La langue française

Grisé

Sommaire

  • Définitions du mot grisé
  • Étymologie de « grisé »
  • Phonétique de « grisé »
  • Citations contenant le mot « grisé »
  • Images d'illustration du mot « grisé »
  • Traductions du mot « grisé »
  • Synonymes de « grisé »
  • Antonymes de « grisé »

Définitions du mot grisé

Trésor de la Langue Française informatisé

GRIS1, GRISE, adj. et subst.

I. − Adj. D'une couleur intermédiaire entre le blanc et le noir.
Rem. Une nuance particulière de la couleur peut être précisée : a) [par un adj.] gris ardoisé, gris argenté, gris-blanc, gris-bleu, gris cendré, gris clair, gris foncé, gris laiteux, gris perlé; b) [par un subst. apposé] gris ardoise, gris argent, gris fer, gris moineau, gris perle, gris saumon, gris sauterelle, gris souris, gris taupe; c) [par un subst. compl.] gris d'argent, gris d'argile, gris de fer, gris de lin, gris de pierre, gris de plomb. Dans tous ces cas, l'adj. gris reste invariable.
A. − [Gris est inhérent à la qualité, la nature, la fonction du qualifié]
1. [En parlant d'un animé]
a) [En parlant d'une pers.]
α) [de son aspect physique] Yeux gris.
En partic. [En parlant des cheveux, de la barbe] Barbiche grise. Ces pauvres cheveux gris, ils se sont décolorés, jour par jour, avec moi, un peu par moi, hélas! (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1520).
P. méton. Tête grise. Tête couverte de cheveux gris (souvent avec une idée de sagesse liée à la vieillesse). J'ose espérer qu'elle jugera l'essai comme ma tête grise l'a jugé; car, en avançant dans la vie, on prend de l'équité de cet avenir dont on approche (Chateaubr., Mém., t. 2, 1848, p. 282).Sa grosse tête grise et crépue (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 1, 1870, p. 77).
Loc. verb., fam. Être, devenir gris. (Commencer à) avoir les cheveux gris. Être tout gris (Ac.). Devenir gris de bonne heure. Au fig. Se faire des cheveux gris. Se faire du souci. Synon. se faire des cheveux*, se faire de la bile* (cf. Rigaud, Dict. arg. mod., 1881, p. 92).
β) [de ses vêtements] Chapeau gris; chaussure, robe grise.
P. méton. [En parlant d'une pers., d'un groupe de pers. vêtus de gris en tout ou partiellement] Frère, moine, pénitent gris; éminence*, patrouille*, sœur, souris* grise.
b) [En parlant d'un animal]
α) Chat gris. Une jument grise à queue sombre (Fromentin, Été Sahara,1857, p. 233).Verdier avait tué de bonne heure un loup gris (Pourrat, Gaspard,1930, p. 224).
Proverbe. La nuit tous les chats sont gris (v. chat).
En partic. [En parlant de la robe d'un cheval] Gris pommelé. Tacheté de poils noirs et de poils blancs. Chevaux gris-pommelés (Balzac, Splend. et mis.,1844, p. 264).Attelage normand gris pommelé (Barb. d'Aurev., Memor. pour l'A... B...,1864, p. 436).
β) [Gris caractérise une espèce] Crevette, fauvette, perdrix, souris grise. Deux cents peaux de renard gris ou rouge (Voy. La Pérouse,t. 3, 1797, p. 158) :
1. Toutes les bêtes à fourrure de la création semblent avoir été massacrées pour vêtir ces femmes : zibelines, blaireaux, écureuils gris... Morand, New-York,1930, p. 122.
2. [En parlant d'un inanimé concr.] Roche, terre grise. Ce brouillard gris et froid (Alain-Fournier, Corresp. [avec Rivière], 1905, p. 103) :
2. ... une statue de la Vierge avec son enfant Jésus; le tout en marbre gris, excepté la tête et les mains, qui sont de marbre blanc. Dusaulx, Voy. Barège, t. 2, 1796, p. 42.
Spécialement
ADMIN. Carte* grise.
ANAT. Matière*, substance* grise. Cellules grises, cellules de couleur grise distribuées dans certaines parties de l'encéphale (dict. xixeet xxes.).
IMPR. Lettre* grise; papier* gris.
ŒNOLOGIE. Vin gris. D'une couleur entre le blanc et le rosé. La servante apporta ce vin gris de Lorraine, où se rejoignent le goût de la framboise et celui du raisin frais (L. Daudet, Vers le roi,1920, p. 261).Ce raisin translucide qui donne le vin gris (Vialar, Morts viv.,1947, p. 92).
PARFUMERIE. Ambre*gris.
