Plaire : définition de plaire


Plaire : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

PLAIRE, verbe

A. − Empl. trans. indir.
1. [Constr. avec un suj. nom.]
a) Qqn plaît (à qqn).Éveiller la sympathie chez quelqu'un, être une source d'agrément, de satisfaction pour quelqu'un.
[Dans un cont. impliquant une interprétation non active] Synon. fam. revenir.Elle dit à voix basse: «L'aimerais-tu donc déjà? Ce serait mal». −Mal, reprit Eugénie, pourquoi? Il te plaît, il plaît à Nanon, pourquoi ne me plairait-il pas? (Balzac,E. Grandet, 1834, p.97).Mademoiselle Thérèse (...) me plaisait par son humeur égale et riante (A. France,Pt Pierre, 1918, p.143):
1. Très réconfortante conversation avec le gouverneur Lamblin, qui nous invite à prendre avec lui tous nos repas. Combien me plaît cet homme modeste, dont l'oeuvre admirable montre ce que pourrait obtenir une administration intelligente et suivie. Gide,Voy. Congo, 1927, p.714.
[Dans un cont. impliquant une interprétation active] Synon. vieilli complaire à qqn.N'oubliez pas, madame, qu'il s'agit de plaire tout à fait au roi, plaire à peu près à la Chambre des députés, et enfin ne pas trop choquer cette pauvre Chambre des pairs (Stendhal,L. Leuwen, t.3, 1835, p.325).L'auteur a essayé de plaire au public par des artifices littéraires, il a déformé les faits pour les rendre plus beaux (Langlois, Seignobos,Introd. ét. hist., 1898, p.144).
− Dans le domaine amoureux, sexuel.[Avec une interprétation active ou non active selon les cont.] Éveiller l'intérêt, le désir. Synon. charmer, séduire.La petite n'a pas voulu du monsieur, l'homme ne lui plaisait pas physiquement (Goncourt,Journal, 1887, p.700).Je crois que l'un des sexes cherchera toujours à plaire à l'autre et que de ce désir élémentaire naîtra éternellement le besoin de vaincre des rivaux (Maurois,Sil. Bramble, 1918, p.172).
Qqn plaît.[Gén. dans le discours de la crit. esthét. ou dans le domaine amoureux] L'art de plaire. L'homme ou la femme, qui veulent plaire encore, après qu'ils sont flétris, recherchent de préférence les personnes assez jeunes pour n'avoir pu comparer encore les idées du plaisir (Laclos,Éduc. femmes, 1803, p.463).Rien de moins sentimental et de moins moral que son oeuvre. Nulle anecdote. Nul souci de plaire ou seulement d'intéresser (Faure,Hist. art, 1921, p.214).
Empl. pronom. réfl.; empl. pronom. réciproque (dans le domaine amoureux). Je cherche à me plaire. J'ai l'ambition de l'ensemble (Valéry,Tel quel I, 1941, p.189).Chacun se plaisait à soi-même; moi, le mort, je ne me plaisais pas: je me trouvais très ordinaire, plus ennuyeux que le grand Corneille (Sartre,Mots, 1964, p.165).
b) Qqc. plaît à qqn.Être agréable à quelqu'un, être une source d'agrément, de satisfaction pour quelqu'un. Synon. agréer, convenir, ravir, réjouir, aller (fam.), botter (fam.).N'avoir pas le bonheur, l'heur de plaire à qqn. Il est certain que la campagne me plaira beaucoup; j'en ai pour garant le plaisir qu'Adolphe se promet, en y vivant avec moi (Fiévée,Dot Suzette, 1798, p.185).Votre proposition me plaît fort. J'aime mieux avoir à faire à vous, brave et honnête ami, pour 100000 francs, que de recevoir 150000 francs de tout autre (Stendhal,L. Leuwen, t.3, 1835, p.413):
2. La bibliothèque de l'enfance (...) comprend un certain nombre d'oeuvres qui, ayant cessé de plaire aux adultes, sont censées devoir plaire aux enfants. Elles sont, d'ailleurs, adaptées, expurgées et luxueusement éditées. Civilis. écr., 1939, p.30-9.
[P. méton. du compl. introd. par à] J'ai en horreur la servitude; la liberté plaît à mon indépendance naturelle (Chateaubr.,Mém., t.3, 1848, p.284).En général il [le poulpe] plaît peu aux palais parisiens (Coupin,Animaux de nos pays, 1909, p.428).
Qqc. plaît.Une belle prairie, un ruisseau limpide sont des objets qui peuvent plaire un moment mais qui n'attachent pas long temps (Chênedollé,Journal, 1818, p.98).Il disait: − Prenez donc plutôt Musset... C'est délicieux!... Ça plaît toujours (Gyp,Souv. pte fille, 1928, p.226).
Vieilli. Cela lui/vous.... plaît à dire. [Empl. pour récuser une parole, en la présentant comme n'étant que l'expression de la subjectivité de son locuteur] Le Marchand: (...) Ah! dame! quand on est jeune, on ne s'endort pas au bruit des violons. L'Orfèvre: Jeune! jeune! cela vous plaît à dire. On n'est pas jeune avec une barbe comme celle-là (Musset,Lorenzaccio, 1834, i, 2, p.87).Il n'en sait pas davantage (...). Cela lui plaît à dire, et je suis bien certain que, s'il voulait parler... (Dumas père, Halifax, 1842, prol., 8, p.13).
2. [Dans une constr. impers.]
a) Être agréable, convenir à quelqu'un.
α) Vieilli. Il plaît à qqn de + inf., il plaît à qqn que + prop. complét.
[Constr. avec un inf.] Il nous plaît davantage de croire que l'oeuvre de Dieu est bonne, qu'elle est sainte (L. Blanc,Organ. trav., 1845, p.27).Je n'aime pas ce genre de récits; il ne me plaît pas de les croire vrais (Alain,Propos, 1914, p.181):
3. −Ne crie pas si haut (...), tout le monde nous regarde. −Et s'il me plaît de crier haut! S'il me plaît de te dire tes vérités! S'il me plaît... Heureusement les cigognes (...) venaient de se remettre en route (...); et toute la place (...) poussait un cri d'admiration. Erckm.-Chatr.,Ami Fritz, 1864, p.74.
[Constr. avec une complét.] Il ne me plaît nullement que MlleLambercier... monte ici, d'abord... et puis qu'elle y ait avec toi des colloques mystérieux (Hermant,M. de Courpière, 1907, iv, 7, p.31).Il nous plairait que l'année 1945 fût, pour l'éducation nationale, une aussi grande année que le fut l'année 1792 (Hist. instit. et doctr. pédag., 1944, p.373).
