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Morale

Sommaire

  • Définitions du mot morale
  • Étymologie de « morale »
  • Phonétique de « morale »
  • Citations contenant le mot « morale »
  • Images d'illustration du mot « morale »
  • Traductions du mot « morale »
  • Synonymes de « morale »
  • Antonymes de « morale »

Définitions du mot morale

Trésor de la Langue Française informatisé

MORALE, subst. fém.

I.
A. − [Une morale]
1. Tout ensemble de règles concernant les actions permises et défendues dans une société, qu'elles soient ou non confirmées par le droit. Chaque peuple a sa morale qui est déterminée par les conditions dans lesquelles il vit. On ne peut donc lui en inculquer une autre, si élevée qu'elle soit, sans le désorganiser (Durkheim, Division trav., 1893, p.217).Toute politique et toute morale se fondent, en définitive, sur l'idée que l'homme a de l'homme et de son destin (Valéry, Variété IV, 1938, p.174):
1. ... les morales sont des «données». C'est un fait que, pour toutes les consciences moyennes de notre civilisation, par exemple, certaines manières d'agir apparaissent comme obligatoires, d'autres comme interdites, d'autres enfin comme indifférentes. Lévy-Bruhl, Mort. et sc. moeurs, 1903, p.99.
En partic. Ensemble des normes ou règles de conduite admises dans un domaine d'activité particulier, dans un groupe social particulier à une époque donnée. Morale domestique, économique, familiale, de groupe, individuelle, médicale, quotidienne; morale des affaires, du sport; morale médiévale, nouvelle, traditionnelle. Charles n'avait jamais eu l'occasion d'appliquer les maximes de la morale parisienne, et jusqu'à ce jour il était beau d'inexpérience (Balzac, E. Grandet, 1834, p.155).Dans l'ordre économique, le groupe professionnel n'existe pas plus que la morale professionnelle (Durkheim,Division trav.,1902, préf. de la 2eéd., p.VI).[Nietzsche] bafoua la morale de son temps, qu'on nommait bourgeoise à tort, qui était en réalité pré-bourgeoise, anté-bourgeoise, − anti-bourgeoise (J.-R. Bloch, Dest. du S., 1931, p.262):
2. Les coutumes matrimoniales, l'âge au mariage et la fréquence des mariages, la morale sexuelle et les systèmes de valeurs ont des conséquences directes sur la natalité. Traité sociol., 1967, p.333.
DR. INTERNAT. Morale internationale. Ensemble des principes de nature non juridique admis et respectés dans les relations internationales. (Dict. xxes.).
PHILOS. [Chez Bergson] Morale close ou statique (p.oppos. à morale ouverte ou dynamique). La morale close, fondée sur une idée toute mercantile de l'équilibre et de la réciprocité, cette morale tournoie sur place éperdument (Jankél., Henri Bergson, Paris, P.U.F., 1959, p.191):
3. Il y a une morale statique, qui existe en fait et à un moment donné, dans une société donnée, elle s'est fixée dans les moeurs, les idées, les institutions; son caractère obligatoire se ramène, en dernière analyse à l'exigence, par la nature, de la vie en commun. Il y a d'autre part une morale dynamique, qui est élan, et qui se rattache à la vie en général, créatrice de la nature qui a créé l'exigence sociale. Bergson, Deux sources, 1932, p.286.
2. Ensemble des règles que chacun adopte dans sa conduite, d'après l'idée qu'il se fait de ses droits et de ses devoirs. Satisfaire des forces; c'était à présent ma morale. Et puis je ne voulais plus de morales; je voulais vivre puissamment (Gide, Journal, 1893, p.45).Pourquoi un homme de votre âge aurait-il deux morales? L'une à l'usage de ses filles et la seconde à l'usage des filles des autres? (Salacrou, Terre ronde, 1938, i, 1, p.149).Nous les retrouvions [les «bourgeois»] aussi prospères, (...) toujours empressés à composer avec l'Allemand, sous prétexte qu'on ne résiste pas au plus fort sans démence. Cette morale de démission et de servilité sournoise nous procurait un sentiment de malaise plus vif encore que par le passé (Ambrière, Gdes vac., 1946, p.338):
4. Cet homme que le spectacle de la vie avait amené à laisser se dessécher en lui tout le côté idéaliste, se reprenait à croire au moins en la patrie. Il en faisait une religion, une foi. Il lui sacrifiait de bon coeur sa fortune, comme il lui eût donné sa vie. Il ne raisonnait plus, il se donnait. Et cela lui créait presque une morale. Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p.142.
SYNT. Morale accommodante, conciliante, étroite, exigeante, facile, indulgente, inflexible, relâchée; morale de circonstance; morale de renoncement, de privations.
[Sans compl. prép. ni adj. déterminatif] Sens moral; conscience morale. La prétention du règlement est de suppléer à l'âme, de faire avec des hommes sans dévouement et sans morale ce qu'on ferait avec des hommes dévoués et religieux (Renan, Avenir sc., 1890, p.427).L'opinion publique s'écrie avec horreur et tristesse que nos chers petits n'ont plus de morale, ce qui est bien normal avec tous les films de violence qu'ils voient à la télévision (L'Est Républicain, 6 déc. 1981, p.1, col.1).
P. méton. À l'école primaire, matière d'enseignement ayant pour objet l'éducation du sens moral. L'admiration vous empoigne devant «l'emploi du temps» qui comprend, dès la classe moyenne, dans une seule journée, les matières suivantes: exercices de lecture, d'écriture, de langage, (...) calcul, chant, dessin, morale et travail manuel (Frapié, Maternelle, 1904, p.46).
B. − [La morale] Ensemble des règles de conduite reconnues comme absolument et universellement valables. L'éducation doit porter sur deux bases, la morale et la prudence: la morale, pour appuyer la vertu; la prudence, pour vous défendre contre les vices d'autrui (Chamfort, Max. et pens., 1794, p.56).La vraie morale, la grande morale, la morale éternelle, c'est la morale sans épithète (Ferryds Fondateurs 3eRépubl., 1881, p.197).Il s'en alla, toujours ferme et digne, rempart vivant de l'ordre et de la morale (Mille, Barnavaux, 1908, p.213):
5. La Morale dont on tente de constater la réalité de fait, c'est-à-dire celle dont témoignent les événements dans le compte rendu des actions humaines, individuelles et collectives, ne ressemble guère à la Morale édictée par les moralistes de tous les temps et de tous les pays. A. Hesnard, Morale sans péché, Paris, P.U.F., 1954, p.7.
II. − PHILOS. Étude théorique de la (ou des) morale(s).