B. − [Gris n'est pas essentiel à la qualité, à la nature, à la fonction du qualifié et s'oppose à ce qui est clair, lumineux, coloré, parfois propre, etc.]
1. [En parlant d'une pers., de la couleur de la peau dans certaines circonstances : fatigue, maladie, conditions atmosphériques, vive émotion] Qui manque de fraîcheur, d'éclat; terne, usé. Elle était lasse, les traits tirés, le teint gris (Rolland, J.-Chr., Foire, 1908, p. 736).J'ai été un petit employé de banque avec des lèvres grises et d'étroites joues anémiques couleur de Gréco (Giono, Poids du ciel,1938, p. 174).
Gris de.[Suivi d'un subst. indiquant la cause de cet aspect] Mes mains grises de froid (Colette, Vagab.,1910, p. 8).Des ouvriers tout gris d'années de travail (Vialar, Morts viv.,1947, p. 287).
2. [En parlant d'un inanimé concr.]
a) Qui est d'une teinte sombre, obscure sous l'effet de l'éclairage ou de conditions atmosphériques :
3. En entr'ouvrant les yeux, elle vit contre la porte leurs ombres d'amoureux qui bougeaient à peine. « Mon ombre enlacée à cette ombre me plaît. Je veux voir nos corps gris se prendre et se casser aux plis des rideaux de ma chambre... » L. de Vilmorin, Fin Villevade,1937, p. 214.
En partic. [En parlant du temps, du climat] Les premiers brouillards, les premières journées grises ajoutaient à tout cela leur désolée tristesse (Loti, Rom. enf.,1890, p. 206).
Il fait un temps gris, p.ell. il fait gris. ,,Le temps est couvert et un peu frais`` (Ac.).
P. métaph. Le ciel gris de nos mornes pensées (Moréas, Syrtes,1884, p. 57).
b) Gris de.[Suivi d'un subst. indiquant ce qui donne cette couleur] Une collinette toute grise de thym et de lavande (A. Daudet, Port-Tarascon,1890, p. 18).La pente (...) hérissée à présent de vignes, rugueuse et grise d'échalas (Ramuz, A. Pache,1911, p. 21).Le ciel est tout gris d'étoiles (Giono, Gd troupeau,1931, p. 728).
c) Qui est (comme) sali, souillé. Un lit de fer aux draps gris (Larbaud, Barnabooth,1913, p. 539).La cuvette pleine d'une eau grise (Bernanos, M.Ouine,1943, p. 1473).Une sage et forte rivière grise, trouble (Arnoux, Visite Mathus.,1961, p. 28).
En partic. Gris de.Couvert d'une couche de. Une page d'un vieux livre entr'ouvert (...) est grise de la poussière tombée depuis des mois (Goncourt, Journal,1875, p. 1037).Il attelait son cheval à une victoria grise d'usure et de boue sèche (Chardonne, Bonh. Barbezieux,1938, p. 63).
P. métaph. [Gris est souvent symbolique de ce qui est trouble, impur] Le regard en arrière sur l'eau grise de sa vie l'entretenait dans le mépris de soi. Quelle stagnation! (Mauriac, Baiser Lépreux,1922, p. 201).
3. Au fig. [En parlant d'un inanimé abstr.]
a) Sans éclat et p. ext. sans intérêt, déplaisant comme quelque chose de sombre. Synon. monotone, terne, triste; anton. coloré, éclatant, lumineux, passionnant.Ses pensées étaient grises et indistinctes ainsi que les aspects des rues et des places que la pluie effaçait (A. France, Lys rouge,1894, p. 93).Que vous n'aimiez pas, c'est un malheur, un malheur calme et gris, oui, Annie, un malheur ordinaire (Colette, Cl. s'en va,1903, p. 260).M. Steeg prit la parole, et d'une voix grise, sans allumer ses phares, avec des détours (...) il s'achemina en petite vitesse vers le centre du problème (Barrès, Pitié églises,1914, p. 241) :
4. ... une vie grise avait recommencé. Pendant douze ans, elle ne se souvenait pas d'une secousse. Elle était très calme et très heureuse, sans une fièvre de la chair ni du cœur, enfoncée dans les soucis quotidiens d'un ménage pauvre. Zola, Page amour,1878, p. 848.
B.-A. et LITT. [En parlant d'une œuvre, d'un style, d'un aut.] Il y a [dans ce tableau] bien du bon, mais il est gris et faible (Goncourt, Art xviiies., t. 2, 1882, p. 80).Son orchestration [chez Schumann] est un peu grise, manque de force et d'éclat, de lumière (Lavignac, Mus. et musiciens,1895, p. 490).La prose ondulante et grise de l'élève de Lamennais [de Guérin] (A. Daudet, Crit. dram.,1897, p. 311).Par parti pris, je travaille pour les pensionnaires, je me fais plat et gris. Ensuite avec Nana, je rentrerai dans le féroce (Zola, Corresp.,1902, p. 477).
