Lâché : définition de lâché


Lâché : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

LÂCHE, adj.

A. −
1. [En parlant d'un inanimé] Qui n'est pas tendu, qui n'est pas serré. Synon. détendu; anton. serré.Ressort, ceinture, nœud, vêtement lâche. Deux sacs de faux cuir (...) les courroies lâches pendent le long des pieds de la chaise (Genevoix, Raboliot,1925, p. 233).On parvint à lier d'une corde un peu lâche chaque jambe de derrière à la jambe de devant; le cheval, à chaque fois qu'il ruait, était jeté rudement à genoux (Alain, Propos,1929, p. 878):
1. Assez lâche sur les hanches, la jupe à la mode du moment se rattrapait vers les genoux, au bas d'un empiècement à boutons roses descendant de la taille au milieu, par devant. Aragon, Beaux quart.,1936, p. 411.
En partic.
a) Écriture lâche. ,,Écriture dont les caractères sont mal formés et trop espacés`` (Ac. 1935).
b) Tissu lâche. ,,Toile, drap, étoffe dont la trame n'est pas assez battue ou la chaîne assez serrée`` (Ac. 1935).
c) MÉDECINE
Fibre, tissu lâche. Un tissu cellulaire, plus ou moins serré ou lâche, plus ou moins rempli de graisse (Cuvier, Anat. comp., t. 4, 1805, p. 69).Le tissu de la peau peut éprouver tous les degrés de resserrement, ou de dilatation : il est tantôt plein de ton et de vie, tantôt lâche et languissant (Cabanis, Rapp. phys. et mor., t. 2, 1808, p. 418).
Ventre lâche. ,,Ventre trop libre`` (Ac. 1935).
d) PHONÉT. Phonème lâche. ,,Phonème dont l'articulation s'accompagne d'une décharge d'énergie expiratoire plus faible, donc d'une tension musculaire moins forte`` (Ling. 1972; ds Lar. Lang. fr., Lexis 1975). Synon. relâché; anton. phonème tendu.
2. Au fig., domaine artist. Qui manque de concision, de rigueur, de netteté. Style lâche. La composition du Moïse sauvé est languissante, le vers lâche et prosaïque, le style plein d'antithèses et de mauvais goût (Chateaubr., Génie, t. 1, 1803, p. 296).Un intolérable mélange de styles, qui va de la prose la plus lâche au poème régulier, de la fluidité effrénée à la netteté parfaite (Béguin, Âme romant.,1939, p. 273):
2. ... en effet, les artistes avilis s'étaient agenouillés, et ils mangeaient, ardemment, de baisers les pieds fétides des hauts maquignons et des bas satrapes dont les aumônes les faisaient vivre! C'était, en peinture, un déluge de niaiseries molles; en littérature, une intempérance de style plat et d'idées lâches... Huysmans, À rebours,1884, p. 292.
B. − [En parlant d'une pers.]
1. Qui manque de vigueur, d'énergie (physique ou morale). Synon. mou, flasque.L'homme est lâche dans la pose horizontale, dans le sommeil, dans le rêve, dans l'éveil, dans les pensées du matin (Goncourt, Journal,1863, p. 1246).Seuls les êtres de nature faible et lâche s'abandonnent à la douleur et (...) celle-ci dure peu quand nous ne nous y complaisons pas secrètement (Maurois, Ariel,1923, p. 252).
