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Serres

Définitions du mot « serres »

Trésor de la Langue Française informatisé

SERRE1, subst. fém.

A. −
1. [Corresp. à serrer II A 1] Action de soumettre à une pression; résultat de cette action.
VITIC. Pressurage du raisin; résultat de celui-ci. Dans la préparation du Champagne on appelle première serre, deuxième serre, etc., les produits successifs du pressurage (...). La première serre donne le vin de cuvée (Lich.Vins1984).
2. [Corresp. à serrer II C] Dispositif destiné à assujettir quelque chose, à maintenir un contact étroit entre plusieurs éléments.
a) FOND. Presse ou pinces qui permet(tent) de serrer l'une contre l'autre les deux parties d'un moule. (Dict. xixeet xxes.).
b) MAR. ,,Ceinture intérieure longitudinale du bâtiment, chevillée à tous les couples par leur face intérieure`` (Merrien 1958).
c) ORFÈVR. Petit cadre qui s'enchâsse dans les moules où l'on fond l'or et l'argent. (Dict. xixeet xxes.).
B. − [Corresp. à serrer II A 1 b] Au plur. Griffes de rapaces; p. ext., griffes d'oiseaux. Serres d'un aigle, d'un faucon, d'un vautour; serres d'un corbeau, d'une mouette. L'oiseau (...) vint se poser (...) sur le tronc d'un bouleau (...). C'était une buse des bois. Debout (...), les serres implantées dans l'écorce (Genevoix,Raboliot, 1925, p. 298).Une image qui représentait un pygargue en train d'enfoncer, la tête sous l'eau, ses serres dans le dos d'un gros brochet (Fargue,Piéton Paris, 1939, p. 10).
P. métaph. Un soir, nous vîmes dans notre retraite quelqu'un entrer à la dérobée par une fenêtre et sortir par une autre: c'était M. Laborie; il se sauvait des serres de Bonaparte (Chateaubr.,Mém., t. 2, 1848, p. 34).
Loc. verb. fig., fam. Tenir dans ses serres. Tenir à sa merci. Elle traita Conrad comme un ennemi; elle le déchira à plaisir, et lui fit tout le mal dont elle put s'aviser, et, comme elle le tenait terrassé dans ses serres, elle eut satisfaction entière de son procédé! (Gobineau,Pléiades, 1874, p. 322).
Rem. Au sing. dans des cont. littér. ou métaph. La griffe et la serre ont une sensualité monstrueuse; c'est le mouvement obscur de la bête emprisonnée dans leur tenaille (Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 569). J'ai trouvé les enfants dans la serre des gens de loi (Claudel, Violaine, 1901, IV, p. 644).
C. −
1. [Corresp. à serrer I] Vx. Endroit clos où l'on conserve quelque chose. (Dict. xixeet xxes.). Synon. resserre.Serre à légumes (Rob. 1985).
2. Construction en verre ou plastique, fixe ou démontable, parfois chauffée, utilisée pour mettre les plantes à l'abri de l'hiver et pour cultiver les plantes exotiques ou délicates, hâter la production de certains fruits, fleurs ou légumes ou protéger les semis fragiles. M. Legonidec fit enlever dans la serre quinze palmiers, qu'il envoya pour son jour de l'an à une cocotte (Goncourt,Journal, 1871, p. 717).Il existe de nombreux modèles de serres de jardin, de balcon (adossées), d'appartement (mini-serre). Dans sa forme la plus sophistiquée, la serre peut devenir un salon-serre, un jardin d'hiver. Une véranda fait parfois office de serre (Bén.-Vaesk.Jard.1981).
SYNT. Serre chaude (de plus 15oà plus 30o), tempérée (de plus 8oà 10/12o), froide (de plus 3oà 5/10o); serre humide, sèche; serre à forcer; serre démontable; serre d'horticulteur, de pépiniériste, du jardin des Plantes; raisin, fleurs de serre; culture en serre; mettre une plante en serre.
Chaleur, température de serre. Chaleur humide et étouffante; température excessive. « Princesse, je vous dérange, » dit le comte en entrant dans l'atelier dont la chaleur de serre lui fit monter le sang aux oreilles (Péladan,Vice supr., 1884, p. 91).Un feu de bois, malgré la saison, entretient une température de serre dans la pièce (Martin du G.,Notes Gide, 1951, p. 1394).
Spéc. Effet (de) serre
CLIMATOL. Rétention de l'énergie calorifique du soleil due à l'absorption sélective de l'atmosphère. Mélangé aux autres polluants, il [le CO2] forme un écran qui perturbe le va-et-vient des rayons solaires réfléchis par la surface de la Terre: l'« effet de serre », comme disent les climatologues (L'Express, 28 févr. 1981, p. 98, col. 3).La forêt [amazonienne] ne peut en aucun cas être sacrifiée sans une augmentation de la réflexion du soleil sur les zones équatoriales et un accroissement du gaz carbonique dans l'air. Deux « effets serre » qui pourraient radicalement modifier le climat sur terre (Le Point, 27 avr. 1981, p. 86, col. 3).
PHYS. Phénomène selon lequel un milieu isolé par une paroi transparente à la lumière solaire s'échauffe en raison de l'opacité de cette même paroi au rayonnement infra-rouge émis par les corps ainsi isolés dans ce milieu. Solution à la crise du pétrole? Sans aucun doute, car la « serre » fournira 87 pour cent des besoins en énergie à l'ensemble des habitations. Principalement grâce à l'effet de serre et à une batterie de capteurs solaires placés sur les toits (Le Point, 27 août 1979, p. 56, col. 1).
P. métaph. ou p. anal. Fleur/plante de serre. Être ou chose délicat(e), fragile ou inconsistant(e), issu(e) d'un milieu très protecteur. Ils allèrent aux bains de mer, mais à regret, pensant sur les plages de l'océan aux trottoirs des boulevards. Leur amour lui-même s'y ennuya. C'était une fleur de la serre qui avait besoin du grand lit gris et rose, (...) de l'aube dorée du petit salon (Zola,Curée, 1872, p. 497).
Loc. Cela est venu en serre (chaude); c'est un fruit de serre (chaude). C'est un talent peu solide dont le succès est obtenu dans des conditions anormalement favorables. Un riche ne peut pas être un grand artiste (...). Même s'il y parvient, il est toujours un fruit de serre (Rolland,J.-Chr., Amies, 1910, p. 1124).
REM.
Serriste, subst.Spécialiste de la culture en serres. Les entrepreneurs paysagistes, les pépiniéristes (...) et les serristes accroissent leur volume d'affaires (Le Soleil, 13 avr. 1985, E1, col. 2).
Prononc. et Orth.: [sε:ʀ]. Homon. cerf, serf, serre2et formes de servir. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. a) Ca 1150 « ce qui serre, presse » ici « branche du mors d'un cheval » (Roman de Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 4604); b) α) 1481 mar. « planche servant au revêtement intérieur des membres du navire » (Bull. du Comité Trav. Hist., 1897, p. 109 ds IGLF); 1691 serre de mât (Ozanam); β) 1723 terme de fond. (Savary); γ) 1812 terme d'orfèvr. (Mozin-Biber); c) α) 1549 « fait d'être serré, pressé » (Rabelais, Sciomachie, III, 398 ds Hug.); β) 1732 « action de presser les fruits dans un pressoir » (N.-A. Pluche, Le Spectacle de la nature, t. 2, p. 363 ds Trév. 1752); 2. 1549 « griffe, ongle des oiseaux de proie » (Est., p. 668); fig. 1579 tenir en ses serres (H. Estienne, Prec., 130 ds IGLF). B. 1. Ca 1220 « endroit clos, prison » (Gui de Cambrai, Barlaam et Josephat, 130 ds T.-L.); 2. 1642 « lieu où l'on met les fruits pour les conserver » (Oudin Fr.-Ital.); 1660 « lieu où on renferme les plantes » (Oudin Esp.-Fr.); 1762 serre chaude (Encyclop. Planches t. 1, p. 15b); fig. 1791 (Mirabeau, Collection, t. III, p. 232 ds Littré); 3. 1877 « local où à la banque, on garde les valeurs » (Littré Suppl.). Déverbal de serrer*. Fréq. abs. littér.: 675. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 712, b) 1 532; xxes.: a) 1 102, b) 774. Bbg. Archit. 1972, p. 180. − Françon (M.). Note sur le mot serre. Fr. mod. 1949, t. 17, pp. 182-184.