A. − Science qui a pour objet les règles de la conduite et les fins de l'action humaine. Synon. éthique.Cours, professeur, traité de morale; Revue de Métaphysique et de Morale. Ni en métaphysique, ni en logique, ni en morale, il ne faut placer dans la tête ce qui doit être dans le coeur ou dans la conscience (Joubert, Pensées, t.1, 1824, p.445).La morale est la connaissance des règles auxquelles il nous importe de conformer non-seulement nos actions, mais encore nos affections. (Joubert, Pensées, t.1, 1824, p.266).Ce qui relève de la Morale, la véritable et l'unique question philosophique, porte sur ce que nous faisons à partir de ce que nous sommes (F. Jeanson, Le Problème moral et la pensée de Sartre, Paris, éd. du Seuil, 1965, p.27):
6. La morale a pour matière l'expression de l'homme dans le cours des événements. Elle a pour tâche de comprendre et de décrire les formes diverses de cette expression. Mais elle tend à juger cette diversité. Elle qualifera ou elle disqualifiera telle ou telle attitude. Elle blâmera ou elle prescrira. En somme, elle réalise une sorte de stylistique de nos comportements. G. Gusdorf, Traité de l'existence morale, Paris, Armand Colin, 1949, p.7.
[Avec adj. déterminatif] Morale fondamentale ou générale ou théorique. Partie de cette science qui traite des principes généraux régissant la conduite humaine. Morale appliquée ou spéciale ou pratique. Partie de cette science qui traite de l'application de ces principes aux diverses formes de l'activité humaine. Un vocabulaire précis distingue l'étude de la morale de l'étude des moeurs. Dans la morale, il sépare (...) la morale théorique − qui est une étude «normative» sur le devoir, le bien, le mérite, la sanction (...) − et la morale pratique, qui est la recherche de chacun de nos multiples devoirs (Marin, Ét. ethn., 1954, p.7).
B. − [Avec adj. déterminatif ou compl. prép. de] Doctrine ou théorie particulière qui fonde ces principes. Morale de l'action. Les morales positivistes sont les morales du XIXesiècle qui ont présenté la morale comme un chapitre de la science expérimentale de la nature (R. Le Senne, Traité de morale gén., Paris, P.U.F., 1967 [1942], p.495).On a cent fois noté l'influence, sur la morale de Kant, de cette éducation piétiste, qui a si fortement marqué son enfance, et qui fut surtout le fait de sa mère (F.Alquié, La morale de Kant, Paris, C.D.U., 1974, p.6):
7. La morale du Bien (...) se propose de déterminer quel est le Bien ou la Fin de l'homme et quels sont les moyens de l'atteindre; ce Bien peut être le plaisir (hédonisme), le bonheur (eudémonisme), l'intérêt (utilitarisme), la perfection, la liberté, etc. Morf.Philos.1980.
SYNT. Morale platonicienne, spinoziste; morale ascétique, chrétienne, épicurienne, évolutionniste, existentialiste, intuitionniste, stoïcienne; morale(s) de l'action, du devoir, du sentiment, de la tradition, du vouloir.
P. méton. Traité, ouvrage de morale. Guillaume, abbé de Saint-Denis, rapporta de Constantinople des manuscrits, parmi lesquels se rencontrèrent la Physique, la Métaphysique, et la Morale d'Aristote (Ozanam, Philos. Dante, 1838, p.33).
III. − P. méton. Leçon de morale, leçon morale.
A. −
1. Vieilli. Remontrance, leçon de morale. Une envie violente m'est venue de m'emparer de toutes ces richesses (...) Cette idée-là m'a valu de belles morales d'Eugenio (Mérimée, Théâtre C. Gazul, 1825, p.355).Tandis que je suis, moi, à bûcher comme un nègre, vous vous repassez du bon temps. − Ah! pas de morale! (Flaub., Mme Bovary, t.2, 1857, p.145).Il avait déjà subi des sermons du censeur (...). Une lettre de morale était revenue de Sérianne. Plus de sorties pour trois dimanches (Aragon, Beaux quart., 1936, p.297).
2. Locutions
Cour. Faire (de) la morale à qqn. Lui faire des reproches sur sa conduite, lui donner des conseils sur sa conduite future. Je lui ai fait de la morale, et il a promis d'être sage (Dumas fils, Dame Cam., 1848, p.141):
8. Tu n'as jamais eu faim et tu es venu chez nous pour nous faire la morale comme les dames visiteuses qui montaient chez ma mère quand elle était saoule pour lui dire qu'elle ne se respectait pas. Sartre, Mains sales, 1948, 3etabl., 3, p.97.
Fam. Père* la morale.
B. − Leçon morale qui se dégage d'une oeuvre littéraire. La morale de cette histoire. Cour. Enseignement moral que l'on peut tirer d'un événement. La morale de tout ceci est bien simple: visez haut, faites de beaux rêves, et, comme dit l'autre, «il en restera toujours quelque chose» (Lemaitre, Contemp., 1885, p.128):
9. Ainsi, pour cette fois, mon coeur éclaira ma raison. Je voudrais en conclure que toujours on doit se gouverner sur les lumières du coeur. Ce serait la morale de cette histoire; les âmes tendres s'en délecteraient. A. France, Pt Pierre, 1918, p.34.
En partic. [À propos d'une fable, d'un conte] Enfants apprenez cette fable sa morale et sa conclusion (Queneau, Si tu t'imagines, 1952, p.233).
REM.
Moralerie, subst. fém.Sentence morale. Il [Confucius?] aimait, vers le soir, à discuter de belles sentences; et il aurait voulu qu'on suspendît aux potences qui servent aux lanternes, des moraleries (Jammes, De l'angélus, 1898, p.70).Je me voyais laissant au monde une oeuvre énorme, inutile même pour moi, toute en oracles et en moraleries, et si éloignée même des honneurs qu'elle me vaudrait! (Larbaud, Barnabooth, 1913, p.130).
Prononc. et Orth.: [mɔ ʀal]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1637 «science ou doctrine déterminant des règles de conduite» (Descartes, Discours de la Méthode, III, éd. F. Alquié, I, p.592); 2. 1658 «ensemble des règles de conduite admises inconditionnellement et considérées comme applicables» (Pascal, Pensées, 360, éd. L. Lafuma, p.545); d'où 1688 «traité de philosophie morale dû à un maître faisant autorité» (Rich. t.2); 3. 1668 «leçon morale se dégageant d'une oeuvre» (La Fontaine, Fables, VI, 1, éd. H. Régnier, t.2, p.1); 1769 leçon de morale (J.-F. Marmontel, Contes Moraux, IV, p.265 ds L. Undhagen, p.119: Ses discours ne me paroissoient qu'un développement de ces leçons primitives de morale et de vertu gravées dans mon propre coeur en caractères ineffaçables); 4.1694 péj. «doctrine plus ou moins nuisible aux moeurs» morale lubrique (Boileau, Satires, X, 141, éd. A. Cahen, p.149); 5. 1752 «réprimande» (Trév.); id. faire la morale (ibid.). Fém. subst. de l'adj. moral*. Bbg. Gohin 1903, p.337. _ Launay (M.). Vocab. de la pol. et vocab. de la morale... In: [Mél. Nardin (P.)]. Paris, 1977, pp.157-166. _ Quem. DDL t.5 (s.v. moralerie). _ Undhagen (L.). Morale et les autres lexèmes formés sur le rad. moral-. Lund, 1975, pp.32-42, 85-123.

