Patrie : définition de patrie


Patrie : définition du Wiktionnaire

Nom commun

patrie \pa.tʁi\ féminin

  1. La terre des ancêtres, le pays où l’on est né, la nation dont on fait partie, la société politique dont on est membre.
    • On croit mourir pour la patrie, et on crève pour des combines de mercantis, prompts à engraisser, à travers tous les charniers, leurs dividendes. — (Victor Margueritte ; Debout les vivants! - 1932)
    • …ce qui nous répugne c’est l’idée de Patrie qui est vraiment le concept le plus bestial, le moins philosophique dans lequel on essaie de faire entrer notre esprit. — (Louis Aragon, La Révolution d’abord et toujours, 1921)
    • […] le comte d'Artois, le prince de Condé, et les Polignac sortaient de France pour aller demander à l'étranger non-seulement un asile, mais des secours contre la révolution. C'était les premiers de émigrés qui bientôt vont allumer la guerre civile dans leur patrie et former contre elle une coalition européenne. — (Alfred Barbou, Les Trois Républiques françaises, A. Duquesne, 1879)
  2. (En particulier) La province, la ville où l’on est né.
    • …, combien de camisards entêtés dans leur foi, combien de magnarelles diligentes n'ont pas vécu ici sans prévoir cette mort prochaine de leur petite patrie! — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
  3. (Par extension) Le climat, la contrée propre à certains animaux, ou même à certains végétaux.
    • […] ; le singe, le tigre, le lion éloignés de leur patrie et enfermés dans nos ménageries ne tardent pas à tomber dans un état de décrépitude complet et sont presque toujours enlevés par la phthisie. — (Jean Déhès, Essai sur l’amélioration des races chevalines de la France, École impériale vétérinaire de Toulouse, Thèse de médecine vétérinaire, 1868)
    • La patrie des palmiers. —— La Laponie est la patrie du renne.
  4. (Figuré) Lieu où une chose, une science, une idée, un art, etc. trouve les conditions particulièrement favorable à son développement.
    • Athènes fut la patrie de la philosophie.
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Patrie : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PATRIE. n. f.
La terre des ancêtres, le pays où l'on est né, la nation dont on fait partie, la société politique dont on est membre. La France est notre patrie. Solon donna des lois à sa patrie. Cicéron fut appelé le Père de la patrie. Bien mériter de la patrie. Porter les armes contre sa patrie. Mourir pour la patrie. La mère patrie, Nation à laquelle se rattache une colonie. Synonyme de MÉTROPOLE. Un sans-patrie, les sans-patrie, Ceux qui légalement n'ont pas de patrie; Ceux qui renient toute patrie.

PATRIE désigne, dans un sens plus particulier, la Province, la ville où l'on est né. Marseille est sa patrie. On dit plutôt La petite patrie pour désigner le Lieu où l'on est né et auquel on est attaché par ses liens de famille et ses souvenirs d'enfance. Il se dit quelquefois, par extension, du Climat, de la contrée propre à certains animaux, ou même à certains végétaux. La patrie des palmiers. La Laponie est la patrie du renne. Fig., Athènes fut la patrie de la philosophie signifie que La philosophie trouva dans Athènes un lieu particulièrement favorable à son développement. La céleste Patrie, Le Ciel, considéré comme le séjour des bienheureux.

Patrie : définition du Littré (1872-1877)

