Gravé : définition de gravé


Gravé : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

GRAVE1, adj.

A. − Sens concr. [L'adj. est postposé]
1. PHYS., vx. Corps grave. Corps lourd, pesant, dense. La pesanteur, qui contracte le globe terrestre et fait s'y précipiter les corps graves (Ozanam, Philos. Dante,1838, p. 264) :
1. ... quand je dis : les corps graves en chute libre parcourent des espaces proportionnels aux carrés des temps, je ne fais que donner la définition de la chute libre. Toutes les fois que la condition ne sera pas remplie, je dirai que la chute n'est pas libre, de sorte que la loi ne pourra jamais être en défaut. Poincaré, Valeur sc.,1905, p. 235.
P. métaph. Il ne voyageait pas, il décrivait une circonférence. C'était un corps grave, parcourant une orbite autour du globe terrestre, suivant les lois de la mécanique rationnelle (Verne, Tour monde,1873, p. 47).
Emploi subst. masc. plur. Les corps graves. Il y a en lui du pâtre chaldéen, et il a écrit sur les astres, les « graves », comme il les appelle, des pages d'une pénétrante poésie (L. Daudet, Salons et journaux,1917, p. 167).Les recherches clandestines (...) subissent un processus d'entraînement, analogue à la loi d'accélération de la chute des graves (Bourget, Drame,1921, p. 29).
2. ACOUSTIQUE, MUS., CHANT [En parlant d'une émission sonore, d'un son, d'un bruit] De fréquences basses, placé au bas de l'échelle musicale et du registre d'une voix ou d'un instrument. Synon. bas; anton. aigu, haut.Son, ton grave. La voix de poitrine (...) chez les soprano s'étend d'ordinaire du si grave au fa et au sol (Reybaud, J. Paturot,1842, p. 76).La harpiste, qui souvent, pour atteindre les notes graves, se penchait, avec un mouvement gracieux, comme si elle eût voulu nager sur les ondes sonores de la musique (Gautier, Rom. momie,1858, p. 199).
P. ext. Qui a un son bas. Cloche, voix grave. Il est désormais un homme. La voix est grave et mâle; mais, à tout instant, elle a des inflexions naïves et presque puériles (Duhamel, Suzanne,1941, p. 186).Je reconnais la voix suraiguë de Folcoche, le timbre grave de papa, les onomatopées de Fine (H. Bazin, Vipère,1948, p. 195) :
2. Les cloches se mirent à sonner : la plus aiguë d'abord, toute seule, comme un oiseau plaintif, interrogea le ciel; puis la seconde, une tierce au-dessous, se mêla à sa plainte; enfin vint la plus grave, à la quinte, qui semblait leur donner la réponse. Rolland, J.-Chr., Adolesc., 1905, p. 249.
Emploi subst.
Le grave. Le registre des sons ou des notes les plus basses. Passer du grave à l'aigu (pour la voix). La duchesse (...) (appelant en voix de tyrolienne , « É » dans le grave, « mile » dans l'aigu) : Émile! (Feydeau, Dame Maxim's,1914, II, 3, p. 36).Un accordéon d'aveugle trépigne dans l'aigu et dégringole dans le grave (H. Bazin, Mort pt cheval,1949, p. 130).
Les graves. Les sons graves (d'un instrument). (Ds Rob.).
3. ORTH. et PHONÉT.
a) Accent grave. Signe typographique, accent qui se trace de haut en bas et obliquement de gauche à droite sur certaines voyelles.
α) En fr. [Sur le e, marque en principe le son e ouvert] Je compatis à ton ennui : je sais ce que c'est que l'embêtement et je trouve qu'il devrait s'écrire avec trois h aspirées et un triple accent grave (Flaub., Corresp.,1845, p. 160).
[Sert à distinguer certains mots de leurs homon.] La/là, des/dès, ou/où, etc.
β) En grec ,,l'accent grave (...) remplace l'accent aigu sur la dernière syllabe d'un mot immédiatement suivi d'un autre mot accentué et (...) indique une élévation moindre de la voix`` (J. Allard, Gramm. gr., Paris, Hachette, 1957, p. 5).
b) Voyelle grave. Voyelle à forte aperture, à prononciation postvélaire. Les voyelles que l'âme expulse du corps qui s'ouvre jusqu'au fond, Les graves et les aiguës, l'a et l'i (Claudel, Repos 7ejour,1901, I, p. 807).Cf. Grammont, Versif. fr., 1908, p. 110.
