, Lanval, 20); 4. ca 1170 (Id., ibid., Fresne, 373: Les noces tindrent richement); 5. a) 1160-74 avec adj. (Wace, Rou, III, 5437: Mult se tint orgueillos e fier); b) 1176-81 tenir bien son leu « tenir bien sa place (dans un combat) » (Chrétien de Troyes, Chevalier Lion, 3718); c) ca 1220 (Gautier de Coinci, Mir., éd. V. F. Koenig, I Mir 36, 298: Tenons nous net, tenons nous sobre); d) ca 1250 (Joufroi de Poitiers, éd. P. B. Fay et J. L. Grisby, 477: se tindrent quoi et mu); 6. ca 1165 (Benoît de Ste-Maure, Troie, éd. L. Constans, 10382: Solonc l'usage qu'il teneit); 7. 1361 se tenir (à un endroit) « vivre » (Froissart, Paradis d'Amour, éd. F. Dembowski, p. 59: se tient, demeure, sejourne); 8. a) 1456 se tenir sur sa garde (A. de La Sale, Jehan de Saintré, éd. J. Misrahi et C. A. Knudson, p. 184); b) mil. xvies. se tenir sur ses gardes (Marguerite de Navarre, Lett., CIX ds Littré). H. « Faire que quelque chose ait lieu (à un endroit déterminé, à une date précise...) » 1. a) ca 1100 (Roland, 3761: Ore en tendrum conseil); b) ca 1100 (ibid., 53: Carles [...] À Saint Michel tendra mult halte feste); c) 1216 tenir cel siege (Guillaume Le Clerc, Fergus, éd. W. Frescoln, 4912); d) ca 1400 (Froissart, Chron., éd. G. T. Diller, p. 746: place ordonnee pour tenir marquiet le merquedi et le samedi); d'où p. ext. pronom. passif ca 1400 (Id., ibid., p. 464: li jours asignés que la feste se tenroit); 2. a) ca 1100 « avoir un entretien avec quelqu'un » (Roland, 2836: Ne pois a vos tenir long parlement); b) 1erquart xiies. tenir nule parole de « ne pas faire mention de » (Lancelot, éd. A. Micha, t. 8, p. 114); 3. fin xives. (Froissart, Chron., p. 666: le siège tenant [en incise]), cf. séance* tenante. I. « Résister (à quelqu'un), défendre (quelque chose contre quelqu'un), soutenir (un assaut contre quelqu'un), soutenir la comparaison avec (quelqu'un, quelque chose) » 1. a) ca 1100 tenir contre (qqn) « résister à » (Roland, 3183); b) ca 1100 (ibid., 3355: N'escut ne bronie ne pout sun colp tenir); c) ca 1100 (ibid., 1238: ceste bataille ben la puum tenir); 2. a) ca 1155 tenir place « résister » (Wace, Brut, 11918); b) 1160-74 sei tenir « id. » (Id., Rou, III, 858: Tenir ne s'osent ne defendre); c) 1174-76 « interdire (un accès à quelqu'un) » (Guernes de Pont-Sainte-Maxence, St Thomas, 5752: Ne li furent les portes ne nuls des uis tenuz); d) ca 1460 tenir bon (Myst. du siege d'Orléans, p. 721 ds Littré); e) 1548 tenir coup « résister » (Noël Du Fail, Propos rustiques, éd. Assézat, t. 1, p. 93); 3. a) ca 1165 sei tenir a au subj. « pouvoir soutenir la comparaison avec » (Benoît de Ste-Maure, op. cit., 2468: Un sors baucenz ert de Castele, Ne s'i tenist pas arondele); b) xiies. (Fragment d'un petit poème dévot ds Jahrbuch für romanische und Englische Literatur, t. 6, p. 366: Vers lui ne pued tenir nulle clartez, Tant par est belsz), seulement en a. et m. fr., v. soutenir; 4. a) 1174-76 « être du parti de quelqu'un » (Guernes de Pont-Sainte-Maxence, St Thomas, 848: tienge sei fermement, Od lui tendront par tut, si l'en funt serement); b) ca 1208 (Villehardouin, Constantinople, p. 172: et Henris ses freres, et li cuens [...] et cil qui a els se tenoient alerent a l'asaut); c) 1369 tenir l'opinion (de qqn) « soutenir le point de vue de » (Guillaume de Machaut, Prise d'Alexandrie, 2701); 5. a) 1200 tenir court « serrer de près, limiter la liberté de quelqu'un » (J. Bodel, Jeu St Nicolas, 1117); b) 1176-81 (Chrétien de Troyes, Chevalier Lion, 2606: prison ne tient [...] nuz amanz verais et leax): 6. a) 1610 tenant subst. « celui qui, dans un tournoi, entreprenait de tenir contre tout assaillant » (Deimier, Acad. de l'art poetique, p. 584: les tenans de ce combat); b) 1615 tenant ici empl. p. métaph. pour désigner l'amoureux dans le vocab. précieux (V. d'Audiguier, Hist. tragi-com. de nostre temps, Lysandre et Caliste, p. 16). J. « Occuper un certain espace, nécessiter un certain espace » 1. ca 1160 « contenir + mesure de capacité » (Enéas, 6741: un sestier tint [le vase]); 2. a) ca 1215 « trouver place (dans) » (Eles, 305 ds T.-L.: La tierce fenne qui tenir Doit en l'ele, c'est que...); b) 1306 tenir grant espace (Joinville, Vie de Saint Louis, 95); c) ca 1395 (Le Saint voyage de Jherusalem du Seigneur d'Anglure, éd. Bonnardot et Longnon, p. 22: une petite tournelette ou il ne peut tenir que deux personnes a une fois); 3. 1369 (Guillaume de Machaut, Prise d'Alexandrie, 2006: Alexandrie est une ville qui tient de tour plus de...). K. « Être (d'inanimés), se trouver, fixé, placé, à un endroit, pour soutenir...» 1. a) ca 1200 (Dialogue Gregoire, 73, 19 ds T.-L.: alsi com ele par racines tenist en terre); b) ca 1210 (Robert de Clary, Constantinople, 82, ibid.: chinq cens mansïons, qui toutes tenoient l'une a l'autre); 2. a) 1306 (Joinville, Vie St Louis, 304: Le roy commanda (...) que il copassent les cordes qui tenoient les ponts entre nous et les Sarrazins); b) 1460-83 (Jean de Roye, Chron. scandaleuse, éd. B. de Mandrot, p. 357: elle [le cordon de l'Ordre du Roi] tenoit par derriere [sur un col] a une espingle); c) 1636 tenant subst. hérald. (Monet). Du lat. pop. tenire (att. en 514, v. Hollyman, p. 56), class. tenere « avoir (avec soi), tenir dans une certaine position, se trouver (dans telle attitude); contenir, inclure; occuper (un espace, une position); avoir le contrôle sur; posséder; occuper (une charge, une fonction); continuer à, persister, observer (des règles, le silence...); retenir, empêcher; garder en mémoire, avoir dans l'esprit d'où comprendre, estimer que..., savoir » et au passif « être lié à, obligé de, dépendant de ». En a. fr. tenir a été empl. dans de nombreuses loc., avec une valeur de quasi-auxiliaire (v. J. Bédier, Lexique de Roland, Keller, T.-L.); le développement sém. de tenir est lié à celui des comp. abstenir, contenir, détenir, entretenir, maintenir, retenir, soutenir. Sur le sens de tenere et de tenir à l'époque féodale, impliquant une concession moyennant services, v. Hollyman, pp. 55-60. Fréq. abs. littér.: 46 708. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 54 348, b) 71 946; xxes.: a) 71 090, b) 70 966. Bbg. Arnould (G.). Tenir compte... In: Autour d'un dictionnaire: le Trésor de la langue française. [S., l.], Inalf, 1990, pp. 53-67. − Bogacki (K.). Les Prédicats locatifs stat. en français... Warszawa, 1977, pp. 21-22, 70. − Clédat (L.). Le Verbe tenir... R. Lang. rom. 1916-17, t. 59, pp. 5-15. - D.C.F.G. 1976, t. 2, p. 1221. − Dejay (D.). Les Rel. actancielles appréhendées à travers un corpus de verbes fr. Thèse Univ. Nancy II. 1986, p. 25, 51, 57, passim. − François (J.). Le Lex. verbal fr. et les dégroupements homon. Z. fr. Spr. Lit. 1980, t. 90, no1, pp. 20-23. − Hérique (E.). Ét. de l'interj. tiens... Thèse Univ. Nancy II. 1986, pp. 43-71. − Lanly (A.). Morphol. hist. des verbes fr. Paris, 1977, pp. 316-318. − Muller (Ch.). Les Verbes les plus fréquents du fr. Fr. Monde. 1974, no103, pp. 14-17. − Quem. DDL t. 6, 10, 18, 19, 27, 32. − Sur le verbe, sous la dir. de S. Rémi-Giraud, M. Le Guern. Lyon, 1986, pp. 133-136, passim.