PATRIE (pa-trie) s. f.
  • 1Pays où l'on a pris naissance. Mourir pour sa patrie est un sort plein d'appas Pour quiconque à des fers préfère le trépas, Corneille, Œdipe, II, 3. Chacun songe comment il s'acquittera de sa condition ; mais, pour le choix de la condition et de la patrie, le sort nous le donne, Pascal, Pens. XXV, 80, édit. HAVET. Une reine fugitive qui ne trouve aucune retraite dans trois royaumes, et à qui sa propre patrie n'est plus qu'un triste lieu d'exil, Bossuet, Reine d'Anglet. Homère est encore et sera toujours ; les receveurs de droits, les publicains ne sont plus ; ont-ils été ? leur patrie, leurs noms sont-ils connus ? La Bruyère, VI. À tous les cœurs bien nés que la patrie est chère ! Voltaire, Tancr. III, 1. Le premier qui a écrit que la patrie est partout où l'on se trouve bien est, je crois, Euripide dans son Phaéton, Voltaire, Dict. phil. Patrie. Un républicain est toujours plus attaché à sa patrie qu'un sujet à la sienne, par la raison qu'on aime mieux son bien que celui de son maître, Voltaire, Pensées sur le gouvernement, 1752. Il y a dans tous les hommes un penchant à aimer leur patrie, qui tient plus à des causes morales qu'à des principes physiques, Raynal, Hist. phil. v, 9. La patrie nous donne mille plaisirs habituels que nous ne connaissons pas nous-mêmes avant de les avoir perdus, Staël, Corinne, XIV, 3. Reine du monde, ô France, ô ma patrie, Soulève enfin ton front cicatrisé ; Sans qu'à tes yeux leur gloire en soit flétrie, De tes enfants l'étendard s'est brisé, Béranger, Enf. de la Fr. C'est un si grand malheur de pleurer la patrie ! P. Lebrun, Cid d'Andal. II, 2.

    Fig. Pour moi point de patrie, où vous ne serez pas, Corneille, Toison d'or, II, 2. L'univers est la patrie d'un grand homme, Raynal, Hist. philos. V, 10.

  • 2 Particulièrement. Province, ville où l'on est né. Marseille est sa patrie.

    La petite patrie, la localité où l'on est né, et aussi la famille. Comme si ce n'était point par la petite patrie, qui est la famille, que le cœur s'attache à la grande, Rousseau, Ém. V.

  • 3 Fig. La nation dont on fait partie, la société politique dont on est membre. J'aurais mauvaise grâce de chercher de la gloire et des avantages par des choses qui ne sont pas de ma profession ; mais je suis Français très affectionné à ma patrie…, Vauban, Dîme, p. 2. Il n'y a point de patrie dans le despotique ; d'autres choses y suppléent, l'intérêt, la gloire, le service du prince, La Bruyère, X. Que me servirait, comme à tout le peuple… que ma patrie fût puissante et formidable, si, triste et inquiet, j'y vivais dans l'oppression ?…, La Bruyère, X. L'ambassadeur [du roi de Sicile]… avait ordre de faire tous ses efforts pour l'engager [M. Delisle] à passer dans les États de ce prince… l'amour de la patrie le retint, et peut-être aussi l'espérance qu'elle n'aurait pas l'ingratitude assez ordinaire à toute patrie, Fontenelle, Delisle. Une patrie est un composé de plusieurs familles ; et, comme on soutient communément sa famille par amour-propre, lorsqu'on n'a pas un intérêt contraire, on soutient par le même amour-propre sa ville ou son village qu'on appelle sa patrie, Voltaire, Dict. phil. Patrie. Ce ne sont ni les murs ni les hommes qui font la patrie ; ce sont les lois, les mœurs, les coutumes, le gouvernement, la constitution, la manière d'être qui résulte de tout cela, Rousseau, Lett. à Pictet, Corresp t. VI, p. 91. Vaut-il mieux avoir éclairé le genre humain qui durera toujours, que d'avoir ou sauvé ou bien ordonné une patrie qui doit finir ? Diderot, Claude et Nér. II, 75. L'État n'est plus un corps, et l'on n'a pas vu qu'il fallait des siècles pour y rétablir cette unité qu'on appelle patrie, et qui est l'ouvrage insensible et lent de l'habitude et de l'opinion, Marmontel, Bélisaire, ch. 11.

    Patrie commune, l'État dans lequel on possède des droits politiques.

  • 4La mère patrie, voy. MÈRE, n° 25.
  • 5 Par extension, contrée, climat propre à certains animaux. Les régions arctiques sont la patrie de l'ours blanc. La patrie des palmiers.
  • 6 Fig. Il se dit des contrées, des villes où fleurissent, où sont en abondance certaines espèces d'hommes ou de choses. Athènes fut la patrie des philosophes. Ce pays est la patrie des sciences et des lettres.
  • 7La céleste patrie, le ciel, le séjour des bienheureux.

HISTORIQUE

XVe s. Suivant le proverbe qui porte qu'il est licite à un chacun et louable de combatre pour sa patrie, J. Chartier, Hist. de Charles VII, p. 147.