Lâche à + subst.Le père ayant essayé d'en garder un [des bessons] toute la journée avec lui, tandis que l'autre restait avec la mère, tous les deux furent si tristes, si pâles et si lâches au travail, qu'on les crut malades (Sand, Pte Fad.,1849, p. 17).
Emploi subst. ,,C'est un grand lâche, c'est un homme très mou, très paresseux`` (Ac. 1935).
2. Qui manque de courage. Synon. couard, craintif, peureux, froussard (fam.).La guerre se déchaîne quand un peuple dégénère et s'avilit, mais elle dévore les derniers justes, les derniers courageux, et sauve les plus lâches (Giraudoux, Électre,1937, I, 3, p. 41).Un chef a quelquefois le devoir d'être lâche. Mais à condition qu'il éprouve sa fermeté, à l'occasion (Camus, Justes,1950, III, p. 349).
Emploi subst. L'existentialiste, lorsqu'il décrit un lâche, dit que ce lâche est responsable de sa lâcheté (Sartre, Existent.,1946, p. 59).
3. Qui abuse de sa force ou de sa supériorité en maltraitant indignement de plus faibles que lui. La foule lâche et bête, qui résume par le cri de mort aux juifs! son respect de la liberté de conscience (Clemenceau, Iniquité,1899, p. 260).
C. − [En parlant d'un inanimé abstr.] Qui porte la marque de la lâcheté. Lâche attentat; procédé lâche. Judas, froidement, hypocritement, avec un lâche calcul, livre son maître au supplice (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 231).Je vous accuserais d'être le complice du plus lâche des crimes (G. Leroux, Parfum,1908, p. 119).Le lâche égoïsme et la bassesse de ceux qui profitaient de la révolte des autres pour se pousser auprès des maîtres (Rolland, J.-Chr., Buisson ard., 1911, p. 1291).
Prononc. et Orth. : [lɑ:ʃ]. Ac. 1694, 1718 lasche, ensuite lâche. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1135 « qui manque de courage, poltron » (Couronnement de Louis, 2248 ds T.-L.); 2. ca 1200 « peu viril, faible » (1reContinuation de Perceval, éd. W. Roach, ms. T, 10710 : lasque cuer); 3. ca 1230 « impunément cruel avec les faibles » (Chevalier aux deux épées, 12074 ds T.-L.). B. 1. début xiiies. [ms.] « peu serré (d'une épée attachée à la ceinture) » (Chr. de Troyes, Perceval, éd. A. Hilka, 1184, var. T); 1263-70 chevauchier a lasche regne (Rutebeuf, Renart le Bestourné, 5, éd. E. Faral et J. Bastin, I, p. 532); 2. 1676, 22 mars style lâche (Sévigné, Lettres, éd. R. Duchêne, t. 2, p. 257). Déverbal de lâcher*. Fréq. abs. littér. : 2 597. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 597, b) 4 437; xxes. : a) 4 855, b) 3 177. Bbg. Brüch 1913, p. 80. - Grundt (L.-O.). Ét. sur l'adj. invarié en fr. Bergen-Oslo-Tromsø, 1972, pp. 294-295, 304-305. - Quem. DDL t. 10.