SERRE2, subst.

GÉOGR. Crête étroite, longue de plusieurs kilomètres, faisant partie d'un relief de hauteurs isolées par des vallées parallèles découpant un plateau. Les serres de l'Agenais, les serres cévenoles (George 1984).
Prononc.: [sε:ʀ]. Homon. cerf, serf, serre1et formes de servir. Étymol. et Hist. Ca 1726 (Légende d'une carte manuscrite des Sevennes ds F. de Dainville, Le Langage des géographes [termes, signes, couleurs des cartes anciennes, 1500-1800], p. 174: serre est le sommet d'une montagne). Mot région. (repris par les géographes), dont l'aire d'empl. va de la Franche Comté au Sud Ouest, dans les régions où les chaînes montagneuses sont présentes (v. FEW t. 11, p. 525b; serre, dans les Pyrénées désigne « une montagne à crête », dans les Alpes « une colline de forme allongée »; il semble que la serre est spécifiée par l'allongement du sommet plus que par l'altitude [F. de Dainville, loc. cit.]), issu du lat. serra « crête dentée », « montagne », dep. le vies. (v. Ern.-Meillet et FEW t. 11, p. 527; cf. aussi Du Cange qui a relevé le mot serra « montagne, colline » dans des chartes du Haut Moyen Âge), évolution sém. du lat. serra « scie ». Cf. a. fr. serre « montagne » (xiiies., Les Loherains, ms. Montpellier, f o92a ds Gdf., attest. isolée); a. prov. serra « colline, côteau, monticule » (xiiies. ds Levy et Rayn.); ital. serra; esp. sierra; port. serra.

SERRER, verbe trans.