XVIe s. Le devoir en quoi je suis obligé à la patrie, Du Bellay, J. Défense et illust. de la langue fr. II, 1. Qui me faict supplier V. M. de me honorer d'un aultre departement et bien esloigné de ma patrie [de la province où je suis né], Carloix, IX, 1. Pour la patrie, c'est un beau mot, Baïf, les Sciences et enseignements, II.

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Patrie : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

PATRIE, s. f. (Gouvern. politiq.) le rhéteur peu logicien, le géographe qui ne s’occupe que de la position des lieux, & le léxicographe vulgaire, prennent la patrie pour le lieu de la naissance, quel qu’il soit ; mais le philosophe sait que ce mot vient du latin pater, qui représente un pere & des enfans, & conséquemment qu’il exprime le sens que nous attachons à celui de famille, de société, d’état libre, dont nous sommes membres, & dont les lois assurent nos libertés & notre bonheur. Il n’est point de patrie sous le joug du despotisme. Dans le siecle passé, Colbert confondit aussi royaume & patrie ; enfin un moderne mieux instruit, a mis au jour une dissertation sur ce mot, dans laquelle il a fixé avec tant de goût & de vérité, la signification de ce terme, sa nature, & l’idée qu’on doit s’en faire, que j’aurois tort de ne pas embellir, disons plutôt ne pas former mon article des réflexions de cet écrivain spirituel.

Les Grecs & les Romains ne connoissoient rien de si aimable & de si sacré que la patrie ; ils disoient qu’on se doit tout entier à elle ; qu’il n’est pas plus permis de s’en venger, que de son pere ; qu’il ne faut avoir d’amis que les siens ; que de tous les augures, le meilleur est de combattre pour elle ; qu’il est beau, qu’il est doux de mourir pour la conserver ; que le ciel ne s’ouvre qu’à ceux qui l’ont servie. Ainsi parloient les magistrats, les guerriers & le peuple. Quelle idée se formoient-ils donc de la patrie ?

La patrie, disoient-ils, est une terre que tous les habitans sont intéressés à conserver, que personne ne veut quitter, parce qu’on n’abandonne pas son bonheur, & où les étrangers cherchent un asyle. C’est une nourrice qui donne son lait avec autant de plaisir qu’on le reçoit. C’est une mere qui chérit tous ses enfans, qui ne les distingue qu’autant qu’ils se distinguent eux-mêmes ; qui veut bien qu’il y ait de l’opulence & de la médiocrité, mais point de pauvres ; des grands & des petits, mais personne d’opprimé ; qui même dans ce partage inégal, conserve une sorte d’égalité, en ouvrant à tous le chemin des premieres places ; qui ne souffre aucun mal dans sa famille, que ceux qu’elle ne peut empêcher, la maladie & la mort ; qui croiroit n’avoir rien fait en donnant l’être à ses enfans, si elle n’y ajoutoit le bien-être. C’est une puissance aussi ancienne que la société, fondée sur la nature & l’ordre ; une puissance supérieure à toutes les puissances qu’elle établit dans son sein, archontes, suffetes, éphores, consuls ou rois ; une puissance qui soumet à ses lois ceux qui commandent en son nom, comme ceux qui obéissent. C’est une divinité qui n’accepte des offrandes que pour les répandre, qui demande plus d’attachement que de crainte, qui sourit en faisant du bien, & qui soupire en lançant la foudre.

Telle est la patrie ! l’amour qu’on lui porte conduit à la bonté des mœurs, & la bonté des mœurs conduit à l’amour de la patrie ; cet amour est l’amour des lois & du bonheur de l’état, amour singulierement affecté aux démocraties ; c’est une vertu politique, par laquelle on renonce à soi-même, en préférant l’intérêt public au sien propre ; c’est un sentiment, & non une suite de connoissance ; le dernier homme de l’état peut avoir ce sentiment comme le chef de la république.

Le mot de patrie étoit un des premiers mots que les enfans bégayoient chez les Grecs & chez les Romains ; c’étoit l’ame des conversations, & le cri de guerre ; il embellissoit la poésie, il échauffoit les orateurs, il présidoit au sénat, il retentissoit au théatre, & dans les assemblées du peuple ; il étoit gravé sur les monumens. Cicéron trouvoit ce mot si tendre, qu’il le preféroit à tout autre, quand il parloit des intérêts de Rome.