En partic., non péj. Synon. flou, vague :
5. Il faut aussi que tu n'ailles point Choisir tes mots sans quelque méprise : Rien de plus cher que la chanson grise Où l'Indécis au Précis se joint. Verlaine, Œuvres compl., t. 1, Jadis, 1884, p. 206.
b) Loc. verb., fam.
Faire grise mine (à qqn). Lui faire mauvais visage, lui réserver un accueil froid. Synon. battre froid.Je ne peux pas supporter qu'on me fasse grise mine. Je n'aime pas les visages renfrognés (Arland, Ordre,1929, p. 37) :
6. − ... Vous aurez beau me faire grise mine, je saurai bien venir à bout de ces manières-là et vous forcer à devenir gracieuse avec nous... Maupass., Mt-Oriol,1887, p. 206.
En voir de grises (vx). Éprouver de grandes contrariétés, de grandes difficultés. Synon. fam. en voir des vertes et des pas mûres.Son poignet en avait vu de grises depuis quinze ans; il était devenu en fer, tant il s'était frotté aux outils (Zola, Assommoir,1877, p. 530).Au cours de sa longue carrière, l'adjudant en avait vu de grises (Courteline, Train 8 h 47,1888, 1repart., 3, p. 31).En faire voir de grises (à qqn). Jouer des tours, mener la vie dure à. Mon aïeul était spirite (...) il se rendait au moins une fois la semaine chez un médium (...) qui devait lui en faire voir de grises (Montesquiou, Mém., t. 1, 1921, p. 172).
II. − Substantif
A. − Subst. masc.
1. La couleur grise, couleur composée de blanc et de noir ou de toute autre couleur foncée :
7. ... un gris pur, c'est-à-dire formé seulement de blanc et de noir, car toutes les couleurs peuvent par adjonction de gris devenir grises et l'on a ainsi le gris rouge, le gris vert, etc. Ovio, Vision coul.,1932, p. 134.
Rem. Suivi d'un adj. de couleur ou d'un subst. apposé au compl., la couleur grise avec une nuance particulière, v. I adj. rem. gris ardoisé, gris ardoise, gris d'argent, etc.
2. P. méton. Vêtements de couleur grise. Être habillé de gris, porter du gris, jeune fille en gris.
3. Emplois spéc.
a) COMM., pop. et fam. Tabac ordinaire enveloppé de papier gris. Fumer du gris.
b) FROMAGERIE. Gris de Lille. Le Gris de Lille dit aussi Puant, ou Vieux Lille ou Maroilles Gris est un Maroilles salé deux fois et dont l'affinage plus long, dure six mois (L. Bérard, Guide des fromages et de leurs à-côtés, Paris, éd. de la Courtille, 1978, p. 98).
c) MÉTALL. Gris de zinc. Les vapeurs de zinc (...) se condensent sous forme d'une poussière grise, connue sous le nom de gris de zinc (Wurtz, Dict. chim., t. 3, 1878, p. 775) :
8. La fabrication du zinc, par réduction de son oxyde, donne [comme sous-produit une matière contenant] (...) quelques grenailles et des impuretés (...); on la tamise et le produit obtenu (...) a reçu le nom de gris de zinc par opposition au blanc de zinc. Gasnier, Dépôts métall.,1927, p. 109.
d) ŒNOLOGIE. Vin gris (A 2). Gris de Toul. Mme Caré et Michou (...) n'en finissent pas de servir du gris et du rouget (H. Bazin, Huile sur feu,1954, p. 216).
e) ZOOLOGIE
Synon. de grisard.Mouettes, gris et goëlands Mêlent leurs cris et leurs élans. Mouettes, goëlands et gris Mêlent leurs élans et leurs cris (Richepin, Mer,1886, p. 104).
Gris(-)pommelé. Cheval tacheté de poils blancs et de poils noirs. Vous les connaissez, Monsieur Debray, mes gris pommelé! Eh bien! Au moment où Madame de Villefort m'emprunte ma voiture, où je la lui promets pour aller demain au bois, voilà les deux chevaux qui ne se retrouvent plus! (Dumas père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 692).
Gris ou petit gris. Variété d'écureuil; p. méton. fourrure de cet animal. Nul clerc, s'il n'est prélat ou pourvu d'une dignité, ne pourra porter vair, gris ou hermine (Faral, Vie temps st Louis,1942, p. 182).En partic. Ventre-de-gris. Fourrure du ventre de cet animal. Sa pelisse en ventre-de-gris (Colette, Sido,1929, p. 13).