I. − Vieilli ou région. Qqn serre qqc.Mettre à l'abri en lieu sûr, ranger. Serrer du linge dans un placard, du vin dans une cave; serrer des sous dans un mouchoir; hangar où l'on serre des outils; serrer des papiers dans un coffre-fort. Tout l'ameublement d'une famille arabe consiste en un ou deux coffres où l'on serre les hardes et les bijoux (Lamart., Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 227).Papadakis (...) serre les miches de pain frais dans sa cambuse (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 170).
II. − Qqn/qqc. serre qqc.
A. −
1. Tenir ou maintenir étroitement en exerçant une pression.
a) Qqn serre qqc.1(contre, dans, entre, etc. qqc.2)
[Le compl. d'obj. dir. désigne un inanimé concr.] Serrer un morceau de fer dans un étau, avec une tenaille; serrer qqc. dans sa main, contre son flanc; serrer sa pipe entre ses dents, son stylo entre ses doigts. Il tient son bâton, il serre son bâton dans son poing « pour si on cherchait à l'arrêter » (Ramuz, Gde peur mont., 1926, p. 211).Laure serre entre ses doigts une tige d'herbe (Duhamel, Nuit St-Jean, 1935, p. 179).
En partic., vieilli. Presser, écraser pour exprimer un liquide. Un troisième [voisin], qui avait un pressoir, serrait le marc (Zola, Terre, 1887, p. 355).
[Le compl. d'obj. dir. désigne un animé ou une partie du corps] Serrer le bras, la taille de qqn. La fermière, sur un escabeau, serrait entre ses jambes une dinde qu'elle empâtait avec des gobes de farine (Flaub., Bouvard, t. 1, 1880, p. 22).Trois fois, en vue d'immobiliser ma main pour allumer sa cigarette à la mienne, elle me tient et me serre le poignet (Montherl., Pte Inf. Castille, 1929, p. 656).
Empl. pronom. réfl. indir. Le vieux Rebbe (...) imitait la façon de rire de Kobus avec des grimaces si grotesques que (...) Fritz lui-même dut se serrer l'estomac pour ne pas éclater (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 33).
Loc. verb. Serrer qqn (dans ses bras, contre soi, contre son cœur). Prendre quelqu'un dans ses bras et le tenir contre soi. Synon. étreindre.Petite fille qui serre une poupée. Il serre Mathilde dans ses bras; elle frémit et le repousse (Cottin, Mathilde, t. 1, 1805, p. 296).Prends-moi dans tes bras, mon bien-aimé, et serre-moi de toutes tes forces (Sartre, Mouches, 1943, ii, 2etabl., 8, p. 83).Serrer le cou, le kiki (fam.) à qqn. V. kiki, quiqui I B.Serrer la main, la cuiller (pop.), la pince (fam.) à qqn. V. main 1reSection I E 2 c.Serrer les pouces à qqn (au fig.). V. pouce I B 2.
b) Loc. verb. fig.
Serrer le cœur (à/de qqn). Provoquer de l'angoisse ou une profonde tristesse chez quelqu'un. Chagrin, douleur, émotion, souvenir qui serre le cœur. Il ne sentait que le profond isolement qui serre le cœur quand vous entrez dans une ville étrangère, quand vous voyez cette multitude de personnes à qui votre existence est inconnue (Staël, Corinne, t. 1, 1807, p. 48).Il y a des gens qui en sont tourmentés [d'être treize à table]. Moi-même, cela me serre le cœur (Duhamel, Nuit St-Jean, 1935, p. 156).
Serrer la gorge de/à qqn. V. gorge I B 2 a.
2.
a) Maintenir vigoureusement appliqué; assujettir fortement.
IMPR. Serrer (une forme). Assujettir solidement la composition dans la forme à l'aide de coins de bois ou de métal. Empl. abs. On serre également à l'aide de (...) coins mécaniques qui se meuvent avec une clef sur ou dans une crémaillère (Des.-MullerImpr.1912).
MAN. Serrer l'éperon (à un cheval). ,,Lui donner de l'éperon`` (Littré). Serrer la botte (à un cheval) (vx). V. botte2.
b) Rapprocher les bords, les extrémités de quelque chose. On utilise des agrafes métalliques spéciales que l'on place à cheval sur la fente et que l'on serre à la pince (Garcin, Guide vétér., 1944, p. 165):
1. Il ployait la maille à la pince, la serrait d'un côté, l'introduisait dans la maille supérieure déjà en place, la rouvrait à l'aide d'une pointe (...) la chaîne s'allongeait peu à peu... Zola, Assommoir, 1877, p. 426.
3. [Le compl. d'obj. dir. désigne une partie du corps et, en partic., des parties symétriques] Maintenir fortement rapproché ou fermé. Serrer les épaules, les genoux, les mâchoires, les paupières. Il est bien décidé à tout affronter. Il prend une pose raide, serre ses jambes et s'enhardit, au mépris d'une gifle (Renard, Poil Carotte, 1894, p. 140):
2. Tu ne sais même pas très bien dire papa. Tu retires à la consonne p une grande part de sa force explosive. P... P... Serre les lèvres, puis desserre-les brusquement. Duhamel, Combat ombres, 1939, p. 35.
Loc. fig. Serrer les dents. V. dent C 5.Serrer les fesses. V. fesse A 1 b.Serrer les poings. V. poing A 4 a.
En partic. [Le suj. désigne un animal] Serrer la queue. Porter la queue entre les jambes, en signe de peur, de soumission, de désappointement. (Dict. xixeet xxes.).
B. −
1. Diminuer le volume d'une chose en rapprochant les différents éléments qui la constituent, et les maintenir étroitement assemblés à l'aide d'un lien. Serrer un bouquet, un fagot, un paquet.
MAR. Serrer (une voile). Plier une voile et l'assujettir le long d'une vergue ou d'un mât. En haut, dans la mâture, on essayait de serrer les huniers (Loti, Mon frère Yves, 1883, p. 131).
2. Tendre un lien ou en réduire la longueur pour qu'il s'applique étroitement autour de quelque chose. Serrer une courroie; serrer un câble sur un treuil, une corde avec un garrot; serrer les lacets de ses chaussures. Il serre chaque jour, d'un cran, son ceinturon (Rostand, Cyrano, 1898, v, 2, p. 206).Serre un peu ta cravate, ça te fera venir le sang aux joues et on croira que tu es heureux (Montherl., Songe, 1922, p. 52).V. garrot ex. de Barrès.
Empl. abs. Il entortille son poignet d'un chiffon, serre tant qu'il peut. Les doigts sont violets maintenant (Bernanos, Mouchette, 1937, p. 1280).
Serrer un nœud. Tirer sur l'extrémité ou les extrémités d'un nœud pour le rendre plus solide, plus difficile à défaire. Un nœud qu'on serre en voulant le délier (Renan, Avenir sc., 1890, p. 370).
Loc. verb. fig. Serrer le bouton à qqn (vx). V. bouton C 2 a.Serrer, tenir serrés les cordons de la bourse. Être très économe ou manquer de générosité. (Dict. xxes.). Se serrer la ceinture (fam.). V. ceinture I A 1.
3.
a) [Le compl. d'obj. dir. désigne un vêtement] Appliquer étroitement contre le corps; réduire l'ampleur d'un vêtement et le maintenir près du corps.
Qqn serre qqc.1(avec, au moyen de, etc. qqc.2).Serrer un peignoir autour de la taille. On serre son manteau contre soi, vu que le froid vous pince fort (Flaub., Corresp., 1849, p. 135).Tiens bon! serre tes jupes! méfie-toi du salopiaud, derrière toi!... Sacré tonnerre, la voilà culbutée, et ces mufes [mufles] qui rigolent! (Zola, Assommoir, 1877, p. 698).