B. − Sens abstr. [L'adj. peut être antéposé]
1. [En parlant d'une pers.] Qui manifeste ou affecte un très grand sérieux, de la réserve, de la dignité, dans ses actes, son comportement; qui donne de l'importance aux choses. Grave magistrat; juge, homme grave. Grave comme un juge, le maître d'hôtel, passant entre les épaules des convives les plats tout découpés (Flaub., MmeBovary, t. 1, 1857, p. 55).Le travail en rhétorique me fut bien utile. Cette année-là, je devins plus grave, plus sérieux. Je raisonnais, je philosophais chrétiennement avec M. Dorveau (Dupanloup, Journal,1820-21, p. 24) :
3. Il n'a pas envie de rire, et tous trois gardent leur sérieux. Ils savent quel ton convient à chaque cérémonie. On doit rester triste aux enterrements, dès le début, jusqu'à la fin, et grave aux mariages, jusqu'après la messe. Sinon, ce n'est plus amusant de jouer. Renard, Poil Carotte,1894, p. 206.
Vieilli, légèrement iron. Selon Polybe, ils payèrent une rançon; le témoignage de ce grave historien est confirmé par celui de Suétone (Michelet, Hist. romaine, t. 1, 1831, p. 137).Suivant l'exemple de beaucoup de graves auteurs, nous avons commencé l'histoire de notre héros une année avant sa naissance (Stendhal, Chartreuse,1839, p. 11).
P. méton. [En parlant de la physionomie, du comportement] Air, geste, pas, sourire, ton grave; tête grave. Son attitude vis-à-vis d'elle avait été grave, sévère, compassée, même un peu hautaine (Sandeau, Sacs,1851, p. 31).Les enfants qui vont par groupes à l'école, avec leurs figures soucieuses et graves d'avant la classe (Mauriac, Mém. intér.,1959, p. 28) :
4. Mon père ouvrit la porte. Il avait le visage si grave que maman, tout aussitôt, laissa paraître de l'angoisse. Mon père se découvrit et dit : − Pasteur est mort. C'est une grande perte pour le monde. Nous prîmes notre dîner dans le recueillement. Duhamel, Jard. bêtes sauv.,1934, p. 200.
Emploi subst. La physionomie du juge d'instruction s'était remise au grave (Bourget, Disciple,1889, p. 33).
P. anal. Grave. [En parlant d'un mouvement musical] De tempo lent ou modéré et de caractère sérieux ou majestueux. Une Fantaisie (...) qui constitue une suite véritable, car elle comprend un Grave, une Chaconne, une Loure et un Tambourin (D'Indy, Compos. mus.,1897-1900, p. 137).
P. ext. [En parlant de choses concr. ou abstr.] Les solennelles draperies vertes (...), les meubles graves de cet appartement où respirait la plus sévère magistrature, agissaient sur son moral (Balzac, Cous. Pons,1847, p. 26).Les mots les plus graves (tels que sacrifice, immolation, expiation), vidés de leur sens par la routine, sont employés avec une légèreté et une allégresse inconscientes (Teilhard de Ch., Milieu divin,1955, p. 116).
2. [En parlant de choses]
a) Qui a une très grande importance. Anton. insignifiant.Matière, question grave; raisons graves; choix grave; grave discussion, problème; excessivement, extrêmement, fort, particulièrement grave; pas bien grave, beaucoup plus grave. C'est grave, un mariage... On s'engage pour la vie entière... pour toute la vie (Pagnol, Marius,1931, IV, 2, p. 249).Mais on ne retire pas ses enfants à une jeune femme sans motifs graves (H. Bazin, Vipère,1948, p. 21).
P. plaisant. Quelle parure sied? − Quelle couleur va bien? S'il faut mettre du rouge ou non (question grave!) (Gautier, Albertus,1833, p. 138).Ils étaient préoccupés tous deux de la grave question de savoir qui offrait le dîner à l'autre (Rolland, J.-Chr., Matin, 1904, p. 151).
b) Susceptible de conséquences étendues, de suites fâcheuses, dangereuses. Affaire, situation grave; cas grave; l'heure est grave. Gallant de Saint-Phlin est un bon Français. Le pays le trouverait aux jours graves! (Barrès, Déracinés,1897, p. 33).Antoine doutait si ce n'était point une grave responsabilité que de le laisser partir ainsi (Gide, Faux-monn.,1925, p. 941) :