TIEN, TIENNE, pron. poss. et adj.

I. − Le tien, la tienne, les tiens, les tiennes. [Groupe pronom. représentant le syntagme ton/ta/tes + subst.; t- désigne la pers. à qui s'adresse la pers. qui dit je (2epers. du sing.); le (les) ... -ien(s) et la (les) ... -ienne(s) rappellent le genre du subst. représenté; le nombre du syntagme pronom. peut être différent de celui du subst. qu'il représente]
A. − [Tien exprime une relation à la 2epers., p. oppos. à une autre pers.] Tu prends ma main dans les tiennes; ce n'est pas son problème, c'est le tien; nous avons nos soucis, comme tu as les tiens; le jardin de Paul/des voisins est mieux entretenu que le tien. Son caractère et le tien sont éminemment peu faits pour se comprendre (Miomandre, Écrit sur eau, 1908, p. 240).Voilà mon avis, toi, tu as le tien: on verra bien quel est le bon (Ramuz, A. Pache, 1911, p. 16).
Fam. À la tienne! [Formule par laquelle on répond à la pers. qui a porté un toast en disant à ta santé ou par laquelle on porte soi-même un toast] La vie n'est bonne qu'à la condition d'en jouir.« Encore un morceau?Je veux bien.Moi de même!À ta santé!À la tienne!Et fichons-nous du reste! » (Flaub., Bouvard, t. 1, 1880, p. 77).Le Normand, rouge comme une tomate, le regard en feu, emplissait les verres, trinquait en gueulant: « À la tienne! » Et le Prussien, sans prononcer un mot, entonnait coup sur coup des lampées de cognac (Maupass., Contes et nouv., t. 2, St-Antoine, 1883, p. 198).
À la tienne, Étienne. Et pensez qu'on n'oubliait pas de chopiner. La bouteille n'était pas loin, dans un coin d'ombre sur un degré du porche. Tope et trinque! À la tienne, Étienne! Jamais plus nous ne boirons si jeunes (Pourrat, Gaspard, 1922, p. 175).
B. − [Tien exprime l'appartenance, sans oppos. explicite à une autre pers.] Les commandes sont arrivées, tu peux aller retirer la tienne; mais ce livre, c'est le tien. Qu'est-ce que tu racontes là? s'écrie-t-il. Quel enfant?Le tien, dit-elle (Bernanos, MmeDargent, 1922, p. 11).Tu es un capitaine, dit-il. Ma maison est la tienne (Camus, Exil et Roy., 1957, p. 1670).
II. − Empl. nom.
A. − Masc. sing. Le tien. Ce que tu possèdes, ton bien. Aussi longtemps que la valeur, oscillant entre ses deux pôles, valeur d'utilité et valeur en échange, n'est point arrivée à sa constitution, le tien et le mien demeurent arbitrairement fixés; les conditions de fortune sont l'effet du hasard (Proudhon, Syst. contrad. écon., t. 1, 1846, p. 337).V. mien A 2 b ex. de Aragon.
Au fig. Y mettre du tien. Payer de ta personne. Gilles, mon petit, fais que je puisse t'aimer. Mets-y du tien (Montherl., Fils personne, 1943, III, 4, p. 331).Sabririo t'entendra le jour où tu voudras: tu peux bien y mettre du tien! Au lieu de somnoler sur ce lit, tu travaillerais ta voix que ça n'en serait pas plus mal, je t'assure (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 138).
B. − Masc. plur. Les tiens. Tes proches, tes parents. Ce sont là de grands dons: le sang, la maison et le feu, Pascal; ici, surtout où, avant toi, depuis que ce quartier porte sur ses coteaux le froment et l'olive, les tiens ont vécu, ont bâti et ont entretenu le feu domestique (Bosco, Mas Théot., 1945, p. 346).
Rare, au fém. Au revoir, vieux. Merci de ta dernière lettre. Amitiés les plus vives aux tiennes, et bon courage (Gide, Corresp.[avec Valéry], 1903, p. 400).
C. − Fém. plur. Tu as fait des tiennes. Tu as agi de manière intempestive. V. faire des siennes s.v. sien II C.
III. − Adj. qualificatif
A. − [En fonction d'attribut]
1. [Avec être ou un autre verbe attributif] Être tien(ne). Être à toi, t'appartenir.
a) [Le suj. désigne une chose] Mes travaux désormais sont tiens en grande partie; disons désormais nos travaux (Michelet, Journal, 1849, p. 635).Suis-nous, fils de notre sang et recueille cet héritage qui est tien (Claudel, Processionnal, 1910, p. 301).
b) [Le suj. désigne une pers.] Prends-moi, fils de mon oncle, je serai ta femme, je te suivrai, je deviendrai tienne, me veux-tu? (Gobineau, Nouv. asiat., 1876, p. 249).Je ne suis rien, maître, si je ne suis pas tienne! Elle se donna et il la prit (Zola, Dr Pascal, 1893, p. 243).Je ne puis te dire combien je t'aime. Je suis tien, tien, de l'ongle à la prunelle (Rolland, J.-Chr., Matin, 1904, p. 156).
2. Faire tien(ne) qqn ou qqc. T'approprier quelqu'un ou quelque chose. Tout ce qui peut être réduit sous la puissance de l'homme, tu l'as fait tien et tu lui as imposé la marque de la servitude (Psichari, Voy. centur., 1914, p. 140).
B. − [En fonction épith.] Vx ou littér. Qui t'appartient.
1. [Postposé au subst.] Demain je t'écrirai nos observations en marge et les corrections tiennes, que nous avons adoptées (Flaub., Corresp., 1852, p. 55).
2. [Antéposé au subst., en corrél. avec l'art. indéf. ou le dém. (v. mien B 1)] De cette tienne lettre, il résulte que (...) (Valéry, Corresp.[avec Gide], 1905, p. 403).
