Miracle : définition de miracle


Miracle : définition du Wiktionnaire

Nom commun

miracle \mi.ʁɑkl\ ou \mi.ʁakl\ masculin

  1. (Religion) Acte de la puissance divine contraire aux lois connues de la nature.
    • Mais les temps des miracles sont passés... Les os de Saint-Pierre faisaient des miracles ; les fidèles les adoraient ; les anatomistes sont venus, ils les ont pris dans leurs mains pestiférées, et ont blasphémé : « mais ce sont des os de moutons ! » et les os miraculeux ont suspendu leurs miracles. — (Paul Lafargue, Pie IX au Paradis, 1890)
    • Le front barré des plis de la plus douloureuse perplexité, il était là, immobile demandant, après l’avoir vigoureusement blasphémé, un miracle à son Dieu, […]. — (Louis Pergaud, L’Argument décisif, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Mais le domaine de la foi correspond à celui du surnaturel et du miracle. […]. Il est donc légitime lorsque la foi et la raison semblent en désaccord, de tenir pour vraies les affirmations de la foi, puisque le miracle est chose toujours réalisable pour un Dieu tout-puissant. — (Louis Rougier, Histoire d’une faillite philosophique: la Scolastique, 1925, éd. 1966)
    • Ce miracle, ignoré du clergé local au XVIIe s., est surement le produit de l’imagination de certains spécialistes en hagiographie. — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
    • Peut-être dira-t-on que si les miracles ne sont pas physiquement impossibles, ils le sont du moins moralement, comme étant contraires à la sagesse et à la majesté de l’Etre suprême. — (Philippe Basset, Thèses théologiques sur les miracles, 1813)
  2. (Par hyperbole) Chose extraordinaire ou hasard merveilleux, du fait qu’un événement devait naturellement arriver et cependant n’est pas arrivé, ou inversement.
    • Entre l'obélisque de Paris et son frère resté à Louxor, il n'y a plus de ressemblance aucune, et c'est miracle que le nôtre ait su prendre une beauté nouvelle en abandonnant sur la terre égyptienne tout ce qui lui donnait signification et grandeur. — (Pierre Louÿs, La ville plus belle que le monument, dans Archipel, 1932)
    • Les colonnes qui supportent les voûtes de la chapelle de la Vierge sont d'une légèreté telle que pour un peu on crierait au miracle. — (Jean Bertot, Août 1893: la France en bicyclette de Paris à Grenoble et Marseille, Ancienne maison Quantin, 1894, page 42)
  3. Ce qui fait naître l’étonnement, l’admiration.
    • J'ai conté […] le miracle de cette résistance inouïe, à un contre six, […], dans la vase, les trous perfides des arroyos, sous un ciel qui crachait des tonnes de mitraille, […]. — (Charles Le Goffic, Bourguignottes et pompons rouges, 1916, p.91)
    • […], et qu'il était merveilleux son médecin, et qu'il avait déjà fait des miracles dans les constipations en ville et ailleurs, et qu'entre autres, il était en train de la guérir elle, d'une rétention de caca dont elle souffrait depuis plus de dix ans. — (Louis-Ferdinand Céline [Louis Ferdinand Destouches], Voyage au bout de la nuit, Denoël et Steele, Paris, 1932)
    • Son œil s'attarde pourtant sur la jauge d’essence. Impitoyable, l’aiguille marque zéro. Par quel miracle, le réservoir où Mr. Smith a versé de ses mains, au moment du départ, soixante-dix litres de supercarburant, a-t-il pu se vider subitement ? — (Serge Dalens, La tache de vin, Éditions Fleurus, 2012, p 189)
  4. (Histoire) (XIIe siècle - XV) D'abord récit, puis représentation théâtrales, basées sur la vie des saints.