5. ... Quelque Chose se développe dans le Monde, au moyen de nous, − peut-être à nos dépens. Et, ce qui est plus grave encore, nous nous apercevons que, dans la grande partie engagée, nous sommes les joueurs, en même temps que les cartes et l'enjeu. Rien ne continuera plus, si nous quittons la table. Teilhard de Ch., Phénom. hum.,1955, p. 255.
En partic.
[En parlant d'un accident, d'une maladie] Anton. bénin, léger.Blessure, brûlure, maladie grave. Une courte maladie de Frédie. Rien de grave. Une simple indigestion, due à la surabondance de haricots rouges (H. Bazin, Vipère,1948, p. 53).Des caisses de fusées s'enflamment et les explosions se succèdent. Quoiqu'il n'y ait aucun danger grave, la panique s'empare de la foule (Bernanos, Dialog. Carm.,1948, 1, p. 1567) :
6. − Voilà, dit-il; pas la peine de te mettre à l'envers. Ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave. Mais c'est sérieux. Il avait la poitrine faible. Il suffisait d'une pichenette. Il n'est plus question qu'il retourne en classe. Repos, repos et repos. Cocteau, Enfants terr.,1929, p. 41.
P. méton. [En parlant d'une pers.] Gravement atteint. Un mort, deux blessés graves, tous les autres blessés légers, avait dit l'officier de service au téléphone (Malraux, Espoir,1937, p. 824).Chez certains déprimés graves, le sens même de la propriété est atteint, ils nient que leurs habits, leur maison soient à eux (Mounier, Traité caract.,1946, p. 534).
[En parlant d'une faute, d'une punition] Sévère ou de nature à entraîner un jugement sévère. Faute, injure, péché, sanction grave. Croyant tous les hommes politiques véreux, le crime de concussion lui paraissait moins grave que le plus léger délit de vol (Proust, Guermantes 1,1920, p. 27).Quant aux œufs, Frédie les avait volés à Bertine, c'est évident (...). Tout cela est très grave et mérite une punition exemplaire (H. Bazin, Vipère,1948, p. 166) :
7. − Vous vous êtes écartée de Dieu, je le sais. Je ne vous dirai pas comme d'autres : cela est terrible. Certes, il est grave de ne pas faire ses Pâques, de vivre en dehors de l'Église. Mais il y a plus grave que cela. On peut accomplir tous les gestes extérieurs de la fidélité et être infidèle en esprit. Daniel-Rops, Mort,1934, p. 169.
SYNT. Grave confusion, crise, décision, défaut, difficulté, imprudence, inconvénient, lacune, objection, préjudice, question; accusation, affaire, chose, circonstance, délit, empêchement, événement grave; conséquences, désordres, dommages, inquiétudes, nouvelles, pensées, réflexions, reproches, soucis graves.
REM.
Gravissime, adj.Extrêmement grave. En proie aux immenses difficultés nerveuses et intellectuelles de situations gravissimes et de problèmes d'une extrême complexité (Valéry, Mauv. pens.1942, p. 100).États hémorragiques gravissimes (R. Schwartz, Nouv. remèdes et mal. act.,1965, p. 93).
Prononc. et Orth. : [gʀa:v]. Passy 1914 et Warn. 1968 admettent, en outre, [gʀ ɑ:v], prononc. que DG ne note qu'à titre hist. Le mot est ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Début xives. « qui a de l'importance » (Aimé de Mont-Cassin, Yst. de li Normant, éd. V. de Bartholomaeis, p. 40, 2); 2. xves. acoust. (Fauconnerie d'Albert le Grand ds Delb. Rec. d'apr. DG); 3. 1533 gramm. (Montflory, Briefve doctrine pour deuement escripre ds Beaul. t. 2, p. 117); 4. 1542 fig. « lourd, pesant » (Deroziers, trad. de Dion Cassius, Hist. rom., L. LII, ch. 86-194-rods Hug.); 1690 phys. (Fur.); 5. 1542 « sévère, sombre » (Deroziers, op. cit., L. XLV, ch. 59-109 ro− ds Hug.); 1549 « sévère, austère » (Est.). Empr. au lat.gravis « bas (d'un son) », « sérieux, digne » « puissant », attesté également comme terme de gramm.; a éliminé l'adj. grief*. Fréq. abs. littér. : 8 111. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 8 905, b) 13 852; xxes. : a) 12 312, b) 12 069.