Prononc. et Orth.: [tjε ̃], [tjεn]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Poss. tonique fonctionnant comme adj. qualificatif I. n'est accompagné d'aucun déterm. [empl. rare] 1. a) fém. sing. fin xes. cas suj. tua forme prov. (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 308: Tu nos perdone celz pecaz Qu'e nos vetdest tua pietad; v. introd. § 65, p. 82); ca 1050 cas régime tue forme agn. (St Alexis, éd. Chr. Storey, 230: Pur tue amur an soferai l'ahan); b) fin xes. masc. plur. cas suj. toi [infl. poit.] (Passion, 58: venrant li di Queˑtt'asaldran toi inimic; v. introd. § 65, pp. 81-82); ca 1050 (St Alexis, 412: tui altre per); 2. id. tue merci « par pitié » loc. autonome de l'énoncé; cas régime fém. sing. (ibid., 282). II. Déterminé par un art., un dém. A. il précède le subst. 1. masc. plur. a) fin xes. cas suj.; art. déf. (Passion, 65: Li toi caitiu); b) id. cas régime tos [infl. poit.] (ibid., 61: Los tos enfanz; v. introd. § 65, p. 81); 2. masc. sing. a) ca 1050 cas suj. (St Alexis, 415: li tons parentez); 1remoit. xiies. notion d'insistance (Psautier de Cambridge, éd. Fr. Michel, VIII, 10: cum gran est li tuens nums); xiiies. [ms.] li tiens fruiz ([Landri de Waben?], Cant. des cant., 727, éd. C. E. Pickford, p. 21); b) ca 1050 cas régime (St Alexis, 365: Del ton conseil; 472: pur le tuen cors pluret); 1295 [ms.] (Couronnement de Louis, éd Y. G. Lepage, réd. C, 620: Par le tien Dieu); 3. fém. sing. a) cas suj. α) ca 1050 (St Alexis, 410: la tue aname el ciel seit absoluthe!); β) ca 1200 dém. (1reContinuation de Perceval, mss EM, 1698, t. 2, p. 52: ceste niece toue); b) ca 1050 cas régime (St Alexis, 368: par [la] tue mercit; 451: de la tue carn); 4. ca 1100 fém. plur. cas régime (Roland, éd. J. Bédier, 2369: vers les tues vertuz). B. En l'absence d'un subst. non répété, l'adj. poss. est référé à l'art. déf.; il est appelé « pronom possessif » 1. fém. sing. a) ca 1100 cas suj. (Roland, 1617: Sur tute gent est la tue hardie); ca 1135 (Couronnement de Louis, réd. AB, 556: Contre sa force n'a la teue mestier); ca 1223 en fonction d'attribut tiue forme pic. (Gautier de Coinci, Miracles, éd. V. Fr. Koenig, 1 Mir 10, 1189: Bien croi [...] Que ta volentez est la soie, Et que la seue est la tiue); b) 1176 cas régime (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 2309: L'un de vos deus a l'autre doing. Tien tu le tuen, et tu la toe); fin xiies. la teie (Sermons de St Bernard, éd. W. Foerster, p. 94, 19); fin xiiies. la teue (Pseudo-Turpin, II, 53, 9 ds T.-L.); 2. masc. a) sing. α) ca 1170 cas suj. li tuns forme agn. (Rois, éd. E. R. Curtius, III, 3, 22, p. 117); β) id. cas régime le tun (ibid., III, 20, 34, p. 164); ca 1176 (Chrétien de Troyes, loc. cit.); b) ca 1170 plur. cas régime les tuens (Rois, III, 5, 6, p. 120). C. Précédé de l'art. déf., fait fonction d'adj. subst. 1. ca 1150 masc. sing. cas régime; désigne l'avoir, le bien (Charroi de Nîmes, éd. D. McMillan, 334: Del tuen n'avront vaillissant un denier); 2. masc. plur.; désigne des pers. (d'un groupe, d'une famille) a) ca 1170 cas suj. (Rois, I, 2, 31, p. 8: E tu u li tuen verrunt lur adversarie el temple); b) id. cas régime (ibid., I, 19, 5, p. 94: tes humes ki unt ta vie guardee e la vie as tuns e a tes filles). III. En fonction d'attribut 1. ca 1150 masc. sing. cas suj. toen forme dial. de l'Ouest (St Alexis, 418: icel bien ki toen doüst estra); 1remoit. xiies. (Psautier de Cambridge, LXXIII, 16: Tuens est li jurz e tue est la nuit); xiiies. (Isopet de Lyon, XXI, 6 ds Rec. gén. isopets, éd. J. Bastin, t. 2, p. 124: pran lo [ton pain] tiens soit toz quites); 2. fém. a) 1remoit. xiies. sing. cas suj. (Psautier de Cambridge, LXXIII, 16, supra); ca 1170 (Rois, I, 9, 20, p. 18: Tue serrad des ore e a tun lignage le seignurie de Israel); xiiies. toie (Eustache d'Amiens, Boucher d'Abbeville ds Nouv. Rec. des fabliaux, éd. W. Noomen, t. 3, p. 330, ms. A, 340, leçon des 5 mss: Dis tu donques que ele est toie?); b) 1remoit. xiiies. [ms.] plur. cas suj. toes (Comment. s. les Ps., Bibl. nat. fr. 963, fol. 59a ds Gdf.); ca 1393 [mss xves.] tiennes (Ménagier, I, 108 [Hist. de Griselidis] ds T.-L.). Tuen, toue, poss. toniques, sont issus des paradigmes toniques lat.: cas régime masc. sing. túŭm, tọum > to̖um (différenciation d'aperture entre les deux voy.) > tuo̖m (diphtongaison; amuïssement de u) > tuen (différenciation des deux segments vélaires de la diphtongue), entraînant par réfection anal., le cas suj. tuens et le plur. cas suj. tuen, cas régime tuens; cas suj. fém. sing. tŭa, tọa > tọue̥, tœ ̣e̥ (diphtongaison; affaiblissement de a final) > teue̥, entraînant le cas régime teue, le plur. teues. L'a. pic. ti(e)ue est anal. de mi(e)ue, réfection d'un masc. *mieu, issu du lat. me̖u(m) (Pope, § 858; Gossen, § 69). Les formes toie, fém. sing., tien, cas régime masc. sing., sont anal. de moie (< méa > mẹie̥ > mọie̥) et de mien*; en sont tirés toies plur. et tiens cas suj. sing. et cas régime plur. Bbg. Cf. Bbg. sien, sienne.