Nom commun

miracle \ˈmɪɹ.ə.kl̩\

  1. Miracle.
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Miracle : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MIRACLE. n. m.
Acte de la puissance divine contraire aux lois connues de la nature. Opérer des miracles. Il se dit, par exagération, d'une Chose extraordinaire, d'un hasard merveilleux, du fait qu'un événement devait naturellement arriver et cependant n'est pas arrivé, ou inversement. Il a échappé à la mort par miracle. C'est un miracle qu'il n'ait pas été tué dans cette bataille. C'est un miracle qu'il soit venu si vite, qu'il ait achevé si promptement cet ouvrage. Fam., C'est un miracle de vous voir, se dit à une Personne qu'on n'avait pas vue depuis longtemps. Il se dit aussi de Tout ce qui fait naître l'étonnement, l'admiration. Cette femme est un miracle de la nature, un miracle de beauté. Un miracle d'énergie, de dévouement, de bonté. Fam., Crier au miracle, crier miracle, se dit Quand quelqu'un fait une chose qu'il n'a pas coutume de faire, qui est opposée à ses habitudes, à son caractère. Il n'y a pas de quoi crier miracle, se dit à une Personne qui se vante après avoir fait une chose fort aisée, ou même après avoir commis une maladresse. Un beau miracle se dit ironiquement d'une Chose fort ordinaire ou même d'une action maladroite. Voilà un beau miracle. Vous avez fait là un beau miracle. Fam., Faire des miracles en quelque occasion, Accomplir un exploit, obtenir un résultat extraordinaire. Tenir du miracle, Offrir un caractère merveilleux. Cour des miracles se disait d'un Endroit de Paris où se réunissaient les gueux et les mendiants.

À MIRACLE, loc. adv., se dit par exagération au sens de Parfaitement bien, avec un succès inespéré. Cela est fait à miracle. La commission était difficile, il s'en est acquitté à miracle.

Miracle : définition du Littré (1872-1877)

MIRACLE (mi-ra-kl') s. m.
  • 1Acte contraire aux lois ordinaires de la nature et produit par une puissance surnaturelle. La vertu divine qui avait opéré ce miracle, Pascal, Prov. XI. Miracle : c'est un effet qui excède la force naturelle des moyens qu'on y emploie ; et non-miracle est un effet qui n'excède pas la force naturelle des moyens qu'on y emploie, Pascal, Pens. XXIII, 41, éd. HAVET. Je ne serais pas chrétien sans les miracles, dit saint Augustin, Pascal, ib. XXV, 94. Incrédules, les plus crédules : ils croient les miracles de Vespasien, pour ne pas croire ceux de Moïse, Pascal, ib. XXIV, 99. Les miracles sont plus importants que vous ne pensez ; ils ont servi à la fondation et serviront à la continuation de l'Église jusqu'à l'Antechrist, jusqu'à la fin, Pascal, ib. XXIII, 19. Aux hérétiques les miracles seraient inutiles ; car l'Église, autorisée par les miracles qui ont préoccupé la créance, nous dit qu'il n'ont pas la vraie foi, Pascal, ib. XXIII, 13. Les miracles discernent la doctrine, et la doctrine discerne les miracles, Pascal, ib. XXIII, 1. Si j'avais vu un miracle, disent-ils, je me convertirais ; comment assurent-ils qu'ils feraient ce qu'ils ignorent ? Pascal, ib. XIII, 9. Les prophéties, les miracles mêmes et les preuves de notre religion ne sont pas de telle nature qu'on puisse dire qu'ils sont absolument convaincants, Pascal, ib. XXIV, 18. Dieu fait des miracles en leur faveur [des rois de Juda], Bossuet, Hist. II, 4. Le don des miracles est une grâce infructueuse qu'ont eue quelques saints, mais qui n'a point aidé à les faire saints, Bourdaloue, 5e dim. après Pâq. Dominic. t. II, p. 217. En ces murs même une troupe égarée… De ses miracles faux [de Mahomet] soutient l'illusion, Voltaire, Fanat. I, 1. Rien ne caractérise mieux un miracle que l'impossibilité d'en expliquer l'effet par des causes naturelles, Buffon, Hist. nat. Preuv. théor. terr. Œuv. t. I, p. 290. Le fameux Spinosa, qui avait dit que les miracles étaient impossibles, parce qu'ils étaient contraires aux lois de la nature et qu'ils supposaient de la variation dans les décrets de Dieu, Bonnet, Paling. XVII, 6.