En partic.
[P. méton. du compl. introd. par à] Il plaît à mon don-quichottisme de braver son intérêt et de mépriser la prudence (Amiel,Journal, 1866, p.284).
[P. ell. du compl. introd. par à] Les promeneurs s'arrêtaient, des quadrilles se formaient et l'on dansait là où il plaisait de danser (Dumas père, Monte-Cristo, t.1, 1846, p.448).
[L'inf. ou la complét. est pronominalisé(e) par un relatif] Il en sera de nous et de la France ce qu'il plaira à la providence, c'est-à-dire ce qui est déterminé par l'invincible force des choses (Maine de Biran,Journal, 1816, p.147).«Eh bien, monsieur, lui demanda-t-il, que serons-nous aujourd'hui? −Ce qu'il plaira à Cyrus», répondit le reporter. Or, de briquetiers et de potiers qu'ils avaient été jusqu'alors, les compagnons de l'ingénieur allaient devenir métallurgistes (Verne,Île myst., 1874, p.133).
Dans le lang. de la politesse, vieilli. [Empl. pour présenter une demande de façon déférente] Messieurs, que vous plaît-il de souper? (Nerval,Filles feu, Angélique, 1854, p.547).Madame, nous voici chez nous. Vous plaît-il que nous séparions l'appartement en deux? (About,Roi mont., 1857, p.113).
Plaît-il*.
S'il te/vous plaît. V. cette loc. en vedette autonome.
β) Fam. Ça plaît à qqn de + inf., ça plaît à qqn que + propr. complét.Il m'semble qu'j'ai le droit d'voyager comme ça m'plaît d'voyager (Benjamin,Gaspard, 1915, p.22).Et même... tu ne me croiras pas? Ça me plairait assez que tu lui parles une dernière fois... Oui, au fond, je le désire (Mauriac,Mal Aimés, 1945, ii, 6, p.199):
4. Ah! je voudrais aussi élever mes enfants, en faire de bons sujets (...). Il y a encore un idéal, ce serait de ne pas être battue, si je me remettais jamais en ménage; non, ça ne me plairait pas d'être battue... Et c'est tout, vous voyez, c'est tout... Zola,Assommoir, 1877, p.411.
γ) Vx. Il plaît à qqn + inf.Imaginez le phénomène le plus vulgaire, l'élasticité par exemple, ou tel autre qu'il vous plaira choisir (J. de Maistre,Soirées St-Pétersb., t.1, 1821, p.369).
b) [Dans une sub. ou dans une réponse en dialogue; avec ell. de l'inf. ou de la complét.] Convenir à quelqu'un. Synon. vouloir.
[Constr. avec il] Comme il vous plaira. J'espère te voir très prochainement; viens à 11 heures le jour qu'il te plaira (Flaub.,Corresp., 1872, p.386).Deux valets ravisseurs triturent comme il leur plaît les épaules nues de la fille de leur maître (Artaud,Théâtre et son double, 1938, p.168):
5. «Vendredi prochain, s'il plaît à Dieu, je me propose d'être ivre,» disait le feu duc de *, et notre auteur fixait ainsi d'avance quand et combien de fois dans un temps donné il se livrerait à sa débauche favorite. Baudel.,Paradis artif., 1860, p.412.
[Constr. avec ça] Isabelle: (...) À quelle heure voulez-vous venir me voir demain matin, ma chérie? Dorothy: Vers dix heures, si ça vous plaît (Bourdet,Sexe faible, 1931, ii, p.402).V. dégoûtant ex. 6.
Rem. Dans certains cont. et plus partic. dans les textes consultés du déb. du xixes., cette constr. connote l'idée de bon plaisir (v. plaisir II): Pourquoi faut-il que le pouvoir législatif soit paralysé, dès qu'il plaira au pouvoir exécutif (...)? L'opinion des ministres qui s'opposent à la loi, vous paroît-elle plus imposante que celle de vos représentans qui l'adoptent? (Robesp., Discours, Contre veto, t.6, 1789, p.92).
3. [Au subj.; dans les loc. infra]
a) [Formule de souhait] Plaise, plût à Dieu (ou un terme équivalent) (de) + inf., plaise, plût à Dieu (ou un terme équivalent) que + prop. complét. Plaise à la providence m'accorder cette grâce. Point d'heure où je ne supplie la suprême miséricorde de me l'octroyer (Adam,Enf. Aust., 1902, p.376).Plût au ciel que ma fille fût morte, au lieu de t'épouser. Le meilleur des gendres est le tombeau (Montherl.,Malatesta, 1946, i, 6, p.450).
[P. ell. du suj.] −Alors je puis donner de l'espérance à madame votre mère?» demanda le curé (...). Afin de se débarrasser du curé, elle reprit: «Ne désespérez pas! −Plaise à Dieu! Nous en serions tous bien joyeux (...)» (Duranty,Malh. H. Gérard, 1860, p.280).
b) [Formule marquant que l'on repousse l'éventualité de l'événement ou la supposition exprimée dans la complét.] À Dieu (ou un terme équivalent) ne plaise que + prop. complét. À Dieu ne plaise que je fasse le procès du mécanisme. Chaque siècle a ses procédés et personne plus que moi n'admire nos ingénieuses mécaniques (Barrès,Cahiers, t.9, 1912, p.344).Aux dieux ne plaise que je méconnaisse les séductions de l'imagination. On nous accuse quelquefois de manquer d'imagination. C'est qu'en nous l'imagination est réglée par l'action (Alain,Propos, 1930, p.942).
[Dans une incise]
Ce qu'à Dieu ne plaise. Dans le cas où, ce qu'à Dieu ne plaise, nos relations éprouveraient quelque obstacle, tu peux écrire en toute sûreté à l'adresse que je t'ai donnée (Hugo,Lettres fiancée, 1821, p.41).
À Dieu ne plaise. Ce soir, si vous voulez, Françoise... Si j'avais (à Dieu ne plaise!) vingt ans de moins, je serais sans doute assez fou pour essayer de prouver que cela n'était pas le repos, que vous appeliez repos la révolte silencieuse d'une pauvre petite âme écrasée (Bernanos,Dialog. ombres, 1928, p.43).
c) [Formule de requête] Plaise (à) qqn (de) + inf., plaise (à) qqn que + prop. complét.
Vieilli. Monsieur mon maître, plaise humblement Votre Seigneurie accepter que je n'aie pas confiance en Votre Seigneurie (Claudel,Soulier, 1929, 1rejournée, 7, p.678).
DR. Plaise à la chambre condamner ma cliente à l'amende (Hugo,N.-D. Paris, 1832, p.366).Plaise à M. le juge de paix d'appliquer le maximum de la peine (Flaub.,Bouvard, t.2, 1880, p.181).