Wiktionnaire

Nom commun

morale \mɔ.ʁal\ féminin

  1. (Philosophie) Science de la séparation du bien et du mal.
    • Nous sommes arrivés, de critique en critique, à cette triste conclusion : […] ; que tous ces mots Droit, Devoir, Morale, Vertu, etc., dont la chaire et l'école font tant de bruit, ne servent à couvrir que de pures hypothèses, de vaines utopies, d'indémontrables préjugés; […]. — (Joseph Proudhon, De la Justice dans la Révolution et dans l’Église, 1858, tome I, p. 70)
    • La morale n'est point dans la superstition, elle n'est pas dans la cérémonie, elle n'a rien de commun avec les dogmes. On ne peut trop répéter que tous les dogmes sont différents, et que la morale est la même chez tous les hommes qui font usage de leur raison. — (Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1767)
  2. Ensemble de doctrines, de règles de conduite, de relations sociales qu'une société se donne et qui varient selon la culture, les croyances, les conditions de vie et les besoins de la société.
    • Sans doute cette morale est ferme et pure, mais elle manque entièrement d'enthousiasme et d'onction, et par là elle est inférieure à la morale antique et plus encore à la morale chrétienne. — (Jean-Jacques Ampère, La Chine et les travaux d'Abel Rémusat, Revue des Deux Mondes, 1832, tome 8)
    • Le livre de M. Charles Baudelaire intitulé Les Fleurs du Mal est un défi jeté aux lois qui protègent la religion et la morale. […]. A côté de ces pièces et de quelques autres où l’immortalité de l’âme les plus chères croyances du christianisme sont mises à néant, il en est d’autres qui sont l’expression de la lubricité la plus révoltante: […]. — (Rapport de la Direction Générale de la Sûreté publique du 7 juillet 1857, au Ministre de l’Intérieur)
    • Certainement la morale ne change pas, elle est une ; mais ses obligations varient selon les sphères. — (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)
    • […]; le respect de la personne humaine, la fidélité sexuelle et le dévouement pour les faibles constituent les éléments de moralité dont sont fiers tous les hommes d'un cœur élevé; - c'est même très souvent à cela que l'on réduit la morale. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap.VII, La morale des producteurs, 1908, p.340)
    • Toutes les religions et toutes les morales ont tendu à jeter un voile sur la gesticulation fornicatoire qui est, cependant, à la base de la vie […]. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 118)
    • La littérature érotique embrasse plus de réalités psychologiques que la morale bourgeoise ne voulait en connaître, et que le puritanisme n'en tolère. Or ces réalités, quoiqu'on en juge, sont au moins aussi quotidiennes et obsédantes que les réalités économiques, […]. — (Denis de Rougemont, Comme toi-même : Essais sur les Mythes de l'Amour, Albin Michel, 1961, p.41)
    • Pourtant je tiens jalousement à l'avertissement lancé par Homère aux Grecs dans L'Iliade et par Tyrtée dans les Élégies: « C'est une faiblesse déraisonnable que de se décharger sur la divinité de la responsabilité d'une morale et d'un ordre public » — Dieu, Allah ou quel qu'il soit. — (Panayiotis Jerasimof Vatikiotis, L’Islam et l’État, 1987, traduction d’Odette Guitard, 1992)
    • Toute morale est fondée sur la prise en considération de ce qui est juste et souhaitable pour autrui. — (Mathieu Ricard, Plaidoyer pour l'altruisme, NiL, Paris, 2013, p. 164)
    • La morale des surveillants se bornait à menacer de leurs cannes, tantôt tirant le revolver pour donner plus de force aux locutions d’arsouille dont ils avaient l'habitude de se servir. Voilà la vie du bagne. — (Alexis Trinquet, Dans l'enfer du bagne : Mémoires d'un transporté de la Commune, présenté par Bruno Fuligni, éd. Les Arènes, 2014)
  3. Traité de morale.
    • La morale d’Aristote. On dit aussi Les Morales d’Aristote, parce que ce philosophe a fait plusieurs traités sous ce titre.
  4. Leçon morale qui se dégage d'un ouvrage, d'une histoire. Souvent quelques phrases de vers ou de prose qui la résument.
    • La morale d’une fable de La Fontaine. - La morale de l'histoire.

Forme d’adjectif

morale \mɔ.ʁal\

  1. Féminin singulier de moral.
    • La doctrine morale du théologien intéresse la philosophie, dans cette mesure très haute où finalement la théologie morale « théologalise » une vérité « ontologale » (le « mal » moral philosophique devenant « péché » par exemple, où donc, entre les lois « naturelles » et les normes « surnaturelles », n’existe pas cet écart ontologique que la basse scolastique a voulu faire accroire. — (Emmanuel Tourpe, compte rendu de Livio Melina, La morale entre crise et renouveau, in Revue Philosophique de Louvain, année 1996, 94-3, pages 547-548)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MORAL, ALE. adj.
Qui concerne les mœurs. Doctrine, philosophie, théologie morale. Les œuvres morales de Plutarque. Préceptes moraux. Réflexions morales. Contes moraux.

MORAL signifie encore Qui a rapport à la règle des mœurs. Loi morale, Loi que chacun porte en soi et qui nous dicte ce qu'il faut faire et ne pas faire. Conscience morale, Connaissance intime de ce qui est conforme ou contraire à la loi morale. Sens moral, Discernement de ce qui est conforme ou contraire à la loi morale. Avoir perdu tout sens moral.

MORAL signifie aussi Qui a des mœurs, qui a des principes et une conduite conforme à la morale. Cet homme, qui passait pour fort moral, n'était qu'un hypocrite. Il se dit aussi des Choses et signifie Qui est conforme aux bonnes mœurs. Ce livre, ce récit est très moral. Il se dit encore de Ce qui ne tombe point sous les sens. Dans cette acception, il est opposé à Physique. Le monde moral. Causes morales. Preuves morales. Sciences morales. Malgré l'affaiblissement de ses forces physiques, ses forces morales, ses facultés morales n'ont rien perdu de leur énergie. Souvent on supporte plus facilement le mal physique que le mal moral. Ce mot s'emploie au sens moral dans beaucoup d'acceptions. Certitude morale, Certitude fondée sur de fortes probabilités. Il est opposé à Certitude matérielle. Nous n'en avons point la preuve matérielle, mais nous en avons la certitude morale. Dans la langue théologique, Vertus morales, Celles qui ont pour principe les seules lumières de la raison, par opposition à Vertus surnaturelles. S'il n'eut pas les vertus chrétiennes, il eut du moins les vertus morales.

MORAL s'emploie substantivement, au masculin, et désigne l'Ensemble de nos facultés morales. Le physique influe beaucoup sur le moral, et le moral sur le physique. Il est mieux partagé au physique qu'au moral. Cet homme est bien malade, le moral même est affecté. Il signifie encore État d'esprit, dispositions, sentiments. Remonter le moral. Le moral des troupes était excellent.

Littré (1872-1877)