4. Au fig. Ce qui est morne, terne. Le péché qui est la tiédeur, le gris, le manque de fièvre, le péché, c'est-à-dire tout ce qui contrarie l'amour (Barrès, Homme libre,1889, p. 157).Pour eux, mourir, c'était passer du gris au noir (A. France, Poés., Idylles et lég., 1896, p. 108).
B. − Subst. fém.
1. [La couleur grise est inhérente à la qualité, à la nature, à la fonction du qualifié]
a) BOT. Maladie des végétaux. La grise dont le nom vient de la couleur gris pâle ou jaunâtre qu'elle donne aux parties qui en sont atteintes, est toujours le résultat d'une maladie, le plus généralement due à la présence de nombreux insectes qui vivent sur l'épiderme des parties herbacées des végétaux (Carrière, Encyclop. hortic.,1862, p. 263).
b) CHASSE. Perdrix grise. Il reste en Sologne de belles chasses de perdreaux où grises et rouges alternent dans les terres comme dans les taillis (Chasseur fr.,déc. 1948-janv. 1949, p. 244 ds M. Lenoble-Pinson, Le Lang. de la chasse, Bruxelles, 1977, p. 228).
c) ENTOMOL. La grise des jardiniers Acarus tisserand, grise des jardiniers (...) − Cette très petite espèce d'araignée est de couleur jaunâtre (Du Breuil, Cult. arbres, 1876, pp. 450-451).
2. [La couleur grise n'est pas inhérente à la qualité, à la nature, à la fonction du qualifié] Pop. La grise. Le cafard, le spleen, la tristesse. Avoir la grise. Quand il était dans ses grises, on le voyait bien (Esn.Poilu1919, p. 287).
Prononc. et Orth. : [gʀi], fém. [gʀi:z]. Ds Ac. dep. 1694. Papier gris-vert car vert est adj. de couleur; papier gris bleuté, gris clair, gris fumée, les seconds termes relevant d'autres catégories. Cette règle traditionnelle se vérifie une fois sur deux dans le 1ercas : quatre œufs gris-rose (Bachelard, Poét. espace, 1957, p. 96), [uniforme] gris bleu (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 227); plus souvent dans le second. En emploi subst., le gris-vert ou le gris vert. Le composé est inv. Chevaux gris-pommelés (Balzac supra) est doublement irrégulier (trait d'union, accord). Étymol. et Hist. A. 1. a) Ca 1150 adj. « gris (en parlant de la barbe) » (Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 3828); ca 1165 « gris (en parlant d'un vêtement) » (Troie, éd. L. Constans, 20628); b) av. 1440 subst. masc. vestu de gris (Ch. d' Orléans, Poésies, éd. P. Champion, Chanson 81); c) spéc. 1660 gris de souris (Oudin Esp.-Fr.); 1850 gris-souris (Journ. des demoiselles, janv., 26b ds Quem. DDL t. 16); 1690 gris de fer (Fur.); 2. fig. a) 1556 letres grises impr. (Cess. des grecs du roi par Adrien Turnèbe à Guillaume Morel ds Gdf. Compl.); b) 1609 papier gris (Crespin, s.v. papier); c) 1824 substance grise anat. (A.-J.-L. Jourdan, Trad. ds Quem. DDL t. 8); 3. expr. a) 1460-66 faire grise mine à qqn (M. d'Auvergne, Arrêts d'amour ds La Curne); b) 1640 de nuit tous chats sont gris (Oudin, Curiositez, s.v. chat); 1690 la nuit tous chats sont gris (Fur.) B. P. anal. de couleur a) 1140 subst. masc. « fourrure de petit gris » (G. Gaimar, Hist. des Anglais, éd. A. Bell, 5554); b) 1270 « gros drap gris » (Ph. de Beaumanoir, Manekine, éd. H. Suchier, 5332); c) 1549 decembre qui est gris (Est.); d) 1690 vin gris (Fur.). De l'a. b. frq. *grîs « gris » que l'on peut restituer d'apr. l'ags. grīs « id. », le m. h. all. grīs « id. », le néerl. grijs « id. », l'all. greis « très âgé, sénile ». 3a est empr. de l'a. prov. faire cara grisa (ms. du début du xives., Coblas esparsas ds Arch. St. n. Spr., 50, 266).Ce mot est à l'orig. de nombreux dér. désignant des êtres humains (v. grison1sens 2), des animaux (v. grison1sens 1; grisard* sens 2 a et b; griset* sens 2; grisette* sens 2), des étoffes (v. grisette sens 1), des pierres (v. grisard sens 2 c) et des plantes (v. grisard sens 2 d) dont le trait caractéristique est la couleur grise. Bbg. Grundt (L.-O.). Ét. sur l'adj. invarié en fr. Bergen-Oslo-Tromsø, 1972, p. 253. - Quem. DDL t. 16 (comp.). - Sain. Arg. 1972 [1907], p. 74, Sources t. 3 1972 [1925], p. 294.