B. − Empl. pronom.
1. Qqn se plaît à + inf., qqn se plaît à + groupe nom.Prendre plaisir à.
[Constr. avec un inf.] Apprenez donc que nul ne se dit du petit peuple, ne se plaît à être du petit peuple, ni à y rencontrer ses amis (Toepffer,Nouv. genev., 1839, p.183).Je me plais à contempler le pavillon et ses deux tourtereaux, comme on aime à voir un beau site (Balzac,Paysans, 1844, p.186):
6. Ignorant et romantique, il se plaisait pourtant, comme Napoléon, à évoquer sur son passage les grands noms de l'Histoire, Babylone, Ninive, Alexandre, le sultan Aroun-al-Raschid. A. France,Vie fleur, 1922, p.515.
[P. méton. du suj.] Leur travail entier se plaît à faire serpenter, autour de la croix, le labyrinthe habile de leurs arguments (Vigny,Serv. et grand. milit., 1835, p.215).L'orgueil de caste (...) se plaît à concentrer sur une seule tête tous les rayons de la fortune familiale (Jaurès,Ét. soc., 1901, p.216).
[Constr. avec un compl. nom.] Il ne se plaisait qu'à la lecture de Pascal et de Montesquieu. Il aimait à pascaliser, comme il disait lui-même (Chênedollé,Journal, 1832, p.146).Celui qui, sur le champ de foire, se plaît au jeu des autos tamponneuses ne risque pas sa vie (Jeux et sports, 1967, p.1169).
[Le compl. introd. par à désigne une pers.] Farou, paré d'aventures éclatantes et brèves ne cessa pas pour si peu de se plaire à Fanny (Colette,Seconde, 1929, p.55).V. amant ex. 59.
[P. méton. du suj.] L'imagination de Werner se plaît singulièrement à ces associations qui ont l'air de quelque chose de surnaturel (Staël,Allemagne, t.3, 1810, p.152).L'école classique se plaît aux sujets officiels, historiques, mythologiques, allégoriques, religieux même (Barlet, Lejay,Art de demain, 1897, p.39).
2. Qqn se plaît + compl. de lieu.Aimer à être quelque part. La longue et belle esplanade des fortifications avait été convertie en un mail, ombragé d'ormes sous lesquels se plaisent les habitants (Balzac,Béatrix, 1839, p.5).Vous pensez que vous allez vous plaire en Amérique? (Bourdet,Sexe faible, 1931, ii, p.399).
P. anal. [Le suj. désigne une plante, un animal] Trouver un milieu favorable, être en abondance quelque part. Synon. prospérer.Des amphibies, tels que les chevaux marins (...) se plaisent au milieu des glaces flottantes (Bern. de St-P., Harm. nat., 1814, p.362).Le houblon se plaît dans les endroits abrités des vents violents (Industr. fr. brass., 1955, p.4).
Au fig. Prendre plaisir à (quelque chose). Ces éternels problèmes où se plaisent les âmes de haut vol, comme les vôtres, que tourmentent incessamment les mystérieuses énigmes de la vie (Pailleron,Monde où l'on s'ennuie, 1869, ii, 1, p.93).Ces jeux d'imagination où se plaisent tous les enfants (Béguin,Âme romant., 1939, p.34).
3. Qqn se plaît avec qqn.Aimer à être avec quelqu'un. Si tu ne l'effarouches point, il se plaira avec toi; songe qu'il faut que de son propre mouvement il te fasse son grand vicaire (Stendhal,Chartreuse, 1839, p.130).Je ne comprends pas comment un bel homme comme toi puisse se plaire avec cette traînée, cette sauterelle (Zola,Ventre Paris, 1873, p.666).
Prononc. et Orth.: [plε:ʀ], (il) plaît [plε]. Homon. forme de pleuvoir (plut). Att. ds Ac. dep. 1694. Ind. prés.: je plais, tu plais, il plaît, nous plaisons, vous plaisez, ils plaisent; imp.: je plaisais; passé simple: je plus; fut.: je plairai; impér.: plais, plaisons, plaisez; subj. prés.: que je plaise; subj. imp.: que je plusse; part. prés.: plaisant; part. passé inv.: plu. Étymol. et Hist. 1. a) Déb. xiies. «agréer, être agréable à quelqu'un» (en parlant de choses) (St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 1506); 1633 «satisfaire le goût du public» (Corneille, La suivante, préf.); b) ca 1160 «en parlant d'une personne, être agréable, charmer» (Eneas, 167 ds T.-L.); 2. a) ca 1050 «formule de voeu» si Deu ploüst (Alexis, éd. C. Storey, 535); ca 1165 Pleüst a Dieu que (Chrétien de Troyes, Guillaume d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 658); 1636 plaise à Dieu (Monet); b) 1160-74 s'il vus plaist (Wace, Rou, éd. H. Andresen, 1727); 1874 comme il vous plaira «exprime une indifférence à une menace» (Lar. 19e); c) ca 1480 plest-il? (Mistere Viel Testament, éd. J. de Rothschild, V, 124); 1670 plaît-il? (Molière, Bourgeois gentilhomme, III, 2); 3. 1269-78 verbe pronom. «être content de soi» (Jean de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 13606); 1560 se plaire à + n. ou inf. «prendre plaisir à» (Bible Rebul, Eccl., chap.11, verset 16); ca 1590 «trouver du plaisir à être avec quelqu'un» (Montaigne, Essais, éd. P. Villey et V. L. Saulnier, I, XXI, 98); 1604 se plaire de + inf. (Montchrestien, Aman, éd. Petit de Julleville, 243); 1690 «en parlant des animaux, des végétaux» (Fur.). Issu peut-être d'un doublet plácĕre formé à côté de placire (v. FEW 9, 5 b, no28), ou bien réfection d'apr. il plaît, de l'a. fr. plaisir* usité comme inf. jusqu'au xiiies., sur le modèle des verbes comme faire, traire... Fréq. abs. littér.: 11872. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 18847, b) 15924; xxes.: a) 16242, b) 16102. Bbg. Bolbjerg (A). Six verbes fr.: la catégorie -aire. R. rom. 1979, t.14, pp.114-116. _ Duch. Beauté. 1960, p.67, 84. _ Dumonceaux (P.). Langue et sensibilité au xviies. Genève, 1975, pp.285-350. - Lanly (A.). Morphol. hist. des verbes fr. Paris, 1977, pp.256-258. _ Morin (Y.-C.). Maintien du e final dans l'évol. hist. des mots du type faire et maire en fr. Can. J. Ling. 1979, t.24, p.95, 110.