MORALE (mo-ra-l') s. f.
  • 1Ensemble des règles qui doivent diriger l'activité libre de l'homme, décomposé en deux parties : démontrer que l'homme a des devoirs, des obligations, et faire connaître ces devoirs, ces obligations. Voulez-vous apprendre la morale ? - La morale ? - Oui. - Qu'est-ce qu'elle dit cette morale ? - Elle traite de la félicité, enseigne aux hommes à modérer leurs passions, et… - Non, laissons cela : je suis bilieux comme tous les diables, et il n'y a morale qui tienne ; je me veux mettre en colère tout mon soûl, quand il m'en prend envie, Molière, Bourg. gent. II, 6. Hé ! doucement, ma sœur ; où donc est la morale Qui sait si bien régir la partie animale ? Molière, Femmes sav. I, 2. Toute notre dignité consiste en la pensée… travaillons donc à bien penser ; voilà le principe de la morale, Pascal, Pens. I, 6, éd. HAVET. Morale et langage sont des sciences particulières, mais universelles, Pascal, ib. XXV, 77. Il est indubitable que, que l'âme soit mortelle ou immortelle, cela doit mettre une différence entière dans la morale ; et cependant les philosophes ont conduit la morale indépendamment de cela, Pascal, ib. XXIV, 57 ter. Toute la foi consiste en Jésus-Christ et en Adam ; et toute la morale en la concupiscence et en la grâce, Pascal, Pens. XXIV, 4. La vraie éloquence se moque de l'éloquence ; la vraie morale se moque de la morale ; c'est-à-dire que la morale du jugement se moque de la morale de l'esprit qui est sans règles ; car le jugement est celui à qui appartient le sentiment, comme les sciences appartiennent à l'esprit, Pascal, ib. VII, 34. Ceux qui sont dans le déréglement disent à ceux qui sont dans l'ordre que ce sont eux qui s'éloignent de la nature… comme ceux qui sont dans un vaisseau croient que ceux qui sont au bord fuient… il faut avoir un point fixe pour en juger ; le port juge ceux qui sont dans le vaisseau ; mais où prendrons-nous un point dans la morale ? Pascal, ib. VI, 4. Le temps où nous sommes, où la corruption de la morale est aux maisons de sainteté et dans les livres des religieux et des religieuses, Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 9. Il eût voulu pouvoir attaquer sans nuire ; se défendre sans attaquer… enfin il s'était fait une espèce de morale militaire qui lui était propre, Fléchier, Turenne. La morale douce et relâchée tombe avec celui qui la prêche, La Bruyère, XV. La morale des États se résout, pour de si grands intérêts, à hasarder le sacrifice de quelques particuliers, Fontenelle, Marsigli. La morale, qui se propose pour objet de régler les mœurs, est, à proprement parler, la science de l'homme, Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. XII, p. 564, dans POUGENS. Que sa loi [du Christ], sa morale et consolante et pure De mes sens désolés guérirait la blessure, Voltaire, Alz. I, 4. Le jeune prince plein d'honneur ne pensait pas qu'il y eût une morale différente pour les rois et pour les particuliers, Voltaire, Charles XII, II. Ne pensons pas qu'en effet il y ait une morale pour les citoyens, et une autre pour les souverains, et que le prétexte du bien de l'État justifie l'ambition du monarque, Voltaire, Panég. St Louis. Voyez combien d'excellents traités nous possédons en matière de physique, d'histoire naturelle, d'économie, d'arts, etc. ; et nous n'avons point encore de système tant soit peu complet de morale, Bonnet, Palingén. XIII, 5. Je conviens avec votre Majesté que la morale est encore plus intéressante [que la géométrie], et qu'elle mérite surtout l'étude des philosophes, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 29 janv. 1768. La morale est peut-être la plus complète de toutes les sciences quant aux vérités qui en sont les principes et quant à l'enchaînement des vérités, D'Alembert, Mél. t. V, § 1. La morale est la science des lois naturelles, ou des choses qui sont bonnes ou mauvaises dans la société des hommes, Diderot, Opin. des anc. philos. (hobbisme). Ils espéraient tout de cette morale publique qui semble avoir soumis jusqu'au gouvernement, Mirabeau, Collection, t. I, p. 71. La morale est le sentiment du juste et de l'injuste, du bien et du mal, de l'honnête et du déshonnête, Cambacérès, Inst. Mém. sc. mor. et pol. t. III, p. 8. Soit que vous considériez la morale comme l'expression des devoirs, soit que vous la considériez comme la science des caractères ; que le moraliste devienne un prédicateur de vertu, ou seulement un observateur du cœur humain, Villemain, Litt. franç. 18e siècle, 2e part. 1re leç.

    Terme de droit. Offense à la morale publique, sorte de délit qui se commet par la voie de la presse et que consiste en propositions jugées dangereuses pour les mœurs. Je fus en prison deux mois à Sainte-Pélagie, par l'indulgence des magistrats, pour avoir outragé la morale publique, crime de Socrate comme vous savez ; sur la morale particulière, un peu différente de l'autre, je n'ai eu de démêlés avec qui que ce soit, et même n'entends point dire qu'on me reproche rien, Courier, Au rédact. de la Quotidienne.

  • 2Morale avec une épithète défavorable désigne des doctrines plus ou moins nuisibles aux mœurs. Et tous ces lieux communs de morale lubrique Que Lully réchauffa du feu de sa musique, Boileau, Sat. X.
  • 3Traité de morale. Je lisais ces jours passés la Morale d'Épictète plus grande que nature, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 3 mars 1782. Toute l'antiquité a regardé la Morale d'Aristote comme le plus parfait de ses ouvrages, Champagne, Instit. Mém. sc. mor. et polit. t. III, p. 91.

    On dit aussi : les Morales d'Aristote, parce qu'il a fait plusieurs traités sous ce titre.

    Les Morales, titre d'un ouvrage de saint Grégoire le Grand. La raison qu'en rapporte saint Grégoire …dans ses Morales sur Job, Bourdaloue, Car. XI, Parfaite observ. de la loi, 195.

  • 4Morale, leçon de morale. Une morale nue apporte de l'ennui ; Le conte fait passer le précepte avec lui, La Fontaine, Fabl. VI, 1. Cette théologie n'aura rien de fatigant pour vous, et elle me donnera lieu d'entrer dans les morales les plus édifiantes, Bourdaloue, 9e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. III, p. 143. On fait apprendre les fables de la Fontaine à tous les enfants, et il n'y en a pas un seul qui les entende ; quand ils les entendraient, ce serait encore pis, car la morale en est tellement mêlée et disproportionnée à leur âge, qu'elle les porterait plus au vice qu'à la vertu, Rousseau, Ém. II.

    La morale d'un ouvrage, la leçon de morale qui en résulte.

    Dans le langage familier, il se dit souvent pour conséquence simplement. La morale de la chose fut que…

  • 5Réprimande. Son père lui a fait la morale, une morale. Excédés de vos fades leçons, de vos longues morales, Rousseau, Ém. IV.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

MORALE, s. f. (Science des mœurs) c’est la science qui nous prescrit une sage conduite, & les moyens d’y conformer nos actions.

S’il sied bien à des créatures raisonnables d’appliquer leurs facultés aux choses auxquelles elles sont destinées, la Morale est la propre science des hommes ; parce que c’est une connoissance généralement proportionnée à leur capacité naturelle, & d’où dépend leur plus grand intérêt. Elle porte donc avec elle les preuves de son prix ; & si quelqu’un a besoin qu’on raisonne beaucoup pour l’en convaincre, c’est un esprit trop gâté pour être ramené par le raisonnement.

J’avoue qu’on ne peut pas traiter la Morale par des argumens démonstratifs, & j’en sais deux ou trois raisons principales. 1°. le défaut de signes. Nous n’avons pas de marques sensibles, qui représentent aux yeux les idées morales ; nous n’avons que des mots pour les exprimer : or quoique ces mots restent les mêmes quand ils sont écrits, cependant les idées qu’ils signifient, peuvent varier dans le même homme ; & il est fort rare qu’elles ne soient pas différentes, en différentes personnes. 2°. les idées morales sont communément plus composées que celles des figures employées dans les mathématiques. Il arrive de-là que les noms des idées morales, ont une signification plus incertaine ; & de plus, que l’esprit ne peut retenir aisément des combinaisons précises, pour examiner les rapports & les disconvenances des choses. 3°. l’intérêt humain, cette passion si trompeuse, s’oppose à la démonstration des vérités morales ; car il est vraissemblable que si les hommes vouloient s’appliquer à la recherche de ces vérités, selon la même méthode & avec la même indifférence qu’ils cherchent les vérités mathématiques, ils les trouveroient avec la même facilité.

La science des mœurs peut être acquise jusqu’à un certain degré d’évidence, par tous ceux qui veulent faire usage de leur raison, dans quelque état qu’ils se trouvent. L’expérience la plus commune de la vie, & un peu de réflexion sur soi-même & sur les objets qui nous environnent de toutes parts, suffisent pour fournir aux personnes les plus simples, les idées générales de certains devoirs, sans lesquels la société ne sauroit se maintenir. En effet, les gens les moins éclairés, montrent par leurs discours & par leur conduite, qu’ils ont des idées assez droites en matiere de morale, quoiqu’ils ne puissent pas toûjours les bien développer, ni exprimer nettement tout ce qu’ils sentent ; mais ceux qui ont plus de pénétration, doivent être capables d’acquérir d’une maniere distincte, toutes les lumieres dont ils ont besoin pour se conduire.