GRAVE2, subst.

I. − Subst. fém., vx
A. − Région.
1. Région. (Terre-Neuve, Cévennes). Plage de cailloux ou de galets. Synon. grève.Quand on pense pourtant que ce vin (...) ça vient dans un terrain aussi empierré que la grave de la rivière d'Orb (Fabre, Barnabé,1875, p. 162).
2. Région. (Maine). Gravier. Les groies sont effectivement des champs pleins de grave (R. Verdier, La « dialectoponymie » ds Actes du Colloque d'onomastique et de dialectologie de Loches [mai 1978], Dijon, 1980, p. 197).
B. − Au plur., région. (Gironde). Terrains secs faits de graviers mêlés de sable ou d'argile, en bordure de la forêt landaise entre Lesparre et Langon, et plantés de vignobles renommés. Côtes de graves. À quelques kilomètres de la rive [de la Garonne], existent des graves qui, sous condition d'être bien drainées, produisent des vins de bonne qualité (Encyclop. pratique des vins du monde, Paris, Atlas, 1979, p. 41).
II. − Subst. masc. [P. méton. de I B] (Vin de) graves ou Graves. Vin provenant de vignes cultivées sur la rive gauche de la Garonne entre Bordeaux et Langon. Une bouteille de Graves. Des anecdotes précieuses (...) racontées entre quelques coups de ce joli petit vin de graves et ces beurrées de craquelins (Balzac, Corresp.,1829, p. 387).Le graves sec se boira à la température du seau à glace (P.-M. Doutrelant, Les Bons vins et les autres, Paris, Seuil, 1976, p. 200).
Prononc. : [gʀa:v]. Étymol. et Hist. 1. 1390 « gravier » (Ord. du 31 mai, Arch. mun. Rouen, reg. A I, fo132 vods Gdf.); 1530 fém. sing. « grève » (Archives historiques du département de la Gironde, t. 4, p. 156); spéc. 1678 chez les pêcheurs de Terre-neuve (Guillet, 3epart.); 2. 1525 plur. « terrain caillouteux, excellent pour la vigne, dans la région bordelaise » (Arch. Gir., Not., Brunet, 67-4 ds Gdf.); d'où 1829 masc. « vin produit par ces vignobles » (Balzac, supra). Var. dial. de grève1*. Bbg. Söll (L.). Afrz. grave « Wald » (?) bei Marie de France. Arch. St. n. Spr. 1965, t. 201, pp. 193-196.

GRAVER, verbe trans.