Plaire : définition du Wiktionnaire

Verbe

plaire \plɛʁ\ transitif 3e groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se plaire)

  1. Agréer ; être agréable.
    • Ces lieux communs mythologiques et ce cliquetis de mots sonores, mais à peu près vides de sens, plurent au roi Sighebert et à ceux des seigneurs Francs qui, comme lui, comprenaient quelque peu la poésie latine. — (Augustin Thierry, Récits des temps mérovingiens, 1er récit : Les quatre fils de Chlother Ier — Leur caractère — Leurs mariages — Histoire de Galeswinthe (561-568), 1833 - éd. Union Générale d’Édition, 1965)
    • Les parties de pêche au bord de la Cuisance lui plaisaient; il admirait les coups d’épervier lancés d'une main vigoureuse par Jules Vercel. — (René Vallery-Radot, La vie de Pasteur, Hachette, 1900, Flammarion, 1941, p. 12)
    • Ils causèrent au coin du feu ; l’intérieur plut sans doute à l’abbé, car il se mit à l’aise. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • Confucius était un moraliste qui se méfiait de l’intelligence ; le terre à terre des relations humaines lui plaisait mieux que la spéculation ondoyante. — (Paul Demiéville, La montagne dans l’art littéraire chinois, dans Choix d’études sinologiques (1921-1970), p. 364, BRILL, 1973)
  2. (impersonnel) Vouloir.
    • Il me plaît de faire ceci.
    • Je ferai ce qu’il vous plaira.
    • Il fait de ses amis tout ce qu’il lui plaît.
    • Cela va comme il plaît à Dieu, se dit d’une affaire dont la conduite est abandonnée, négligée.
  3. (impersonnel) (Absolument) Terme de politesse, utilisé de façon phatique.
    • S’il vous plaît ; S'il te plaît...
    • Répondez, s’il vous plaît, à la question que je vais vous poser.
    • Croyez, s’il vous plaît, que je sais ce que je dis.
    • N’allez pas, s’il vous plaît, vous imaginer que je vous laisserai faire.
    • Plaît-il ? c’est-à- dire Que vous plaît-il ? Le plus souvent, on emploie cette formule pour faire répéter ce qu’on n’a pas bien entendu ou souvent ce qu’on n’a pas apprécié avoir entendu.
    • Plaise à Dieu, plût à Dieu que, Façons de parler dont on se sert pour marquer qu’on souhaite quelque chose.
    • Plaise à Dieu qu’il revienne sain et sauf!
    • Plût à Dieu que cela fût ! On dit aussi absolument
    • Plût à Dieu !
    • Note d’usage : Dans les formules ci-dessus, on utilise le présent du subjonctif pour exprimer un souhait (potentiel). L’imparfait du subjonctif sert à formuler un regret ou le souhait d’une chose qu’on sait impossible (irréel).
    • à Dieu ne plaise, ce qu’à Dieu ne plaise, façons de parler dont on se sert pour témoigner l’éloignement ou l’aversion que l’on a pour quelque chose.
    • à Dieu ne plaise que j’y consente jamais.
    • S’il meurt, ce qu’à Dieu ne plaise, je quitterai cette maison.
    • Plaise à la cour, formule dont on se sert dans quelques écrits ou mémoires qu’on présente aux magistrats.
  4. (Pronominal) Prendre plaisir à quelque chose.
    • Loin de s'occuper des jappements indicatifs du chien, notre personnage se plaisait à suivre loisireusement le sentier tortueux dans lequel il marchait. — (Angelo de Sorr, Le Châtiment, dans la Revue Parisienne, mai 1856, p.2)
  5. (Pronominal) Aimer à être dans un lieu, s’y trouver bien.
    • Mon Dieu, mon Dieu ! quand on vient des pays où fleurit l’oranger, où trillent les cigales saoulées de soleil, comment se plaire ici ? — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • C’est un des endroits où je me plais le plus.
    • Les truites se plaisent dans l’eau vive.
    • La vigne se plaît dans les terres pierreuses.
  6. (Pronominal) Aimer.
    • Se plaire à soi-même, être content de soi.
    • Se plaire l’un à l’autre, être agréable l’un à l’autre.

Verbe

plaire \Prononciation ?\ intransitif 3e groupe (voir la conjugaison)

  1. Plaire.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Plaire : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PLAIRE. (Je plais, tu plais, il plaît; nous plaisons, vous plaisez, ils plaisent. Je plaisais. Je plus. Je plairai. Plais. Que je plaise. Que je plusse. Plaisant. Plu.) v. intr.
Agréer, être agréable. Cet homme-là me plaît beaucoup. Il a tout ce qui peut plaire. Elle n'est pas très belle, mais elle plaît à tout le monde. Elle n'a qu'à se montrer pour plaire. Elle a le don, le secret, l'art de plaire. Cet ouvrage plaît à ma raison. De telles actions plaisaient à son cœur. Cela vous plaît à dire, Locution familière servant à faire connaître qu'on ne convient pas de ce qui vient d'être dit, ou à énoncer un refus. Vous prétendez que c'est un honnête homme; cela vous plaît à dire.

PLAIRE s'emploie aussi impersonnellement, en parlant d'une Chose qu'on veut, qu'on a pour agréable. Il me plaît de faire ceci. Il a plu à Dieu de finir ses misères. Il n'en sera que ce qu'il vous plaira. Je ferai ce qu'il vous plaira. Comme il vous plaira. Il ne me plaît pas que vous alliez là. Il fait de ses amis tout ce qu'il lui plaît. Fig., Cela va comme il plaît à Dieu, se dit d'une Affaire dont la conduite est abandonnée, négligée. S'il vous plaît, employé absolument, est un simple terme de civilité. Donnez-moi cela, s'il vous plaît. Répondez, s'il vous plaît, à la question que je vais vous faire. C'est aussi une façon de donner à ce qu'on dit plus de force et un accent plus impérieux. Croyez, s'il vous plaît, que je sais ce que je dis. N'allez pas, s'il vous plaît, vous imaginer que je vous laisserai faire. Dans le style familier, une personne qu'on appelle répond quelquefois Plaît-il! c'est-à-dire Que vous plaît-il? Le plus souvent, on emploie cette formule pour faire répéter ce qu'on n'a pas bien entendu ou parfois ce qu'on ne veut pas avoir entendu. Plaise à Dieu, plût à Dieu que, Façons de parler dont on se sert pour marquer qu'on souhaite quelque chose. Plaise à Dieu qu'il revienne sain et sauf! Plût à Dieu que cela fût! On dit aussi absolument Plût à Dieu! À Dieu ne plaise, ce qu'à Dieu ne plaise, Façons de parler dont on se sert pour témoigner l'éloignement ou l'aversion que l'on a pour quelque chose. À Dieu ne plaise que j'y consente jamais. S'il meurt, ce qu'à Dieu ne plaise, je quitterai cette maison. Plaise, Formule dont on se sert dans quelques écrits ou mémoires qu'on présente aux magistrats. Plaise à la cour.