Wiktionnaire

Forme d’adjectif

tienne \tjɛn\

  1. Féminin singulier de tien.

Nom commun

tienne \tjɛn\ masculin

  1. (Belgique et Ardennes en France) côte, montée, tertre.
    • La limite entre le marbre noir et le sommet de l’assise de Celles, coupe en écharpe le ravin qui sépare le Tienne du Noupré du Tienne du Brou. — (Société géologique de Belgique, Annales de la Société géologique de Belgique, volume 27, 1900)

Forme de verbe

tienne \tjɛn\

  1. Première personne du singulier du présent du subjonctif de tenir.
  2. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de tenir.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

TENIR. (Je tiens, tu tiens, il tient; nous tenons, vous tenez, ils tiennent. Je tenais. Je tins. Je tiendrai. Je tiendrais. Tiens, tenez. Que je tienne. Que je tinsse. Tenant. Tenu.) v. tr.
Avoir à la main, avoir dans les mains, entre les bras, de manière à ne pas laisser aller. Tenir un livre. Tenir une épée. Tenez bien cela, tenez-le ferme, tenez-le serré. Tenir quelqu'un par le bras, par le corps. Tenir les rênes des chevaux. Tenir des chiens en laisse. Tenir un enfant par la main. Tenir le gouvernail d'un vaisseau. Fam., Se tenir les côtes de rire, Rire démesurément. Tenir quelqu'un à la gorge, Lui serrer la gorge avec les mains; et, figurément, Le réduire dans un état à ne pouvoir faire aucune résistance à ce qu'on exige de lui. On dit à peu près dans la même acception : Tenir le pied sur la gorge à quelqu'un. On dit aussi figurément : Tenir le couteau, le poignard sur la gorge à quelqu'un. Fig. et fam., Tenir quelqu'un le bec dans l'eau, Le laisser toujours dans l'attente de quelque chose qu'on lui fait espérer; Le tenir dans l'incertitude, en ne lui donnant pas de réponse positive. Fig. et fam., Tenir quelqu'un de court, Ne pas lui laisser la liberté de faire ce qu'il voudrait. Fig. et fam., Tenir quelqu'un en lisières, Le mener, le gouverner comme un enfant. Fig. et fam., Tenir la queue de la poêle se dit de la Personne chargée du soin principal du ménage, qui en a la direction, et dans un sens plus général de Celui qui a la haute main sur une affaire. Fig. et fam., Tenir la chandelle. Voyez CHANDELLE. Fig. et fam., Tenir le bon bout, Avoir la position la plus avantageuse dans une affaire. Fig., Tenir le fil d'une intrigue, En avoir saisi le nœud, le secret. On dit aussi : Tenez-vous le fil de son raisonnement? Je tiens la clef de l'énigme. Tenir la plume, Faire les fonctions de secrétaire. Tenir des propos, Proférer des paroles désobligeantes sur le compte de quelqu'un. Au jeu de Cartes, Tenir les cartes, Les mêler et les distribuer ensuite. Au jeu de Dés, Tenir les dés, Tenir le cornet, avoir la main pour jeter les dés. Fig. et fam., Tenir le dé dans la conversation, S'en rendre le maître. Il faut le tenir à quatre se dit en parlant d'un Fou, d'un furieux, qui ne peut être contenu que par les efforts réunis de plusieurs personnes. Il se dit au figuré en parlant d'un Homme difficile et emporté qu'on a de la peine à contenir, à empêcher de faire des violences. Fig. et fam., Se tenir à quatre, Faire un grand effort sur soi-même pour ne pas éclater, pour ne pas se mettre en colère. Absolument, Tenez, Prenez ce que je vous présente. Tenez se dit aussi, dans le langage familier, uniquement pour attirer l'attention. Tenez, tout ce que vous me dites là ne me touche pas. Il se dit également pour avertir de prendre garde à quelque chose, et dans le même sens qu'on a coutume de dire : Voyez. Tenez, le voilà qui passe. On dit de même : Tiens. Tiens, le voilà qui passe. Pour marquer la surprise, Tiens, je ne m'attendais pas à cela. Tiens, tiens, vous voilà. Prov., Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras, La possession d'un bien présent, quelque modique qu'il soit, vaut mieux que l'espérance d'un plus grand bien à venir, qui est incertain. Prov., Il vaut mieux tenir que courir, La possession d'un avantage modique vaut mieux que la poursuite d'un bien plus considérable. Fig. et fam., Cet homme tient bien ce qu'il tient, Il n'est pas aisé de lui faire lâcher prise; ou bien Il est avare. Tenir un enfant sur les fonts baptismaux, En être le parrain ou la marraine. En termes de Manège, Tenir un cheval, Le maintenir dans les différents exercices auxquels on le soumet. Tenir un cheval en main, en bride. Fig. et fam., Tenir quelqu'un en bride, L'assujettir, l'arrêter, le retenir. Tenir un cheval dans la main, En être toujours le maître. En termes de Courses, Tenir la corde, Faire courir son cheval le plus près possible de la corde qui borne le champ de course, de manière à lui faire faire le plus petit parcours possible. Fig. et fam., Tenir la corde, Avoir dans une affaire l'avantage sur ses concurrents.

TENIR signifie encore Être maître de, avoir en son pouvoir. On tient les assassins. Je vous tiens. L'ennemi tient les hauteurs. Fig. et fam., Je tiens mon homme, je le tiens, Je l'ai amené dans le piège; Je l'ai réduit en tel état qu'il ne peut plus tergiverser, qu'il ne peut plus trouver d'échappatoire. Il a beau faire à présent, je le tiens.