Il y avoit encore chez les Grecs & les romains, des usages qui rappelloient sans cesse l’idée de la patrie avec le mot ; des couronnes, des triomphes, des statues, des tombeaux, des oraisons funebres ; c’étoient autant de ressorts pour le patriotisme. Il y avoit aussi des spectacles vraiment publics, où tous les ordres se délassoient en commun ; des tribunes où la patrie, par la bouche des orateurs, consultoit avec ses enfans, sur les moyens de les rendre heureux & glorieux. Mais entrons dans le récit des faits qui prouveront tout ce que nous venons de dire.

Lorsque les Grecs vainquirent les Perses à Salamine, on entendoit d’un côté la voix d’un maître impérieux qui chassoit des esclaves au combat, & de l’autre le mot de patrie qui animoit des hommes libres. Aussi les Grecs n’avoient rien de plus cher que l’amour de la patrie ; travailler pour elle étoit leur bonheur & leur gloire. Licurgue, Solon, Miltiade, Thémistocle, Aristide, préféroient leur patrie à toutes les choses du monde. L’un dans un conseil de guerre tenu par la république, voit la canne d’Euribiade levée sur lui ; il ne lui répond que ces trois mots, frappe, mais écoute. Aristide, après avoir longtems disposé des forces & des finances d’Athènes, ne laissa pas de quoi se faire enterrer.

Les femmes spartiates vouloient plaire aussi-bien que les nôtres ; mais elles comptoient frapper plus surement au but, en mélant le zele de la patrie avec les graces. Va, mon fils, disoit l’une, arme-toi pour défendre ta patrie, & ne reviens qu’avec ton bouclier, ou sur ton bouclier, c’est-à-dire vainqueur ou mort. Console-toi. disoit une autre mere à un de ses fils, console-toi de la jambe que tu as perdue, tu ne feras pas un pas qui ne te fasse souvenir que tu as défendu la patrie. Après la bataille de Leuctres, toutes les meres de ceux qui avoient péri en combattant, se félicitoient, tandis que les autres pleuroient sur leurs fils qui revenoient vaincus ; elles se vantoient de mettre des hommes au monde, parce que dans le berceau même, elles leur montroient la patrie comme leur premiere mere.

Rome qui avoit reçu des Grecs l’idée qu’on devoit se former de la patrie, la grava très-profondément dans le cœur de ses citoyens. Il y avoit même ceci de particulier chez les Romains, qu’ils méloient quelques sentimens religieux à l’amour qu’ils avoient pour leur patrie. Cette ville fondée sur les meilleures auspices, ce Romulus leur roi & leur dieu, ce capitole éternel comme la ville, & la ville éternelle comme son fondateur, avoient fait sur les Romains une impression extraordinaire.

Brutus pour conserver sa patrie, fit couper la tête à ses fils, & cette action ne paroîtra dénaturée qu’aux ames foibles. Sans la mort des deux traitres, la patrie de Brutus expiroit au berceau. Valerius Publicola n’eut qu’à nommer le nom de patrie pour rendre le sénat plus populaire ; Menenius Agrippa pour ramener le peuple du mont-Sacré dans le sein de la république ; Véturie, car les femmes à Rome comme à Sparte étoient citoyennes, Véturie pour désarmer Coriolan son fils ; Manlius, Camille, Scipion, pour vaincre les ennemis du nom Romain ; les deux Catons, pour conserver les lois & les anciennes mœurs ; Cicéron, pour effrayer Antoine, & foudroyer Catilina.

On eût dit que ce mot patrie renfermoit une vertu secrette, non-seulement pour rendre vaillans les plus timides, selon l’expression de Lucien, mais encore pour enfanter des héros dans tous les genres, pour opérer toutes sortes de prodiges. Disons mieux, il y avoit dans ces ames greques & romaines, des vertus qui les rendoient sensibles à la valeur du mot. Je ne parle pas de ces petites vertus qui nous attirent des louanges à peu de frais dans nos sociétés particulieres ; j’entends ces qualités citoyennes, cette vigueur de l’ame qui nous fait faire & souffrir de grandes choses pour le bien public. Fabius est raillé, méprisé, insulté par son collegue & par son armée ; n’importe, il ne change rien dans son plan, il temporise encore, & il vient à bout de vaincre Annibal. Régulus, pour conserver un avantage à Rome, dissuade l’échange des prisonniers, prisonnier lui-même, & il retourne à Carthage, où les supplices l’attendent. Trois Décius signalent leur consulat en se dévouant à une mort certaine. Tant que nous regarderons ces généreux citoyens comme d’illustres foux, & leurs actions comme des vertus de théatre, le mot patrie sera mal connu de nous.