SE PLAIRE signifie Prendre plaisir à quelque chose. Il se plaît à lire. Elle se plaît à vous mettre en colère. Il ne se plaît qu'à faire du mal. Il ne se plaît à rien. Elle s'est plu à vous contredire. Ils se sont plu à me persécuter. Il signifie aussi Aimer à être dans un lieu, s'y trouver bien. Il se plaît à la campagne. C'est un des endroits où je me plais le plus. Il se dit, en ce sens, des Animaux. Le gibier se plaît dans les taillis. Les truites se plaisent dans l'eau vive. Il se dit aussi des Plantes. La vigne se plaît dans les terres pierreuses. Le sapin se plaît sur les montagnes. Se plaire à soi-même, Être content de soi. Se plaire l'un à l'autre, Être agréable l'un à l'autre.

Plaire : définition du Littré (1872-1877)

PLAIRE (plê-r'), je plais, tu plais, il plaît, nous plaisons, vous plaisez, ils plaisent ; je plaisais ; je plus, tu plus, il plut, nous plûmes, vous plûtes, ils plurent ; je plairai ; je plairais ; plais, qu'il plaise, plaisons, plaisez ; que je plaise, que nous plaisions ; que je plusse, qu'il plût, que nous plussions, qu'ils plussent ; plaisant, plu v. n.
  • 1Agréer, être agréable, en parlant des personnes. Pour plaire aux autres, il faut parler de ce qu'ils aiment et de ce qui les touche, éviter les disputes sur des choses indifférentes, leur faire rarement des questions, et ne leur laisser jamais croire qu'on prétend avoir plus de raison qu'eux, La Rochefoucauld, Réfl. div. 127. Et pour n'avoir personne à sa flamme contraire, Jusqu'au chien du logis il s'efforce de plaire, Molière, Femm. sav. I, 3. En sachant la passion dominante de chacun, on est sûr de lui plaire, Pascal, Pens. VII, 14, éd. HAVET. Elle connaissait si bien la beauté des ouvrages de l'esprit, que l'on croyait avoir atteint la perfection quand on avait su plaire à Madame, Bossuet, Duch. d'Orl. Je serais très aise de plaire à Mme de Bonnevaux ; car peu de gens lui plaisent, et elle plaît à tous, Maintenon, Lett. à Mme de Brinon, 1679. Qui cherche à plaire à tous ne doit plaire à personne, Rousseau J.-B. Flatt. IV, 2. Il n'y a peut-être rien de plus fou et de plus faible, après les Velches, que ceux qui veulent leur plaire, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 7 sept. 1774.

    Il se dit du charme qui captive un amant, une amante. Votre fille me plut, je prétendis lui plaire, Elle est de mes serments seule dépositaire, Racine, Iphig. IV, 6. Rosine : Si vous pouviez me plaire, ah ! comme je vous aimerais ! - Bartholo : Je te plairai, je te plairai ; quand je te dis que je te plairai, Beaumarchais, Barb. de Sév. II, 15.

  • 2 Absolument. Avoir un charme. Nous plaisons plus souvent dans le commerce de la vie par nos défauts que par nos bonnes qualités, La Rochefoucauld, Max. 90. Il faut de l'adresse pour aimer ; l'on épuise tous les jours les manières de plaire ; cependant il faut plaire, et l'on plaît, Pascal, Pass. de l'amour. Elle vit le monde, elle en fut vue : bientôt elle sentit qu'elle plaisait, Bossuet, Anne de Gonz. Il faut qu'en cent façons pour plaire il [l'auteur dramatique] se replie, Que tantôt il s'élève et tantôt s'humilie…, Boileau, Art p. III. Une femme coquette ne se rend pas sur la passion de plaire, La Bruyère, III. Jamais homme n'a eu plus que lui [Fénelon] la passion de plaire, et au valet autant qu'au maître, Saint-Simon, 380, 137. Apprends qu'en ce bas monde Il vaut mieux plaire que servir, Lamotte, Fabl. I, 7. Il [le cardinal de Fleury] plaisait par ses manières nobles et aisées, et il ne paraissait vouloir plaire qu'autant que l'exige une politesse bien entendue, Mairan, Éloges, Fleury. Le don de plaire se trouve le plus souvent confondu avec celui de persuader, de conduire les hommes, Mairan, ib. Cette envie de plaire qui est à l'esprit ce que la parure est à la beauté, Voltaire, Zadig, 8. Je ne connais personne, je le répète, qui plaise aussi généralement que vous, et peu de personnes qui y soient plus sensibles, D'Alembert, Portr. de Mlle de l'Espinasse.
  • 3Être agréable, convenir, en parlant des choses. On a pour toute règle que ce qui plaît est beau, et on ne songe pas que ce qui plaît aujourd'hui ne plaira plus demain, Condillac, Art d'écr. IV, 5. Il faut… Prendre l'état qui vous plaira le plus, Voltaire, Pauv. diab.

    Familièrement. Cela vous plaît à dire, s'emploie pour faire entendre que l'on n'accepte pas ce qui vient d'être dit. Tout beau, berger, cela vous plaît à dire, Th. Corneille, Berger extrav. II, 5.

  • 4V. impers. Vouloir, trouver bon. Qui peut ce qu'il lui plaît commande alors qu'il prie, Corneille, Sertor. IV, 2. Heureux, si vous voulez, malheureux, s'il vous plaît, Molière, Tart. III, 3. Je vous prie tous deux de ne vous point en aller qu'on ne m'ait apporté mon habit, afin que vous me puissiez voir. - Tout ce qu'il vous plaira, Molière, Bourg. gent. I, 2. Vous plaît-il un morceau de ce jus de réglisse, Molière, Tart. IV, 5. Encore un petit mot. - Il ne me plaît pas, moi, Molière, ib. II, 2. Il y a cette différence entre Dieu et les souverains, que, Dieu étant la justice et la sagesse même, il peut faire mourir sur le champ qui il lui plaît et en la manière qu'il lui plaît, Pascal, Prov. XI. Il peut prononcer comme il lui plaît, ordonner selon qu'il lui plaît, exécuter tout ce qu'il lui plaît, Bourdaloue, 1er dim. après l'Épiph. Dominic. t. I, p. 49.