LÂCHER1, verbe

I. − Emploi trans.
A. − Qqn/qqc. lâche qqc.
1. Qqn lâche qqc.
a) Rendre moins serré, tenir moins tendu. Synon. desserrer, détendre, relâcher.Lâcher sa ceinture (d'un cran), une corde, un ressort. Il avait déjà le doigt appuyé sur la détente et s'apprêtait à la lâcher (Murger, Scènes vie jeun.,1851, p. 7).
b) MAN. Lâcher (la) bride*, les rênes* et p. méton. la main (à un cheval). ,,Tenir la bride moins courte pour laisser courir ou faire courir le cheval`` (Ac. 1935).
Au fig. Lâcher (la) bride*, les rênes*, la main à. Donner libre cours à. Désormais certains de leur empire, les trente lâchèrent la main au crime (Chateaubr., Essai Révol., t. 2, 1797, p. 101).
2. Qqc. lâche (le ventre), vx.[Le suj. désigne un corps à vertu laxative] Rendre libre. Emploi abs. Les pruneaux lâchent (Littré).
P. anal. La terreur lâche le ventre aux quadrupèdes et aux oiseaux (Cuvier, Anat. comp., t. 2, 1805, p. 119).
B. − Qqn lâche qqc.Lancer brusquement, faire partir brusquement.
1. [L'obj. désigne un geste violent] Synon. décocher.Lâcher un coup de poing, un coup de pied. Pour un oui, pour un non, Fontan lui lâchait des claques (Zola, Nana,1880, p. 1295).
P. anal. Un cheval lâche une ruade. (Dict. xixeet xxes.).
[L'obj. désigne un projectile, un explosif] Lâcher un coup de fusil. Faire éclater, tirer brusquement. Une frégate anglaise vient à lâcher une bordée, et tous les bravaches de s'enfuir (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 95).Il lâcha son unique fusée éclairante. La fusée s'enflamma, tournoya, illumina une plaine et s'y éteignit : c'était la mer (Saint-Exup., Vol nuit,1931, p. 123).
2. Au fig. Lancer des propos violents ou inconvenants. Il se versait à boire coup sur coup, et lâchait des gaillardises (Flaub., Cœur simple,1877, p. 13).Le maître de police lâchait contre l'agent qui l'avait trahi une bordée d'effrayantes injures (G. Leroux, Roul. tsar,1912, p. 78).
C. − Qqn lâche qqc.Cesser de tenir ou de garder.
1. [L'obj. désigne un inanimé concr.] Laisser tomber (quelque chose que l'on porte). Elle lâcha son panier. Les provisions roulèrent sur le tapis, des choux-fleurs, des oignons, des pommes (Zola, Page amour,1878, p. 860).Elle lâche sa pile d'assiettes, mais les rattrape à temps et les tient appliquées sur sa poitrine (Romains, Knock,1923, III, 8, p. 19).
Lâcher la vapeur. La laisser s'échapper en diminuant la pression. Le bateau stoppe et lâche sa vapeur. L'immobilité subite nous réveille (Fromentin, Voy. Égypte,1869, p. 42).
Lâcher qqc. sur qqn.Elles lui lâchèrent sur la tête une potée d'eau de vaisselle (France, Barbe-Bleue, Mir. Gd St Nic., 1909, p. 88).
Loc. verb. Lâcher pied*; lâcher la rampe*; lâcher prise*.
En partic.
a) Fam. [L'obj. désigne une somme d'argent] Accorder, donner (plus ou moins de bon cœur). L'usurier ne voulait lâcher les sommes qu'au fur et à mesure de l'achat des créances (Balzac, C. Birotteau,1837, p. 83).Il fit son service avec abnégation. Pierrot lui lâcha un gros pourboire, le repas terminé (Queneau, Pierrot,1942, p. 172).
Loc. verb. pop. Les lâcher (au compte-gouttes, avec un élastique). Dépenser, payer avec parcimonie. Il arrive, quand vous donnez de l'argent, qu'il y ait en vous quelque chose qui pleure. Non de les lâcher, mais que ce soit si inutile (Montherl., Lépreuses,1939, p. 1482).
b) [L'obj. désigne une marchandise] Se défaire de. C'est l'absence de ravitaillement. Les gros commerçants ne veulent pas lâcher leurs stocks (Camus, Révolte Asturies,1936, II, 2, p. 413).Toute la collection de cet imbécile de Boller. Comme c'est intelligent de lâcher dix-huit toiles d'un seul coup sur le marché! (Duhamel, Passion J. Pasquier,1945, p. 157).