GRIS2, GRISE, adj.

Fam. [En parlant d'une pers.]
A. − Qui est plus ou moins ivre. Synon. éméché, pompette (pop.).On trinqua à la gloire des Rougon. Granoux, très rouge, commençait à balbutier, et Vuillet, très pâle, était complètement gris; mais Sicardot versait toujours (Zola, Fortune Rougon,1871, p. 305) :
1. Alors mon oncle proposa ce qu'il appelait la « tournée de l'archevêque » (...). À onze heures, il était gris comme un chantre. Il le fallut emporter en voiture, et mettre au lit; et déjà on pouvait prévoir que sa manifestation anticléricale allait tourner en une épouvantable indigestion. Comme je rentrais à mon logis, gris moi-même, mais d'une ivresse gaie, une idée machiavélique (...) me traversa la tête. Maupass., Contes et nouv., t. 2, Oncle Sosthène, 1882, p. 24.
B. − P. anal. et au fig. Gris de.
1. Excité physiquement jusqu'à l'étourdissement par. Ils mangeaient trop, ils étaient gris d'eau et de fruit (Zola, Dr Pascal,1893, p. 375) :
2. Un souvenir lui revint, les nuits où elle rentrait de la Guerdache, grise des caresses de son amant (...) et où elle cuvait son ivresse sur l'oreiller conjugal, tandis que lui, l'innocent, l'imbécile (...) se torturait le cerveau pour l'Abîme... Zola, Travail, t. 2, 1901, p. 89.
2. Excité cérébralement, exalté par. Comme c'était loin, le temps où elle parcourait ce même pays, jeune fille, et grise de rêves (Maupass., Vie,1883, p. 23).
Prononc. et Orth. V. gris1. Étymol. et Hist. 1690 « à demi ivre » (Fur.). Ce sens vient probablement de ce que, dans l'état d'ivresse même légère, les choses apparaissent moins claires, comme sur une grisaille.
STAT. − Gris1 et 2. Fréq. abs. littér. : 6 376. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 4 425, b) 12 685; xxes. : a) 11 556, b) 9 589.