Jamais peut-être on n’entendit ce beau mot avec plus de respect, plus d’amour, plus de fruit, qu’au tems de Fabricius. Chacun sait ce qu’il dit à Pyrrhus : « Gardez votre or & vos honneurs, nous autres Romains, nous sommes tous riches, parce que la patrie, pour nous élever aux grandes places, ne nous demande que du mérite ». Mais chacun ne sait pas que mille autres Romains l’auroient dit. Ce ton patriotique étoit le ton général dans une ville, où tous les ordres étoient vertueux. Voilà pourquoi Rome parut à Cynéas, l’ambassadeur de Pyrrhus, comme un temple, & le sénat une assemblée de rois.

Les choses changerent avec les mœurs. Vers la fin de la république, on ne connut plus le mot patrie que pour le profaner. Catilina & ses furieux complices, destinoient à la mort quiconque le prononçoit encore en Romain. Crassus & César ne s’en servoient que pour voiler leur ambition, & lorsque dans la suite ce même César, en passant le Rubicon, dit à ses soldats, qu’il alloit venger les injures de la patrie, il abusoit étrangement ses troupes. Ce n’étoit pas en soupant comme Crassus, en bâtissant comme Lucullus, en se prostituant à la débauche comme Clodius, en pillant les provinces comme Verrès, en formant des projets de tyrannie comme César, en flatant César comme Antoine, qu’on apprenoit à aimer la patrie.

Je sais pourtant qu’au milieu de ce désordre, dans le gouvernement & dans les mœurs, on vit encore quelques Romains soupirer pour le bien de leur patrie. Titus Labienus en est un exemple bien remarquable. Supérieur aux vues d’ambition les plus séduisantes, l’ami de César, le compagnon & souvent l’instrument de ses victoires, il abandonna sans hésiter, une cause que la fortune protégeoit ; & s’immolant pour l’amour de sa patrie, il embrassa le parti de Pompée, où il avoit tout à risquer, & où même en cas de succès, il ne pouvoit trouver qu’une considération très-médiocre.

Mais enfin Rome oublia sous Tibere, tout amour de la patrie ; & comment l’auroit-elle conservé ? On voyoit le brigandage uni avec l’autorité, le manege & l’intrigue disposer des charges, toutes les richesses entre les mains d’un petit nombre, un luxe excessif insulter à l’extrême pauvreté, le laboureur ne regarder son champ que comme un prétexte à la vexation ; chaque citoyen réduit à laisser le bien général, pour ne s’occuper que du sien. Tous les principes du gouvernement étoient corrompus ; toutes les lois plioient au gré du souverain. Plus de force dans le sénat, plus de sureté pour les particuliers : des sénateurs qui auroient voulu défendre la liberté publique auroient risqué la leur. Ce n’étoit qu’une tyrannie sourde, exercée à l’ombre des lois, & malheur à qui s’en appercevoit ; représenter ses craintes, c’étoit les redoubler. Tibere endormi dans son île de Caprée, laissoit faire à Séjan ; & Séjan ministre digne d’un tel maître, fit tout ce qu’il falloit pour étouffer chez les Romains tout amour de leur patrie.

Rien n’est plus à la gloire de Trajan que d’en avoir ressuscité les débris. Six tyrans également cruels, presque tous furieux, souvent imbéciles, l’avoient précédé sur le trône. Les regnes de Titus & de Nerva furent trop courts pour établir l’amour de la patrie. Trajan projetta d’en venir à bout ; voyons comment il s’y prit.