c) [L'obj. désigne un gaz intestinal ou un excrément] Laisser échapper. Je fais un peu partie de lui (...) à force d'habiter le drap où son cœur a battu, la culotte où il a lâché ses vents (Arnoux, Roi,1956, p. 360).
2. [L'obj. désigne un animé] Cesser de tenir. Elle croyait nager; mais, dès qu'il la lâchait, elle se débattait en criant, et, les mains tendues, frappant l'eau, elle se rattrapait où elle pouvait (Zola, Fortune Rougon,1871, p. 201).Dis-leur de me lâcher, avec leurs sales mains. Ils me font mal (Anouilh, Antig.,1946, p. 167).
Ne pas lâcher (d'un cran, d'un pied, d'une semelle, des yeux). Ne pas quitter (d'un cran, d'une semelle, des yeux). Pourquoi est-ce que vous êtes toujours avec moi et ne me lâchez-vous pas d'un pied? (Claudel, Part. midi,1906, I, p. 997).
Loc. verb. fig. Lâcher la proie pour l'ombre*.
Emploi pronom. réciproque :
1. ... une masse formée de deux hommes étrangement mêlés, épaule contre épaule, les bras autour du cou l'un de l'autre. Le corps à corps de deux combattants qui se sont entraînés dans la mort et s'y maintiennent, incapables pour toujours de se lâcher... Barbusse, Feu,1916, p. 356.
3. [L'obj. désigne un cri, un propos incongru] Ne pas pouvoir retenir, laisser échapper. Lâcher un hurlement, une sottise. Je lâche quelques bêtises parce que je n'ai pas la tête à ce que je fais (Colette, Cl. école,1900, p. 47).Peut-être le gaffeur (...) n'avait-il pas lâché sans malice ni fiel sa bourde (Arnoux, Zulma,1960, p. 28).
D. − Qqn lâche qqc./qqn
1. Cesser de retenir ou de détenir.
a) [L'obj. désigne un animal] Lâcher son chien.
α) CHASSE. ,,Lâcher les chiens. Les laisser courir après la bête`` (Ac. 1935).
Lâchez après, contre, sur
P. anal. Hamilcar divisa ses cavaliers par escadrons, mit entre eux des hoplites, et il les lâcha sur les mercenaires (Flaub., Salammbô, t. 2, 1863, p. 150).
Au fig. Lâcher les huissiers après, sur un débiteur (Ac.).
β) En partic.
Lâcher dans.Mettre en liberté dans (un lieu). Lâcher un âne dans un pré (Ac.).
[L'adj. désigne un volatile] Faire prendre son essor à. Lâcher un pigeon. Certains oiseaux, plus délicats, étaient lâchés dans des volières (Gide, Voy. Urien,1893, p. 16).Ils avisent quelques abeilles qui sont à butiner sur les fleurs, les attrapent et les enferment dans une boîte à miel, puis, lorsqu'elles se sont repues, ils les lâchent (Maeterl., Vie abeilles,1901, p. 118).
FAUCONN. ,,Lâcher l'autour, l'épervier. Le laisser partir`` (Ac. 1935).
b) [L'obj. désigne une pers. captive] Synon. élargir, libérer.Lâcher un prisonnier (Ac.).
P. anal. Jamais on n'est lâché [au ministère] avant l'heure réglementaire (Maupass., Sur l'eau,1888, p. 324).Il suffit d'un peu de bise du nord pour qu'on entende, comme un grésillement, la sortie des écoles (...) : tous ces enfants qu'on lâche dans de la lumière dorée (Giono, Roi sans divertiss.,1947, p. 29).
c) [L'obj. désigne un inanimé] Domaine des transp.
Libérer (un navire, un ballon). Les Chinois (...) font partir leurs pétards et lâchent sur la campagne extra-muros (...) leurs montgolfières incendiaires en l'honneur du Dragon du Ciel (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 247).
Détacher (des amarres). Lâchez-tout, comme disent les pilotes sur les navires et les aérostiers sur les ballons! À la garde de Dieu et à votre garde! (Hugo,Corresp.,1856,p. 239).
Loc. verb. Lâcher du lest*.