    Avec que, le verbe qui suit se met au subjonctif. Il me plaît que vous fassiez cela. Ceux, dit-il [le concile d'Elvire], qui retomberont dans leurs premiers crimes après le remède de la pénitence, il nous a plu qu'on ne leur permît pas de se jouer encore une fois de la communion, Bossuet, Sermons, Temps du jubilé, 3.

    Dans l'emploi impersonnel, l'infinitif qui suit est mis souvent sans préposition. Et nos jours criminels ne pourront plus durer Qu'autant qu'à sa clémence il plaira l'endurer, Corneille, Hor. V, 2. Comme il faut dire : la faveur qu'il vous a plu me faire, la grâce qu'il vous a plu m'accorder, qui est meilleur que la faveur qu'il vous a plu de me faire, etc. Marg. Buff. Observ. p. 110, 1668. Vous plaît-il, don Juan, nous éclaircir ces beaux mystères ? Molière, Festin, I, 3.

    Qui bon lui plaît, celui qu'il veut selon le bon plaisir. L'armée vint à Londres, et chassa qui bon lui plut de Westminster, Chateaubriand, Stuarts, Du commencement de la guerre civile.

    Cela va comme il plaît à Dieu, se dit d'une chose mal ordonnée, qui se fait mal. Mais moi, grâce au destin, qui n'ai ni feu ni lieu, Je me loge où je puis, et comme il plaît à Dieu, Boileau, Sat. VI. Contentons-nous de nos vingt millions d'hommes et de nos cent vingt livres par tête, réparties comme il plaît à Dieu, Voltaire, L'homme aux 40 écus, entretien avec un géomètre. Le satyre est dessiné comme il plaît à Dieu, Diderot, Salon de 1765. Œuv. t. XIII, p. 94, dans POUGENS.

    Tout ce qu'il vous plaira, se dit pour laisser à celui à qui l'on parle le soin d'achever une énumération. Je le tiens galant homme en toutes les manières, Homme de qualité, de mérite et de cœur, Tout ce qu'il vous plaira, mais fort méchant auteur, Molière, Mis. IV, 1. Vous verriez que toutes les femmes qui sont ici, ayant dans cette barque leurs maris, leurs fils, leurs frères, leurs cousins, ou tout ce qu'il vous plaira, ne laissent pas de vivre, de manger, de dormir, d'aller, de venir, de parler, de raisonner et d'espérer de revoir bientôt l'objet de leur inquiétude, Sévigné, 466.

    Tout ce qu'il vous plaira, se dit aussi pour indiquer qu'on ne tient pas compte des objections.

    Ironiquement. Tant qu'il vous plaira, se dit pour indiquer qu'on accorde une chose par pure politesse, mais sans y rien attacher de sérieux. Ce sont là, dites-vous, des extrémités ; il est vrai : mais extrémités tant qu'il vous plaira, rien n'est plus commun dans l'état du mariage, Bourdaloue, 2e dim. après l'Épiphan. Dominic. t. I, p. 88. Mon ami tant qu'il vous plaira ; moi d'abord, Diderot, Sur les caractères.

    S'il vous plaît, terme de politesse, pour demander quelque chose à quelqu'un. Ne m'oubliez jamais dans vos prières, s'il vous plaît, Maintenon, Lett. à l'abbé Gobelin, 25 mai, 1675.

    Parfois, s'il vous plaît, est une façon polie de recommander avec énergie ce qu'on dit. Une seconde fois avisez, s'il vous plaît, à traiter Laodice en reine comme elle est ; C'est moi qui vous en prie, Corneille, Nicom. II, 3. Et moi, ma petite fille, ma mie, je veux que vous vous mariiez, s'il vous plaît, Molière, Avare, I, 6.

    Plaît-il ? c'est-à-dire que demandez-vous de moi ?

    Cela se dit aussi pour faire répéter ce qu'on n'a pas bien entendu.

    Il est auprès de lui à plaît-il, maître, se dit d'un homme qui est auprès d'un autre d'une complaisance servile. Aussi Godet fut-il un personnage devant qui le clergé rampait, et avec qui les ministres étaient à plaît-il, maître, Saint-Simon, 249, 61.

  • 5Plaise à Dieu, plût à Dieu que… ! formules de souhait. Plaise à Dieu qu'il en soit ainsi ! Plût aux dieux que mon cœur fût innocent comme elles [comme mes mains] ! Racine, Phèdre, I, 3. Plût à Dieu que l'histoire parlât davantage des hommes de génie, et moins de la méchanceté ou de l'imbécillité puissante, si ce n'est pour faire abhorrer l'une et mépriser l'autre ! D'Alembert, Éloges, Trublet.

    Quelquefois le de ou même le que se supprime. Plût à Dieu l'avoir tout à l'heure [le fouet] devant tout le monde, et savoir ce qu'on apprend au collége ! Molière, Bourg. III, 3. Ah ! tout cela n'est que trop véritable ; Et, plût au ciel le fût-il moins ! Molière, Amph. I, 2. Plût à Dieu vous savoir en chemin présentement ! il fait un temps de printemps, Sévigné, 22 déc. 1677. Plût à Dieu que vous lui eussiez gagné mille pistoles, et en être [que j'en fusse] de moitié ! Hamilton, Gramm. 3.

    À Dieu ne plaise ! marque l'éloignement, l'aversion que l'on a pour quelque chose. À Dieu ne plaise que je vous laisse ignorer ce qui concerne les morts et la conduite que vous devez tenir à leur égard ! Bourdaloue, Commém. des morts, Myst. t. II, p. 530. Quand je serais d'humeur à me remarier, ce qu'à Dieu ne plaise…, Marivaux, Marianne, 9e part. Je n'ai point dit ceci pour diminuer rien de la distance infinie qu'il y a entre les vices et les vertus : à Dieu ne plaise ! Montesquieu, Esp. des lois, XIX, 11.

  • 6Plaise, terme de formule dont on se sert dans quelques écrits ou mémoires que l'on présente. Plaise au roi, plaise à la cour m'octroyer.

    Nous voulons et nous plaît ce qui suit, formule qui était autrefois employée dans les édits et déclarations du roi.