GRISÉ, subst. masc.

A. − B.-A. Teinte grise donnée à un tableau, une gravure, un plan, une carte, à certaines parties d'un dessin. Obtenir un bon grisé (Lar. Lang. fr.). Pour les travaux soignés on superpose deux grisés, l'un en biais, l'autre horizontal; ce dernier procédé donne un fini d'une douceur admirable (Chelet, Lithogr.,1933, p. 8).
B. − TYPOGR. Teinte grise obtenue par des pointillés ou des hachures régulièrement espacées dans certaines impressions (factures, bordereaux, etc.) sur une planche ou un cliché. Le grisé d'un reçu.
P. métaph. Les arbres du jardin balançaient un faible grisé visible à travers la transparence des persiennes (Malègue, Augustin, t. 2, 1933, p. 21).
Prononc. : [gʀize]. Étymol. et Hist. V. griser1. Fréq. abs. littér. : 296. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 64, b) 619; xxes. : a) 911, b) 323.

GRISER1, verbe

A. − Emploi trans. Rendre gris, donner une teinte grise à. L'addition du noir, ce qui grise ou rabat la couleur (Manuel du fabricant de couleurs,1884, t. 1, p. 29).Le halo de buée qui grisait la vitre (Simonin, Touchez pas au grisbi,1953, p. 228) :
Le fond bleu étant plus frais que celui de l'ornement, il arrive qu'il orange le bleu des fleurs, c'est-à-dire qu'il les grise de la manière la plus désagréable. Chevreul, Contraste simult. coul.,1839, p. 306.
TYPOGR. Couvrir une surface (gravure, épreuve, imprimé) de grisé. Emploi abs. Les travaux de gravure à l'eau-forte sont exécutés à l'aide d'une machine à griser (Chelet, Lithogr.,1933, p. 78).
B. − Emploi intrans., vx, TECHNOL. (teinture). [En parlant des bleus qui ont tendance à pâlir] . Devenir gris. Ce bleu grisera. (Ds Ac. Compl. 1842, Besch. 1845; v. aussi DG, Littré).
REM.
Grisé, -ée, part. passé en emploi adj.a) Serr. Pièce grisée. ,,Pièce de serrure ou autre qui n'a subi qu'un seul limage grossier`` (Nouv. Lar. ill.; v. aussi Lar. 20e-Lar. Lang. fr., Littré, Quillet 1965, Guérin 1892). b) Typogr. Le fond grisé est employé en vue de prévenir les altérations frauduleuses (E. Leclerc, Nouv. manuel typogr.,1932, p. 35).
Prononc. : [gʀize], (il) grise [gʀi:z]. Étymol. et Hist. a) 1538 « grisonner » (Est.); b) 1609 « donner une teinte grise à » (Crespin); c) 1671 « devenir gris » (Instr. gén. pour les teintures de laine, 18 mars 1671, art. 13 ds Littré); d) 1922 typogr. grisé subst. masc. (Lar. univ.). Dér. de gris1*; dés. -er.

GRISER2, verbe trans.