d) [L'obj. désigne un liquide ou ce qui retient un liquide]
α) Laisser s'écouler. Lâcher les eaux d'un lac, d'un bassin. Les écluses lâchent leurs eaux sur les canots de ce loueur de Nogent (Giraudoux, Siegfried et Lim.,1922, p. 303).
β) Ouvrir pour produire un écoulement. Lâcher les écluses, un robinet, une vanne.
P. métaph. Lâcher la bonde*.
γ) Au fig.
Exprimer ce qu'on a longtemps retenu. Lâcher un aveu. Je voulais être à la fois son père, son bienfaiteur et, lâchons le mot, son amant (Balzac, Cous. Bette,1846, p. 10).
Loc. verb. pop. Lâcher le morceau*, le paquet*.
Dire ce qu'on devrait garder pour soi. Lâcher un secret.
E. − Au fig. Qqn/qqc. lâche qqn/qqc.
1. Qqn lâche qqc./qqn.Abandonner, quitter. Synon. fam. laisser tomber.Lâcher un appartement, un métier, son patron. Puisque vous n'y teniez plus d'ennui, vous avez bien fait de lâcher la marine (Flaub., Corresp.,1878, p. 132).Faire un journal, c'est devenu une corvée. Certains jours, il me prend envie de lâcher tout ça... de redemander un poste dans un lycée (Abellio, Pacifiques,1946, p. 414):
2. ... que de peines pour en arriver là! Que de fois j'ai été désespéré et sur le point de tout lâcher, et quel métier que celui d'écrivain! L'expérience passée ne sert à rien, chaque œuvre nouvelle pose des problèmes nouveaux, devant lesquels on se sent toutes les incertitudes et toutes les angoisses d'un débutant... Claudel, Corresp. [avec Gide], 1910, p. 157.
2. Qqn lâche qqn
a) Rompre définitivement les relations avec. Il est entendu que toutes les femmes manquent de savoir-vivre lorsqu'elles nous lâchent (Huysmans, Sœurs Vatard,1879, p. 325).J'estime qu'une amitié telle et de tant d'années ne doit pas être rompue sans un motif déclaré et qu'on ne doit condamner ni lâcher personne sans dire pourquoi (Bloy, Journal,1900, p. 12).
b) Quitter. Un brave homme (...) se mit à lui raconter longuement les derniers instants de son oncle. Quand il le lâcha, la voiture était partie. Jacques perdit une heure à chercher un cabriolet de louage (Zola, M. Férat,1868, p. 201).
c) Domaine du sport.Distancer, prendre de l'avance sur. Lâcher ses concurrents, le peloton. La manière dont il a gagné retient surtout l'attention. Il s'est détaché à 60 kilomètres de l'arrivée, il a franchi les deux derniers cols en tête après avoir lâché Nilsson et Raymond Martin, deux spécialistes de l'escalade (Le Monde,14 juill. 1981, p. 16, col. 2).
3. Qqc. lâche qqn.Abandonner, quitter. Petite chose accroupie sur mon lit, (...) j'attendais que la douleur me lâchât (Barrès, Homme libre,1889, p. 143).
II. − Emploi intrans. Être défaillant. Synon. (se) casser, (se) rompre.Son cœur a lâché; ses nerfs ont lâché. Prenez garde que la corde ne lâche (Ac.1935).
III. − Emploi pronom. spécifique
A. − Se détendre. Les cordes de cette harpe se sont lâchées (Ac.1935).
B. − Se laisser aller. Le refrain recommença, plus ralenti et plus larmoyant, tous se lâchèrent (Zola, Assommoir,1877, p. 590).
En partic., vieilli ou région. Ne pas contrôler ses fonctions naturelles. Elle [la femme du moribond] ne se rendait compte de rien. Elle a dit simplement : « Vous avez peut-être raison, il va passer ». Quelque temps après, ayant soulevé le drap, elle a dit encore : « Le voilà qui se lâche, c'est la fin » (Bernanos, Journal curé camp.,1936, p. 1196).
REM.
Lâchure, subst. fém.,,Évacuation contrôlée ou forcée d'eau stockée dans un barrage réservoir`` (Colas-Cab. 1968). P. méton. Volume d'eau ainsi évacué. Les pertes par évaporation et filtration s'accumulent à mesure qu'on descend dans la vallée. On pourrait remédier à ces deux inconvénients par des lâchures faites de l'amont vers l'aval (Bourde, Trav. publ.,1929, p. 360).