  • 7Se plaire, v. réfl. Être agréable à soi-même. Et, toujours mécontent de ce qu'il vient de faire, Il plaît à tout le monde et ne saurait se plaire, Boileau, Sat. II. Si les femmes veulent seulement être belles à leurs yeux, et se plaire à elles-mêmes, elles peuvent sans doute, dans le choix des ajustements et de la parure, suivre leur goût et leurs caprices, La Bruyère, III.

    Être agréable l'un à l'autre. Les femmes ne se plaisent pas les unes aux autres par les mêmes agréments qu'elles plaisent aux hommes, La Bruyère, III. Fénelon vit Mme Guyon ; leur esprit se plut l'un à l'autre, Saint-Simon, 31, 107.

  • 8Se plaire à, prendre plaisir à. Roi cruel ! ce sont là les jeux où tu te plais, Racine, Esth. III, 1. Qui ne se plaît pas à Regnard n'est pas digne d'admirer Molière, Voltaire, Mél. litt. Cons. à un journ. Il y a bien de la différence entre se plaire à un travail et y être propre, Rousseau, Ém. III.

    On dit aussi : se plaire en, dans. Que Dieu ne se plaisait pas aux temples faits de main, mais en un cœur pur et humilié, Pascal, Pens. XV, 3 bis, éd. HAVET. La créature qui se plaît en elle-même, Bossuet, Hist. II, I. Ce roi, qui se plaisait dans la vérité, Fléchier, Duc de Montausier. Il [Lamotte] avait beaucoup d'amis, c'est-à-dire qu'il y avait beaucoup de gens qui se plaisaient dans sa société ; je l'ai vu mourir, sans qu'il eût personne auprès de son lit, en 1731, Voltaire, Louis XIV, Écrivains. L'âme se plaît dans l'exercice facile de ses forces, Bonnet, Ess. psych. 17.

    Se plaire à, avec le verbe à l'infinitif. Mais il est aveuglé. - Mais il se plaît à l'être, Corneille, Poly. III, 3. La fortune se plaît à faire de ces coups, La Fontaine, Fabl. VII, 13. Insectes invisibles que la main du Créateur s'est plu à faire naître dans l'abîme de l'infiniment petit, Voltaire, Microm. VI.

    On dit aussi avec un infinitif, bien que plus rarement, se plaire de. Oui, j'écris rarement et me plais de le faire, Régnier, Sat. X. Et cette erreur extrême Est un mal que chacun se plaît d'entretenir, La Fontaine, Fabl. I, 11. Il en est peu qui fort souvent Ne se plaisent d'entendre dire Qu'au livre du destin les mortels peuvent lire, La Fontaine, ib. II, 13. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu'il y a une puissance occulte et terrible qui se plaît de renverser les desseins des hommes, Bossuet, Sermons, Quinquagés. I. Relevez, relevez ces superbes portiques Du temple où notre Dieu se plaît d'être adoré, Racine, Esth. III, 9. C'est un bon mot sans doute, et qu'on se plaît d'entendre, Voltaire, Disc. 7. Il s'admire, et se plaît de se voir si savant, Chénier, Ép. 4.

    Avec faire on supprime quelquefois le pronom personnel. Ceux que l'opinion fait plaire aux vanités, Malherbe, V, 8.

  • 9Aimer à être avec certaines personnes. On se plaît avec les gens dont on vient de mériter la reconnaissance, Marivaux, Pays. parv. 4e part. Il se plaisait avec les amis qu'il croyait avoir, mais il se plaisait encore plus avec lui-même, Rousseau, 2e dial.

    Aimer à être dans un lieu, s'y trouver bien. Elle rejeta mon offre, me protesta qu'elle se plaisait fort à l'hermitage, Rousseau, Confess. IX. Que j'aime ces bois solitaires ! Aux bois se plaisent les amants, Les nymphes y sont moins sévères, Et les bergers plus éloquents, Gilbert, Charme des bois.

    Il se dit aussi des animaux et des végétaux. Les perdrix se plaisent sur ce coteau. Cette plante se cache sous les herbes et se plaît dans les lieux humides, Bougainville, Voy. t. I, p. 108, dans POUGENS.

REMARQUE

Le participe passé du verbe plaire est invariable : ils se sont plu à lire ; elles se sont plu en ce lieu. Cependant quelques grammairiens accordent en ce sens le participe ; voy. là-dessus la remarque à COMPLAIRE.

SYNONYME

CE QUI VOUS PLAÎT, CE QU'IL VOUS PLAÎT. Ce qui vous plaît signifie ce qui vous donne du plaisir, ce qu'il vous plaît signifie ce que vous voudrez. Cette distinction, bien que réelle, n'était pas toujours suivie anciennement : En ce temps-là il n'y avoit point de roi dans Israël ; mais chacun faisoit ce qui lui plaisait, Sacy, Bible, Juges, XXI, 24. ; Non, je tombe d'accord de tout ce qui vous plaît ; Tout marche par cabale et par pur intérêt, Molière, V, 1. Le sens veut, aujourd'hui du moins, ce qu'il lui plaisait, ce qu'il vous plaît.

HISTORIQUE

XIe s. Ce respont Guenes : ne placet Dame Deu [ne plaise au Seigneur Dieu], Ch. de Rol. XXVI. Deus, se lui plaist, à bien le vous mercie, ib. XXXVIII.

XIIe s. Itels briefs enveieient al saint humme ultre mer, Pur mielz plaisir al rei e pur lur sens mustrer, Th. le mart. 70. Sire conpeing, plait-il vos [vous plait-il] escouter ? Ronc. p. 47. Car pleüst Deu [plût à Dieu] qui fit oisel volage…, ib. p. 65. Quant vous plaira, s'ert [sera] ma peine merie [récompensée], Couci, II. Et qu'il vous plaist à ouïr ma priere, ID. XVIII. Diex ! pourquoi l'aim [l'aiméje], quant je ne lui puis plaire ? ib. p. 125. Cument purrad-il à sun seigneur plasir mielz que par noz testes trencher ? Rois, p. 112.

XIIIe s. Car il ne plot [plut] à Dieu qui tout a à garder, Berte, III. Si vi ung songe en mon dormant, Qui moult fut biax et moult me plot, la Rose, 27. Biaus amis, que faites vous là ? Fait Courtoisie, ça venez, Et avecques nous vous prenez à la carole [danse], s'il vous plest, ib. 797. Qu'à son signor [elle] puisse plaisir, Et Blanchefleur de mort garir, Fl. et Bl. 308.