    Cour des Miracles, se disait d'un endroit de Paris où se réunissaient les gueux et les mendiants, ainsi dite parce que ceux qui simulaient toutes sortes d'infirmités pour solliciter la charité, redevenaient là sains et dispos.

  • 2 Par exagération, chose extraordinaire, ou chose ordinaire, régulière dans l'ordre naturel, mais dont on ne sait aucunement la cause ou le moyen. Les miracles que fait Marie Pour le salut des fleurs de lis, Malherbe, VI, 3. Et la main de Rodrigue a fait tous ces miracles ! Corneille, Cid, IV, 1. Un héros, comme un dieu, peut faire des miracles, Corneille, Sophon. II, 3. Ô miracle d'amour ! Corneille, Cid, III, 4. Un jour sans douleur est pour moi un miracle, Scarron, Lettres, Œuv. t. I, p. 249, dans POUGENS. Il y a du miracle à un si prompt changement, Sévigné, 4 févr. 1696. C'est un beau miracle, si la Trousse s'est sauvé de l'état où l'on nous l'a représenté, Sévigné, 13 août 1675. Le ciel fit naître en même temps et faisait croître sous une pareille éducation le roi, dont la naissance miraculeuse promettait à tout l'univers une vie pleine de miracles, Fléchier, Mar.-Thér. C'est miracle que ce que nous voyons entre les Espagnols et les Français ; Dieu tourne les cœurs comme il lui plaît, Maintenon, Lett. au D. de Noailles, 5 mars 1701. Le succès tenait du miracle, Bossuet, Var. 1. Achille, à qui le ciel promet tant de miracles, Racine, Iphig. I, 1. Ceux qui ont fait les relations de ces étranges événements [la conquête du Mexique] les ont voulu relever par des miracles qui ne servent en effet qu'à les rabaisser ; le vrai miracle fut la conduite de Cortez, Voltaire, Mœurs, 147. L'attraction et la direction de l'aimant sont des miracles continuels ; un limaçon auquel il revient une tête est un miracle ; la naissance de chaque animal, la production de chaque végétal sont des miracles de tous les jours, Voltaire, Dict. phil. Miracles. Les miracles sont faits Pour qui veut fermement la mort ou le succès, Saurin, Spart. III, 4. Un petit nombre de soldats, persuadés de l'habileté de leur général, peuvent enfanter des miracles, Chateaubriand, Génie, I, II, 2.

    Familièrement. C'est un miracle de vous voir, se dit d'une personne qu'on n'avait pas vue depuis longtemps.

    Familièrement. Crier au miracle, crier miracle, se dit quand quelqu'un fait une chose qu'il n'a pas coutume de faire. Ce n'est pour faire au miracle crier, La Fontaine, F. avare.

    Familièrement. Faire des miracles, faire miracle, réussir merveilleusement. Pour moi les huguenots pourraient faire miracle…, Régnier, Sat. IX. C'est un homme qui fait des miracles, Molière, Méd. m. lui, I, 5. Le changement d'air me fait des miracles, Sévigné, 8 avr. 1676. Quelle joie, ma chère enfant, que le quinquina ait fait ses miracles ordinaires ! Sévigné, 589.

    Voilà un beau miracle, se dit ironiquement à quelqu'un qui se vante d'une chose fort ordinaire.

    Il a fait miracle, il a fait un beau miracle, se dit de quelqu'un qui a commis quelque maladresse.

    Cela se peut sans miracle, cela est très aisé.

    Par exclamation, miracle ! beau miracle ! Miracle ! criait-on ; venez voir par les nues Passer la reine des tortues, La Fontaine, Fabl. X, 3.

    Miracle chimique, nom donné autrefois à la transformation subite par laquelle l'acide sulfurique concentré, versé dans une solution rapprochée de chlorure de calcium, donne du sulfate de chaux, qui se prend aussitôt en une masse solide.

  • 3Se dit des personnes qui sont dignes d'admiration. Anne, qui de Madrid fut l'unique miracle, Malherbe, II, 9. Je veux du même esprit que ce miracle d'armes [Achille], Chercher en quelque part un séjour écarté, Malherbe, V, 2. Ô roi, le miracle des rois, Malherbe, VI, 4. Henri, ce grand Henri que les soins de nature Avaient fait un miracle aux yeux de l'univers, Malherbe, VI, 11. Nous verrons de nous deux qui pourra l'emporter ; Qui, dans nos soins communs pour ce jeune miracle, Aux vœux de son rival portera plus d'obstacle, Molière, l'Ét. I, 1.