Prononc. et Orth. : [lɑ ʃe], [la-], (il) lâche [lɑ:ʃ]. Ac. 1694, 1718 lascher, ensuite lâcher. Étymol. et Hist. I. Laisser aller en relâchant, en déliant ce qui retient A. « détendre, relâcher un lien qui retient » 1. ca 1100 lascier les resnes (Roland, éd. J. Bédier, 3349); ca 1200 lasquier sa main [en tenant les rennes d'un cheval] (1recontinuation de Perceval, éd. W. Roach, ms. T, 13092); ca 1235 fig. (H. d'Andeli, Bataille des 7 ars, 245 ds T.-L. : aus langues laschier les frains); ca 1270 lasquier au destrier le frain (Richard le Beau, 1000, ibid.); 2. début xiies. lascier cordes [d'une embarcation pour appareiller] (Benedeit, S. Brendan, 385, ibid.); 3. 2emoitié xiiies. laschier la porte (Gaufrey, 250, ibid.); 4. 1530 « (d'une arme à feu) partir » (Palsgr., p. 681 b). B. « délier, libérer » 1. 1160-74 fig. « libérer, délier (qqn, d'un vœu) » (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, 5494, var.; cf. note crit. de l'éd.); 2. a) ca 1200 « délier les courroies qui maintiennent les serres du faucon afin qu'il prenne son vol » (Renart, éd. E. Martin, XI, 1573); b) 1552 (Est., s.v. immittere : [canes] laschez apres les cerfs); id. (ibid., s.v. emittere : lascher les gens de cheval sur l'ennemi); 3. ca 1256 lascher le ventrail (A. de Sienne, Régime du corps, 133, 1 ds T.-L.); 4. 1468 « libérer (un prisonnier) » (Lenglet du Fresnoy, Preuves en append. aux Mém. de Commynes, t. III, p. 82). II. Faiblir, cesser 1. ca 1175 soi laschier de « cesser de » (Benoît de Ste-Maure, Ducs de Norm., 11063 ds T.-L.); 1176-84 soi laschier « faiblir, s'arrêter » (G. d'Arras, Eracle, 1757, ibid.); 2. 1360-70 emploi abs. « abandonner, capituler (d'un combattant) » (B. de Sebourg, XIII, 94, ibid.); 1616-20 lascher le pied « lâcher pied (id.) » (D'Aubigné, Hist. univ., VII, 23 ds Hug.); 3. 1377 « ne plus s'accrocher, lâcher prise (d'un oiseau de proie) » (G. de La Buigne, Deduis, 411 ds T.-L.). III. Laisser ou faire s'écouler, tomber; émettre, lancer A. 1306 laschier cops de bastons; laschier quarriaus et pierres (G. Guiart, Royaux lignages, éd. N. de Wailly et L. Delisle, 18658 et 21167). B. 1538 « laisser échapper de ses mains (un objet) » (Est., s.v. dimittere); 1580 lacher une parolle (Montaigne, Essais, II, XXIII, éd. A. Thibaudet et M. Rat, p. 665); 1644 (Corneille, Rodogune, III, 4 : ... Il n'est plus temps, le mot en est lâché). C. av. 1544 « abandonner (qqn) » (Marot, Rondeaux, 66 ds Hug.). D. « laisser s'écouler » 1. 1552 (Est., s.v. Solvere : Plourer, lascher les larmes); 1635 lascher de l'eau « pisser » (L.C. Discret, Alizon, I, 2, éd. Anc. théâtre fr., t. 8, p. 404); 2. 1552 (Est., s.v. relaxare : ouvrir et lascher les sources des fontaines). Du lat. vulg. laxicare « laxum fieri » (v-vies. ds TTL s.v.), devenu par dissimilation *lassicare. Laxicare est un fréquentatif de laxare « étendre, élargir; détendre, débrider, relâcher (habenas, vincula; claustra); ouvrir » au propre et au fig., spéc. « relâcher, élargir (qqn); accorder; cesser de jouer son rôle, cesser, lâcher ». Fréq. abs. littér. : 3 474. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 037, b) 5 810; xxes. : a) 8 396, b) 4 883. Bbg. Chautard (É). La Vie étrange de l'arg. Paris, 1931, p. 276. - Quem. DDL t. 6. - Rice (C.C.). Romance etymol. P.M.L.A. 1911, t. 26, p. 339. - Tilander (G.). Étymol. rom. St. neophilol. 1946/47, t. 19, pp. 306-307.