TENIR se dit aussi des Choses et signifie Retenir, empêcher de s'en aller, de tomber. C'est cette chaîne qui tient l'ancre. Cette corde tient le seau. Ce tableau est tenu par un clou. Ce tonneau tient bien le vin, ce seau tient bien l'eau, Il ne fuit pas. En termes de Musique, Tenir l'accord, Conserver l'accord, rester accordé. Ce piano tient bien l'accord.

TENIR signifie aussi Posséder, occuper. Tenir un pays en souveraineté. Tenir une terre en fief. Tenir un bénéfice en commende. Tenir une terre à ferme, à bail. Ce prince ne tint l'empire que peu de temps. Cet officier, ce commandant tient telle ville, telle place de guerre pour le prince, pour le service de tel prince s'est dit pour signifier Il y commande, il la garde pour les intérêts du prince; cette expression se disait ordinairement quand on parlait de temps de troubles, de temps de guerre, ou quand il s'agissait de droits contestés. Il se jeta dans la place et la tint pour le roi, pour le service du roi.

TENIR signifie, au figuré, Être redevable d'une chose à quelqu'un, lui en avoir l'obligation. Tout ce qu'il a, il le tient de votre libéralité. C'est de vous qu'il tient son avancement, sa fortune. C'est d'un tel qu'il tient tout ce qu'il sait. Tenir la vie de quelqu'un, Lui avoir obligation de la vie. On dit aussi Ceux dont ou de qui je tiens la vie, Mon père et ma mère. Tenir quelque chose de quelqu'un, L'avoir appris de quelqu'un. De qui tenez-vous cela? C'est une nouvelle que je tiens de bonne part, de bonne source, de quelqu'un bien informé. Tenir une chose de race, de naissance se dit en parlant d'une Chose qui s'est transmise avec le sang, et qu'on a reçue de ses ancêtres, qu'on a apportée en naissant. Ils sont tous braves dans cette maison-là, ils tiennent cela de race ou, simplement, ils tiennent de race. Tenir quelque chose de son père et de sa mère, Leur ressembler en cette chose. Il est timide et a l'air embarrassé, il tient cela de son père. Il tient beaucoup de son père, il en a tous les traits. On dit absolument : Tenir de son père et de sa mère. Voyez TENIR, verbe intransitif.

TENIR se dit encore des Maladies tant du corps que de l'esprit, et de différentes passions de l'âme dont on est comme possédé ou saisi. Il y a longtemps que ce mal-là le tient, que la fièvre le tient. Quand son accès le tient. Sitôt que sa colère le tient, il n'est plus maître de lui. Qu'a-t-il, qu'est-ce qui le tient? Quel sujet, quelle raison a-t-il d'agir ainsi? On dit de même : Je sais ce qui le tient.

TENIR signifie aussi Occuper, remplir, en parlant de l'Espace. Serrez-vous un peu, vous tenez trop de place. Les voitures tiennent toute la largeur du chemin. Une forêt qui tient dix lieues de long. Les épisodes tiennent la moitié de ce poème. Fig., Tenir lieu d'une personne, d'une chose, La remplacer, la suppléer. Vous m'avez tenu lieu de père. L'économie tient lieu de richesse. En termes de Guerre, Cette armée tient la campagne, Elle est en campagne, en état de s'opposer aux ennemis ou de les attaquer. En termes de Marine, Tenir la mer, Naviguer, courir en haute mer, loin des ports et des rades. Cette flotte tient la mer. Ce navire a été endommagé, il n'est plus en état de tenir la mer. Ce navire tient bien la mer, Ses conditions de navigabilité sont bonnes. Tenir la mer signifie aussi Être maître de la mer. Nous étions maîtres du continent, mais les Anglais tenaient la mer. Tenir le plus près, tenir la cape, Naviguer au plus près du vent, à la cape. Tenir le travers, Recevoir la mer par le travers.

TENIR se dit encore en parlant de Certains lieux que l'on occupe, de certaines choses dont on fait métier ou profession, pour l'utilité et la commodité du public. Tenir auberge. Tenir boutique. Tenir pension. Tenir école. Tenir table ouverte, Recevoir à sa table beaucoup de personnes, même celles qui n'ont pas été invitées. Tenir des marchandises, En avoir un assortiment, en vendre. Tenez-vous de l'épicerie, de la mercerie? Ce marchand tient de tout. Fig., Tenir école d'une chose, L'enseigner, travailler à la répandre. On l'accusa de tenir école d'athéisme.

TENIR se dit en parlant de l'Ordre dans lequel les personnes ou les choses sont placées, du rang qu'elles occupent, soit en fait, soit dans l'opinion des hommes. Il faut que dans les corps, dans les compagnies chacun tienne son rang. La libéralité tient le milieu entre la prodigalité et l'avarice. Tenir le premier rang. Tenir le haut bout, le haut du pavé. Fig., Tenir bien son rang, sa place, son poste, Occuper dignement l'emploi où l'on est, l'exercer avec dignité, avec capacité.

TENIR se dit en parlant d'un Emploi qu'on occupe, d'une fonction qu'on remplit. Il avait tenu des emplois considérables. Il tenait alors le sceau. En termes de Théâtre, Tenir un rôle, Le remplir. Il tient le principal rôle avec distinction. En termes de Musique, Tenir sa partie, Chanter ou jouer sa partie. Fig. et fam., Tenir bien sa partie, S'acquitter bien de ce qu'on doit, faire bien ce qu'on a à faire dans l'emploi qu'on remplit. Tenir l'orgue, Jouer de l'orgue dans une cérémonie. On dit dans un sens analogue : Tenir le piano.

TENIR Se dit en parlant des Assemblées, des fonctions publiques, soit ordinaires, soit extraordinaires, qui regardent le gouvernement et la politique d'un État. Le pape tenait consistoire. On tenait les états tous les ans en Languedoc. Les jours que le roi tenait conseil. Tenir audience. C'est tel président qui tient cette année la chambre des vacations. C'est dans cette salle que l'Académie tient ses séances. Tenir garnison dans une ville, Y être en garnison. Ce régiment tient garnison à Orléans.

TENIR signifie en outre Mettre et garder en quelque lieu. Il tient son argent en lieu sûr. Il faut tenir cela à la cave pour le conserver. Il tient tous ses papiers sous clef. C'est un homme qu'on tient enfermé depuis un certain temps. On le tient en prison. Tenir quelqu'un chez soi, L'avoir chez soi. Puisque nous vous tenons ici, nous ne vous laisserons pas partir de sitôt.