    Il se dit aussi des animaux. L'éléphant est en même temps un miracle d'intelligence et un monstre de matière, Buffon, Quadrup t. IV, p. 263.

    Se dit encore des choses qui sont dignes d'admiration. Que le miracle de l'Italie, le Pastor fido, l'a entièrement négligée [la liaison des scènes], Corneille, Avert. au lect. de la seconde partie des œuvres.

  • 4Par miracle, loc. adv. D'une façon qui est considérée comme un miracle, qui excite l'étonnement ou l'admiration. Il ne se soutient que par miracle, et à chaque pas il est sur le point de succomber, Bourdaloue, Exhort. sur J. C. portant sa croix, t. II, p. 137.
  • 5À miracle, loc. adv. À merveille, fort bien, on ne peut mieux. Il sait notre langue à miracle, La Fontaine, Œuv. posth. dans LE ROUX, Dict. comique. Une oie ; je les aime fort. - Tant mieux, touchez là, à demain à dîner ; ma femme les apprête à miracle, Brueys, Avoc. Pat. I, 6. Comment diable, à merveille, à miracle ! courage ! Piron, Métrom. III, 8. Mes enfants s'en tirent à miracle, Collin D'Harleville, Vieux célib. III, 3.

HISTORIQUE

XIIe s. Maint miracle fait Deus là ù fu descenduz [saint Thomas], D'avogles, de contraiz [contrefais] et de surz et de muz, De lepruz, qui receivent e santez e vertuz, Th. le mart. 131. E maint humme l'unt puis à miracle tenu, ib. 52.

XIIIe s. Et pour le bel miracle que Diex i demonstroit, Berte, CXXXV. Ore m'a l'en puis dit que il gist en la cité de Marseille, là où il fit moult beles miracles, Joinville, 289.

XIVe s. Si qu'on doit croire sans douter, Que ce sont miracles apertes Que musique fait ; c'est voir [vrai] certes, Machaut, p. 9.

XVIe s. Ce grand œuvre de l'Escurial du roy d'Espagne qu'on dit que jamais tous les sept miracles de jadis n'ont approché, Brantôme, Capit. franç. t. I, p. 276, dans LACURNE. Il n'est miracle que de vieux saints, Cotgrave

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Miracle : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

MIRACLE, subst. masc. (Théologie.) dans un sens populaire ; prodige ou événement extraordinaire qui nous surprend par sa nouveauté. Voyez Prodige.

Miracle dans un sens plus exact & plus philosophique signifie un effet qui n’est la suite d’aucune des lois connues de la nature, ou qui ne sauroit s’accorder avec ces lois. Ainsi un miracle étant une suspension de quelqu’une de ces lois, il ne sauroit venir d’une cause moins puissante que celle qui a établi elle-même ces lois.

Les Théologiens sont partagés sur la notion du vrai miracle : M. Clarke, dans son traité de l’existence de Dieu, tome III. chap. xix. définit le miracle un événement singulier produit contre le cours ordinaire régulier & uniforme des causes naturelles, par l’intervention de quelque être intelligent supérieur à l’homme.

M. l’abbé Houteville, dans son traité de la religion Chrétienne, prouvée par les faits, Liv. I. ch. v. dit que le miracle est un résultat de l’ordre général de la méchanique du monde, & du jeu de tous ses ressorts. C’est, ajoute-t-il, une suite de l’harmonie des lois générales que Dieu a établies pour la conduite de son ouvrage ; mais c’est un effet rare, surprenant, qui n’a point pour principe les lois générales, ordinaires, & connues, qui surpasse l’intelligence des hommes, dont ils ignorent parfaitement la cause, & qu’ils ne peuvent produire par leur industrie. Il appuie cette idée sur ces deux passages de saint Augustin, nec enim ista (miracula) cum fiunt, contra naturam fiunt, nisi nobis quibus aliter naturæ cursus innotuit, non autem Deo cui hoc est naturæ quod fecerit. De Genesi, ad litter. lib. V. cnp. xiij. & dans le liv. XXI. de la cité de Dieu, chap. viij. quomodo est contra naturam quod Dei fit voluntate, cum voluntas tanti utique conditoris conditæ cujusque rei natura sit ? Portentum ergo fit non contra naturam, sed contra quam est nota natura.