Il débuta par dire à Saburanus, préfet du prétoire, en lui donnant la marque de cette dignité, c’étoit une épée : « prends ce fer, pour l’employer à me défendre si je gouverne bien ma patrie, ou contre moi, si je me conduis mal. Il étoit sûr de son fait ». Il refusa les sommes que les nouveaux empereurs recevoient des villes ; il diminua considérablement les impôts, il vendit une partie des maisons impériales au profit de l’état ; il fit des largesses à tous les pauvres citoyens ; il empêcha les riches de s’enrichir à l’excès ; & ceux qu’il mit en charge, les questeurs, les préteurs, les proconsuls ne virent qu’un seul moyen de s’y maintenir ; celui de s’occuper du bonheur des peuples. Il ramena l’abondance, l’ordre & la justice dans les provinces & dans Rome, où son palais étoit aussi ouvert au public que les temples, sur-tout à ceux qui venoient représenter les intérêts de la patrie.

Quand on vit le maître du monde se soumettre aux loix, rendre au sénat sa splendeur & son autorité, ne rien faire que de concert avec lui, ne regarder la dignité impériale que comme une simple magistrature comptable envers la patrie, enfin le bien présent prendre une consistance pour l’avenir ; alors on ne se contint plus. Les femmes se félicitoient d’avoir donné des enfans à la patrie ; les jeunes gens ne parloient que de l’illustrer ; les vieillards reprenoient des forces pour la servir ; tous s’écrioient heureuse patrie ! glorieux empereur ! tous par acclamation donnerent au meilleur des princes un titre qui renfermoit tous les titres, pere de la patrie. Mais quand de nouveaux monstres prirent sa place, le gouvernement retomba dans ses excès ; les soldats vendirent la patrie, & assassinerent les empereurs pour en avoir un nouveau prix.

Après ces détails, je n’ai pas besoin de prouver qu’il ne peut point y avoir de patrie dans les états qui sont asservis. Ainsi ceux qui vivent sous le despotisme oriental, où l’on ne connoît d’autre loi que la volonté du souverain, d’autres maximes que l’adoration de ses caprices, d’autres principes de gouvernement que la terreur, où aucune fortune, aucune tête n’est en sureté ; ceux-là, dis-je, n’ont point de patrie, & n’en connoissent pas même le mot, qui est la véritable expression du bonheur.

Dans le zele qui m’anime, dit M. l’abbé Coyer, j’ai fait en plusieurs lieux des épreuves sur des sujets de tous les ordres : citoyens, ai-je dit, connoissez-vous la patrie ! L’homme du peuple a pleuré, le magistrat a froncé le sourcil, en gardant un morne silence ; le militaire a juré, le courtisan m’a persifflé, le financier m’a demandé si c’étoit le nom d’une nouvelle ferme. Pour les gens de religion, qui comme Anaxagore, montrent le ciel du bout du doigt, quand on leur demande où est la patrie, il n’est pas étonnant qu’ils n’en fêtent point sur cette terre.

Un lord aussi connu par les lettres que par les négociations, a écrit quelque part, peut-être avec trop d’amertume, que dans son pays l’hospitalité s’est changée en luxe, le plaisir en débauche, les seigneurs en courtisans, les bourgeois en petits maîtres. S’il en étoit ainsi, bien-tôt, eh quel dommage ! l’amour de la patrie n’y régneroit plus. Des citoyens corrompus sont toujours prêts à déchirer leur pays, ou à exciter des troubles & des factions si contraires au bien public. (Le Chevalier de Jaucourt.)

Patrie, (Critiq. sacr.) ce mot dans l’Ecriture ne désigne pas seulement le pays natal, mais le pays où l’on a été élevé, Matt, xiij. 54. Quelquefois tout pays ou ville quelconque, Ecclés. xvj. 5. Enfin le séjour du bonheur est nommé la patrie céleste, Heb. xj. 14.

Patrie, Dieux de la, (Litt.) dii patrii, les anciens nommoient ainsi les dieux particuliers de chaque ville, ceux qui y avoient été toujours adorés, & dont le culte n’y avoit point été apporté d’ailleurs, comme Minerve à Athènes, Junon à Carthage, Apollon à Delphes. (D. J.)