XVe s. Sire, que plait vous ? Froissart, I, I, 119. Toutes ces choses plaisirent grandement au duc de Bourgogne, Froissart, II, II, 241. La requeste qu'il vous a pleu me faire, Commines, Prol. Notre ivrogne plus saoul qu'une grive partant des vignes, commença, s'il vous plaist, sa devote confession, Louis XI, Nouv. VI. Non pas que je dye qu'elle ne voulsist [voulût] aymer, ou que je la vaille, se humilité amoureuse ne s'en mesloit aucunement ; ainsi luy pleust à dire, Perceforest, t. v, f° 45.

XVIe s. Il me plaist de…, Montaigne, I, 69. Se plaire en la compaignie de…, Montaigne, I, 91. La lumiere qu'il plaist au soleil nous communiquer par ses rayons, Montaigne, I, 250. La fortune se plaist à luy rompre la roideur de sa course, Montaigne, II, 117. Nous nous plaisons plus des choses estrangieres que des nostres, Montaigne, IV, 68. Il faut qu'ils se plaisent de son plaisir, qu'ils laissent leur goust pour le sien, La Boétie, 67. La cigale se p'aist du chant de la cigale, Ronsard, 733. Ja dieu ne plaise, dit-il, que sois jamais…, Amyot, Arist. 5. Marchandise qui plaist est à demie vendue, Oudin, Curios. franç.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PLAIRE. - REM. Ajoutez :

2. Régnier a dit se plaire que, avec un subjonctif suivant : L'amour est un enfant qui se plaît qu'on le voie, Dial. Cette tournure a vieilli, mais est bonne et pourrait être reprise.

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Plaire : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

PLAIRE, v. n. (Gramm.) c’est avoir des qualités agréables au cœur, à l’esprit, ou au sens. C’est une folie que de vouloir plaire à tout le monde. Avec les gens d’un goût délicat, l’art de plaire manque son but. Les mélancholiques se plaisent dans les ténebres. Les saules se plaisent dans les lieux humides, &c.

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Étymologie de « plaire »

Étymologie de plaire - Littré

Provenç. placer ; catal. plaurer ; espagn. placer ; portug. prazer ; ital. piacere ; du lat. placere. Il y avait de ce verbe deux infinitifs, plaisir et plaire ; le premier, régulier, vient du latin placere, e long ; l'autre plaire vient d'une vicieuse prononciation de placere, e bref.

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Étymologie de plaire - Wiktionnaire

(Siècle à préciser) Du latin placere (« plaire », « complaire », « être agréable », « satisfaire »).
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Étymologie de plaire - Wiktionnaire

(Siècle à préciser) Vraisemblablement une réfection analogique d’après les verbes comme faire, issu de il plaît, de l’ancien français plaisir, forme du verbe à l’infinitif jusqu’au XIIIe, du latin plăcēre (« plaire, être agréable, satisfaire »).
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Phonétique du mot « plaire »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
plaire plɛr play_arrow

Conjugaison du verbe « plaire »

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Citations contenant le mot « plaire »

  • Voilà des nouvelles qui devraient plaire aux gamers et aux adeptes de ce mode de jeu. 90min.com, FIFA 21 : Les nouveautés du mode carrière qui vont plaire aux fans du jeu vidéo
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  • L’art de plaire est l’art de tromper. De Vauvenargues / Réflexions et maximes
  • Malheur à la femme qui cesse de plaire ! De Marquise de Lambert / Réflexions sur la vieillesse
  • Il y a deux manières de plaire : amuser et intéresser. De Stanislas de Boufflers
  • Il ne faut pas toujours avoir raison pour plaire. De Charles Joseph de Ligne
  • Quand on arrête d'essayer de plaire, on touche. De Fanny Ardant
  • A trop vouloir plaire, on finit par se déplaire. De Philippe Darveau
  • A 15 ans, on veut plaire ; à 20 ans, on doit plaire ; à 40 ans, on peut plaire ; mais ce n'est qu'à 30 ans qu'on sait plaire. De Jean-Gabriel Domergue
  • Plaire ou ne pas plaire, je m'en fous totalement De Gérard Depardieu / Le Figaro.fr, 23 décembre 2015
  • Savoir l’art de plaire ne vaut pas tant que savoir plaire sans art. De Jean-Louis Guez de Balzac / Lettre
  • Plaire à la foule, c'est plaire à un seul. De Jean Rostand / Pensées d’un biologiste
  • Qui cherche à plaire à tous ne doit plaire à personne. De Jean-Baptiste Rousseau
  • Plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui. De Sacha Guitry
  • Gouverner, ce n'est pas plaire. De François Mitterrand / France Inter - 22 Octobre 1991
  • Avoir plu aux puissants n'est pas le plus haut mérite. Horace en latin Quintus Horatius Flaccus, Épîtres, I, XVII, 35
  • L'art de plaire est l'art de tromper. Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues, Réflexions et Maximes
  • Plus on plaît généralement, moins on plaît profondément. Henri Beyle, dit Stendhal, De l'amour
  • La principale règle est de plaire et de toucher. Toutes les autres ne sont faites que pour parvenir à cette première. Jean Racine, Bérénice, Préface
  • Quand on travaille pour plaire aux autres on peut ne pas réussir, mais les choses qu'on a faites pour se contenter soi-même ont toujours chance d'intéresser quelqu'un. Marcel Proust, Pastiches et mélanges, Gallimard
  • Je voudrais bien savoir si la grande règle de toutes les règles n'est pas de plaire et si une pièce de théâtre qui a attrapé son but n'a pas suivi un bon chemin. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, La Critique de l'École des femmes, 6, Dorante
  • Il faut bien plus d'esprit pour plaire avec de la bonté qu'avec de la malice. Anne Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert, Lettres, à la supérieure d'un couvent
  • L'art de plaire […] consiste simplement en deux choses : ne point parler de soi aux autres et leur parler toujours d'eux-mêmes. Jules Huot de GoncourtEdmond Huot de Goncourt, Journal, Fasquelle
  • Je n'ai plus besoin de plaire à personne, puisque personne n'a plus besoin de moi. duchesse de Choiseul, Lettres, à Mme du Deffand
  • Quand on veut plaire dans le monde, il faut se résoudre à apprendre beaucoup de choses qu'on sait par des gens qui les ignorent. Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort, Maximes et pensées
  • On croit communément que l'art de plaire est un grand moyen de faire fortune : savoir s'ennuyer est un art qui réussit bien davantage. Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort, Maximes et pensées
  • L'art de plaire est plus difficile, quoi qu'on pense, que l'art de déplaire. Gérard Bauër, Chroniques, I , Gallimard

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Synonymes de « plaire »

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