L’idée commune qu’on a d’un vrai miracle, dit le P. Calmet, dans sa dissertation sur les vrais & les faux miracles, est que c’est un effet qui surpasse les regles ordinaires de la nature : comme de marcher sur les eaux, de ressusciter un mort, de parler tout-à-coup une langue inconnue, &c. Un faux miracle au contraire est un effet qui paroît, mais qui n’est pas au-dessus des lois ordinaires de la nature.

Un théologien moderne distingue le miracle pris dans un sens populaire, le miracle pris dans un sens général, & le miracle pris dans un sens plus propre & plus étroit. Il définit le premier avec saint Augustin : miraculum voco quidquid arduum aut insolitum suprà spem vel facultatem mirantis apparet, lib. de utilit. credend. cap. xvj. Le second, avec saint Thomas : dicitur tamen quandoque miraculum large quod excedit humanam facultatem & considerationem & sic dæmones possunt facere miracula ; & le troisieme, il le définit avec le même saint docteur : miraculum proprie dicitur quod sit præter ordinem totius naturæ creatæ, sub quo ordine continetur omnis virtus creata, I. part. quæst. 114. art. 4°. Ainsi il adopte pour le miracle proprement dit cette définition de Salmeron, tome VI. tract. I. page 1. miraculum proprie dictum est res insolita supra naturæ potentiam effecta. Musson, lection. theolog. de relig. part. II.

On pourroit encore définir le miracle proprement dit, un effet extraordinaire & merveilleux, qui est au-dessus des forces de la nature, & que Dieu opere pour manifester sa puissance & sa gloire, ou pour autoriser la mission de quelqu’un qu’il envoye. C’est ainsi que Moise a prouvé la sienne, & que Jesus-Christ a confirmé la vérité de sa doctrine.

Spinosa qui définissoit le miracle un événement rare qui arrive en conséquence de quelques lois qui nous sont inconnues, a nié qu’il pût rien arriver au-dessus des forces de la nature, rien qui pût troubler l’ordre des choses : & la raison qu’il apporte pour contester la possibilité des miracles, est que les lois de la nature ne sont autre chose que les decrets de Dieu ; or, ajoute-t-il, les decrets de Dieu ne peuvent changer, les lois de la nature ne peuvent donc changer. Donc les miracles sont impossibles, puisqu’un vrai miracle est contraire aux lois connues & ordinaires de la nature.

Dans le système de l’abbé Houteville, ce raisonnement ne conclut rien ; puisque les miracles y sont une suite des lois générales de la nature. Mais dans celui de M. Clarke, & des autres théologiens, il suppose faux ; car Spinosa s’est formé une idée trop bornée de la volonté de Dieu, s’il prétend qu’elle soit tellement immuable, qu’elle ne soit plus libre. Les miracles entrent dans l’économie de ses desseins ; il les a arrêtés de toute éternité pour le moment qui les voit naître, opera mutat, consilia non mutat, dit saint Augustin. Ou bien Spinosa joue sur l’équivoque de ces termes, lois de la nature ; comme si ces lois de la nature étoient différentes de la volonté de Dieu, ou si un miracle détruisoit ces lois de la nature. Un miracle est un effet de la volonté de Dieu, mais d’une volonté libre & particuliere, qui produit un effet différent de ceux qu’elle produit en suivant le cours ordinaire & connu de la nature. Cette interruption ou cette suspension ne marque dans Dieu ni caprice ni imperfection, mais une toute-puissance & une souveraineté conformes à l’idée que nous avons de sa nature.