Empl. pronom. réfl. Celle-ci se serre pauvrement dans son châle (Claudel, Feuille Saints, 1925, p. 629).
Qqc.2serre qqc.1Des épingles de bicyclette serrent le bas de son pantalon (Alain-Fournier, Meaulnes, 1913, p. 283).Il me reçoit vêtu d'une longue blouse bleue que serre à la taille une ceinture de cuir (Green, Journal, 1946, p. 78).
P. anal. [Le compl. d'obj. dir. désigne la chevelure] Une bandelette où s'implantaient deux plumes d'autruche divergentes serrait leur épaisse chevelure (Gautier, Rom. momie, 1858, p. 216).La vieille femme était là, toute seule. Un bonnet rond, immaculé, serrait ses cheveux en arrière (Genevoix, Raboliot, 1925, p. 236).
b) [Le compl. d'obj. dir. désigne le corps ou, souvent, une partie du corps]
Qqn serre qqc.1(avec, dans, au moyen de, etc. qqc.2).Maintenir à l'étroit, comprimer. On serra dans des guêtres de soie rouge ses jambes (About, Roi mont., 1857, p. 227).Comme toute véritable femme elle avait serré ses charmes dans un corset majestueux (Jouve, Scène capit., 1935, p. 36).
Empl. pronom. réfl. Se serrer la taille dans une ceinture. La belle Lisa se serrait davantage dans ses corsets (Zola, Ventre Paris, 1873, p. 675).
Empl. pronom. réfl. indir., au fig., pop., fam. Se serrer la ceinture, le ventre. Se priver par souci d'économie. Quand on n'avait pas su mettre un sou de côté, on faisait comme les camarades, on se serrait le ventre (Zola, Assommoir, 1877, p. 523).
Qqc.2serre qqc.1Épouser (trop) étroitement la forme du corps. Robe, veston qui serre la taille; large ceinture qui serre les hanches; chaussure qui serre le pied. Un corsage de soie bleue qui serre et marque la taille et remonte un peu entre les deux seins (Taine, Notes Paris, 1867, p. 152).Nous raccourcirons les manches, dit le tailleur (...): le pantalon ne vous serre pas trop? (Green, Moïra, 1950, p. 71).
C. − Agir sur une pièce mobile, un dispositif de fixation ou de fermeture, de manière à rapprocher deux éléments l'un de l'autre pour obtenir un blocage plus ou moins complet. Serrer un écrou, une vis; serrer un joint; serrer un robinet; serrer un frein à fond. Un bruit sourd, (...) comme en voiture lorsque l'on serre les freins des roues! (Loti, Pêch. Isl., 1886, p. 133):
3. Pour le serrage correct d'un joint (...), on rapproche les deux pièces l'une de l'autre, puis on serre modérément deux boulons d'assemblage opposés. Ensuite, perpendiculairement à ceux-ci, on serre également deux autres boulons opposés et ainsi de suite jusqu'à mise en place de tous les boulons d'assemblage. Ambroise, Monteur mécan., 1949, p. 47.
Au fig. Serrer la vis* à qqn.
D. − Disposer des choses, placer des personnes le plus près possible les unes des autres; rapprocher.
1. [Le compl. d'obj. dir. désigne une ou plusieurs choses] Je serre ma chaise tout près de la sienne, et je pose ma tête sur son épaule (Colette, Cl. école, 1900, p. 37).On serre les planches en longues chaînes bossuées qui permettront de rouler ensuite le foin (Pesquidoux, Chez nous, 1923, p. 81).
En partic. Serrer les lettres (en écrivant); serrer son écriture. Leuwen eut soin de ne pas serrer ses mots et ses lignes, et fit si bien qu'il supprima les sept lignes relatives au général Fari sans qu'il y parût (Stendhal, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 252).Pour apprécier la valeur de la philologie, il ne faut pas se demander ce que vaut (...) telle note que l'érudit serre au bas des pages de son auteur favori (Renan, Avenir sc., 1890, p. 144).Empl. abs. Serrez, tout doit tenir sur une seule page. (Dict. xxes.).
Spécialement
IMPR., empl. abs. ,,Diminuer l'espacement, restreindre les blancs afin de gagner de la place dans la page`` (Comte-Pern. 1974).
JEUX (tric-trac). Serrer son jeu. Ne pas étendre son jeu, pour ne pas se découvrir. (Dict. xixeet xxes.). Au fig. Serrer son jeu. Se montrer prudent. Ah! il faut serrer son jeu dans les affaires (Reybaud, J. Paturot, 1842, p. 446).
2. [Le compl. d'obj. dir. désigne une ou plusieurs pers.] Serrer des convives autour d'une table. Réponds, le Borgne, combien peut-il tenir de noirs... en plus dans la goëlette? − Mais, en les serrant un peu... trente... − Pas plus?... − Non, car ils n'auraient pas même leurs coudées franches (Sue, Atar-Gull, 1831, p. 21).Il faudrait élever la barricade de cinquante centimètres, moins serrer les tireurs, et en mettre aux fenêtres (Malraux, Espoir, 1937, p. 537).
Empl. pronom. Se serrer (contre qqn ou qqc.).Se presser, se blottir. Satin s'était serrée contre Nana, dans un petit frisson (Zola, Nana, 1880, p. 1374).Elle se serre contre le grand poêle de fonte, et bien que la chaleur du feu la pénètre elle continue à frissonner en pensant au pays glacé qui l'entoure (Hémon, M. Chapdelaine, 1916, p. 152).
Se serrer (autour de qqn/qqc., l'un contre l'autre, entre deux personnes). Se rapprocher de quelqu'un/les uns des autres pour occuper le moins d'espace possible. Serrez-vous, pour que tout le monde puisse entrer; se serrer autour d'une table. Les cuisiniers nous dévisagent, (...) d'un même mouvement, on se serre autour d'eux et des demandes se bousculent: − T'en es sûr? Mais on devait être relevés demain... (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 79).J'eus droit (...) à me serrer sur la banquette, entre le douanier mal réveillé et quelques bureaucrates (Saint-Exup., Terre hommes, 1939, p. 146).
Loc. verb. fig., empl. pronom. réciproque indir. Se serrer les coudes. V. coude I B 1 a.
En partic., dans le vocab. milit. Serrer les rangs. V. rang A 1 b α.
3. Au fig. Parler ou écrire d'une manière concise. Serrer son style; serrer l'expression. Serre, serre les dialogues, on parle trop, et tes personnages parlent un peu tous de la même façon (Flaub., Corresp., 1858, p. 293).Empl. abs. Ne te laisse pas tant aller à ton lyrisme. Serre, serre, que chaque mot porte (Flaub., Corresp., 1852, p. 9).
E. −
1. Passer au plus près de quelque chose.
a) [Le suj. désigne une pers. ou un moyen de locomotion] Longer, passer au plus près de (quelque chose). Voiture qui serre le bas-côté; serrer le trottoir en garant sa voiture. (Dict. xxes.).
Serrer sa droite/sa gauche. Marcher, conduire un véhicule en se tenant le plus près possible du côté droit ou gauche de la route (Dict. xxes.). Empl. abs. Serrer à droite, à gauche (Dict. xxes.).