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Patrie : définitions subjectives sur Dicopedia

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Étymologie de « patrie »

Étymologie de patrie - Littré

Wallon, patreie ; du lat. patria, patrie, de pater, père. Ménage dit que patrie n'était pas usité du temps de Henri II, vu que Charles Fontaine le reproche comme un néologisme à du Bellay : « Qui a païs, n'a que faire de patrie …le nom de patrie est obliquement entré et venu en France nouvellement et les autres corruptions italiques, » Quintil Horatian, p. 185. D'un autre côté on a dit que patrie datait de François Ier. François Ier était un roi vraiment national ; c'est sous son règne, c'est au XVIe siècle que le mot patrie fut transporté de la langue latine dans la nôtre, A. DE ST-PRIEST, les Guise, Revue des Deux Mondes, 1er mars 1850, p. 825. Mais le mot est plus ancien ; l'historique le montre.

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Étymologie de patrie - Wiktionnaire

Du latin patria (« terre des aïeux ») dérivé de pater (« père »).
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Phonétique du mot « patrie »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
patrie patri play_arrow

Citations contenant le mot « patrie »

  • Tout en espérant une bonne réussite et une union sacrée autour du projet, la diaspora burkinabè en France invite les autres Burkinabè de l’extérieur à emboîter leurs pas pour aider la mère-patrie. , Bourses d’études : La diaspora burkinabè en France décide d’accompagner la mère-patrie - leFaso.net, l'actualité au Burkina Faso
  • "L'objectif de l'Algérie Nouvelle est le salut de la patrie, qui est un devoir national et un droit pour tous les Algériens, et tout un chacun est le bienvenu pour contribuer à sortir de la situation que vit le pays et mettre fin à la mentalité de l'exclusion pour la simple raison d’un changement dans le poste de responsabilité", a déclaré le Président Tebboune soutenant que la voie est ouverte à toutes les compétences nationales. , Président Tebboune : Le salut de la patrie, notre objectif
  • Stefano Conia, 74 ans, et son fils Stefano Conia « le Jeune », 47 ans, d’origine hongroise, sont maîtres luthiers à Crémone, la patrie du grand Stradivarius. Miguel Medina/AFP L'Orient-Le Jour, Crémone, patrie de Stradivarius, vivier de luthiers du monde entier - L'Orient-Le Jour
  • La patrie est là où l'on nous aime. De Mikhaïl Lermontov / L'adieu
  • Les prolétaires n'ont pas de patrie. De Karl Marx / Manifeste du parti communiste
  • Un homme sans patrie, c’est un rossignol sans chanson. De Proverbe russe
  • La Charité est une patrie quand elle est vraie. De Henry de Montherlant
  • Une patrie est un soporifique de chaque instant. De Emil Michel Cioran
  • La première des vertus est le dévouement à la patrie. De Napoléon Bonaparte
  • La richesse est une patrie pour l'exilé. De Proverbe libanais
  • Ma patrie, à moi, est partout où j'admire. De Astolphe de Custine
  • Les grands artistes n’ont pas de patrie. De Alfred de Musset / Lorenzaccio
  • La patrie, c’est le sang des autres. De Francis Jeanson
  • Où l’on est bien, là est la patrie. De Aristophane / Ploutos
  • Barbarie, seconde patrie de la bête humaine. De Robert Sabatier / Les années secrète
  • La science n’a pas de patrie. De Louis Pasteur / Discours d’inauguration de l’Institut Pasteur
  • La solitude est la patrie des forts. De Reine Malouin / Profonds destins
  • Ma patrie est le monde. De Sénèque
  • Nous demandons une patrie pour celui qui a été humilié. Neftalí Ricardo Reyes, dit Pablo Neruda, Chant généralCanto General, IV, XXXVI, à Émiliano Zapata con musica de Tata Nacho
  • La langue est tout ce qui reste à celui qui est privé de sa patrie. Mais la langue, il est vrai, contient tout. Hugo von Hofmannsthal, Tournures françaises Französische Redensarten
  • Est-ce qu'on emporte la patrie à la semelle de ses souliers ? Georges Jacques Danton,
  • Où l'on est bien, là est la patrie. Aristophane, Ploutos, 1151 (traduction J.-C. Labracherie)
  • Il est doux, il est beau de mourir pour sa patrie. Horace en latin Quintus Horatius Flaccus, Odes, III, II, 13
  • Pour le roi, souvent ; pour la patrie, toujours. Jean-Baptiste Colbert,