L’existence des miracles est attestée non-seulement dans l’ancien & dans le nouveau Testament, mais encore depuis Jesus-christ jusqu’à nous, par des témoignages précis des auteurs ecclésiastiques. Saint Augustin sur-tout en raconte un grand nombre opérés de son tems, dont il parle ou comme témoin oculaire, ou comme instruit par ceux qui en avoient été témoins. Il assure que dans la seule ville d’Hippone, il s’étoit fait 70 miracles depuis deux ans qu’on y avoit bâti une chapelle en l’honneur de saint Etienne, premier martyr.

Il y a sur cette matiere deux excès très-fréquens à éviter : l’un est l’aveugle crédulité qui voit dans tout du prodige, & qui veut faire servir l’autorité des vrais miracles, de preuve de la vérité de tous les miracles indistinctement, sans penser que par cette voie l’on n’établit point la réalité de ceux-ci, & qu’on énerve la force des autres. Une disposition encore plus dangereuse, est celle des personnes qui cherchent à renverser toute l’autorité des miracles, & qui pensent qu’il n’est point convenable à la sagesse de Dieu d’établir des lois qu’il seroit si souvent obligé de suspendre. En vain ils alleguent les faux miracles en preuve contre les véritables. Il faut ou s’aveugler & tomber dans le pyrrhonisme historique le plus outré, ou convenir qu’il y en a eu de cette derniere espece, & même en assez grand nombre, pour prouver que dans des occasions extraordinaires, Dieu a jugé cette voix nécessaire pour annoncer aux hommes ses volontés, & manifester sa puissance. L’église même en exigeant notre soumission sur les faits bien avérés, nous donne par sa propre conduite l’exemple de ne pas admettre sans examen tous les faits qui tiennent du prodige ; & nous pouvons croire comme elle que Dieu ne les opere pas sans nécessité ou sans utilité.

On a vivement agité dans ces derniers tems la question de savoir si les démons pouvoient opérer des miracles, & jusqu’où s’étendoit leur pouvoir en ce genre.

M. Clarke, dans le traité dont nous avons déja parlé, décide que Dieu peut communiquer aux mauvais anges & à des imposteurs le pouvoir de faire des miracles. M. Serces, dans un traité sur les miracles, imprimé à Amsterdam en 1729, soutient l’opinion contraire.

Les prodiges opérés par les magiciens de Pharaon, & rapportés dans l’Exode, ont également divisé les Peres & les Théologiens : les uns comme Origene, saint Augustin, & saint Thomas, ont reconnu que ces prodiges étoient réels, & non pas seulement apparens & phantastiques. Saint Augustin sur-tout s’étant proposé cette question, savoir si les verges des magiciens étoient appellées dragons dans le texte sacre, à cause simplement qu’elles avoient la figure de cet animal, sans en avoir la réalité, le changement qui y étoit arrivé n’ayant été que phantastique ; il répond qu’il semble que les manieres de parler de l’Ecriture étant les mêmes, on doit reconnoître dans les verges des magiciens un changement pareil à celui qu’on remarque dans celles de Moïse. Mais s’étant ensuite objecté qu’il faudroit donc que les démons eussent créé ces serpens, un changement si prompt & si subit d’une verge en un serpent ne paroissant ni possible ni naturel : il dit qu’il y a dans la nature un principe universel répandu dans tous les élémens, qui contient la semence de toutes les choses corporelles, lesquelles paroissent au-dehors lorsque leurs principes sont mis en action à tems, & par des agens convenables ; mais ces agens ne peuvent ni ne doivent être nommés créateurs, puisqu’ils ne tirent rien du néant, & qu’ils déterminent seulement les causes naturelles à produire leurs effets au-dehors. Ainsi, selon ce pere, les démons ont pu produire dans un instant des serpens avec la matiere des verges des magiciens, en appliquant par une vertu subtile & surprenante des causes qui paroissoient fort éloignées à produire un effet subit & extraordinaire : saint Thomas raisonne sur les mêmes principes, & en tire les mêmes conséquences. S. August. quæst. 21. in Exod. S. Thom. I. part. quæst. 104. art. 4.