MAR. Serrer la côte, la terre. Naviguer aussi près que possible de terre. Ils évitèrent les bancs de sable (...), puis ils se rabattirent sur la droite, à serrer la côte, pour chercher le courant (Queffélec, Recteur, 1944, p. 51).Serrer le vent [Dans la navigation à voiles] Naviguer aussi près que possible du lit du vent (d'apr. Le Clère 1960). Bientôt la Hyène orienta ses voiles, et, serrant le vent au plus près, mit le cap au sud (Sue, Atar-Gull, 1831, p. 12).Papadakis (...) redonnait un coup de barre, serrait le vent, remontait grand large, plein nord (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 215).
b) P. anal. (sans mouvement). Serrer de près. Border étroitement. Montagne qui serre de près une côte. À Blois finit la jetée. La route serre de moins près la Loire (Michelet, Journal, 1831, p. 102).À Nantes la barre de granit serre de près le fleuve et la ville (Vidal de La Bl., Tabl. géogr. Fr., 1908, p. 321).
c) Au fig. Serrer (de près). Analyser, définir, saisir (quelque chose), rendre compte (de quelque chose) avec exactitude et précision. Serrer de près un sujet, un problème, une notion, une question; serrer un texte, une traduction; serrer les idées de plus près. Pour M. Zola, le roman doit serrer la réalité du plus près qu'il se peut (Lemaitre, Contemp., 1885, p. 250).L'opinion (...) selon laquelle tout nouveau concept mathématique a son interprétation dans la nature, (...) serre la vérité de très près (Gds cour. pensée math., 1948, p. 325).
2. Qqn serre qqn
a) Serrer qqn (contre, dans,... qqc.).Pousser, presser quelqu'un contre un obstacle de manière à lui couper la retraite ou à gêner ses mouvements. Automobiliste qui serre un cycliste contre le bas-côté d'une route; serrer qqn dans un coin; serrer l'ennemi contre le fleuve, la montagne. (Dict. xixeet xxes.).
Spéc. et p. anal.
ART MILIT. Serrer une place, une ville. L'entourer, en couper les communications. (Dict. xixeet xxes.).
ESCR. Serrer la botte. Presser vivement son adversaire (Dict. xixeet xxes.).
b) Serrer qqn de près. Se rapprocher de quelqu'un, le talonner. Les Prussiens nous suivaient (...). On mit huit pièces en avant du village de Roedelheim, et l'ennemi (...) fut reçu par quelques décharges à mitraille, qui le dégoûtèrent de nous serrer d'aussi près (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 85).Après quatre jours de courses dans la neige (...), j'arrive me réfugier ici. Je n'ai ni bu ni mangé ces quatre jours. Bougrelas me serrait de près (Jarry, Ubu, 1895, v, 1, p. 83).
En partic. Serrer une femme de près. Lui faire une cour pressante. Votre monsieur ne vous a jamais proposé la chose? (...) Même, la matinée où il vous serrait de si près, dans le jardin? (Mirbeau, Journal femme ch., 1900, p. 168).Un peu plus loin, je dépasse Conan qui serre de près une belle fille rieuse (Vercel, Cap. Conan, 1934, p. 45).
c) Arg. Serrer qqn.Incarcérer. Donnez-moi cinq cents francs, et, demain matin, votre homme est serré, car nous l'avons couché hier (Balzac, Comédiens, 1846, p. 312).
REM. 1.
Serrante, subst. fém.,arg. Serrure (d'apr. Esn. 1966).
2.
Serreur, subst. masc.,rare, technol. Ouvrier chargé de serrer quelque chose (supra II C). L'ancienne équipe de laminage est ainsi une équipe fortement structurée: autour du premier lamineur, le serreur de vis et les machinistes obéissent à ses ordres et agissent de concert (Traité sociol., 1967, p. 455).
Prononc. et Orth.: [sε ʀe], [se-], (il) serre [sε:ʀ]. Passy 1914, Barbeau-Rodhe 1930, Martinet-Walter 1973 [sε-], [se-], Martinet-Walter dans la proportion de 7 à 11. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Verbe trans. 1. a) ca 1155 « fermer avec le verrou » (Wace, Brut, 5516 ds T.-L.); b) déb. xiiies. « enfermer, mettre en lieu sûr » (Audefroi li Bastars, Bartsch, Rom. et Past., I, 57, 67 ds Gdf.); c) ca 1485 « ranger, remiser » (Mist. Viel Testament, éd. J. de Rothschild, 5783: ou on serre les sciences par nous escriptes); 1507 (Eloy, Diablerie, 172, 17 ds IGLF: Fauche son foin ou le serre); 2. déb. xiies. « saisir vigoureusement » (Benoît de Ste-Maure, St Brendan, 498 ds T.-L.); 1616 serrer la main (d'Aubigné, Histoire, II, 272 ds Littré); 3. ca 1160 « joindre » part. passé (Eneas, 3999 ds T.-L.: menu serrees ot les denz); 1176 en parlant de soldats part. passé (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 1667); d'où a) 1636 serrer son écriture, serrer les lignes (Monet); b) id. serrer les rangs du bataillon (ibid.); 1807 fig. (Staël, Corinne, t. 3, p. 164); 4. a) 1276 « rapprocher vigoureusement » (Rutebeuf, Voie de Paradis, 237, éd. E. Faral et J. Bastin, t. 1, 349: Que toz jors sont ses denz serrees, Qui ja ne seront desserrees Se n'est por felonie dire); 1548 serrant de rage les dens (N. Du Fail, Baliverneries, p. 149 ds IGLF); b) 1480 genoulx serrez (G. Coquillart, Monologue, 135, éd. M. J. Freeman, p. 279); c) id. serrer les fesses (Id., Nouveaulx Droitz, 1757, p. 218); 5. 1527 « tenir à l'étroit en rapprochant à l'aide d'un lien » (1eroct.-30 mars, Compte d'ouvrages, 6esomme de mises, A. Tournai ds Gdf. Compl.); 6. a) 1540 « pousser, presser quelqu'un contre un obstacle de manière à gêner ses mouvements » (Amadis de Gaule, p. 207 ds IGLF: à force de le serrer l'ayant embrassé estoit tombé du cheval à terre); b) 1648 « longer, passer au plus près de » (Scarron, Virgile travesti, V ds Littré); 1678 terme de mar. serrer le vent (Guillet 3epart., p. 307); c) id. terme d'équit. serrer la demy-volte (ibid. 1repart., p. 207); d) 1679 terme d'escr. serrer les mesures ici fig. (Cardinal de Retz, Mémoires, éd. A. Feillet et J. Gourdault, t. 3, p. 145); 7. 1690 « faire mouvoir un élément mobile de manière à rapprocher deux choses l'une de l'autre » (Fur.). B. Verbe intrans. ca 1165 « être contracté par la tristesse (en parlant du cœur) » (Benoît de Ste-Maure, Troie, éd. L. Constans, 15851). C. 1. Ca 1165 « s'approcher de très près » (Id., ibid., 22804); 2. 1170-83 « se contracter par une émotion douloureuse (en parlant du cœur) » (Wace, Roman de Rou, 3epart., 2372, éd. A.-J. Holden); 3. a) 1593 « se comprimer la taille à l'aide d'un bandage » (G. Bouchet, Serées, XXV ds Gdf. Compl.); b) 1825 (Brillat-Sav., Physiol. goût, p. 45: se serrer le nez); 4. 1678 équit. « ne pas prendre assez de terrain (d'un cheval) » (Guillet 1repart., p. 207). Du lat. pop. *serrare, altér. du lat. tardif serare « fermer » (dér. de sera « serrure », à l'orig. « barre de bois qu'on fixait derrière la porte »), peut-être sous l'infl. de ferrum « fer » ou barra « barre » (v. FEW t. 11, p. 507a). Fréq. abs. littér.: 7 474. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 7 035, b) 14 868; xxes.: a) 13 308, b) 9 814. Bbg. Kemna 1901, p. 91 (s.v. serreur). − Quem. DDL t. 7 (s.v. serreur). − Sculpt. 1978, p. 628 (s.v. serreur).