Il n’est pas question dans la Morale de connoître l’essence réelle des substances, il ne faut que comparer avec soin certaines relations que l’on conçoit entre les actions humaines & une certaine regle. La vérité & la certitude des discours de morale, est considerée indépendamment de la vie des hommes, & de l’existence que les vertus dont ils traitent, ont actuellement dans le monde. Les Offices de Cicéron ne sont pas moins conformes à la vérité, quoiqu’il n’y ait presque personne qui en pratique exactement les maximes, & qui regle la vie sur le modele d’un homme de bien, tel que Cicéron nous l’a dépeint dans cet ouvrage. S’il est vrai dans la spéculation, que le meurtre mérite la mort, il le sera pareillement à l’égard de toute action réelle, conforme à cette idée de meurtre.

Les difficultés qui embarrassent quelquefois en matiere de morale, ne viennent pas tant de l’obscurité qu’on trouve dans les preceptes ; que dans certaines circonstances particulieres, qui en rendent l’application difficile ; mais ces circonstances particulieres ne prouvent pas plus l’incertitude du precepte, que la peine qu’on a d’appliquer une démonstration de mathématique, n’en diminue l’infaillibilité. D’ailleurs, ces difficultés ne regardent pas les principes généraux, ni les maximes qui en découlent immédiatement ou médiatement, mais seulement quelques conséquences éloignées. Pour peu qu’on fasse usage de son bon sens, on ne doutera pas le moins du monde de la certitude des regles suivantes : qu’il faut obéir aux lois de la Divinité, autant qu’elles nous sont connues : qu’il n’est pas permis de faire du mal à autrui : que si l’on a causé du dommage, on doit le réparer : qu’il est juste d’obéir aux lois d’un souverain légitime, tant qu’il ne prescrit rien de contraire aux maximes invariables du Droit naturel, ou à quelque loi divine clairement révelée, &c. Ces vérités, & plusieurs autres semblables, sont d’une telle évidence, qu’on ne sauroit y rien opposer de plausible.

Si la science des mœurs s’est trouvée de tout tems extrèmement négligée, il n’est pas difficile d’en découvrir les causes. Il est certain que les divers besoins de la vie, vrais ou imaginaires, les faux intérêts, les impressions de l’exemple & des coutumes, le torrent de la mode & des opinions reçues, les préjugés de l’enfance, les passions surtout, détournent ordinairement les esprits d’une étude sérieuse de la Morale. La Philosophie, dit agréablement l’auteur moderne des Dialogues des morts, ne regarde que les hommes, & nullement le reste de l’univers. L’astronome pense aux astres, le physicien à la nature, & les Philosophes à eux ; mais parce que cette philosophie les incommoderoit, si elle se mêloit de leurs affaires, & si elle prétendoit regler leurs passions, ils l’envoient dans le ciel arranger les planetes, & en mesurer les mouvemens ; ou bien ils la promenent sur la terre, pour lui faire examiner tout ce qu’ils y voient : enfin ils l’occupent toûjours le plus loin d’eux qu’il leur est possible.

Il est pourtant certain, malgré cette plaisanterie de M. de Fontenelle, que dans tous les tems, ce sont les laïques philosophes qui ont fait le meilleur accueil à la Morale ; & c’est une vérité qu’on peut établir par tous les écrits des Sages de la Grece & de Rome. Socrate, le plus honnête homme de l’antiquité, fit une étude particuliere de la Morale, & la traita avec autant de grandeur, que d’exactitude ; tout ce qu’il dit de la Providence en particulier, est digne des lumieres de l’Evangile. La Morale est aussi partout répandue dans les ouvrages de Platon. Aristote en fit un système méthodique, d’après les mêmes principes & la même économie de son maître. La morale d’Epicure n’est pas moins belle, que droite dans ses fondemens. Je conviens que sa doctrine sur le bonheur, pouvoit être mal interpretée, & qu’il en résulta de fâcheux effets, qui décrierent la secte : mais au fond cette doctrine étoit assez raisonnable ; & l’on ne sauroit nier, qu’en prenant le mot de bonheur dans le sens que lui donnoit Epicure, la félicité de l’homme ne consiste dans le sentiment du plaisir, ou en général dans le contentement de l’esprit.

Cependant Zénon contemporain d’Epicure, se frayoit une route encore plus glorieuse, en fondant la secte des Stoïciens. En effet il n’y a point en de Philosophes qui aient parlé plus fortement de la fatale nécessité des choses, ni plus magnifiquement de la liberté de l’homme, que l’ont fait les Stoïciens. Rien n’est plus beau que leur morale, considerée en elle-même ; & à quelques-unes de leurs maximes près, rien n’est plus conforme aux lumieres de la droite raison. Leur grand principe, c’est qu’il faut vivre conformément à la constitution de la nature humaine, & que le souverain bien de l’homme consiste dans la vertu ; c’est-à-dire dans les lumieres de la droite raison, qui nous font considérer ce qui convient véritablement à notre état. Ils regardoient le monde comme un royaume dont Dieu est le prince, & comme un tout, à l’utilité duquel chaque personne qui en fait partie, doit concourir & rapporter toutes ses actions, sans préférer jamais son avantage particulier à l’intérêt commun. Ils croyoient qu’ils étoient nés, non chacun pour soi, mais pour la société humaine ; c’étoit là le caractere distinctif de leur secte, & l’idée qu’ils donnoient de la nature du juste & de l’honnête. Il n’y a point de Philosophes qui aient si bien reconnu, & si fort recommandé les devoirs indispensables où sont tous les hommes les uns envers les autres, précisément en-tant qu’Hommes. Selon eux, on est né pour procurer du bien à tous les humains ; exercer la bénéficence envers tous ; se contenter d’avoir fait une bonne action, & l’oublier même en quelque maniere, au-lieu de s’en proposer quelque récompense ; passer d’une bonne action à une bonne action ; se croire suffisamment payé, en ce que l’on a eu occasion de rendre service aux autres, & ne chercher par conséquent hors de soi, ni le profit ni la louange. A l’égard de nous-mêmes, il faut, disent les Stoïciens, n’avoir rien tant à cœur que la vertu ; ne se laisser jamais détourner de son devoir, ni par le desir de la vie, ni par la crainte des tourmens, ni par celle de la mort ; moins encore de quelque dommage, ou de quelque perte que ce soit. Je ne dois pas entrer ici dans de plus grands détails ; mais un savant anglois, Thomas Gataker, dans la préface de son vaste & instructif Commentaire sur Marc Antonin, nous a donné un abrégé des plus beau preceptes de la morale des Stoïciens, tiré du livre même de cet empereur, & de ceux d’Epictete & de Séneque, trois philosophes de cette secte estimable, & qui sont les seuls avec Plutarque, dont il nous reste quelques écrits.