La grande difficulté dans ce système est que la nature & la force des démons & des ames séparées de la matiere nous étant assez inconnues, il n’est pas aisé de marquer positivement jusqu’où va leur pouvoir sur les corps, ni d’expliquer comment une substance purement spirituelle peut agir d’une maniere physique sur un corps. Il faut pour cela reconnoître en Dieu des volontés particulieres, par lesquelles il a décidé qu’à l’occasion de la volonté d’un esprit, un corps fût mis en mouvement de la maniere que cet esprit le voudroit, ou plutôt que Dieu s’est engagé à donner à la matiere certains mouvemens à l’occasion de la volonté d’un esprit ; c’est le dénouement qu’en donne dom Calmet, dans sa dissertation sur les miracles.

Mais quoiqu’on ne sache pas précisément jusqu’où s’étendent les forces & le pouvoir des esprits, on sait bien jusqu’où elles ne s’étendent pas, & que par conséquent des miracles du premier ordre, tels que la création, la résurrection d’un mort, &c. ne peuvent être l’ouvrage des démons.

Plusieurs autres peres & théologiens soutiennent que les magiciens de Pharaon ne changerent pas véritablement leurs verges en serpens, & qu’ils firent seulement illusion aux yeux des spectateurs. Outre Philon & Josephe qu’on cite pour ce sentiment, l’auteur des questions aux orthodoxes sous le nom de saint Justin, soutient que tout ce que firent les magiciens étoit fait par l’opération du démon ; mais que c’étoit de purs prestiges par lesquels ils trompoient les yeux des assistans en leur représentant comme des serpens ou comme des grenouilles ce qui n’étoit ni l’un ni l’autre. Tertullien, saint Jérome, saint Grégoire de Nysse, saint Prosper, tiennent la même opinion. C’est aussi celle de Tostat, & de quelques théologiens modernes ; & M. Serces entre autres, prétend que les prodiges des ministres de Pharaon, n’étoient que des prodiges & des tours de passe passe semblables à ceux des joueurs de gobelets.

Mais puisqu’il y en a de vrais & de faux, de réels & d’apparens, il est nécessaire d’avoir des caracteres sûrs pour distinguer les uns des autres. M. Clarke en assigne trois, 1°. la doctrine qu’ils établissent ; 2°. la grandeur des miracles considérés en eux-mêmes ; 3°. la quantité & le nombre des miracles. Or comme une doctrine peut être ou impie, ou sainte, ou obscure, en sorte qu’elle ne soit clairement connue ni pour vraie ni pour fausse, soit par les lumieres de la raison, ou par celles de la révélation, il s’ensuit que les miracles faits pour appuyer la premiere sont faux ; que ceux qui soutiennent la seconde sont vrais, & que dans le troisieme cas, les miracles décident que la doctrine en question est vraie, parce que Dieu ne peut abuser de sa toute-puissance pour induire les hommes en erreur. En cas de conflict de miracles, la grandeur & la supériorité des miracles comparés les uns avec les autres, font connoître quels sont ceux qui ont Dieu pour auteur. L’histoire de Moïse & des magiciens de Pharaon, fournit la preuve complette de ce second caractere ; & enfin, en cas de conflict de miracles qui paroissent d’abord égaux, le nombre & la quantité discernent les miracles divins, d’avec les faux miracles par la même preuve.

On ajoute encore qu’on peut discerner les vrais miracles d’avec les prestiges du démon, ou d’autres faits prétendus miraculeux, par la doctrine, par la fin, par les circonstances, & sur-tout par l’autorité de l’Eglise. Quelques écrivains dans ces derniers tems, ont prétendu que les vrais miracles devoient avoir été prédits, sans faire attention que si ce caractere étoit absolument essentiel pour discerner les faux miracles d’avec les véritables, on auroit pû contester la mission de Moïse, dont assurément les miracles n’avoient été prédits nulle part. On peut consulter sur cette matiere le traité de la Religion de M. l’abbé de la Chambre, celui de M. Musson, les ouvrages que nous avons cités de MM. Clarke & Serces, & la dissertation de dom Calmet.

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Miracle : définitions subjectives sur Dicopedia

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Étymologie de « miracle »

Étymologie de miracle - Wiktionnaire

Du latin miraculum.
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Étymologie de miracle - Littré

Provenç. miracle ; espagn. milagro ; portug. milagre ; ital. miracolo ; du lat. miraculum, de mirari, regarder, admirer (voy. MIRER).