SERRÉ, -ÉE, part. passé et adj.

I. − Part. passé de serrer*.
II. − Empl. adj.
A. − [Corresp. à serrer II A]
1. [En parlant d'une partie du corps et, en partic., d'éléments symétriques] Tenu étroitement rapproché, fermé. Dents serrées. Il fit un tour dans la chambre (...), mais la main serrée convulsivement autour du manche de son poignard (Stendhal, Chartreuse, 1839, p. 137).Les camarades du cordonnier, désarmés, impuissants, regardaient, muets, pâles, les poings serrés dans leurs poches (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 53).
2. [En parlant d'une partie du corps] Contracté. J'avais l'estomac serré, ratatiné. Je ne mangeais pas de bon cœur (Duhamel, Confess. min., 1920, p. 40).Je courus presque à ma chambre, les tempes serrées d'une exaltation mauvaise (Gracq, Syrtes,1951, p. 124).
Expressions
Avoir la gorge serrée. Être incapable de parler, par suite d'une émotion. T'en viens-tu, la belle? Bernardette fit signe que non, la gorge serrée incapable de parler (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 131).
Avoir le cœur serré. Avoir de la peine ou éprouver de l'angoisse. J'ai le cœur serré en pensant à cette horrible exécution de demain (Hugo, Corresp., 1866, p. 557).Elle s'arrêta, balbutiante, les cils battants, le cœur serré d'angoisse (Duhamel, Suzanne, 1941, p. 94).
Avoir l'intestin, le ventre serré. Être constipé. (Dict. xixeet xxes.).
B. − [Corresp. à serrer II B]
1. [En parlant d'un lien] Tendu avec force autour de quelque chose. Nœud bien serré; cravate trop serrée. Tous tenaient leur crosse, le maillet au fer oblique, au long manche garni d'une ficelle fortement serrée (Zola, Germinal, 1885, p. 1372).Des cordages tendus d'un cap à l'autre et serrés autour des roches, pendaient des lignes où s'accrochaient encore les poissons (Queffélec, Recteur, 1944, p. 98).
Empl. adv. Elle fut, à grands coups de bâton, menée vers l'orme de Vaurus; elle y fut liée si serré, que les cordes entraient dans la chair (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 347).Ficelez-le serré, ce gros bourgeois, et qu'on le fouette au sang (Salacrou, Terre ronde, 1938, ii, 3, p. 200).
2.
a) [En parlant d'un vêtement] Ajusté ou trop ajusté. Une jupe serrée; gant serré au poignet, veston serré à la taille. Sur les murs, trois portraits, (...) celui du poète avec la grande redingote serrée au flanc et la chemise à jabot d'alors (Maupass., Contes et nouv., t. 1, J. Romain, 1886, p. 1293).Je portais (...) de petits vestons étriqués, des pantalons courts, serrés aux genoux (Gide, Si le grain, 1924, p. 405).
P. anal. Pansement serré. [Le nerf] peut également être comprimé par un plâtre de jambe trop serré (Quillet Méd.1965, p. 370).
Empl. adv. [Le docteur] recommanda à Madame Morin de ne pas m'emmailloter trop serré (France, Pt Pierre, 1918, p. 8).
b) [En parlant d'une pers. ou d'une partie de son corps] Étroitement maintenu, comprimé. Homme maigrelet serré dans ses habits; hanches serrées dans une jupe; tête serrée dans un bandage. La tante était une ancienne actrice presque très vieille, très serrée dans un corset (Jacob, Cornet dés, 1923, p. 113).
C. − [Corresp. à serrer II C; en parlant d'une pièce mobile, d'un dispositif de fixation ou de fermeture] TECHNOL. Fortement assujetti ou bloqué. Écrou bien serré; freins serrés à fond. Joint de culasse mal serré (Chapelain, Techn. automob., 1956, p. 352).
D. − [Corresp. à serrer II D]
1.
a) [En parlant d'une pers., d'une chose ou souvent, de plusieurs pers. ou choses] Très proche; très rapproché. Maisons serrées autour de l'église; élèves serrés autour du maître; être serrés comme des harengs/des sardines. Étienne, en se tournant, se trouva de nouveau serré contre Catherine (Zola, Germinal, 1885, p. 1163).Les lumières des boutiques, nombreuses et serrées en cet endroit, éclairaient vivement le trottoir (Romains, Hommes bonne vol., 1932, p. 216).
[P. méton.] Se déplacer en colonne serrée, en rangs serrés. Une ligne serrée de bookmakers attendaient les parieurs (Zola, Nana, 1880, p. 1394).Un étrange gilet de soie, très ouvert, que fermait dans le bas un rang serré de petits boutons de nacre (Alain-Fournier, Meaulnes, 1913, p. 47).
ART MILIT. Ordre serré. V. ordre I B 2 b β.
En partic. Où les lettres, les mots sont rapprochés. Écriture serrée. Le Matin (...) lança dans la circulation un article qui fit coup de canon: deux colonnes serrées, compactes, que précédait ce titre (...): Les scandales de l'Est deux soldats trouvés ivres morts (Courteline, Train 8 h 47, 1888, p. 229).Je t'ai écrit dimanche matin à Courgivaux huit pages serrées (Rivière, Corresp.[avec Alain-Fournier], 1908, p. 358).
Spécialement
CIN., TÉLÉV., SON. Montage serré. Montage dont le rythme vif et soutenu est obtenu par des raccords sans transition de plans sonores ou visuels; action de réaliser un tel montage (d'apr. franterm Néol. 1984). Monter serré. Réaliser un tel montage. (d'apr. franterm Néol. 1984)
MAN. Cheval serré du devant/du derrière. Cheval dont les membres antérieurs vus de face, ou postérieurs vus de l'arrière sont trop rapprochés (d'apr. Tondra Cheval 1979).