LÂCHÉ, -ÉE, part. passé et adj.

I. − Part. passé de lâcher1*.
II. − Emploi adj., BEAUX-ARTS, LITT., vieilli. Qui manque de vigueur (dans la composition); qui est fait avec négligence. Quelle amère et grotesque chose que le monde! Il y a quelques années, quand tu faisais des choses lâchées, molles, tu ne manquais pas d'éditeurs (Flaub., Corresp.,1853, p. 160).Ce qui est pis encore, c'est l'exécution lâchée, l'impersonnalité de cette peinture molle et acide (Huysmans, Art mod.,1883, p. 297).
Emploi subst. masc. sing. à valeur de neutre. Il y a des délicats en art, des raffinés, des prétentieux, des pointus qui n'aiment que le raté ou le lâché en art (Goncourt, Journal,1862, p. 1016).
Prononc. : [lɑ ʃe], [la-]. Fréq. abs. littér. : 939. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 353, b) 1 730; xxes. : a) 2 466, b) 1 280.

Lâché : définition du Wiktionnaire

Adjectif

lâché \la.ʃe\

  1. Quelque chose qui est négligé, qui manque de précision, de vigueur.
    • Une composition lâchée.
    • Un dessin, un style lâché.

Forme de verbe

lâché \la.ʃe\

  1. Participe passé masculin singulier de lâcher.
    • Durant les événements bulgares, ils s’attendrissaient aux larmes sur le prince Alexandre, croyant plaire à M. de Bismarck. Or, M. de Bismarck ayant lâché ledit prince brusquement, il a fallu brusquement aussi se désapitoyer sur son sort. — (La Nouvelle revue, 1886, page 670)
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Lâché : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

LÂCHER. v. tr.
Détendre, desserrer quelque chose. Cette corde est trop tendue, lâchez-la un peu. Il faut lâcher ce corset qui est trop serré. Lâcher un cordon, lâcher une courroie. Les cordes de cette harpe se sont lâchées. Dans cette acception, il s'emploie aussi intransitivement pour signifier Se desserrer, se détendre. Prenez garde que la corde ne lâche. En termes de Manège, Lâcher la bride, la main à un cheval, Lui tenir la bride moins courte pour le laisser ou le faire courir. Il signifie figurément Donner à quelqu'un plus de liberté qu'à l'ordinaire. Lâcher la bride à ses passions, S'y abandonner entièrement. À certains jeux de Cartes, Lâcher la main, La laisser aller à un autre, quoiqu'on ait de quoi la lever. Il signifie aussi figurément Céder de ses prétentions, diminuer du prix qu'on demandait d'une chose. Lâcher pied, Reculer, s'enfuir. Il signifie figurément Céder, montrer de la faiblesse. N'allez pas lâcher pied dans cette occasion : tenez ferme.