TENIR signifie encore Contenir, renfermer ou Être susceptible de contenir, de renfermer. Cette salle tient mille personnes. Ce corps de bibliothèque tient cinq cents volumes. Cette grange peut tenir dix mille gerbes. Une bouteille qui tient soixante-quinze centilitres. Il signifie également Retenir, arrêter, empêcher de faire, de dire. C'est un homme qui ne peut tenir sa langue. Quand il est une fois en train de parler, rien ne peut le tenir. Il est si vif, si remuant, qu'on ne saurait le tenir. Il ne saurait se tenir de parler. Je ne pus me tenir de lui dire que cela n'était pas bien. Je ne sais qui me tient que je ne me fâche contre lui, Je ne sais qui m'empêche, qui me retient. Il n'y a parenté, amitié, etc., qui tienne, Il n'y a aucune considération de parenté, d'amitié, etc., qui empêche que... Il n'y a crédit ni richesses qui tiennent : il faut le condamner s'il a tort.

TENIR signifie aussi Maintenir, conserver, entretenir; faire qu'une personne ou qu'une chose demeure dans un certain état, dans une certaine situation. Tenir les enfants dans un très grand respect, les tenir dans une grande sujétion. Tenir les peuples dans le devoir. Tenir les esprits en suspens. En attendant que je revienne, tenez les choses en état, en bon état. Tenir quelqu'un en échec. Tenir l'équilibre entre deux partis. Cette nouvelle le tient éveillé. Tenir sa maison propre. Cette femme tient bien ses enfants. Tenir une ville bloquée, une place assiégée. Tenir les portes fermées. Tenir les fenêtres ouvertes. Cela tient frais. Tenir les yeux ouverts, les yeux baissés. Tenir les mains jointes. Tenir la tête droite. Tenir la bride haute, la bride courte à un cheval. Ce château, cette place de guerre tenait le pays en respect, Tout le pays était en quelque sorte sous sa domination, sous sa dépendance. Ce corps de troupes a tenu les ennemis en respect, Par la position qu'il occupait, et par son attitude, il les a empêchés de faire aucune entreprise. Tenez-vous en repos se dit à une personne qui importune par ses gestes, par ses allées et venues. Tenir en haleine. Voyez HALEINE. Tenir une chose secrète, Garder le silence à son sujet, n'en point parler. On convint de tenir l'affaire secrète. Fig. et fam., Tenir la dragée haute à quelqu'un, Lui faire attendre longtemps ce qu'il désire, ce qu'on lui a promis, ou Lui faire payer cher quelque avantage, quelque plaisir. En termes de Musique, Tenir le son, Ne pas le laisser faiblir.

TENIR signifie également, au figuré, Occuper durant quelque temps. C'est une cérémonie qui est longue, elle vous tiendra longtemps. Il nous a tenus deux heures à ne rien faire. Je ne vous tiendrai guère. Cela m'a tenu plus que je ne pensais. Cet avocat tint toute l'audience. C'est un poste où l'on est très tenu. Il signifie encore Réputer, estimer, croire. Je tiens cela vrai, pour vrai, puisque vous le dites. Je tiens ces deux opinions également soutenables. Je tiens que cela a besoin d'explication. Je tiens l'affaire faite à l'heure qu'il est. Je le tiens honnête homme, je le tiens pour honnête homme. Je le tiens pour mon ami. Si vous venez me voir, je tiendrai cela à honneur. Il tient ce propos à injure. Je me tiens heureux d'avoir pu vous servir en quelque chose. Il ne se tient pas encore pour battu. Je me tiens pour satisfait. Il tient pour constant, pour démontré que... Je tiens pour maxime que... Je me le tiens pour dit, Il n'est pas besoin que vous m'en avertissiez davantage, que vous m'en fassiez davantage souvenir. Tenez-vous-le pour dit. On dit de même : Tenez-vous pour dit que..., Soyez assuré que... ou Souvenez-vous que...

TENIR signifie aussi Professer. Les maximes qu'ils tiennent sont opposées aux nôtres. Il signifie de plus Saisir par l'esprit, par l'intelligence. Je tiens la solution de ce problème. Je tiens le mot de l'énigme. Je tiens le sens de ce passage. Il s'emploie encore dans diverses expressions particulières : Tenir un chemin, une route, Suivre un chemin, une route, aller par un chemin, par une route. Quel chemin tiendrez-vous? Il y a diverses routes à tenir. Tenir une bonne conduite, une mauvaise conduite, Se conduire bien, se conduire mal. Il tient une étrange conduite depuis quelque temps. Tenir le milieu dans une affaire, Prendre une position intermédiaire entre deux choses opposées. Tenir le parti de quelqu'un, Suivre le parti de quelqu'un, être du parti de quelqu'un. Tenir des discours, tenir des propos, tenir un langage, Parler d'une certaine façon, avancer certains propos, dire certaines choses. Il tient des discours bien hasardés. Aux propos qu'il me tint, je vis bien qu'il ne fallait rien attendre de lui. Vous me tenez un langage qui me surprend. Tenir sa parole, tenir sa promesse, Exécuter ce qu'on a promis. Je vous tiendrai ce que je vous ai promis. Vous ne m'avez pas tenu parole. Prov., Promettre et tenir sont deux. Tenir son sérieux, Garder son sérieux. Tenir rigueur à quelqu'un, Persister à ne pas le voir, ou à le traiter avec froideur, malgré les avances qu'il fait pour rentrer en grâce, pour renouer les liens qu'on avait avec lui. En termes de Jeu, Tenir la banque, Jouer seul contre tous les autres joueurs. Tenir la caisse chez un banquier, dans une maison de commerce, etc., Être chargé du soin de recevoir l'argent et de payer pour un banquier, dans une maison de commerce, etc. Tenir les livres chez un banquier, dans une maison de commerce, etc., Être chargé du soin de la comptabilité chez un banquier, dans une maison de commerce, etc. Tenir registre de quelque chose, Écrire quelque chose dans un registre. Tenir note de quelque chose, En prendre note pour s'en souvenir. Fig., Cet homme tient registre de tout, Il remarque tout exactement, et il s'en souvient. Tenir compte d'une somme à quelqu'un, Lui passer cette somme en compte. Fig., Je vous tiendrai compte de cela, Je saurai reconnaître les obligations que je vous ai. Fig., Ne tenir compte, ne tenir aucun compte de quelqu'un, de quelque chose, N'en faire point de cas, ne s'en pas soucier. Je lui donne des conseils, mais il n'en tient pas compte. Depuis son arrivée au pouvoir, il ne tient aucun compte de ses anciens amis. Fig., Tenir tête à quelqu'un, Lui résister, ne pas lui céder. Si vous voulez agiter cette question avec lui, vous trouverez un homme qui vous tiendra tête. Il cède dès qu'on lui tient tête. Fig., Tenir la main à quelque chose, Veiller de près à ce qu'on l'exécute, à ce qu'on l'exécute bien. Je vous réponds que la chose se fera, je me charge d'y tenir la main. Par extension, Il ne faut pas que cet abus se reproduise, tenez-y la main. Faire tenir des lettres, faire tenir des effets, faire tenir de l'argent, Faire remettre, transmettre des lettres, faire que des effets soient remis, faire toucher de l'argent. Tenir un pari, une gageure, Soutenir un pari, une gageure.