A. − Tracer des traits ou des figures sur une surface dure avec un instrument tranchant. Graver des caractères, un nom; bois, pointe à graver. Au moyen-âge on devait graver le signe de la croix sur la première pierre des églises (Lenoir, Archit. monast.,1852, p. 42).Nous trouverons sûrement dans les décombres beaucoup de ces tables de marbre sur lesquelles les lois étaient gravées (A. France, Pierre bl.,1905, p. 369) :
1. Et sur la pierre le fils de la Judée grava ces mots qui disaient à la fois sa tendresse et un espoir qui ne cédait pas devant la mort : « À Déborah, la première mère du peuple juif renaissant ». Tharaud, An prochain,1924, p. 225.
En partic.
1. Tracer des traits ou des caractères avec un burin, une pointe, un ciseau, ou grâce à un procédé chimique, sur une surface de bois, de marbre, de matière synthétique, de métal ou de pierre, afin d'y inscrire en creux ou en relief un dessin ou un texte dont on obtiendra de nombreux exemplaires par un procédé d'impression. Graver un dessin, une estampe, des lettres, un portrait, une vignette; graver en creux, en relief. Un jeune aqua-fortiste me fait voir des planches qu'il vient de graver d'après Stevens (Goncourt, Journal,1855, p. 439).Il a gravé quelque sept cents planches de tous formats (Dacier1944) :
2. Il sait graver au burin ou à l'eau-forte, sinon brosser, comme M. Cherbuliez, une grande composition. Proust, Guermantes 1,1920, p. 222.
[P. méton. de l'obj.] Graver une médaille, une monnaie. Graver le poinçon avec lequel on frappe le coin d'une médaille, d'une monnaie. Graver une médaille à l'effigie de... Il y avait les médailles, une pluie de médailles (...) représentant la Basilique, la Grotte, l'Immaculée-Conception, gravées, repoussées, émaillées, soignées ou fabriquées à la grosse, selon les bourses (Zola, Lourdes,1894, p. 205).
2. Reproduire par le procédé de la gravure. Il se faisait graver des cartes de visite avec son titre de chef de bureau (Nizan, Conspir.,1938, p. 216).
P. anal. Graver un disque. Enregistrer des paroles ou/et de la musique sur un disque. (Dict. xixeet xxes.). Graver un morceau, une partition.
B. − Au fig.
1. [Le suj. désigne gén. une chose abstr.] Rendre visible, matérialiser. Ces pensées, qui avaient gravé leur triste sévérité dans les rides précoces de son front n'étaient pas de celles dont on se débarrasse en les communiquant (Hugo, Bug-Jargal,1826, p. 14).
2. Marquer fortement, d'une façon pénétrante, vigoureuse.
a) [Le suj. désigne une pers.] Il écrit avec délicatesse, souvent avec recherche et manière, toujours avec esprit; mais il ne grave rien, il ne creuse pas, il n'enfonce pas (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 13, 1868, p. 444).J'avais besoin de bien le contempler, de le graver dans ma mémoire avec sourire et boucles. Il y est (Giraudoux, Guerre Troie,1935, II, 3, p. 100).
b) [Le suj. désigne une chose abstr.] Ce bal, cette nuit seront long-temps gravés dans mon esprit (Sénac de Meilhan, Émigré,1797, p. 1746) :
3. Talleyrand et Royer-Collard affectaient tous deux, dans la manière de s'exprimer, la brièveté concise et la formule : tous deux étaient volontiers sentencieux; ils avaient le mot qui grave. Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 12, 1869, p. 9.
3. Emploi pronom. Être fixé d'une façon irréversible. Une fois connue, elle [la loi morale] se grave dans le cœur (Lamennais, Indifférence, t. 2, 1817-23, p. 273).Chacune des paroles de Madame de Nevers s'était gravée dans mon souvenir (Duras, Édouard,1825, p. 170).
Prononc. : [gʀave], (il) grave [gʀa:v]. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1200 « faire la raie » (G. de Douai, Jérusalem, éd. C. Hippeau, 6381); 2. a) 1475 « tracer sur une matière dure en l'entaillant » (Comptes royaux ds Laborde, p. 345) [attesté indirectement par regraver (1346, Test., ap. de La Grange, Rec. de test. de Tourn., 148 ds Gdf. Compl.)]; b) 1640 p. anal. gravé part. passé « marqué de petite vérole » (Oudin Curiositez); 3. fig. a) av. 1558 « rendre quelque chose durable dans le cœur de quelqu'un » (M. de Sainct-Gelays, Œuvres complètes, éd. P. Blanchemain, II, 6); b) 1636 « rendre manifeste dans quelque chose l'idée d'une personne, d'une chose » (Monet). De l'a. b. frq. *graban « creuser ». Il est difficile de dire exactement quand et de quelle façon le sens 2 s'est répandu (cf. FEW t. 16, p. 49b, note 4). Fréq. abs. littér. : 622. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 930, b) 872; xxes. : a) 770, b) 492.