LÂCHER signifie aussi Laisser aller, laisser échapper. Il tenait cela dans ses mains, il l'a lâché. Lâcher un prisonnier. Lâcher un oiseau. Lâcher sa proie. Lâcher un âne dans un pré. Lâcher prise, Laisser aller ce qu'on tient avec force. Il signifie aussi, figurément, Cesser une poursuite, une dispute, un combat, etc., ou Rendre malgré soi ce qu'on a pris. Lâcher les chiens, Les laisser courir après la bête. Lâcher une laisse de lévriers. À la Chasse du vol, Lâcher l'autour, l'épervier, etc., Le laisser partir. Lâcher des pigeons, Donner l'essor à des pigeons voyageurs. On dit aussi Lâcher un ballon. Substantivement, Un lâcher de pigeons, un lâcher de ballons. Fig. et fam., Lâcher une personne après une autre, sur une autre, La mettre à sa poursuite, pour l'inquiéter, pour la tourmenter, ou pour l'amener à faire quelque chose qu'on désire. Lâcher les huissiers après un débiteur, sur un débiteur, Leur donner charge de faire contre lui des actes de leur ministère. Lâcher la bonde d'un étang, lâcher une écluse, Lever la bonde d'un étang, lever la vanne d'une écluse. On dit aussi dans le même sens Lâcher les eaux. Lâcher le robinet d'une fontaine, Le tourner de manière que l'eau s'échappe. Fam., Lâcher une parole, lâcher un mot, Dire inconsidérément quelque chose qui peut nuire ou déplaire. Lâcher une épigramme contre quelqu'un. Il a lâché une parole qu'il voudrait bien avoir retenue. Je suis fâché de ce que j'ai dit, mais le mot est lâché. Il signifie aussi Dire une chose avec quelque dessein. Il lâcha un mot qui fit une grande impression. Fam., Le grand mot est lâché, Le mot qu'on retenait est enfin échappé. Dans ce sens, LÂCHER s'emploie pronominalement dans le langage familier et signifie Tenir des propos offensants, indiscrets, indécents. Il se repentit de s'être tant lâché devant eux. Se lâcher en propos imprudents, en propos injurieux contre quelqu'un. Fig. et fam., Lâcher la parole, lâcher le mot, Dire le dernier prix qu'on veut avoir ou donner quand on discute les conditions d'un marché, ou Donner son consentement, dans une négociation, après avoir fait quelques difficultés. Le mot est lâché, vous ne pouvez vous en dédire. Lâcher un coup de fusil, un coup de revolver, un coup de canon, Faire partir ces armes, en tirer un coup. Il lui lâcha un coup de fusil dans la tête. Le vaisseau lâcha une bordée. Le participe passé

LÂCHÉ, ÉE, s'emploie adjectivement et se dit de Quelque chose qui est négligé, qui manque de précision, de vigueur. Une composition lâchée. Un dessin, un style lâché.

Lâché : définition du Littré (1872-1877)

LÂCHÉ (lâ-ché, chée) part. passé de lâcher
  • 1Rendu moins tendu. Une corde lâchée.
  • 2Qu'on a laissé aller. Le prisonnier lâché.

    Par extension. Adieu ; ce mot lâché me fait rougir de honte, Corneille, Cid, V, 1. Une parole lâchée sans attention, Massillon, Carême, Médis.

  • 3 Terme de beaux-arts. Qui a le caractère d'une certaine négligence, soit voulue et cherchée, soit provenant d'un manque de talent. Ce tableau a l'air d'une ébauche, le dessin y est lâché. Cela est trop lâché.
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Étymologie de « lâché »

Étymologie de lâché - Wiktionnaire

Du participe passé de lâcher.
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Phonétique du mot « lâché »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
lâché laʃe play_arrow

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Traductions du mot « lâché »

Langue Traduction
Corse soltu
Basque galduko
Japonais ゆるい
Russe потерять
Portugais solto
Arabe واسع
Chinois 疏松
Allemand lose
Italien perdere
Espagnol suelto
Anglais loose
Source : Google Translate API

Synonymes de « lâché »

Source : synonymes de lâché sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « lâché »



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