Depuis Epicure & Zénon, on ne vit plus de beaux génies tenter de nouvelles routes dans la science de la Morale : chacun suivit la secte qu’il trouva la plus à son goût. Les Romains, qui reçurent des Grecs les arts & les sciences, s’en tinrent aux systèmes de leurs maîtres. Du tems d’Auguste, un philosophe d’Alexandrie nommé Potamon, introduisit une maniere de philosopher que l’on appella éclectique, parce qu’elle consistoit à choisir de tous les dogmes des Philosophes, ceux qui paroissoient les plus raisonnables. Cicéron suit à-peu-près cette méthode dans son livre des Offices, où il est tantôt stoïcien, tantôt péripatéticien. Cet excellent livre que tout le monde connoît, est sans contredit le meilleur traité de Morale, le plus régulier, le plus méthodique & le plus exact que nous ayons. Il n’y a guere de moins bonnes choses dans celui des Lois, tout imparfait qu’il est ; mais c’est grand dommage qu’on ait perdu son Traité de la république, dont le peu de fragmens qui nous restent donnent la plus haute idée.

Pour ce qui regarde la Morale de Séneque & de Plutarque, je serois assez du sentiment de Montagne, dans le jugement qu’il en porte. Ces deux auteurs, dit-il, se rencontrent dans la plûpart des opinions utiles & vraies ; comme aussi leur fortune les fit naître a-peu près dans le même siecle ; tous deux venus de pays étranger ; tous deux riches & puissans. Leur instruction est de la créme philosophique : Plutarque est plus uniforme & constant : Séneque plus ondoyant & divers : celui-ci se roidit & se tend pour armer la vertu contre la foiblesse, la crainte & les vicieux appétits : l’autre semble n’estimer pas tant leur effort, & dédaigner d’en hâter son pas, & de se mettre sur sa garde : il paroît dans Séneque qu’il prête un peu à la tyrannie des empereurs de son tems : Plutarque est libre par-tout : Séneque est plein de pointes & de saillies : Plutarque de choses : celui-là vous échauffe plus & vous émeut : celui-ci vous contente davantage & vous paye mieux, il nous guide ; l’autre nous pousse : tantôt dans Plutarque, les discours sont étendus ; & tantôt il ne les touche que simplement, montrant seulement du doigt par où nous irons s’il nous plaît, & se contentant de ne donner qu’une atteinte dans le plus vif d’un repos. Il les faut arracher de-là, & les mettre en place marchande.

J’ajoute que les sujets des morales de Plutarque, sont en général traités superficiellement ; & que les ouvrages de Séneque, le meilleur même, celui des Bienfaits, n’a point d’ordre. Epictete est plus simple & plus pur ; mais il manque de vûes & d’élévation. Marc Antonin montre un esprit plus vaste & plus grand que son empire. Il ne s’est pas contenté d’expliquer solidement les preceptes de ses maîtres, il les a souvent corrigés, & leur a donné une nouvelle force, par la maniere ingénieuse & naturelle dont il les a proposés, ou par les nouvelles découvertes qu’il y a jointes.

Les Platonicient qui se rendirent célebres dans le iij. & iv. siécle, un Plotin, un Amélius, un Porphyre, un Jamblique, un Proclus, &c. s’attacherent beaucoup plus à expliquer les spéculations, ou plutôt les réveries du fondateur de leur secte, qu’à cultiver sa morale. Un très petit nombre de docteurs de l’Eglise chrétienne ne furent guere plus heureux, en s’entêtant d’idées chimériques, d’allégories, de disputes frivoles, & en s’abandonnant-aux fougues de leur imagination échauffée. Il seroit superflu de parcourir les siecles suivans, où l’ignorance & la corruption ne laisserent presque plus qu’une étincelle de bon sens & de morale.

Cependant Aristote abandonné, reparut dans le vj. siecle. Boëce en traduisant quelques ouvrages du philosophe de Stagyre, jetta les fondemens de cette autorité despotique, que la philosophie péripatéticienne vint à acquérir dans la suite des tems. Les Arabes s’en entêterent dans le xj. siecle, & l’introduisirent en Espagne, où elle subsiste toûjours : delà naquit la philosophie scholastique, qui se répandit dans toute l’Europe ; & dont la barbarie porta encore plus de préjudice à la religion & à la Morale, qu’aux sciences spéculatives.

La morale des scholatiques est un ouvrage de pieces rapportées, un corps confus, sans regle & sans principe, un mélange des pensées d’Aristote, du droit civil, du droit canon, des maximes de l’Ecriture-sainte & des Peres. Le bon & le mauvais se trouvent mêlés ensemble ; mais de maniere qu’il y a beaucoup plus de mauvais que de bon. Les casuistes des derniers siecles n’ont fait qu’enchérir en vaines subtilités, & qui pis est en erreurs monstrueuses. Passons tous ces malheureux tems, & venons enfin à celui où la science des mœurs est, pour ainsi dire, ressuscitée.

Le fameux chancelier Bacon, qui finit sa carriere au commencement du xvij. siecle, est un de ces grands génies à qui la postérité sera éternellement redevable des belles vues qu’il a fournies pour le rétablissement des sciences. Ce fut la lecture des ouvrages de ce grand homme, qui inspira à Hugues Grotius la pensée d’oser le premier former un système de morale, & de droit naturel. Personne n’étoit plus propre que Grotius à tenter cette entreprise. Un amour sincere de la vérité, une netteté d’esprit admirable, un discernement exquis, une profonde méditation, une érudition universelle, une lecture prodigieuse, une application continuelle à l’étude, au milieu d’un grand nombre de traverses, & des fonctions pénibles de plusieurs emplois considérables, sont les qualités qu’on ne sauroit sans ignorance & sans injustice refuser à ce grand homme. Si la philosophie de son siecle étoit encore pleine de ténebres, il a presque suppléé à ce défaut par la force de son bon sens & de son jugement. Son ouvrage, aujourd’hui si connu, parut à Paris pour la premiere fois en 1625.

Quoique Selden ait prodigué la plus vaste érudition dans son système des lois des Hébreux sur la morale & le droit naturel, il s’en faut bien qu’il ait effacé, ni même égalé Grotius. Outre le désordre & l’obscurité qui regnent dans la maniere d’écrire de ce savant anglois, ses principes ne sont point tirés des lumieres de la raison, mais des sept préceptes donnés à Noé, qui ne sont fondés que sur une tradition douteuse, ou sur les décisions des rabbins.

Peu de tems avant la mort de Grotius, parut sur la scène le fameux Thomas Hobbes. Si ce beau génie eût philosophé sans prévention, il auroit rendu des services considérables à la recherche de la vérité ; mais il pose pour principe des sociétés, la conservation de soi-même & l’utilité particuliere : mais il établit sur cette supposition, que l’état de nature est un état de guerre de chacun contre tous ; mais il donne aux rois une autorité sans bornes, prétendant que la volonté des souverains fait & la religion, & tout ce qui est juste ou injuste.

Il étoit reservé à Samuel Puffendorf de profiter heureusement des lumieres de tous ceux qui l’avoient précédé, & d’y joindre ses propres découvertes. Il dévéloppe distinctement les maximes fondamentales de la Morale, que Grotius n’avoit fait qu’indiquer, & il en déduit par des conséquences suivies, les principaux devoirs de l’homme & du citoyen en quelque état qu’il se trouve. Il n’emprunte guere les pensées des auteurs, sans les dévélopper, sans les étendre, & sans en tirer un plus grand parti. Mais c’est à M. Barbeyrac que le lecteur doit les principaux avantages qu’il peut aujourd’hui tirer de la lecture du droit de la guerre & de la paix, & du droit de la nature & des gens. Il leur faut joindre l’étude de Shafstbury, de Hutcheson, de Cumberland, de Wolaston, de la Placette & de l’Esprit des lois, qui respire la pure morale de l’homme dans quelque état qu’il se trouve.