b) [En parlant d'une chose et, en partic., d'une matière] Dont les éléments constitutifs sont très proches et laissent peu d'intervalle entre eux. Synon. compact, dense.Bois, duvet, tissu serré; filets serrés; herbe, pluie serrée. L'eau entrerait par une écluse grillée, et sortirait par une claie bien serrée de l'autre côté (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 49).Avec leur bassin étroit, leur poil ras et serré, leur conformation fusiforme, ces phoques, excellents nageurs, sont difficiles à saisir dans la mer (Verne, Île myst., 1874, p. 135).
Café (bien) serré. Café express très fort. Une cafetière électrique, (...) pour deux à douze tasses, deux positions: café serré ou café allongé (L'Événement du Jeudi, 16 avr. 1987, p. 142, col. 4).
Empl. adv. Toi, ma chère, tu « boucles » assez serré, et puis tes cheveux font le nuage assez facilement (Colette, Cl. école, 1900, p. 269).[L'homme] dit qu'il a réussi à ramper jusqu'à T. 22; mais qu'au delà, il n'y avait matériellement pas moyen d'avancer; − C'est pas que j'avais peur, mon lieutenant. Mais ça tombait si serré... j'aurais été haché tout de suite (Romains, Hommes bonne vol., 1938, p. 38).
2. Au fig.
a) [En parlant d'une chose]
α) Qui est exprimé avec un minimum de mots. Synon. concis.M. Leuwen fit un discours de dix minutes, serré, raisonné (Stendhal, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 232).Style trop serré. Le lecteur suffoque (Renard, Journal, 1901, p. 630).
P. méton., vx. [En parlant d'une pers.] Qui s'exprime de façon concise. Écrivain serré. (Dict. xixeet xxes.).
β) D'une stricte exactitude, d'une précision rigoureuse; qui ne laisse rien passer. Argumentation, critique, discussion serrée; analyse, étude, traduction serrée; contrôle, gestion serrée; éducation serrée. Tout ceci fut établi par Rouletabille grâce à un questionnaire très serré (G. Leroux, Parfum, 1908, p. 29).Mais la puissance des images ne fait pas tout. Patrick Poivre d'Arvor (...) accomplit aussi un travail journalistique remarquablement serré (Le Point, 29 mai 1978, p. 100, col. 1).
P. méton. [En parlant d'une pers.] Qui a beaucoup de rigueur, d'exigence. Logicien serré. (Dict. xxes.).
Empl. adv. De manière rigoureuse. Discuter serré. Après chaque couplet un peu long, où sans doute un de ses personnages avait raisonné juste et serré, il réfléchissait un moment, le temps de reprendre haleine, et je l'entendais qui disait: « Voyons, qu'allons-nous répondre? » (Fromentin, Dominique, 1863, p. 53).Dans ma famille on a toujours tenu très serré les domestiques (Gide, Si le grain, 1924, p. 385).
γ) En partic. [En parlant d'un affrontement, d'une compétition] Où les adversaires, de force sensiblement égale, se tiennent de très près. Match serré; partie serrée. La lutte sera serrée. Vous allez affronter des négriers. Il vous sera plus dur de lutter contre eux que contre des moulins (Maran, Batouala, 1921, p. 15).
Jeu serré. Manège prudent, stratégie menée avec vigilance. Un jeu serré, subtil, féroce, se joue entre la conversation et la sous-conversation. Le plus souvent, le dedans l'emporte (Sarraute, Ère soupçon, 1956, p. 122).
P. méton. [En parlant de l'arrivée d'une course ou des résultats d'une compétition sportive] Où les écarts entre les différents concurrents sont très faibles. Score serré. Arrivée très serrée entre les trois premiers (Le Sport Vélocipédique, 2 févr. 1884ds Petiot 1982).
Empl. adv. Jouer serré. V. jouer C.
b)
α) [En parlant d'une chose] Étroitement limité, restreint. Budget, emploi du temps serré; délais serrés. Cette usine ou cet atelier doivent assurer de très grosses productions, pour lesquelles s'imposent des prix de revient très serrés et un rendement très élevé (Brunerie, Industr. alim., 1949, p. 172).
β) [En parlant d'une pers.] Serré (de, par).Embarrassé par des difficultés financières. Être un peu serré. Quenu, serré d'argent, brutalisé parfois, était parfaitement heureux (Zola, Ventre Paris, 1873, p. 646).
Fam. Qui limite trop étroitement ses dépenses. Synon. chiche.Il est un peu serré de bourse. Encore pourrait-on discuter sur la vanité des gens de la chapelle. C'est un quartier pur, à la fois riche et serré, ennemi de Dieu et du snobisme (Fargue, Piéton Paris, 1939, p. 21):
Comme les grandes folies, les grandes dépenses, les grandes magnificences intérieures des temps de François Iersont remplacées par des appartements sobres, des châteaux rigoureux, des salles nécessiteuses, des châteaux à faire des comptes, des grands logis de bourgeois serrés! Goncourt, Journal, 1865, p. 175.
Empl. adv. En restreignant le plus possible ses dépenses, à l'économie. Vivre serré. Skiez serré: la semaine en studio deux personnes avec forfait, remontées mécaniques 700 francs par personne (Le Nouvel Observateur, 27 sept. 1980, p. 117, col. 1).
E. − [Corresp. à serrer II E; en parlant d'une chose] Vieilli. Borné par des limites étroites. Synon. encaissé, enserré, resserré.Vallée profonde et serrée; fleuve serré entre des coteaux à vigne; ville serrée à l'intérieur de ses remparts. Un cimetière minuscule, serré entre deux logis, entasse les unes sur les autres ses trois douzaines de vieilles tombes (Farrère, Homme qui assass., 1907, p. 147).
Prononc.: [seʀe], [-sε-]. Fréq. abs. littér.: 3 690. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 3 274, b) 5 366; xxes.: a) 6 926, b) 5 858. Bbg. Grundt (L.-O.). Ét. sur l'adj. invarié en fr. Bergen-Oslo-Transø, 1972, p. 153, 294.