GRAVÉ, -ÉE, part. passé, adj. et subst. masc.

I. − Part. passé de graver*.
II. − Emploi adj. Qui porte une gravure soit en creux, soit en relief, obtenue à l'aide d'un burin ou d'un bain corrosif. Cristal, verre gravé. Ce livre est orné de planches gravées (Ac. 1835, 1878).
P. anal.
[En parlant d'un obj. en acier poli] Qui a été rongé par la rouille (Littré).
Qui est profondément marqué comme au burin. La cuisinière tourna vers moi son visage entaillé de rides propres et nettes, bien gravées (Arnoux, Chiffre,1926, p. 65) :
La lune (...) fait sortir des ténèbres diaphanes les sommets cendrés de bleu d'Albano, les lignes plus lointaines et moins gravées du Soracte. Chateaubr., Mém., t. 4, 1848, p. 285.
III. − Emploi subst. Marque profonde d'un contour qui se détache d'un fond. Cette singerie de grandeur biblique est obtenue par le sacrifice de la couleur au gravé des contours dont les angles s'accusent avec une gaucherie affectée de primitif (Huysmans, Art mod.,1883, p. 198).
Prononc. : [grave]. Fréq. abs. littér. : 890. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 734, b) 1 325; xxes. : a) 1 095, b) 935. Bbg. Marsaud (M.). L'Impr. des timbres-poste. Banque Mots. 1974, no8, p. 202. - Spitzer (L.). Gravy. Mod. Lang. Notes. 1944, t. 59, pp. 235-238.

Gravé : définition du Wiktionnaire

Adjectif

gravé \ɡʁa.ve\

  1. Garni de grave.
    • Yves protestait que la musique n’empêchait personne d’être inquiet et triste ; et il attendait de ne plus voir le feu du cigare de l’oncle dans l’allée gravée, pour entonner, avec son étrange voix que la mue blessait, un air du Cinq-Mars de Gounod... — (François Mauriac, Le Mystère Frontenac, 1933, p. 94-95)

Forme de verbe

gravé \ɡʁa.ve\

  1. Participe passé masculin singulier du verbe graver.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Gravé : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

GRAVER. v. tr.
Tracer quelque trait, quelque figure avec le burin, avec le ciseau, sur du bois, sur du cuivre, sur du marbre, etc. Graver une inscription, une épitaphe. Graver une planche de cuivre. Graver un médaillon. Faire graver son chiffre sur un cachet. Graver un poinçon. Graver en creux, en relief. Cela mériterait d'être gravé en lettres d'or. Il se dit particulièrement de l'Action de tracer, sur une planche de cuivre ou d'autre matière, la copie d'un tableau, d'un dessin, pour la reproduire ensuite plusieurs fois sur le papier, sur la toile, etc., par le moyen de l'impression. Graver un tableau, un dessin. Graver de la musique, des exemples d'écriture, des adresses, etc. Graver en taille-douce. Graver sur le cuivre au burin. Graver sur bois. Graver à l'eau-forte. Graver à la manière noire. Graver une médaille, une monnaie, Graver le poinçon avec lequel on frappe le coin d'une médaille, d'une monnaie. Graver des caractères d'imprimerie, Graver les poinçons avec lesquels on frappe les matrices qui servent à fondre des caractères d'imprimerie. Fig., Graver quelque chose dans l'esprit, dans la mémoire, dans le cœur, L'imprimer fortement dans l'esprit, dans la mémoire, etc. Graver profondément un bienfait, une injure dans sa mémoire. Vos bontés resteront à jamais gravées dans nos cœurs. Ces idées se gravent promptement dans l'esprit, dans la mémoire.