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Étymologie de miracle - Wiktionnaire

(XIe siècle) Du latin miraculum (« prodige »). Il formait autrefois un doublet avec la forme populaire mirail, qui avait en outre le sens de miroir. miraculum vient de mirus (« étonnant, merveilleux ») et oculus (« œil ») : ce qui est merveilleux à l’œil.
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Phonétique du mot « miracle »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
miracle mirakl play_arrow

Citations contenant le mot « miracle »

  • Honnêtement, cela semble mal engagé. Vu le calendrier, avec des déplacements à Genève, puis Saint-Gall, qui s’enchaînent après la réception de Young Boys, il faudrait un miracle. Mais en même temps, les miracles, les Neuchâtelois connaissent ça. Une chose est sûre: si Xamax perd devant YB ce jeudi soir, ce n’est pas là qu’il aura manqué le coche. La victoire à Lucerne a entretenu l’espoir, mais je crains que le réveil n’ait eu lieu un peu tard. , Steve Von Bergen: «Pour Xamax, il faudrait un miracle» - Le Matin
  • J'attends le miracle toujours renouvelé de ta présence. De Maria Casarès
  • La beauté est un miracle de l’instant. De Hafid Aggoune / Quelle Nuit sommes-nous ?
  • L'oisiveté est un miracle peuplé de songes décevants. De Yvon Rivard / Mort et naissance de Christophe Ulric
  • L'amour est le miracle de la civilisation. De Stendhal / De l'amour
  • Un miracle, c’est un événement qui crée la foi. De George Bernard Shaw / Sainte-Jeanne
  • On cesse de s'étonner devant un miracle constant. De André Gide / Les nouvelles nourritures
  • L'homme est un miracle sans intérêt. De Jean Rostand / Pensées d'un biologiste
  • Les idées ne suffisent pas, il faut le miracle. De André Derain
  • Le miracle est l'enfant chéri de la foi. De Johann Wolfgang von Goethe
  • On appelle miracle quand Dieu bat ses records. De Jean Giraudoux / Le sport
  • La chance est la forme laïque du miracle. De Paul Guth / La chance
  • A la maîtrise, l’enfant substitue le miracle. De André Malraux
  • Seul l’incrédule a droit au miracle. De Elias Canetti
  • De par le Roi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu. Anonyme,
  • On ne doit pas compter sur le miracle. , Talmud, Pessahim, 64a
  • Le mépris du dieu pour les esprits humains se marque par les miracles. Paul Valéry, Suite, Gallimard
  • Ne tournez pas la tête : un miracle est derrière. Jules Supervielle, Gravitations, Gallimard
  • L'incrédulité est plus forte que les miracles. Jacques Rigaut, Écrits, Lord Patchogue , Gallimard
  • Et quel temps fut jamais si fertile en miracles ? Jean Racine, Athalie, I, 1, Joad
  • Une vocation est un miracle qu'il faut faire avec soi-même. Louis Jouvet, Écoute mon ami, Flammarion
  • Il n'est miracles que de vieux saints. Henri Estienne, Apologie pour Hérodote
  • Miracle n'est pas œuvre. Georges Duhamel, Le Notaire du Havre, Mercure de France
  • Le miracle est, avec la vigne, l'une des principales cultures de la France. Pierre Daninos, Les Carnets du major W. Marmaduke Thompson, Hachette
  • Nous doit aussi souvenir que Satan a ses miracles. Jean Calvin de son vrai nom Cauvin , Institution de la religion chrétienne
  • Je n'ai jamais aimé une femme qu'autant qu'elle me paraissait un miracle. Marcel Arland, Carnets de Gilbert, Gallimard

Traductions du mot « miracle »

Langue Traduction
Corse miraculu
Basque mirari
Japonais 奇跡
Russe чудо
Portugais milagre
Arabe معجزة
Chinois 奇迹
Allemand wunder
Italien miracolo
Espagnol milagro
Anglais miracle
Source : Google Translate API

Synonymes de « miracle »

Source : synonymes de miracle sur lebonsynonyme.fr

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