TENIR s'emploie aussi comme verbe intransitif et signifie Être attaché à quelque chose, être difficile à ôter, à arracher ou à déplacer. Sa chemise lui tient au dos. Le vent empêche la gelée de tenir sur les arbres. On ne saurait arracher ce clou, il tient trop bien. Son chapeau ne tient pas sur sa tête. Cela tient à chaux et à sable. Tout cela tient bien ensemble. Fig., Cette chose ne tient qu'à un fil, Elle ne tient plus qu'à peine, la moindre cause peut la détruire, l'empêcher. Sa vie ne tient qu'à un fil, Il est sur le point de mourir. Fig., Ne tenir à rien se dit d'une Position précaire. Sa position dans cette maison ne tenait à rien. Un petit accident renversa cette fortune qui ne tenait plus à rien. Fig., Cette affaire lui tient au cœur, Il y est très attaché, il s'y intéresse vivement. Cette injure lui tient au cœur, Il en a du ressentiment. Fig., en termes de Dévotion, Il ne tient plus à la terre, Il est détaché des choses de ce monde. Fig., Tenir à quelqu'un, Lui être attaché par quelque lien d'intérêt, d'amitié, de reconnaissance, etc. Il tient à cet homme-là par beaucoup de liens. C'est un homme qui ne tient à personne. Il tient à ce parti par des raisons de famille. C'est un employé auquel nous tenons. Fig., Tenir à la vie, à l'argent, à son opinion, etc., Y être extrêmement attaché. Fig., Je tiens à vous convaincre de mon innocence, J'en ai un extrême désir.

TENIR signifie figurément Dépendre, résulter, provenir de. Cet événement tient à telle cause. Il est fort timide, cela tient à ce qu'il manque d'usage. Ce vice de prononciation tient à un défaut de l'organe. Il se dit aussi impersonnellement des Conditions qui permettent ou empêchent de faire quelque chose. À quoi tient-il que nous ne partions? Il ne tient pas à moi que cela ne se fasse. Je ne sais à quoi il tient que je ne l'abandonne tout à fait. Il tint à peu de chose, il ne tint à rien que je ne lui fisse un affront. Qu'à cela ne tienne. Quelquefois, quand on dit : Il ne tient pas à une personne que telle chose ne se fasse, on veut faire entendre, non seulement qu'elle n'y apportera point d'obstacle, mais même qu'elle y contribuera de tout son pouvoir. Il ne tient pas à moi qu'un tel n'ait satisfaction. Il ne tiendra pas à moi qu'il ne réussisse dans son projet.

TENIR signifie encore Être contigu. Ma maison tient à la sienne. Mes terres tiennent aux vôtres. Il signifie aussi Résister, tant au propre qu'au figuré. Ce bâtiment ne saurait tenir à la mer, tenir contre les vagues. Cette place ne peut pas tenir plus de huit jours. Tenir contre des forces supérieures. Ce pays a tenu jusqu'au succès final, jusqu'au bout. Il joue trop bien, il n'y a pas moyen de tenir contre lui. On ne peut pas tenir contre ses prières, contre ses raisons. Cette étoffe ne tient pas à la pluie. La température est étouffante, on n'y peut pas tenir. Absolument, Il faut tenir, il ne s'agit que de tenir. N'y plus tenir, Ne plus pouvoir résister. Je n'y tiens plus : Il faut que je le voie. Tenir bon, tenir ferme, Résister, se défendre. Il a tenu bon quinze jours dans ce poste si difficile à défendre. Ce bataillon tint ferme jusqu'à ce qu'on amenât des renforts. Ces expressions s'emploient aussi figurément et signifient Ne pas se relâcher, ne pas se laisser aller aux persuasions d'autrui. Il ne vous offre pas assez de votre maison; tenez bon, il vous en donnera un prix raisonnable.

TENIR signifie également Subsister sans aucun changement, sans aucune altération, demeurer dans un certain état. Il faut que le traité tienne. Notre marché tient. Son ondulation ne tient pas. Ce meuble ne tient pas debout. Fig., et fam., Cela ne tient pas debout, Cela est sans raison, sans valeur. Ce raisonnement ne tient pas debout. Cette couleur ne tient pas, Elle n'est pas solide, elle s'en va rapidement. Le temps ne tiendra pas, Le temps ne restera pas beau comme il est. En termes de Chasse, Les perdrix ne tiennent pas, Elles n'attendent pas, elles partent aussitôt.

TENIR signifie encore Être compris, contenu dans un certain espace. Tous vos meubles ne peuvent pas tenir dans cette chambre. Tout le monde ne peut pas tenir ici. Ce que j'ai à dire tient en peu de mots. Impersonnellement, Il tiendrait tant de milliers de gerbes dans cette grange.

TENIR suivi de de, en parlant d'un Enfant par rapport à ses parents, signifie Leur ressembler par la figure, les manières, les goûts, le caractère, etc. Cet enfant tient de son père. Il a de qui tenir se dit d'un Enfant qui ressemble en quelque chose à son père ou à sa mère. Il est remarquablement doué, il a de qui tenir. Il est brave, il a de qui tenir.

TENIR signifie aussi Participer; offrir une ressemblance, avoir un rapport avec quelque chose. Cette architecture tient du gothique. Ce style tient un peu du burlesque. Cet événement tient du prodige. Le mulet tient de l'âne et du cheval. Précédé de en, il signifie Être touché, être affecté. Il en tient pour cette jeune fille, Il en est amoureux. En termes de Chasse, Cette perdrix en tient, Elle a été atteinte.

TENIR s'emploie ainsi, familièrement, au figuré. L'interpellation a fait grand effet : le Ministère en tient. Suivi de pour, il signifie Être partisan de, être d'un sentiment, d'une opinion; croire au succès de quelqu'un, de quelque chose. Tenir pour quelqu'un, pour une opinion.