Wiktionnaire

Forme de verbe

serres \sɛʁ\

  1. Deuxième personne du singulier du présent de l’indicatif de serrer.
  2. Deuxième personne du singulier du présent du subjonctif de serrer.

Forme de verbe

serres \ˈsɛrːɛs\

  1. Deuxième personne du singulier de l’imparfait de l’indicatif du verbe sarrañ/serr/serrañ/serrezh/serriñ.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SERRE. n. f.
Lieu clos et couvert de vitrages où, pendant l'hiver, on renferme les arbres ou plantes qui craignent la gelée. Retirer, sortir les orangers de la serre; les rentrer dans la serre. Serre chaude, Serre où l'on entretient une température permettant d'obtenir des fruits ou des légumes avant la saison, et de conserver des plantes exotiques qui ne supportent pas notre climat. On n'obtient ce fruit-là que dans la serre chaude. Un fruit de serre chaude. On est dans cet appartement comme dans une serre chaude. Fig., Culture en serre chaude se dit de Procédés artificiels dont on se sert pour hâter l'éclosion de talents auxquels on ne laisse pas le temps de se développer naturellement. C'est un fruit de serre chaude.

SERRE se dit aussi du Pied des oiseaux de proie, qui s'appelle Main en termes de Fauconnerie. L'aigle a les serres très fortes. Cet oiseau de proie tenait une perdrix dans ses serres.

Phonétique du mot « serres »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
serres sɛr

Citations contenant le mot « serres »

  • L’aigle a beau avoir des serres, il ne pourrait capturer une mouche. De Proverbe chinois
  • Pour Maelane, c’est la deuxième saison dans les serres. Elle est arrivée depuis un mois. Le reste de l’année, elle étudie dans le domaine du commerce : sa licence en poche, elle commencera un master à la rentrée. Le Telegramme, Lézardrieux : grappe de saisonniers pour serres de tomates - Lannion - Le Télégramme
  • Situé dans le bois de Boulogne, le jardin des serres d’Auteuil est créé en 1761 sous le règne du roi Louis XV. Réaménagé à la fin du XIXe siècle, sous la conduite de l’architecte Jean-Camille Formigé, il se dote de cinq grandes serres (la grande serre, les serres est et ouest, la serre aux palmiers et celle aux azalées) en fonte peinte en bleu turquoise caractéristique de l’architecture 1900. La grande serre est une vraie prouesse avec sa nef qui réunit au même endroit trois espaces climatiques distincts : un jardin tropical, une palmeraie et une orangerie. L’ensemble est classé au Monuments historiques depuis 1998. AD Magazine, Les plus belles serres à visiter en France | AD Magazine
  • Depuis décembre 2018, les serres Vandaele sont fermées. Les propriétaires du commerce avaient cherché pendant trois ans un repreneur… en vain. À présent, toute la structure a été démontée par une société venue des Pays-Bas. La Voix du Nord, Les serres de l’ancienne pépinière Vandaele à Morbecque ont été démontées
  • fabricants serres commerciales avec les meilleurs faits et des chiffres, le sens, la définition, lanalyse SWOT, avis dexperts et les derniers développements à travers le monde. Le rapport calcule également la taille du marché, serres commerciales ventes, le prix, les revenus, la marge brute et part de marché, la structure des coûts et le taux de croissance. Le rapport estime que les revenus générés par les ventes de ce rapport et technologies par divers secteurs dapplication. , serres commerciales Taille du marché 2020 de lindustrie mondiale brève analyse par pays Top données avec les opportunités de croissance, les technologies émergentes et de la demande en prévision de 2026 – JustFamous
  • Tristan Arlaud, l'exploitant, n'a pas vu immédiatement que ses légumes étaient ainsi aspergés, il a tenté de les sauver après les lacérations des serres. Mal lui en a pris, l'exposition prolongée à une très forte dose de pesticides lui a valu de tomber malade. Le certificat médical qu'il présente évoque "une incapacité de travail au sens pénal de 8 jours". Il y a donc les pertes financières matérielles plus récoltes en cours, la perte vis-à-vis des clients, plus l'incapacité de travail du maraicher... Cela fait beaucoup pour une ferme bio ! Wikiagri.fr, Des serres de légumes bio aspergées de pesticides, mais à qui profite le crime ?
  • Les pompiers du Gard interviennent sur un feu de broussailles ce samedi après-midi, aux alentours d'Aubord (Gard). Les soldats du feu doivent sécuriser des habitations ainsi que des serres. France Bleu, Incendie en cours à Aubord : des serres et des maisons menacées

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Traductions du mot « serres »

Langue Traduction
Anglais greenhouses
Espagnol invernaderos
Italien serre
Allemand gewächshäuser
Chinois 温室
Arabe الدفيئات
Portugais estufas
Russe теплицы
Japonais 温室
Basque berotegiak
Corse serre
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Synonymes de « serres »

Source : synonymes de serres sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « serres »

Serres

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