Il nous manque peut-être un ouvrage philosophique sur la conformité de la morale de l’Evangile avec les lumieres de la droite raison ; car l’une & l’autre marchent d’un pas égal, & ne peuvent être séparées. La révélation suppose dans les hommes des connoissances qu’ils ont déja, ou qu’ils peuvent acquérir en faisant usage de leurs lumieres naturelles. L’existence d’une divinité infinie en puissance, en sagesse & en bonté, étant un principe évident par lui-même, les écrivains sacrés ne s’attachent point à l’établir : c’est par la même raison qu’ils n’ont point fait un système methodique de la morale, & qu’ils se sont contentés de préceptes généraux, dont ils nous laissent tirer les conséquences pour les appliquer à l’état de chacun, & aux divers cas particuliers.

Enfin ce seroit mal connoître la religion, que de relever le mérite de la foi aux dépens de la Morale ; car quoique la foi soit nécessaire à tous les Chrétiens, on peut avancer avec vérité, que la Morale l’emporte sur la foi à divers égards. 1°. Parce qu’on peut être en état de faire du bien, & de se rendre plus utile au monde par la Morale sans la foi, que par la foi sans la Morale. 2°. Parce que la Morale donne une plus grande perfection à la nature humaine, en ce qu’elle tranquillise l’esprit, qu’elle calme les passions, & qu’elle avance le bonheur de chacun en particulier. 3°. Parce que la regle pour la Morale est encore plus certaine que celle de la foi, puisque les nations civilisées du monde s’accordent sur les points essentiels de la Morale, autant qu’elles different sur ceux de la foi. 4°. Parce que l’incrédulité n’est pas d’une nature si maligne que le vice ; ou, pour envisager la même chose sous une autre vue, parce qu’on convient en général qu’un incrédule vertueux peut être sauvé, sur-tout dans le cas d’une ignorance invincible, & qu’il n’y a point de salut pour un croyant vicieux. 5°. Parce que la foi semble tirer sa principale, si ce n’est pas même toute sa vertu, de l’influence qu’elle a sur la morale. (D. J.)

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Étymologie de « morale »

Moral.

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Substantivation de l'adjectif moral pour remplacer moralité qui a pris un sens restrictif.
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Phonétique du mot « morale »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
morale mɔral

Citations contenant le mot « morale »