A. − Faire boire quelqu'un de manière à le rendre plus ou moins ivre. Synon. enivrer, saoûler.Elles s'amusèrent à le griser avec le madère de l'illustre Worms (Zola, Curée,1872, p. 412).
[En parlant des vins, de l'alcool, etc.] Porter à la tête, enivrer. Ce petit vin nouveau, fait de raisins noirs, serrés et aigres, a eu vite grisé tous ces buveurs de bière. Les uns chantaient, dansaient autour de la barrique (A. Daudet, R. Helmont,1874, p. 80).
Emploi pronom. Synon. s'enivrer.J'ai promis à nos convives que l'on ne se lèverait de table que le soir, (...) nous nous griserons un petit brin (Balzac, Cous. Bette,1846, p. 364).Une femme, naturellement, ne doit se griser qu'avec du champagne frappé (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Cri d'al., 1886, p. 1060).
B. − P. anal. [En parlant d'une chose physique] Exciter physiquement jusqu'à l'étourdissement. Cette odeur qui grise comme de l'absinthe (Maupass., Contes et nouv., Farce norm., 1882, p. 64).L'étreinte de Juliette le grisait, et quand il sentit sa bouche sur la sienne, il s'abandonna (Aymé, Jument,1933, p. 170).
Emploi pronom. S'exciter, s'étourdir. Ses yeux se grisaient à ces resplendissements de corolles en flammes sur un fond d'or (Huysmans, À rebours,1884, p. 60).Il se grisait d'un arôme oriental qu'il croyait sentir partout (Chardonne, Épithal.,1921, p. 347) :
1. ... j'ai pu me griser de ce que je voyais. Un petit paysage de saules m'a rendu si heureux que je ne savais plus comment faire pour le quitter. Green, Journal,1937, p. 117.
C. − Au fig. [En parlant d'une chose intellectuelle, morale] Exciter cérébralement, exalter. Vingt ans... Ces deux mots le grisaient, comme trois pernods purs (Fallet, Banl. Sud-est,1947, p. 95).
Absol. Le succès grise.
En partic. Étourdir, faire oublier. Griser son chagrin. Une ivresse qui grisait leur lassitude (Zola, Œuvre,1886, p. 78) :
2. ... le jeu des perceptions, le travail hâtif et courant d'un cerveau qui moucharde la vérité, grisent le sang-froid de l'observateur et lui font oublier dans une sorte de fièvre les duretés et les dégoûts de son observation. Goncourt, Journal,1875, p. 1081.
Emploi pronom. S'enthousiasmer, savourer quelque chose avec une sorte d'exaltation. Ces paysans, plus bêtes que méchants, s'irritaient, s'excitaient, se grisaient au bruit de leurs propres paroles (Sue, Myst. Paris, t. 3, 1842, p. 222).M. Renan se grisait avec les idées. Il était comme un homme ivre de sa méditation et de son propre vin, qui cesse de marcher droit à son but (Barrès, Maîtres,1923, p. 30).
[Avec un compl.] :
3. Ne pouvant demander d'excitation au vin, nous cherchons à nous griser la tête avec les choses les plus capiteuses des lettres et de l'art : Albert Dürer, Rembrandt et Shakespeare. Goncourt, Journal,1858, p. 469.
REM. 1.
Grisant, -ante, part. prés. en emploi adj.Qui grise. a) [Correspond à griser A] Vin grisant. Nous avions bu beaucoup de cidre adorable, piquant et sucré, frais et grisant (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Norm., 1882, p. 73).b) [Correspond à griser B] P. anal. Odeur grisante. Un chocolat à s'en faire mourir, moelleux, velouté, parfumé, grisant. Je ne pouvais ôter ma bouche des bords délicieux de sa tasse (Maupass., Contes et nouv., Morin, 1882, p. 853).c) [Correspond à griser C] Au fig. Poésie grisante. Rien ne pouvait être plus attachant, séduisant, grisant, que la conversation de Charlie (Gide, Journal,1948, p. 327).
2.
Grisé, -ée, part. passé en emploi adj.a) [Correspond à griser A] Une gaîté d'enfant grisé (Goncourt, Journal,1860, p. 712).b) [Correspond à griser B] P. anal. Reprenant conscience d'elle-même, elle fut épouvantée de l'audace du jeune homme et de tout ce qu'elle avait permis. Alors, à la fois honteuse et grisée, (...) elle se leva, repoussa les mains qui voulaient s'emparer des siennes (Theuriet, Mais. deux barbeaux,1879, p. 95).c) [Correspond à griser C] Boileau imbécile, tu n'y as rien compris! C'est lui [Ronsard] le roi de ces strophes grisantes et grisées que tu prétends enfermer dans ton grotesque corset de l'Art poétique (L. Daudet, Rech. beau,1932, p. 138).
Prononc. et Orth. : [gʀize]. Ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist. a) 1718 trans. « enivrer » (Le Roux); 1855 p. anal. « étourdir (en parlant de certaines odeurs) » (Sand, Hist. vie, t. 3, p. 329); 1835 fig. « enthousiasmer, exalter » (Vigny, Serv. et grand. milit., p. 565); b) 1732 pronom. « s'enivrer » (Rich.); 1842 « s'enthousiasmer, s'exalter » (Sue, loc. cit.); 1846 p. anal. « s'étourdir (en parlant de certaines odeurs) » (Balzac, Cous. Bette, p. 387). Dér. de gris2*; dés. -er.
STAT. − Griser1 et 2. Fréq. abs. littér. : 549. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 318, b) 1 143; xxes. : a) 1 448, b) 587.