SE TENIR signifie Se prendre, s'attacher, se retenir à quelque chose pour s'empêcher de tomber. Il se tint à une branche. Il se tenait aux crins du cheval. Se tenir à la rampe pour descendre un escalier. Fig., Se tenir, s'en tenir à quelque chose, S'y arrêter, s'y fixer de telle sorte qu'on ne veuille rien de plus. Je me tiens, je m'en tiens à votre décision. Je m'en tiens là, je n'en veux pas savoir davantage. Savoir à quoi s'en tenir, Savoir ce qu'on doit penser d'une chose; avoir une opinion arrêtée. Se tenir à peu de chose, se tenir à peu, S'arrêter, se fixer tellement aux propositions, aux offres qu'on a faites d'abord que, quoiqu'il s'agisse de peu de chose de plus ou de moins, on ne veuille pas céder. Ils se tiennent tous deux à peu de chose. Vous vous tenez à vingt francs sur un marché de mille francs. Il se tient à une vétille dans une affaire qui peut faire sa fortune. On dit dans le même sens : Se tenir à rien, Se tenir à très peu de chose. En termes de jeux de Cartes : Je m'y tiens, Je me contente des cartes que j'ai, je n'en demande pas d'autres.

SE TENIR signifie encore Être, demeurer dans une certaine situation, dans un certain état. Se tenir toujours propre. Se tenir caché. Se tenir tranquille. Se tenir à genoux, debout, droit, courbé. Fig. et fam., Se tenir les bras croisés, Rester oisif lorsqu'il faudrait travailler, demeurer dans l'inaction lorsqu'on devrait agir. Par forme de menace et fam., Vous avez offensé un homme qui ne pardonne jamais; vous n'avez qu'à vous bien tenir. On dit aussi, par forme d'avertissement, Tenez-vous bien, Prenez garde à vous, tenez-vous sur vos gardes, prenez les moyens nécessaires pour vous défendre.

SE TENIR signifie également Avoir un maintien, une attitude. Se tenir bien, se tenir mal. Cet enfant se tient mal à table. Se tenir bien à cheval, Y être ferme et de bonne grâce. Dans le sens opposé, S'y tenir mal. Fam., Il ne sait comment se tenir, Il ne sait quelle attitude prendre, quel maintien avoir.

SE TENIR signifie aussi Être, demeurer dans un certain lieu. Tenez-vous là et n'en bougez. Tenez-vous auprès de moi. Il s'est tenu pendant une heure sur la terrasse au soleil. Se tenir à sa fenêtre. Il se tient tous les matins dans sa chambre.

SE TENIR se dit aussi en parlant d'Assemblées publiques ou particulières, de foires, de marchés, et signifie Avoir lieu. Cette assemblée se tient trois fois la semaine. Cette foire, ce marché se tient ordinairement en tel endroit. Il se tint un conseil entre eux. Il signifie encore, figurément, Être lié, s'enchaîner. Une philosophie, un système où tout se tient. Le participe passé

TENU s'emploie adjectivement et signifie Qui est entretenu, soigné, arrangé. Cet enfant est bien tenu. Une maison bien tenue. Le cahier de cet élève est mal tenu. Il signifie aussi Qui est obligé à faire quelque chose. Je ne suis pas tenu à cela. Il est tenu de m'indemniser. Un héritier est tenu des dettes de celui dont il hérite. Prov., À l'impossible nul n'est tenu.

Phonétique du mot « tienne »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
tienne tjɛn

Citations contenant le mot « tienne »

  • Si un jeune homme veut se distinguer dans son art, il faut qu'il tienne les jeunes filles hors de son coeur. De Rudyard Kipling / Nouveaux contes des collines
  • Quand on est petitement logé, Les femmes, c'est la seule collection qu'on puisse faire et qui ne tienne pas de place. De Jérôme Touzalin / Mentir y'a qu'ça d'vrai
  • Se marier à l'église et à la mairie, c'est ficeler un paquet avec un double noeud. On a tellement peur que ça ne tienne pas ! De André Birabeau
  • La fonction même du poète, en tant que mode de connaissance, n'est pour moi qu'une règle de vie qui nous tienne plus vivant, fût-ce à vif, sur l'autre versant de l'apparence. De Saint-John Perse
  • Il n'y a pas de bons pères, c'est la règle. Qu'on n'en tienne pas rigueur aux hommes, mais au lien de paternité qui est pourri. De Jean-Paul Sartre / Les mots
  • Il faudra que tu apprennes A perdre, à encaisser Tout ce que le sort ne t'a pas donné Tu le prendras toi-même Mais chaque victoire ne sera que la tienne Et toi seule en sauras le prix. De Jean-Jacques Goldman / C'est ta chance
  • Un fait est comme un sac : vide, il ne tient pas debout. Pour qu'il tienne debout, il faut d'abord y faire entrer la raison et les sentiments qui l'ont déterminé. De Luigi Pirandello / Six Personnages en quête d'auteur
  • Quand le feu est à la maison de ton voisin, la tienne est en danger. De Proverbe grec antique
  • Si tu vois la barbe de ton voisin brûler, tu peux mettre la tienne à tremper. De Proverbe agenais
  • N'essaie pas de convaincre : tu ne convaincras jamais une femme, surtout la tienne. De Jean Rostand / Pages d'un moraliste
  • Ne frappe pas à la porte d’un autre , si tu ne veux pas qu’on frappe à la tienne. De Proverbe turc
  • Il n’y a pas de sagesse, pas de prudence, pas de conseil qui tienne contre le Seigneur. De La Bible / Le livre des proverbes
  • Tu trouveras, dans la joie ou dans la peine, Ma triste main pour soutenir la tienne, Mon triste coeur pour ecouter le tien. De Alfred de Musset
  • Tu n'embrasseras pas la femme de ton voisin, sauf si la tienne a succombé à ses caresses. De Ambrose Bierce
  • Qu’un individu isolé se fie à ses instincts et s’y tienne, le monde entier finira par se ranger à ses cotés. De Ralph Waldo Emerson
  • Ces propos n’ont pas manqué de créer la polémique. « Occupe-toi d’abord de la tienne », lui a répondu sur Twitter Christine Defraigne, première échevine (MR) de la ville de Liège. Le Soir, «Occupe-toi d’abord de la tienne»: Bart de Wever se fait «beaucoup de soucis pour les autres villes» et s’attire les critiques - Le Soir
  • Qu’à cela ne tienne, le Bavarois à la barbe blonde a attendu que le nid soit construit pour ensuite le surélever sur une plateforme, une solution délicate mais déjà éprouvée, qui permet aux cigognes de fonder leur famille en toute sécurité et au brasseur de continuer à produire l’esprit tranquille. Courrier picard, En Bavière, des cigognes empêchent la bière de couler

Images d'illustration du mot « tienne »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « tienne »

Langue Traduction
Anglais yours
Espagnol tuya
Italien il tuo
Allemand deine
Chinois 你的
Arabe خاصة بك
Portugais sua
Russe ваш
Japonais あなたのもの
Basque zurea
Corse
Source : Google Translate API

Antonymes de « tienne »

Tienne

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