  • Partout où l'on est bien, là est la patrie. Cicéron en latin Marcus Tullius Cicero, Tusculanes, V, 37
  • La patrie est aux lieux où l'âme est enchaînée. François Marie Arouet, dit Voltaire, Le Fanatisme ou Mahomet le prophète, I, 2, Palmire
  • Soyons ingrats si nous voulons sauver la patrie. Louis Antoine Léon Saint-Just, Fragments sur les institutions républicaines
  • Ces deux mots patrie et citoyen doivent être effacés des langues modernes. Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l'éducation
  • Mourir pour la patrie, C'est le sort le plus beau, le plus digne d'envie ! Claude Joseph Rouget de Lisle, Roland à Roncevaux A. Dumas et A. Maquet pour le chœr des Girondins de leur drame le Chevalier de Maison-Rouge (1847)
  • Amour sacré de la Patrie, Conduis, soutiens nos bras vengeurs. Claude Joseph Rouget de Lisle, La Marseillaise
  • Allons, enfants de la Patrie, Le jour de gloire est arrivé. Claude Joseph Rouget de Lisle, La Marseillaise
  • Une patrie se compose des morts qui l'ont fondée aussi bien que des vivants qui la continuent. Ernest Renan, Discours et conférences, Réponse au discours de réception de Ferdinand de Lesseps, à l'Académie française, 23 avril 1884 , Lévy
  • Nous n'avons de patrie que dans nos âmes. Paul Raynal, A souffert sous Ponce Pilate, Stock
  • Périsse la patrie, et que l'humanité soit sauvée. Pierre Joseph Proudhon, La Fédération et l'unité en Italie
  • Les patries sont toujours défendues par les gueux, livrées par les riches. Charles Péguy, Notre patrie, Gallimard
  • La science n'a pas de patrie. Louis Pasteur, Discours d'inauguration de l'Institut Pasteur, 14 novembre 1888
  • Les grands artistes n'ont pas de patrie. Alfred de Musset, Lorenzaccio, I, 5, l'orfèvre
  • Si je savais quelque chose qui me fût utile et qui fût préjudiciable à ma famille, je le rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l'oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l'Europe, ou bien qui fût utile à l'Europe et préjudiciable au genre humain, je la regarderais comme un crime. Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, Mes pensées
  • L'égoïsme et la haine ont seuls une patrie ; La fraternité n'en a pas ! Alphonse de Prât de Lamartine, Poésies diverses, la Marseillaise de la paix
  • C'est la cendre des morts qui créa la patrie. Alphonse de Prât de Lamartine, La Chute d'un ange
  • Le gouvernement d'un pays n'est pas la nation, encore moins la patrie. Henri Lacordaire, Lettres, à un jeune homme
  • Gloire à notre France éternelle ! Gloire à ceux qui sont morts pour elle ! Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts ! Victor Hugo, Les Chants du crépuscule, Hymne
  • Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie. Victor Hugo, Les Chants du crépuscule, Hymne
  • Le pays est partout où l'on se trouve bien, La terre est aux mortels une maison commune. Robert Garnier, Bradamante
  • On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels. Anatole François Thibault, dit Anatole France, In l'Humanité 30 novembre 1922
  • Le bon historien n'est d'aucun temps ni d'aucun pays : quoiqu'il aime sa patrie, il ne la flatte jamais en rien. François de Salignac de La Mothe-Fénelon, Lettre à l'Académie
  • La patrie d'un cochon se trouve partout où il y a du gland. François de Salignac de La Mothe-Fénelon, Dialogue des morts
  • Il n'y a plus de patrie ; je ne vois d'un pôle à l'autre que des tyrans et des esclaves. Denis Diderot, Le Neveu de Rameau
  • Oui, j'ai une patrie : la langue française. Albert Camus, Carnets, Gallimard
  • L'amour de la patrie, vertu dominante des grandes âmes, me saisit toujours à l'aspect d'une bouteille de vin de Bourgogne. Charles de Brosses, Lettres italiennes, à MM. de Tournay et de Neuilly
  • Plus je vis d'étrangers, plus j'aimai ma patrie. Pierre Laurent Buirette, dit Dormont de Belloy, Le Siège de Calais

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Traductions du mot « patrie »

Langue Traduction
Corse paese
Basque country
Japonais
Russe страна
Portugais país
Arabe بلد
Chinois 国家
Allemand land
Italien nazione
Espagnol país
Anglais country

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