  • La morale consiste à se savoir esprit et, à ce titre, obligé, absolument ; car noblesse oblige. Émile Chartier, dit Alain, Lettres sur la philosophie de Kant, Flammarion
  • Sans échec, pas de morale. Simone de Beauvoir, Pour une morale de l'ambiguïté, Gallimard
  • La morale est peut-être la forme la plus cruelle de la méchanceté. Henry Becque, Notes d'album, G. Crès
  • La morale de l'Évangile est essentiellement celle de l'âme ouverte. Henri Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion, P.U.F.
  • Sans morale, il n'y a plus de vin de Bordeaux, ni de style. La morale, c'est le goût de ce qui est pur et défie le temps. Jacques Boutelleau, dit Jacques Chardonne, L'Amour, c'est beaucoup plus que l'amour, Albin Michel
  • La morale va au-devant de l'action ; la loi l'attend. François René, vicomte de Chateaubriand, Histoire de France
  • Il faut de la religion pour la religion, de la morale pour la morale, de l'art pour l'art. Le bien et le saint ne peuvent être la route de l'utile, ni même du beau. Victor Cousin, Cours de philosophie
  • Afin que je ne demeurasse point irrésolu en mes actions pendant que la raison m'obligerait de l'être en mes jugements, et que je ne laissasse pas de vivre dès lors le plus heureusement que je pourrais, je me formai une morale par provision, qui ne consistait qu'en trois ou quatre maximes, dont je veux bien vous faire part. La première était d'obéir aux lois et aux coutumes de mon pays, retenant constamment la religion en laquelle Dieu m'a fait la grâce d'être instruit dès mon enfance, et me gouvernant en toute autre chose suivant les opinions les plus modérées et les plus éloignées de l'excès qui fussent communément reçues en pratique par les mieux sensés de ceux avec lesquels j'aurais à vivre. […] Ma seconde maxime était d'être le plus ferme et le plus résolu en mes actions que je pourrais, et de ne suivre pas moins constamment les opinions les plus douteuses, lorsque je m'y serais une fois déterminé, que si elles eussent été très assurées […] Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l'ordre du monde : et généralement de m'accoutumer à croire qu'il n'y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir que nos pensées […] Enfin, pour conclusion de cette morale, je m'avisai de faire une revue sur les diverses occupations qu'ont les hommes en cette vie, pour tâcher à faire choix de la meilleure, et sans que je veuille rien dire de celles des autres, je pensai que je ne pouvais mieux que de continuer en celle-là même où je me trouvais […]. René Descartes, Discours de la méthode
  • Le péché n'est pas intéressant. Il n'y a de morale que celle qui dirige l'homme vers ce qu'il porte de plus grand. Charles de Gaulle, Propos recueillis par André Malraux dans Les Chênes qu'on abat, Gallimard
  • Dès l'instant que j'eus compris que Dieu n'était pas encore mais qu'il devenait, et qu'il dépendait de chacun de nous qu'il devînt, la morale en moi fut restaurée. André Gide, Journal, Gallimard
  • La superstition est un peu plus humaine que la religion, parce qu'elle manque de morale. Remy de Gourmont, Pensées inédites, Honoré Champion
  • La morale est une science frivole si l'on ne la confond avec la politique et la législation. Claude Adrien Helvétius, De l'esprit
  • Si l'on consultait l'expérience au lieu du préjugé, la médecine fournirait à la morale la clef du cœur humain, et en guérissant le corps, elle serait aussi assurée de guérir l'esprit. Paul Henri Thiry, baron d'Holbach, Système de la nature
  • Il y a des gens qui n'ont de la morale qu'en pièce ; c'est une étoffe dont ils ne se font jamais d'habit. Joseph Joubert, Pensées
  • Toute morale est infructueuse, pour qui n'a pas la sobriété en partage. Julien Offray de La Mettrie, L'Homme machine
  • On ne fait pas de politique avec de la morale, mais on n'en fait pas davantage sans. André Malraux, L'Espoir, Gallimard
  • La morale publique est le complément naturel de toutes les lois : elle est à elle seule tout un code. Napoléon Ier, Cité par Las Cases dans le Mémorial de Sainte-Hélène
  • La science des choses extérieures ne me consolera pas de l'ignorance de la morale, au temps d'affliction ; mais la science des mœurs me consolera toujours de l'ignorance des sciences extérieures. Blaise Pascal, Pensées, 67 Pensées
  • Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale. Blaise Pascal, Pensées, 347 Pensées
  • La vraie éloquence se moque de l'éloquence, la vraie morale se moque de la morale […]. Blaise Pascal, Pensées, 4 Pensées
  • Il ne peut pas y avoir de morale scientifique ; mais il ne peut pas non plus y avoir de science immorale. Henri Poincaré, Dernières Pensées, Flammarion
  • La morale est la faiblesse de la cervelle. Arthur Rimbaud, Une saison en enfer, Délires II
  • Il est un point élevé où l'art, la nature et la morale ne font qu'un et se confondent. Charles Augustin Sainte-Beuve, Causeries du lundi
  • La morale chrétienne est excellente à tous les maux ; mais je la veux chrétienne : elle est trop creuse et trop inutile autrement. Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, Correspondance, à Mme de Grignan, 20 septembre 1671
  • Nulle société ne peut exister sans morale. Il n'y a pas de bonne morale sans religion. Il n'y a donc que la religion qui donne à l'État un appui ferme et durable. Napoléon Ier, Allocution aux curés de Milan, 5 juin 1800
  • Tut, tut, ma petite, dit la duchesse, tout a une morale si l'on cherche bien. Charles Lutwidge Dodgson, dit Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles, IXAlice's Adventures in Wonderland, IX
  • Quand on se fout de la morale, le moral est meilleur. De Albert Willemetz
  • La théologienne Véronique Margron évoque le souvenir du prêtre salésien et éminent théologien moraliste Xavier Thévenot, auquel elle doit son approche de la morale, concrète et attentive. Les grandes rencontres (8/9). La Croix, Véronique Margron et Xavier Thévenot, l’héritage d’une morale pour la vie
  • Je crois que la démarche de tout individu vis-à-vis du pouvoir doit passer par le suffrage et le suffrage doit permettre aux gens qui l'exercent d'ouvrir les yeux, les oreilles et de regarder là où ils mettent les pieds. La question fondamentale aujourd'hui c'est que l'identification de l'individu doit se faire au regard non seulement de ses capacités intrinsèques mais surtout de la morale et de l'éthique. Ce qu'a abandonné l'homme politique malien, c'est véritablement la morale et l'éthique. Voler aujourd'hui n'est pas une tare, se retrouver en situation de conflit d'intérêts n'est pas non plus une difficulté, une prise de participation illégale dans les marchés publics n'est pas non plus un problème, parce que l'on est assuré qu'en amont on est protégé par l'auteur du décret qui vous a nommé et qu'en aval, on a le contrôle de la Justice. Entre les deux, il y a un vide absolu et ce vide, il est perçu par les citoyens qui sont les voisins du ministre, qui sont membres de sa famille ou qui sont simplement des employés de son ministère. Ainsi, le fossé s'élargit. Le Point, « Ce qu'a abandonné l'homme politique malien, c'est véritablement la morale et l'éthique » - Le Point
  • L’entrée  des Etats-Unis dans le conflit en ce tout début d’année 1942, suite à  l’attaque de Pearl Harbour par l’empire japonais change la donne internationale. De facto, l’Allemagne déclare la guerre à l’Amérique.  L’Angleterre et la France libre du général de Gaulle peuvent enfin  espérer. A Paris, la politique de rénovation morale et physique voulu par le maréchal porte ses fruits. Les Parisiens se mettent au sport tout azimuts.  France Bleu, Saga 40 - Paris sous l'occupation : Sport, discipline et morale
  • Célestine fuit la France et la violence conjugale de son premier mari Jean Ypas, le pâtissier, pour vivre au grand jour son amour avec Ferdinand dans un nouveau monde eldorado plein de promesses où elle pourra divorcer. Un défi à la morale de l’époque. www.larep.fr, Miss Belly défie la morale dans le nouveau roman de Judith Rapet - Paris (75000)
  • Cette morale de l’amoral, le jeune libertaire la met très tôt en actes, dans une dissertation, où il traite les Habsbourg de « dynastie de cochons ». Pour cela, il est renvoyé de son lycée et exclu de tous les établissements scolaires autrichiens de l’Autriche-Hongrie. Mais qu’importe. A 18 ans, il s’enfuit du foyer familial après avoir rapté la deuxième femme de son père et dilapidé son capital. Comme il faut bien vivre, il choisit les métiers les plus improbables : conducteur de machine à vapeur, gardien d’une usine désaffectée, inventeur d’un ersatz de tabac… Le Monde.fr, « Le Roman tchèque », de Ladislav Klima : la morale de l’amoral
  • Il faut absolument répondre à ce genre d’accusation qui fait fi de tout ce que la grande tradition philosophique issue des Lumières ainsi que le simple bon sens nous font penser. D’abord, dans l’ordre des relations interindividuelles il est clair que si la morale restreint la liberté individuelle de l’action, elle ne la supprime pas, car c’est bien pour respecter celle d’autrui, donc sa personne même, que nous devons réprimer l’expression de ceux de nos  affects qui portent atteinte à la dignité personnelle des autres. Elle organise donc la co-existence des libertés, par exemple sur la base du principe kantien selon lequel nous ne  devons pas traiter l’autre comme un simple moyen et l’instrumentaliser au service de nos fins personnelles, mais le considérer comme une fin en soi ! Je m’arrête là tant la manière dont Kant a porté au concept ce principe dans Les fondements de la métaphysique des mœurs est impeccable, convaincante, et rejoint d’ailleurs la conscience commune (sauf celle de notre éditorialiste) comme aussi la morale évangélique… dont Ouest-France se réclame par ailleurs ! Comprenne qui pourra ! En tout cas il est clair que la morale est au service de la liberté de tous, ce qui signifie que nous devons renoncer à notre « libre » égoïsme individuel : c’est ce qui constitue le bien moral, favorable aux autres. Club de Mediapart, La morale contre la liberté? | Le Club de Mediapart
  • “Ce qui est très important, c’est que ces mesures visent à la fois des personnes morales et physiques. Cela signifie qu’on va pouvoir envisager des mises en examen, à la fois bien évidemment de personnes physiques, comme le directeur d’un Ehpad, un médecin, mais également d’une personne morale, c’est-à-dire la structure, la société en tant que telle”, explique Fabien Arakelian, l’avocat des familles, à France Bleu Belfort-Montbéliard. Le HuffPost, Covid-19: à Belfort, la justice ouvre une enquête sur deux décès dans un Ehpad | Le HuffPost
  • Pas sûr que Netanyahou soit préoccupé par la morale. C'est une partie d'échecs qui se joue. Le Figaro.fr, «Si Nétanyahou passe aux actes, l’État hébreu subira une catastrophe morale»
  • L'histoire joue un tout autre rôle pour la marque et pour nous. Elle est un récit onirique ou la transposition d'une réalité habillée par des mots. Elle délivre ainsi une morale. La morale comme une invitation à la suivre, que la communauté peut ou non accepter, embrasser avec passion et gourmandise. La morale est ce que nous avons envie de croire comme juste et bon pour la communauté et la société par extension. Elle est dictée par nos valeurs, mais plus souvent par ces valeurs que nous imaginons être celles du plus grand nombre, de ce magma gluant que nous dénommons majorité, ou encore celles d'une élite intellectuelle. Spinoza lui, préfère l'éthique à la morale. Il croit en l'humain plus qu'en Dieu, lorsqu'il s'agit de vivre son désir. Or la marque crée le désir (du moins elle devrait le faire) au-delà même de ce qui serait conforme à la morale. La thèse que défend Kant est que le désir est toujours amoral ; il se situe en dehors de tout moralité en cela qu'il n'a d'intérêt que pour le «désirant» et non pour la communauté. La thèse de Spinoza est que l'homme est un être de désir, et qu'agissant selon ses désirs, tout en restant humain, il est alors éthique. Pour celui qui voudrait s'affranchir du désir, se retrancher derrière un masque responsable, il reste la contemplation extatique que préconise Schopenhauer, mais ce pessimisme philosophique ne sied guère au marketeur et encore moins aux marques. Nous promettre la souffrance n'est pas un objectif marketing. Stratégies, «Mettez de l'éthique dans vos histoires de marque», Patrice Laubignat (EforBrands) - Stratégies

Images d'illustration du mot « morale »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « morale »

Langue Traduction
Anglais moral
Espagnol moral
Italien morale
Allemand moral
Chinois 道德
Arabe أخلاقي
Portugais moral
Russe моральный
Japonais 道徳の
Basque moral
Corse morale
Source : Google Translate API

Synonymes de « morale »

Source : synonymes de morale sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « morale »

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