Wiktionnaire

Adjectif

grisé \ɡʁi.ze\

  1. Qui est enivré.
  2. Qui est exalté.
  3. (Figuré) Qui est excité intellectuellement.

Nom commun

grisé \ɡʁi.ze\

  1. (Vieilli) Ouvrages limés en gros au lieu d’être passées sur la meule.
    • Le mot grisé n’est en usage que pour de certains ouvrages de quincaillerie, comme pour des platines de verrous de targettes, de loqueteaux, etc.
  2. (Cartographie) Ensemble graphique de structure géométrique régulière, constitué par un ligné, un quadrillé ou un semis suffisamment fin pour donner une impression de teinte uniforme monochrome[1].
  3. (Informatique) Indisponible.

Forme de verbe

grisé \ɡʁi.ze\

  1. Participe passé masculin singulier du verbe griser.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

GRISER. v. tr.
Faire boire quelqu'un avec excès. De mauvais farceurs s'amusèrent à le griser. Pour peu qu'il boive, il se grise. Il se dit quelquefois des Liqueurs enivrantes, de la fumée du tabac, etc., et signifie Porter à la tête, étourdir. Un verre de vin suffit pour le griser. La fumée du tabac l'a grisé. Fig., Les belles promesses le grisèrent. Les paroles qui grisent.

Littré (1872-1877)

GRISÉ (gri-zé, zée) adj.
  • Terme de serrurerie. Qui est seulement limé en gros.
Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de « grisé »

Probablement gris, vu que, blanchi se disant chez les serruriers du fer limé jusqu'à ce qu'il ait tout son éclat, grisé se sera dit du fer limé grossièrement.

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Phonétique du mot « grisé »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
grisé grise

Citations contenant le mot « grisé »

  • Avec son opus fleuve, à mi-chemin entre un « Danube » à la française et un dictionnaire égoïste à la Dantzig, François Sureau nous embarque dans un vagabondage historico-littéraire dont on ressort grisé et groggy. Les Echos, « L'Or du temps » : la Seine n'est pas un long fleuve tranquille | Les Echos
  • Amé, qui est originaire du village bleu, comme Ismaïl, révèle qu’il a accidentellement tué son père, qu’il n’a pas reconnu alors qu’il revenait d’un combat avec sa milice, grisé par le succès des opérations. « Les ennemis, ce sont nos parents. (…) On leur dira qu’ils ont tué notre jeunesse, notre plus chère jeunesse », martèle-t-il. L'Orient-Le Jour, « La fête viendra plus tard » - L'Orient-Le Jour

Images d'illustration du mot « grisé »

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Traductions du mot « grisé »

Langue Traduction
Anglais grey
Espagnol gris
Italien grigia
Allemand grau
Chinois 灰色
Arabe اللون الرمادي
Portugais cinzento
Russe серый
Japonais グレー
Basque grisa
Corse grisgiu
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Synonymes de « grisé »

Source : synonymes de grisé sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « grisé »

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