Gravé : définition du Littré (1872-1877)

GRAVÉ (gra-vé, vée) part. passé de graver
  • 1Tracé au burin. Et que sur mon tombeau ce grand titre gravé, Corneille, Sertor. III, 4. Les vers de Tycho Brahé furent gravés sur l'instrument qui les lui avait inspirés, Mairan, Élog. de Halley. Le groupe d'enfants, la tête de femme, les deux petites tètes, la femme qui dort avec son enfant, gravés au crayon, mais à plusieurs crayons, sont d'un effet vraiment surprenant, Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XV, p. 139, dans POUGENS.

    Marqué de dessins faits au burin. Pierre gravée.

    Fig. Avoir le visage gravé de petite vérole, en être tout marqué.

    Dans le langage administratif, sur les signalements. Gravé, qui porte les marques de la petite vérole.

  • 2 Fig. Empreint profondément. Dont les faits… Dans les cœurs des Flamands sont encore gravés, Régnier, Sat. VI. La loi de la nature, gravée au cœur de tous les hommes, nous parle intérieurement, Patru, Plaidoyer 9, dans RICHELET. Ô lamentable aveuglement ! rien n'est gravé si avant dans le cœur de l'homme [que l'idée de Dieu], et rien ne lui sert moins dans sa conduite, Bossuet, la Vallière. Ce qu'il avait dit demeurait gravé dans tous les cœurs, Fénelon, Tél. X. Ses bienfaits sont toujours présents à ma pensée ; Ils resteront gravés dans mon âme offensée, Voltaire, Tancr. IV, 5.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

GRAVÉ. Ajoutez :
3Qui a été rongé par la rouille, en parlant des objets en acier poli.
Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Phonétique du mot « gravé »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
gravé grave play_arrow

Citations contenant le mot « gravé »

  • Le rapport de recherche sur le marché mondial du marché Suivre gravé à membrane 2020 se concentre sur la taille du marché, la part, la croissance, les fabricants et les prévisions jusqu’en 2026. Son vaste référentiel fournit des statistiques et des données analytiques importantes pour donner une compréhension complète du marché. Le rapport est bénéfique pour les stratèges et les acteurs de l’industrie pour planifier leurs futures stratégies commerciales. Le rapport d’étude de marché de Suivre gravé à membrane se base principalement sur les facteurs sur lesquels les entreprises se positionnent sur le marché et sur ce facteur utile à l’entreprise. De plus, le rapport présente des graphiques, des chiffres et des tableaux sportifs qui offrent un point de vue transparent sur le marché des cartes commerciales / d’entreprise. , Suivre gravé à membrane Industrie 2020 Marché Acteurs clés Taille, part, croissance, tendances, segments, demande, offre, statistiques et prévisions 2026 – JustFamous
  • Le 17 juillet, la Poste émet un timbre (série touristique) sur Bès-Bédène gravé par André Lavergne. Ce timbre ainsi qu’un souvenir philatélique seront vendus au bureau de poste de Saint-Amans-des-Côts. Ouverture exceptionnelle de 9 heures à midi et de 14 heures à 16h30. centrepresseaveyron.fr, Grand jour pour le timbre poste de Bès-Bédène le 17 juillet - centrepresseaveyron.fr

Images d'illustration du mot « gravé »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « gravé »

Langue Traduction
Corse seriu
Basque larri
Japonais まじめな
Russe серьезный
Portugais grave
Arabe خطير
Chinois 严重
Allemand ernst
Italien grave
Espagnol grave
Anglais serious
Source : Google Translate API

Antonymes de « gravé »



mots du mois

Mots similaires